- Speaker #0
Bienvenue dans Vers l'Essentiel, le podcast qui met en lumière les acteurs normands engagés dans une transition durable, des échanges concrets et inspirants pour découvrir celles et ceux qui transforment l'impact en action. Bienvenue dans Vers l'Essentiel, le podcast qui met en lumière celles et ceux qui transforment les entreprises et les territoires vers plus de responsabilité et de sens. Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet qui touche toutes les structures, la RSE opérationnelle. Imaginez un instant, vous avez une idée, une envie de changer les choses dans votre entreprise, mais vous ne savez pas par où commencer. Comment transformer cette idée abstraite en action concrète intégrée dans le quotidien de l'entreprise ? Comment impliquer vos équipes, faire évoluer vos processus, vos achats, votre communication ? et votre gouvernance sans se perdre dans vos feuilles de route. Pour nous éclairer, j'ai le plaisir d'accueillir Camille Bureau, consultante RSE et stratégie durable chez Alterac, spécialisée dans l'accompagnement des TPE et PME. Camille, bienvenue, je suis ravie de t'avoir avec moi aujourd'hui pour partager ton expertise et tes expériences sur ce sujet. Mais avant de plonger dans la RSE opérationnelle, pourrais-tu te présenter, nous raconter ton parcours et ce qui t'a amené à la RSE et au consulting ?
- Speaker #1
Merci Nelly, merci pour l'accueil. Alors moi, mon parcours, je dirais qu'il est assez classique. J'ai une formation en école de commerce et j'ai exercé pendant plus de dix ans dans le secteur du recrutement où j'ai pu accompagner des organisations, principalement des PME, dans des environnements finalement assez opérationnels, industrie, supply chain, logistique, etc. Pendant des années, j'ai travaillé au contact direct des dirigeants et des équipes avec des contraintes assez concrètes, à peu de temps, les ressources, la performance et finalement aussi toute la... toute la réalité qui peut émerger du terrain. Et c'est finalement là, en fait, que la question de la RSE a fini par s'imposer à moi. Alors vraiment pas du tout de façon brutale ni de logique, mais progressivement, en observant des pratiques qui, parfois, pour moi, sont très standardisées, peu questionnées, où les enjeux sociaux et environnementaux ont passé parfois et assez souvent au second plan, pas forcément par mauvaise volonté, j'insiste, mais par manque de cadre, de méthode, de temps, effectivement, pour prendre du recul sur ces sujets. Et ça a commencé à m'interpeller sur les impacts de ces entreprises, sur ce qui relevait de contraintes subies, ou au contraire, ce qui pouvait être aussi des fois assumé. Et finalement, pour moi, la question a fini par se déplacer sur la question un peu centrale de comment intégrer l'ARC autrement, comme juste une couche supplémentaire, un discours, une obligation réglementaire. Et au fur et à mesure, aussi par des choix personnels, j'ai décidé d'en faire mon métier. Je me suis formée à différents outils qui me permettent d'allier mon rôle de consultante à tout le panel nécessaire aux consultants de RSE pour accompagner les entreprises. Et j'ai du coup toujours gardé ce rôle de conseil, mais aujourd'hui que j'applique au monde de la RSE avec une conviction assez forte. C'est que pour moi, la RSE, elle n'a du sens que si elle est opérationnelle, proportionnée et alignée avec le modèle économique de l'entreprise. Sinon, ça c'est théorique, voire contre-productif.
- Speaker #0
Justement, est-ce que tu pourrais nous expliquer rapidement ce qu'est la... RSE et à quoi ça sert ?
- Speaker #1
Avec plaisir. Déjà, pour répondre simplement, je peux vous proposer de vous envoyer vers un livre que j'aime beaucoup et je trouve qu'il facilite vraiment la vision de la RSE. Il s'appelle assez simplement « La RSE » , mais c'est très simple, de Rémi Demercement. Il est couraxible et il réalise assez bien les notions principales. Et c'est vers quoi moi je tends, en tout cas, d'aller vers plus de simplification. Et au fond, c'est assez simple, la RSE. Donc c'est la responsabilité sociale et sociétale des entreprises. Derrière ces termes un peu larges, il y a une idée centrale, comme quoi une entreprise n'est jamais neutre. Son activité, elle a forcément des impacts, positifs ou négatifs d'ailleurs, sur la société, sur l'environnement et sur sa propre pérennité économique. Autrement dit, une entreprise n'est pas seulement un outil de création de profit, elle produit aussi des effets, parfois voulus, parfois non, et la réussite consiste justement à regarder ces effets en face plutôt que de les ignorer. Pour structurer cette réaction, on va souvent parler de dimensions. Donc on va retrouver la dimension sociale et sociétale qui va concerner les relations avec les parties prenantes, les salariés, les financeurs, les clients, les territoires. On va aussi retrouver la dimension environnementale qui est souvent la plus connue et qui va interroger l'impact des activités sur les ressources, le climat, la biodiversité. Et enfin la dimension économique et de gouvernance qui vont plutôt être liées à la pérennité du modèle et à la manière dont les décisions sont prises et assumées au sein de l'entreprise. Assez spontanément, la question suivante, elle émerge, à quoi ça sert concrètement ? Pour moi, ça sert à aider les entreprises à faire face aux enjeux. d'aujourd'hui mais aussi de demain, des enjeux qui peuvent être réglementaires, environnementaux, sociaux, économiques, clairement qui ne vont pas disparaître. On va aller dans un monde sans être alarmiste, où on va connaître une multiplication des crises. Et finalement, la RSE, c'est un peu la finalité, ce n'est pas d'essayer d'être parfait, c'est une manière plus complète et plus responsable d'essayer de penser sa performance et de construire sa reputé, comme dirait Olivier Hamon, pour ceux qui connaissent.
- Speaker #0
Avant d'aller plus loin, posons un peu le contexte. Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises veulent faire de la RSE, mais se heurtent à une difficulté majeure. Comment transformer des intentions et des audits en actions concrètes qui fonctionnent réellement au quotidien ? La problématique est claire, la RSE n'est efficace que si elle est intégrée dans le quotidien de l'entreprise, pas seulement sur le papier ou dans un rapport annuel. Cela signifie que chaque processus, chaque achat, chaque communication et chaque décision doit refléter cette stratégie durable. Mais comment faire pour que cela ne devienne pas une surcharge pour les équipes ? Comment valoriser ce qui est déjà fait, identifier les vrais leviers et passer à l'action de manière priorisée ? C'est exactement ce que nous allons explorer avec toi Camille aujourd'hui. à travers ton expérience et tes retours concrets d'accompagnement d'entreprise. Est-ce que tu pourrais nous parler des outils et des méthodes que tu utilises pour évaluer l'état réel d'une entreprise sur le plan RSE ? Comment sait-on vraiment où l'on en est ? Quels outils ou démarches sont essentiels ?
- Speaker #1
Alors déjà, je dirais que la première chose, ça va dépendre beaucoup du niveau de maturité de l'entreprise. On ne va pas poser le même diagnostic. diagnostique selon qu'une structure a déjà engagé une démarche ou qu'elle a vu complètement sur le sujet. Donc pour moi, la base dans tous les cas, ça va être vraiment de commencer par ce que j'appelle un audit flash, en tout cas un premier échange structuré. Encore une fois, l'idée, ce n'est pas d'aller mesurer, mais de comprendre plutôt l'entreprise, ses ambitions, son fonctionnement, ses contraintes, ses problématiques et ses enjeux, pour avoir en fait une cartographie de l'actuel. Et déjà, dans la majorité des cas, les entreprises, elles ont déjà une base RSE, mais elles ne le savent pas. Donc, on va déjà essayer de valoriser cette existence. Si l'entreprise débute, cet audit de flash est vraiment essentiel. Il va vraiment aider à poser le périmètre, à clarifier les intentions et surtout de hiérarchiser les sujets pour éviter de partir dans tous les sens. Il va y avoir plusieurs pièges classiques que j'essaie d'éviter. Des diagnostics, vouloir menuer un indicateur, on va même savoir pourquoi. Copier des référentiels pensés pour des grands groupes ou se lancer dans des plans d'action trop larges, trop vite. Et effectivement, dans ces cas-là, on dépense beaucoup d'énergie pour peu d'impact et parfois on décourage les équipes. Une fois l'intention et la situation clarifiées, on va pouvoir mettre en place une stratégie adaptée. qui pourra amener la structure à faire soit un bilan de gaz à effet de serre, soit structurer sa démarche de façon un petit peu plus poussive, soit travailler des points plus sensibles. Ça va vraiment dépendre finalement de la contrainte de l'entreprise et de ses ambitions. Une démarche RSE, il faut vraiment se dire que ce n'est pas une checklist. Il faut voir qu'on a un outil d'aide à la décision et un outil qui va accompagner aussi la maturité et la capacité de l'entreprise à aborder ces sujets.
- Speaker #0
Comme tu le dis très bien, faire un diagnostic RSE, ce n'est pas juste cocher des cases. C'est regarder en face la réalité de son entreprise, identifier les points forts. et de vulnérabilité et construire une base solide pour l'action. Beaucoup d'entreprises sous-estiment cette étape, mais elle est cruciale pour éviter de disperser les efforts et de perdre du temps. Une fois le diagnostic fait, comment transformer ces constats en actions concrètes et priorisées ? Quels critères pour définir les priorités ?
- Speaker #1
Donc effectivement, une fois le diagnostic posé, l'enjeu principal, comme on l'a dit juste avant, c'est vraiment de ne pas faire du délisting. Ce n'est pas efficace, mais il va falloir... quand même prioriser et très souvent le diagnostic fait ressortir beaucoup de sujets. Mon rôle, moi, à ce stade-là, c'est d'aider l'entreprise à passer du constat à quelques décisions claires à assumer qui deviendront du coup sa stratégie par la suite. Pour définir la priorité, je vais m'appuyer sur des critères qui vont être assez simples. J'essaie quand même que ce reste concret pour le coup. Niveau d'enjeu réel pour l'entreprise, le lien avec son activité et son modèle économique, la faisabilité opérationnelle et la capacité des équipes à aussi s'approprier le sujet, c'est hyper important. Pour les structures. plus mature, on peut formaliser ces arbitrages avec une analyse de double matérialité qui est un outil assez fructueux pour le coup, mais ce n'est pas un passage obligé pour tout le monde. Pour beaucoup de TPE, PME, l'enjeu, il est surtout de rester pragmatique et de choisir des actions officielles en lien avec leur business et pas forcément des démarches lourdes à porter derrière. J'essaie du coup toujours de relier les priorités RSE aux enjeux business, comme je disais, réduction de risque, sécurisation de services en sujet clé, attractivité des métiers, robustesse du modèle, bref, on... On peut avoir vraiment des sujets assez divers et variés en fonction du secteur d'activité et de l'environnement de la structure. Après, il faut aussi avoir en tête qu'il y a une notion très importante de progressivité. Il vaut mieux quelques actions bien choisies, bien portées, bien tracées, que beaucoup d'actions lancées trop vite et mal incarnées qui n'auront finalement pas l'impact escompté. Et transformer un diagnostic en action concrète, c'est surtout construire une trajectoire réaliste, lisible, priorisée et surtout adaptée à l'entreprise.
- Speaker #0
Comment valoriser ce qui est déjà fait dans l'entreprise pour motiver les équipes et rassurer les dirigeants ?
- Speaker #1
Comme je disais avant, en réalité, la valorisation de l'existant, elle commence en fait dès le diagnostic. Comme je fais un premier état des lieux, je ne cherche pas uniquement ce qui manque, je cherche aussi ce qui fonctionne et ce qui n'est parfois pas identifié comme de la RSE. Et très souvent, les entreprises font beaucoup de choses déjà pertinentes. Et j'intéresse là-dessus des choix d'achat, des pratiques managériales, des arbitrages opérationnels, des décisions de sécurité ou d'organisation. Bref, sans catégoriser comme étant des actions RSE, c'est déjà des actions RSE. Donc ça... On rassure le dirigeant, on rassure les équipes, on met des mots sur ces pratiques, on explique en quoi elles sont utiles et on les relie à des enjeux plus larges. Et à partir de là, c'est déjà créé de la valeur. On pourra déjà l'utiliser pour communiquer en interne d'ailleurs. Et souvent, c'est à ce moment-là que les équipes se rendent compte qu'en fait, on ne parle pas de zéro, que le travail qu'elles ont déjà fait, il est utile, qu'elles contribuent déjà à quelque chose de cohérent et en plus, on les implique dans ces chouettes. Et ça crée de la fierté, ça donne envie d'aller un peu plus loin. En fait, engager ces équipes, voir que ça a du sens et de l'impact, c'est aussi une sensation rassurante pour les dirigeants. C'est-à-dire qu'on rentre un peu dans une boucle vertueuse et on se dit que la RSE n'apparaît plus uniquement comme une contrainte ou une remise en cause de l'existant, mais comme une démarche qui va aussi valoriser ce qui fonctionne et qui vient structurer et améliorer.
- Speaker #0
L'action RSE n'est pas non plus qu'une liste de bonnes pratiques, on l'a déjà dit. Elle devient un moteur de changement quand elle est intégrée dans les priorités de l'entreprise. Valoriser ce qui existe est déjà souvent le meilleur moyen de créer de l'adhésion. Selon toi, comment appliquer les équipes sans créer de frustration ? Quelle méthode fonctionne le mieux ?
- Speaker #1
Pour appliquer les équipes sans créer de frustration, il faut vraiment déjà sortir de l'idée que la RSE, c'est un sujet à part. Dès qu'on la présente comme un projet supplémentaire, avec ses outils, ses réunions, ses objectifs, on va créer de la fatigue, on va créer de la surcharge. Et à l'inverse, quand elle est reliée au travail réel, l'engagement devient beaucoup plus naturel. Pour moi, ce qui me plaît le mieux, c'est de partir des pratiques existantes, comme je mentionnais un petit peu avant, et de situations concrètes aussi rencontrées par les équipes, et puis de co-construire autour. L'objectif, ce n'est pas d'expliquer ce qu'est la RSE d'une façon théorique, je pense que c'est quelque chose qu'on a beaucoup vu. mais de montrer en quoi les pratiques ont déjà de l'impact, comment elles peuvent être ajustées, comment elles peuvent être renforcées, et encore une fois, dans cette idée de co-construction, donc de rendre le sujet utile à tout le monde. Et selon le contexte, du coup, ça peut passer par plusieurs leviers, qui se complètent, des temps d'échange, des travails collectifs, de la formation opérationnelle, j'insiste, pas trop de théorie, et effectivement aussi des... Je pense aux rôles responsabilisants, c'est-à-dire qu'on va aussi valoriser les personnes internes et leur attribuer des rôles. Ils peuvent être temporaires, ils peuvent être plus longs, mais voilà, en fonction des capacités et des affinités. Et encore une fois, l'idée, ce n'est pas que tout le monde fasse tout, mais que déjà chacun sache ce qu'il doit faire, en quoi il contribue et quel est son rôle au sein de l'organisation.
- Speaker #0
La RSE, c'est autant une affaire de processus que de personnes. Créer de l'adhésion demande du temps, de l'écoute et de la pédagogie. Sans cet investissement humain, les meilleures intentions restent sur le papier. Quelles erreurs observes-tu souvent qui font que la RSE reste théorique et non intégrée au quotidien ?
- Speaker #1
Pour moi, les échecs ou les blocs de cliquage que j'observe le plus souvent en matière de RSE ne viennent pas forcément dans des intérêts pour le sujet. J'insiste là-dessus parce qu'on l'a beaucoup dit. Mais pour moi, il y a une chose de quelques pièges assez classiques. Déjà, l'absence d'un plan réaliste. On va identifier beaucoup de sujets, on va afficher des grandes ambitions, mais finalement, il n'y a pas très... trajectoire claire, ni priorisée. Et en fait, ça va très vite s'écoupler, on va fatiguer tout le monde et ça restera au stade embryonnaire. Pour moi, un autre piège important, ça va être la résistance interne, qui est, selon moi, liée à un manque de communication. On va attaquer une démarche qui va être très descendante. Les équipes, du coup, ne comprennent pas pourquoi certaines décisions sont prises, ni ce qu'on attend concrètement d'elles. Et la RSE va être perçue, encore une fois, comme une contrainte, voire, comme je le disais, vraiment une injonction descendante. Et ça, ça peut bloquer. Plus largement, peut-être aussi, elle peut échouer quand on oublie qu'elle repose avant tout sur des personnes. Si les pratiques qu'on demandait ne sont pas compatibles ni cohérentes avec le quotidien, les métiers ou les contraintes opérationnelles, pour moi la démarche restera toujours théorique. Même si elle est très bien pensée, même si elle est très bien réfléchie, il faut vraiment qu'elle ait ce côté opérationnel, quoi qu'il se fasse.
- Speaker #0
Et quel conseil donnerais-tu à une PME qui veut passer à l'action mais qui ne sait pas par où commencer ?
- Speaker #1
Pour moi, mon premier conseil, ça peut être rien, ce serait de ne pas faire de la RSE tout de suite. Je m'explique. Pour moi, il faut déjà se poser une question simple. Aujourd'hui, quels sont les sujets qui comptent vraiment pour mon entreprise ? Ceux qui vont prendre de l'énergie, qui vont générer des tensions, qui structurent vos décisions au quotidien. Et à partir de là, on va pouvoir amener une réflexion et choisir un ou deux sujets au maximum. On vient en direct avec son activité, avec sa réalité et commencer à la traiter. L'idée, ce n'est pas d'être exemplaire, mais d'être cohérent. Et à partir de là, on va commencer ce qu'on appelle une démarche RSE. La RSE, c'est... Voilà, encore une fois, je m'insiste. C'est un projet à part, c'est une manière différente de regarder son entreprise et de faire des choix plus lucides. Donc, ne cherchez pas à tout plaire à faire de la RSE, mais cherchez quand même à vous poser les bonnes questions sur votre activité et sur votre production.
- Speaker #0
J'aimerais qu'on prenne un moment pour parler de conjoncture. Dans un contexte où les crises climatiques s'intensifient et où les priorités économiques et géopolitiques dominent souvent l'agenda international, le rôle de la RSE apparaît à la fois plus indispensable et plus difficile à défendre pour les entreprises. Face à la multiplication des événements extrêmes et aux alertes des scientifiques, les organisations doivent continuer à structurer des stratégies durables, malgré un environnement politique parfois instable. Aux Etats-Unis, l'administration Biden avait fixé un objectif de réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre de 50 à 52% d'ici 2030 par rapport à 2005, marquant un engagement fort en matière de... climat. Mais le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche s'est traduit par un démantèlement rapide de nombreux dispositifs climatiques, notamment l'affaiblissement ou l'abrogation de règles visant les émissions des centrales électriques, des véhicules et du secteur pétrolier et gazier. Début 2026, Donald Trump est allé encore plus loin en annonçant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ce qui rompt avec l'architecture multilatérale qui sous-tend la gouvernance climatique mondiale. Cette décision envoie un signal très négatif pour la coopération internationale et renforce l'incertitude pour les entreprises opérant à l'échelle globale, notamment celles qui s'appuient sur ces cadres pour structurer leurs engagements climatiques. En France, des lois comme la loi de transition énergétique et la loi Pacte ont contribué à ancrer la RSE dans la stratégie des entreprises, en renforçant la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux et en ouvrant la voie au statut de société à mission. Dans le même temps, ONG et réseaux d'experts dénoncent des arbitrages perçus comme des reculs ou des renoncements sur certains volets de la transition, alimentant un sentiment de décalage entre le discours et l'action publique. Au niveau européen, le pacte vert, la taxonomie verte et les nouvelles obligations de reporting extra-financiers offrent un cadre ambitieux pour orienter les modèles d'affaires vers des trajectoires plus durables. Mais les tensions politiques et économiques ont conduit à plusieurs ajustements et reports, comme le décalage de l'entrée en application du règlement européen contre la déforestation importée, illustrant la difficulté à maintenir un haut niveau d'exigence environnementale dans la durée. Dans ce contexte contrasté, les entreprises qui souhaitent rester crédibles en matière de RSE ne peuvent plus se concentrer de suivre le minimum réglementaire. Elles doivent construire des engagements robustes, transparents et alignés sur la science, capables de résister aux changements de cap politique. Au vu de ce contexte, est-ce que ces signaux politiques négatifs ont concrètement un effet de frein sur les engagements climat des entreprises ou vois-tu au contraire un mouvement de contre-pouvoir du secteur privé ?
- Speaker #1
Il y a clairement un effet de frein. Il serait du devoir de le nier. Depuis deux ans, les études géopolitiques et réglementaires sont très brouillées. Ajoutées aux tensions géopolitiques et à la pression économique internationale, ils créent une forme de latence chez beaucoup de dirigeants. Moi, ce que j'entends très souvent, c'est « tu as raison, je sais qu'il faudrait avancer, mais je n'ai pas le budget, pas le temps, et ce n'est pas ma priorité du moment » . Pour moi, ce n'est pas forcément un désintérêt. mais c'est plutôt le fait qu'il y ait eu des signaux faibles, des décisions qui sont peu structurantes, voire parfois en recul, qui créent un petit peu cette situation et voient une position un peu attentiste des entreprises. Toutefois, on voit émerger pour moi une autre forme de RSE qui est moins institutionnelle, plus pragmatique, portée par les TPE et PME. Pour cette structure, la RSE devient beaucoup plus concrète quand elle est pensée à l'échelle du territoire. On va aller regarder au niveau des partenariats locaux, des écosystèmes existants, des projets partagés. Et ça rend ce cadre... plus lisibles, plus actionnables, plus accessibles et puis surtout, je pense, moins oxygènes que des injonctions globales ou très astreintes que les entreprises ont pu avoir jusqu'à là. Pour moi, finalement, ce qui fait la différence, c'est que pas tant sur le contexte politique que sur la posture. Certaines entreprises subissent l'interdictude des réalentistes, d'autres, elles font le choix, clairement, de s'habiller sur le collectif, sur le territoire et continuent à se transformer dans une période qui peut paraître instable. Pour moi, ce sont clairement ces dynamiques locales et coopératives qui permettent aujourd'hui de construire des engagements climat plus crédibles et plus durables et d'avoir un terreau RSE qui reste pour moi assez fertile.
- Speaker #0
En France, entre les lois structurantes, la loi de transition énergétique, le pacte, etc. et les critiques sur des reculs environnementaux, quels messages les entreprises reçoivent-elles réellement ? Accélérées, temporisées ou à temps d'y voir plus clair ?
- Speaker #1
Je pense que tu mets le doigt effectivement sur quelque chose. Aujourd'hui, le message que reçoivent les entreprises, il est double et c'est le problème. Officiellement, le signal envoyé par l'État, c'est un signal d'accélération. Les lois structurantes, comme tu disais, les transitions énergétiques, la loi Pacte, disent clairement l'ARSE et le climat doivent être intégrés à la stratégie des entreprises. Mais dans les faits, avec les différents repos, les ajustements, les débats, et puis aussi certains reculs par moment, le message perçu par les entreprises est plutôt temporisé, voire attendu d'y voir un petit peu plus clair. Concrètement, ça crée beaucoup d'attentisme, comme je le disais tout à l'heure. Encore une fois, j'insiste sur le fait que ce n'est pas qu'elles ne veulent pas agir, mais parce qu'elles ne savent plus s'il est fort consenti aujourd'hui, il sera encore pertinent demain. Et celles qui continuent d'avancer sont généralement celles qui sortent de cette lecture strictement réglementaire. Elles vont choisir d'agir sur le sujet de procurants pour leur activité, leur territoire et leur partie prenante, finalement indépendamment des fluctuations politiques. Pour conclure, le message officiel est accéléré, mais le message réellement reçu est souvent attendu, et la différence se fait aujourd'hui. entre les entreprises qui décident de subir cette ambiguïté, qui décident d'avancer la grille.
- Speaker #0
Et comment convaincre un comité exécutif de maintenir, voire d'augmenter les moyens alloués à la transition quand le discours politique dominant valorise le roll-back réglementaire et le court terme économique ?
- Speaker #1
Comment convaincre un comité exécutif dans ce contexte ? Pour moi, il faut vraiment déjà sortir du discours hyper moralisateur ou uniquement réglementaire. Je pense qu'il a beaucoup été entendu. Les dirigeants sont assez fatigués, d'autant plus quand le discours politique dominant valorise toujours court terme et le roll-back, comme tu disais, continue à défendre la transition uniquement au nom des obligations, des valeurs, ça devient complètement contre-productif. Pour moi, c'est tout ce langage-là qui permet de faire avancer en tout cas les entreprises. Ce qui fonctionne, encore une fois selon moi, c'est de repositionner la transition comme un sujet de pilotage stratégique. Parler de dépendance critique, du risque opérationnel, de continuité d'activité, d'accès au marché, de risque climatique, encore crédibilité vis-à-vis des clients et des partenaires. Quand on dit qu'il ne s'agit pas de demander des moyens pour la réussite en tant que telle, mais de montrer en quoi certains investissements sont nécessaires pour sécuriser le modèle économique dans un environnement instable. Et la clé, c'est aussi la méthode, proposer des priorités clairement hiérarchisées, avec des objectifs visibles et des indicateurs compréhensibles. Ça, ça va permettre de définir une trajectoire toujours robuste et assumée. Et au fond, l'enjeu, ce n'est pas tant d'opposer transition à court terme, mais de montrer que certaines visions permettent de sécuriser l'activité dès maintenant et pour plus tard.
- Speaker #0
Si l'on regarde à 5 ou 10 ans, quels scénarios te paraissent les plus plausibles pour la RSE ? Est-ce qu'on va être face à de la banalisation ? polarisation politique, un recentrage sur quelques enjeux clés ou au contraire l'élargissement à des sujets comme la démocratie, la fiscalité, la désinformation ?
- Speaker #1
Pour moi, si un projet est à 10 ans, je pense que la RSE suivra une trajectoire assez classique d'intégration. On voit parce qu'on a pu connaître avec d'autres options qu'on voit aujourd'hui comme évidentes dans l'entreprise. On peut faire le parallèle avec la qualité ou contre le lieu. De part, c'était des sujets qui étaient perçus comme très techniques, traînants, parfois déconnectés du terrain. Les outils étaient imparfaits, les entreprises étaient à tonnerre. Enfin bref, tout le monde ne voyait pas forcément. C'est vrai d'aller là-dessus. Et progressivement, ces fonctions se sont structurées, se sont professionnalisées et puis elles sont devenues assez indispensables au piotage de l'entreprise. Aujourd'hui, on ne ferait pas ni sans la qualité ni le contrôle de gestion. Et pour moi, la RSE, elle est exactement dans cette phase aujourd'hui où on est encore dans la période de construction, de ce que j'appelle du test and learn. On essaye, on revient en arrière. on réessaye et on a des cas qui se cherchent, des outils qui se stabilisent progressivement. Mais du coup, à 10 ans, pour moi, ce ne sera plus un sujet à part, elle sera largement banalisée, au sens où elle sera intégrée dans les décisions économiques, les arbitrages stratégiques et la gestion des risques, sans forcément être toujours nommée comme telle. Ça ne veut pas dire que tout sera traité, au contraire, je pense qu'on assistera aussi à un recentrage sur quelques enjeux clés qui pourront être réellement structurants pour les modèles économiques et les chaînes de valeur, mais les outils, quant à eux, ils continueront à se consolider, malgré les débats actuels qu'on peut avoir, notamment autour de la CSRD. Ça pose quand même une base commune, qui pour moi permettra sur la durée de mieux objectiver les décisions et de sortir d'approches trop déclaratives. La RSE, ça restera toujours un sujet politiquement sensible. Il y a des thèmes, les politiques continueront à polariser. On n'a pas tous la même vision, on n'est pas tous câblés de la même façon. Et toutes les entreprises ne s'engageront forcément pas au même niveau. Et si je peux conclure en disant que la RSE, ce ne sera pas un effet de mode, ni un grand récit uniforme, une sorte de socle. de pratiques et d'outils en tant qu'infectibles, mais suffisamment structurés pour faire partie intégrante des pilotages des entreprises comme d'autres fonctions.
- Speaker #0
Y a-t-il selon toi des lignes rouges éthiques que les entreprises devraient se fixer même si le cadre légal se relâche ? Par exemple, sur les énergies fossiles, les pesticides, la déforestation ou encore certains modèles agricoles ?
- Speaker #1
Je pense que clairement, il y a des lignes rouges éthiques et concrètes, surtout parfois quand le cadre légal se relâche. Pas au sens d'une morale universelle qui s'imposerait à toutes les entreprises, mais plutôt comme des limites que chaque organisation... doit se fixer en cohérence avec son activité, ses impacts réels et ses responsabilités. Pour moi, la ligne rouge, c'est vraiment là où une activité va dégrader des conditions de vie, de travail, où elle va fragiliser des équilibres sociaux et environnementaux, et où elle met un risque à terme, même pour son propre modèle d'entreprise. Moi, ce qui me semble important, c'est de ne pas raisonner uniquement en termes de ce qui est autorisé ou interdit à un instant T. Les règles changent, elles continuent à changer, parfois dans nos enfants, parfois dans d'autres. Mais les impacts, eux, ils restent bien réels et ils restent les mêmes. Du coup, se fixer des lignes rouges, ce n'est pas être idéaliste, c'est surtout une manière de se protéger, de sécuriser la trajectoire de son entreprise en temps. Accepter des pratiques que l'on sait fragiles ou intenables, c'est aussi prendre un risque stratégique, bien au-delà de la seule question d'image que l'entreprise peut renvoyer. Et généralement, la vraie question, ce n'est pas est-ce que vous avez le droit de le faire, mais plutôt jusqu'où je suis prêt à aller sans mettre en difficulté mon modèle à moyen ou long terme, en prenant compte aussi de mon environnement comme on a pu l'expliquer avant. Et ça, je suis désolée, mais aucune loi ne peut y répondre à la place des entreprises.
- Speaker #0
Transformer la RSE en action concrète, comme nous l'avons dit, demande méthode, persévérance, implication et patience. Chaque action réussie, même petite, est un pas vers un impact plus grand et durable. On a beaucoup parlé de RSE dans les entreprises, de plans d'action et de leviers humains. Mais derrière tout ça, il y a des valeurs personnelles qui guident des actions. Camille, à titre personnel, comment ton rapport à l'écologie et à la responsabilité se traduit-il dans ton quotidien ? Est-ce que tes pratiques professionnelles influencent ton mode de vie, tes choix, tes priorités ?
- Speaker #1
Clairement oui, par rapport à l'écologie et à la responsabilité assez proches. Au final, ce que je défends dans mon travail, il est imparfait, progressif, et j'essaie d'être le moins culpabilisé possible, si je puis dire. À titre personnel, j'ai fait certains choix qui engagent mon quotidien, forcément aussi mon foyer, ça va être des choix de consommation, de mobilité, de rapport au voyage, alimentation, etc. En soi, je ne peux pas dire que je suis un modèle d'exemplarité, mais j'ai fait des arbitrages en conscience, par rapport en tout cas à la vie que j'ai pu avoir par le passé. C'est pas toujours simple. Moi, j'ai du mal parfois à embarquer aussi mon écosystème personnel. Il y a des sujets qui demandent du temps, des discussions, des compromis. C'est aussi parfois un peu fatigant parce qu'on va... Les notions finalement de vie pro, vie perso sont assez parfois floues. Donc voilà, il faut s'accrocher. Mais voilà, j'ai une ligne claire. Moi, je refuse d'être exemplaire. Il était forcé la culpabilité. On fait au mieux à la vitesse à laquelle on peut. peu. Certains changements ont été assez radicaux pour moi. C'est pas toujours facile à porter, mais en tout cas, je l'ai fait de façon à... J'ai fait en accord avec moi-même et je pense que c'est hyper important d'être droite dans ses bottes. Comme je te disais, jusqu'avant, forcément, dans mon travail, il influence ma vie personnelle. Je suis indépendante, je porte ces sujets au quotidien, il m'amène à me poser plus de questions et aussi à accepter l'imperfection. Mais voilà, ce que je cherche avant tout, c'est la cohérence. Voilà, je pense qu'il faut être cohérent. Il faut être droite, je le disais juste avant, mais il faut être droite dans ses bottes. C'est important. Et être responsable au quotidien, pour moi, ce n'est pas hétéro-approchable. C'est vraiment inventer, ajuster et encore une fois, faire au mieux quand c'est possible.
- Speaker #0
Merci Camille pour cette conversation inspirante. Ce que nous rappelle cet échange, c'est que la RSE est une façon de travailler différemment au quotidien avec sens et méthode. Intégrer la RSE, c'est créer de la valeur pour son entreprise, pour ses équipes et pour le territoire. Et surtout, c'est possible. Même avec des petits pas, chaque action a un impact concret. Et parce que ces démarches gagnent à circuler et à inspirer. et à faire réseau sur nos territoires. J'aimerais terminer avec une question devenue rituelle dans ce podcast. Quelle autre entreprise ou initiative normande aimerais-tu entendre dans un prochain épisode de Vers l'Essentiel ?
- Speaker #1
La question de toi, parce que j'ai rencontré Tanguy Heno la semaine passée, qui porte pour moi un projet qui est vraiment super, qui s'appelle Ferbo Local, qui intervient autour du Havre et bien plus pour le continent, vraiment un gros périmètre. Et lui, en fait, il fait le lien entre les entreprises Merci. et les agriculteurs autour de projets de plantation d'arbres et de haies. Et on va parler à la fois de climat, de diversité, de préservation des sols, de complérosion, de liens sociaux, de sortir les trois ailleurs. Et pour le coup, je trouve que c'est un très, très beau projet qui illustre bien ce que peut être un joli projet en transition locale.
- Speaker #0
Nous arrivons à la fin de cet épisode. Merci Camille pour ta participation. J'espère qu'il vous a inspiré et donné des pistes concrètes pour intégrer la RSE dans votre entreprise. Rappelez-vous que chaque action... aussi modestes soient-elles contribuent à transformer notre monde. Alors avancez pas à pas, ajustez, expérimentez et célébrez chaque petite victoire. Ensemble, nous pouvons faire une belle différence. A bientôt pour un nouvel épisode de Vers l'Essentiel.