- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Un Corps à Écouter, le podcast qui nous permet de cheminer ensemble vers une reconnexion à nos corps. Comment fait-on pour apprendre à écouter ou réécouter son corps quand on n'a pas le mode d'emploi ? C'est ce que je vous propose d'interroger épisode après épisode à travers un cheminement individuel et collectif, une quête commune. Je suis Céline Auvray, créatrice de ce podcast, mais aussi doula et maman de trois enfants. Dans chaque épisode, je vous emmène avec moi à la rencontre de mes invités qui ont un corps à écouter, à apprivoiser, à comprendre et des pistes pour nous apprendre à habiter nos corps avec plus de conscience. Une façon d'être également plus connecté à nous-mêmes, et plus en lien aussi entre nous. Aujourd'hui, j'ai le grand bonheur d'accueillir quelqu'un dont la rencontre m'a profondément touchée. Sébastien H est musicien, compositeur, producteur, thérapeute par le son, mais il est surtout et d'abord un homme sensible, ouvert au monde et au vivant en lui. Il m'a émue parce qu'il dégage une forme de présence rare, faite de douceur, de gentillesse et d'authenticité. Et en tant que maman de trois garçons, j'ai ressenti très fort combien il incarne un modèle de masculinité douce, créative, vulnérable et lucide. Et j'ai eu très envie de lui donner la parole ici, car je suis convaincue que ce genre de figure masculine est précieuse, parce qu'elle rend visible une manière humaniste, incarnée et apaisée d'être un homme dans ce monde. Dans cet épisode, nous allons parler de masculinité, de corps, d'émotions, de musique et de guérison. Et nous allons bien sûr parler de son parcours, de l'enfant qu'il a été. des modèles avec lesquels il a grandi, de ce qu'il a traversé, de ce qu'il explore, et de comment il s'est construit en tant qu'homme, homme sensible, dans un monde qui est souvent assez peu accueillant à cela, de la musique comme langage du corps, d'humanité, et de ce que ça veut dire au fond, vivre un peu plus près de soi-même. Bonjour Sébastien, et merci infiniment d'être là, je suis très heureuse de t'accueillir.
- Speaker #1
Merci beaucoup Céline, quelle intro ! Quelle intro, je suis déjà tout ému quoi.
- Speaker #0
Ah bah, je t'en remercie.
- Speaker #1
Merci de me recevoir.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais commencer par te présenter et nous dire ce que ça t'évoque, cette idée de parler du corps ?
- Speaker #1
Donc : Sébastien, tu m'as tellement bien présenté, je suis encore à toute chose. Sébastien, j'ai 32 ans en ce moment où je vous parle. Né en Suisse, mais avec un peu une multiculturalité qui m'a amené au Portugal. Aujourd'hui, j'ai mon studio et je travaille avec la musique. Après avoir été longtemps en tournée avec différents artistes, j'ai écouté justement mon corps. Je vais y venir et je me suis retrouvé à faire beaucoup plus de travail depuis mon studio. C'est plutôt mon laboratoire que mon studio. Donc ça, c'est pour la petite présentation. Et puis, le corps, qu'est-ce que ça m'évoque ? Ça m'évoque deux choses. Ça m'évoque l'union et je pense au yoga plus particulièrement puisque le yoga est une grande partie de ma vie. Et c'est la pratique ou la philosophie, le courant de pensée et de mouvement qui m'a fait... aimé mon corps et qui m'a ramené dans mon corps. Et je pense aussi à la sensualité et à la sexualité parce que je trouve ça très très important. C'est souvent un tabou, c'est souvent dépeint comme quelque chose de très privé ou peut-être parfois sale si on en parle trop ouvertement. Alors que je pense que c'est une des beautés de notre incarnation, c'est cette sensualité, c'est cette chose qu'on a de pouvoir vivre l'expérience sensuelle dans le corps.
- Speaker #0
Ça promet ! J'aimerais qu'on commence par parler de tes racines, de tes fondations. Est-ce que ce serait ok pour toi de nous raconter un petit peu la famille dans laquelle tu as grandi ?
- Speaker #1
Bien sûr, j'ai grandi dans une famille très aimante, une famille recomposée avec beaucoup d'histoires de familles très particulières. Beaucoup de familles ont des histoires, mais cette famille en a beaucoup et elle ne cesse de m'étonner encore aujourd'hui. Mais donc j'ai grandi dans une atmosphère d'amour. avec des parents qui m'ont beaucoup protégé, encouragé, qui m'ont beaucoup laissé de place à la compréhension, à l'expression, à l'émotion. C'est marrant parce que récemment on m'a dit « Ah mais t'avais quand même un cadre strict en tant qu'enfant » . Et moi je ne l'ai pas ressenti du tout comme ça. Au contraire, le cadre que j'avais c'était une vraie liberté quelque part. C'est marrant parce qu'on pourrait se dire « Tiens, un cadre c'est des barrières » . Mais le cadre que j'avais à travers ma famille... C'est un cadre de sécurité, de respect, de loyauté. Et dans ce cadre, j'avais une liberté tellement grande, une expression et une vulnérabilité tellement accueillies que j'ai vécu ce cadre pas de manière abrupte, stricte. Au contraire, c'était vraiment plutôt un cadre sécurisant. Donc j'ai grandi là-dedans avec une demi-sœur, des demi-frères qui sont arrivés plus tard, non pas parce qu'ils sont arrivés plus tard en âge, ils sont plus âgés que moi et ils nous ont rejoints plus tard dans la famille. Donc j'ai vécu un peu une famille, à la fois un peu l'histoire d'un enfant seul et à la fois l'histoire d'un enfant qui a des frères et sœurs et qui découvre ce que c'est que d'être dans une famille ou famille recomposée. Donc ça a été un mix d'histoires et de cultures aussi parce que ma maman est allemande. Mon père est français, je suis né en Suisse, ma demi-sœur a des origines marocaines, mes demi-frères sont nés à La Réunion. Donc il y a un peu un amalgame de trucs qui s'est passé et je pense que ça a créé une vraie ouverture aussi dans notre famille à ce niveau-là. Après ça n'a pas toujours été facile, j'ai vécu des histoires de famille normale aussi, mais moi j'ai toujours très bien vécu mon enfance.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce qui faisait que tes amis ou je ne sais pas qui considéraient que le cadre était particulièrement strict ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est quelqu'un qui m'a dit ça récemment. C'était une amie de la famille qui disait « ouais, mais ton père était quand même très strict avec toi » . Et bizarrement, je ne le vois pas en fait. Mais je pense que c'était, on m'a vraiment inculqué un respect des manières aussi, une façon d'être avec les gens, d'écouter, de parler. J'ai toujours passé beaucoup de temps avec des personnes beaucoup plus âgées que moi. Je ne sais pas pourquoi j'ai eu cette... Cette vibration, très vite, quand j'étais enfant, j'étais moins intéressé par les gens de mon âge que par les adultes, parfois. Et du coup, je suis resté dans ce cadre de l'adulte qui écoute, qui parle, qui ne coupe pas, qui a des manières à table. Donc j'ai quand même eu une éducation peut-être stricte dans le sens qu'il y avait un petit côté peut-être vieille France, dans le sens de... Il y a une façon de se tenir à table, il y a une façon de se tenir quand on est en public, des choses comme ça, que moi, j'ai beaucoup apprécié. Ça fait partie d'un de mes traits de caractère pendant longtemps. C'était ce côté très... pas maniérée, mais très James Bond un peu du terme. Et c'est très drôle parce que, bon, je ne vais pas tout déballer le truc comme ça, mais j'ai eu des périodes dans ma vie où j'étais fan de différents personnages et j'ai eu une période James Bond. Et c'est comme si mon éducation, elle matchait parfaitement à ce moment-là avec mon idole du moment qui était James Bond. Et du coup, ce cadre que j'avais de respect, de manière, a été amplifié par ce que moi j'aimais, c'est-à-dire mon kiff de James Bond. Donc c'était peut-être ça.
- Speaker #0
Tu avais une figure d'identification toute tracée.
- Speaker #1
Oui, mais j'en ai eu plusieurs. Et c'est marrant parce que je repense souvent, mes parents m'ont très, très bien éduqué. Mais comme j'étais quasiment seul et assez indépendant en tant qu'enfant, j'ai eu des figures comme ça qui m'ont accompagné à certaines périodes de mon enfance. Des super-héros, des artistes. C'est passé par plein d'étapes. Et à chaque fois, ça a marqué comme une éducation en moi, comme une évolution. et petit à petit j'apprenais des grandes valeurs de la vie à travers ces personnages-là. Et c'est marrant parce que quand tu m'as parlé de faire ce podcast, j'y ai repensé, je me suis dit c'est marrant, tous ces personnages, tous ces héros, toutes ces personnes, ces figures, ces mentors quelque part que j'avais, c'était quelque part des façons d'ancrer certaines valeurs phares de ma vie avec un personnage quoi, que j'incarnais. Parce que vraiment, quand je te dis James Bond, moi je pensais que j'étais James Bond. C'est-à-dire que je m'achetais des flingues,
- Speaker #0
machin,
- Speaker #1
je crois que j'avais 9 ans. J'avais demandé à mes parents qu'ils m'achètent que des costards, donc j'allais à l'école habillé en costard. Et j'avais de la chance, c'est que mes parents m'ont toujours soutenu dans mes délires. Mais c'était pas tant des délires, pour revenir au corps, je vivais le truc très fortement. Il m'arrivait même de signer avec, tu sais sur les fiches d'école, tu dois signer ton nom, Sébastien, machin. Et ça m'arrivait de signer avec le nom du gars que je kiffais sur le moment. Donc ça a été comme ça que j'ai eu une double éducation, une éducation à travers mes parents, la parentalité, la famille et aussi à travers mes idoles.
- Speaker #0
Et comment c'était reçu ça à l'extérieur, le fait que tu t'habilles comme tes idoles, que tu signes comme si c'était eux ? Est-ce que c'était compris, notamment dans le milieu scolaire ou dans, je ne sais pas si tu faisais du sport ou des activités extrascolaires ?
- Speaker #1
Alors c'est marrant parce que l'histoire de la fois où j'ai signé avec un autre nom, c'est vrai que là la maîtresse d'école est quand même allée dire à mes parents, écoutez C'est un peu bizarre, Sébastien, il ne signe plus avec son nom. Qu'est-ce qui se passe ? Et en fait, je ne sais pas pourquoi ni comment, mes parents ont toujours été hyper accueillants de mes... Encore une fois, de mes délires. Ils ne m'ont jamais réprimandé, il n'y a jamais eu de tabou face à ça. Et je pense que le fait qu'ils étaient si accueillants par rapport à ça, ça m'a donné une force. C'est-à-dire que, peu importe ce que les gens pensaient à l'extérieur, j'en avais rien à cirer, quoi. C'est-à-dire que... J'ai eu cette période où j'étais James Bond, j'ai eu une période où j'étais Batman, ça c'était beaucoup plus jeune. J'ai eu une période où j'étais amoureux. Enfin amoureux, j'avais ce truc pour les sauveteurs en hélicoptère et je pensais que j'étais un sauveteur en hélicoptère. Et après j'ai eu une phase où je suis tombé fou dingue de la musique de M, Mathieu Chédide. Et donc là c'était de mes 12 à mes 15 ans où je me coiffais. comme M, c'est-à-dire que je vidais un paquet de gel par jour pour me faire la coupe de M et j'allais à l'école comme ça, c'est-à-dire que j'avais un cran de ne pas avoir honte et tout parce qu'on peut se dire, ah tiens mais c'est quand même bizarre ce gamin et c'était pas très bien reçu en l'occurrence par des jeunes, je crois que en l'occurrence les maîtresses ou les maîtres trouvaient ça drôle parce qu'ils disaient tiens ce gamin il est vachement libre, je me sentais très libre dans mon expression et dans la façon de, comment je voulais être habité quelque part à ces moments-là. Mais c'est vrai que parfois, je me suis fait remballer par des copains ou des gens, quoi, dans la cour ou dans le bus ou je sais pas quoi, mais ça m'impactait pas du tout. C'est-à-dire que je continuais à me coiffer comme M, nuit et jour. Donc voilà, il y a eu un mix de choses, et les seules fois où j'ai ressenti plus de difficultés quand on regarde les autres, c'était beaucoup plus tard, quand j'avais, je pense, 16-17 ans. Là, j'ai eu aussi une période où je... Je portais des chapeaux, des borsalinos. Je m'habillais plus années 20. De nouveau retour au costard, cravate noire et blanc. C'était très élégant. Je portais des répétos. J'étais un délire de fou. Et j'allais comme ça au collège. Pas du tout dans la norme. Mes parents me soutenaient. Ils ne m'ont jamais dit, tu devrais peut-être mettre un t-shirt. Tu aurais l'air moins ridicule. Au contraire, ils étaient contents de me dire, écoute, habite-toi comme tu veux. Et là, c'est vrai que parfois, c'était plus compliqué parce qu'on m'a eu traité de différents noms. Je me rappelle, je faisais des premiers concerts à cette époque-là, donc je mettais mes affiches au collège et les gens les déchiraient, ou ils écrivaient des choses dessus, vraiment des insultes. Et je me rappelle d'une fois notamment où j'avais dit à ma mère, attends, c'est quand même fou, pourquoi... Elle avait ce truc de me dire, non mais t'inquiète pas, ils sont juste jaloux de toi en fait, ils sont jaloux du fait que toi tu puisses t'exprimer et faire de la musique comme ça. Et ce truc est toujours resté en moi, comme dire, ah ouais en fait, c'est pas tant moi le problème. Je faisais du mal à personne, j'avais des valeurs et... J'avais juste cette créativité un peu débordante qui s'exprimait à travers plein de choses, à travers la musique, à travers différents tâches. J'avais des sacs, des machins, des trucs. Il y a eu des périodes plus difficiles que d'autres, mais toujours un soutien inconditionnel et parfois incompréhensible de des parents qui devaient se dire « Attends, mon gamin, il est dans un sacré délire, mais il s'était avec moi non-stop, quoi. »
- Speaker #0
Ouais, c'est ça qui t'a donné confiance, finalement.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Pour tout le reste, ouais.
- Speaker #1
Complètement, vraiment. J'ai jamais ressenti une once d'ailleurs de honte de leur... part parce que quand même, quand ton gamin, il va coiffer avec la coupe de M au restaurant, tu vois, le soir, tout le monde va me regarder comme, tu vois, c'est quoi cette famille ? Et en fait, non, non, mes parents, ils avaient vraiment pas de problème avec le fait que je sois habité par des mentors comme ça à certaines époques de ma vie, quoi.
- Speaker #0
Et donc, tes modèles masculins, c'était principalement des gens que tu ne connaissais pas, c'est-à-dire soit des personnages fictifs, soit des méga-stars. Est-ce que t'avais des modèles dans ton entourage ? Tu as évoqué ton père, mais est-ce que c'était un modèle pour toi ? Et est-ce que par rapport au modèle masculin de ton entourage, est-ce que tu t'es construit plutôt en réaction à eux ou en lien avec eux ?
- Speaker #1
En réaction, non. Je pense qu'il y a certaines choses qu'on voit de nos parents qu'on ne veut pas recréer. Et c'est certainement sain. Je pense que c'est une belle façon d'apprendre aussi, qui passe à travers le mauvais exemple. Quelque part, on se dit « Attends, moi, je n'ai pas envie d'être comme ça. » Mais je n'ai jamais eu ce truc très réactif. quant à ma relation à mes parents et notamment à mon père. Je pense que mon père, il avait une vraie posture carure comme ça pour moi, qui était de l'ordre de la réussite. Il m'inspirait vraiment la réussite, cette façon d'avoir été multifacette dans sa vie et d'avoir su se réinventer, de quelque part m'inculquer le « il n'est jamais impossible de » . Et ça, c'était hyper inspirant. C'est-à-dire qu'il a eu beaucoup de vies différentes, finalement, beaucoup de trajectoires qui se sont dessinées. Mais il a toujours su se réinventer, il a fait ça de ses propres mains, il a volé son succès à personne et c'était très inspirant ça pour moi de voir ce côté artisan quelque part. Et ça, ça m'a beaucoup inspiré de lui et j'ai été aussi très très inspiré et je le suis toujours par mon grand frère. C'est marrant quand je te le dis, j'ai direct un truc qui se passe en moi. Donc un de mes demi-frères qui s'appelle Guillaume, qui est donc de la lignée de mon père mais pas de la lignée de ma mère, qui est plus âgé que moi d'environ 10-15 ans. Il y a un moment donné où il est arrivé de la Réunion et on a eu comme un coup de foudre, quoi. Parce que je ne le connaissais pas, il est arrivé très tard dans ma vie. Et on a eu un truc très fort. Et au fur et à mesure qu'il revenait en Suisse et qu'on se visitait mutuellement, des fois j'allais le voir, des fois il venait nous voir. Il y a eu vraiment un lien qui s'est créé très fort, notamment autour de l'art. Mon frère aimait beaucoup la musique, moi j'aimais beaucoup la musique. Et je crois qu'il m'a transmis sa fierté envers moi, qui moi a créé une fierté envers lui. On a vraiment eu un échange de fierté. Et mon frère, c'était mon super-héros, mais existant, quoi. C'était pas mon super-héros fictif, quoi. C'était vraiment le gars qui m'inspirait. J'avais envie d'être comme mon frère. Je le trouvais méga cool. Et justement, c'est fou, parce que maintenant que j'y pense, mon frère était aussi disruptif, dans le sens qu'il faisait exactement ce qu'il voulait. Il était pas comme tout le monde. Il était foufou. Il avait un caractère complètement différent du mien, pour le coup. Mais il y avait un truc qui vibrait en nous de pouvoir être fou et de faire tout ce qu'on veut, de vivre notre folie à ce moment-là ensemble et de mutuellement s'inspirer. Donc ça, c'était deux personnes qui ont été très importantes pour moi.
- Speaker #0
Et la musique, alors ? Elle est très présente aujourd'hui dans ton quotidien et depuis toujours, enfin depuis très très jeune. Comment elle est entrée dans ta vie ?
- Speaker #1
Non officiellement, elle est rentrée très jeune parce que j'étais, je me rappelle, allez en vacances, on avait un fort lien avec les Saintes-Marie de la Mer. Je me rappelle aller en vacances là-bas et mes parents me racontaient que j'ai resté des heures et des heures, enfant, bébé même, assis devant les gitans en train de jouer de la guitare et tout. Donc j'ai eu cette fascination jeune que je n'ai pas forcément exprimée mais c'est marrant parce que j'ai récemment retrouvé des vieilles photos et j'avais souvent une petite guitare ou un harmonica. J'avais souvent un instrument. Est-ce que c'était naturel ? Est-ce que je le demandais ? Ça, je ne m'en rappelle pas. Il y a eu un moment charnière, c'est pour mes 10 ans. Mon père me dit, écoute, on veut te faire un cadeau un peu spécial pour tes 10 ans et on aimerait t'offrir une guitare. Je n'avais jamais prononcé l'envie d'une guitare. Ça venait de mon père, comme une transmission. C'est ça qui est fou quand j'y pense. C'était vraiment de l'ordre de, maintenant tu as 10 ans, tu passes un stade et j'aimerais t'offrir des cours de guitare et une guitare.
- Speaker #0
Parce que lui jouait de la guitare également.
- Speaker #1
Il jouait quand il était à l'armée, donc ce n'était plus dans sa vie quotidienne. Pas du tout, mais il a eu ce truc quand il était jeune de gratouiller avec les copains à l'armée. Mais je sais pas par quelle illumination ils ont eu cette idée-là, et donc moi, gamin, je me disais, bon, c'est pas un jouet comme je m'attendais, mais ouais, je suis partant, je suis partant. Ça, c'est un bon exemple de cadre. Il me dit, donc on t'offre une guitare, mais on va t'offrir des cours. Tu vas prendre des cours, tu vas pas juste faire n'importe quoi. Et c'était quelque part. plus strict, c'est-à-dire que j'ai pris des cours de solfège avec un prof de guitare, et les premières semaines, je me disais, je ne suis pas sûr que je raisonne, parce que c'est difficile, on est enfant, déjà on découvre la guitare, on ne sait pas trop ce que c'est, et en plus de ça, on nous dit, il faut apprendre à lire les notes sur une portée, un stade de l'enfance où tu apprends déjà assez de choses, ce n'est pas le truc qui te motive le plus. Mais il y a eu ce moment charnière où ils m'offrent cette guitare, et quelques mois après... Et c'est marrant parce qu'en rétrospective, mon père m'a dit qu'il a parlé avec mon prof en lui disant, écoute, Sébastien, il accroche, mais il lui manque quelque chose. Peut-être fais-lui faire des autres exercices. Et en fait, effectivement, ça, je l'ai su après un mai. À un moment donné, ça faisait peut-être un ou deux mois que j'apprenais la guitare, mon prof me pose une partition et me montre ce petit phrasé musical. Il s'avère que c'est un petit phrasé de blues. Et là, c'est comme si mon monde a été retourné. C'est-à-dire que mon corps a été... ouvert, cracked open. Tu vois, il y a eu un truc de l'ordre de « Oh, mais qu'est-ce qui se passe ? » Et ça, ça a été le moment charnière qui a fait qu'aujourd'hui, la musique n'a pas pu me quitter.
- Speaker #0
Et ensuite, t'es montée sur scène très jeune, sur quoi t'as été propulsée dans des univers très visibles et très connus et reconnus. Qu'est-ce que ça t'a fait de monter si tôt et d'être exposée à un âge où normalement tu vas juste à l'école ? Comment t'as géré cette exposition ? Et comment tu vivais tout ça émotionnellement dans ton corps ?
- Speaker #1
Alors, tout ça, je le vivais très bien à l'exposition parce que ça partait vraiment de moi. La musique m'a donné un vrai sens à ce moment-là. Il n'y avait plus que ça qui comptait dans ma vie. C'est-à-dire que je me rappelle être gamin et rentrer de l'école et de me dépêcher de prendre le premier bus pour pouvoir arriver le plus tôt possible, pour pouvoir avoir le plus de temps entre midi et deux pour faire de la guitare. C'est-à-dire qu'il n'y avait plus rien que ça qui comptait. Et de manger très rapidement pour me dire il faut que je mange vite. Même si je grappillais trois minutes, j'avais trois minutes de plus pour faire de la guitare. Ça me donnait une raison d'être. Donc cette exposition, c'est moi qui la voulais. Mes parents ont très vite senti mon appel pour la scène et ce côté très joueur. J'étais très à l'aise avec la musique, j'étais très à l'aise avec la scène. Et donc, ça a été presque naturel pour moi de me retrouver à 15 ans en train de tourner avec un DJ dans des boîtes de nuit très jeune parce que ça s'est fait comme ça. Et moi, je faisais mes premiers concerts et mon père m'aidait à les produire parce que j'étais gamin et je ne savais pas comment faire. Mais pour te dire à quel point il y avait cette écoute et cette volonté de me suivre dans ce que je voulais faire, c'est que mon père m'aidait à faire mes premiers concerts. On avait loué une espèce de scène roulotte. On avait pris contact avec un restaurant et je faisais des concerts tous les étés. Et donc, il y avait ce truc de mon fils veut vivre ce truc. Je vais le propulser, je vais l'aider à ma façon. Et pour ça, j'en suis vraiment hyper reconnaissant parce que... Moi, j'avais besoin de cette exposition. Je m'exprimais vraiment à travers ça. C'était mon moyen d'expression. Et par rapport au corps, à ce moment-là, j'avais pas un très bon lien avec mon corps. Je suis toujours très pudique, mais j'étais hyper pudique quand j'étais enfant. Je me trouvais très frêle. J'ai été souvent un peu... à maltraiter, mais des gens à l'école me disaient des trucs pas très cools sur ma façon d'être. J'ai quand même eu une sensibilité qui était peut-être très vite rattachée à la genre féminine très jeune. Donc, il y avait ce truc de... Je me faisais vachement boullide avec des termes type « gay » , des choses comme ça, tu vois. Alors, c'est la brutalité de l'enfance et de l'adolescence. Donc, voilà, ça me choque pas aujourd'hui. Mais ça a fait qu'à ce moment-là, j'étais pas en très bonne relation avec mon corps. Je me sentais pas très à l'aise. J'étais très au clair sur ma personnalité, sur ma sexualité. Ça ne m'impactait pas dans ce sens-là, mais ça m'impactait bizarrement sur mon corps. Et j'étais dans un entourage qui était très sportif et très peu créatif. C'est-à-dire que ce n'était pas ce qui était mis en valeur.
- Speaker #0
C'est encore le cas pour les garçons, la plupart des garçons. C'est ce qui est valorisé en tout cas.
- Speaker #1
Mais c'est beau parce que dans le sport, il y a aussi des très belles valeurs qui sont transmises. Mais du coup, pour moi, c'était un peu un choc d'être le seul garçon qui était créatif. J'avais vraiment peu de gens qui étaient comme ça. J'avais personne en fait. J'ai aucun copain d'enfance qui était comme ça, comme moi. C'était plus des sportifs et tout. Donc je vivais mal ce rapport au corps-là parce que je me sentais pas sportif. J'étais quand même plus dans l'expression de mon corps avec la musique, avec les vêtements. J'ai eu une période où j'étais à fond sur M, comme je te disais, et c'était l'époque où il avait sa guitare rose, il avait des habits roses. Donc moi, je me habillais en rose et ça me faisait rien. J'avais pas de truc genré par rapport aux roses, mais je me faisais bouler parce que je portais du rose, tu vois. Et tu peux voir le truc gros comme une montagne aujourd'hui. Tiens, ok, les enfants, c'est dur comme ça. Mais c'est vrai que voilà, du coup, ça m'a fait un rapport au corps qui était bizarre. Pas tant à ma personnalité, parce que ça, encore une fois, j'en avais pas grand-chose à faire. Et ça a mis du temps, justement, que je me réapproprie mon corps. Mais à cette époque-là, c'était compliqué. Et du coup, je pense que je m'étais créé un personnage. Sébastien H, à la base, c'est vraiment mon personnage de scène qui était là pour être un peu exubérant. Et tout oser, c'est-à-dire que je pouvais me rouler par terre avec ma guitare, être fou, jouer avec les dents et tout, ça ne me posait pas de problème. Et ça me permettait de beaucoup plus habiter mon corps de manière extériorisante que dans le quotidien où j'étais beaucoup plus timide et pudique.
- Speaker #0
Du coup, c'était une sorte de masque que tu te mettais ou pour toi, c'était ton personnage de scène et un lieu d'expression sans barrière ?
- Speaker #1
C'est marrant parce que la réponse, c'est oui aux deux questions. Et il y a une phrase de Nietzsche qui me parlait beaucoup. quand j'étais gamin qui s'appelle Tout ce qui est profond le masque. Et peut-être je me trompe mais sauf erreur c'est Nietzsche. Et donc moi j'avais ce truc du masque mais le masque poétisé c'est-à-dire que c'est un personnage qui me permet d'être aussi cet élément de moi-même. C'est un peu comme le Yin et le Yang et j'avais pas cette connaissance du Yin et le Yang mais je pense qu'il y avait de ça en fait. Il y avait ce côté réservé dans la vie de tous les jours et exubérant ou du moins pas exubérant mais très osé sur scène c'est-à-dire que c'est vrai que quand Quand je revois des images de moi à 15 ans, à 14 ans, en train de faire des soirées, je me dis « Putain, c'est dingue quand même pour un gosse qui était dans son délire quand même, mais qui n'était pas à la base très à l'aise dans son corps. »
- Speaker #0
Et comment ça se passait en termes de socialisation ? Parce que tu as mentionné le fait que tu étais plus à l'aise avec les personnes plus âgées, que la plupart des garçons de ton âge étaient plutôt dans le délire sportif, etc. Est-ce que tu avais quand même des amis proches au collège et au lycée, par exemple ? Ou est-ce que la socialisation était plus... plus compliqué ? Est-ce qu'il y avait du harcèlement ? T'as parlé d'insultes ou de moqueries. Mais est-ce que ça a été plus profond que ça ?
- Speaker #1
J'ai eu peu d'amis de mon âge. Ils étaient toujours 3-4 ans plus âgés que moi. Notamment, j'ai eu un ami qui, en fait, a suivi un peu mon courant de faire de la musique et ça nous a vachement rapprochés. Et avec lui, on pouvait être hyper créatifs. Et ça, ça m'a donné aussi beaucoup confiance en moi parce que du coup, j'avais un ami mec qui faisait de la batterie, on se retrouvait et puis on jouait, on enregistrait. On faisait des vidéos, on avait ce truc très créatif, lui et moi. Il avait 4 ans de plus que moi, donc 4 ans aujourd'hui, à nos âges, ça ne change rien. Mais à l'époque, un gamin de 13 ou de 17, c'est différent. Mais c'est pour dire que j'avais une sorte de maturité qui était un peu avancée quand même. D'ailleurs, je te disais Nietzsche, mais j'ai lu de la philosophie très tôt. Je crois que j'avais 13-14 ans quand j'ai commencé à lire Nietzsche, Baudelaire. Tu vois, il y avait un tas de choses qui n'étaient pas en lien avec mon âge, entre guillemets.
- Speaker #0
Tu avais des amis peut-être plus âgés à l'extérieur, mais comment ça se passait tes journées au collège, au lycée ?
- Speaker #1
J'étais complètement coupé, en fait. C'est-à-dire que j'avais un ou deux amis qui étaient dans des autres classes, mais jamais dans ma classe. Et je n'aimais pas du tout les gens de ma classe. Ce n'est pas tant que je ne les aimais pas, parce que j'ai toujours été hyper pacifiste. Mais on ne se comprenait pas. Et je pense qu'ils ne cherchaient pas à me comprendre. Au contraire, ils cherchaient plus à me moquer. C'est vrai que c'était un voyage assez solitaire pour moi à l'école. C'était très solitaire. J'étais très heureux quand le MP3 est arrivé. Je pouvais vivre mon truc avec mes musiques. Ouais, c'était un voyage solitaire. Très solitaire. J'ai pas été jusqu'au harcèlement, j'ai pas souvenir de ça. Et puis j'étais tellement détaché de ce qu'on me disait. Des fois j'en parle encore avec des amis aujourd'hui qui me disaient « Ouais c'était terrible pour moi à l'enfance et tout. » Et moi de me dire « Ouais j'ai vécu ce truc mais j'en avais rien à cirer. » Donc voilà, c'était un voyage solitaire, pas d'harcèlement. Mais ça venait, je pense, vraiment d'une force que m'avaient inculquée mes parents de ne pas m'attarder sur ces moqueries et de me dire, finalement, s'ils se moquent de moi, c'est peut-être parce qu'ils aimeraient être comme moi. C'était très égocentré de penser comme ça, mais c'est plus l'énergie de ce que ça dégage qui était important plutôt que, ah oui, en fait, ils ont envie d'être comme moi, je me la pète. C'était pas ça, c'était vraiment ce truc de, ah ouais, peut-être qu'en fait, ils ont envie de s'exprimer, ils osent pas parce qu'on est dans une catégorie de mecs qui font du sport, du foot, du BMX. Et j'ai pas de remise en question du sport, au contraire, comme je te le disais, je trouve. Je trouve que c'est très beau. Mais il y avait une vraie cassure entre sport et créativité. Et donc, c'est pour ça que je me suis très vite retrouvé à être ami avec beaucoup de filles. J'étais le copain des filles, moi. Et ce qui n'arrangeait pas la moquerie, d'ailleurs. J'étais le gars qui, à la récréation, il allait aller parler avec les profs parce que ça m'intéressait dix fois plus de parler avec les profs qu'avec les gars de mon âge. Donc voilà, j'ai vécu le truc comme ça.
- Speaker #0
Ouais, on entend le décalage. Ils n'étaient pas dans ton monde, ils ne comprenaient pas ce que tu traversais, visiblement. Et puis, en effet, peut-être qu'ils n'avaient pas cette liberté et qu'ils étaient beaucoup plus jugés chez eux.
- Speaker #1
Peut-être.
- Speaker #0
Du coup, c'était une part d'eux qu'ils enviaient, en fait, dans ta liberté au quotidien.
- Speaker #1
Ouais, certainement inconsciemment. Parce que je pense que ça n'avait pas l'air d'être très conscient. Et je pense que non plus leur façon de se moquer, ce n'était pas vilain. Au fond, ce n'était pas mesquin. Je pense que c'était l'ingratitude de ces âges-là. Et moi, pour le coup, encore une fois, je ne leur en voulais pas, en fait. C'est marrant parce que j'avais vraiment un détachement en me disant « Ah oui, mais ce n'est pas tant leur faute de me traiter comme ça. »
- Speaker #0
Ce qui montre encore une fois la maturité que tu avais pour ton âge, parce que la plupart des enfants auraient été complètement blessés par ça et n'auraient pas réussi à prendre la distance suffisante.
- Speaker #1
C'est vrai. Mais je pense que ça, c'est vraiment l'accompagnement de mes parents et cette façon d'avoir aucune gêne avec moi, par rapport à qui je voulais être.
- Speaker #0
Et est-ce que le fait d'avoir ensuite collaboré avec des artistes, parce que tu disais que tu étais fan de M, mais tu as clairement collaboré avec lui ou avec Z-Star, est-ce que ça a renforcé ? une espèce de sentiment de légitimité ? Est-ce qu'il t'a fallu du temps ? Parce que c'est quelque chose de déposer ses flyers au collège et de faire des concerts dans des restos l'été, mais passer sur scène avec M, c'est quand même un autre level. Est-ce que tu t'es tout de suite senti légitime ou est-ce qu'il a fallu un certain temps ?
- Speaker #1
Je pense que je me suis senti plus légitime à l'époque que parfois je peux me sentir légitime aujourd'hui. C'est-à-dire que j'avais une candeur par rapport à ça qui était très pure comme ça. De réaliser ses rêves, c'est peut-être la plus belle des légitimités qu'on peut se donner. J'ai eu la chance de réaliser mon rêve d'enfant, mais vraiment à la lettre. C'est-à-dire que si j'avais écrit mon rêve sur un papier, ça aurait été la période où j'ai joué avec elle, tu vois. Donc ça m'a donné une légitimité que j'avais déjà. En fait, c'était plus une consécration qu'une légitimité. La légitimité, je pense qu'encore une fois, elle était là de manière candide et qu'elle est arrivée beaucoup plus tard, ce questionnement de légitimité. J'ai fait des études de musique à Londres, je suis parti en tournée. Et elle est arrivée plutôt autour de mes 30 ans, cette question de légitimité. Donc c'est beaucoup plus tard que c'est remonté. Et je pense qu'à cette époque-là, j'étais plus dans l'exaltation de ce que je vivais.
- Speaker #0
Le rythme, les tournées, le regard des autres, la fatigue, l'adrénaline. Est-ce qu'à cette époque-là, tu t'écoutais et tu arrivais à connaître tes limites ?
- Speaker #1
En fait, j'étais toujours un enfant ou un jeune homme hyper sage dans ma façon d'être. C'est-à-dire que je pense que ce cadre que j'ai eu m'a rendu très sage. Je n'étais pas attiré par... des choses qu'on pourrait être attiré quand on est musicien jeune en tournée, que ce soit l'alcool, les drogues, etc. Parce que la réalité, c'est qu'on m'y a exposé tout le temps. Le côté sex, drug and rock'n'roll, c'est very real. Et je n'ai jamais été attiré par ça. Je buvais du thé vert. Je partais en tournée sur mon rider. Donc mon rider, c'est ce que tu demandes d'avoir en backstage, c'est les besoins que tu as. Je demandais du thé vert. Donc voilà, j'étais déjà un peu... J'ai toujours été à part. Et donc j'étais avec des bandes en tournée. Forcément, il se passe des choses, des drogues, des machins. Certes, j'ai eu une époque où j'ai profité de l'alcool, mais c'était très vite un truc qui m'a complètement déplu. Et je te donne cet exemple parce que ça m'a vraiment permis de connaître mes limites. C'est-à-dire qu'il y a une époque où j'étais en tournée en Australie, où je me rendais compte que, par rapport à cet exemple de l'alcool, je n'appréciais pas du tout l'alcool. Je ne prenais l'alcool que par volonté d'être sociable, en fait, et de ne pas dire non aux gens. C'est-à-dire que quand tu finis un concert, les gens te disent « Attends, mais j'ai envie de te payer un truc, on peut parler. » Il y a ce côté très social de l'alcool. Et donc, c'était un peu impossible de dire non. Et donc, je disais forcément oui, machin. Et je me retrouvais à boire des trucs. En plus, je n'aimais pas le vin, je n'aimais pas la bière. Donc, je me retrouvais toujours à boire des trucs plutôt forts. Et en fait, de me rendre compte que...
- Speaker #0
jour après jour, j'étais quand même souvent pas complètement senti dessous, bien au contraire, mais que j'étais toujours à un stade de sentiments d'alcool qui me plaisaient pas du tout. J'étais pas alcoolique parce que j'en avais pas besoin, c'était pas moi qui allais vers l'alcool, c'était plutôt le contraire. Mais de me dire, tiens, c'est marrant, déjà j'aime pas, je me force pour les autres, et en plus quand je bois, j'avais vraiment en tout cas à cette époque-là un alcool qui me rendait très misérable, très très triste. Et je pense que j'avais des petites choses qui traînaient en moi de dépression, mais du coup ça me rendait très triste Et j'avais une espèce de nausée sartrienne qui remontait tout le temps quand je buvais de l'alcool. C'est-à-dire que je détestais absolument tout de moi et tout du monde.
- Speaker #1
Donc, tu es resté au thé vert.
- Speaker #0
Oui, voilà. Et du coup, non, mais ça m'a permis de connaître ma vraie limite. Et c'est là que j'ai décidé de complètement arrêter l'alcool. Et ça fait maintenant dix ans que je n'ai pas bu une goutte d'alcool, en fait. Et ça m'a vraiment permis de me connaître. Et j'ai toujours été quelqu'un qui, au moment où je comprends mes limites, elles sont hyper carrées. C'est-à-dire qu'elles deviennent strictes quelque part. Elles deviennent très... bouddhiste ou j'en sais rien, comment on peut l'expliquer ? Ça devient du « Ah ouais, en fait, je me force, j'aime pas, et en plus ça me rend misérable, je vais arrêter pour toujours. C'est fini. » Et donc, ça m'a permis justement de connaître mes limites par rapport à ça. Ça, c'est un exemple qui m'a beaucoup aidé.
- Speaker #1
C'est peut-être là où on retrouve le cadre que certains disaient un peu strict de ton enfance, c'est-à-dire, une fois que t'as compris quel est ton intérêt ou quels sont les bienfaits ou les méfaits de quelque chose, en fait, c'est cette espèce d'hygiène de vie ou de rigueur que tu t'imposes à toi-même. et qui fait qu'en fait, t'es aligné avec tes valeurs et avec ce qui t'appelle ou non.
- Speaker #0
Tout à fait. Je crois que le mot rigueur, c'est vraiment ça. C'est une vraie rigueur parce que souvent, le mot discipline est un peu connoté négativement alors que discipline, c'est être disciple de soi, finalement. Et c'est beau quand on pense à ça. Mais il y a une rigueur et c'est pas simple, la rigueur. Certes, il y a des jours où tu te dis, ah ouais, peut-être que boire un petit truc avec mes copains, ça me ferait du bien. Et en fait, pas du tout. J'arrive à prendre du recul et à me dire, le Sébastien du futur, va pas trop apprécier. Donc, autant pas lui imposer ça. Ça, c'est ma rigueur, ouais.
- Speaker #1
Et tu dégages, du coup, un calme, un alignement, en fait. Peut-être parce que tu connais si bien tes limites. Et en préparant cette interview, j'ai lu que tu « gérais » , parce que j'aime pas trop ce mot de « gérer » , mais tu gérais bien le stress déjà à 20 ans, notamment sur scène. Du coup, ça m'interroge sur la manière avec laquelle tu as appris à apprivoiser et à composer avec tes émotions en global.
- Speaker #0
Les émotions... Je pense que je les ai vraiment apprivoisés grâce à mes parents. C'est-à-dire qu'ils m'ont toujours laissé pleurer, ils m'ont toujours laissé rire. Encore une fois, ça revient au truc de... Il n'y avait pas de honte à avoir un enfant qui a un faux rire ou à avoir un enfant qui pleure. Je pleurais beaucoup, j'étais vraiment très à l'écoute de mes émotions. Et c'était très bien accueilli. C'est marrant parce que la réponse est presque nulle. C'est que ce n'était même pas un apprentissage, c'était tellement acquis dans ma famille. J'ai aucun souvenir de mon père qui me dit « Bon, vas-y, ils sont un homme, quoi, tu vois. » Zéro souvenir de ça. C'est-à-dire que ça n'existait même pas dans le spectre. Pourtant, je disais que j'avais un cadre et tout, mais dans ce cadre, les émotions étaient vraiment bienvenues.
- Speaker #1
Même celles jugées négatives, comme, je ne sais pas, peut-être que ta sensibilité te poussait à faire, peut-être quand tu étais jeune enfant, des colères énormes, des débordements, des tempêtes émotionnelles qui semblaient parfois difficiles à accompagner pour tes parents. Est-ce que tu te souviens de choses comme ça ?
- Speaker #0
Je pense que mes parents, ils auraient aimé que je m'énerve parfois. C'est-à-dire que j'ai vraiment un pacifisme qui est en moi et qui fait que je ne suis pas quelqu'un de belliqueux ou qui s'énerve. Je n'ai pas souvenir de faire des grosses crises, un ou deux trucs de gamin. Mais je n'ai pas vraiment le souvenir ni vraiment, on ne m'a pas vraiment conté ces histoires-là par rapport à moi. J'étais plutôt un enfant bien rangé, très sage, très à l'écoute. Donc ces émotions négatives, c'est marrant parce que c'est aussi beaucoup plus récent que j'ai dû apprendre à privoiser la colère extérieure et la mienne aussi. Donc ça, c'est plutôt un sujet actuel qu'un sujet de l'enfance. Est-ce que c'est parce qu'à cette époque-là, je ne le ressentais pas du tout, mais ce n'était pas quelque chose avec laquelle je ou on naviguait dans ma famille. Donc oui, tout était accueilli. C'est dingue.
- Speaker #1
Oui, tu as vraiment énormément de chance parce que les parents de cette génération-là, je pense, qui accueillaient les émotions comme ça, c'était extrêmement rare.
- Speaker #0
Oui, je pense. Et je ne sais pas si ça venait peut-être que c'était une famille recomposée et que du coup, ils avaient déjà fait l'expérience d'être. parents avec des autres enfants avant, avec des autres histoires, avec des autres complexités, et que moi je suis arrivé, comme moi je suis sur la soupe, avec mon côté, j'arrive le petit dernier, est-ce que c'est ça qui fait qu'ils étaient plus aptes à accueillir ça, je ne sais pas, surtout à cette époque-là, parce qu'on parle des années 90, 2000, c'est une question que je me pose beaucoup, et en même temps, c'était tellement normal pour moi de pleurer, et je pense que encore une fois, J'ai eu de la chance, non pas que à travers mes parents, mais à travers la musique. C'est-à-dire que la musique, c'était ma catharsis ultime. au quotidien. C'est-à-dire que j'avais besoin d'exprimer la rage ou le côté punk, j'écoutais du téléphone, je voulais écouter un truc beaucoup plus joyeux, funky, j'écoutais du M, je jouais du M. Voilà, j'ai eu ce truc d'être très proche de la musique et que la musique soit vraiment ma voix, mes VOIX pendant très longtemps. Et encore aujourd'hui, je dis souvent que je m'exprime mieux avec une guitare à la main qu'avec ma voix. Donc il y a ce côté un peu invincible. que me donnait la musique et qui m'a permis du coup d'exprimer toutes les émotions dont j'avais besoin à cette époque-là à travers la musique. Et je pense que c'était de nouveau un peu une double éducation qui soit de mes parents qui me laissaient vraiment être et moi qui étais très en résonance avec mes émotions grâce à la musique. Je composais mes premières chansons, j'avais 10 ans. J'ai commencé la guitare, j'ai eu ce truc du blues. Un mois après, je commençais à écrire des chansons. Donc il y a eu ce truc quand même de « Ah, je dépose mes émotions même si mes premières chansons, quand j'y pense, c'était très drôle, c'était pas tant lié à l'émotion. » C'était plus lié à des histoires. Mais il y a quand même ce truc de... Ah ouais, je découvre l'amour ou le sentiment d'amour. Je découvre la tristesse et tout. Et je pouvais le vivre et même le survivre, le surjouer grâce à ma musique. Ça par contre, tu vois, je me rappelle de ma mère. Elle ne me le disait pas, mais tu sentais qu'il y avait un peu ce truc des voix. Il en fait 4 tonnes. Elle ne me faisait pas sentir comme négatif. Mais je pense qu'elle se disait, c'est bon, ton côté piano...
- Speaker #1
Excessif. Voilà,
- Speaker #0
excessive de ton piano triste, à chanter des chansons tristes, à lire du Baudelaire. Putain, je ne veux pas de lire un truc un peu plus sympa à Max et Lily, ou j'en sais rien, je voulais lire du Baudelaire. Il y avait ce truc de découvrir l'émotion à travers la littérature, la poésie, la musique, l'art, qui ont fait que ça a été ma deuxième éducation par rapport à ces émotions.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui t'a poussé à t'éloigner de la scène pour te tourner ensuite vers une musique plus intérieure et plus vibratoire ?
- Speaker #0
Ça a été une combinaison de choses. Il y a eu déjà plusieurs tournées qui n'ont été pas faciles. Je pense que pendant longtemps, j'avais une répression chronique que je n'acceptais pas vraiment, que j'acceptais un peu parce que ça me donnait un genre, un peu ce mec déprimé qui écrit des chansons. Très Baudelairien pour le coup, très émo. Et du coup, c'est quand même une ou deux tournées qui ont été très violentes où j'ai failli arrêter la musique complètement. Je pense que j'ai vécu un burn-out, même si ce n'est pas vraiment un mot que j'ai envie d'utiliser, mais je pense que j'en étais pas loin. J'étais vraiment cramé par les tournées, comme beaucoup de musiciens d'ailleurs. Mais il y a eu après des tournées plus saines. Et en fait, ce qui m'a mis un gros frein, c'est un peu comme tout le monde, c'est le Covid. C'est-à-dire que j'étais un peu dans un momentum de tournée. J'étais beaucoup en Australie à cette époque-là parce que notre band marchait très bien en Australie. Et en fait, ça a vraiment coupé le train en deux. Et moi, je me suis retrouvé à être beaucoup moins dans mes voyages. Mais ça a coïncidé avec un moment où j'avais très envie de mettre beaucoup... plus d'énergie dans le studio parce qu'en fait c'est ce que je faisais depuis que j'étais gamin, c'est-à-dire que j'écrivais mes chansons, j'avais mon petit ordinateur, je composais, j'avais un recorder quand j'étais gamin. Donc ça a toujours été mon truc d'être un peu laborantin de la musique. En étant en tournée, t'as pas trop de bandes passantes et t'as pas trop le temps et donc Covid a coïncidé avec ce moment de « ah ouais, j'ai envie de mettre beaucoup plus d'énergie avec mon travail de studio » . À cette époque-là, je montais aussi un studio avec mon meilleur ami en Suisse et donc il y a eu ce truc naturel de revenir plutôt à la musique de studio. Ensuite j'ai monté mon propre studio chez moi, donc j'avais deux studios à ce moment-là. Et c'est marrant parce que quand j'étais en tournée, je faisais de la musique rock-blues, donc c'était de la musique très feu, très young. Que ce soit au balance, au soundcheck, que ce soit en répète ou que ce soit dans mes moments off, je faisais beaucoup de musique très in, c'est-à-dire que je faisais des grosses ambiances avec mes guitares, etc. Et c'était quelque part le début pour moi de mes pratiques de méditation, je ne le savais pas encore. Mais il y avait ce côté d'être pris par un son et de pouvoir être... baigné dans ce son pendant 10-15 minutes et de vivre des trucs. Et tout le monde me disait « Ah ouais, non mais ce que tu fais, c'est incroyable, il faudrait que tu l'enregistres. » Et donc arrive le Covid, je me dis « Attends, ça fait 3 ans que tout le monde me dit « Tiens, il faudrait que tu enregistres ça. » Et donc j'en suis arrivé là comme ça. Et ça a pris tout de suite une grosse ampleur. Et tout ça a coïncidé aussi, c'est pour ça que je parle d'amalgame, de coïncidence. Ça a coïncidé avec ma découverte du yoga. C'est marrant parce que quand j'étais gamin, c'est peut-être le seul truc sur lequel mes parents ne m'ont pas suivi d'ailleurs. Je me rappelle avoir un prof au collège qui disait qu'il faisait trois heures de méditation par jour et qu'il faisait du yoga. J'avais des copains, des copines plutôt, c'était des nanas qui faisaient du yoga. Et j'avais dit à mes parents, mais moi, j'aimerais bien faire du yoga. Je savais ni d'Ève ni d'Adam ce que c'était. Je n'avais aucune idée. J'avais juste entendu le mot. Je me disais, c'est pas mal. Et mes parents m'ont dit, non, mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu es musicien. Donc, c'est le seul truc sur lequel ils ne m'ont pas suivi à cette époque-là. Est-ce que c'était parce que... Je sais pas, est-ce que j'ai pas été convaincant ? Est-ce que peut-être ils ont senti que j'étais pas prêt ? Mais ils avaient planté une graine. Et donc, Covid est arrivé et ça a été l'occasion pour moi de me plonger dans le yoga. Et tout ça a coïncidé avec justement ce moment où la musique devenait beaucoup plus introspective pour moi. a été justement cette évolution de la musique très extériorisante, très entertainment, très rock-blues, très feu, à une musique beaucoup plus intérieure,
- Speaker #1
beaucoup plus thérapeutique,
- Speaker #0
explorationnelle. Moi je dis souvent que c'est une musique d'exploration intérieure. J'aime beaucoup cette façon de le voir. Et du coup ça a été le cheminement, ça a été comme ça. Ça a été vraiment les premières graines, ça s'est passé comme ça.
- Speaker #1
Et est-ce qu'il y a un morceau, une création que tu peux considérer comme un tournant ou un point de bascule ? À cette époque-là, dans ton chemin personnel, vers du son plus, comment tu as dit, pas expérimental, mais...
- Speaker #0
Explorationnel.
- Speaker #1
Explorationnel.
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est un terme qui existe d'ailleurs.
- Speaker #1
Si, pourquoi pas.
- Speaker #0
Un morceau à moi ou un morceau de quelqu'un, une inspiration ?
- Speaker #1
Peu importe, en fait. Est-ce qu'il y a quelque chose qui a été comme ça frappant pour toi à ce moment-là ?
- Speaker #0
Il y avait un artiste que j'aimais beaucoup qui faisait de la musique folk à la base. Et qui s'est mis à faire de la musique beaucoup plus ambiante, avec beaucoup plus d'effets, de réverbération, d'écho, etc. Et donc ça, ça a été un tournant qui m'a gentiment amené dans cette direction. Mais il n'y a pas eu vraiment un moment, un peu un « aha » , un moment comme ça. Si ce n'est qu'il y a eu le Covid et j'ai commencé à écrire mes chansons un peu plus introspectives. La première qui est sortie, et c'est marrant, on en parle encore toujours, c'est « Away » , qui a été un tournant pour moi. Parce que je me suis dit « tiens, c'est marrant » . commencer à faire de la musique un peu plus néoclassique ambiante, alors que je venais du rock et du blues. Et il y a eu une réponse tellement bienveillante et tellement inattendue par rapport à cette track que ça a été un tournant, ça c'est clair. Et c'est beaucoup plus tard qu'il y a eu encore un autre album, ça c'était en 2022 je crois qu'il y a eu un album qui est pour moi un masterpiece ultime de la musique d'exploration, qui est un album de John Hopkins, un anglais, et qui a fait un album qui s'appelle Music for Psychedelic Therapy. Et cet album, ça a été de nouveau le même sentiment que j'ai eu à mes 10 ans quand le gars m'a joué un truc de blues, c'est-à-dire que le monde s'est ouvert en deux. Et là, le monde s'est rouvert une deuxième fois en deux, quoi, quand j'ai découvert cet album. Donc il y a eu ces petits moments-là qui sont des marques, des milestones comme ça, de dire « Ah ouais, en fait, je suis dans cette direction-là » . De nouveau, ça coïncidait, cette musique, pour te donner du contexte, avec un moment où je faisais un master sur la musique, et de tomber sur un mentor dans mon master qui n'était pas du tout... musicien strict dans le sens très conservatoire comme ça au contraire c'était à la base un physicien qui avait fait des doctorats en physique en physique quantique en musique etc et qui a été hyper à l'écouté justement de qui j'étais en train de devenir à ce moment là il a vu en moi ce truc à oued tu médites tu fais du yoga tu t'intéresses à la musique à l'exploration de conscience tu fais du studio depuis que tu es gamin il m'a guidé c'était vraiment un guide un mentor à aller dans cette direction sans avoir peur de qui j'étais en train de devenir parce qu'il y a vraiment, dans la musique, on se crée des personnages, on se crée souvent des identités par rapport à qui on est sur scène, qui on joue, ce qu'on représente auprès des gens, notre façon de jouer, quel style. Et moi, j'ai eu beaucoup ce truc de changer de peau, changer de couleur, changer de vibe, quelque part. Et ce mentor m'a vraiment aidé à l'accueillir.
- Speaker #1
Est-ce que c'est dans ce contexte que, finalement, t'as commencé à travailler sur Oversea ?
- Speaker #0
Bah oui, c'était ça, justement. Ah ouais, d'accord. Oversea, c'était vraiment... La première chanson Away était ma première chanson officielle de Oversea, où j'étais en train de me détacher de la musique qui était driveée uniquement par la guitare, parce qu'il faut savoir que c'était vraiment mon instrument de cœur et ça l'est toujours, mais c'était tout ce qui driveait ma vie. Et c'était la façon pour moi de dire, attends, je vais mettre la guitare de côté, je vais peut-être beaucoup plus explorer les claviers, le piano, parce que le piano avait été aussi très important dans mon enfance. Et du coup, Oversea, c'était ce nouveau moi, parce que j'en ai eu beaucoup des mois. Là, c'était vraiment mon nouveau moi qui avait une forte vibration. Et c'est fou parce que mon frère, depuis toujours, mon frère Guillaume dont je te parlais, avec qui on est très connectés et très inspirés l'un par l'autre, me disait toujours « Sébastien, toi, t'es incroyable pour faire de la musique instrumentale. » Il me disait toujours ça. « Tu devrais faire de la musique expérimentale, instrumentale, électroacoustique. » Il avait cette terminologie déjà quand j'avais 15 ans. Alors que moi, à l'époque, je voulais écrire mes chansons. J'étais dans une mouvance plus à la M, en fait. Et lui voyait ce truc en moi. Et c'est ce que j'ai voulu exprimer avec Oversea. C'était un peu cet hommage à mon frère qui me disait « Ah ouais, en fait, t'avais raison. » Et c'est comme si j'ai ouvert la boîte de Pandore avec Oversea et que ce nouveau moi était un trésor que j'avais même pas encore imaginé.
- Speaker #1
Ok. Et c'est un projet qui est intime et sensoriel. Qu'est-ce que t'avais envie de transmettre à travers ça ?
- Speaker #0
J'avais envie de créer des moments, des espaces de lâcher prise. Mais pas au sens gros fun, lâcher prise en danse. parce que c'est très beau, mais je l'avais vachement exploré. C'était plus un lâche-prise intérieur, donc plus dans l'idée de fermer les yeux et de se dire, tiens, qu'est-ce que cette chanson me procure comme émotion ? Donc c'est très dans le sens, très dans l'émotion, très sensible comme ça. Oversea, pour moi, a toujours eu cette qualité. Et aujourd'hui... De plus en plus, Oversea, pour moi, c'est l'exploration de conscience. Pour moi, c'est quand je me mets dans mon caractère d'Oversea, quand je me mets dans cette Ausha, j'ai l'impression de rentrer dans une navette spatiale et de dire, on part tous ensemble et je vous emmène avec moi. Il y a cette idée de, on part ensemble, on va explorer notre conscience, on va chacun vivre nos petits trucs, mais je suis avec vous et je vous emporte, tu vois. Donc, il y a ce truc de l'exploration de conscience qui est aussi très présent. C'est un bridge, c'est un pont entre la conscience... Le lâcher prise, l'émotion, la sensibilité. Ça, c'est vraiment ce qui me drive beaucoup.
- Speaker #1
Par quel processus tu crées ? Je ne sais pas si tu appelles ça un morceau parce que c'est... Comment ça s'appelle d'ailleurs ? Désolée, je ne suis pas du tout connaisseuse.
- Speaker #0
Je ne sais pas. Je ne sais pas. Parfois, je trouve que c'est des chansons. Parfois, je trouve que c'est des soundscapes. Je ne sais pas comment dire, mais il y a cette idée de voyage sonore. Donc, c'est un morceau. On peut l'appeler un morceau. Je n'ai pas trop d'attache avec la terminologie.
- Speaker #1
Et donc, comment ça vient à toi ? Est-ce que tu as un processus ? Assez cadré justement ou est-ce que c'est vraiment complètement intuitif ?
- Speaker #0
C'est en train d'évoluer et là je me rends compte parce que en te parlant j'analyse un peu ce que je vis en ce moment. Avant c'était très driveé par la composition, c'est-à-dire que je me posais à mon piano et j'avais quelque chose qui venait. Et donc c'était très driveé par ça. Et aujourd'hui c'est plus driveé soit par vraiment une exploration d'un son. Je suis hyper inspiré de ça depuis toujours par les différents sons, les différentes textures et donc... Un nouveau clavier, une nouvelle guitare, un truc, ça peut m'inspirer une nouvelle direction. Mais je suis aussi dans une phase de ma vie où j'ai fait pas mal d'explorations un peu psychonautes, quoi. Comme ça, que ce soit avec le yoga, avec la méditation, avec le breastwork, avec certaines plantes médicinales. Ce que j'essaye de retranscrire, ça vient de ces expériences-là. Et donc, ça serait plus de l'ordre du scientifique qui dit, voilà, ce que je rapporte de mon voyage. Plus de cette marque-là, de dire, ah tiens, voilà, c'est mon rapport de mon expérience personnelle. Et je vous la retransmets en son. D'ailleurs, j'ai ce truc de dire, je sonifie les expériences. Donc la sonification d'une expérience, c'est vraiment reprendre l'énergie d'une expérience, d'un arbre, d'une conversation, d'un lieu, d'une couleur, et d'en faire de la musique. Et je pense qu'on a cette capacité en tant qu'humain d'être filtre et de recevoir justement ces informations qui sont des datas, de la couleur, du toucher d'un arbre, de la senteur, de les filtrer à travers notre être et d'en faire quelque chose de créatif. chacun a sa façon de le poétiser, moi ça passe à travers la musique. Donc voilà, j'ai ces explorations et j'ai envie de les retranscrire et de pouvoir donner ces espaces-là aux gens. Et encore récemment, il se passe des fois des choses un peu métaphysiques, je vais dire. C'est-à-dire que j'ai comme une réception d'une mélodie et ça prend une telle place en moi, une telle place dans mon cerveau que si je ne me mets pas à l'enregistrer et à faire ce que j'entends dans mon cerveau en musique, je n'avance pas. Donc il y a ce côté presque... parfois intrusif de l'inspiration peut-être je sais pas comment on peut l'appeler d'urgence, je me rappelle être encore récemment sur mon canapé un dimanche et d'avoir ce truc qui tourne dans ma tête, me dire attends et de dire à ma partenaire attends je suis désolé je vais check out, il faut que j'aille dans le studio et j'ai quelque chose qui manque là donc voilà il y a ces différentes approches qui aujourd'hui sont beaucoup plus libres qu'à l'époque où j'étais très piano ou guitare, où je composais comme ça maintenant je compose vraiment à travers le son et l'expérience c'est ta manière de te décharger de ta charge mentale
- Speaker #1
Ça te crée une charge mentale quand c'est présent et c'est que tu as quelque chose à offrir à ce moment-là et à travailler pour que ça sorte.
- Speaker #0
Oui, c'est un peu l'image, t'imagines une vieille radio qui s'allume dans la cuisine et t'essaies d'avoir une conversation avec une amie. Mais en fait, la radio, elle est tellement forte que tu as de la peine à l'écouter. Ça fait un peu cet effet-là, c'est-à-dire que ce n'est pas tant une charge, c'est juste tu dis, il faut que je choisisse si j'écoute l'un ou l'autre. Mais il y a un moment donné où la radio, elle est tellement insistante que tu dis, attends, il faut juste que j'écoute la radio cinq minutes, que je me préoccupe de ça. Et ensuite, revenir à la conversation. Donc, c'est un peu ça.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça t'apporte de proposer des voyages sonores aux personnes que tu accompagnes ? Est-ce que c'est une manière de guérir une part de toi ? Ou est-ce que c'est une espèce de contribution au monde ? Qu'est-ce que tu mets derrière ça ?
- Speaker #0
Je suis très humble par rapport à tout ça. Je trouve toujours difficile de dire que c'est une contribution ou alors je soigne les gens. Ma sensation, c'est que je sais aujourd'hui, avec le recul, ce que je suis capable de faire musicalement, avec tout le ego check. que ça demande de parler de ses capacités, c'est encore un truc un peu tabou, et de se dire, en fait, je suis capable de ça, on s'est parfois mal vu, mais aujourd'hui, j'arrive à me dire, tiens, je suis capable de faire ça, j'ai cette capacité musicale, avec les instruments, avec le son, et donc je me dis, autant être au service de ça et du bien-être, et surtout d'être au service de cette société qui est dans le fast, en fait, tout le temps, et d'être quelqu'un qui a toujours été dans... La contemplation finalement, qu'elle soit musicale, qu'elle soit poétique, de pouvoir apporter ça aux gens, c'est un cadeau en fait. C'est un cadeau pour moi de me dire, ah ouais, je le fais pour moi, pour pouvoir donner ça aux gens, c'est un don de moi à la Terre. Donc ouais, peut-être on peut appeler ça contribution. C'est peut-être plus difficile.
- Speaker #1
Complètement ce que j'appelle contribution. Oui,
- Speaker #0
mais c'est plus difficile de se l'entendre dire soi-même, tu vois. C'est plutôt une dévotion que je me donne et ça m'apporte... C'est fou parce que, tu vois, je te parlais de légitimité tout à l'heure et que c'est encore une question beaucoup plus récente. Et en ce moment, je vis ce sujet à fond la caisse, quoi. C'est-à-dire que je me suis retrouvé sur des grandes scènes, notamment récemment à Paris, et de me sentir tellement aligné avec ce qui était en train de se passer musicalement et dans ma vie comme jamais. De me dire, là, je suis légitime. Je suis légitime d'être là et d'accueillir ça. C'était très fort. Donc, quelque part, ça me soigne moi-même par rapport à ces questions-là. Mais j'ai moins cette sensation de catharsis qu'avant. Quand j'étais gamin, c'était vraiment de la catharsis, la musique, l'écriture. C'est plus ce côté explorateur. Je vous rapporte ça et je vous propose ça pour pouvoir vivre quelque chose de votre côté. Et j'espère pouvoir vous apporter du bien-être ou quelque chose de fort. Donc, on peut appeler ça don, dévotion. Il y a quelque chose de l'ordre de ça.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux détailler un petit peu, du coup, cette expérience auprès de Geoffrey Seco ? C'est ça dont tu parlais, j'imagine, quand tu disais que tu sentais à ta place.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. En fait, pour te donner ce contexte par rapport à la légitimité, il y a quand même les réseaux et le business de la musique qui est parfois un peu violent sur l'âge des gens. C'est-à-dire que je suis encore très jeune, soyons clairs, mais on met vachement en valeur la réussite des jeunes gens. dans la vingtaine, parfois même avant. Et moi, j'ai vachement vécu ça quand j'étais gamin, c'est-à-dire que je réussissais très bien, j'étais vachement apprécié, j'étais pas adulé, mais il y avait un côté un peu, parfois, qui me dépassait du fait que je jouais de la guitare, la façon dont je jouais de la guitare, ma façon d'être hyper expressif et tout, et d'avoir eu un moment, un creux dans ma vie, dans ma fin de vingtaine, de me sentir un petit peu plus intéressant, un peu dépassé, je commençais à être plus vieux. J'avais l'impression d'être moins intriguant, moins intéressant, et donc j'ai eu un vrai truc de légitimité, de me dire « Ah ouais, je suis peut-être un musicien raté » . Ça, c'était très fort, et c'était encore le sujet de ces trois dernières années, d'être raté, parce qu'on oublie que le monde de la musique et de l'art, de manière générale, ou de l'artisanat même, j'ai envie de dire, c'est un milieu qui est peu soutenu, parfois peu compris, et qui est extrêmement dur, et du coup, de devoir se dire à un moment donné « Ouais, peut-être qu'il va me falloir un autre travail » . Ça, ça a été hyper violent. C'est-à-dire que j'avais l'impression d'être un artiste raté parce qu'il fallait que je source financièrement ma réussite ailleurs. Ou du moins pas ma réussite, mais au moins une base de vie. Et ça, ça a été une étape hyper violente de me dire peut-être que je ne suis pas aussi réussi que ce que je pensais. Il va falloir que je me trouve un autre travail. et d'ailleurs tout le monde a ce truc de dire ah t'es musicien mais c'est quoi ton vrai travail c'est quoi ton vrai travail c'est quoi ton plan B, c'est quoi ton truc Oui, OK, tu es musicien, quoi. C'est dans les mœurs, en fait. Et c'est hyper violent de vivre toute sa vie avec cette question. Mais tu fais quoi, en fait, pour de vrai ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu fais de sérieux, en fait ? Oui,
- Speaker #0
c'est ça, c'est ça. Et en même temps, on a tellement besoin de l'art. Il y a une telle attulation pour les artistes et tout. Et en même temps, quand tu dis à quelqu'un, je suis musicien, j'ai un studio, on te regarde un peu genre, ouais, mais tu gagnes comment ta vie ? Tu travailles dans un bar ? Tu es barista ? Ou je n'en sais rien, tu vois, tu vends des baguettes ? J'en sais rien. Et tous ces travails là dont je parle, je les valorise de ouf. Il n'y a pas de sous-médecine du tout. Pour moi, tout est hyper important. Mais c'était hyper violent d'avoir toujours ce truc-là. Et donc, d'arriver à un moment donné où il faut sourcer l'argent ailleurs, ça a été violent. Mais ça m'a permis de me reconstruire sur ma façon d'être un homme complètement différent. Et d'être d'ailleurs plus en lien avec ma spiritualité, même si ce n'est pas vraiment le mot qui m'intéresse le plus dans son énergie, mais dans ma conscience, dans mon corps. Il y a eu un rapport au yoga, il y a eu un rapport à plein de choses qui ont été justement nourries par un besoin de faire de l'argent ailleurs que dans la musique et qui finalement m'ont ramené sur un chemin beaucoup plus musical. Donc c'est assez fou qu'en pensant d'être un artiste raté, on se retrouve à être encore plus aligné. Et ça nous amène justement au chapitre de ma vie actuelle où je bosse avec Geoffrey Seco qui est un saxophoniste incroyable mais qui est aussi un hypnothérapeute qui a été un peu le pionnier de combiner les deux mondes en fait. de combiner la musique très écrite, la musique composée, avec... l'hypnose ericksonienne, l'hypnose de thérapie. Et donc ça fait longtemps qu'il a ce projet, mais on a eu un coup de foudre amical l'année passée, grâce à ma partenaire Marine, qui en fait me dit, mon ami Geoffrey vient en ville à Ericeira, parce que j'habite donc au Portugal à Ericeira, il veut nous rendre visite, puis voilà, il veut te rencontrer. Et donc on se revoit, et Marine ça faisait, je sais pas, peut-être 15 ans qu'elle avait pas vu Geoffrey, et on a un coup de foudre amical là, autour d'un pancake au chocolat. et au bout de 5 minutes ma reine elle est en mode ah bon ok j'existe les mecs en fait et il y a eu un truc très fort et une vraie connivence, une vraie connexion une vraie confiance qui s'est instaurée très vite entre nous et qui nous a amené aujourd'hui à faire des beaux projets donc je suis en train de produire son nouvel album C'est très beau parce qu'en fait, Geoffrey m'a ramené à la Seine, à un moment donné de ma vie où j'en avais très besoin, parce qu'en fait, c'est un des endroits où je me sens le mieux. C'est là où je me sens le plus habité, le plus moi-même, c'est sur Seine, le plus à l'aise. Et en même temps, voilà, j'avais complètement été déconnecté de la Seine à partir du Covid, avec tout ce qui s'est passé aussi avec les différents bains dans lesquels j'étais, différentes choses qui se sont passées dans ma vie, qui m'ont fait quitter la Suisse, qui ont fait qu'en fait... J'avais un château de cartes et je l'ai fait brûler parce que c'était beaucoup plus intéressant pour moi de tout faire péter que de continuer ma vie comme je l'avais pensé. Des nouvelles relations qui ont fait que ça m'a amené à ça aujourd'hui et à être beaucoup plus aligné avec la façon dont je suis sur scène et d'être justement dans cette connivence entre la musique qui m'a toujours habité et cette exploration de conscience qui est vachement plus importante dans ma vie qu'elle l'a été avant. Et donc d'être aligné avec cette rencontre entre la musique et l'âme, j'ai envie de dire, entre la conscience et la musique, et de vivre justement ces expériences avec Geoffrey, de concerts sous hypnose, notamment la tournée de Geoffrey, mais aussi une tournée qu'on coproduit avec des autres hypnothérapeutes, dont Kevin Finnell qui est très connu, et Vincent Horner aussi, un Suisse qui est très très bon. Donc voilà, il y a ces connivences-là de musique et de conscience qui racontent aussi mon alignement avec moi-même aujourd'hui. Elles sont témoins de ça en fait. Témoin de cet alignement et de ce terme qu'on disait tout à l'heure d'être à sa place, de se sentir à sa place, c'est valide.
- Speaker #1
J'aimerais qu'on parle un petit peu de ta sensibilité, de ta masculinité, de ton écologie intérieure aussi. À quel moment tu as compris que cette sensibilité que tu décris, qui transparaît dans chaque réponse que tu me donnes depuis le début de l'interview, que c'était une force ?
- Speaker #0
Je crois que je l'ai compris quand j'étais adolescent et que j'écrivais des chansons. Parce que ça me faisait tellement de... bien ce que j'écrivais, ce que je jouais, ça résonnait avec des gens, pas beaucoup de mecs, mais ça résonnait avec des gens quand même, et c'est marrant, putain, j'ai eu un souvenir qui m'est venu, là, dont je vais te partager, qui est aussi très beau, qui me rappelle justement cette valorisation de la sensibilité, et notamment du fait de pleurer, j'ai un souvenir très fort qui vient, et que je pense qui vient pas pour rien, j'ai un souvenir, donc, d'enfance, être dans une maison de vacances dans le sud de la France, en Provence, et d'avoir une des rares fois où il y avait presque toute ma famille qui était là, et de danser sur une chanson de Jean-Jacques Goldman. qui était la très belle chanson qui s'appelle Ensemble. Et en fait, de me mettre à pleurer tellement il y avait de la joie d'être rassemblés et d'être là. Et mes parents me dirent, mais pourquoi tu pleures ? Et de leur dire, mais je pleure de joie en fait. Et d'avoir un énorme chagrin, mais de joie. Donc, j'ai tout de suite compris en fait que c'était hyper important d'être transparent dans son émotion. Notamment ce genre d'émotion-là. Donc, ce genre de petit milestone, ce souvenir-là, la musique. Je pense que c'est là que j'ai compris.
- Speaker #1
Merci pour ce partage, ça devait être un super beau moment.
- Speaker #0
Ouais, il m'est venu là très fortement, c'est vide et je me rappelle tellement fort, c'est ouf.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui, selon toi, permet à un homme aujourd'hui de rester connecté à ses émotions dans une société qu'il pousse tout le temps à s'en couper ?
- Speaker #0
Je pense qu'il faut une société et il faut un entourage de plus en plus sécurisant. La sensibilité, ce n'est pas sécurisant. surtout quand on n'a pas l'habitude, parce que pour moi aujourd'hui, la sensibilité ou être sensible ou pleurer, c'est ma propre sécurité. Mais pour beaucoup, ce n'est pas le cas, parce qu'on nous a tellement coupé, on nous a tellement dit, il faut être un homme, be a man, man up, don't cry, blablabla, et c'est tellement présent dans notre société, il faut être un bonhomme, et c'est tellement fort que ça déteint même sur certaines femmes. Pour moi, ça passe à travers des espaces sécurisants, un espace où on peut dire à un autre homme, tu peux... pleurer parce que je sais ce que tu vis, je comprends ce que tu vis. Il y a le besoin d'être vu, il y a le besoin d'être reconnu, il y a le besoin d'être sécurisé qui sont pour moi essentiels dans la libération de la sensibilité chez l'homme. Et ça prend forme, mais c'est lent. Et il y a un autre truc qui est très beau et il y a un truc, quel terme quoi, c'est fou d'utiliser ce terme là. Il y a quelque chose de très fort aussi, c'est la beauté de l'émotion. de la femme, en fait, vous avez cette chance d'être porteuse, peut-être chance et peut-être parfois malchance, parce que c'est pas une société facile, mais d'être porteuse de cette conscience de la sensibilité, et de l'émotion, et du flux, quoi, de la merde. Il y a ce truc de la création, en fait, qui est très fort, et qui est très inspirant pour moi chez la femme, mais qui peut être un peu overwhelming, je sais pas comment le traduire en français.
- Speaker #1
Il peut déborder un peu.
- Speaker #0
Il peut être un peu débordant chez les hommes pour se dire « Ah tiens, je ne sais pas comment trop m'y prendre. » Et ça peut être un peu… Je ne sais pas par où dérouler la bobine. Donc, de créer des espaces où, en fait, les hommes puissent… comme recevoir la graine en eux de la sensibilité, Tout en n'ayant pas de pression de recevoir cette graine. Parce que ça peut prendre beaucoup de temps. Et moi, ça m'a pris beaucoup de temps aussi d'avoir différentes parts de ma sensibilité qui s'expriment. Différentes étapes de ma personnalité aujourd'hui qui sont si importantes pour moi, mais qui ont mis du temps. Et c'est toujours passé à travers la femme. Est-ce que c'est parce que quand j'étais gamin, j'étais très proche des filles et que j'ai toujours été à l'écoute des femmes ? Je ne sais pas. Mais il y a ce besoin d'avoir une forme... J'ai envie de dire, ça me vient en anglais, c'est look up. C'est de respect, de grand respect justement pour ce que vous avez à nous apporter en tant que femmes chez les hommes. Tout en créant vraiment des espaces hyper ouverts parce que c'est intimidant et je le vois beaucoup dans les retraites, je le vois beaucoup avec certaines personnes que j'accompagne, des amis ou des gens que je croise dans ma vie. C'est hyper intimidant de se dire peut-être pour la première fois je vais pouvoir pleurer. Et non pas devant une femme ou seul, mais devant un autre homme, c'est pas facile parce qu'on nous a complètement inculqué le contraire, mais ça on le sait tous. Donc ça passe vraiment par ces trois étapes dont je parlais, qui est d'être vu, d'être reconnu et d'être invité à être vulnérable. Et la seule façon de l'être, c'est d'inspirer l'autre à le faire. Et c'est pour ça que tout ce que j'essaie de transmettre, ça passe à travers l'inspiration et ça passe jamais à travers le... la motivation des troupes. Il n'y a pas trop ça chez moi. Je pense que ça peut braquer beaucoup de gens, notamment sur ce genre de sujet. C'est plus fort de pleurer devant quelqu'un pour lui dire que c'est OK de pleurer que de lui dire « vas-y, pleure, parce que tu peux » . C'est comme ça que je le ressens. Et donc, ça passe vraiment par ça, cette inspiration-là, de pouvoir être aujourd'hui pas porteur d'un mouvement, mais en tout cas...
- Speaker #1
Ouvrir la voie, quelque part, par l'exemple.
- Speaker #0
Exactement, par l'exemple. Et c'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur et que je fais de manière très humble et de manière très naturelle. C'est pas quelque chose que je force, mais c'est quelque chose qui est là et que je suis très honoré de pouvoir incarner. Et cela dit, j'apprends encore tous les jours à le faire. Je pense pas être un homme surconscient et suprême, le surhomme de Nietzsche. Je pense pas qu'il existe et je pense pas l'être non plus. Donc je suis très humble dans ma façon de pouvoir continuer à apprendre de l'autre. notamment de la femme, mais aussi des hommes qui sont sensibles, qui ont différentes sensibilités de la mienne, par exemple par rapport à la colère, qui est un sentiment qui est très difficile encore pour moi, ça va mieux, mais qui était très difficile à une époque d'accueillir ou de comprendre. Je continue mon chemin d'apprentissage et je le fais de manière très humble et très inspirant et très inspirationnel.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, il y a une ouverture plus grande à ce genre de vulnérabilité et de masculinité ? Ou au contraire, est-ce que tu as l'impression que les modèles virilistes reprennent du terrain et qu'on était presque sur le point d'avancer et que finalement, on recule ?
- Speaker #0
C'est un peu les deux. J'ai vraiment cette sensation-là. Je crois qu'on avance et à la fois, il y a un espèce de consensus sociétal qui nous fait vachement reculer. C'est-à-dire qu'à la fois, il y a de plus en plus d'hommes ouverts, plus d'hommes vulnérables. Et à la fois, je pense qu'il y a un regain. Et là, je vais vraiment utiliser le terme en conscience de la spiritualité qui peut être parfois un peu débordant, parfois un peu intrusif, qui fait que ce genre de progrès qu'on fait, de la vulnérabilité des hommes, de l'ouverture des hommes, peut être complètement déconstruit très rapidement par une catégorie de personnes qui vont surjouer leur spiritualité et qui vont créer quelque part un dégoût de la spiritualité et de la personne. consciente avec des guillemets et pour moi ça c'est un vrai sujet qui me tient à coeur parce que je le vis constamment je trouve que l'exploration de soi de la spiritualité de son être intérieur peu importe les termes qu'on met dessus c'est hyper important c'est hyper beau on n'a pas tous les mêmes chemins on n'a pas tous les mêmes façons de raisonner et que parfois de l'extérioriser énormément ça peut créer une forme de révolution de la part des autres, en mode, attends, mais qu'est-ce que tu nous casses les pieds avec ton machin, ton yoga, ton régime végétalien, sa méditation trois fois par jour ? Et donc là, je te dis ça en conscience, parce que c'est exactement mon profil. Et c'est pour ça qu'encore une fois, j'étais dans ce que je te disais avant, c'est par l'inspiration que je pense qu'on peut faire avancer les choses, et qu'aujourd'hui, quand on force, on a une telle puissance sur les réseaux, une telle façon de pouvoir clasher les gens, que si on force On a beaucoup plus de risques, quelque part, de faire du mal à ce mouvement qu'on veut de l'avant, qui est le mouvement de retour à notre être, à notre âme, à notre sensibilité, à cette eau, à cet océan de paix qu'on a en nous et qu'on peut vite se tirer une balle dans le pied. Donc pour moi, il y a cette notion-là, il y a ce besoin de mettre de la conscience à la fois sur le besoin et à la fois une forme de pudeur. Parce que je pense que c'est des choses qu'on peut très vite rendre impudiques, tout comme la sexualité, et qui peuvent vraiment faire reculer les choses. Je pense. Je pense à ma façon de voir les choses. Et c'est pourquoi, comme je te disais, ça passe par l'inspiration pour moi plus qu'autre chose.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux parler de ce sujet que tu avais mentionné en début d'interview qui est ton rapport au corps en lien avec ta sensualité et ta sexualité ?
- Speaker #0
Ah, bien sûr.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui a bougé en toi de ce côté-là et qu'est-ce que tu voulais partager sur ce sujet ?
- Speaker #0
Je pense que la relation au corps, vraiment, elle débute pour moi avec le yoga. Donc pendant le Covid où je me suis vraiment connecté à la pratique du yoga, c'est la première fois que j'ai vraiment accepté mon corps. Vraiment là, je l'ai accepté et j'ai compris qu'on n'avait pas besoin de lifter 130 kilos pour être un homme. Et ça m'a vraiment permis de me connecter avec mon corps, avec mes pratiques. Et quelque part, de remettre cette sensualité qui était là en moi, je trouve qu'un corps de soi à soi, un corps solo qui bouge, qui fait du yoga, c'est très sensuel, c'est très beau, parce que ça passe par les sens, il y a du mouvement, il y a des courbes, il y a de la recherche, c'est très poétique. Et donc pour moi, ça a été vraiment ça, en fait, c'est ça que je veux dire par là, et on peut pousser cette sensualité à la sexualité, parce que je trouve que d'être à la fois sensuel et quelque part sexuel avec soi-même, c'est... Une belle preuve d'acceptation de soi. Et encore une fois, ça peut être très vite sali, ça peut être très vite dépeint et très impudique, mais à la fois, c'est très beau que de s'aimer soi, de s'accepter soi et de pouvoir avoir ses propres explorations de son corps, de sa sensualité. Je ne parle pas vraiment de l'exploration purement sexuelle, mais de l'énergie sexuelle qui existe en nous, que ce soit à travers différentes pratiques, sans en abuser encore une fois, mais que le yoga m'a vraiment permis de connecter, même la méditation. même des pratiques de breastwork où on connecte vraiment avec cette source de vie qu'on peut appeler Kundalini il y a plusieurs façons de la nommer mais cette sexualité là qui est en nous qui est notre force de vie et qui découle de tout, peut-être c'est même le Tao, j'en sais rien cette force de vie elle est sexuelle la sexualité c'est la vie, c'est ça la créativité, donc c'est ça pour moi ce retour au corps c'est de s'accepter à travers cette chose que je ressens en moi quand je peux faire des méditations ou des breastworks ou des choses comme ça, et après bien sûr il y a l'exploration Donc, de la sexualité à travers le corps, à travers les choses personnelles, à travers les choses interpersonnelles, la sexualité à proprement dit avec un partenaire ou une partenaire, et ça c'est magnifique. Mais pour moi vraiment ce yoga, c'est l'union, c'est ça. Et donc c'est passé à travers ça.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
On a démarré un petit peu avec tes modèles masculins, et aujourd'hui le modèle masculin ça peut être toi, je ne sais pas si tu as des neveux, des enfants dans ton entourage. En tout cas, cette masculinité douce, comme je l'avais décrite, je trouve qu'elle est très inspirante pour les garçons en construction aujourd'hui. Et donc, si tu pouvais passer un message à un jeune garçon qui se sent peut-être différent, émotif, sensible ou en décalage, qu'est-ce que tu lui dirais ? Tu sais, je t'avais mentionné que moi, j'ai mon grand qui entre au collège et c'est un garçon sensible qui, par bien des aspects, me fait penser à toi, qui est végétarien, qui a sa vraie personnalité, qui sait ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas. Et pour autant, je sens que c'est un âge où... on est très influençable, où la pression sociale de se faire des amis de son âge et d'être intégrée dans le groupe est très forte et peut pousser certains enfants à vouloir changer qui ils sont, juste pour socialiser. Toi, tu avais une grande maturité, tu as réservé un petit peu de tout ça, mais qu'est-ce que tu passerais comme message à un garçon qui veut se construire en restant lui-même ? Enfin, c'est moi qui veux qu'il reste lui-même, mais tu vois l'idée.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr, bien sûr. C'est une grande responsabilité là que tu me demandes. J'aurais envie de dire que la seule personne à écouter, c'est soi. Et ce que j'ai toujours fait. Par rapport à ces choix-là, encore une fois, je ne remets pas en question l'éducation, les valeurs et le cadre, mais la seule personne à s'écouter dans les émotions, dans les choix personnels de vie, de créativité, de chemin, c'est soi, parce qu'on a les réponses en nous, et quand le bruit de l'extérieur est un peu trop fort, de prendre un moment pour être avec soi. Il y a plein de façons de le faire. Moi, ça passe à travers la musique, à travers la méditation, des choses comme ça. Mais ça peut être en lisant, ça peut être en allant surfer, ça peut être en se mettant sous un arbre, en faisant une sieste, j'en sais rien. Tu vois, ça peut passer par plein de choses. Mais c'est de couper le bruit pour s'écouter soi. Et ça, c'est hyper précieux. Je pense que c'est ça que j'aurais envie de dire.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu donnes comme conseil à des parents qui voudraient élever des enfants féministes et respectuer des autres, tout simplement, et qui se respectent eux-mêmes ?
- Speaker #0
La responsabilité est dedans.
- Speaker #1
Ah ouais, non, mais je t'ai pas fait venir.
- Speaker #0
mais j'espère que tu me la posais celle-là parce que du coup j'avais presque envie de plus de rebondir sur ça en fait il y a un passage du livre qui s'appelle Le Prophète et qui parle des enfants avec un symbole avec l'arc et je pense que tous parents devraient le lire Parce que je pense que c'est le plus beau message qu'on puisse donner à son enfant et qu'on puisse être justement l'archer de son enfant et qu'il puisse être sa propre flèche. Mais j'aurais envie de dire de l'écouter en fait et de créer des espaces, comme je le disais avant, des espaces d'écoute, d'être vu pleinement et d'être assez détaché de soi-même pour écouter vraiment l'enfant. Parce que c'est compliqué parfois d'écouter quelqu'un quand on est pris par ses propres émotions, pris par ses propres choses, c'est un vrai travail. Mais apprendre à écouter l'autre, ça passe par plein de choses. Écouter, ça passe par écouter les silences dans une conversation, ça passe par écouter les passions d'un enfant, ça passe par écouter les mots, mais ça passe par... Il y a tellement d'une nuance dans un enfant et dans un humain que je pense que c'est ça, d'être à l'écoute de son enfant et de créer ces espaces hyper ouverts, hyper sécurisants pour laisser justement l'enfant être son propre être.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un dernier sujet que tu aurais souhaité aborder ?
- Speaker #0
Je crois qu'on a fait un beau tour d'horizone. Pour moi, c'est la singularité. Je crois que c'est le mot. La singularité et l'écoute. C'est les deux choses que je retire de mon expérience à moi. C'était ça. D'accepter sa propre singularité, d'accepter la singularité de son enfant et de s'écouter soi, mais d'écouter aussi son enfant. Enfin, s'écouter soi en tant qu'enfant et c'est tout. Voilà, tu auras compris l'idée.
- Speaker #1
J'ai compris.
- Speaker #0
Mais c'est ça. C'est les deux mots avec lesquels je pourrais finir.
- Speaker #1
Ok. Merci infiniment, Sébastien pour tes mots, pour ta confiance.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
Et pour ta présence entière dans notre échange. J'espère que cet échange aura résonné en vous autant qu'en moi, parce qu'on a besoin d'entendre des hommes parler comme tu parles, avec cette justesse, cette clarté et cette sensibilité aussi. Si vous avez envie de découvrir plus en profondeur l'univers et le travail de Sébastien,
- Speaker #0
je vous invite à aller écouter le tout nouvel album de Sébastien,
- Speaker #1
sorti sous son nom d'artiste Oversea, il y a quelques jours le 15 mai, et qui s'appelle Beyond. C'est un album rituel moderne conçu pour les expériences transcendantales. Il est disponible sur toutes les plateformes et je mettrai évidemment tous les liens en description de ce podcast. D'ailleurs, il y a une plateforme qui est plus favorable pour toi, tu m'avais dit une fois, en termes de rémunération que les grosses plateformes. Et si tu veux glisser le mot, c'est...
- Speaker #0
Ah oui, non mais alors c'est terrible, mais bon, ça c'est un autre podcast. Mais oui, effectivement, les plateformes type Spotify et Deezer, c'est pas très top pour les musiciens. La meilleure plateforme au monde, c'est Tidal. T-I-D-A-L, Tidal. Mais bon, je sais que ça demande du sien. Donc la meilleure chose, c'est de venir voir des concerts et de soutenir les artistes comme ça.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Vous pouvez retrouver Sébastien sur son compte Instagram @sebastienhoversea, tout attaché, donc S-E-B-A-S-T-I-E-N-H-O-V-E-R-S-E-A. C'est juste. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci Céline.
- Speaker #1
Un immense merci pour votre écoute. J'espère que vous y aurez trouvé des pistes de compréhension de votre corps et peut-être de ceux des personnes qui vous entourent. Vous entendez probablement ça à chaque écoute de podcast, mais il est vraiment essentiel pour moi de vous le rappeler. Si cet épisode vous a plu, s'il vous plaît, abonnez-vous et mettez-lui 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute. Laissez un commentaire et partagez cet épisode, c'est le seul moyen pour moi de faire connaître ce podcast que je crée bénévolement, pour nous, avec le cœur. Vous pouvez également suivre l'actualité d'un corps à écouter sur sa page Instagram, où vous découvrirez mes invités en avant-première. A très vite !