- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Un corps à écouter, le podcast qui nous permet de cheminer ensemble vers une reconnexion à nos corps. Comment fait-on pour apprendre à écouter ou réécouter son corps quand on n'a pas le mode d'emploi ? C'est ce que je vous propose d'interroger épisode après épisode à travers un cheminement individuel et collectif, une quête commune. Je suis Céline Ouvray. créatrice de ce podcast, mais aussi doula et maman de trois enfants. Dans chaque épisode, je vous emmène avec moi à la rencontre de mes invités qui ont un corps à écouter, à apprivoiser, à comprendre et des pistes pour nous apprendre à habiter nos corps avec plus de conscience. Une façon d'être également plus connectés à nous-mêmes et plus en lien aussi entre nous. Je suis émue de vous accueillir pour ce premier épisode sur une thématique encore trop souvent tue et sur laquelle il est pourtant essentiel de mettre de la lumière. Nous allons aborder le déni de grossesse. Ce déni qui bouleverse profondément le lien au corps, un corps qui sait mais ne dit pas. Un corps qui vit une transformation majeure sans en informer celle qui le porte. Ce déni qui déstabilise, coupe de ses repères et peut envahir de culpabilité. Ce déni qui peut aussi constituer un chemin vers une reconnexion. une réappropriation douce et patiente de soi. Et pour en parler, je reçois aujourd'hui Marie, qui me fait l'honneur d'accepter de raconter son histoire. Pour tout vous dire, il était une évidence pour moi de commencer ce podcast avec Marie. D'abord parce qu'elle a été là dès le début de mon chemin vers le métier de doula. Elle a été un premier visage, un premier lien, un premier ancrage. Et puis parce que le déni de grossesse a lui aussi été un point de départ, un point de départ de sa maternité. d'un bouleversement corporel, d'une transformation profonde, et puis un point de départ pour moi, parce que ce déni, ce silence du corps, ce non-savoir, entre en résonance avec ma propre histoire, avec cette sensation de m'être longtemps tenue à distance de mon corps, et de l'avoir observée plus que vécue. C'est l'une des raisons qui m'ont poussée à devenir doula, et c'est aussi en partie pour ça que ce podcast existe. Alors oui, c'était évident que tout commence ici. Avec Marie, avec un corps qui un jour ne parle pas, et puis qui se met à retrouver sa voix. Marie est une femme d'une grande sensibilité, d'une grande force aussi, et qui dit avec beaucoup d'authenticité ce qu'on trouve souvent plus confortable de taire. Elle a le courage d'oser la vulnérabilité sans détour. C'est une femme entière, pétillante, profondément humaine et engagée, qui choisit d'être pleinement elle-même, même quand c'est inconfortable. Elle est aussi de celles qui savent écouter, sentir, accueillir. Une femme et une doula chère à mon cœur, et je me sens chanceuse de l'avoir à mon micro aujourd'hui. Bonjour Marie, et un grand merci à toi d'avoir répondu présente.
- Speaker #1
Tu vas me faire pleurer. Bonjour Céline.
- Speaker #0
Pour démarrer, j'aurais aimé que tu me racontes un petit peu ton enfance, dans quel type de famille tu as grandi, et quel était ton rapport au corps quand tu étais enfant.
- Speaker #1
J'ai grandi dans une famille plutôt traditionnelle jusque-là, avec un père et une mère qui s'aimaient, ont décidé d'avoir des enfants. Je suis la première d'une petite fratrie, parce qu'après j'ai un petit frère qui a deux ans et demi de moins que moi. Un jour, histoire du sort, le jour de mon anniversaire, celui que j'appelle maintenant mon géniteur décide de partir, de quitter le foyer, et donc m'annonce ça le jour de mon anniversaire. J'ai grandi avec ma mère. J'ai très vite pris la décision d'arrêter de voir mon géniteur, avec qui je ne me sentais pas à l'aise. Par rapport au corps, j'ai fait beaucoup de sport quand j'étais plus jeune. On est une famille plutôt sportive. On est une famille de judoka à la base, et finalement avec mon frère, un jour on s'est mis à la lutte. Et donc on a transformé la famille de judoka en famille de lutteurs. Il y avait ce côté où il faut de la discipline. écouter son corps, respecter son corps, mais aussi lui en demander beaucoup. Que ce soit parce que c'était des compétitions avec des catégories de poids aussi, en plus des catégories d'âge. Et à côté de ça, j'ai aussi fait pendant plusieurs années de la danse classique. Ce qui a beaucoup d'ailleurs fait rire tous mes profs de danse qui disaient comment tu fais pour être aussi gracieuse et légère et à la fois être aussi proche du sol avec la lutte. Donc c'était assez marrant. Donc il y avait malgré tout cette notion de... Mon corps fait un truc de fou. Que ce soit en danse, quand je montais sur les pointes. ou même avec la lutte, à avoir une certaine souplesse avec certaines positions, lui demander toujours plus de se dépasser, lui demander toujours plus d'efforts pour pouvoir être dans les bonnes tranches en termes de poids par rapport aux compétitions, quand il y avait des compétitions. Donc il y avait vraiment beaucoup d'exigences vis-à-vis de mon corps. Et puis je dirais que cette exigence est quand même restée avec les années. Une fois que j'ai arrêté la danse et une fois que j'ai arrêté la lutte, j'étais une jeune femme. J'ai arrêté fin du lycée à peu près. Je n'avais pas entamé tout ce qui était déconstruction, ce genre de choses. Donc il y avait aussi beaucoup les injonctions sociétales avec « il faut que tu aies une belle paire de fesses, une belle paire de seins » . Tu peux rentrer dans un petit 38, mais bon l'idéal c'est quand même un 36. J'ai aussi beaucoup entendu dire que dans ma famille on était assez gourmand. mais que malheureusement, en fait, pour nous, on avait tendance à garder tout ce qu'on mangeait. Donc il y avait quand même ce truc au début avec la jeunesse où je peux manger, me faire plaisir, faire des écarts et pas trop trop garder, mais bon, il fallait quand même que je fasse attention à mon corps.
- Speaker #0
Donc en fait, c'était une forme de contrôle, que ce soit par la discipline sportive ou par ce regard à faire attention à l'alimentation. Est-ce que tu dirais que c'était un rapport plutôt contrôlé au corps ?
- Speaker #1
Oui, pour moi, il y a vraiment cette notion de contrôle. Parce que dans tout ça, dans toutes ces obligations de par ces activités physiques, le seul moment où j'ai laissé mon corps être, c'est le moment où je me suis blessée en compétition. C'était une compétition au Danemark et j'étais en compétition avec l'une de mes très bonnes copines de l'époque. Lors d'une prise, en fait, mon cartilage au niveau du genou s'est fissuré. Je ne pouvais plus faire de sport, ce qui était très difficile pour moi. Mais c'était ce moment-là où j'ai pu aussi prendre du recul sur... Mon quotidien, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que je demande à mon corps ? Qu'est-ce que je m'oblige aussi à faire ? Enfin voilà, ma vie était très ciblée autour de ces activités sportives-là. Donc oui, il y avait quand même finalement beaucoup ce contrôle parce que le seul moment où j'ai pu laisser mon corps être, c'est cette période-là où j'étais obligée de me reposer pour que mon genou puisse se guérir. Ok.
- Speaker #0
Et pendant toute ton enfance, du coup... Comment tu imaginais ta vie d'adulte ? Est-ce que tu la voyais avec des enfants ? Est-ce que la maternité était un sujet ou pas du tout ? Alors,
- Speaker #1
c'était un sujet pour moi avec ma cousine. On avait une liste de choses qu'on voulait faire. Quand on devait avoir notre bac, on devait faire un road trip en Italie, là où on avait nos origines. Et puis, on s'est dit, à 22, je ne sais plus si c'était 22 ou 23, on se marie, chacune de notre côté, pas ensemble évidemment, mais on se marie et à 25, on a notre premier enfant. C'est évidemment pas ce qui s'est fait. À 22 ans, moi, j'ai eu ma première fille. Ma deuxième, je l'ai eue à 27. Donc, il y avait finalement cette histoire de la maternité, c'est un projet. Avec le recul, avec la formation de doula, je me suis beaucoup posé la question de est-ce que c'était un vrai projet ou est-ce que je le voyais plus comme une étape obligatoire dans la société ? C'est encore une question à laquelle je n'ai pas tout à fait de réponse. Je pense que concrètement, s'il n'y avait pas eu cette histoire de naître de grossesse, déjà, je serais... Je ne serais certaine plus avec le père de mes filles. C'est quelque chose que je lui ai déjà verbalisé parce qu'on est quand même bien différents. Pour moi, vraiment, cette enfant, elle est arrivée pour nous unir et parce qu'elle avait des personnes à rencontrer avant que certaines personnes partent. Je pense notamment à ta grand-mère, à la mère de son papa. Mais si je pouvais revenir en arrière, je la garderais, elle, parce que je l'aime énormément. C'est ma fille, donc voilà, je l'aime. Je ne voudrais pas d'une vie sans elle, mais... J'aurais voulu en fait d'une vie avec elle plus tard, pour profiter de ma vie de jeune femme, dont je n'ai pas spécialement pu profiter parce que je suis tombée enceinte très vite. Je l'ai su à 4 mois et demi, 5 mois, donc j'ai eu que la moitié de cette grossesse de pleinement vécue consciemment. La maternité pour moi, quand j'étais plus jeune, c'était un sujet parce que je voyais des membres de ma famille. qui avaient des enfants, qui accueillaient des enfants. Donc pour moi, c'était normal. Dans ma façon de voir les choses à l'époque, malgré tout, est-ce que c'était une vraie envie ou est-ce que c'était du conditionnement social inconscient ? Là est toute la question.
- Speaker #0
Je pense que notre génération, même si on n'est pas tout à fait de la même génération, on va faire croire que si. Nos générations, en tout cas, ne se posaient pas les questions. Et c'est vrai que... On a été biberonnés au Disney et ils se marieraient avec beaucoup d'enfants et c'était la suite logique même pas discutable et on ne pouvait même pas envisager autre chose presque. La porte n'était pas ouverte à quand je serais une adulte, ce sera quand je serais maman.
- Speaker #1
C'est ça. Ouais, quand j'aurai des enfants et puis un garçon et une fille, j'aurai le choix du roi comme on dit. Bon finalement moi j'ai eu deux filles et je suis très contente de ça. Ma part féministe est très très fière d'avoir deux filles. Pour révolutionner le monde, je me suis rendue compte aussi très vite qu'il y a aussi tout l'aspect de la famille hétérosexuelle, hétéronormée de base. C'est encore un autre sujet. Comme quoi, à notre époque, quand on était jeunes, les représentations n'étaient pas du tout celles qu'on a maintenant. Il n'y avait pas forcément dans les familles la même liberté de parler de certaines choses. Moi, je me suis vraiment très vite sentie un peu comme le vilain petit canard de la famille, à être un peu en dehors des cases et à oser dire et penser l'inverse du reste de ma famille. Oui, il y avait des moments où ce n'était pas forcément très agréable, mais finalement, ça m'allait très bien aussi de me dire que j'allais révolutionner le monde. Donc, il y a vraiment un tournant, je trouve, dans la société. Maintenant, même si on peut, toi et moi, faire encore partie de ceux qu'on va pointer du doigt en disant « Tu te rends compte, l'éducation est inclusive. » Elle dit à ses enfants qu'elle n'est pas obligée d'avoir des enfants. Malgré tout, je pense et j'espère que c'est ce vers quoi on entend plein d'autres raisons qui ne sont pas forcément liées au corps directement.
- Speaker #0
Évidemment. Ok, donc tu as abordé Loïc. Et est-ce qu'on peut revenir sur comment vous vous êtes rencontrés, comment s'est construit votre couple, d'autant plus ? Après ce que tu viens de déposer, c'est-à-dire que peut-être que s'il n'y avait pas eu Nelia, vous ne seriez plus ensemble aujourd'hui. Comment vous vous êtes rencontrés d'abord ? Et puis vu que tout s'est fait très très vite, comment tout s'est déroulé ensuite ?
- Speaker #1
Il faut savoir que lui est pompier de Paris. Moi, je suis de base infirmière et à l'époque, je travaillais de nuit dans un hôpital. Et le matin du 14 juillet, je prends mon bus en rentrant de mon heure supplémentaire. Bus qui va mettre 27 minutes avant d'arriver, sauf que j'étais à ma troisième nuit. Concrètement, je ne pensais qu'à une chose, c'était les pancakes que j'avais commandés à ma copine de l'époque. Donc j'avais très très envie de rentrer chez moi, donc j'ai pris un Uber. On a pris un chemin différent de celui que le bus m'aurait fait prendre. Et en fait, il y a un camion de pompier qui est rentré dans un véhicule en stationnement parce que le conducteur s'était assoupi. Donc en étant infirmière, le chauffeur m'a dit « je suppose que vous devez vous arrêter » . Au fond de moi, je lui ai dit « Franchement, je voulais seulement rentrer chez moi » . Je lui ai dit « Bah du coup, oui » . Je suis descendue et lui est arrivé avec les équipes de secours. On s'est occupé d'une même personne et nos regards se sont croisés. C'était le coup de foudre. Il a récupéré après mon numéro de téléphone. On a échangé, je me suis séparée, on s'est mis ensemble. On a très vite aménagé ensemble. On s'est rencontrés le 14 juillet. Le début de la grossesse pour Nelia a été estimé au 1er octobre et on l'a su aux alentours du 25 janvier.
- Speaker #0
Ok. Justement, je voulais revenir sur ce métier d'infirmière. J'aimerais bien savoir comment tu as choisi ce métier, pourquoi tu es infirmière, et puis aussi savoir en fait quelle était ta perception du corps, parce qu'en tant qu'infirmière, le corps c'est aussi et avant tout un objet de soin. Qui nécessite aussi parfois peut-être une mise à distance.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et du coup, je voulais savoir quel était ta perception du corps, des corps, que ce soit le tien et ceux des autres que tu étais amenée à soigner ou autre.
- Speaker #1
Alors je dirais que d'aussi loin que je me souvienne, le corps a jamais tellement été un frein. J'avais pas spécialement de problème avec le toucher, avec le contact. J'étais ok pour faire des câlins à mes amis, pour en recevoir. Donc il y avait déjà malgré tout ce que... que j'aimerais catégoriser de facilité pour moi, c'est-à-dire que de me retrouver dans ces études-là, dans ce métier-là, où justement le corps va être mobilisé, va être touché, il va y avoir cette proximité, cette intimité, dans le sens où on va rentrer vraiment dans l'intimité de l'autre quand on va lui faire la toilette, quand on va poser des dispositifs médicaux, que ce soit au niveau urinaire, tout ce style de dispositifs. Vraiment en fait ce corps qui est aussi un appui du travail pour quand on va avoir le piqué, pour lui faire des prises de sang, pour lui injecter des médicaments. Il y a vraiment toute cette proximité là avec le corps qui mérite aussi de prendre une certaine distance vis-à-vis de moi je dirais, mais en même temps justement ça reste un corps, ça reste une personne. C'est pas un mannequin qu'on peut avoir dans le cadre de nos études par exemple, on va juste s'entraîner à faire Une prise de sang, on va prendre vraiment le corps dans sa considération, c'est-à-dire que si par exemple il y a un bras qu'on ne peut pas toucher parce qu'il a trop de problèmes veineux ou il a une peau qui est vraiment trop abîmée, en fait on ne va pas insister, on va aller chercher ailleurs. Donc il y a quand même malgré tout cette considération-là du corps qui est très importante pour moi, sachant que l'humain est vraiment au cœur de mon exercice professionnel, que ce soit en tant que doula, mais même que ce soit en tant qu'infirmière. Plus que le soin, il y a vraiment la personne. C'est vraiment la personne que je soigne, que j'écoute. Ce n'est pas juste une pathologie, ce n'est pas juste « Allez, ouvrez la bouche, prenez vos médicaments, et puis basta. » Ce n'est vraiment pas ma manière de voir les choses. Donc la distance, c'est surtout, je dirais, émotionnel par rapport à tout ce que ça peut nous renvoyer. Les histoires parfois tristes, tragiques, de proches qui sont partis, de patients qu'on va suivre pendant plusieurs mois et qui... Soit vont quitter le service, soit vont finir par décéder alors qu'on aura tout fait. Cette distance-là, elle est vraiment plus, à mon sens, pour le côté émotionnel que par rapport au corps. Parce que même parfois, quand il y a des mots qui ne sont pas verbalisés par les patients, donc quand je dis mot, M-O-T-S, mais au travers du corps, parfois on peut sentir que là, il y a ce besoin-là de... J'ose pas forcément en parler, mais j'ai un peu peur et on va tenir une main et on va voir que d'un coup, la main va nous serrer fort parce que ça... Ça rassure, ça fait du bien d'être considérée. Parce que malgré tout, je suis humaine aussi, donc évidemment, parfois, il y a des résonances qui se font. J'ai la chance d'être entourée pour pouvoir en parler quand il y a besoin. Puis pour répondre aussi à ta question de qu'est-ce qui m'a poussée à faire ces études-là, quand j'étais au lycée, j'avais cette envie d'être là pour les autres. Donc je voulais faire un master de psychologie et après me spécialiser deux ans en sexologie. Je me suis dit, ah non, en fait, sept ans, c'est pour que je n'ai pas de débouchés derrière. Je vais y faire trois ans, j'ai des tantes qui sont infirmières, j'avais une très bonne copine à l'époque qui voulait faire infirmière, donc c'était très bien. Et je ne sais plus par quel biais j'ai entendu que tu ne te retrouves pas médecin ou infirmier comme ça par hasard, que très souvent en fait quand tu fais cette profession-là, c'est pour sauver quelqu'un que tu n'as pas pu sauver. Il y avait une histoire un peu comme ça. Et finalement j'ai compris qu'en fait si j'avais opté pour cette facilité-là, C'était aussi quelque part d'une manière un peu plus tirée par les cheveux pour me sauver moi-même. L'année de ma terminale, j'ai été suivie par des psys et un infirmier en soins psychiatriques parce qu'après une déception amoureuse qui m'a énormément brisée et déstabilisée, j'ai commencé à me scarifier. Toujours pour en revenir à la notion de contrôle de tout à l'heure, de ne pas laisser le corps s'exprimer. Là, il y avait cette notion d'avec la scarification, je contrôlais mon corps, je contrôlais ce que je lui faisais subir. Il pouvait s'exprimer parce qu'il y avait vraiment ce truc de, au moment où les gouttes de sang perlaient, je sentais quelque part que ça sortait. Vraiment, la souffrance sortait, donc il y avait ce truc de genre, c'est moi qui vais contrôler la manière dont toi tu vis. Je contrôle ce qui va me permettre de me procurer du bien ou ce genre de choses. Et moi, je le voyais plus à l'époque d'un point de vue genre pour sauver ma santé mentale. Mais là, de faire le rapprochement avec le corps... C'est pas forcément le bon mot, le mot le plus adapté, mais j'en parle avec du recul parce que maintenant je suis tout à fait ok avec ça, mais je trouve ça marrant du coup de faire ce parallèle-là.
- Speaker #0
Du coup, c'était une manière pour toi de... Quand tu reparles de contrôle, c'était je sais que mes émotions ne peuvent pas rester en moi, il faut que je les fasse sortir d'une manière ou d'une autre, mais vu que peut-être que je ne peux pas avoir de contrôle sur mes émotions, je choisis... À quel moment je fais jaillir le sang et ça s'écoulera quand moi je décide, comme je le dessine.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Il y avait ce truc de vraiment, quand j'en arrivais à ce stade-là, c'est que griffonner dans mon cahier tout ce que je pouvais ressentir, c'était pas assez. D'un coup, en fait, toutes les émotions, elles faisaient vraiment une boule immense. J'avais mal au cœur, j'avais mal au ventre, j'arrivais pas à respirer. Enfin, vraiment, ça montait en crise d'angoisse, en crise de panique. Et en fait, le seul moyen pour que la panique s'en aille, en fait, c'était que ça s'écoule par les pores de ma peau. Parce que pleurer, ce n'était pas suffisant. Je ne criais pas forcément non plus parce que là, j'en parle avec plus de dix ans de recul. Mais à l'époque, je ne voulais pas forcément inquiéter ma mère. Je ne voulais pas forcément qu'on me prenne la tête. Je ne voulais pas qu'on me dise mais c'est bon, c'est qu'un mec, ça arrive. Les ruptures sentimentales, c'est bon, ce n'est pas grave. On a tous connu ça, on ne va pas en mourir. Donc ça me permettait finalement aussi d'extérioriser de manière silencieuse. Et vraiment, c'était que moi qui avais ce contrôle-là. Si je ne voulais pas que les gens le sachent, les gens ne le sauront pas parce que je choisissais aussi des endroits stratégiques où concrètement, quand je suis habillée, tu ne le vois pas. Il y avait vraiment aussi cette notion de... C'est mon intimité. Si je veux le raconter, je le raconte. Si je ne veux pas le raconter, je ne le raconte pas. Et encore plus poussé de cette notion d'intimité, c'est que vraiment l'endroit que je faisais le plus, c'était vraiment entre les cuisses. Donc vraiment ce truc de genre le corps se tait. Une fois que t'es debout, tes cuisses se touchent, elles se frottent, t'as ton pantalon, t'as ta robe qui importe, mais en fait c'est caché. Mon corps parle, mon corps sait, mais malgré tout, mon corps aussi garde des choses pour juste moi et lui.
- Speaker #0
Par protection, tu penses, ou plutôt par éducation ? Tu es une fille, tu ne prends pas de place, tu dis bonjour, au revoir, tu es polie, tu intériorises, tu ne fais pas de vagues ?
- Speaker #1
C'est une question intéressante. C'est un mix de tout, parce que oui, il y avait ce truc de j'ai pas envie qu'on me prenne la tête. Je me sentais aussi en dehors des cases, donc forcément... Ce n'était pas une solution standard que de se scarifier pour se sentir mieux. Et c'est d'ailleurs très difficile à comprendre pour certaines personnes, notamment quand ce sont des personnes qui ne sont pas passées, parce qu'eux, ils voient vraiment le danger dans la scarification. Ce qui est vrai, on ne va pas du tout remettre ça en question. Mais on parlait tout à l'heure du contrôle sur le corps. Il y avait aussi, à ces moments-là, ce contrôle sur mon mental de, là, en fait, entre mes cuisses, je ne le fais pas dans le but de me tuer. Ce n'est pas ce que je veux. Je veux juste en fait... me soulager. Parce que les gens autour de moi, leur présence ne me soulage pas. J'ai besoin de lâcher tout ce qu'il y a à lâcher. Donc je pense que oui, il y avait cette notion de c'est mon intimité, c'est ma manière de gérer. Je sais qu'elle n'est pas conventionnelle, qu'elle est dangereuse et qu'elle dérange, mais c'est la seule que j'ai trouvée qui me soulage. Donc ne me prenez pas la tête avec ça. Laissez-moi faire comme bon me semble parce que ce que vous me proposez, c'est pas suffisant pour moi. Et puis il y avait aussi ce truc quelque part de ne pas être reconnu, c'est quelque chose que j'ai beaucoup ressenti dans mon enfance et que j'ai fini par comprendre bien plus tard, il y a quelques mois, voire quelques années, mais cette notion de ne pas être vu dans ma vulnérabilité, de ne pas être vu dans mon authenticité, dans mon entièreté, ben en fait si tu ne me vois pas déjà quand ça va, tu vas encore moins me voir quand ça ne va pas et je n'ai pas envie que tu me vois d'une manière qui est erronée. Donc laisse-moi tranquille. Je pense qu'il y a vraiment un mélange de tout ça.
- Speaker #0
Merci de partager ça en tout cas. Pour revenir au sujet du déni de grossesse, quelques mois après ta rencontre avec Loïc, tu découvres que tu es enceinte, comme on l'a dit tout à l'heure. Est-ce que tu peux raconter comment tu as appris cette grossesse ?
- Speaker #1
C'était un soir au travail. Je travaillais en réanimation de nuit. On avait plein de dispositifs à disposition, notamment... des échographies. Je discutais avec des collègues, copines. On parlait du fait que j'avais fait poser un implant il y a quelques mois. Elles me demandaient comment ça se passait. Est-ce qu'elles avaient les contraceptions un peu standards, pilules ? Enfin voilà, on parlait de nos vies de femmes, concrètement. Et je leur disais que j'avais plus mes règles et que c'était trop bien de ne pas avoir ces règles. Que le gynéco m'avait prévenu que comme je n'avais pas un cycle qui était très abondant, je pourrais ne pas les avoir. Je leur disais que j'avais remarqué depuis quelques temps que j'avais parfois un peu le ventre de j'ai trop mangé. Dans ma tête, concrètement, sachant que j'avais fait une prise de sang avant de poser l'implant. Pour la petite histoire, finalement, cette prise de sang était au tout premier jour de la grossesse, donc les bêtas étaient encore trop faibles pour être sortis positifs, donc la pression est revenue négative. Donc dans ma tête, il y avait vraiment ce truc de c'est négatif. Et je me suis dit, même si c'est l'implant contraceptif micro-dosé, Je savais que je pouvais éventuellement prendre un petit peu de poids parce que j'avais des copines qui avaient pris du poids, éventuellement les boutons, le fait que la poitrine gonfle un petit peu. Pour moi, c'était vraiment lié au fait de les hormones, même micro-dosées. J'avais quand même, à la période de Noël, un mois avant, fait un petit rêve un peu bizarre où j'avais l'impression que j'allais attendre un enfant. Ça allait être un garçon qui s'appelait Samy. Et du coup, ce soir-là, on en discute avec mes collègues et elles me disent « vas-y si tu veux » . On fait une échographie. Ok, on se met dans le box où il n'y avait pas de patient, où on stockait le matériel. Et là, d'un coup, je les entends dire « Ah Marie ! » Et je fais « Non ! » « Ah non, vous ne pouvez pas me dire ça ! » Et j'étais incapable de regarder l'appareil. C'est-à-dire qu'elles, elles étaient là, il y avait déjà cette tête bien formée, il y avait déjà cette colonne vertébrale. Clairement, on ne pouvait pas dire qu'on était au tout début de la grossesse, mais mon cerveau, il était incapable de recevoir cette information-là. Donc j'ai pleuré tout le long, j'ai hurlé, j'avais la tête de l'autre côté, j'étais incapable de regarder cet appareil-là. J'avais une copine qui me tenait la main, qui a pris une photo. Je ne sais pas pourquoi, à ce moment-là, elle s'est dit qu'elle allait prendre une photo. Mais en tout cas, cette photo, j'ai pu la montrer après à l'OX, j'ai pu la montrer après au gynéco, que j'ai été voir en urgence. C'est la première photo de ma fille, du coup, aussi. Elles étaient là en disant « Marie, je suis désolée, je suis désolée, mais elle était enceinte. » Et il y en avait une dans le lot qui avait eu un enfant. quelques mois avant, elle avait compris, au vu de l'échographie, que ça serait trop tard pour éventuellement parler d'avortement. Mais en voyant la détresse dans laquelle j'étais, elle n'a pas pu me le dire. Elle m'a dit « Ah, t'es peut-être à trois mois. » Histoire de me dire « T'as peut-être une petite chance, mais... » Elle pouvait pas me dire concrètement « T'es déjà à la moitié de ta grossesse, meuf. » Ouais,
- Speaker #0
vous voulez que tu fasses à l'idée déjà que tu digères la première info avant de passer à la...
- Speaker #1
Que je digère la première info. Je me souviens du reste de la nuit où il y avait cette ambivalence de « Ok, bah je suis enceinte. Qu'est-ce que je vais faire de ça ? » Et en même temps, j'avais l'une de mes copines qui était en parcours PMA depuis des années. Et je la regardais et je pleurais à moitié en me disant « Mais je suis... » Je suis désolée, je m'en voulais énormément pour elle. Je lui ai dit, mais c'est là et toi tu galères et c'est pas juste. Et je me sentais ultra coupable vis-à-vis d'elle. Elle m'a dit, mais Marie, c'est pas grave. Si t'es heureuse, moi je suis heureuse pour toi en fait. Oui, malheureusement, c'est le risque, c'est le jeu quand t'es en parcours PMA. C'est de voir aussi des personnes de ton entourage qui vont réussir à procréer naturellement. Alors que toi, tu peux pas, t'y arrives pas. Ça m'avait impressionné la manière dont elle a réagi. Je suis rentrée après à la maison. J'ai montré cette photo à Loïc. Je me souviens de sa tête complètement dépitée. En mode, mais non, c'est pas possible ce que tu es en train de me montrer. C'est pas toi. J'ai dit, ben si, c'est moi. Et du coup, j'ai eu un rendez-vous avec un gynéco, qui n'était pas celui qui m'avait posé l'implant, parce qu'il n'avait pas de dispo assez rapidement, mais un autre. Je m'installe, je lui raconte l'histoire. Les dates, les prises de sang, la photo de l'échographie. Puis il me regarde et je vois qu'il a qui est-ce. Et je vois que dans son visage et dans son sourire, il y a ce truc de compatissant. Et il me laisse petit à petit faire mon cheminement et me pose des questions. Et après, je lui dis en fait c'est trop tard. Il me dit oui. Je suis désolée.
- Speaker #0
Oui, déjà.
- Speaker #1
En fait, là, je n'avais pas compris. Mais c'est vraiment en déroulant le truc par rapport aux dates. Je sais même plus s'il a sorti sa roulette, tu sais, pour calculer à peu près le nombre de semaines. Il m'a dit concrètement par rapport à la date qu'on est aujourd'hui, par rapport à la date de vos dernières règles, l'échographie par rapport à la photo que vous me montrez, il avait l'habitude des échographies. Il l'en fait, donc il savait que concrètement le stade était bien trop avancé. Et du coup, c'est comme ça que j'ai su que j'allais devoir garder cet enfant. Ma mère m'a posé la question il y a quelque temps de mes... est-ce que vous vous étiez posé la question d'éventuellement aller à l'étranger pour avorter ? J'ai dit en fait non, même pas parce que pour nous à la base c'était la France et là on m'a dit que c'était trop tard et surtout quand j'ai compris et qu'il a acquiescé en me disant que c'était trop tard c'est que d'un coup mon cerveau s'est mis en mode genre ok, là en fait je vais tout remanier pour que tu te mettes en condition que tu vas accueillir un enfant Le premier truc que j'ai pensé en tant que mère, quand vraiment j'ai compris que cet enfant, j'allais l'avoir, j'allais le garder, c'est mon Dieu, je me suis pris une cuite à mon anniversaire. Et puis en plus, j'avais des hormones pendant quatre mois et demi. À quel point ? J'ai pu l'abîmer, j'ai pu la flinguer. Est-ce que les hormones que j'ai là, que je suis en train de bouffer et que du coup, elle, elle bouffe, est-ce que ça craint pour elle ?
- Speaker #0
Et en même temps, c'est une question que... plein de femmes se posent même hors des nids de grossesse. Tomber enceinte sous pilule, avoir une grosse fiesta quelques semaines ou quelques jours, voire plusieurs grosses fiestas, avant de découvrir une grossesse. C'est des questions qui sont assez récurrentes, finalement.
- Speaker #1
C'est clair, et puis, j'avais une jeunesse, entre guillemets, standard, c'est-à-dire que je fumais, majoritairement de la cigarette, quand même. J'ai pas non plus fait trop, trop d'excès. Si ce n'est que les excès, c'était plus sur la bouteille. Quand j'étais en soirée avec des copines, j'avais 21 ans avant. Je pensais surtout à profiter de ce temps avec mes copines, à rigoler. Donc en fait, je n'ai pas eu une enfance de mormone qui reste à la maison ou quoi que ce soit.
- Speaker #0
Et ça, ça t'a fait culpabiliser ?
- Speaker #1
Un petit peu, mais franchement, après pas plus que ça. J'ai été très vite rassurée avec la première écho. On a bien vu qu'en termes de développement par rapport aux dates des dernières règles, le développement était bon, voire même très bon. J'ai mon ventre qui est ressorti très vite aussi, j'ai très vite eu du colostrum qui a perlé au niveau de ma poitrine. Alors que de manière générale, on voit sa présence un peu plus tard dans la grossesse, là il est arrivé quand même à 4 mois et demi, 5 mois. Je n'ai pas spécialement culpabilisé par rapport à ça parce que je voyais que le développement était bon. Donc pour moi, c'était OK. Quand je me suis mis en mode pilote automatique, j'ai vraiment fait les choses pour que son papa puisse se préparer à cette arrivée-là, pour qu'il puisse accepter.
- Speaker #0
Et une fois que lui a accepté, par contre, c'est le moment où moi j'ai décompensé, j'ai déchanté et je me suis dit mais jamais je pourrais être une mère pour cet enfant. Je vais savoir m'en occuper parce que je suis infirmière et que j'ai fait des stages en pédiatrie et que j'ai travaillé un petit peu en pédiatrie avant de travailler en réanimation. Mais je ne vais pas savoir m'en occuper comme une mère, quoi. Même si à Noël, j'avais fait un rêve qui m'avait laissé complètement perplexe. J'ai passé 4 mois et demi de ma vie sans vivre pleinement avec elle. Je ne savais pas qu'elle était là. Et pourtant, moi vraiment, ce rêve-là, je l'interprète comme un signe où elle a voulu me dire qu'elle était présente. Mais je ne l'ai pas écouté, je n'ai pas écouté mon corps. Même en n'ayant pas de cycle, moi je partais du principe que le gynéco m'a dit que je n'aurais pas mes règles. Je n'aurais pas mes règles en fait. Donc la culpabilité finalement, c'est comment je peux être une bonne mère alors que j'ai passé la moitié de la grossesse de mon enfant. sans savoir qu'elle était là, sans lui apporter de l'amour. Et puis même après, dans les autres quatre mois et demi qui ont suivi, où du coup là, j'ai investi la grossesse, il y avait ce truc de je prépare les choses, mais je ne me prépare pas émotionnellement parlant. Donc en fait, la culpabilité, elle était surtout là. Pour moi, être une bonne mère, ce n'était pas t'achètes le paquet de couches le plus bio, t'achètes le dernier mobile, le dernier transat à la mode. C'est être vraiment présente pour son enfant, l'aimer, répondre à ses besoins. Et pour moi, en fait, la culpabilité, elle était là. Je m'étais vraiment dit, non, je ne pourrais pas être une bonne mère pour cet enfant parce que je suis passée à côté de la moitié, déjà.
- Speaker #1
Ça ne matchait pas avec les représentations que tu avais de ce qu'était une bonne mère, en tout cas, à ce moment-là. C'est-à-dire une mère peut-être déjà connectée, une utéro, comme tout ce qu'on entend sur ce pseudo instinct maternel qui voudrait dire que la mère ressent en amont tout.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et qui est en fait une construction aussi.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Mais c'est peut-être aussi... Une des raisons pour lesquelles cette culpabilité a été...
- Speaker #0
Sûrement, ouais. Même si tu vois, c'était donc il y a 8 ans. C'était le premier enfant de mon entourage très proche. J'étais la première à avoir un enfant, même s'il y avait... La personne à qui je me raccrochais concrètement, c'était cette fameuse collègue qui était là à l'échographie et qui avait eu sa fille quelques mois auparavant. Mais je découvrais tout. Les dernières représentations que j'avais, c'était de ma tante qui accueillait son quatrième garçon. Moi, j'ai débarqué dans un truc. Il fallait avoir plein de bibes, il fallait avoir plein de vêtements. Il fallait avoir son lit, sa chambre. Tout ce qui finalement, après, je n'ai pas reproduit pour ma deuxième grossesse parce que je me suis découverte en tant que mère. Il y avait vraiment ce truc de déjà avoir un enfant, c'est pouvoir l'accueillir dans la matière. Il n'y avait pas pour moi. Et pourtant, ma tante n'est pas du tout comme ça. Elle est au contraire très dans l'émotionnel. Clairement, c'est l'un des modèles que j'ai de féminité autour de moi. Puis je me sentais vraiment pressée par le temps. Je commençais à ce moment-là à être un peu sur les réseaux. Et donc sur les réseaux, on voyait aussi surtout les marques qui offrent des biberons, qui offrent des trucs. Donc en fait, ce que je voyais de par aussi l'algorithme des personnes que je suivais, ce n'était pas ce dont j'aurais eu réellement besoin à postériorer.
- Speaker #1
Il faut savoir qu'il y a une grossesse sur 500 qui est un déni partiel, puisque c'est ça, c'est quand on se rend compte en cours de grossesse qu'on est enceinte. Donc c'est quand même un nombre que je trouve assez conséquent par rapport à ce qu'on en entend. C'est pour ça qu'il y a vraiment un tabou sur ce sujet d'une grossesse. Et je pense que ça contribue aussi à culpabiliser, ou en tout cas à avoir l'impression peut-être d'être différente quand on vit ça. Alors qu'en fait, une grossesse sur 500, c'est énorme. Ça représente 0,2% des naissances tous les ans.
- Speaker #0
C'est énorme et c'est rien à la fois. Quand je raconte que j'ai fait un déni de grossesse, très souvent, on me regarde avec des yeux en mode genre... Il y a parfois aussi cette notion de... Quand je dis que je l'ai découvert à 4 mois et demi, les gens perçoivent quand même que 4 mois et demi, c'est quand même un stade avancé. Sans vouloir jauger, mais dans la perception des gens, c'est comme si c'était moins grave parce que... Je ne l'ai quand même pas appris à la naissance. Ce n'est pas non plus un déni total.
- Speaker #1
Il y a une échelle de valeur. Oui,
- Speaker #0
une échelle dans le déni. Quand je faisais ma préparation sophrologique pour ma première, un sage-femme à qui je verbalisais mes craintes d'être une bonne mère m'a dit que je n'avais pas fait un déni, que je l'avais juste appris tard. Et à ce moment-là, mon cerveau a ouvri. J'ai fait, ok, alors à toi, je ne peux pas en parler. Ce n'est pas grave, je vais me focus sur... L'instant présent. Et puis je me souviens qu'une fois, j'ai reparlé avec Séléna, qui est aussi d'où là, mais elle du côté de Lyon, du déni de grossesse. Et je lui ai dit, attends, je vais chercher un peu de la docu pour amener un peu de docu lors de... cette interview et en fait je lui ai dit mais tu te rends compte il n'y a rien, il n'y a aucun livre pour les enfants. Enfin il y en a des livres sur le déni de grossesse mais d'un point de vue médical, psychologique mais il n'y a rien en fait de personne l'ayant vécu. Vraiment au début je me sentais un peu seule mais c'était pas si grave que ça pour moi étant donné que comme je me sentais hors des cas je me suis dit bah c'est pas grave c'est la suite logique je fais un déni de grossesse et puis basta c'est... Ça va marquer le cours de ma vie, mais vu que je n'ai pas un parcours standard et que je ne fais rien comme les autres, c'est ma punition, mon devenir, mon vécu, bref, mon destin, je n'en sais rien. Mais en fait, après, quand j'en parlais, « Ah ouais, mais moi je connais une telle, elle a fait aussi un déni partiel. J'ai entendu une histoire une fois sur une nana qui a fait un déni complet. » Alors oui, on commence à en parler un petit peu. Et moi, c'est quelque chose qui est aussi très présent chez moi. Là, je parle du déni de grossesse, mais... J'ai déjà été amenée à parler aussi de ma césarine en urgence, de ma dépression du postpartum, parce que les tabous, pour moi, c'est vraiment quelque chose que je décide de lever, parce que... Ah, la casquette des tabous ! Mais c'est vrai que, pour le coup, le délire grosset, j'en fais un petit peu un cheval de bataille, parce que je ne trouve pas ça normal que, moi-même, je sois obligée d'essayer de trouver mes propres mots pour en parler à ma fille, alors que j'aurais... adoré en fait que quelqu'un avant moi, parce que du coup je vais finir par écrire ce fichu bouquin, mais que quelqu'un avant moi ait écrit un livre à destination des enfants pour parler du déni partiel, du déni total. On a des bouquins pour expliquer aux enfants qu'ils vont en devenir grands frères ou grandes sœurs, mais il n'y a pas forcément d'histoire sur la grossesse, comment ça a pu se passer. Alors on a la grossesse traditionnelle, entre guillemets, si je peux le nommer ainsi, parce que Je ne me suis pas renseignée pour les parcours PMA, mais je ne suis pas certaine non plus qu'on ait beaucoup de livres pour enfants à destination des parcours PMA, concrètement. C'est difficile aussi parfois d'essayer de verbaliser les choses avec un discours d'enfant, sans utiliser forcément trop des mots d'adulte. Tu savais que papa et maman n'étaient pas prêts, mais toi tu avais très très envie de venir. Donc tu as décidé de te cacher. Et puis quand tu as senti que maman était un peu plus ouverte à l'idée d'up, on a trouvé le moyen de savoir que tu étais là. Entre le fait de le... verbaliser comme ça au cours d'une conversation de temps en temps et d'avoir un support pour se rappeler aussi parce que moi je reste persuadée que cette histoire là va l'impacter et impacte l'enfant qu'elle est et la jeune femme qu'elle sera c'est à dire qu'elle est issue d'un déni de grossesse avec des parents qui se connaissaient pas, j'étais sur la table d'accouchement et je me suis dit mais mon dieu je vais chier devant un mec que ça fait même pas un an que je le connais Merci. Elle est née après ses arènes en urgence, code rouge. Elle a été séparée de moi pendant deux heures. Mais la réalité, c'est que maintenant, je suis davantage apaisée avec ça. Tous les jours, je lui dis que je l'aime parce que je trouve ça important de lui rappeler. Évidemment, j'ai envie de me rattraper de ces moments dans mon ventre où je ne savais pas qu'elle était là, où je ne lui ai pas dit que je l'aimais, où je me suis même posé la question de est-ce que j'allais suffisamment l'aimer. On dit de nous qu'on est trop fusionnels et qu'il faut que je coupe le cordon. Déjà, pour moi, c'est tout à fait OK d'être fusionnelle avec mes enfants. J'ai envie qu'elles soient au courant que je les aime de tout mon cœur. Mais aussi pour toute la construction de leur état d'esprit, de leur mental, pour tout ce qui va être confiance en elles, estime d'elles-mêmes. C'est vraiment, pour moi, des éléments très importants. Du coup, il y a cette envie et ce projet d'écrire un livre pour enfants en parlant du déni de grossesse partielle et du déni de grossesse totale, que les enfants puissent se raccrocher aussi à quelque chose. Et le plus gros projet, qui serait plusieurs personnes ayant vécu le déni de grossesse d'une certaine manière, qu'ils soient total, partiel, que ce soit eux-mêmes des enfants issus d'un déni de grossesse. J'ai aussi l'expérience d'une copine qui a fait comme un sort de déni de maternité, qui savait qu'elle était enceinte. En fait, une fois son bébé dans les bras, elle s'est dit « mais qu'est-ce que j'ai fait ? » Parce que c'était bien d'avoir des livres avec un point de vue médical, avec un point de vue psychologique. Moi, j'ai pu me construire sans et c'est OK. Mais est-ce que ça veut dire que toutes les femmes devraient se construire sans ? Je ne sais pas. Quand j'ai fait ma dépression du postpartum, j'étais bien contente de pouvoir avoir des ressources, des livres, de personnes disant qu'ils avaient vécu ça. Et me dire, quelle agence, chie. Mais il y a un espoir. Il y a une porte de sortie, ça ne va pas être ça toute ma vie. Et d'avoir ce côté aussi... rassurant de « ouais, là en fait c'est compliqué ce que tu es en train de vivre, peut-être que tu vas mettre trois ans avant de te pardonner, alors qu'en soi tu n'as absolument rien à te pardonner, mais il y a cette notion de « il faut que je me pardonne d'être passé à côté de cette information majeure de mon corps, à quel point j'étais déconnectée de mon corps » . Moi il y avait aussi une de mes craintes, c'est comment ma fille va grandir avec tout ça. Et j'aimerais beaucoup que finalement ça soit son histoire qui clôture ce livre. Mais tu vois, d'avoir des histoires de personnes qui ont vécu ces différentes formes de déni, de pouvoir finalement, même en tant que personne l'ayant vécu, se raccrocher à ça en disant « Je vois à peu près ce qui peut m'arriver, ce qui peut à peu près se passer. » Sachant que chaque histoire est différente. Il y a un point commun qui est le déni. Mais voilà. Ça ne termine pas les trajectoires.
- Speaker #1
Mais c'est sûr qu'il y a la réassurance d'un côté, et les représentations sont tellement importantes pour les enfants, et pour tous d'ailleurs, même pour les adultes. Et c'est vrai que les représentations, c'est ce qui manque, heureusement. Depuis dix ans, sur toutes les thématiques, les sujets évoluent, même juste avoir une héroïne au lieu d'un héros, ou des héros racisés, ça évolue trop lentement. Mais c'est vrai que pour des enfants issus du déni, ça peut être hyper rassurant aussi de dire qu'ils ne sont pas tout seuls. Malgré tout l'amour que maman me témoigne, que ça arrive à d'autres enfants et qu'ils vont très bien ces enfants. C'est sûr que c'est une ressource précieuse. Et donc cette suite de grossesse, tu as verbalisé que tu avais fait de la sophro. Donc ça veut dire que tu as quand même réussi à investir la deuxième moitié de ta grossesse. Qu'est-ce qui s'est passé ? Quelles ont été tes émotions ? Est-ce que tu as eu l'impression de vouloir te rattraper sur 4 mois et demi ? Ou est-ce qu'il t'a fallu un temps de digestion pour vraiment investir pleinement cette grossesse ?
- Speaker #0
Il m'a fallu un temps de digestion, ça c'est sûr. J'ai essayé, je pense, par le biais de la sophro, de me réapproprier un petit peu mon corps, ce corps de femme enceinte que du coup je découvrais. Même si finalement, dans les faits, ça n'a pas eu l'effet escompté. Parce que, à mon sens, si la grossesse dure 9 mois, c'est vraiment pas pour rien. Mais j'ai fait en tout cas ce qui pour moi était possible à ce moment-là. Malgré tout, j'ai eu beaucoup de trous noirs après la naissance de ma fille. Je commence à avoir des souvenirs qui arrivent plus aux alentours de ces 2-3 ans. Il y avait vraiment cette notion de fallait digérer finalement cette information-là. Je pensais qu'avec le mode pilote automatique, je l'avais digéré. Mais je me suis rendue compte après que ce n'était pas le cas. finalement j'ai envie de dire que quand j'ai investi, j'ai investi trop extrêmement. Là on n'entend que ma voix, donc on ne voit pas forcément ma tête, mais à l'époque j'avais pas mal de piercings aux oreilles, j'avais un piercing à la langue, j'avais déjà quelques tatouages, mais quand ma fille est née, il y a eu déjà se réapproprier ce corps qui avait gonflé avec les OEDM, avec la prise de poids, avoir une nouvelle garde-robe, et finalement je me suis dit, mais en fait, maintenant je suis maman. Il faut que je retire mes piercings. C'était pour moi, en fait, la mère de famille ne pouvait pas avoir de piercing. Et puis, en plus de ça, de par mon âge, il fallait vraiment que je fasse crédible. C'est-à-dire que j'allais être la maman qui allait récupérer sa fille chez la nounou ou à la crèche, la petite jeune de 21, 22 ans. Et c'est aussi un truc que j'ai senti de par certains professionnels de santé quand j'allais au laboratoire pour faire mes prises de sang. C'est, ah mais vous êtes toute jeune. Vous êtes née en 94, vous allez déjà avoir un enfant. Donc du coup, il fallait vraiment que je sois crédible. Pour moi, même si j'étais tout à fait au clair avec l'image que je renvoyais de moi en tant que jeune femme, la jeune femme que j'étais ne pouvait pas être la mère de famille. Et du coup, j'ai retiré tous les piercings que je pouvais retirer. Les tatouages, je ne pouvais pas les retirer, donc je les ai gardés. J'en ai quand même fait d'autres après, on ne va pas se mentir, mais il y avait ce truc de « je ne peux plus mettre de décolleté trop plongeant » . Ah ouais, non, c'était vraiment... Bon, j'ai jamais été fan de la chemise et du blazer, mais c'était limite dans ma tête, dans ma projection, il fallait d'un coup que je m'habille comme ça. Que limite je me force à mettre des talons, vraiment, pour coller à cette représentation de genre la mère de famille qui est une businesswoman, qui va au travail, qui récupère ses enfants.
- Speaker #1
C'était une manière de prendre confiance ?
- Speaker #0
Je sais pas, je sais pas. J'étais pas prête à être mère. Ma garde-robe n'était pas prête à être mère, visiblement. Je ne sais pas pourquoi, mais il y avait vraiment ce truc de « en fait, maintenant, je suis une autre personne » . Et c'est ce qu'on m'a dit. On m'a dit « depuis que tu es devenue maman, tu as changé » . Et sur le coup, je le prenais super mal. Parce que j'étais encore toute jeune, j'étais encore en construction, en reconstruction. Je démarrais à peine dans la vie professionnelle. Je n'avais pas non plus envie qu'on me tourne le dos parce que j'étais maman, mais en même temps, je sentais qu'il y avait certaines affinités, certaines amitiés. qui ne pouvaient plus marcher parce que maintenant, je n'avais pas envie de me prendre la tête pour des sottises. J'avais une enfant, en fait, à ma charge. Je n'ai pas le temps de venir me murger la tronche à votre soirée du jeudi soir. Je n'ai pas le temps. de me prendre la tête parce que vous avez mal pris le message que je vous ai envoyé. En fait, j'ai trois couches à changer. Laisse-moi te tranquille. Enfin, les priorités changeaient. C'est que, en fait, d'un coup, aux yeux des autres et à mes yeux, ça me renvoyait que je n'étais plus la même personne. Il y avait un avant-après, quoi. Un peu comme dans les émissions où tu te transformes totalement, là, entre la coiffure, le maquillage, la garde-robe. C'était comme si, genre, il y avait un avant-après. Relooking de l'extrême.
- Speaker #1
Et donc... À quel moment est venu le sujet du ou de la deuxième enfant, du coup, entre vous ?
- Speaker #0
Moi, je m'étais toujours dit que je veux trois enfants. J'ai tellement mal vécu, du coup, cette première grossesse et ce premier accouchement que je me suis dit, c'est mort, je ne referai jamais ça. Lui, il s'est redécouvert une fois qu'il est devenu père. C'était super beau de le voir devenir un autre homme. C'est comme si l'arrivée de Nelly, en fait, avait donné un sens à sa vie. Et je trouve ça vraiment très beau, lui qui n'a pas eu la présence d'un père, de voir qu'en fait, il s'est complètement réinventé en tant que père. C'est incroyable. Très vite, entre guillemets, on a parlé d'éventuellement, est-ce qu'il y aurait un deuxième enfant ou pas ? Parce que c'est comme si la suite logique, à partir du moment où tu en as un enfant, du coup, tu peux enchaîner. On peut aussi rester à un enfant, mais on a quand même eu cette conversation. Puis, il me disait qu'il en voudrait d'autres, un deuxième. Idéalement, il aurait voulu un petit garçon. Et moi, je disais non. Je ne suis pas prête, je ne suis pas sûre. Vraiment, je l'avais mal vécu. Et en fait, c'est après le Covid, on a eu un moment dans notre couple, ça allait un peu mieux. On avait enchaîné des mois compliqués aussi avec le boulot, entre moi qui étais de nouveau en réanimation à ce moment-là, et lui en étant pompier de Paris. Vraiment, la période du Covid a été compliquée pour tout le monde, mais ça a aussi été compliqué pour notre dynamique familiale. On allait un petit peu mieux. Moi, j'allais un petit peu mieux parce que j'avais quitté l'hôpital, donc je me sentais un peu plus légère aussi. J'avais trouvé un poste à côté de la maison qui me permettait d'être aussi plus présente pour ma fille. Et je me suis dit, ok, là, je sens que ça peut le faire. Je peux être prête, je peux accéder à cette demande-là. Donc, j'ai retiré mon stérilet. Elle est arrivée très vite, au premier cycle. Je mesure la chance que c'est par rapport à d'autres femmes qui vivent l'attente et parfois qui vivent l'absence. Ça a été un moment où on pouvait souffler tous les deux et on s'est dit, allez,
- Speaker #1
on y va. Et avant que ça se concrétise ? Tu appréhendais le fait de retomber enceinte ? Est-ce que tu t'es posé la question de « et si je ne me rends pas compte ? »
- Speaker #0
Alors là, pas du tout, parce que j'étais du coup un peu plus calée sur mon cycle. J'ai commencé un peu plus à l'observer quand même. Donc j'étais très régulière. Puis c'était un stérilet au cuivre que j'avais, donc on m'avait dit « votre cycle, c'est votre cycle » . Ça m'avait beaucoup rassurée. Et j'arrivais à sentir les moments où j'ovulais. Je regardais parfois sur mon petit calendrier, je me disais, ah oui, en effet, là, j'ovule, tu vois, ça me confirmait un petit peu où est-ce que j'en étais. Mais je n'avais pas cette crainte-là, parce que j'avais mes règles, parce que j'ai retiré mon stérilet, parce que j'avais cette observation. J'avais quand même téléchargé une application, histoire de, pour ne pas louper le coche, cette petite fenêtre qu'on a mensuellement parlant. Mais pour le coup, non, je n'avais pas peur de passer à côté. Au contraire, je crois, une semaine avant, je commençais à sentir des tiraillements dans ma poitrine. J'en ai parlé à une copine qui était dans la confidence. Je lui ai dit, mais imagine, c'est mon cerveau qui veut tellement que ça arrive. Elle m'a dit, bah sinon, fais un test, tu verras bien. Et je voyais quand même la petite barre qui commençait à arroser et tout. Et je me suis dit, ah, ça vient, ça vient. J'étais vraiment tellement hyper connectée et à l'écoute que pour le coup, je n'avais pas cette appréhension. L'appréhension, c'était vraiment plus par rapport à l'accouchement que la grossesse.
- Speaker #1
Ok, mais du coup, peut-être que ce déni t'a permis d'être... encore plus à l'écoute de ton corps par la suite ? Tu le verbaliserais comme ça ? Ou c'est juste que c'était ton chemin et que petit à petit, avec les années qui passent, t'as appris à plus t'écouter ?
- Speaker #0
J'aurais peut-être tendance à dire les deux parce que je suis encore dans l'écoute de mon corps à l'heure actuelle. Il y a encore des moments où je ne l'écoute pas. C'est-à-dire que l'année dernière, j'ai quand même traversé un bordement parental et une dépression. Donc c'est que quelque part, il n'y avait aussi pas de... Tout à fait de l'écoute de moi-même et de mon corps, mais je dirais que c'est la porte qui s'est ouverte finalement vers cette écoute de moi-même et dans les différentes thérapies que j'ai pu entamer, les différents profs que j'ai été voir, d'approfondir toujours plus cette écoute de mon corps et de moi-même qui est toujours en construction avec des vérités qui sortent, des promenades qu'on découvre et qui se lèvent, mais pour moi ça fait partie de mon chemin de vie. Et ça a été une première étape pour apprendre davantage sur moi et sur ce ressenti, sur cette acceptation du corps, sur cette distance à mettre avec les injonctions sociétales, sur cette distance à mettre avec mon passé de jeune sportif qui devait à tout prix faire attention à son corps, pas spécialement à son image, mais au moins à son corps. Donc un peu des deux, je dirais un peu des deux.
- Speaker #1
Et comment s'est passée la rencontre avec Luz, ta deuxième fille ?
- Speaker #0
Trop bien ! J'étais sur un petit nuage, j'avais réussi tout ce que je voulais, j'avais eu mon accouchement sans péril après ma césarienne en urgence pour Nelia, donc j'étais trop contente. Je suis arrivée à la maternité à dilatation complète et une demi-heure après. Clairement, j'aurais pu accoucher à la maison, mais en fait j'étais tellement... Dans cette phase de désespérance, Loïc n'était pas là. Il nous rejoignait à la maternité parce qu'évidemment, il était de garde. Sinon, ce n'était pas drôle. Je n'aurais pas été en capacité de relâcher complètement à la maison. Mais par contre, une fois que je l'ai vu, que je suis arrivé à la maternité, j'ai dit, je suis désolée, mais votre pot à pipi, je ne peux pas le remplir. Il faut juste que je pousse. Donc, ça a été très vite et c'était super chouette. J'ai pu avoir ce moment-là et nous ne l'avons pas récupéré tout de suite. Loïc a pu profiter aussi de sa fille avant qu'on monte en chambre. Il est resté avec moi toute la nuit. Et c'est justement finalement tout ça qui a été aussi dur quand la dépression du postpartum est arrivée après. C'est que, mais non quoi, elle arrive au premier cycle, la grossesse s'est bien passée, l'accouchement il a été nickel quoi, hormis que j'étais sur le dos. Mais sinon je veux dire, il y a tout qui a été coché comme case. Pourquoi en fait la dépression, genre elle n'est pas arrivée avec une grossesse ? Ça aurait été tellement plus logique les gars, pourquoi vous êtes en train de me flinguer le seul truc que j'ai réussi ? C'était vraiment le sentiment que j'ai eu et j'ai eu beaucoup de chance d'avoir des amis qui ont traversé pour le coup la dépression du postpartum et qui m'ont pu dire « là Marie, il faut faire quelque chose, tu as le droit de traverser ça, mais il ne faut pas que tu restes toute seule » . Donc on m'a donné les coordonnées d'une psychiatre et tout, on m'a vraiment tendu la main à ce moment-là. Et à chaque fois que je parle de cette dépression-là, je les remercie énormément parce que sinon je me sentais totalement illégitime, j'aurais traîné ça pendant je ne sais combien de temps.
- Speaker #1
Est-ce qu'aujourd'hui tu as identifié les raisons, le contexte et les raisons qui t'ont amené vers cette dépression du postpartum ?
- Speaker #0
Je dirais qu'il y avait déjà beaucoup la solitude, parce que Loïc était dans une année de montée en grade, donc forcément il était présent à la maison, mais il n'était pas autant que j'aurais voulu. Avec cette deuxième grossesse, j'ai aussi beaucoup découvert sur l'allaitement, sur le mois d'or, j'ai approfondi des connaissances sur le portage. C'est aussi ce qui est important pour moi en tant que doula maintenant, c'est que oui, il y a des choses pour faciliter le quotidien, mais parfois on peut tellement en entendre parler, on peut voir tellement de personnes qui vont nous dire à quel point c'est important que ça limite devient une injonction. Et pour certaines femmes, c'était tout à fait ok en fait, avec leur nouveau-né d'une semaine déposer la grande à l'école. Pour moi, je me disais mais c'est pas normal. Je devrais pas en fait avec mon tout petit bébé aller déposer ma grande-fille à l'école, je devrais me reposer. On devrait être là pour moi, pour me soutenir. Et donc, je pense qu'il y avait aussi cette notion-là qui ne m'a pas forcément aidée. Et je suis quelqu'un aussi, malgré tout, de dynamique. Et j'aime bien quand ma maison, elle est bien rangée. Quand c'est le bazar chez moi, c'est aussi le bazar dans ma tête. Et d'avoir des journées où j'ai resté bloquée sur le canapé parce que je ne pouvais pas poser ma fille et que je n'avais pas spécialement envie de l'avoir en portage. J'avais juste envie vraiment d'avoir ce moment-là pour moi où je vais plier mon linge. Ça n'a pas aidé, quoi.
- Speaker #1
Comment tu as réussi à t'en remettre de cette dépression ?
- Speaker #0
J'ai été entourée par des amis. J'ai prévenu mes collègues avant de reprendre le boulot en leur disant que je n'allais pas reprendre tout de suite. J'ai suivi une thérapie avec une psychiatre. J'ai eu aussi un traitement médicamenteux. Et le temps a fait son oeuvre.
- Speaker #1
Et avec ta deuxième fille, tu as allaité longtemps.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que l'allaitement a changé ? dans ta façon de vivre avec ton corps et peut-être dans cette deuxième maternité ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si vraiment l'allaitement, ça a changé quelque chose dans mon appropriation de mon corps. Déjà, très vite, même quand il y avait les représentations des femmes super bien gaulées à la télé ou dans les magazines, j'en avais déjà marre de l'hyper-sexualisation des corps de la femme. La poitrine, ce n'est pas le joujou des messieurs dames, concrètement. Ça n'a même jamais été une zone ultra-hérogène chez moi, qu'on se le dise. Pour moi, c'était tout à fait normal que ma fille puisse être allaitée. Ça n'a jamais posé problème pour moi de donner le sein non plus à ma fille dans l'espace public, parce que je répondais à son besoin et que, hormis le lait, il y a aussi plein d'autres choses qui se jouent dans l'allaitement. J'ai eu la chance aussi d'avoir Louis qui m'a accompagnée dans cette histoire-là et qui m'a aussi soutenue. par rapport au jugement de certaines personnes quand on passe un certain stade au niveau de l'âge de l'enfant où on commence à nous dire « Eh oh, tu devrais quand même l'assoudrir. Fais-toi de tes affaires. »
- Speaker #1
Ah bon, 17 ans. Oui, 17 ans. J'ai bien entendu.
- Speaker #0
Je pense que le fait d'allaiter d'une manière assez longue, l'us, allaiter trois ans, bien trois ans et quelques mois, en gros, ça m'a donné un peu plus d'assurance. À la base, ma poitrine, elle est quand même faite pour nourrir mes enfants quand j'en ai. Ça m'a enracinée un peu plus, d'être un peu plus marquée, un peu plus revendicative sur mon existence, sur ma manière de penser, sur l'utilité que je fais de mon corps. Donc je dirais que c'est ça qui a changé. Sans que ça change vraiment, parce que c'était déjà des choses qui étaient présentes, mais peut-être que ça l'a marquée un peu plus au fer rouge.
- Speaker #1
Aujourd'hui, en plus d'être infirmière, tu es doula.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu prends soin, tu accueilles la parole des autres femmes, tu crées du lien. Qu'est-ce qui t'a conduite à ce métier ?
- Speaker #0
Eh bien, c'est non seulement cet deuxième accouchement qui, pour moi, a été réussi, où j'avais pris ma revanche, c'est comme ça que je l'avais nommée, et je me suis dit « Waouh, la force que j'ai sentie, en fait, toutes les femmes, elles doivent savoir qu'elles peuvent l'avoir. » C'est pas parce que t'as eu une césarienne en urgence que tu peux pas avoir un deuxième enfantement qui se passe bien. Et puis après, il y a eu la déchéance avec la dépression du postpartum. Et je me suis dit, merde, tu peux réussir, mais échouer aussi. Évidemment, ce n'est pas un échec, mais c'est comme ça que moi, je l'ai perçu à ce moment-là. Et donc, je me suis dit, il faut que je montre aux femmes qu'elles peuvent le faire. Mais il faut aussi que je leur montre qu'elles peuvent ne pas être toutes seules, concrètement. C'est ça qui m'a fait rentrer en formation. Mais par contre, ce n'est pas ça qui m'en a fait sortir. c'est à dire que Je suis rentrée avec ce truc de je veux surtout accompagner autour de la grossesse et du postpartum. Et je suis sortie de la formation en me disant mais en fait le cœur de mon métier c'est quoi ? C'est l'écoute, c'est être là pour l'autre. Et il n'y a pas juste une période de vie qui a besoin de ça. En fait on a besoin de ça à n'importe quel moment de la vie. Et donc du coup j'étais très contente de trouver cette corrélation avec ma cascade d'infirmière aussi. Où je suis infirmière en soins généraux. Donc en fait je peux aller dans n'importe quel service. Et donc du coup accompagner n'importe quelle période de vie.
- Speaker #1
Ok. Quelle valeur forte guide tes accompagnements ?
- Speaker #0
Je dirais l'authenticité, l'entièreté et les convictions, ce côté engagé et militante, mais qui, malgré tout, je ne vais pas venir en rendez-vous, clairement, avec un drapeau en forme d'arc-en-ciel. Je ne vais pas vous dire, vous devez faire ci, vous devez faire ça, parce que ce n'est pas du tout ma posture de doula. Mais par contre, c'est vraiment quelque chose que je ressens très fort à l'intérieur de moi, c'est-à-dire que, en fait, moi, mon militantisme, il n'est pas forcément en allant dans les manifestations comme je pouvais le faire avant, mais c'est aussi manifester à ma petite échelle, c'est-à-dire semer des graines à ma petite échelle, que ce soit lors de mes rendez-vous où je peux être amenée, par exemple, à parler des violences sexistes et sexuelles, mais ça peut être aussi à parler à des amis ou devant l'école à certains parents. parler de puberté, de consentement. Donc je dirais que c'est ça qui drive mes accompagnements, mais aussi finalement la personne que je suis, parce que pour moi, être doula, c'est aussi être doula en dehors des accompagnements.
- Speaker #1
Tu parles librement de tout ce que tu as traversé, que ce soit sur ton compte Insta, à travers les interviews que tu as déjà été amenée à donner. Tu as du coup ce projet de livre, très ambitieux et nécessaire, et j'ai vraiment hâte de découvrir ça. Qu'est-ce que ça vient nourrir chez toi, de parler publiquement de tout ça ?
- Speaker #0
Quelque part, ça vient aussi dire « regardez tout ce que j'ai vécu et ce que j'ai tué » . Moi, je l'ai vécu, et pour autant, c'est vraiment pas du « m'as tué » . Évidemment, je parle de moi, de ce que j'ai vécu, et j'ai pu en enchaîner des périodes difficiles, des choses difficiles. Je pars du postulat que même si tout le monde est unique et a son propre vécu, on est quand même sur certaines choses, sur certaines... des histoires de vie, certaines émotions, des résonances qui peuvent se faire. J'ose espérer que j'ai juste pas un parcours de vie pourri, mais qu'il y a aussi des personnes qui vont pouvoir se retrouver dans ce que je vais pouvoir raconter. Je sais que par exemple, quand j'ai parlé de ma dépression, j'ai reçu un message après en aparté en disant, en fait, merci de le dire, parce que de lire ça, ça m'a fait du bien. J'ai fait un déni de grossesse, mais ça fait pas de moi une mère horrible. Je suis en dépression alors que j'ai deux beaux enfants qui sont en santé et ça fait pas de moi quelqu'un de rabat-joie ou je ne sais quoi qui se rend pas compte de la chance qu'elle a par rapport à d'autres malheurs qui peuvent se passer sur Terre parce que franchement l'onde actuelle est compliquée. Pour autant j'en parle librement parce qu'en fait j'ai eu 30 ans, je vais avoir 31 ans et pendant 30 ans il y a eu trop de tabous, trop de choses qui ont modifié quelque part la personne que j'aurais dû être dès le départ. Du coup, j'ai toute cette reconstruction qui est en chemin et c'est important pour moi de lever les tabous et d'oser en parler et qu'on puisse ne pas être jugé, qu'on puisse en parler librement, trouver du soutien, trouver de l'écoute. Pas se sentir isolée, reclue et seule et avoir honte de ce qu'on peut ressentir parce qu'en fait, si tu le ressens, c'est que ça t'appartient, c'est légitime et t'es pas obligée, sauf si t'as envie, mais t'es pas obligée de vivre tout seule avec ça. Pour autant, mon parcours n'est pas le parcours de tout le monde et il y a encore tellement d'autres sujets qu'on pourrait aborder. Moi, je fais le choix de parler de ce que j'ai vécu. C'est tellement enrichissant aussi de voir les leçons qu'on peut en tirer. On le voit bien, j'ai quand même de la facilité à en parler, j'adore parler quand j'ai de l'espace pour parler. Mais je trouve aussi ça tellement incroyable, le fait de rencontrer des personnes, même si c'est juste au cours d'une soirée qu'on ne les reverra pas. Mais en fait, de se nourrir et de nourrir l'autre de qui on est, de notre manière de voir les choses, les traditions, la culture dans laquelle on a vécu. Je trouve que c'est tellement intéressant, plutôt que de rester en fait sur notre microcosme à nous et... De voir la force que certaines personnes peuvent avoir mis en place pour se sortir d'une situation, même si c'est une situation qui n'a rien à voir avec nous, mais en fait se dire « Waouh, la personne a été capable de le faire, quoi » .
- Speaker #1
Oui, c'est tellement inspirant et à la fois riche, ce genre de discussion, même quand c'est du one-shot, par rapport à des discussions très superficielles de « Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Il fait chaud en ce moment. » Ça me parle beaucoup, tout ce que tu partages, même sur le fait de dépasser ça et de ne pas rester dans une honte ou dans « j'ai vécu cette histoire et toute ma vie, je suis obligée de rester là-dessus » . Libérer la parole, c'est tellement précieux. J'aurais d'autres petites questions avant de terminer à te poser. Si tu écoutais la part des femmes qui viennent juste de vivre ou qui ont vécu il y a quelques années un déni de grossesse, qu'est-ce que tu aimerais leur dire ?
- Speaker #0
J'aimerais leur dire... qu'elles ne sont pas seules déjà, que je les vois, que peu importe ce qu'elles ont pu ressentir, que ce soit de la joie, de la tristesse, de la honte, de la haine, du dégoût, qu'importe, je respecte. Et elles l'ont ressenti parce que ça a fait écho à un moment donné dans leur vie, dans leur parcours, dans leur vécu de femme. Mais j'ai aussi envie de leur dire que ça ne va pas rester comme ça toute notre vie. j'espère, là je parle aussi pour moi pour le coup, c'est que la preuve en est, même si je me rends compte parfois que dans mon quotidien il y a des choses qui m'en renvoient à cette expérience d'une grossesse malgré tout j'ai avancé je me suis pardonnée aussi à moi c'est pas forcément quelque chose qui m'a été demandé mais c'est quelque chose que moi j'ai ressenti de me pardonner, de ne pas m'être écoutée de me pardonner auprès de ma fille de ne pas avoir su qu'elle était là Je fais tout ce que je peux là, à l'heure actuelle, pour ne plus ressentir toutes ces émotions-là. Et puis j'ai envie de dire qu'il soit partiel ou total, ça reste une expérience transformatrice, tout comme la grossesse et l'enfantement sont des expériences transformatrices, que ça transforme aussi à un autre niveau. Moi j'ai envie de croire que si on traverse certaines épreuves, c'est parce que, bon après il faut nommer ça comme on veut, notre esprit, notre âme, notre corps, notre cœur, bref, on savait qu'on pouvait avoir les moyens de surpasser ça. C'est pas forcément la croissance de tout le monde, mais en tout cas, moi, j'ai envie d'y croire. Parce que ça m'a appris des choses sur moi. Ça m'a donné accès à certains savoirs, à certaines réflexions que je sais que j'aurais pas eues sans ce déni de grossesse-là. Peut-être que si j'avais pas fait le déni de grossesse, j'aurais avorté. On l'aurait peut-être pas gardé. Peut-être que du coup, j'aurais pas mes deux filles. En fait, il y a tellement de peut-être, mais ma vie serait complètement différente à l'heure actuelle. Ça se trouve, je serais même pas là en train de vous parler avec une posture de doula. Je serais peut-être juste infirmière. Ça a été dur, ça a été éprouvant, ça a pas été facile. Et il y a des fois, quand je suis dans le bad, je me dis, j'ai vraiment enchaîné les galères, j'ai vraiment jusque-là une vie de merde, j'espère vraiment que ça va se passer et se tasser. Mais moi je crois que tout le monde a une très grande force en lui-même de ce fait-là, même si ça peut être un moment qu'on peut percevoir comme de la faiblesse, de l'échec, ou je ne sais quelle autre émotion négative, bah en fait... On est fortes, quoi, les meufs.
- Speaker #1
Carrément. Qu'est-ce que tu voudrais dire aux enfants du déni ?
- Speaker #0
Eh bien, déjà, je commencerais par dire, Nélia, je t'aime, en parlant à ma fille. Aux enfants du déni, j'ai envie de leur dire, c'est pas parce qu'ils sont issus d'un déni qu'ils sont pas forcément aimés. Après, tout dépend des histoires aussi de vie de chacun. On ne peut pas faire de généralité, et je n'aime pas faire des généralités, parce que... Très souvent, je ne me reconnais pas dans les généralités. Ces enfants-là, j'ai envie de leur dire que si potentiellement, à un moment donné dans leur vie, ils se sentent exclus, ils se sentent rejetés, ça ne veut pas forcément dire qu'ils le sont à l'instant T. Mais c'est peut-être des blessures qui sont là depuis bien plus longtemps, soit par rapport à leur propre histoire, soit toujours encore selon les croyances de chacun. des histoires que l'on porte et qui ne sont pas les nôtres. Mais à ces enfants-là, j'ai envie de leur dire que peut-être qu'ils sont nés dans le silence, peut-être qu'ils sont nés dans le déni, mais que malgré tout, en fait, ils ont leur place ici et que c'est bien pour ça qu'ils se sont bataillés pour arriver.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais ajouter pour refermer ce moment ?
- Speaker #0
Déjà, j'ai envie de te remercier pour cette invitation. C'était super cool. stressant quand même un petit peu au début mais super cool, ça m'a permis aussi de ne pas aussi garder ce projet de livre juste pour moi et pour mon cercle proche donc voilà maintenant vous savez je pense que Céline mettra les petites coordonnées mais si jamais vous avez des questions vous connaissez des personnes ou que le projet de livre vous intéresse pour x ou y raison, je serais ravie d'échanger à ce propos avec des femmes qui ont vécu ça et qui auraient envie, même anonymement, de parler de leur histoire, de ce qu'elles ont vécu, pour qu'on crée une petite sororité avec les enfants et les femmes du déni.
- Speaker #1
Ok, merci infiniment Marie, pour ta confiance et pour ta parole rare et puissante. Merci d'avoir partagé avec tant d'authenticité une histoire aussi intime. Merci d'avoir ouvert cette porte aussi. Merci pour ta forte vulnérabilité. Merci de faire de ton corps, de ton histoire une lumière pour d'autres. Vous pouvez bien sûr suivre Marie sur Instagram, sur son compte Marie propose des accompagnements de doula, mais aussi de l'hypno-natale, du rébozo, du soutien à l'allaitement en Seine-et-Marne,
- Speaker #0
dans l'Oise, dans la Marne, dans l'Aisne et en Visio. Un immense merci pour votre écoute. J'espère que vous y aurez trouvé des pistes de compréhension de votre corps et peut-être de ceux des personnes qui vous entourent.
- Speaker #1
Vous entendez probablement ça à chaque écoute de podcast, mais il est vraiment essentiel pour moi de vous le rappeler. Si cet épisode vous a plu, s'il vous plaît, abonnez-vous et mettez-lui 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute. Laissez un commentaire et partagez cet épisode, c'est le seul moyen pour moi de faire connaître ce podcast que je crée bénévolement pour nous, avec le cœur. Vous pouvez également suivre l'actualité d'un corps à écouter sur sa page Instagram, où vous découvrirez mes invités en avant-première. A très vite,
- Speaker #0
au revoir.