Speaker #0Je suis le docteur Cyril Fischhoff qui est repracteur spécialiste en échographie musculo-squelettique exerçant à l'île Maurice. Je vous invite à écouter un nouvel épisode du podcast Vertébranco chaque premier et troisième lundi du mois. Ce podcast est consacré à l'univers de la médecine musculo-squelettique et s'adresse à tout public. Il se veut être un outil de vulgarisation au service de chacun. Nous y abordons les mécanismes en jeu, le diagnostic, les traitements, les méthodes de prévention des différentes pathologies musculo-squelettiques au travers de petites histoires cliniques, des dernières recherches scientifiques et d'interviews de spécialistes. Bonjour à tous, vous souffrez de maux de tête récurrents, de pesanteur... dans les tempes ou d'une barre frontale persistante et vous avez pris l'habitude de tout mettre sur le compte du stress, de la fatigue visuelle ou des variations de la météo. En réalité, la source de votre douleur, c'est fort probable qu'elle puisse se cacher beaucoup plus bas, bien au chaud, au creux de votre nuque. Dans cet épisode, nous allons déconstruire le mythe de la céphalée isolée pour plonger au cœur d'une pathologie de l'interface, le tech-neck et les céphalées cervicogéniques. Alors pour comprendre pourquoi votre nuque crie au secours, il faut d'abord regarder notre mode de vie moderne et l'apparition de ce syndrome que les cliniciens ont baptisé le Tech Neck ou Text Neck. Ce terme a d'ailleurs été initialement forgé et popularisé en 2009 par un chiropracteur, le docteur Dean Fishman, face à la multiplication des tensions et des blessures liées à l'usage des premiers smartphones et des tablettes tactiles. Penché sur nos écrans du matin au soir, nous infligeons à notre colonne intébrale un supplice invisible. Anatomiquement, comme le rappellent les analyses de biomécanique de référence de Nikolai Bogdok, un chercheur connu en la matière, votre tête pèse en moyenne entre 4 et 5 kg lorsque votre regard est à l'horizontale. Mais dès que vous l'inclinez de seulement quelques centimètres vers l'avant, le bras de levier augmente de façon drastique. Le poids ressenti par vos cervicales basses et moyennes peut ainsi grimper jusqu'à 15 voire 20 kg. Alors face à cette surcharge mécanique constante, les petits muscles sous-occipitaux profonds, Ceux qui sont situés tout en haut de votre cou, sous le crâne, et qui relient l'occipule à vos premières cervicales, ne jouent plus le rôle de capteurs proprioceptifs. Capteurs proprioceptifs, pour faire simple, il faut comprendre que ce sont des petits récepteurs qui sont présents dans ces muscles et qui vont renseigner le cerveau sur la position de votre tête dans l'espace et ainsi participer à votre équilibre. Ces muscles sous tension permanente paniquent et se verrouillent en état de contraction isométrique permanente. Il se comporte comme un bouclier musculaire en surchauffe, créant une véritable asphyxie tissulaire locale. Et alors c'est ici que la physiologie devient passionnante. Pourquoi une tension localisée dans les petits muscles de la nuque se transforme-t-elle en une douleur fulgurante derrière les yeux, dans le front ou dans les tempes ? La réponse rapide, c'est un carrefour neurologique fascinant qu'on appelle la convergence trigémino-cervicale. Comme l'ont formellement établi les critères diagnostiques de référence du Cervicogenic Edek International Study Group, Tout se joue au niveau de la moelle haute. Au niveau des segments cervicaux C1, C2, C3, les fibres sensitives qui proviennent de vos nerfs cervicaux supérieurs fusionnent directement avec ce qu'on appelle le noyau spinal du nerf trigymo, qui lui-même est un noyau crânien. Ce dernier est le grand chef d'orchestre de la sensibilité de tout votre visage, de votre cuir chevelu et de vos sinus. Par un phénomène de convergence synaptique, c'est-à-dire de connexion entre les neurones, lorsque vos racines cervicales supérieures sont irritées ou comprimées Merci. par des tensions chroniques, le cerveau interprète ce signal d'alarme comme s'il venait de la face ou de la tête. C'est le mécanisme parfait de la céphalée qu'on appelle cervicogénique, largement documenté par les travaux cliniques de la professeure Gwendolyn Jewell. La cause est dans la nuque, mais l'expression de la douleur se manifeste dans le haut du crâne. Alors comment objectiver cela ? Nombre de patients viennent nous voir en consultation avec des radiographies standards ou des IRM cérébrales ou cervicales parfaitement normales, Malgré des crises de céphalées invalidantes. La raison est simple, l'imagerie conventionnelle est figée au repos. Pour objectiver la souffrance tissulaire et mécanique liée aux techniques, il faut aller plus loin. D'abord, la radiographie dynamique en flexion-extension. Elle a un réel intérêt clinique, s'inscrivant pleinement dans les recommandations de l'American College of Radiology pour l'évaluation des instabilités cervicales. En capturant la colonne cervicale en mouvement maximal de flexion et d'extension, elle permet de dépister une petite instabilité segmentaire. occulte ou un excès de translation que les clichés statiques ignorent totalement. Seule limite, en phase aiguë, le spasme musculaire intense peut parfois restreindre l'amplitude du patient. L'échographie musculo-squelettique dynamique nous offre une vision temps réel du glissement des plans faciaux, c'est-à-dire du glissement des muscles les uns par rapport aux autres, de la morphologie des interfaces nerveuses et de l'hypertonus des muscles sous-occipitaux. Donc la thermographie infrarouge, bien qu'elle demeure un outil à visée exploratoire et purement expérimentale à ce stade, elle permet d'objectiver qualitativement des asymétries de micro-perfusions cutanées et thermiques au niveau de la charnière cradioservicale. Alors qu'est-ce qu'on peut dire au niveau de la prise en charge ? heureusement. Une fois que le mécanisme a été identifié, des solutions thérapeutiques modernes permettent de briser ce cercle vicieux sans s'enfermer dans une consommation médicamenteuse à long terme. La prise en charge s'articule autour d'un véritable plan de relance. D'abord une thérapeutique manuelle ciblée. Avant de vouloir tout renforcer, il faut rendre au système sa liberté de mouvement. Les mobilisations articulaires douces et les ajustements vertébraux précis permettent de restaurer la mobilité segmentaire de la charnière crânio-cervicale, de lever les restrictions mécaniques des articulations, zygoplovisas supérieurs et d'envoyer un influx massif d'informations proprioceptives, ou non, positives, au niveau du système nerveux central. Les exercices de rééducation et de réhabilitation active, ou alors oublier les étirements passifs agressifs, qui vont qu'irriter davantage les tissus en souffrance, la clé réside dans le réapprentissage du contrôle moteur profond. Cela commence par des exercices de rétraction cervicale, par exemple, qu'on appelle les chin-tucks, pour replacer l'axe de la tête, associé à un renforcement isométrique ciblé des fléchisseurs profonds du cou. L'objectif est de rééduquer le système nerveux pour que les grands muscles superficiels lâchent prise, redonnant aux muscles stabilisateurs profonds leur rôle de tuteurs naturels. D'autre part, ces muscles qui vont retravailler normalement vont à nouveau envoyer une information proprioceptive normale. Autre approche, la neuromodulation. Dans les contractures qui sont rebelles et de boucle de l'eau chronique, la neuromodulation moderne s'avère redoutablement efficace. en appliquant une stimulation électrique percutanée à travers la peau ciblée. Près des zones d'interface ou des troncs nerveux, on court-circuit le signal de la douleur. On lève la sidération réflexe et on reprogramme le système moteur périphérique pour apaiser instantanément l'hypertonus sous. Après, il y a des techniques plus interventionnelles comme l'hydrodissection éco-guidée pour les interfaces tissulaires qui sont fibrosées parce qu'il y a une contracture qui s'insère dans le temps. L'hydrodissection guidée par échographie, en général de produits type dextrose ou Merci. consiste à injecter un volume stérile pour libérer mécaniquement les plans de glissement nerveux et facial. Là, on obtient une restauration instantanée de la liberté de mouvement de la charnière cranio-cervicale. En conclusion, ne subissez plus vos maux de tête comme une fatalité liée à votre travail ou à votre écran. Comprendre l'origine mécanique, ou en tout cas la participation mécanique, tissulaire et neurologique de votre céphalée, c'est reprendre un peu plus de pouvoir sur votre posture, votre corps et votre quotidien. Je vous donne rendez-vous très bientôt dans un nouvel épisode du podcast Vertèbre & Co. En attendant, portez-vous bien, restez actifs, et si vous avez des questions ou des idées de thèmes que vous souhaitez que nous abordions,