- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Un Corps à Écouter, le podcast qui nous permet de cheminer ensemble vers une reconnexion à nos corps. Comment fait-on pour apprendre à écouter ou réécouter son corps quand on n'a pas le mode d'emploi ? C'est ce que je vous propose d'interroger épisode après épisode à travers un cheminement individuel et collectif, une quête commune. Je suis Céline AUvray, créatrice de ce podcast, mais aussi doula et maman de trois enfants. Dans chaque épisode, je vous emmène avec moi à la rencontre de mes invités qui ont un corps à écouter, à apprivoiser, à comprendre, et des pistes pour nous apprendre à habiter nos corps avec plus de conscience. Une façon d'être également plus connecté à nous-mêmes. et plus en lien aussi entre nous. Aujourd'hui, je reçois une femme qui, à travers sa voix, invite à habiter son corps avec plus d'attention et de présence. Et je peux en témoigner personnellement, puisque c'est auprès d'elle que je me suis formée au chant prénatal, une pratique encore méconnue et pourtant si puissante pour se connecter à soi. Le chant prénatal n'est pas simplement chanter pour son bébé. C'est une pratique corporelle, sensorielle et vibratoire qui invite à se relier à sa respiration, à investir son bassin, à mettre de la conscience dans sa grossesse et dans son quotidien. C'est un outil de réappropriation du corps, une manière de retrouver du pouvoir sur ce que l'on traverse. Amélie Chambinaud est, entre autre, musicienne, chanteuse, professeure de musique, formatrice et animatrice de chant prénatal. C'est une femme lumineuse et généreuse. qui s'est donné confiance par sa bienveillance et sa manière si naturelle de percevoir l'autre comme un être capable et compétent. Une formatrice précieuse donc, parce qu'elle permet d'avancer avec douceur, humour et confiance en tenant compte des spécificités et des temporalités de chacune. Et ce qui la rend si singulière, c'est qu'avec elle, tout est invitation. Elle propose avec justesse et empathie, sans jamais rien imposer. Et à présent, c'est à mon tour de l'inviter à parler du chant prénatal bien sûr ! mais aussi de son propre rapport au corps, de ce qu'elle a traversé, de sa maternité, de la voix comme outil de connexion, de féminisme, de transmission entre femmes, et peut-être de plein d'autres choses, un épisode intime, vibrant et engagé à écouter avec le corps autant qu'avec l'esprit. Bonjour Amélie, et un immense merci à toi de prendre la parole ici.
- Speaker #1
Bonjour Céline, merci pour cette introduction, je suis honorée d'entendre les mots que tu poses pour parler de moi, ça me touche beaucoup.
- Speaker #0
Je t'en prie. Alors pour commencer, est-ce que tu pourrais nous parler de ton rapport au corps lorsque tu étais enfant ?
- Speaker #1
C'est intéressant comme question parce que la première idée qui me vient, c'est que je pense que j'étais assez déconnectée de mes sensations corporelles, parce que je pense que j'étais plus intéressée et stimulée sur le côté intellectuel. Je pense par des préférences personnelles et aussi je vois un peu le profil de ma maman, qui est un peu dans cette tendance-là, on va dire. L'exemple que j'ai, en fait, c'est de ne pas avoir senti la sensation de la faim et de la satiété avant l'âge adulte. Alors, quelque part, c'est bon signe, ça veut dire que j'ai toujours eu à manger. Mais je veux dire, dans ces petites subtilités qu'on peut avoir des fois au fil de la journée, de se dire « Ah tiens, je sens que ça va bientôt être l'heure de manger » , etc., je pense aussi que j'étais déconnectée, en fait, de ces informations-là. Et que j'aimais vraiment beaucoup nourrir mon intellect, lire, apprendre des choses. Jouer de la musique, c'est quelque chose qui a été présent dans ma vie parce que j'ai commencé le conservatoire quand j'avais 5 ans. Mais même, par exemple, le rapport aux instruments de musique, c'est quand après je me suis professionnalisée, j'ai eu des douleurs parce que je passais des heures à jouer de la percussion tous les jours. Et c'est en allant voir une kiné quand j'avais une vingtaine d'années que je me suis rendue compte que c'était le corps, mon instrument de musique, le premier, même si j'étais des fois derrière un piano ou tout un tas d'instruments de percussion. Ça a été vraiment tard, en fait, pour moi, la conscience. de la connexion à mon corps.
- Speaker #0
Est-ce qu'elle a été progressive ou est-ce qu'il y a eu un élément déclencheur qui t'a reconnectée petit à petit ?
- Speaker #1
Je pense que, comme je te disais, dans les douleurs et les dysfonctionnements, j'ai eu besoin d'aide. C'est vrai que pour moi, c'est passé beaucoup au départ par des kinésithérapeutes parce qu'assez tôt, à partir de mes 14 ans, j'ai commencé à avoir mal au dos. Ça correspond, je pense... Alors, j'avais un cartable lourd. parce que j'avais des grandes journées où j'allais au lycée puis au conservatoire, mais aussi à la puberté et je pense au début de commencer à avoir une poitrine aussi, où je pense que ça a joué aussi sur le dos. Je me rappelle de ça, mais finalement plus dans la douleur en fait que dans la joie, alors que j'ai toujours par exemple aimé danser. Mais c'est marrant, je ne le connecte pas à une joie de sensation corporelle comme je peux ressentir aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, c'est souvent dans la douleur qu'on se rend compte de la chance qu'on a, dans la maladie qu'on se rend compte de ce que c'est que la santé. Il n'y a rien de surprenant non plus.
- Speaker #1
Et ce que j'ai envie d'ajouter aussi, c'est que c'est vrai que j'ai toujours aimé chanter, mais je me souviens qu'il y avait de nombreux cours de chant où tout ce qui était un petit peu long dans les vocalises et dans la technique, c'était rébarbatif pour moi. J'avais plus envie d'être dans la joie de l'interprétation ou de l'improvisation, mais que finalement, ce que j'aime aujourd'hui dans la perception fine corporelle, à l'époque, ça me... Ça ne m'intéressait pas trop.
- Speaker #0
Et est-ce que tu aimais ton corps quand tu étais enfant ? Est-ce que c'était un sujet ?
- Speaker #1
Oui, j'ai une idée assez neutre et positive de mon rapport à mon corps. Quand je regarde des photos de moi, c'est vrai que je vois plutôt la joie, des activités que j'étais en train de faire ou des personnes avec qui je pouvais être. Je pense qu'enfant, ce n'était pas un sujet. Après, il y a eu l'adolescence où c'est vrai que ça a commencé à changer beaucoup le corps, évidemment, mais aussi le rapport et le regard de la société sur le corps d'une adolescente.
- Speaker #0
Oui. Et comment la musique est entrée dans ta vie ? Alors, tu as parlé de conservatoire. C'est à cinq ans que tu as commencé, du coup ?
- Speaker #1
Oui, c'était vraiment dans le parcours familial obligatoire. On était quatre frères et sœurs. Et c'est vrai que mon enfance et toute mon éducation étaient vraiment rythmées par des choix que faisaient mes parents, qui étaient... Les mêmes pour tout le monde, ils avaient vraiment ce souci d'équité avec des règles et des droits et des obligations. Et donc à partir du CP, on est tous allés au conservatoire. Ça c'était obligatoire et ce qu'on pouvait choisir c'était quel instrument de musique on pouvait faire. Mais donc je suis allée au conservatoire comme tous mes frères et sœurs. J'ai commencé par le piano et c'est vrai qu'assez vite j'ai voulu jouer des percussions. Parce que je voyais les percussionnistes qui jouaient, ma soeur faisait du saxophone, elle jouait dans un orchestre. Et les percussionnistes, là au fond, ils avaient vraiment l'air de s'éclater et aussi de jouer en groupe. Alors que le piano, dans l'apprentissage que j'ai eu de conservatoire, c'était très solitaire. Et c'est vrai que les percussions, ça a été vite mon espace. Donc j'étais obligée de continuer le piano parce que c'était dans la règle de mes parents qu'il fallait atteindre un certain niveau du conservatoire. Et pour moi, la percussion, c'était déjà mon choix et ma liberté.
- Speaker #0
Il y avait quand même tout ce qui est audition, il y avait quand même la rigueur dans tous les cas du conservatoire, même sur ce type d'instrument qui est peut-être moins mis en lumière dans un concert qu'un piano par exemple ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'ai fait évidemment ce qu'on appelait anciennement solfège, ce qui s'appelle aujourd'hui, enfin depuis longtemps, mais formation musicale, de la chorale, après j'ai fait de l'histoire de la musique, de l'analyse musicale, etc. Oui, et c'est vrai qu'en percussion, je joue des instruments rythmiques, comme par exemple la caisse claire, la batterie, mais je joue aussi des instruments mélodiques, toute la famille du xylophone et du vibraphone, où je lis aussi des partitions à deux portées, comme sur un piano. Et c'est vrai que d'avoir déjà joué du piano, ça m'a aussi donné des facilités, des transitions vers ces instruments à clavier aussi, il y avait des points communs avec le piano.
- Speaker #0
D'accord. Et quelle place, justement, la musique et la voix ont-elles eues dans ta construction identitaire et corporelle ?
- Speaker #1
Donc la musique, ça fait partie de ma vie depuis toujours, parce que je pense que petite, mes parents aimaient chanter. J'ai aussi aimé chanter, je me rappelle de mon père qui mettait de la musique le dimanche, quand on dormait encore, et qu'on se retrouvait tous dans le salon à danser tous ensemble. Ça, par exemple, c'est un souvenir pour moi très joyeux, que mes parents aiment danser. Quand j'entends un rock'n'roll, je pense à mon père, parce qu'il m'a appris à danser le rock, par exemple. Que j'ai eu aussi toute une éducation religieuse, et ce que j'aimais, c'était chanter. Et que ça a été aussi... Quelque chose d'un partage familial quand même un peu autour de la musique. Après la musique, je suis rentrée au conservatoire, là il y avait vraiment le côté scolaire avec des examens. J'avais des examens tous les ans et je marchais à fond là-dedans parce que j'avais envie d'avoir un bon bulletin, etc. Et que pour moi, la voix, ça a toujours été plus un espace de liberté, de créativité et de jeu par rapport aux instruments parce que j'avais des cours d'instruments et des examens d'instruments. Alors il y avait la chorale, mais c'était un peu annexe. Et c'est vrai que très vite, je me suis mise à écrire des chansons. À dos, j'écrivais des chansons. Après, quand je me suis professionnalisée après mon bac, j'ai arrêté d'écrire des chansons parce que je me suis retrouvée dans un jugement de valeur où ça m'était présenté que ce qui était valable, c'était la musique classique et contemporaine, éventuellement le jazz parce que ça restait assez intello. Mais la chanson française où il y a quatre accords pour faire une chanson, c'était mal vu. Donc, j'ai mis ça de côté. Et en fait, c'était présent et c'est revenu. Je l'ai retissé après un moment au fil de mes études et puis après complètement dans ma vie artistique.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, quelles sensations corporelles ? corporelle ressens-tu quand tu chantes ou quand tu joues d'un instrument ?
- Speaker #1
Alors, c'est plein de choses différentes. Il y a plein de choses très différentes parce que j'ai une pratique musicale qui est vraiment plurielle. Dans le chant, il y a à la fois des moments de joie et d'exaltation et d'expression. Et puis, il y a aussi des moments vraiment, mais c'est valable à l'instrument aussi, de contrôle et où vraiment je vais faire appel à mes connaissances techniques pour, par exemple, placer une note aiguë, pour... tenir un son longtemps, ou si je suis fatiguée, moi je l'entends, que ma voix est fatiguée, je viens de donner une journée de formation et de chant, donc voilà. Je sais que j'ai des techniques pour être au service de ce que je veux exprimer musicalement. Et ça, c'est valable avec la voix, mais c'est valable aussi quand je suis derrière un instrument de musique. Là, dernièrement, j'ai fait un concert à la batterie qui était fabuleux, où il fallait jouer pendant presque 18 minutes. Et il y a des moments où c'était un peu éprouvant techniquement. Et donc, en effet, là, il y a certaines postures, de la respiration, de la technique au niveau des poignets, etc., qui vont permettre de tenir le choc sur ces moments-là.
- Speaker #0
J'entends qu'il y a beaucoup de techniques derrière, mais est-ce que même si les sensations sont plurielles, est-ce que tu as toujours une espèce de flow ? Je ne sais pas comment décrire ça, mais certains artistes ressentent un flow quand ils sont dans quelque chose qu'ils aiment, par exemple. Est-ce que c'est quelque chose que tu ressens toi ou est-ce que c'est tellement processé, intégré et ça fait tellement partie de ta vie que tu connectes à autre chose ?
- Speaker #1
Ce n'est pas 100%. Il y a vraiment des moments où je me sens en effet dans... Quand tu dis le flow, je ne sais pas, moi je connecte à une joie. Oui, c'est ça. à une joie, qui peut être aussi dans la joie quand je joue à plusieurs, quand on joue à plusieurs, de connecter avec les autres aussi, se partager, ou le partager avec le public. Et les moments où j'ai pas ce flow, c'est peut-être là où justement je fais aussi appel à la technique pour... C'est un peu fake it until you make it, de faire semblant d'être dans le flow pour qu'il revienne. Mais le 100%, je le connais pas, en fait. Je pense que tout est impermanent et que tous les artistes passent par ces phases-là.
- Speaker #0
Quand tu animes des ateliers, des chorales, de la scène, tu es visible forcément. Est-ce que cette visibilité a été ou est encore un lieu de puissance pour toi, d'émancipation ou au contraire, cette vulnérabilité, cette mise à nu peuvent parfois te mettre mal à l'aise ? Comment tu vis tout ça ?
- Speaker #1
Plutôt la première option. C'est vrai que je dirige deux chorales et j'ai grand plaisir à le faire. Et c'est vrai que c'est des moments où, pour le coup, je sens ce flot et cette puissance. Et ce que j'aime beaucoup aussi, c'est que j'ai la sensation que quand moi je suis dans cette énergie très joyeuse et en même temps très ancrée et que je rends très visible aussi par la façon dont je dirige, je vois que les choristes, ça les porte. En tout cas, c'est les retours qu'elles me font et qu'on se nourrit en fait. Et après, elles, je les vois toutes joyeuses aussi et dans ce partage. Et donc, je suis encore plus comme ça et le public aussi. Et ça navigue comme ça entre moi, les chanteuses, le public. Et j'aime beaucoup. Après, j'aime aussi jouer avec la vulnérabilité. Moi, j'ai certains numéros ou certaines chansons que j'aime faire sur scène où il y a beaucoup d'émotions et que finalement, si à ce moment-là, dans le chant, il y a un peu de fausseté, c'est pas grave parce que ça va être l'émotion avant tout. Donc là, je parle pas avec mes chorales, je parle plutôt moi en tant que soliste. J'aime aussi cette vulnérabilité qui est pas forcément toujours confortable à naviguer et à exposer, mais qui, je trouve, est tellement nécessaire pour le coup, plutôt pour ouvrir la parole sur certains sujets. Et que je le vois très bien que... Quand moi, je m'autorise à être vulnérable, j'autorise les autres à l'être. Et je trouve qu'on en a tous et toutes besoin.
- Speaker #0
Est-ce que parfois, quand tu fais chanter un groupe de femmes, que ce soit à travers des chorales ou autre, tu as déjà perçu un lien entre leur voix et leurs histoires corporelles ? Ce que j'entends par là, c'est peut-être des personnes qui, justement, n'arrivent pas à faire sortir leur voix ou autre. Est-ce que tu as déjà... Et t'es confrontée à ce genre de choses ? Est-ce que la manière de percevoir leur voix t'a indiqué des choses sur ces personnes pour pouvoir mieux les accompagner ?
- Speaker #1
Non, et j'ai pas une évidence en fait, là, quand tu me dis ça. Moi, il y a quelque chose qui est très récurrent, que j'observe souvent par contre, c'est qu'il y a beaucoup de personnes qui me disent « j'ose pas chanter » ou « je chante mal, je chante faux » et qui viennent quand même à mes ateliers. Alors souvent, c'est par exemple les ateliers parents-enfants. Par exemple, des mamans vont venir avec leur enfant et pour leur enfant. Et quand je dis, vous savez, vous pouvez chanter aussi, elles vont me dire ça, ou aussi pour le chant prénatal. Et très souvent, vraiment, 19 fois sur 20, en fait, elles chantent juste, et elles sont vraiment beaucoup plus dures dans l'image qu'elles ont de leur voix que la réalité. Parce que je pense que c'est vraiment des choses qu'on leur a dites, ou qu'il y a une espèce d'exigence énorme autour d'elles et autour de leur voix. Je parle au féminin parce que j'accompagne beaucoup de femmes, mais je pense que c'est complètement valable aussi pour des hommes. Si ce n'est que c'est vrai que la parole des femmes est encore plus demandée d'être silenciée dans notre société. Mais je sais que le rapport à la voix, c'est quelque chose de très intime, c'est une forme de signature aussi. Ça m'arrive souvent qu'il y ait des personnes qui me disent « Ah, je savais que c'était toi quand on m'entend parler dans le couloir avant d'arriver dans une pièce » , par exemple. C'est une part de notre identité et c'est très en lien aussi avec notre état émotionnel, notre histoire, etc. Ça, c'est sûr. Après, ce que je vois, c'est qu'en effet, je pense que... En tout cas, j'aime beaucoup et j'ai l'impression que j'arrive plutôt bien à créer des espaces. pour que les personnes se sentent à l'aise d'oser laisser sortir leur voix, d'oser chanter, d'oser exprimer quelque chose. Et en ça, je me sens utile. Après, ta question de départ de « est-ce que quand j'entends quelqu'un chanter... » Enfin, moi, ce que ça m'évoque, c'est quand j'entends quelqu'un chanter, je peux me dire « ah bah tiens, il se passe ci ou ça » ou « elle a sûrement vécu ça dans son histoire » . C'est pas aussi automatique,
- Speaker #0
mais dans une sensation, peut-être une projection ou en tout cas une intuition que... Il y a peut-être quelque chose de douloureux ou il y a peut-être quelque chose qu'il ne faut pas forcément creuser ?
- Speaker #1
Ah oui, après c'est sûr que je pense que j'ai une pédagogie assez intuitive. En tout cas, moi ce que j'aime, c'est préparer mes ateliers ou mes formations avec une structure et puis des fois complètement la lâcher pour laisser sur ce qui est et ce que je ressens sur le moment, de pouvoir adapter l'échauffement si je sens que tout le monde est très fatigué. Je ne vais pas faire la même chose que si j'ai à l'inverse des personnes peut-être un peu excitées qu'il va falloir à l'inverse réancrer, de rebondir sur ce qui est présent. Donc c'est peut-être des choses que je fais intuitivement, mais j'ai pas la sensation, des fois j'ai cette sensation, par exemple quand je vais voir mon ostéopathe, elle pose les mains sur mon dos et elle commence à me dire « Ah, est-ce qu'il s'est passé ci ou ça ? » Je me dis « Mais comment elle sait ça ? » J'ai pas cette sensibilité-là juste avec la voix.
- Speaker #0
Ok. Et par rapport à ta voix à toi, est-ce que ta voix t'a déjà permis d'apprendre des choses sur toi ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Je m'enregistre beaucoup. Je pense que mon rapport à ma voix a bougé avec le fait finalement que c'est vraiment... un de mes principaux outils de travail, à la fois dans tout ce que j'enseigne, où c'est vrai que ça passe par le corps, mais aussi par la parole. Je chante, j'accompagne les personnes à chanter. Par contre, ce qui me vient, c'est Manon, c'était ma prof de chant quand j'étais à Lyon, il y a maintenant une bonne quinzaine d'années. Pour le coup, elle, j'avais la sensation qu'elle savait avant moi comment j'allais. Je pense que c'était un moment où je n'étais pas encore très connectée à mon corps et qu'elle m'a accompagnée vers ça. Mais j'arrivais au cours et elle me disait « Ah, ça va Amélie ? » « Oui, oui, très bien. » En fait, je tenais plein de choses de manière complètement crispée et en force. Et elle avait une approche très corporelle du chant, qui est une approche du chant que j'aime beaucoup et qui est celle de nombreux et nombreuses professeurs de chant. Mais souvent, après quelques échauffements, quelques vocalises, soit je me mettais à pleurer ou il y avait des choses qui lâchaient comme ça. Et je disais « Mais je ne comprends pas, ça allait bien ! » Et Manon n'était pas surprise du tout parce que je pense qu'elle l'avait déjà vue. Juste quand j'arrivais, en fait. Donc c'est vrai que ça, c'est des moments qui sont, j'allais dire, proches de la thérapie, en tout cas d'un espace d'expression, de lâcher prise qui est bien au-delà de la musique.
- Speaker #0
Oui, et en même temps, la musique est tellement thérapeutique aussi par plein d'aspects. Et d'ailleurs, est-ce qu'elle t'a permis de soigner des choses chez toi ? Peut-être le fait de faire de la scène ou de te détacher aussi de tout ce qui était très scolaire, du conservatoire, etc. Est-ce que quand t'as pu t'exprimer à travers la musique ? Oui. Tu as pu soigner des choses ?
- Speaker #1
C'est sûr que l'art en général, la musique en particulier et la voix, la musique avec des textes, j'aime beaucoup parler aussi. Oui, c'est sûr que j'ai vraiment des espaces comme ça d'exutoire, de catharsis et d'expression. Sur la scène, dans la création, il y a eu une période où j'écrivais beaucoup de chansons aussi. Quand j'étais en colère, quand j'étais amoureuse, quand j'étais triste, c'était vraiment un moyen d'expression privilégié. Et après, c'est vrai que j'ai découvert aussi les cercles de paroles et notamment les cercles de femmes. Et ça, pour moi, ça a été aussi des espaces. Et ce sont des espaces extrêmement précieux dans lesquels je peux me sentir vraiment entendue pleinement. Ce qui est finalement rare. Une fois qu'on connaît ces espaces-là, moi, je sais que ça m'a fait vraiment me rendre compte que j'avais peu d'amis qui savaient vraiment m'écouter. Juste parce qu'on n'a pas l'habitude, souvent, en fait. Mais que ces espaces-là d'écoute... pleines, sans être interrompues, sans recevoir de conseils non sollicités, etc., sont aussi extrêmement précieux.
- Speaker #0
Plus les effets miroirs, plus toute la richesse de ces grands-mères. Oui,
- Speaker #1
oui,
- Speaker #0
oui. Est-ce que c'est OK pour toi maintenant de parler de ta maternité ? Est-ce que tu as toujours eu un projet de maternité ? Ou est-ce que ça s'est construit avec le temps ?
- Speaker #1
Je pense que je m'étais toujours projetée à être mère parce que c'était le modèle que je voyais à la maison. que je voyais à la fois chez mes oncles et tantes, un peu comme le chemin normal de on va à l'école, on passe son bac, on fait des études, on a un métier, on a des enfants, quelque chose comme ça, que je projetais avec beaucoup de joie et que je projetais aussi d'avoir plusieurs enfants parce que moi, comme je l'ai déjà dit,
- Speaker #0
je suis d'une fratrie de quatre et que j'ai beaucoup de joie à avoir des frères et sœurs et à avoir grandi avec elle et lui, j'ai un frère et deux sœurs.
- Speaker #1
Et je me rappelle qu'à mes 30 ans, non, c'était à mes 29 ans, J'étais très déprimée à l'approche de mon anniversaire, parce que j'ai compris après coup qu'en fait, je pense que j'avais envie d'être mère, mais que ma situation amoureuse n'était pas propice à ce projet-là. Et après, à mes 30 ans, j'ai ressenti très fort la pression sociale de tas de gens qui me faisaient des remarques. Mais entre les deux, j'avais un peu processé. Alors deux choses, de me dire d'un côté, j'ai du temps. Alors je me rappelle, à mes 29 ans, m'être dit, après tout, je peux bien avoir un enfant à 32 ans et un autre à 34, et c'est bon, j'aurai deux enfants. Donc j'avais quand même une idée assez précise qui n'est pas ce qui s'est passé, on en parlera après. Et puis après, entre temps, j'avais lâché aussi en me disant j'ai envie d'être heureuse que ça soit avec ou sans enfants pour enlever en fait cette attente sur laquelle j'avais qu'à moitié prise. Je sais pas si c'est qu'à l'époque j'en entendais pas trop parler ou j'ai jamais envisagé non plus d'avoir des enfants toutes seules parce que j'aurais pu me dire bah... J'envisage un parcours PMA, etc. Mais j'attendais vraiment par rapport à une situation de couple stable pour fonder une famille très classique à ce moment-là. Donc à 30 ans, j'ai ressenti très fort la pression sociale. Et là, je pense que je me suis un peu inscrite en opposition et où je disais à tout le monde, en gros, foutez-moi la paix, j'aurai des enfants si je veux, quand je veux, entre guillemets. À tel point que quelques années plus tard, quand avec le père de ma fille, on allait annoncer à ses parents que j'étais enceinte. Je me rappelle que son père était surpris en disant « Ah, mais je pensais que tu ne voulais pas d'enfant. » Et je pense que c'était que j'avais été tellement claire sur le fait de ficher moi la paix, pas spécialement envers mes beaux-parents, mais en général autour de moi, que les gens, en effet, me laissaient tranquille avec ce sujet-là.
- Speaker #0
Oui, c'était une manière de te protéger et de ne pas avoir à chaque repas de famille ou à chaque sortie entre amis le « Alors, c'est pour quand ? »
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Que les femmes de 30 ans ressentent quasiment toutes, je pense.
- Speaker #1
C'est incroyable cette pression. Et pour autant, tu vois, dans ma famille proche et mes amis proches, c'était peu le cas. Mais c'était insidieux avec des collègues, enfin je me rappelle, de collègues de travail, un rendez-vous chez la gynéco. Justement, les personnes auprès de qui je ne m'y attendais pas et auprès de qui je me dis que je n'ai pas de compte à leur rendre et qu'en fait, peut-être ça m'atteignait encore plus, quoi. Parce qu'il n'y avait pas la bienveillance que je pouvais espérer de mes proches.
- Speaker #0
Ok. Et donc finalement, ce projet bébé s'est concrétisé à quel âge ?
- Speaker #1
Eh bien, à 34 ans. Alors là, ça a été vraiment une envie, quelque chose qui a été grandissant, en fait. Je pense qu'il y a un moment, j'ai commencé à ressentir vraiment l'envie très forte d'être mère. Alors c'est vrai qu'à ce moment-là, j'étais en couple avec un homme, donc Lucas, où on vivait ensemble, c'est vrai qu'il y avait vraiment quelque chose qui se construisait dans le projet de vie ensemble. Et à un moment, au bout de trois ans de relation, j'ai senti vraiment cette envie, moi de mon côté, très très forte d'être maman, et qui s'accélérait à chaque fois qu'on en parlait. Au début, lui me disait « oui, pourquoi pas dans un an ? » Puis après, quand on en reparlait, on se disait « dans six mois » . À chaque fois, en fait, je raccourcissais le délai. Et puis, au moment où on s'est dit, OK, essayons, je suis tombée enceinte dès le premier cycle. Donc, c'est vrai qu'après, ça a été très rapide. Je me rappelle être là avec mon test de grossesse à la main, à la fois une grande joie de me dire, chouette, je suis enceinte. Et puis, en même temps, de me dire quoi déjà ? En fait, c'est parti. C'était il y a trois semaines qu'on a dit, OK, j'arrête mon moyen de contraception et voyons ce qui se passe. Voyons ce qui se passe, bébé est là.
- Speaker #0
La grossesse peut être une période de transformation profonde ? Est-ce que ça a été le cas pour toi et qu'est-ce qui s'est joué à ce moment-là ?
- Speaker #1
Oui, de nombreuses choses. Moi, j'ai quand même vécu ma grossesse globalement avec une sensation de joie, de plénitude. Alors, c'est un peu ce que nous vend la société. Et donc, je mets le petit sous-texte de ce n'est pas le cas pour tout le monde et c'est complètement OK. Et ce n'est pas non plus le cas à 100% pendant toute la grossesse, parce que je me rappelle aussi de périodes de doute, d'angoisse, de questions existentielles aussi qui sont venues me traverser à ce moment-là. Et dans les bouleversements, c'est marrant, je pense qu'à ce moment-là, j'étais encore très naïve. Enfin, j'étais très focus sur l'enfantement, parce que j'avais le projet d'accoucher à la maison, et qui est quelque chose qui est très peu accompagné en France et très mal vu en France, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays, et notamment dans des pays voisins de la France. Donc c'est vrai que j'ai vraiment mis la majorité de mon énergie et de mon temps sur la concrétisation de ce projet, la préparation de ce projet. déjà trouver une sage-femme qui accompagne les naissances à domicile. J'avais la chance d'en avoir deux pas trop loin de chez moi, seulement 45 minutes de voiture pour aller à mes rendez-vous, organiser à la maison, me renseigner, lire tout un tas de livres, discuter avec d'autres femmes qui avaient accouché chez elles, etc. Mais j'ai eu un gros coup de massue et beaucoup de difficultés après. En fait, une fois que bébé est né, dans mon entrée dans la parentalité, où je pense que là, ça a été beaucoup de désillusion, d'épuisement et puis de peu d'informations que j'avais d'avant.
- Speaker #0
C'est le postpartum qui a été le plus compliqué. Est-ce que tu as été accompagnée dans ces moments-là ? Quel était le rôle de ton compagnon ? Est-ce que les papas reprennent le travail tellement vite ?
- Speaker #1
J'ai envie de revenir d'abord sur le moment de plénitude de la grossesse avant de parler des difficultés. C'est aussi parce que je voulais parler de comment le chant et la musique étaient présents dans mon quotidien. J'avais notamment deux projets dans lesquels je chantais à ce moment-là. J'avais mon projet solo, Marimba Melly. J'écrivais et je chantais des chansons où je m'accompagnais au marimba. Le marimba, c'est une sorte de grand xylophone qui, finalement, est pile au niveau du ventre. Donc ma fille, elle a été vraiment baignée par les sonorités très douces de cet instrument en bois. Et puis je chantais aussi dans un trio de femmes. Je passais vraiment mes journées à chanter et j'aimais beaucoup, beaucoup, beaucoup ces sensations-là. C'est vrai que ça a été quelque chose de très joyeux. Et c'est vrai que dès que j'ai su que j'étais enceinte, je connectais sans arrêt avec mon bébé en lui parlant aussi. Et très vite, je lui ai chanté aussi des chansons. Je suis allée chercher des chansons qui parlent spécifiquement de la grossesse, qui s'adressent au bébé, etc. J'avais vraiment joie à ça. Et on a chanté aussi avec son papa, parce qu'il a dû, à un moment, avoir un traitement médical. Il fallait lui mettre des gouttes dans les yeux, qu'il devait garder avec les yeux fermés trois minutes tous les soirs. Donc au lieu de juste garder les yeux fermés avec le timer. On chantait une chanson pour le bébé, qui est une chanson que sa mère lui chantait à lui.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord. Donc il y avait vraiment cette transmission.
- Speaker #1
Et c'est une chanson qu'on lui a chantée en chanson d'accueil quand elle est née. C'est une des premières choses qu'on a faites, c'était lui chanter sa chanson.
- Speaker #0
Donc elle avait déjà du chant prénatal, même si toi tu ne verbalisais pas comme ça. Est-ce que tu connaissais le chant prénatal à cette époque ?
- Speaker #1
Oui, j'en avais entendu parler, je pense par ma sœur, parce que j'ai une grande sœur qui m'a transmis plein de choses. Elle m'a parlé par exemple de l'existence des doulas. Alors qu'elle-même n'a pas fait appel à une doula. Mais c'est grâce à elle notamment que j'ai entendu parler du chant
prénatal. Je n'ai pas pratiqué pendant ma grossesse, mais j'avais regardé quelques vidéos sur YouTube, lu quelques informations par-ci par-là. Et aussi, on parlait de l'accompagnement, tu vois. C'est vrai que j'avais aussi fait appel à une doula qui a été très présente pendant toute la grossesse. Et que j'avais vraiment plaisir à avoir cet espace pour parler, poser plein de questions. Et mon compagnon de l'époque s'était vraiment saisi de cet espace-là aussi. je me rappelle une fois où il lui demande Comment ça se passe l'accouchement ? Je me dis pourquoi il ne m'a pas demandé à moi ? J'aurais très bien su lui expliquer. Mais voilà, lui il avait trouvé aussi une interlocutrice privilégiée pour poser ses questions et qui était une référente pour lui.
- Speaker #0
Et les hommes ont encore moins d'espace pour s'exprimer, s'épancher. Du coup ça peut être précieux pour eux de saisir ça quand ça se présente.
- Speaker #1
Oui, et que d'ailleurs très vite c'est devenu notre doula comme il disait.
- Speaker #0
Et donc pour revenir à ton postpartum, si c'est ok pour toi de l'aborder, c'était donc une période compliquée. Comment ça s'est manifesté ? Quelles ont été tes difficultés principales ?
- Speaker #1
L'épuisement. J'ai eu des complications suite à l'accouchement. Je ne sais pas s'il y a un moment où on parle de la naissance ou si c'est maintenant.
- Speaker #0
Tu peux en parler maintenant si tu veux. Moi,
- Speaker #1
je suis dans ma chronologie,
- Speaker #0
dans ma tête.
- Speaker #1
Mais c'est vrai que c'était une expérience très intense d'enfanté. J'ai pu donner naissance à la maison comme je le souhaitais. Et c'est vrai que je suis vraiment heureuse de ça. Je me sens chanceuse qu'à la fois tous les voyants étaient au vert, que pour le coup, mon compagnon était très soutenant et vraiment partie prenante dans ce projet. Je pense que lui aussi a très bien vécu le fait de pouvoir prendre pleinement sa place, d'être chez nous, et donc à la fois sur la logistique, aller faire chauffer de l'eau, aller me préparer un jus d'orange, et que aussi au moment allait se reposer. Et que j'étais accompagnée par ma sage-femme et Madoula, donc j'avais trois personnes autour de moi que j'avais choisies, et qui étaient soutenantes, donc c'est vrai que c'était extrêmement précieux. Vraiment des images d'un cocon bienfaisant pour moi, et en même temps d'une intensité dans les sensations physiques, et aussi je pense qu'il y a des moments où j'avais des peurs aussi qui étaient là. Et en même temps, des connexions. Je me rappelle penser à ma mère, penser à mes grands-mères et de me dire, j'ai une de mes grands-mères qui a enfanté huit fois, dont une fois des jumeaux. Donc neuf fois, je ne sais pas comment on compte quand il y a des jumeaux. De nombreuses fois. Mon autre grand-mère a enfanté quatre fois. Ma mère, quatre fois. Je me dis, bon, allez, c'est parti. Elles l'ont fait. Je peux le faire aussi. Je pense peut-être me relier comme ça. Et c'est vrai que j'ai eu une déchirure. J'ai eu dix points de suture. La poussée était très rapide et très efficace. Après, j'ai eu des explications techniques, aussi de la position, de comment s'est présentée ma fille et son périmètre crânien. Mais c'est vrai que j'ai eu 10 points de suture dans le périnée, dans la vulve, et que je ne m'y attendais pas du tout. Je pense que j'avais vraiment la croyance que comme c'était physio, je n'aurais pas des physios, donc ça c'était vrai. mais que j'aurais pas de points de suture et pas de déchirure, et c'est encore des choses, des fois, que je lis sur les réseaux sociaux et qui me font bondir, parce qu'en fait, il n'y a pas de règles, et que ce que je vois, ma lecture aussi, c'est que, comme l'accouchement à domicile est mal vu et peu soutenu en France, il y a un peu une espèce de contre-courant qui, parfois, est exagéré de glorification de la naissance physiologique à la maison. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Et que donc, en fait, dire « Oui, j'ai pu accoucher à la maison » . et si je réaccouchais je referais le même choix mais pour autant il y a des choses qui ont été traumatisantes pour moi j'ai eu beaucoup de mal à me sentir entendue sur ce sujet là ça a vraiment pris 6 ans mais je pense aussi pour que moi je le comprenne et puis qu'après je trouve aussi des personnes qui entendent ça en face de moi, c'est la lecture que j'en ai maintenant 7 ans plus tard
- Speaker #0
Oui, dans une société très clivée où t'as fait le choix d'accoucher à la maison, avec beaucoup de culpabilisation. Alors soit ça,
- Speaker #1
soit des personnes très pro-AAD, AAD, accouchement à domicile, où du coup, c'est comme si j'avais pas le droit de dire qu'en fait, il y a des choses qui ont été dures.
- Speaker #0
Oui, sinon ça...
- Speaker #1
Ça dessert la cause.
- Speaker #0
Ça dessert encore plus. Voilà.
- Speaker #1
Alors qu'en fait, rien n'est tout blanc ou tout noir. Et c'est vrai que suite à ça, j'ai eu un œdème, j'ai eu du mal à être assise, mais pendant des semaines, enfin ça a été... En fait, maintenant quand je vois... Les femmes qui viennent d'enfanter et que je les croise deux semaines après en ville en train de se promener comme ça, je comprends à quel point j'ai été épuisée, fatiguée. Et qu'il y a d'autres femmes qui sont dans mon cas aussi, je le sais. Mais qu'en tout cas, j'ai vécu des difficultés physiques. Que ça a été aussi un choc psychologique pour moi d'être blessée dans mon sexe, dans mon intimité. Ça a été quelque chose de difficile et d'inattendu. Et donc ça s'est aussi répercuté sur le fait que je ne me sentais pas capable par rapport à ma fille.
- Speaker #0
À part l'allaiter.
- Speaker #1
et que j'ai globalement beaucoup aimé allaiter, et qu'en même temps, moi j'avais du lait, je pouvais nourrir ma fille, et je trouvais ça fabuleux. Moi j'étais complètement, que ce soit la grossesse, l'enfantement, le placenta, l'allaitement, je trouvais ça fabuleux, à quel point mon corps savait faire des choses incroyables, et donner tous les nutriments dont ma fille avait besoin, et de la voir grandir et grossir, ça c'était fabuleux. Mais tout le reste, je me sentais pas capable, et je reportais tout sur son papa. pour qu'il lui donne le bain, vraiment les choses du quotidien comme ça.
- Speaker #0
Mais du fait du coup d'être diminuée physiquement à cause de ces douleurs, ou est-ce que ça a entaché aussi ta confiance sur d'autres choses qui n'étaient pas du tout physiques ?
- Speaker #1
Écoute, je ne sais pas si je n'avais pas eu ces douleurs et cette blessure, comment ça se serait passé, parce que c'était inédit pour moi d'entrer dans la maternité. Et c'est vrai que je me rends compte après coup à quel point je m'étais ultra renseignée sur la naissance et pas du tout sur le postpartum, enfin très peu quoi, vraiment très peu. J'avais quelques plats au congélo quand même, et puis des amis qui savaient qu'ils m'avaient apporté des plats. Mais c'est vrai que moi je me rends compte que j'étais vraiment focus sur... Ouais, je voulais accoucher chez moi.
- Speaker #0
Et qu'après,
- Speaker #1
une fois que j'avais fait ça, tout irait très bien. Donc je pense qu'il y avait une part de naïveté de ma part, mais quand même c'est vrai que la fatigue physique, ça a beaucoup... Ouais, ça a été très difficile.
- Speaker #0
Du coup tu dis que tu as été blessée dans ton intimité. Quel rôle ont joué la féminité, la sexualité, la maternité dans ton rapport au corps après ? Pas forcément dans le postpartum immédiat, mais...
- Speaker #1
C'est drôle, moi je trouve ça... La vie, parfois, est blagueuse, parce que, autant, pendant la grossesse, je n'avais pas du tout de libido. On me disait, tu verras le deuxième trimestre, je l'ai attendu, mais non, pas plus, vraiment. Et après avoir enfanté, j'avais de la libido, et j'avais en même temps un corps blessé. Mais, en fait, pour moi, ça a été un renouveau dans mon rapport à mon corps et à la sexualité, de me dire comment j'envisage... Une sexualité, une sensualité, une connexion moi-même avec mon corps et aussi avec mon partenaire, sans la pénétration ou même des fois sans toute la zone de mon sexe, en fait. Et que oui, c'est possible. Et que c'est merveilleux, en fait, de pouvoir sortir des schémas très hétéronormés de préliminaires. Je mets les guillemets, on ne les voit pas au podcast, mais c'est un nom, en fait. Pourquoi ça s'appelle comme ça ? Préliminaires, pénétration, éjaculation. Mais en fait, il y a tellement d'autres choses merveilleuses à explorer, en fait. Parce qu'une fois de plus, par la douleur et le handicap temporaire, j'ai été amenée à explorer.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est une vision tellement centrée sur le plaisir de l'homme, tout se dérouler, tout ce protocole jusqu'à l'éjaculation. Il y a beaucoup de femmes qui, en postpartum, se réapproprient leur sexualité et découvrent un nouveau monde.
- Speaker #1
Et sur la féminité, je sais qu'on en a parlé toutes les deux aujourd'hui, mais c'était avant le micro. J'ai une amie qui m'avait écrit que pour elle, c'était un moment où elle s'était sentie mammifère. Et en fait, je me suis vraiment sentie là-dedans, mais dans quelque chose de... Ça peut peut-être paraître étrange dit comme ça, mais moi j'ai beaucoup aimé me sentir, comme je disais, ce côté merveilleux de mon corps produit du lait et nourrit un petit être qui a besoin de ça pour sa vie, sa survie, son alimentation. Donc j'ai beaucoup aimé ça, je me suis sentie vraiment maman louve, et dans la protection, dans la fusion avec ma fille. Et c'est une facette de ma vie que j'ai beaucoup aimée. Et puis qu'après, j'ai aimé en sortir aussi à un moment. Il y a eu un moment où ça a été trop et j'avais vraiment besoin de retrouver mon contour corporel et mon indépendance. Et des moments aussi sans mon enfant et sans être mère. Même si on le reste tout le temps, mais tu vois, sans être dans la charge maternelle.
- Speaker #0
Ok. On a abordé le fait que ta sœur t'avait fait connaître les doulas et parler du chant prénatal. pour les personnes qui ne connaissent pas ce que c'est. Est-ce que tu pourrais expliquer, selon toi, ce qu'est le chant prénatal ?
- Speaker #1
Le chant prénatal, moi j'utilise la définition de Virginie Bouffard, alors je cite d'où ça vient. Elle, elle dit, c'est utiliser sa voix pour mieux vivre sa grossesse et ou son accouchement. Si je développe un petit peu ça, utiliser sa voix, ça peut être pour chanter des chansons. Et chanter des chansons que vous aimez, ça vous fait sécréter des hormones de plaisir. Mais aussi le bébé, en fait, va reconnaître les chansons qui lui ont été chantées régulièrement, in utero. Donc ça vient vraiment créer du lien avec le bébé et créer une continuité. Et ça, c'est quelque chose, il n'y a pas besoin de venir en atelier de chant prénatal avec moi pour le faire. Vous mettez votre musique préférée, vous chantez par-dessus, et vous faites ça une fois par semaine ou une fois par jour, comme vous avez envie, et ça marche. Après, il y a aussi plein d'explorations autour des sons. Il y a des moments dans les ateliers de chant prénatal, c'est plus du chant, c'est vraiment de l'exploration de sons. Et ces sons-là, on vient vraiment soutenir d'un point de vue physiologique, à la fois grâce à la respiration et donc à l'oxygénation du corps et des muscles, parce que l'utérus, c'est un muscle extrêmement puissant. qui fonctionne comme jamais le jour de l'accouchement avec les contractions. Donc on se dit bien que si on a une respiration optimale, on a une oxygénation optimale de l'utérus. On peut ajouter à cette respiration des sons qui vont vraiment nous aider à la fois d'un point de vue mental à faire notre bulle et aussi d'un point de vue physiologique parce qu'on vient vraiment sécréter les hormones, notamment les endorphines et l'ocytocine, qui sont des hormones dont on a besoin quand on enfante. Donc grâce à ces sons-là, on vient soutenir la physiologie. À des moments, se dire « allez hop, je vais me mettre un petit coup de pouce parce que là, c'est peut-être un moment un peu pallié dans l'enfantement. » Je sens que ça devient difficile pour moi. Et si je faisais des sons, est-ce que ça m'aide à traverser ce palier dans l'enfantement ?
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous expliquer le lien entre la voix, la respiration, le périnée et en quoi le travail effectué en atelier est utile ?
- Speaker #1
C'est sûr qu'on ne peut pas chanter sans respirer. J'ai eu plusieurs témoignages de femmes qui n'avaient pas fait de chant prénatal, mais qui ont des sages-femmes qui leur ont proposé de faire des sons à des moments de leur travail. et qui m'ont dit « Ah bah du coup je me suis remise à respirer en fait » parce que forcément en fait ça vient matérialiser l'expire et le fait de le matérialiser par un son, ça peut nous donner envie d'aller sur un expire peut-être un petit peu plus profond et donc un inspire un peu plus profond et là on vient sur cette respiration optimale. C'est sûr que le fait de l'explorer avant, pendant la grossesse ou même avant, on pourrait venir à l'atelier de chant prénatal en étant juste en projet bébé ou entre deux grossesses en se disant « Après tout là j'ai du temps, je vais venir un petit peu bosser ça pour avoir les outils. » C'est sûr que plus on le fait et plus après on va aller le chercher facilement dans ce moment inédit et souvent intense de l'accouchement. Tu me parlais du périnée, le périnée il fonctionne vraiment en symbiose avec aussi le diaphragme, donc déjà dans la respiration, mais aussi quand on chante. Donc c'est des choses qui viennent vraiment sans forcément qu'on le conscientise. Il y a plein d'ateliers de chant prénatal où je ne vais pas forcément en parler, mais je sais que c'est en mouvement. Et puis après il y a des exercices vraiment spécifiques qu'on peut faire en atelier de chant prénatal pour venir mobiliser et surtout détendre. le périnée. Et après, la voix en tant que telle, comme je disais tout à l'heure, on peut aller vraiment chercher les sons qui nous sont agréables et qui viennent soit parce qu'ils vont venir vraiment mettre en vibration des parties du corps, soit parce qu'ils viennent sécréter ces hormones de bien-être.
- Speaker #0
T'as abordé les bienfaits pour la mère, pour le bébé. Est-ce que c'est ouvert au couple également, un atelier de chant prénatal ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. C'est ouvert au couple et même, moi je dis plus largement, au partenaire. Parce que là où le partenaire, ça peut être évidemment la personne, là où le chéri dans la vie, mais des fois c'est le partenaire de naissance. Récemment, j'ai pu accompagner par exemple une femme qui était maman solo et qui m'a dit c'est ma mère qui m'accompagnera le jour de l'enfantement. Et donc j'ai souvent, j'ai régulièrement des futures grands-mères qui viennent aux ateliers de chant prénatal. Ça peut être une doula aussi, toute personne proche en fait qui a envie de soutenir la personne enceinte et aussi de créer du lien avec le bébé. pour qui c'est pertinent. C'est pour ça que j'aime bien le terme partenaire qui est plus large et englobant. Parce que c'est vrai que pour le coparent, c'est sûr que ça vient vraiment donner des outils, juste chanter. J'ai eu plusieurs fois notamment des papas qui aimaient beaucoup chanter pour le bébé et que ça leur faisait vraiment une activité concrète. Ils aimaient notamment le soir, c'est un moment de détente, chanter une chanson pour le bébé à travers le ventre de leur chéri. Et ça leur donne aussi vraiment des outils concrets pour le jour de la naissance, sur comment soutenir parce que... Tous ces exercices de son dont je parle, on peut aussi les faire à deux, les expérimenter à deux. Et le fait qu'il y ait une personne avec nous qui est en train de faire des sons, ça peut être extrêmement soutenant. Déjà pour s'autoriser à faire des sons, parce que ce n'est pas quelque chose de très habituel. Et donc si je suis toute seule, j'imagine une femme toute seule à la maternité, à se dire « faire des sons, est-ce que j'ose le faire ? » Finalement, s'il y a quelqu'un à côté d'elle qui se met à faire des sons, ça peut lui dérouler le tapis rouge pour oser le faire. Et aussi parce que vraiment, je sais que tu as pu l'expérimenter pendant la formation. C'est vraiment un vécu concret, un soutien concret qu'il y a quelqu'un qui vient de faire des sons à côté de nous, proche de nous.
- Speaker #0
Et alors pourquoi avoir recours au chant prénatal plutôt qu'à une autre pratique corporelle quand on est enceinte ? Est-ce que ça permet de traverser et d'exprimer d'autres choses ?
- Speaker #1
Alors moi je pense qu'on a le droit de faire plein d'activités pendant la grossesse et que c'est super d'aller explorer ce qui nous fait envie. Je pense à une de mes consoeurs qui propose du yoga prénatal, et je pense que c'est extrêmement complémentaire, et souvent les femmes qui viennent à mes ateliers me le témoignent. Tout ça pour dire que je ne pense pas que je détienne une activité mieux qu'une autre, que je propose une activité mieux qu'une autre. C'est toujours des histoires de rencontres et puis d'affinités. Moi, ce que je remarque, c'est que dans les activités proposées aux femmes enceintes, le point commun qui revient souvent, c'est la respiration, qui va être proposée à la fois dans la prépa à l'accouchement, proposée par les sages-femmes, mais aussi dans la sophrologie, le yoga, le chant prénatal. Moi, j'étais allée faire quelques séances en piscine. Il y avait aussi des exercices de respiration, même si on était en maillot de bain dans la piscine. Donc là, nous, on va l'aborder avec tous ces sons, etc. Il y a des personnes pour qui ça va être plus concret ou plus ludique. Et après, c'est vrai que pour moi, il y a un côté émotionnel qui est tellement précieux. J'allais dire direct. En fait, on va des fois un peu lâcher le mental, mais il y a vraiment des moments où je propose des chansons qui parlent de la grossesse, qui parlent de la naissance ou qui s'adressent au bébé. Ou des fois, c'est le bébé qui parle aussi dans la chanson. Et il y a certaines chansons, d'un coup, elles viennent toucher en plein cœur une des participantes. y aller. Les larmes qui arrivent et qui sont... Enfin voilà, toutes les émotions sont les bienvenues dans les ateliers de chant prénatal. Et je trouve ça précieux d'avoir ces espaces. Je parlais tout à l'heure, comme pour moi, la scène des fois peut être exutoire et catharsis. Là, si c'est le moment de l'atelier de chant prénatal qui l'est un moment pour une des participantes, je trouve ça extrêmement précieux.
- Speaker #0
Et en période post-natale, en quoi chanter peut être un soutien ?
- Speaker #1
Il y a plein de choses. Le fait que quand on chante, on s'écrète ses hormones de plaisir, de bonheur, etc., ses soutenants à tout moment de la vie, je trouve que c'est un outil qui est tellement accessible. Chanter sous sa douche, chanter dans sa voiture, chanter pour ses enfants, chanter avec ses amis, je ne sais pas. C'est quelque chose que j'aimerais revoir plus présent. J'ai un peu l'idée que c'était présent par oralité et dans des moments un peu rituels. Et que c'est quelque chose avec lequel, en tout cas, moi, j'invite. Tout le monde a renoué. Et en post-natal
, il y a vraiment cette continuité pour tout le monde. La perte de repère, elle est énorme. Le bébé, il passe d'un milieu à température constante à 37 degrés, aquatique, où il est nourri directement par le cordon ombilical, à devoir d'un coup réguler sa température, faire un effort pour respirer, pour se nourrir. Le changement, il est sur tous les plans. Et donc tout ce qui va pouvoir permettre une continuité avec la période in utero, c'est extrêmement précieux. Il y a le pot à pot. d'être contre la peau de sa mère, de son père, de toute personne. En fait, il va être dans cette régulation thermique, mais aussi avec les sons du battement cardiaque qu'il avait quand il était in utero. Et la chanson, comme je disais, de rechanter une ou des chansons qu'on lui a chantées in utero, ça vient vraiment créer cette continuité pour le bébé. On le sait qu'il reconnaît la voix de sa mère, il reconnaît la voix des proches, que ce soit le coparent, s'il y a des grands frères et grandes sœurs aussi. Et puis pour les parents, c'est aussi un énorme bouleversement. J'ai un peu parlé de mon postpartum. Il y a beaucoup de choses qui changent, on peut être très fatigué, etc. Et je sais que pour moi, chanter quand il était 3h du mat, que j'en pouvais plus et que ma fille ne dormait pas, c'était aussi une ressource pour moi, pour pas craquer et pour continuer de l'accompagner, mais en même temps de m'accompagner moi dans quelque chose que j'aime faire et qui me fait sécréter de l'ocytocine à ce moment-là et des endorphines et de la sérotonine.
- Speaker #0
Et t'en avais besoin.
- Speaker #1
Et j'en avais bien besoin, oui.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais partager un exercice simple qu'une femme enceinte pourrait pratiquer chez elle ?
- Speaker #1
Je vais partir sur le premier truc qui me vient, et c'est le cheval. Et c'est tout simple, je vous le fais entendre une fois, ça fait... Voilà, on fait le cheval comme ça, en relâchant nos lèvres. Et en fait, en faisant ça, donc vous pouvez le faire avec moi en écoutant le podcast. On vient en fait apporter de la détente dans la bouche, dans le visage. Et il y a beaucoup de liens entre la bouche, la mâchoire. et le plancher pelvien, le périnée, le vagin, le col de l'utérus. Et donc, au moment de l'accouchement, si on sent, à des moments qu'on se crispe, parce que peut-être on a mal, peut-être on a peur, peut-être il y a des choses qui viennent nous contrarier dans ce qui se passe, et bien juste de refaire ce cheval-là, on vient s'apporter de la détente, et on vient aussi apporter de la détente à notre périnée, qui a besoin de s'ouvrir à ce moment-là, au col de l'utérus, qui est en train de se dilater et de s'ouvrir. et c'est pas... pas forcément évitant de se dire, tiens, je détends mon col de l'utérus. Par contre, se dire je viens détendre ma bouche, ça je peux le faire. C'est quelque chose que je propose en échauffement de chant prénatal. Je vous donne vraiment juste le tout début pour plus d'outils. Après, il faut venir à des ateliers avec moi ou avec d'autres personnes.
- Speaker #0
Évidemment. Alors, j'aimerais beaucoup t'entendre aussi sur un autre sujet. Enfin, tout est lié, évidemment, mais parce qu'il me semble qu'on partage pas mal de valeurs communes, notamment l'autonomie, la possibilité de faire des choix éclairés, la souveraineté des femmes et de leur corps, l'autodétermination. J'ai envie de te demander, comment est venu à toi le féminisme ?
- Speaker #1
Je ne sais pas comment c'est venu à moi au départ. Je pense peut-être juste en étant une femme dans une société patriarcale et en voyant que je vivais des injustices et de la discrimination.
- Speaker #0
Mais tu as ouvert les yeux petit à petit.
- Speaker #1
Alors, clairement, l'entrée dans la parentalité a été une énorme claque pour moi. Mais je sais que j'étais déjà féministe avant, parce que quand les chansons que je chantais, j'avais écrit une chanson sur le clitoris. Et qu'à ce moment-là, on commençait tout juste, c'était 2017, c'était la première fois qu'un clitoris était représenté dans un manuel de SVT de collège. Un parmi je ne sais pas combien, voilà. Donc c'est vrai que j'étais consciente de ces sujets-là. J'étais militante, mais je n'étais pas révoltée au point auquel je peux être révoltée aujourd'hui. L'entrée dans la parentalité a été extrêmement déroutante pour moi parce que je pense qu'avant, avec le père de ma fille, je me sentais dans une égalité dans nos salaires, notre liberté de... de se mouvoir. Avant d'être mère, j'ai passé un an à faire plein de concerts, j'étais sans arrêt sur les routes, on était chacun passionné par nos boulots, je me sentais dans une sensation d'égalité dans mon quotidien. Et en devenant parent, c'est comme si, malgré nous, on était allés dans des schémas inégalitaires, parce que la société nous pousse vers ça. Il y a des choses qu'on avait envie de faire, clairement. J'avais envie d'allaiter, par exemple. Mais c'est vrai que j'ai vu tellement de choses. Je pense que j'ai ouvert les yeux. Peut-être qu'avant, j'étais aussi dans un environnement privilégié de personnes qui avaient un peu réfléchi. Et que là, je me suis retrouvée sur des trucs. Un samedi, on se retrouve tous les deux à aller travailler. Et puis, je rentre le soir et je lui demande... Notre fille devait être chez les grands-parents, sûrement. Et je lui demande combien de personnes, aujourd'hui, à ton travail, t'ont demandé où était ta fille. Lui, personne. Parce que la société estime que c'est normal qu'un père soit complètement disponible pour aller bosser, y compris un samedi. Et moi, tout le monde. toutes les personnes que j'avais croisées dans la journée. Qu'est-ce que t'as fait de ta fille ? Avec donc une culpabilité sous-jacente parce que, ben non, une femme doit être disponible pour son enfant, alors que moi, j'avais grand plaisir à aller bosser ce jour-là et que j'imagine que des pères peuvent être tristes de devoir aller bosser et de laisser leur gosse, quoi. Donc, voilà, c'est un exemple parmi beaucoup. Après, c'est vrai qu'il y a eu tout le côté économique où, clairement, j'ai vu, moi, le coup que ça a mis sur ma carrière parce que l'année d'avant, j'avais fait 90 concerts partout en France et que, ben là... Je faisais des concerts entre 3 et 4 heures du mat' pour endormir ma fille, et c'était mon seul public. Et c'était non rémunéré.
- Speaker #0
Mais un public vraiment qui appréciait.
- Speaker #1
Oui. Et puis en même temps, j'avais envie d'être là, j'avais envie d'être auprès d'elle. Mais c'est vrai que cette inégalité économique, je la ressens encore aujourd'hui, 7 ans plus tard en fait. Après on s'est séparés avec le père de ma fille, et je vois, c'est des questions qui sont ressurgies à ce moment-là, et de voir en fait à quel point c'est un non-sujet pour la plupart des gens en fait. C'est comme ça, c'est normal. Non, en fait, c'est injuste. Et cette injustice, je l'ai vue, je l'ai sentie. Et je pense que ça a été très, très, très dur pour moi de voir que les autres ne comprenaient pas. Et notamment, j'ai eu beaucoup de discussions avec le père de ma fille. Il y a plein de choses sur lesquelles il est, même encore aujourd'hui, très soutenant. Mais il y a plein de choses, en fait, qu'il, je pense, ne comprend pas. Il peut-être ne comprendra jamais parce qu'il n'aura pas le vécu de femme et de mère dans une société patriarcale.
- Speaker #0
À partir du moment où on a un privilège, si personne ne nous éclaire sur ce privilège, c'est difficile parfois de s'en rendre compte par soi-même. Et tout à l'heure, tu parlais de tes concerts les samedis. J'imagine que quand tu disais « elle est avec son papa » , tu disais « quelle chance ! »
- Speaker #1
Alors qu'on ne dit jamais ça,
- Speaker #0
un papa qui dit « c'est ma femme » .
- Speaker #1
Voilà, c'est vrai qu'une maman et un papa qui font la même chose, le papa est glorifié et pour la maman, c'est complètement banalisé. Voir si elle ne le fait pas, en plus, c'est une mauvaise mère. Je me rappelle d'être allée boire l'apéro chez des voisins un soir avec notre fille. et son papa. Et à un moment, il faut lui changer la couche. Et il dit, ne bouge pas, je vais changer la couche. Donc, c'était l'étage en dessous. Et là, les voisins font, ah, waouh, genre, quel père incroyable. Et moi, je me dis, mais aujourd'hui, j'ai changé dix fois sa couche et personne ne m'a applaudi. Donc, ça, c'est vrai. Oui, ça vient vraiment creuser aussi la sensation d'injustice et de manque de reconnaissance aussi.
- Speaker #0
Mais c'est lié, parce que si c'était reconnu, ce serait possiblement rémunéré ou en tout cas, il y aurait moins de différence de salaire. Le congé maternité serait beaucoup mieux rémunéré, le congé parental serait différent, enfin tout est lié.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Et en même temps, j'ai aussi envie d'ajouter que moi je pense que c'est quand même aussi une violence pour les pères, dans le sens où, alors c'est pas du tout pour dire « oh les pauvres chéries » , mais c'est plutôt pour dire « nous avons tous et toutes à gagner à sortir du patriarcat » . C'est ça que je veux dire. Parce que je pense que la violence que les hommes peuvent vivre, c'est pour eux l'injonction à continuer à travailler absolument et à rester... rester performants et disponibles pour leur travail, comme je disais, alors que peut-être, quand ils doivent aller bosser le samedi, peut-être qu'ils préféraient être auprès de leur enfant et eux aussi se rouler dans ce bain d'ocytocine et de ces moments qui passent si vite, de nourrissons et de petits-enfants, etc.
- Speaker #0
Et en même temps, comme ils continuent d'être globalement le gros salaire du couple, encore plus après les enfants, ils ont cette espèce de pression à continuer de bosser puisque de toute façon, ils ramènent le salaire. Et donc, le patriarcat, c'est sûr que ça fait du mal à tout le monde.
- Speaker #1
C'est ça, voilà.
- Speaker #0
Quels sont selon toi les freins ou les tabous culturels qui coupent encore trop souvent les femmes de leur corps ? Et comment est-ce qu'elles peuvent les dépasser ?
- Speaker #1
Il y en a tellement ! Là, moi, ce qui me vient, il y a tout le lien avec le périnée. Comme de nombreuses femmes, je pense que j'ai découvert vraiment l'existence de mon périnée en étant enceinte. Alors qu'en fait... Le plancher pelvien, c'est tous les jours, c'est quand on respire, c'est quand on court, quand on saute. C'est fou, en fait, la préciosité du périnée. Je suis en train de me demander si on en avait peut-être parlé en cours de chant. Parce que c'est vrai qu'on peut vraiment venir solliciter le périnée pour soutenir la puissance vocale, etc. Donc peut-être que j'avais eu quelques infos par ce biais-là. Mais je vois, même moi, comment j'ai pu être mal à l'aise à mes premiers ateliers de chant prénatal, de parler du périnée en me disant, oh là là, mais... de quoi je parle, c'est intime. Oui, voilà, parce que c'est tabou, en fait. Alors que ce sont les muscles qui entourent l'anus, le vagin, l'urètre, et donc qui sont aussi tellement... On s'en sert vraiment tous les jours, aussi pour nos besoins, de uriner, d'efféquer, et aussi dans la sexualité, en fait. Il y a aussi tellement de... Je trouve ça fou, en fait, qu'on n'ait pas plus d'informations sur ces sujets-là, si ce n'est quand, une fois de plus, c'est dysfonctionnant.
- Speaker #0
Mais parce que le rôle de la femme était... pendant longtemps, de procréer et en aucun cas de prendre du plaisir.
- Speaker #1
Après, j'ai parlé de ça, mais je pense qu'il y a plein d'autres... Tu disais les tabous par rapport à son corps.
- Speaker #0
Et les tabous aussi culturels, qui peuvent couper les femmes de leur corps.
- Speaker #1
Tu vois, on parlait de la sexualité, je suis encore surprise, pas surprise, plutôt triste en fait, de constater qu'il y a encore beaucoup de femmes pour qui, par exemple, la masturbation, c'est complètement tabou, alors que c'est tellement une porte d'entrée, une facette pour découvrir son corps, son fonctionnement, ce que... ce que moi j'aime, comment moi mon corps y fonctionne, et puis aussi comment me donner du plaisir par moi-même sans avoir besoin d'un partenaire, d'une partenaire. Je pense que la masturbation féminine reste encore taboue et plus que la masturbation masculine.
- Speaker #0
Ok. En quoi le chant prénatal peut être une voie de réappropriation du corps des femmes et une manière pour elles de restaurer leur souveraineté ?
- Speaker #1
Alors par rapport au corps, c'est vrai qu'en chant prénatal, on va vraiment accorder beaucoup d'attention à nos perceptions corporelles et on va les affiner. au fur et à mesure. Et à force de faire les exercices, on va plus précisément sur nos sensations corporelles. Donc il y a des vocalises, il y a des explorations de son, où je vais guider avec des propositions. Le son, c'est une onde, donc c'est une vibration. Mettez vos mains sur la tête, et est-ce que vous sentez des vibrations quand vous faites tel son ? Mettez les mains sur le torse, etc., par exemple. Donc là, c'est vrai qu'on vient vraiment sur une écoute plus fine de nos perceptions corporelles, et c'est une approche parmi d'autres. Parce que, par exemple, quand j'ai des femmes qui viennent dans mes ateliers et qui ont fait du yoga, je vois qu'elles ont déjà une sensibilité, par exemple, par rapport à ça. Et il y a sûrement d'autres approches qui permettent ça. Et après, par rapport à la souveraineté, pour moi, le chant prénatal, il y a des moments, c'est un prétexte. Parce que, dès le début, je vais inviter les participantes et participants à faire ou ne pas faire les exercices. Et c'est quelque chose qu'on nous propose peu ou pas dans notre société. et pour moi, quelqu'un qui viendrait et qui... juste à un moment dirait, ben non, moi j'ai pas envie de faire cet exercice-ci, ok. Et que ça soit la première fois, peut-être, qu'elle ose dire non, et ben je me dis, c'est super, peut-être que le jour de son enfantement, elle va pas forcément faire des sons, elle aura peut-être pas envie. Mais par contre, si à un moment elle se dit, ben non, j'ai pas envie de rester dans telle position, mais je vais me mettre comme ça, c'est mieux pour moi, ou de juste oser aller vers ce qu'elle a envie pour elle et ce qu'elle sent qu'elle a besoin. L'idée pour moi, c'est que la femme reparte avec l'idée de, je suis l'experte de moi-même. Dans mes ateliers, c'est sans arrêt ça. On va faire un exercice avec les explorations du son. Et après, je dis, alors, comment c'était pour vous ? Et il y en a qui vont dire, par exemple, ah, ben, j'ai beaucoup aimé... Quand on faisait des A, ça vibrait dans la tête. Ah, OK. Pour toi, ça vibrait dans la tête. Et la voisine, ah, ben, moi, c'est quand je faisais des O, ça vibrait dans ma tête. Eh ben, oui. Et vous avez toutes les deux raisons, parce que vous fonctionnez différemment. Et puis, en plus, ça se trouve, demain, pour toi, ça sera plus un O, mais ça sera encore autre chose. Et donc, en fait, c'est ça où, pour moi, le chant prénatal, c'est un prétexte à être à l'écoute de soi et prendre confiance en ses sensations. Et donc après, oser dire, moi ce qui me ferait du bien là, c'est ça, et je vais le poser en fait. Et donc en ça, c'est être souveraine. Et encore, j'ai beaucoup de choses à dire sur cette question. Ce que j'aime aussi avec le chant prénatal, c'est que c'est un outil qui est multifacette, et qui s'adapte aussi bien aux naissances physiologiques qu'avec Péridurale, ou même avec la Césarienne, on peut se servir des outils du chant prénatal. Et c'est vrai qu'une naissance, on ne sait jamais à l'avance comment ça va se passer. Et se dire qu'on a cet outil qui est là, et qui à un moment pourra peut-être... piocher et tisser du lien avec son bébé grâce à ça. Ça aussi, c'est d'être souveraine, en fait.
- Speaker #0
Est-ce que tu incarnes ce féminisme dans ta pratique pédagogique ou dans ton activité ?
- Speaker #1
Oui, tout le temps. Il y a plusieurs choses par rapport au chant prénatal. C'est vrai que moi, j'aime beaucoup la citation de Michel Audan, je ne sais plus mot pour mot ce que c'est, mais pour changer le monde, il faut changer la façon dont les enfants naissent. Moi, je rajouterais aussi comment les adultes naissent dans leur parentalité, parce que pendant une naissance, il y a la naissance aussi des parents. Et donc, accompagner les femmes à être souveraines de ce moment, je pense que c'est vraiment, pour moi, ce que je sais faire de mieux pour changer le monde aujourd'hui, à mon échelle. J'ai vraiment souvent la sensation que c'est une petite goutte d'eau dans l'océan, mais je me dis, chaque femme qui aura pu mieux vivre son accouchement et se sentir souveraine de ce moment-là, waouh, je me sens vraiment utile, en fait, dans ce cadre-là, dans la formation que je donne pour les professionnels, donc qui veulent animer des ateliers de chant prénatal. Il y a évidemment tout ça qui est encore plus présent, parce que là, je vais vraiment le nommer et les inviter à explorer ça, d'abord pour elles-mêmes, pour après pouvoir l'incarner dans leurs ateliers. Et là, j'avoue, je me sens encore plus utile parce que je me dis, je vais former, par exemple, huit personnes au chant prénatal. Et ces huit personnes vont aller proposer des ateliers de chant prénatal là où elles sont. Et elles vont elles-mêmes pouvoir toucher des dizaines de femmes, ce que moi, matériellement, je ne peux pas faire. Donc voilà, ça diffuse comme ça. Et après, oui, bien sûr, dans toute mon activité artistique, c'est des choses qui m'habitent aussi, à la fois dans les espaces que je propose. Moi, je m'occupe de deux chorales de femmes. J'aime aussi que ça soit des espaces en non-mixité. Je vois bien tout ce qui se passe avant la répétition ou après la répétition. qui est possible grâce à l'espace de non-mixité et grâce au cadre de bienveillance que je partage. Et après, il y a le choix du répertoire. Une des deux chorales, c'est une chorale féministe, clairement. Donc là, c'est une chorale qui existait déjà et qui est venue me demander de les accompagner. Et c'est une chorale qui va chanter pour des manifestations, pour des vernissages d'expositions féministes, pour des concerts. Enfin voilà, le propos engagé, il est clair et direct. Et puis d'autres fois, ça va être plus... Je ne sais pas comment dire...
- Speaker #0
Subtile.
- Speaker #1
Subtile, ouais, c'est ça. Ouais, joliment dit.
- Speaker #0
Est-ce que tu crois que se réconcilier avec son corps, c'est aussi se réconcilier avec une part oubliée de notre histoire collective ?
- Speaker #1
Oui. Enfin, en tout cas, moi, il y a eu plein de fois où j'ai été marquée de difficultés que j'ai pu avoir avec mon corps, et notamment vraiment le périnée, enfin voilà, dans mon intimité, et de, à des moments, me dire, mais ça m'appartient pas qu'à moi, en fait, et de comprendre, c'est pareil, ça, tu vois, quand j'ai commencé à ouvrir la parole là-dessus, sur... par exemple des douleurs que je pouvais avoir dans la sexualité et de me rendre compte qu'en fait j'étais loin d'être seule. Sauf que j'avais trouvé personne qui en parlait autour de moi, donc je me sentais très très seule par rapport à ça. Et après de me dire mais c'est incroyable le nombre de femmes qui ont des douleurs en fait et à quel point c'est tabou et ou banalisé aussi et que ben non je suis plus d'accord avec ça. J'espère en fait aussi aider à cheminer mes sœurs au sens large, mais mes sœurs de sang mais aussi mes sœurs au sens large là-dessus. Et puis peut-être ma fille et les générations futures aussi, pour qu'elles aient pas à passer par toutes ces difficultés, ou que s'il y a des difficultés qu'elles traversent, qu'elles les traversent plus vite que moi.
- Speaker #0
C'est une belle transition vers ma question suivante. Si tu pouvais transmettre une seule chose à ta fille et aux autres petites filles du monde, en lien avec leur corps, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Waouh, une seule, c'est trop difficile.
- Speaker #0
Alors,
- Speaker #1
quelque chose. Qu'est-ce qui me vient avec ça ? Par rapport aux petites filles, c'est sûr que c'est que leur corps leur appartient. J'ai l'impression que je vais mal le dire par rapport à certains livres que j'ai pu lire à ma fille, qui le disent tellement bien. Mais c'est sûr que c'est que leur corps leur appartient, ça c'est la première chose. Parce que c'est vrai que le patriarcat nous dépossède de ça. Quand je vois le rapport que je pouvais avoir avec les soignants au premier rendez-vous gynéco auquel j'ai pu aller quand j'étais jeune femme, adolescente, et aujourd'hui, j'ai envie que ma fille soit outillée comme je le suis aujourd'hui, dès ses premiers rendez-vous. Et c'est déjà le cas, parce qu'on en parle, du médecin. maman tu me dis que... Personne n'a le droit de me toucher si je veux pas, mais si un jour c'est grave et qu'il faut qu'un médecin... Je lui dis, bah écoute, on voit comment on peut faire, peut-être qu'on peut choisir le médecin qu'on va voir, voilà, en fait, comment on adapte et tout ça, et je me dis, elle a 7 ans et elle a déjà cette conscience-là, moi c'était, je me tais, c'est la blouse blanche, elle sait, et je ferme ma gueule et je subis, et j'ai mal ou je me sens humiliée, enfin vraiment des choses violentes que malheureusement une grande majorité des femmes ont vécues, donc voilà, que leur corps leur appartient, et après c'est vrai que j'ai envie que ma fille ait les... Les filles, les femmes et tout le monde puissent être aussi dans le plaisir. On a parlé beaucoup de la sexualité, il n'y a pas que ça. Juste dans le plaisir et la joie que peut nous apporter notre corps, de danser, de se faire masser, d'aller mettre les pieds dans l'eau, toute cette sensorialité qui est tellement merveilleuse et qui nous est aussi peu partagée. Ce n'est pas quelque chose, moi, dans mon éducation, que j'ai beaucoup reçu, en fait, d'être attentive à ça, à ces plaisirs-là aussi.
- Speaker #0
Et ce n'était pas valorisé chez les petites filles. Les garçons prenaient toute la place dans la cour, jouaient au foot, les petites filles avaient des robes dans lesquelles elles ne pouvaient pas bouger, grimper aux arbres. Donc c'est sûr qu'il y avait du chemin à faire, il y a encore beaucoup de chemin. Et quel message, mot doux ou invitation tu glisserais à l'oreille des femmes, enceintes ou non, qui nous écoutent ?
- Speaker #1
Je vais revenir sur cette idée que vous êtes l'experte de vous-même. Moi quand même, parce que le chant prénatal qui m'a passionnée, sur lequel je me suis formée, informée, et que je continue d'être en mouvement et me fait dire à chaque fois...
- Speaker #0
C'est qu'on est toutes différentes, et donc sortir aussi de cette espèce de normalisation dans laquelle aussi la société veut nous faire entrer. On le voit beaucoup sur l'accompagnement médicalisé des naissances, qu'il faudrait dilater de 1 par heure, etc. Par exemple, des choses où à chaque fois, on nous fait rentrer dans les cases, et que donc, vous êtes l'experte de vous-même, et en fait, si à un moment, vous ne rentrez pas dans la case, ce n'est pas pour rien. Et en fait, je pense que personne ne rentre dans les cases, et qu'à partir du moment où on commence à le dire et à le faire, on inspire aussi les femmes autour de nous. Et que moi, c'est des femmes qui sortaient des casques qui m'ont inspirée pour le faire à bon tour.
- Speaker #1
Est-ce que tu voudrais nous partager un chant, un son, un mantra avant de clore cet entretien ?
- Speaker #0
Avec plaisir. Je n'ai pas préparé. Et comme j'ai quand même été pendant 20 ans élève en conservatoire et pendant 15 ans prof en conservatoire, moi, j'ai l'habitude de préparer les trucs. Donc, attends, je réfléchis. Écoute, si, je vais aller sur la spontanéité, en fait, et la vulnérabilité de ne pas avoir préparé. Et je vais chanter la chanson que je chantais à ma fille. Quand j'étais enceinte et qu'a été sa chanson « Doudou » pendant longtemps, puis peut-être qu'elle me la réclamera à d'autres moments. En ce moment, non, ce n'est plus le cas, mais c'est « Cocon de soie » de Marianne Séventulan.
- Speaker #2
Poisson ou bien sirène, nage dans l'océan, mer agitée ou sereine, te berce... Tu naîtras mon enfant, source de vie, source des mois, le jour, la nuit, cocon de soie. Source de vie, source de joie, le jour, la nuit, cocon de soie.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Coucou Amélie ! Est-ce que tu aurais quelque chose que tu souhaiterais ajouter pour clore cet épisode ?
- Speaker #0
J'ai envie de te remercier parce que moi j'ai la sensation d'avoir été écoutée, d'avoir pu m'exprimer sur des sujets qui me tiennent fort à cœur et que c'est précieux. Donc merci à toi de permettre ces espaces-là. Merci à toutes les personnes qui écoutent aussi. Et puis après, j'ai la femme d'entreprise qui reprend le dessus, c'est que j'ai envie de partager mes réseaux sociaux pour s'il y a des personnes qui ont envie de... d'en savoir un peu plus sur mon travail, sur le chant prénatal et autres. On peut me retrouver sur Instagram, sur @ma_voix_est_libre. Et puis j'ai aussi mon site internet qui reprend pas mal toutes mes activités. @ma_voix_est_libre, je parle beaucoup de chant prénatal. Et mon site internet, c'est amelichambinaud, chambinaud c'est aud la fin, .com, où il y a le chant prénatal, il y a mes chorales, il y a les spectacles, voilà, il y a toute l'actualité.
- Speaker #1
Merci beaucoup Amélie d'avoir mis des mots sur ce que tant de femmes peuvent ressentir sont Toujours pouvoir le nommer. Merci de nous rappeler que notre corps sait, qu'il sait accoucher, qu'il sait chanter, qu'il sait dire non, qu'il n'a pas besoin d'être corrigé, mais juste écouté. Peut-être que cette rencontre vous a donné envie d'écouter votre corps, votre souffle, votre voix et de reprendre votre place, de faire de votre corps un territoire vivant, vibrant et autonome. Tu voulais ajouter quelque chose ?
- Speaker #0
Excuse-moi, c'est... En fait, quand tu dis que notre corps sait dire non, c'est vrai que j'ai beaucoup parlé de dire non. Et moi, je trouve que je sais dire des vrais oui depuis que je sais dire non. Et j'aime bien renouer aussi avec quelque chose qui est très joyeux et très positif, en fait. C'est hyper important de savoir dire non. J'ai pas envie que ça sonne comme une injonction, en fait. Pour moi, ça a été tout un chemin de savoir dire non. Et je suis encore en chemin là-dessus. Mais plus je sais dire non et plus je sais dire des vrais oui. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Le non permet le oui, ensuite. Voilà. Je voulais terminer en disant que tu proposes des ateliers de chant prénatal à Nîmes et aussi en ligne, que tu facilites des cercles de paroles, que tu animes des ateliers musicaux pour tout petit, que tu es régulièrement sur scène avec tes chorales ou pour des spectacles. Est-ce qu'il y a d'autres activités que tu fais et que tu aimerais partager ? Après,
- Speaker #0
il y a les formations professionnelles que je donne parce que tout ça, c'est vrai que là, c'est vraiment ce que je propose. J'allais dire un niveau assez local à Nîmes où je vis. Et après, j'ai créé une formation en chant prénatal notamment. que je suis très très heureuse de partager, notamment à Nîmes et à Paris, mais aussi là où on m'invite. J'ai des projets là sur d'autres villes et en ligne. Donc si vous avez envie de vous former au chant prénatal, n'hésitez pas à me contacter, c'est vraiment quelque chose de vibrant et de joyeux pour moi. Et après, je suis en train de développer d'autres transmissions et formations. J'ai proposé deux fois une des transmissions sur animer des cercles de femmes. C'est des choses que je fais un petit peu au fil de l'eau quand j'ai des demandes. Donc voilà, si ça résonne pour vous, n'hésitez pas à me mettre un petit message. Des fois, ça vient... initier des nouvelles propositions aussi.
- Speaker #1
Très bien, merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Un immense merci pour votre écoute ! J'espère que vous y aurez trouvé des pistes de compréhension de votre corps et peut-être de ceux des personnes qui vous entourent. Vous entendez probablement ça à chaque écoute de podcast, mais il est vraiment essentiel pour moi de vous le rappeler. Si cet épisode vous a plu, s'il vous plaît, abonnez-vous et mettez-lui 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute. Laissez un commentaire et partagez cet épisode, c'est le seul moyen pour moi de faire connaître ce podcast que je crée bénévolement, pour nous, avec le cœur. Vous pouvez également suivre l'actualité d'Encore à écouter sur sa page Instagram, où vous découvrirez mes invités en avant-première. A très vite !