Speaker #0Le Z-Event, c'est le plus grand événement caritatif en ligne en France. Il a même battu le record mondial de dons en ligne en direct, jusque-là détenu par l'américain MrBeast avec 12 millions de dollars. Un record que le Z-Event avait lui-même établi quelques années plus tôt. Dans ce collectif, chacun apporte sa pierre à l'édifice. En moyenne, 50 000 euros par streamer. Et mis bout à bout, ça permet d'exploser le record mondial chaque année. Un américain superstar d'un côté, un collectif français de l'autre, deux façon différente de concevoir le caritatif à l'ère des plateformes internet.
Pour mieux comprendre cette évolution, prenons l'exemple du Téléthon, un modèle né en 87 en France, directement inspiré de sa version américaine créée en 66. Une grande cause, une grande soirée télé, des grandes stars, un grand compte bancaire à remplir. Sauf que ce n'est pas vraiment le contenu le plus adapté à YouTube. Le format parle surtout à un public âgé, celui qui regarde la télé. Or, ce mode de consommation linéaire est en perte de vitesse. Aux Etats-Unis, la consommation de YouTube dépasse maintenant Netflix et la télévision câblée. Et même si en France, la télé reste dominante, elle recule. Les 15-49 ans regardent désormais plus YouTube que France 2 ou TF1. Résultat, les associations doivent s'adapter. Sur Twitch, par exemple, le Z-Event modernise le caritatif. C'est plus jeune, c'est plus fun, c'est plus bruyant aussi. C'est un format qui repose sur des dons directs grâce à des influenceurs et leur communauté. Et les collectes atteignent plusieurs millions d'euros. Une stratégie qui inspire puisque le Téléthon a lancé en 2017 son premier Téléthon Gaming, diffusé sur Twitch et YouTube en parallèle de son émission de télé. Mais là où le Téléthon Gaming reste des événements ponctuels, séparés de l'activité habituelle des streamers, certains vidéastes en font un business à part entière. Et le champion en toute catégorie s'appelle MrBeast.
MrBeast, c'est le plus gros YouTuber au monde. Sa chaîne atteint les 460 millions d'abonnés. Et entre deux vidéos où il explose des trains ou des voitures de luxe, il produit des vidéos caritatives. Et ce qui lui permet de faire des dons de plusieurs millions de dollars pour planter des arbres, nettoyer des océans ou encore réduire l'affiniment. Autrement dit, là où le Z-Event demande de sortir la carte bancaire, eh bien Mr Beast ne demande rien. Juste de regarder. Pas de formulaire à remplir. Pas de promesse de don. Votre attention suffit. Puisque chaque vue, chaque seconde regardée, chaque pub affichée devient un petit bout de revenu qui va financer Beast Philanthropy. C'est ce qu'on appelle du micro-engagement caritatif, vous aider sans le décider, parfois sans vous en rendre compte et peut-être même sans soutenir la cause. C'est à la fois la force et la faiblesse du modèle car tout dépend de la réputation du créateur. Le divertissement flirte parfois avec les limites de l'éthique et surtout ça coûte incroyablement cher. Certaines vidéos demandent plusieurs millions de dollars à produire. au point que les bénéfices de MrBeast viennent en réalité de ces différentes entreprises comme des barres chocolatées, des jouets pour enfants ou encore des fast-foods.
Une stratégie de diversification que les créateurs français ont bien comprise. Squeezie a sa marque de boisson, Lena Situation sa marque de vêtements, Inoxtag son manga, JDG ou Michou leur restaurant et tous participent à des actions caritatives. Mais aucun n'a été jusqu'à l'intégrer durablement dans son flux de création au même titre. Comme MrBeast. Alors, il y a bien quelques exceptions, comme Innoxtag avec le mégoton, Michou avec le père Noël de YouTube, ou encore Squeezie qui a exaucé les rêves d'enfant malade. Mais ces vidéos sont ponctuelles et rapportent moins de vues que le reste du contenu. Le mégoton d'Innoxtag a généré 4,7 millions de vues, alors que ses vidéos font en moyenne 8,5 millions la même année. Michou avec le père Noël de YouTube, 3,5 millions, contre une moyenne de 5,2 millions sur la même période. Quant à la vidéo de Squeezie avec les enfants malades, 5,6 millions là où sa moyenne cette année-là dépasse les 9,6 millions. Autrement dit, les vidéos caritatives fonctionnent et apparemment moins que le reste du contenu. Pour confirmer ça, regardons avec un plus gros volume de contenu avec Mr. Mist. Et bien sur les 200 vidéos que j'ai analysées entre 2021 et 2025, ces vidéos caritatives font en moyenne 163 millions de vues. On est d'accord, c'est déjà énorme. Mais ces vidéos sensationnelles font en moyenne 210 millions de vues, soit 30% de plus. Faire du caritatif une ligne éditoriale à part entière, ça demande donc des moyens très importants que Mr Beast peut assumer grâce à ses différentes entreprises. Or, peu de créateurs en France peuvent se le permettre, même les plus gros.
Prenons l'exemple de JDG, 3,8 millions d'abonnés sur YouTube et 1,1 million sur Twitch. Et bien malgré un chiffre d'affaires de plus de 700 000 euros en 2022, son résultat net n'est que de 71 000 euros, soit seulement 10% du chiffre d'affaires. Prenons un autre exemple avec Nota Bene, 2,7 millions d'abonnés sur sa chaîne principale et 360 000 sur sa chaîne secondaire. C'est-à-dire beaucoup moins d'abonnés que JDG. Eh bien, la même année, en 2022, son chiffre d'affaires est de plus de 950 000 euros avec un résultat net de 500 000 euros, soit 50% du chiffre d'affaires. C'est donc pas parce qu'un vidéaste a plus d'abonnés qu'il gagne forcément plus d'argent. Nota Bene travaille avec de nombreuses marques comme la CNCF, Arte, Le Louvre ou encore France Télévisions et diversifie ses revenus avec des livres et des puzzles par exemple. Et bien c'est ce qui lui a permis en 2022 de se verser 250 000 euros de dividendes répartis entre lui et son associé. Notez qu'au passage, le trésor public reçoit 107 000 euros au titre de l'impôt.
Mr Beast et le Z-Event ne sont donc pas seulement des façons différentes pour les streamers de faire du caritatif, ils représentent surtout des cultures différentes de la philanthropie. Aux Etats-Unis, la générosité est davantage individuelle, alors qu'en France, elle se construit davantage au travers d'un collectif. La vraie question n'est donc pas de savoir quel modèle est le meilleur, mais plutôt de comprendre comment le caractatif peut s'adapter à l'économie de l'intention.