Speaker #0Hello tout le monde et bienvenue dans cet épisode où on va parler d'un deuil très particulier. C'est un deuil qui peut interpeller déjà parce que quand on pense au deuil, on pense assez vite au deuil réel, c'est-à-dire le deuil périnatal, notamment quand on parle de maternité. Donc là je ne parle pas de ce type de deuil où on perd réellement quelqu'un, mais plutôt un deuil invisible, un deuil symbolique et aujourd'hui on va parler du deuil de la dernière grossesse, le deuil du dernier enfant. C'est-à-dire que vous êtes enceinte, vous venez d'avoir un bébé, en tout cas vous avez entamé un nouveau chemin de maternité, du désir d'enfant jusqu'à la petite enfance et vous savez que c'est la dernière fois, que c'est fort fort fort probable que ce soit la fois Ça peut me mettre, peut-être que si vous m'écoutez, vous êtes dans la situation où vous pensez à un autre enfant mais vous savez pas trop si vous allez vous lancer ou pas. Et peut-être aussi des situations où vous auriez aimé avoir un. un autre enfant et vous allez pas, vous pouvez pas avoir cet enfant, tomber enceinte pour plein de raisons. Donc je parle pas tellement de ce deuil là mais plutôt quand on vit la maternité mais qu'on sait que ce moment là ce sera la dernière fois. Je dis que ça inclut pas forcément le deuil de ah j'aurais pu jamais d'enfant alors que j'en voulais parce que si... vous avez déjà vécu une maternité, peut-être que vous ne saviez pas que c'était la dernière fois à ce moment-là. Donc c'est encore une autre réalité qui peut-être est encore plus difficile. En tout cas, je ne pense pas qu'on puisse hiérarchiser la difficulté des deuils, mais déjà de pouvoir dire que c'est un deuil qu'il n'est pas facile déjà de reconnaître comme tel, Parce que c'est une... perte qui n'est pas nommable, qui n'est pas personifiée c'est difficile d'avoir une validation sociale de l'entourage et donc on peut facilement s'interdire de se dire qu'on est dans une phase de deuil, même d'exprimer une émotion en lien avec ça. Donc la dernière grossesse vraiment c'est oui c'est une forme de deuil pour beaucoup beaucoup de femmes parce que je le vois bien et parce que je suis en train moi-même de vivre cette étape, donc je trouvais intéressant d'en parler à chaud, tant que moi je suis aussi dans ces ressentis-là. Et voilà, déjà la première chose que je voulais dire, c'est qu'il n'y a personne qui est mort, et en plus qui est le... Comment dire ? Encore plus invisible, c'est que si c'est le dernier enfant, c'est qu'on a déjà un ou des enfants. Et donc, si on en parle, on a de fortes chances qu'on nous dise « C'est bon, t'as de la chance, t'en as déjà un, deux, trois ou plus. » Donc ça peut créer un vrai décalage entre ce qu'on ressent et le miroir de ce qu'on nous renvoie. Et soi-même, ce qu'on peut penser de soi, on peut complètement minimiser en se disant « De quoi je me plains ? » Et ce que je trouve vraiment très particulier, c'est quand on sait qu'on va vivre tout ça pour la dernière fois, on vit des premières et des dernières fois en même temps. Par exemple, la découverte de la grossesse, les premiers mouvements in utero. les échographies on sait que ça va être la dernière fois qu'on vit une échographie T1 la dernière fois qu'on vit une échographie T3 dernière prépa à la naissance dernière période de ma vie où je vais avoir ce ventre rond dans le miroir dernière fois que je me prépare à mettre au monde un bébé Et puis après quand l'enfant est là, dernière tétée, dernier, bon voilà il y a tellement plein d'étapes qu'on traverse quand on devient parent, donc quand c'est pas notre dernier enfant ou qu'on ne sait pas si c'est le dernier, bon c'est déjà des premières et des dernières fois. Et ça va très très vite quand on a conscience du fait que ces dernières fois, à la fois ça peut être super, parce qu'on va investir et conscientiser ces dernières fois différemment, mais ça peut être aussi un fardeau. En fait le risque qu'on a c'est d'en faire une injonction, à savourer, à profiter absolument de chaque instant, de ne rien rater et moi je vois bien que je peux vraiment plus facilement culpabiliser que pour mes grossesses précédentes si je n'ai pas coché les cases entre guillemets que ce soit dans la préparation, dans... comment je mobilise mon corps, le fait d'être en lien avec ce bébé si je ne suis pas dispo, enfin voilà, je me mets beaucoup plus de pression. Donc je trouvais vraiment intéressant de vous partager ce ressenti que j'ai déjà accompagné plein de fois au cabinet, chez des femmes qui viennent me voir justement dans cette démarche de c'est la dernière fois, j'ai besoin de soutien dans tout ça, et là le fait de le vivre... ça me fait vivre ça à l'intérieur Ce qui est assez étonnant, c'est que pour autant, ce dernier enfant, je ne pensais jamais avoir un quatrième enfant. Mon contexte de vie a fait que ça s'est présenté. Mais quand j'ai eu ma dernière fille, mais qui est pour l'instant mon dernier enfant, ce quatrième enfant n'est pas encore né. Donc quand j'ai eu ma troisième fille, je pensais que c'était la dernière fois. Pour autant, je n'ai pas de souvenir d'en avoir souffert émotionnellement comme aujourd'hui. Donc c'est très particulier. Je pense qu'il y a plein de nuances de dernière fois. mais je pense que le titre va peut-être parler aux femmes qui le vivent comme moi aujourd'hui. Alors, il n'y a pas de mieux ou de moins bien de toute façon. Ce que je trouve aussi difficile et particulier, c'est que quand on vit notre dernière grossesse, notre dernière maternité, c'est qu'on a la plupart du temps déjà des enfants. Donc on a moins de disponibilité à consacrer à cette grossesse, on a moins le temps. On est moins... dans la possibilité de pouvoir tout savourer. Donc, c'est là où c'est tendu, parce qu'on sait qu'on devrait profiter. Et en même temps, dans le fait de savourer et profiter, ça vient nous confronter à des émotions, des émotions qui nous font penser à des choses, des émotions vraiment particulières. Moi, je me surprends parfois à pleurer en me disant « Ah, c'est la dernière fois que, de toute ma vie, il y a une forme de nostalgie anticipée, une forme de tristesse, une peur, une peur. » de ne pas savourer assez, de manquer, de vivre un manque après quand tout ça se sera passé, de regarder dans le miroir et de dire non mais en fait t'as pas assez profité, t'as pas fait de ton mieux, c'est des émotions qui sont assez confrontantes quand on... n'ose faire des pauses. Donc parfois, j'ai pu me surprendre à être vraiment tête dans le guidon dans cette grossesse, tout en culpabilisant de ne pas assez savourer, parce que quand je savoure, à la fois c'est trop beau, et à la fois je sens déjà cette nostalgie. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, mais peut-être que ça vous fera écho, si vous en êtes là ou vous êtes passé par là. Je pense qu'il y a un vrai lien avec les hormones également. Quand on devient maman, On vit un état hormonal sans commune mesure, sans précédent, avec des taux notamment d'ocytocine qui explosent le plafond. C'est une grosse chimie à l'intérieur du corps et aussi une mécanique qui est très particulière dans les sensations, dans l'image qu'on a de soi, dans la découverte de la nouvelle personne qu'on va mettre au monde ou qu'on met au monde. mais aussi de soi c'est toujours une... révolution identitaire et ça peut être hyper difficile par moments, hyper challengeant, mais ça peut être aussi hyper... comment dire ? C'est un moment de vie où on fait pause avec le quotidien, on se remet au centre de soi parce que justement ça vient tellement nous mobiliser et ça vient nous shooter d'amour tout ça que c'est un peu comme une drogue et ça me fait penser du coup à des femmes que je... j'ai accompagné, que j'accompagne même si là je suis en pause, mais qui peuvent avoir besoin d'être accompagnées aussi pour savoir si elles vont faire un dernier enfant en plus de celui ou ceux qu'elles ont déjà, parce qu'elles savent aussi qu'elles sont un peu piquées. Alors il y a des psychologues américaines qui ont nommé Merci. Ce phénomène, la baby fever, c'est vraiment un désir corporel charnel de procréer, de sentir un nourrisson contre soi. Et est-ce que vraiment ça vaut le coup de s'aider à ça ? Est-ce que j'ai un réel désir d'avoir un autre enfant, de le voir grandir ? Ou est-ce que je suis piqué à cette drogue-là et que je pourrais recommencer tous les jours ? les ans sans problème, mais en fait c'est pas la construction familiale que je veux. Donc c'est hyper intéressant aussi de constater que, bah parfois ce deuil il peut être extrêmement difficile parce qu'on est addict à ces sensations-là. Et en même temps, on sait qu'on ne peut pas céder à ces shoots d'hormones. Et moi, le fait vraiment de le vivre aujourd'hui, être dans ce shoot hormonal, là au moment où je vous parle, je suis à 8 mois et 1 jour de grossesse. Donc je suis en plein dedans. Et ouais, c'est très ambivalent. Vraiment, ça tiraille des deux côtés à la fois. C'est très beau et en même temps, il y a déjà cette nostalgie. Voilà, donc... Ça parle un peu de moi, je pense que ça parle de mes accompagnés, de vous, peut-être que ça vous fait écho, peut-être des petits détails de ce que je viens de détailler. Alors maintenant, qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? Déjà c'est nommer, nommer cette notion de deuil sans avoir peur de le dire, et de voir où est-ce qu'on peut parler de ce deuil-là, peut-être pas auprès de tout le monde. On ne peut pas comprendre cette notion de deuil, mais bien sûr, en tant qu'accompagnante, je la comprends très bien, je la vis, et même en thérapie parfois, ça peut mobiliser des choses assez profondes. Je pense qu'il y a autre chose aussi, c'est dans la psychologie de notre cyclicité de vie, on vit toutes des étapes, et le fait que ce soit notre dernier enfant, il y a aussi un pas de plus vers la mort, même si on donne la vie. C'est la fin de notre période de fécondité active à proprement parler. On devient ensuite la mère d'enfants qui grandissent et puis plus la mère d'enfants qu'on crée, qu'on materne. Donc ça change aussi l'image qu'on peut avoir de soi, ça nous rapproche aussi des générations d'après. Et culturellement, on n'est pas accompagnés dans ces transitions-là, là où d'autres cultures célèbrent beaucoup les passages d'une étape à l'autre. Nous, on n'a vraiment pas ça et c'est aussi notre rôle d'accompagnante. de pouvoir permettre de mettre du rituel, de la tradition quelque part. Et quand je dis tradition, c'est à la fois s'inspirer des traditions anciennes, mais aussi remettre des habitudes pour célébrer des moments. un peu invisible en fait. Moi ça me fait beaucoup penser au rituel qu'on propose au cabinet avec Mabinium Flora, le rituel mère nouvelle qu'on a rebaptisé qui s'inspire, enfin qui s'inspire, qui vient du Rebozo mais pas tellement, c'est à dire qu'on peut utiliser le tissu Rebozo mais en s'inspirant plutôt des traditions européennes qui existent et c'est vraiment notre rituel à nous qui nous inspire, qui vient de notre patte et c'est là où on accompagne en fait les femmes dans des transitions de vie, dans des clôtures. Donc on accompagne les femmes dans leur postpartum et quand elles sentent que c'est le moment de clôturer cette phase postpartum, et ça peut être au bout de quelques semaines mais aussi au bout de quelques mois ou même quelques années, je pense aux mères allaitantes qui arrêtent d'allaiter à deux ans, trois ans, elles peuvent venir réaliser ce rituel pour elles. Mais quand on sait qu'on vit la dernière maternité, je trouve que ça fait complètement sens. Et si vous êtes concerné, c'est de vous interroger comment vous pouvez mettre à profit le fait que que c'est la dernière fois pour peut-être vous traiter un peu différemment qu'est-ce que vous pouvez vivre que vous n'avez pas vécu pour vos premières grossesses parce que vous étiez plus jeune, vous aviez moins d'expérience ou que vous ne vous sentiez pas légitime aussi de vous célébrer dans tout ça qu'est-ce que vous pouvez vous apporter qui vient clôturer D'une très belle façon, cette maternité, sans que ça tombe dans l'obsession et l'injonction de profiter, de cocher toutes les cases, il faut absolument que je fasse un rituel, rébozo, mère nouvelle, peu importe, que je fasse une blessing way, que je voie l'ostéo, tout. tous les mois, que je me fasse des massages tout le temps, en tant qu'accompagnante, je dis pas que c'est des mauvaises choses, évidemment, mais de bien discerner ce qui fait que ça vous apporte, ou ce qui appartient à une nouvelle injonction, et de se lâcher un peu la grappe aussi, vous avez pas besoin de d'être parfaite et de... Pour moi, il y a vraiment une différence entre faire des choses et être. Et tout ce qui va nourrir l'être qui est à l'intérieur de vous à ce moment-là ne vous fera que du bien. Faire des pauses et de pouvoir accueillir et parfois juste l'accompagnement fait énormément de bien parce qu'on accueille On accueille en fait ce qui se vit, on a un espace pour pouvoir dire bah voilà aujourd'hui pour moi c'est comme ça et c'est en dialoguant ensemble qu'on comprend en fait comment ça s'articule à l'intérieur de vous. Mais déjà à travers ce podcast, vous pouvez poser certaines questions. Si vous êtes concerné par cette situation, c'est de vous demander qu'est-ce que vous quittez vraiment avec cette dernière grossesse ? Au-delà du processus de la grossesse, de la naissance, du maternage proximal, etc. Qu'est-ce que vous quittez pour vous ? vous ? C'est la fin de quoi ? Deuxième question, avec qui je peux parler de ces émotions sans qu'on me juge ou qu'on minimise ce que je ressens ? Parce que c'est déjà dur pour soi de ne pas minimiser. Et comment j'aimerais marquer la fin de ce chapitre de vie ? Qu'est-ce qui serait, qu'est-ce qui donnerait du sens réellement ? Pas forcément tout cocher, mais des actes symboliques, des moments que vous souhaitez vivre, parce que c'est la dernière fois. C'est la fin de cet épisode, si vous êtes concernés, ou les cœurs, force à nous. Et peut-être que vous m'entendrez, moi j'aurais déjà passé cette phase, mais en tout cas là, maintenant, au moment où je vous l'énonce, je suis en plein dedans. Merci pour votre confiance, j'espère que ça vous aura. Permis de vous reconnaître, de vous sentir relié aussi à des ressentis qu'on ne dit pas forcément. C'est vraiment le but de mon accompagnement, de mon podcast, de tout ce que je propose en fait. C'est mon fil conducteur. Donc voilà, peut-être que ça vous fait écho. Si vous avez vraiment d'autres ressentis, ils sont absolument légitimes. Et n'hésitez pas à me laisser un commentaire sur Spotify, sur votre appli. M'envoyer un mail, peu importe, qu'on partage à ce sujet. Je serais curieuse de savoir vous comment vous traversez les choses. Je vous souhaite une bonne journée et je vous dis à tout bientôt.