Speaker #0Cette image, a fait le tour du monde. Elle se déroule au JO de Paris en 2024 et on y voit un homme qui porte la flamme olympique. La foule le prend en photo. Il regarde Kevin Piette, 35 ans, paraplégique depuis un accident de moto. Et bien pourtant, ce jour-là, il est debout. Il transmet la flamme olympique grâce à un exosquelette.
Et ce que je trouve aussi très intéressant, c'est une autre image, vous n'avez peut-être pas vu celle-ci. Elle se déroule au jeu paralympique et c'est Thibaut Simon qui porte lui aussi l'exosquelette sur le parcours de la flamme. Et Thibaut, c'est le frère de Nicolas. L'inventeur de cet exosquelette, 100% made in France.
Il faut dire que dans la famille Simon, ils sont plusieurs à être en fauteuil roulant à cause d'une maladie génétique. Nicolas est sensible à ce sujet évidemment. Et avec un camarade de classe, Alexandre, ils sont impressionnés par les prouesses de Boston Dynamics. On est alors au début des années 2010 et les chiens de Boston Dynamics font le buzz sur YouTube. Mais un exosquelette capable de marcher de manière autonome, fluide et équilibrée, ça n'existe pas encore. Et Nicolas et Alexandre vont donc se dire, pourquoi pas.
L'idée est un petit peu folle, mais elle sait convaincre. Car le duo va être rejoint par Mathieu, un autre camarade de classe. Et par Jean-Louis de 20 ans, leur ainé, qui a plusieurs années d'expérience dans l'industrie. Et qui a un fils en fauteuil roulant. Et ils vont avoir la chance de croiser la route de Xavier Niel, qui va apporter 300 000 euros, bien son fonds d'investissement Kima Venture. Auquel va s'ajouter une deuxième enveloppe de 300 000 euros, issue d'autres business angels.
Mais c'est pas parce qu'une entreprise lève des fonds qu'elle est rentable. Au contraire, l'entreprise de Nicolas perd énormément d'argent. En 2018, après plusieurs années d'activité, le chiffre d'affaires n'est "que" de 285 000 euros, mais pour une perte de 3 700 000 euros. Pourtant, malgré ces pertes colossales qui s'accumulent donc année après année, la valeur de l'entreprise grimpe en flèche. Le prix de l'action passe de 19 euros en 2013 à 62 euros en 2017 et c'est que le début. Comment c'est possible ? Comment une entreprise dont le chiffre d'affaires ne couvre même pas 10% des salaires, peut voir sa valeur augmenter. Parce que quand on regarde les pertes, l'entreprise n'a rien d'une success story. Au début, il y a un trou de 250 000 euros, puis un million, puis plusieurs millions, et ça ne va pas s'arrêter là. Sauf que l'équipe de Nicolas parvient à fabriquer un exosquelette autonome qui marche de façon presque naturelle et qui évite aux porteurs de se casser la figure. Ça, ça vaut quelque chose qu'il faut expliquer aux investisseurs et aux pouvoirs publics.
Dans ce genre d'entreprise, c'est-à-dire des entreprises qui inventent des choses nouvelles, ce qu'on appelle les deep tech, Ce n'est pas que le chiffre d'affaires qui crée la valeur. Ce sont aussi les algorithmes, les brevets, le matériel, les prototypes qu'on fabrique petit à petit. Tout ça, vous pouvez le voir dans le bilan, dans la partie des actifs qui est de 17 millions cette année-là et qui est considérable pour une entreprise qui n'a presque pas de clients.
Mais ce patrimoine, il faut bien le financer. Comment on fait quand le chiffre d'affaires est trop petit ? On finance le patrimoine grâce à deux choses, des dettes et des investisseurs. Et on peut voir ça dans la partie passive du bilan. Autrement dit, eh bien Nicolas... Il va voir le banquier, il fait des emprunts, il va voir des investisseurs et il leur dit qu'il partagera les bénéfices quand il y en aura. Bon, vous imaginez bien que le banquier n'est pas hyper fan quand on lui présente la compta. Ce qui fait que l'entreprise de Nicolas, elle est tenue à bout de bras, notamment par des investisseurs dont Xavier Nîmes, via son fonds Kima Venture, Marc Simoncini, un investisseur célèbre que vous voyez dans l'émission Qui va être mon associé sur M6, ou encore BPI France.
Mais évidemment, à un moment ou à un autre, Il faut bien que l'argent rentre dans les caisses. Les investisseurs ne vont pas financer indéfiniment les pertes de l'entreprise. Sauf que l'exosquelette coûte une petite fortune. Et ce n'est pas n'importe qui qui peut se le payer. Chaque exosquelette coûte environ 200 000 euros. Évidemment, à ce prix-là, ce sont les hôpitaux, les EHPAD ou encore les labos qui peuvent se le payer. Les structures qui ont des budgets. Mais aussi, des procédures d'achat un petit peu compliquées. Après six longues années de tests cliniques, Nicolas et ses équipes vont... enfin obtenir une autorisation de mise sur le marché, d'abord en Europe en 2019, puis aux Etats-Unis en 2023. C'est là que le chiffre d'affaires va décoller. En 2022, il dépasse les 2 millions d'euros. Mais il ne faut pas croire, le business n'est toujours pas rentable. Le trou, il est maintenant de plus de 10 millions d'euros.
Pourtant, la valeur de la boîte continue de grimper. Chaque action dépasse maintenant 120 euros, soit le double que 5 ans auparavant. Les investisseurs sont satisfaits. Pour ce qui concerne l'accessibilité du produit, on n'y est pas encore. Même si c'est la volonté de l'entreprise de créer une version pour les particuliers, moins lourde et moins chère, il faut quand même lâcher 80 000 euros pour s'offrir la machine. Mais bon, puisque c'est un dispositif médical, ça peut être pris en charge par la sécu, au même titre que les fauteuils roulants. Évidemment, vu les tensions budgétaires et politiques, le sujet fâche un peu, mais la question est légitime.
Il y a donc débat pour une prise en charge par la sécu. Et en attendant que la réponse soit tranchée en France, Nicolas et ses équipes se tournent vers les Etats-Unis car là-bas, c'est pris en charge par l'assurance maladie. Plus exactement, c'est Medicare qui prend en charge 80% du prix. Medicare étant réservé aux personnes âgées et handicapées. Mais sur ce coup-là, il y a de la concurrence. Notamment Rewalk qui a développé un modèle d'exosquelette que vous avez peut-être vu dans la série Glee. A la différence près qu'il faut des béquilles pour celui-ci. Les investisseurs sont donc attirés par l'entreprise de Nicolas, dont notamment Renault.
Pourquoi Renault investit dans WanderCraft ? Parce que les équipes de Nicolas développent maintenant des robots humanoïdes destinés aux usines de fabrication des voitures. L'objectif étant de soulager les opérateurs de certaines tâches et de gagner en productivité. Le potentiel est évidemment énorme dans l'industrie, mais ça veut dire aussi que WanderCraft entre maintenant en concurrence frontale avec des géants comme Boston Dynamics, encore Tesla. WanderCraft joue donc maintenant sur deux terrains à la fois. Le médical d'un côté avec des exosquelettes et l'industriel de l'autre avec des robots humanoïdes. On verra si l'avenir donnera raison à cette double stratégie, mais une chose est sûre, c'est que ça ne manquera pas de provoquer des débats.