Speaker #0La boucherie Hazan devient la beucherie Hazan.
L'usage médical de cette plante pourrait-il se généraliser en France ? Eh bien, plusieurs indices vont dans ce sens. D'abord, le gouvernement a prolongé les tests. Un cadre légal est en préparation et plusieurs pays européens en franchissent le pas. Des start-up prennent alors le pari, comme par exemple Overseed, près d'Orléans. L'entreprise est hébergée dans un incubateur spécialisé dans l'agriculture et peut compter sur le soutien d'Anthony Bourbon. Un célèbre millionnaire qu'on voit dans l'émission « Qui veut être mon associé ? » sur M6.
Si les autorisations sont accordées, la France suivrait alors les premiers pas de nos voisins allemands. Là-bas, l'usage médical a été autorisé en 2017 et le pays a fait le choix de passer au récréatif en 2024. Alors, on voit apparaître tout un tas de start-up qui veulent leur part du gâteau. Elles se rassemblent chaque année dans un salon à Berlin que les organisateurs qualifient de plus grand au monde. Au choix, on y trouve du fertilisant pour faire pousser les plantes. Des produits aromatisés à la fraise. Du shampoing pour chiens et chats. Du thé, des nouilles, des céréales. Et tout un tas d'accessoires comme des vaporisateurs de maison. Mais la légalisation récréative mise en place sous le gouvernement d'Olaf Scholz a vraiment du goût du gouvernement suivant qui pense qu'on est allé trop loin. Car la vente de la plante reste interdite en Allemagne, sauf via des associations ou une prescription médicale. Or, les ordonnances sont très faciles à obtenir sur Internet, ce qui fait bandir les médecins. Depuis 2017, la demande est donc croissante et s'est accélérée en 2024. Résultat, les importations explosent et les entrepreneurs allemands sont alors en compétition avec ceux de l'étranger, dont certains pratiquent des prix très bas. Pas simple alors de rester compétitif.
Le premier fournisseur de l'Allemagne, c'est le Canada. Là-bas, la légalisation médicale est passée en 2011, puis la récréative en 2018 sous Justin Trudeau. Et l'objectif était de réduire le trafic illégal et de contrôler la qualité. Alors au départ, une centaine de licences ont été accordées et aujourd'hui, on en compte plus de 1000. Ils se fournissent auprès de producteurs comme Canopy Growth ou Tilray par exemple. Et plusieurs ont été créés par d'anciens politiques ou d'anciens policiers. Il faut dire que la tentation pour se lancer était grande avec des valorisations qui se sont envolées à plusieurs milliards de dollars. Des fortunes se sont créées hyper vite. Les fondateurs de Tilray par exemple sont devenus milliardaires en quelques semaines alors que l'entreprise faisait le chiffre d'affaires d'un gros Leclerc. Sauf que, 7 ans après la légalisation récréative, le marché n'a pas explosé. Il y a bien eu un pic de la consommation de 2018 à 2020, la crise sanitaire et les confinements ayant aidé à ça. Mais depuis, les chiffres ont baissé et on est revenu à des niveaux de consommation plus classiques, avec quand même une tendance à la hausse, notamment chez les 16-24 ans. Le marché ayant été survalorisé, les valeurs à la bourse se sont alors cassées la figure. Par exemple, l'action de Canopy Growth. est passé de 650 dollars canadiens, environ 400 euros, à à peine 1 euro maintenant. Et faute de financement, beaucoup de startups ont mis la clé sous la porte ou ont été rachetées à bas prix avec licenciement et valse des dirigeants. Certains agriculteurs qui avaient abandonné la production de fruits et légumes créent un petit peu leur choix aujourd'hui. Et du côté des distributeurs, il faut se diversifier. Au Québec, même le service public a lancé une gamme de bonbons, de desserts ou de saucissons. Et ces boutiques autrefois austères façon pharmacie ont aussi fait peau neuve.
Alors les déboires canadiens ne sont pas une exception. Les États-Unis ont aussi connu leur lot de difficultés, notamment en Californie. Là-bas, l'usage médical a été autorisé en 1996 et le feu vert pour le récréatif a été donné en 2016. Et là encore, une flopée de startups ont investi le marché, surtout depuis 2016. avec des ascensions et des chutes souvent spectaculaires. La faillite de MedMen est un bon exemple. Elle ouvre un des premiers magasins en Californie, puis à l'aide de centaines de millions de dollars d'investisseurs, elle se lance dans la démesure. Construction d'une giga-usine au Nevada et ouverture de boutiques un peu partout aux États-Unis, comme si c'était des showrooms Apple. Sauf que le produit reste illégal au niveau fédéral et il faut donc s'adapter aux législations différentes d'un État à un autre. Le transport de la marchandise à travers le pays aussi un petit peu compliqué. Et l'accès à la bourse américaine n'est pas possible. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de startups du secteur sont cotées à la bourse canadienne. MedMen va donc se concentrer sur la Californie, comme beaucoup d'autres startups, état le plus peuplé des États-Unis, et même les stars américaines lancent leurs propres marques comme Mike Tyson ou Jay-Z. Snoop Dogg a quant à lui jeté son dévolu sur le Colorado avec un positionnement haut de gamme. Alors, ce n'est pas par hasard, puisque là-bas, l'ouverture du marché récréatif en 2012 a été explosive, à tel point que l'État a collecté trop d'impôts. C'est-à-dire. La constitution du Colorado fixe en effet un montant maximal d'impôts à prélever, et la première année de la légalisation, les caisses ont tout simplement débordé. En Californie, c'est l'effet inverse qui s'est passé. Les ventes ont été plus faibles que les années précédentes, lorsque le produit était légal d'un point de vue uniquement médical. Car qui dit nouvelles réglementations, dit aussi impôts, normes sanitaires, packaging réglementé et aussi licences. Et une fois qu'on additionne tout ça, on se rend compte que produire et vendre légalement en Californie coûte plus cher que dans les états voisins comme l'Oregon ou le Colorado. Les prévisions n'étant pas au rendez-vous, beaucoup de startups californiennes ont alors manqué d'argent et MedMan n'a pas fait exception. Vente en baisse, des dettes par million et une fusion avec un concurrent qui n'a pas pu se faire. Il n'en a fallu pas moins pour que la série Sounth Park se paye la tête de l'entreprise dans un de ses épisodes.
Au final, une douzaine d'états dans le monde ont légalisé ces dernières années, en passant souvent du médical au recréatif, et avec des résultats plus ou moins réussis. Bon, je me suis concentré sur seulement trois zones, l'Allemagne, le Canada et la Californie, que je trouve assez parlant pour les entrepreneurs, mais je vous invite évidemment à creuser le sujet, et je mets quelques liens en description pour ça. En attendant que le débat donne ses conclusions en France, la start-up Overseas près d'Orléans prend le pari d'une légalisation médicale, Eh bien on verra si l'avenir lui donnera raison.