Speaker #0Vous connaissez forcément Uber pour le transport ou Airbnb pour le logement. Et bien deux de mes anciens étudiants, David et Yannick, ont imaginé quelque chose de similaire, mais dans le secteur de la laverie. Ils ont mis en place un système qui met en relation d'un côté des clients, qui veulent laver leur linge, et de l'autre des laveries qui ont le matériel, avec des livreurs pour faire les allers-retours. Alors au début les livreurs c'était eux, le démarrage se fait avec les moyens du bord, mais bon, on s'en fout, l'objectif c'est de tester le service pour voir si ça peut marcher. Et ça marche, il y a des clients. Des particuliers comme des loueurs Airbnb. Et petit à petit, il y a aussi des professionnels comme des gérants d'hôtels. Et un jour, Circle, la conciergerie du groupe Sodexo, leur dit « Allez, top là, on teste et on voit si ça marche » . Et le duo se retrouve à travailler avec plusieurs grandes entreprises qui proposent un service de pressing à leurs salariés. Résultat, un chiffre d'affaires qui grimpe en flèche. Et à ce moment-là, Yannick et David ont terminé leurs études et ils choisissent de se lancer à 100% dans leur boîte. mais la concurrence commence à pointer le bout de son nez. Et il y en a une qui va donner du fil à retordre à mes anciens étudiants. Elle s'appelle Zipjet. La boîte est française, mais elle est détenue à 100% par une holding basée au Luxembourg, qui elle-même appartient à un fonds d'investissement allemand. Ce fonds d'investissement allemand, suivez bien, fait peur dans le monde des affaires car il s'appelle Rocket Internet. Et c'est le même qui a mis sur orbite une centaine de startups en Europe, comme Zalando, Foodora ou encore HelloFresh, que vous connaissez peut-être. Et dans le secteur du pressing à domicile, leur poulain s'appelle Zipjet. Zipjet compte parmi ses actionnaires The Family, un incubateur parisien célèbre dont vous avez peut-être entendu parler puisque le célèbre Oussama Ammar fut l'un de ses dirigeants, avant qu'il soit poursuivi pour fraude fiscale par ses anciens collègues de travail. Parmi les autres investisseurs de Zipjet, on compte aussi Frédéric Mazzella, l'actuel patron de Blablacar. Bref, il y a beaucoup d'argent autour de la table, beaucoup plus que ce qu'ont Yannick et David dans les poches. Mais ils ont un atout dans leur jeu. Car ils sont soutenus par C'est Preuve, une société basée à Sesson-Sévigné, une petite commune à côté de Rennes, qui détient la marque LP La Providence. Vous ne connaissez sûrement pas LP La Providence, mais les palaces parisiens la connaissent, car c'est cette entreprise qui assure le nettoyage des hôtels de luxe en France. L'entreprise existe depuis les années 60, compte plus de 5000 salariés et réalise un chiffre d'affaires de 120 millions d'euros par an. Bref, c'est du lourd. Dans le ring, on a donc d'un côté un puissant fonds d'investissement allemand et de l'autre une discrète entreprise familiale bretonne. A votre avis, qui va gagner ? Allez, je vous donne un indice. La spécialité de Rocket Internet, le fonds d'investissement allemand, c'est de copier des business qui cartonnent à l'étranger. Ils misent des millions sur leur poulain pour écraser la concurrence. C'est une stratégie qui fonctionne, mais pas sur ce coup-là. Car là, on n'est pas dans le monde de la tech, on est dans le service client. C'est pas pareil. David et Yannick connaissent le terrain et c'est pas par hasard, s'ils ont su convaincre une entreprise familiale bretonne, respectée, de les soutenir dans le développement de leur entreprise. Et la deuxième raison, c'est que le modèle de leur concurrent, Zipjet, est fortement basé sur ce qu'on appelle le B2C, c'est-à-dire des particuliers. Alors que le modèle de Yannick et David est basé sur du B2B des professionnels. Et les professionnels sont plus difficiles à convaincre, mais ils sont plus fidèles et ils payent souvent plus cher. Et la troisième raison, c'est que Zipjet a développé son service de laverie à domicile sur plusieurs pays en même temps, l'Allemagne, l'Angleterre, la France, ce qui coûte évidemment très cher et entraîne pas mal de dettes. Et donc pour toutes ces raisons, Rocket Internet va finir par lâcher Zipjet car il n'est pas assez rentable. Et qui est encore là ? A livrer du linge, plier, à l'heure et avec le sourire, David et Yannick. Ils vont alors acheter Zipjet et intégrer une partie des équipes. Le montant du rachat n'est pas communiqué, mais à la fin, chaque action de Zipjet valait 56 euros, qui en avait 184 234, soit une valorisation de plus de 10 millions d'euros. Yannick et David ont désormais une bonne longueur d'avance sur la concurrence, mais les gros poissons commencent à être de plus en plus nombreux, et il y en a un qui est plus gros que les autres. Il est anglais, il s'appelle Landry Heap, et contrairement à Zipjet qui s'était rapidement endetté auprès d'investisseurs, et bien Landry Hipp a longtemps été en autofinancement avant d'ouvrir son capital. Eh bien, le gros avantage avec cette méthode, c'est que les comptes sont sains quand arrive une tuile. Et c'est ce qui va arriver en 2020. Vous vous souvenez, la crise sanitaire, tout le monde reste à la maison. Eh bien, pour le secteur du pressing, c'est la tuile. Les particuliers restent chez eux. Mais l'Angleterre et la France n'ont pas eu la même stratégie. Au début, l'Angleterre a opté pour l'immunité collective, souvenez-vous. Résultat, les entreprises sont restées plus longtemps ouvertes en Angleterre qu'en France. dont notamment les hôtels, les restos, les logements Airbnb, c'est-à-dire les clients de Laundry Hip. LaundryHeap est alors sortie moins fragilisée par la crise sanitaire que ses concurrents. Une occasion en or pour LaundryHeap de faire une proposition de rachat à Yannick et David avec maintien des équipes. Et devinez quoi ? Eh bien, ils l'ont accepté. L'occasion était trop belle d'intégrer un groupe international. Aujourd'hui, Yannick et David travaillent au sein de LaundryHeap. Ils sont notamment en charge de la zone France. Ils ont notamment piloté le rachat d'un autre concurrent en France, la Vraie Privée, qui est désormais lui aussi dans le giron de LaundryHeap. Une stratégie de rachat successif qui permet aux équipes de l'André Hippe de devenir leader sur leur marché, prêt à affronter les ogres américains.