undefined cover
undefined cover
Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action cover
Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action cover
Ville de Grenoble

Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action

Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action

1h44 |10/07/2025
Play
undefined cover
undefined cover
Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action cover
Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action cover
Ville de Grenoble

Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action

Biennale des Villes en transition 2025 - #1 Crises socio-environnementales et climatiques : des constats à l'action

1h44 |10/07/2025
Play

Description

Cérémonie d'ouverture de la Biennale des Villes en Transition en présence d'Eric Piolle, maire de Grenoble, de Fatima Ouassak, militante écologiste, féministe et antiraciste française et de Jean Jouzel, expert du changement climatique, membre du comité directeur du GIEC et président de l'association Météo et Climat, et Thibault Daudigeos, Grenoble Ecole de Management.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez la table ronde d'ouverture, une conférence sur les crises socio-environnementales.

  • Speaker #1

    Mesdames et messieurs, bonjour à toutes et à tous. C'est un grand plaisir de se retrouver dans ce palais des sports. D'abord, merci d'avoir... mis de côté le soleil et ce long week-end pour être là pour le lancement de cette biennale qui va nous occuper pendant huit jours, huit jours d'un programme extrêmement riche. C'est cette année notre cinquième biennale, huit ans déjà depuis 2017, biennale des villes en transition, transition sociale, transition environnementale, transition démocratique, transition dans notre rapport aux vivants. Transition qui s'appuie aussi pour nous depuis 2022, année où nous avons été choisis par l'Union européenne pour être la capitale verte de l'Europe, qui s'appuie sur la démarche Grenoble 2040. Grenoble 2040, c'est quoi ? C'est se dire que les enfants qui sont nés pendant cette année où nous étions capitale verte devront à l'âge adulte être neutres en carbone et neutres en biodiversité. C'est une échelle humaine. C'est une responsabilité pour nous, mais plus qu'une responsabilité, je crois que c'est un enthousiasme. Un enthousiasme pourquoi ? Parce qu'être neutre en carbone et être neutre en biodiversité, c'est tout sauf être neutre. Au contraire, c'est sortir du consumérisme, c'est refuser le maintien de l'ordre social, ici en France, mais aussi sur la planète. C'est lutter contre l'ignorance et l'obscurantisme, c'est éveiller sa curiosité. Et donc c'est un défi réjouissant pour l'humanité, c'est regagner du temps de vie, c'est regagner du sens, c'est regagner des liens. Et donc c'est inspirant, c'est à la fois très concret, parce qu'en parlant des villes en transition, nous parlons de nos façons de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, de prendre soin de notre santé. d'amener de la sécurité et de la solidarité sur notre territoire. Nous parlons d'éléments très concrets de notre vie quotidienne, comme quand nous avons rompu notre contrat avec Decaux pour la publicité, et donc retiré la publicité de l'espace public municipal. C'est donc éminemment politique et cela nécessite du débat public. Et cette biennale des villes en transition elle s'inscrit là-dedans. Comment accueillir à Grenoble, ville pionnière historiquement, comment accueillir des délégations de partout en France et de partout dans le monde, puisque nous accueillons une vingtaine de délégations internationales cette année. C'est accueillir, échanger, rêver. C'est aussi venir nous inspirer de ce qui se fait ailleurs. Et puis, comme à chaque biennale, nous avons choisi de mettre cet événement sous le signe de ma reine, en l'occurrence pour cette année. Et donc, nous avons le plaisir d'accueillir deux marraines dont les messages nous portent et nous inspirent. Elles seront là dans quelques minutes à mes côtés. Fatima Ouassak, d'abord, que je remercie d'être là. Fatima Ouassa, qui est la fondatrice du Front de Mer, qui est une activiste, essayiste d'une écologie qu'elle appelle pirate, donc une écologie ancrée dans le réel, ancrée dans la vie quotidienne et éminemment politique, éminemment affirmative, qui vient à la fois nourrir l'intellect et nourrir les combats de tous les jours. Un grand merci à elle d'être là. Elle nous parlera de beaucoup de choses, sans doute. Son dernier livre est aussi à la première personne du Puriel, ce récit du passage de l'accueil. Et c'est là pour nous une source de réflexion toujours extrêmement stimulante. Deuxième marraine, elle nous vient de loin. J'ai eu la chance de la rencontrer à Rio lorsque je présidais l'Organisation mondiale de la démocratie participative. C'est Monica Benicio. Monica Benicio, c'est une activiste militante, conseillère municipale de Rio, donc une élue qui a fait un combat pour le féminisme, un combat pour les droits des LGBT, un combat pour l'égalité. des corps et donc pour la lutte pour les minorités racisées notamment, qui est un grand défi au Brésil, comme chez nous, je le rappelle. Nous sommes aujourd'hui dans cette journée anniversaire, dans cette journée nationale de l'abolition de l'esclavage et il y a tant à dire sur le sujet. Et c'est des façons de combattre et de s'engager. Là aussi très militant, très politique, très inspirant, qui s'appuie notamment sur la place des femmes. Monica est aussi la veuve de Marielle Franco. Marielle Franco, elle marque aujourd'hui l'espace public de Grenoble, puisque nous avons un arrêt de tram à son nom, et qui était une militante, là aussi, des droits au Brésil, qui l'a payé de sa vie en 2018. Tout cela, ça nous parle aussi parce que ces combats pour gagner des sécurités, pour faire société autour des communs, pour nourrir toujours ce que nous avons de plus émancipateur en nous, de plus collectif aussi en nous, en respectant chacune et chacun, tout cela se traduit aussi dans notre vie municipale et notamment lors du dernier conseil municipal, nous avons voté un plan de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et de lutte contre les discriminations raciales. Nous avons un éminent besoin de travail en la matière et je voudrais que nous applaudissions ensemble aussi une figure qui a marqué la vie militante grenobloise de ces 50 dernières années, Marie-Thérèse Luray, qui nous a quittés cette semaine et qui a accompagné tant d'entre nous et aussi qui a combattu toujours pour l'égalité, combattu pour l'accueil. des immigrés algériens combattus pour les droits de tous les migrants et combattus dans la joie, la solidarité, le collectif, la culture et la danse. On la voyait souvent danser avec Jo Briand, son acolyte militant. Et cette figure qui nous a quittés, elle nous a portés, mais elle peut continuer à nous porter et je vous demande de l'applaudir. Elle a accompagné beaucoup d'entre nous et je me rappelle que quand j'étais jeune parent d'élève en 2004, nous lancions à Grenoble comme ailleurs en France les premiers collectifs du réseau Éducation sans frontières et trouver ces piliers du militantisme qui venaient nous former et nous soutenir, c'était un lien fort. N'oublions jamais cette transmission. À Grenoble, cette transmission, nous avons voulu aussi en faire un des vecteurs des 80 ans de la libération. Parce que oui, Grenoble est une ville résistante et ces 80 ans, depuis 2023, les 80 ans de la Saint-Barthélemy grenobloise, ils nous accompagnent avec deux mots d'ordre, résister et transmettre. Résister et transmettre, ça passe aussi par se dire de quoi nous voulons nous libérer aujourd'hui. Et donc nous avons aussi dans cette biennale... des chercheuses et des chercheurs qui viennent là, des sociologues, des historiens, des penseurs, mais aussi des activistes qui viennent penser avec nous cette histoire longue et voir comment elle peut nous nourrir et nous inspirer aujourd'hui. Ce sera aussi dans le programme de cette semaine. Ce programme est accueilli notamment et principalement dans ce Palais des Sports dont le format permet de faire ces choses. Absolument incroyable. On y a accueilli évidemment les Jeux Olympiques en 68 avec des moments forts aussi du sport et de géopolitique, avec notamment le match URSS Tchécoslovaquie 68 juste avant le printemps de Prague. Et puis là, vous aurez demain une émission de radio. Vous aurez ce soir des concerts, ce soir un spectacle aussi, Résiste, que je vous invite à rester voir. et venir dans cette biennale puiser de l'énergie à un moment où peut-être Le monde semble un petit peu fou. Ce monde né de la résistance, est né en France du Conseil National de la Résistance, mais à l'échelle mondiale d'un nouvel ordre. Ce monde, il vacille aujourd'hui. Il vacille avec les guerres, de retour sur le continent européen, avec l'attaque de la Russie sur l'Ukraine. Il vacille de façon extrême, avec Israël qui est... Aujourd'hui, après les attaques du 7 octobre, les attaques terroristes du 7 octobre, qui est dans un mouvement d'écrasement du peuple gazaoui et également en Cisjordanie, avec évidemment ce qui passe au Soudan, ce qu'il se passe au Congo, avec là, ces derniers jours, la guerre entre deux puissances nucléaires, deux des neuf puissances nucléaires, entre l'Inde et le Pakistan, deux des cinq plus grands pays du monde. qui se bombardent. Nous voyons cette géopolitique avec Trump de retour au pouvoir, avec les dictatures chinoises et indiennes. Nous voyons tout cela et pourtant nous continuons à avancer parce que, comme le dit Edgar Morin, c'est des petits grains de sable qui déraillent, qui bloquent les engrenages du pire dans l'histoire. Donc oui, nous avons une belle histoire à inventer. Oui, cette biennale... est pour nous une source d'inspiration. Nous y cuisinons, nous y dessinons ensemble, nous y rêvons. Et aussi, nous sommes pétris de culture. Et donc, je vous invite à aller au Musée de Grenoble regarder le peintre Silva, peintre brésilien, lui aussi dans cette année franco-brésilienne, et un peintre paysan qui vient dénoncer les travers de l'agriculture intensive. Là aussi, ça fait écho à nos stratégies alimentaires, ça fait écho à la sécurité sociale de l'alimentation, ça fait écho à beaucoup de choses que nous faisons. Et surtout, ça nourrit ce désir de beauté que les femmes et les hommes ont en eux et que nous devons entretenir plus que tout, entretenir pour pouvoir regarder loin, là au-dessus des difficultés du présent, pouvoir les traverser avec énergie et nous aussi construire. un monde meilleur, comme nous l'ont légué les résistants de la Deuxième Guerre mondiale qui ont réussi à mettre à bas le nazisme. Donc, grand programme. Vous pouvez picorer dans toute cette semaine des événements très variés. Et j'invite nos deux marraines, que je remercie encore d'avoir accepté cette mission, Fatima et Monica, à me rejoindre et à nous dire quelques mots.

  • Speaker #0

    Bonjour à toutes et tous, bonjour tout le monde. Je commence par dire que je suis ravie d'être avec vous. Je remercie évidemment Eric Piolle pour cette très très belle invitation et l'honneur qui m'est fait d'être marraine, surtout aux côtés de la camarade. Alors c'est un honneur et je le vis aussi comme un changement. Plutôt agréable, plutôt favorable. Parce que moi je suis plutôt dans le genre antiraciste, radical. Je ne parle pas de transition. Je ne parle pas d'adaptation. Ce ne sont pas des mots que j'utilise, qui font partie de mon champ lexical, de radical. Non, moi je parle plutôt de... nécessaires transformations, ruptures. Je parle de ségrégation. La ville, quand j'en parle, je ne dis jamais nous. Et je n'en parle pas comme d'un espace, d'un territoire qui serait homogène. La ville, souvent, quand j'en parle, c'est un champ de bataille. Le reflet, le miroir de rapports de domination. Et donc, je parle plutôt de ségrégation, socio-spatiale, raciale. Prenons par exemple la question de l'alimentation, comment bien se nourrir, comment bien nourrir ses enfants. Alors moi je vais avoir tendance à dire mais venez on va se balader dans la ville de Grenoble et on va voir à quel point on ne mange pas de la même manière, on n'a pas accès à la même alimentation selon que l'on circule dans tel quartier, sur tel territoire plutôt que dans tel autre quartier. Il y a une véritable ségrégation dans l'offre alimentaire et donc dans l'accès à l'alimentation saine, équilibrée. Et que cette ségrégation, elle est structurelle, elle s'est construite et elle est voulue. Il ne s'agit pas d'un accident. La ville de Grenoble, comme la ville de Montreuil, la ville de Strasbourg et d'autres, ne sont pas nées ségrégées. Évidemment qu'il s'agit de choix politiques, de politique publique. année après année, décennie après décennie. Mais si je dis ça, c'est dire à quel point, de demander à la radicale que je suis, qui n'a que le mot rupture et ségrégation et lutte à la bouche, de venir être marraine de ces biennales. Je me dis quand même que, peut-être qu'il y a une prise de conscience, en tout cas, une considération pour la nécessité de faire venir des gens, des organisations, des associations, des penseurs, des chercheurs, des militants, des militantes, depuis les quartiers populaires, depuis l'antiracisme, pour dire « mais venez, on va essayer d'imaginer quelque chose ensemble, malgré les ségrégations, les rapports de domination, malgré le fait qu'effectivement nous vivons dans un champ de bataille, on va essayer de construire du commun » . C'est comme ça que je le vois, en fait. Et effectivement, je suis d'accord pour dire que l'heure est grave. Il y a un certain nombre de crises que vous connaissez. Je ne vais pas en rajouter. On aura l'occasion, je pense, de développer tout à l'heure concernant la crise climatique, la montée en puissance des extrêmes-droites, des fascismes alliés au néolibéralisme, etc. C'est peut-être l'occasion de considérer la ville, les villes, comme des maquis, des lieux de résistance où on peut faire des choses. Voilà, et moi si je suis là, c'est aussi pour dire que si on veut construire un front commun, encore une fois, au-delà des rapports de domination et des ségrégations, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Voilà, c'est ça que je veux dire. Quand on a un projet que l'on veut antifasciste, de lutte contre l'extrême droite, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Et donc, on ne peut pas faire sans les populations qui vivent dans les quartiers populaires. Sans leurs priorités, sans leurs urgences, sans leurs questions de vie et de mort, sans leur inquiétude pour leurs enfants, ce qu'on appelle génération future, on ne peut pas faire sans. Pour l'instant, ce sont des populations qui ne sont pas si présentes autour de la table. Ce n'est pas un scoop que de le dire. Mais je pense qu'il faut passer la deuxième et permettre qu'on puisse... se dire dans quelle mesure on va créer de la fraternité, encore une fois parce que l'heure est grave et j'aurai l'occasion d'être plus dans le détail tout à l'heure. En tout cas, merci beaucoup pour cette invitation et je donne la parole à Maïka Marat.

  • Speaker #2

    Bonjour. Je voudrais d'abord remercier le Président Eric pour l'occasion d'être ici, et aussi d'être maîtresse. Je voudrais remercier Alice, qui sera ma voix en français. Je pourrais, selon ce que j'ai entendu ici de l'interprétation de la parole de ma compagnie, avoir déjà retiré mon moment de faire les considérations, parce que j'ai un accord absolument plein. avec ce qu'elle a mis en place. Mais comme je ne parle pas français, je vais donner mon déploiement en portugais avec l'aide d'Alice qui va me traduire ici, de temps en temps.

  • Speaker #3

    Bonjour à tous. Tout d'abord, je voudrais remercier Monsieur le Maire Eric pour cette opportunité d'être ici parmi vous et d'avoir été ma reine des Biennales. Alice va être mon interprète, elle sera donc ma voix en français. Et de tout ce que j'ai entendu, j'ai pu accompagner l'interprétation vers le portugais de ce qui a été dit par ma collègue. Et je pourrais même me retirer parce que je suis tout à fait d'accord avec ses propos. Néanmoins, je vais quand même proposer ma version en portugais qui sera donc traduite en français.

  • Speaker #2

    Je viens du Brésil et du Rio de Janeiro, une ville qui est magnifique dans son paysage, mais profondément inégal. Et je ne vois pas, comme le déclin qui a été donné, la possibilité de parler de villes en transition sans parler de justice raciale, sans parler de l'approfondissement de la gravité du collapse climatique aujourd'hui, de se pauter et principalement d'être structuré dans le racisme. Il faut avoir un compromis très profond et très sérieux. avec la lutte contre le racisme, pour que nous puissions penser à parler de transition, qui soit une transition pour une société plus juste.

  • Speaker #3

    Je viens du Brésil, de la ville de Rio de Janeiro, qui est une ville avec des paysages magnifiques, néanmoins une ville très inégalitaire. C'est important, quand on parle de ville en transition, de centrer ce débat sur l'idée de la justice raciale. Parce que c'est vrai qu'avec le fait qu'on assiste à un vrai collapse du climat, de plus en plus profond et plus grave, doit voir à quel point cette inégalité, ces injustices sont structurées par le racisme. Et c'est important d'avoir cette réflexion, de la contextualiser de cette façon-là pour qu'on puisse avoir une transition qui soit une transition sociale juste.

  • Speaker #2

    Embora Rio de Janeiro et Grenoble que ce soit dans des positions géographiques et économiques très différentes. On voit une profondeur de crise qui est globale. Je vais en parler plus tard, dans la prochaine table, mais j'aimerais dire l'impact que l'on a eu de présenter l'événement aujourd'hui, qui, dans une date aussi symbolique que celle qui se passe aujourd'hui, n'était pas une hommage au passé, mais surtout une écoute. de un processus historique grave, violent, qui est une outil et un produit de cette déségalité sociale que nous avons aujourd'hui, en 2025, mais en cherchant à avoir une écoute active sur ceux et celles qui ont été violentés et massacrés pour maintenir une société déségalée et penser à un processus de réparation historique au présent. Je viens donc...

  • Speaker #3

    de Rio. Rio est une ville très différente de Grenoble en termes géographiques, en termes économiques aussi. Néanmoins, c'est essentiel d'approfonder ce débat et de voir ce qu'on peut faire au niveau global. Plus tard, je participerai à une session, donc j'aurai l'occasion d'approfondir mes propos là-dessus. Mais ce matin, j'ai été impactée par ce que j'ai vécu. Nous sommes allés dans... Nous avons eu une rencontre dans ce contexte très important de la journée d'aujourd'hui et de tout ce qu'on essaye à rendre hommage. Et c'était important de voir que c'était configuré non seulement pas pour rendre hommage à ce qui s'est passé ou à cette mémoire, mais plutôt pour écouter. Écouter les personnes qui ont vécu ce processus historique extrêmement grave, extrêmement violent, qui a été l'esclavage, pour arriver... et qui a, d'une certaine façon, nourri les inégalités sociales qu'on peut percevoir aujourd'hui. Donc on a été là pour les écouter, pour avoir leurs rapports, leurs histoires de violence, et pour essayer de faire le lien entre les inégalités qu'on perçoit aujourd'hui et à quel point il est essentiel d'avoir une réparation historique.

  • Speaker #2

    La crise climatique affecte toute la société. Mais elle affecte de manière différente, dépendant du territoire, dépendant de la classe sociale et surtout de la race. C'est un effet global, mais nous savons que ceux qui souffrent le plus avec leurs impacts sont la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité. Et la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité a été historiquement placée dans ce lieu de vulnérabilité. et de la violence sociale. Donc, si il n'y a pas un compromis du pouvoir public de faire une changement radical et profond pour que cette transition sociale puisse exister avec une justice climatique efficace, nous ne pouvons pas avancer sans mettre le débat de classe et de race au centre du pensement de l'avance de cette transformation. Dans le prochain le périmètre qui pour l'instant je ne sais pas Je vais parler plus détaillé de ça, pour pouvoir traduire simultanément et vous en parler plus. Je vous remercie d'avoir été ma voix en français.

  • Speaker #3

    Le changement climatique, il affecte tout le monde, bien sûr, mais pas de la même façon en fonction de notre territoire, de notre classe sociale et de notre race. C'est pourquoi, en effet, il y aura un impact global du changement climatique, mais l'impact va être beaucoup plus ressenti par les populations les plus vulnérables. Et souvent, ces populations plus vulnérables, elles ont été marginalisées, vulnérabilisées de façon... intentionnelles historiquement et c'est pourquoi elles subissent autant de violences que ce soit des violences sociales mais aussi des violences climatiques. Donc si les pouvoirs publics n'arrivent pas à changer cette façon de faire pour avoir plus de justice, plus d'égalité, on ne pourra pas avancer dans ce débat qui doit vraiment se centrer sur l'inégalité de classe, l'inégalité raciale. J'aurai l'occasion de parler un petit peu plus sur cette thématique dans la table ronde qui suivra celle-ci. Ce sera en simultané, donc je pourrai m'approfondir un petit peu plus.

  • Speaker #2

    Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Nous déclarons la Biennale des villes en transition ouverte.

  • Speaker #0

    Ouverte.

  • Speaker #4

    Bonjour à tous, bonjour à toutes. Moi je suis ravie d'être là parmi vous aujourd'hui. Je vais vous accompagner durant cette première table ronde de la Biennale. La table ronde d'ouverture qui a pour thème, ça ne va pas être forcément très joyeux, mais ça va sûrement être très intéressant, crise socio-environnementale et climatique, des constats. à l'action. Alors, deux de nos intervenants, vous les connaissez déjà, puisqu'il s'agit d'Éric Piolle, le maire de Grenoble, et de Fatima Ouassak, qui est autrice militante. Je les fais revenir tout de suite. Je vous demande de les applaudir, s'il vous plaît. Et le troisième, vous ne l'avez pas encore vu, mais il va venir nous rejoindre tout de suite. C'est un... Néminant paléontoclimatologue, je vous demande d'applaudir Jean Jouzel. Alors, je vais commencer, je vais continuer peut-être, puisqu'on a déjà fait connaissance, on reviendra vers vous dans un petit moment. Mais avec vous, Jean-Joselle, je m'assois, ça sera plus confortable. Alors, je le disais, vous êtes l'un des plus éminents spécialistes du climat de la planète. Je ne vais pas retracer toute votre bio, ça serait un petit peu long, on n'a finalement pas tant de temps que ça. Vous avez obtenu l'équivalent du prix Nobel pour les sciences de la Terre et la médaille d'or du CNRS. Vous avez été vice-président du GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. C'est même d'ailleurs un peu vos travaux qui sont à l'origine de la création du GIEC. Et pour revenir un petit peu en arrière, on va voir que vous avez un lien avec Grenoble, parce qu'à la fin des années 80, au CEA, avec Claude Lorius, vous avez mis en évidence l'influence des gaz de serre sur le réchauffement climatique et donc travaillé ensuite au labo. de glaciologie de Grenoble, qui fait souvent l'actualité, qui fait la fierté, une des fiertés de la ville, évidemment il y en a bien d'autres. Et aujourd'hui vous êtes aussi président de Météo Climat. Voilà, alors évidemment je ne vous apprendrai rien en vous disant, puisque j'imagine que certaines des personnes qui sont dans la salle suivent ces sujets de très près. 2004 a encore été... Une année record en termes de réchauffement et selon l'Observatoire européen Copernicus, qui analyse des milliards de mesures issues de satellites, donc ce n'est pas aux doigts mouillés, des stations météo, d'autres outils, ce réchauffement en avril, donc il y a tout juste quelques jours, celui qui vient d'être mesuré, était encore au-delà de 1,5 degré. 1,5 degré, c'était la limite idéalement à ne pas dépasser selon l'accord de Paris. On voit bien qu'on n'a pas pris la bonne direction. Le constat est assez alarmant, Jean Jouzel.

  • Speaker #3

    Oui, bonjour à tous et à toutes. Alors, tout d'abord, merci de cette invitation, cher Eric. Alors, merci à double titre. Je suis à un double titre, invité, disons, à la Biennale, bien sûr, des villes en transition, mais aussi, je suis là au titre de la tournée du climat et de la biodiversité qui nous accueille dans le hall. Et je remercie tous ceux qui s'y impliquent. Voilà, disons que cette tournée, l'association que je préside, Météo et Climat, disons, est impliquée dans l'organisation. tournée. Merci pour ce double accueil.

  • Speaker #0

    Rien ne va plus, Marie-Caroline, c'est vrai. Nous sommes au-delà des 1,5°C. C'est quoi l'idée ? L'idée, ce serait quand même que nous soyons capables de préserver pour les jeunes d'aujourd'hui des conditions auxquelles ils puissent s'adapter dans la deuxième partie de ce siècle. Et c'est ça tout le problème. C'est-à-dire, c'est au cœur de l'accord de Paris que vous avez mentionné, à savoir que... Disons, si on veut s'adapter, on a une capacité d'adaptation, mais si on veut s'y adapter sans trop de difficultés, ce serait mieux d'être bien en deçà de 2 degrés. Et les pays les plus vulnérables, ça a été mentionné par Monika, et les populations les plus vulnérables pensent aussi que ce serait beaucoup mieux de limiter à 1,5 degré. Et nous y sommes. Donc c'est vraiment l'objectif, mais pour atteindre cet objectif par rapport aux jeunes d'aujourd'hui, aux générations futures, c'est aujourd'hui qu'il faut agir. c'est à dire aujourd'hui on a un double devoir On doit effectivement s'adapter aussi. Les villes en particulier sont au cœur de l'adaptation au réchauffement climatique. Pour moi, c'est très important. Je pense que nous y reviendrons. Mais aussi, on doit lutter contre le réchauffement climatique, c'est-à-dire diminuer nos émissions. Je rappelle, l'objectif, c'est neutralité carbone à l'horizon 2050 pour 1,5°C. On risque de ne pas y parvenir. On part plutôt vers 3°C. avec des conséquences très importantes. Et donc, on a vraiment à dire les difficultés dans lesquelles nous sommes et à faire appel à tous les ressorts de l'action. C'est ça qui est très important. Et je crois que l'action peut être largement aussi dans les villes, bien sûr, dans les territoires. Tout le monde doit regarder dans la même direction. Et c'est peut-être un peu ça la difficulté actuellement. Voilà, on a parlé des inégalités, des difficultés, on y reviendra. par rapport aux populations les plus vulnérables. Mais il y a aussi actuellement un autre mot qui nous manque beaucoup dans notre vocabulaire, c'est la solidarité. Je ne crois pas qu'on y arrivera si on n'a pas à prendre la mesure du réchauffement climatique, si on n'a pas vraiment un esprit de solidarité qui est en train de nous quitter au niveau planétaire. Et c'est ça aussi le point assez important.

  • Speaker #1

    Quelles sont les principales causes de ce réchauffement climatique ? En tout cas, ces dernières années.

  • Speaker #0

    Donc, c'est clair. Nous avons le réchauffement climatique, ce 1,5°C supplémentaire. C'est à l'échelle planétaire, c'est un peu plus en France. On n'est pas loin de 2°C, je pense, actuellement. Et ce réchauffement planétaire, il est entièrement dû à nos activités. Donc, il est dû à nos activités et très probablement de façon complète. C'est-à-dire, la façon la plus simple de l'expliquer, c'est de l'attribuer entièrement à nos activités. Il y a évidemment une variabilité naturelle du climat, mais ça ne peut jouer que sur l'ordre du dixième de degré. Voilà, alors nos activités, c'est quoi ? C'est les émissions de gaz à effet de serre. Je ne vais pas donner trop de chiffres, mais l'an dernier, on a émis 60 milliards de tonnes d'équivalent CO2. Donc, 37 liées au premier... Coupable, oui, je dirais coupable. Son utilisation combustible fossile, 37 milliards de tonnes. On y ajoute 5 à 6 milliards de tonnes pour la déforestation. On voit bien que c'est aussi la fabrication du ciment, 2 milliards de tonnes. Et puis, on ajoute grosso modo 15 milliards de tonnes d'équivalent CO2, entre 12 et 15 pour les autres gaz à effet de serre, dont on connaît l'origine, le méthane, le protoxyde d'azote, avec un lien avec l'agriculture et l'alimentation un peu plus fort que pour... bien sûr le gaz carbonique. Donc c'est bien documenté, il y a aussi la pollution qui contrecarre une partie de ce réchauffement, mais globalement, en termes de variabilité climatique, les gaz à effet de serre ont désormais pris le pas sur toutes les autres composantes, soit la variabilité naturelle, soit même un grand volcan. soit la pollution. Donc c'est vraiment les gaz à effet de serre qui sont malheureusement, disons, en tête des causes du réchauffement climatique.

  • Speaker #1

    Alors plus 1,5 degré, voire plus, malheureusement, évidemment, on se dit tout de suite que c'est une question de chaleur, mais pas seulement, il y a bien des conséquences sur le réchauffement climatique, des sécheresses, des hausses des précipitations ?

  • Speaker #0

    Oui, mais ici aussi des conséquences sur l'enneigement, sur les glaciers. Sur l'alpinisme aussi, j'étais à Chamonix il y a quelques semaines et les chamonnières sont très soucieux de ces parois montagneuses qui deviennent un peu plus friables parce que le gel n'est plus là. Donc il y a effectivement des conséquences dans les régions. Si vous êtes à bord de mer, vous pensez à autre chose, à l'élévation du niveau de la mer, mais dans les territoires, vous avez raison, ce sont ces... Je dirais que dans les villes, peut-être, la manifestation, les vagues de chaleur sont peut-être les plus difficiles à y faire face, tout simplement parce qu'il y a aussi ces problèmes d'îlots de chaleur dans les territoires, les sécheresses, les inondations, ça peut aussi être dans les villes, ces extrêmes climatiques sont vraiment de plus en plus au rendez-vous, et de plus en plus, de façon de plus en plus intense, c'est ce que nous... Après, voyons, ce que nous vivons aujourd'hui, c'est ce que nous envisageons depuis une cinquantaine d'années. Le message est très clair, c'est-à-dire que je crois qu'il faut faire malheureusement confiance à notre communauté dans ce qu'elle envisage au horizon des prochaines décennies.

  • Speaker #1

    Merci Jean-Joselle. On peut vous applaudir pour ce petit point. Voilà, maintenant qu'on a fait un petit état des lieux, Fatima Ouassak, on va pouvoir enchaîner avec vous. Alors, je ne sais pas s'il y a un deuxième... Je... Voilà, merci. Éric Piolle l'a dit tout à l'heure, vous êtes politologue, essayiste, autrice de nombreux ouvrages. Avec vous, on va resserrer un petit peu notre prisme avec des questions de... différentes un petit peu. Vous avez déjà évoqué dans votre présentation le domaine de recherche sur lequel vous étiez plus particulièrement active, notamment sur les quartiers difficiles, les personnes qui sont le plus en difficulté socialement, pour dire qu'il ne faut pas les oublier. Et il y a des personnes qui n'oublient pas l'écologie. On se dit l'écologie, on en parle un peu partout. Au départ, c'était les écolos qui faisaient de l'écologie. Et puis finalement, aujourd'hui, tous les partis politiques s'y mettent. Et même ceux qu'on n'attendait pas, l'extrême droite.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est une certaine forme d'écologie. Ce n'est pas une bonne nouvelle. C'est Jordan Bardella qui disait que l'écologie, ce sont les frontières. L'écologie, c'est les frontières. Bon, donc effectivement, l'écologie n'est pas immunisée. Elle n'est pas forcément de gauche. Elle n'est pas forcément progressiste. Ce n'est pas forcément émancipateur. Il y a effectivement une écologie d'extrême droite qui existe et qui monte en puissance, ça on le sait. Si vous permettez, je voulais quand même dire un mot à propos de... Déjà, je suis honorée d'être en votre présence. Je balbutie là, après tout ce que vous venez de présenter. Simplement, je voulais revenir sur le lien entre cette question des injustices. et la nécessaire solidarité, vous disiez ce mot n'est pas assez présent, on n'en parle pas suffisamment, etc. Moi je voulais juste me glisser entre ces deux mots pour dire que ça va être difficile d'observer ces injustices, de les constater, s'en apprister, et de dire mais finalement regardez, on est quand même dans le même bateau, parce qu'on va tous et toutes subir les conséquences de ce dérèglement climatique, Et donc, venez, soyons solidaires et menons... des actions, donc moi je suis d'accord sur ce terme, il faut être en mouvement, menons des actions pour lutter contre le dérèglement climatique. Ça va être difficile s'il n'y a pas une étape qui consiste à lutter contre les injustices, précisément les injustices, j'insiste là-dessus, raciales et coloniales. Je m'explique sur cette urgence et cette nécessité. Il se trouve que parmi les terres qui sont les plus ravagées, euh... il y a ces terres qui sont habitées par les populations qui sont les plus sous-humanisées, les plus déshumanisées, les plus victimes de racisme. Il y a là une coïncidence quand même. Les terres qu'on doit le plus protéger, ce sont ces terres qui sont habitées par des personnes qui sont dépossédées de leur pouvoir politique, qui sont sous-humanisées, etc. Donc on voit bien que même si on a dans le viseur cette action. pour lutter contre le dérèglement climatique, lutter contre les ravages causés à la Terre, et à ces terres-là en particulier, on voit bien que dans le même moment, dans le même temps, il faut lutter aussi contre la déshumanisation, la sous-humanisation des populations qui habitent ces terres. Il faut lutter pour que ces populations aient plus de pouvoir politique. Le pouvoir de dire, non, nous refusons tel ou tel ravage, nous refusons tel ou tel autoroute, tel ou tel centre commercial, tel ou tel data center, etc. Donc on voit bien que... Oui, nous sommes condamnés, c'est ce que je disais un petit peu tout à l'heure, nous sommes condamnés à mener ces deux luttes de front, une lutte contre le dérèglement climatique et une lutte antiraciste. Sinon, tout simplement, ça ne marchera pas. Je veux dire, quand on va dans les quartiers populaires et qu'on invite les populations qui y vivent en disant mais venez rejoignez-nous sur ce front éco... précisément contre le dérèglement climatique. Mais ces populations peuvent nous répondre, mais vous me demandez de protéger une terre alors qu'on me répète à longueur de temps, et de plus en plus d'ailleurs, que cette terre, je n'y suis pas légitime et que mes enfants qui grandissent pourtant n'y sont pas légitimes. Donc voilà, charge aux responsables politiques aussi, aux parents que nous sommes aussi, à la société civile, de répéter à ces gens-là, à ces enfants-là, cette terre, c'est la vôtre. Vous y êtes légitime aussi et on va se battre pour une égale dignité humaine. Donc ce n'est pas une option, ce n'est pas quelque chose qu'on peut mettre de côté en disant « concentrons-nous quand même sur la solidarité et sur l'action contre le dérèglement climatique » . Non, il va falloir passer quand même par cette étape de lutte antiraciste et anticolonialiste. Alors oui, tout à l'heure je disais quand même les observations qui ont été faites de cette lutte contre le dérèglement climatique à l'heure de Trump. C'est-à-dire à l'heure où on nous met en situation d'impuissance politique, où on nous explique que c'est trop tard, qu'on ne peut pas faire grand-chose, que les changements structurels qui sont pourtant nécessaires, étant donné l'urgence climatique, et notamment des changements structurels pour plus de justice, on sait que, je l'ai dit à l'instant, c'est lié, on nous explique que ces changements structurels n'auront pas lieu. Il y a dans le même temps une alliance de plus en plus forte entre les fascismes et le néolibéralisme, et on sait bien que fascisme et néolibéralisme vont causer encore plus de ravages. Alors face à ça, avec ces observations, qu'est-ce qu'on peut faire ? Alors moi il y a une phrase de Fanon que j'aime bien, que je cite de plus en plus, Franz Fanon, penseur décolonial, résistant aussi, qui a participé à la lutte de libération, lutte révolutionnaire algérienne. Et alors Frantz Fanon écrivait dans les Dannées de la Terre « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. Donc voilà, moi je suis... J'aime bien ces envolées lyriques qui parlent de mission, où nous avons notre part à jouer. Et face à ça, j'ai l'impression que... Cette mission peut consister soit, et c'est tout à fait honorable, à dire que c'est tellement dur aujourd'hui que la stratégie que l'on peut choisir doit être une stratégie de repli. Il faut arrondir les angles, il faut mettre de l'eau dans notre coca, dans notre vin, en tout cas il faut tamiser, il faut tempérer. Ça c'est une stratégie possible de dire, mais vraiment, ça va trop vite. Il faut ralentir le train qui pourrait sinon tous nous précipiter dans les abîmes. Donc vraiment, ralentissons. Ça, c'est une stratégie possible, une stratégie de repli. Et puis, il y a une autre stratégie possible, c'est au contraire d'accélérer. C'est de radicaliser, c'est de cliver, c'est de foncer en fait. Moi, je fais partie de celles et ceux qui pensent qu'il faut accélérer. radicaliser, voilà, et prendre à bas le corps le combat, notamment le combat antifasciste, et antiraciste, et féministe, des combats d'émancipation. Moi, je pense qu'il faut vraiment passer à la deuxième, que c'est maintenant ou jamais, en fait, qu'effectivement, on est à une sorte de tournant. Et André Gortz disait, c'est soit la civilisation, soit la barbarie. Et je pense effectivement qu'il y a de ça en ce moment. Alors là, on parle au niveau local et on pourrait dire, mais tes grandes envolées lyriques, bon, c'est très abstrait tout ça, c'est plutôt au niveau global, etc. Et moi, je pense l'exact contraire. Moi, je pense que c'est au niveau des villes, en fait, qu'on peut lutter réellement contre le fascisme. Pourtant, au niveau des villes, on parle souvent des petites choses, la nourriture, la circulation, les mobilités. Ça paraît très technique et justement pas idéologique. Et moi, je pense que ces petites choses, c'est le front de résistance contre le fascisme. Et on pourrait faire de nos villes, on pourrait faire des maquis, des laboratoires expérimentaux dans la lutte contre le fascisme qui vient, précisément dans la lutte contre l'extrême droite, précisément dans la lutte contre le Rassemblement national, puisqu'il faut nommer ce parti Kéo. aux portes du pouvoir. Moi, je pense que vraiment, les villes, il y a quelque chose là à jouer et à assumer, à dire vraiment, voilà, on ne se contente pas de petites choses comme ça et on en appelle pour les gens qui prennent des responsabilités. On en appelle à une vision politique globale, à ces grandes envolées lyriques, y compris au niveau local. Moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là à faire. Alors, j'ai pris quelques petites notes pour ne pas rester trop dans les nuées. Et si j'ai encore quelques secondes...

  • Speaker #1

    Rapidement, parce qu'on va pouvoir enchaîner pour pouvoir faire passer la parole. Mais sinon, on peut poser des questions et continuer. Si vous avez un petit mot encore... Vous pouvez y aller.

  • Speaker #2

    Je préfère le garder pour tout à l'heure.

  • Speaker #1

    Alors, on le garde pour tout à l'heure. Merci. Sur ces premières prises de parole, Eric Piolle, vous aviez souhaité intervenir sur la question qu'on ne voit pas comme ça dans le titre, mais qui est la question de la santé et qui est évidemment primordiale, parce que quand on a la santé, c'est l'essentiel, c'est bien ce qu'on se dit.

  • Speaker #3

    Oui, disons que c'est un des fils qui permet d'avancer dans cette métamorphose ou cette transition. J'aime bien le terme de métamorphose aussi, mais le terme de transition, il marche pas mal parce qu'il y a ce mouvement qui a été fondé par Rob Hopkins et qui finalement crée des dynamiques internationales. Et ça, je pense que c'est important pour nous quand nous pensons... la conduite des affaires publiques et comment cette conduite des affaires publiques peut nous amener dans la direction de la société que nous voulons voir. Nous cherchons à la fois les ruptures que nous pouvons poser et nous cherchons ce qui peut lier, qui peut mettre en mouvement et fédérer tout le monde tout en ayant un objectif de réduction des inégalités. Et donc la santé pour ça, ça marche. très bien. La définition de l'Organisation mondiale de la santé, c'est un état de complet bien-être, mental et physique, donc c'est bien plus que l'absence de maladies ou l'absence d'infirmités. Et à travers cela, on peut lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé, qui sont factuellement, évidemment, scandaleuses, parce que là, c'est notre rapport au temps. et comment nous pouvons utiliser notre temps sur Terre. Il y a un petit rapport au mystère humain. Nous ne savons pas pour combien de temps nous sommes là, nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, et nous ne savons pas où nous allons. Donc ça fait beaucoup, mais là c'est à l'échelle humaine. Et donc cette question-là, en fait, permet à la fois de dire, bon ben voilà, les Hauts-de-France par exemple, ou le Nord-Pas-de-Calais, c'est quatre ans d'espérance de vie de moins que la moyenne des Français. Ça permet de dire, tiens, les évolutions, les lois sur le travail, les lois Hartz en Allemagne, ça a eu une baisse de l'espérance de vie, pas l'espérance de vie en bonne santé, mais une baisse de l'espérance de vie pour les deux derniers déciles de la population allemande. Donc les 20%, les moins aisés des Allemands, ont vu leur espérance de vie baisser. Ça permet de dire que les inégalités sociales et territoriales à l'échelle d'une ville, elles sont criantes. Et donc 14% de pauvreté en France, un petit peu plus, ça monte. La baisse du chômage n'a pas permis de sortir la pauvreté, loin s'en faut. Un nouveau rapport venait le montrer. Que dans les villes, c'est là qu'il y a le plus de pauvreté, puisque c'est aussi un havre à la fois d'anonymat, de solidarité, de services publics. Et donc c'est plus de 20% de... de pauvreté dans les grandes villes, que si on descend à l'échelle des enfants, c'est plus d'un enfant sur trois à Grenoble, ville pourtant riche, qui va bien, pionnière, économie, machin, bon, toutes nos forces. Mais malgré ça, c'est quand même un enfant sur trois qui naît dans une famille sous le seuil de pauvreté. Et donc, en travaillant les questions de santé, On a à la fois quelque chose qui intéresse tout le monde, quelle que soit la situation économique ou culturelle, et un vecteur de réduction des inégalités sociales et territoriales. Et puis il y a une deuxième dimension qui est pour moi très forte dans pourquoi on a choisi la santé comme l'espace public, qui aussi appartient à tout le monde, dans lequel il se passe plein de choses et dans lequel on peut retrouver des conflits d'usages ou une société du commun, c'est que Ça permet de territorialiser le débat, de nous ramener à notre condition de mammifère. Nous sommes dans un territoire et donc ça permet un peu de s'affranchir de cette difficulté incroyable dans la lutte contre le changement climatique, qui est que le climat des prochaines années ou l'évolution des niveaux de l'eau en fait est déjà connue parce que c'est sur les émissions de gaz à effet de serre que nous avons déjà fait. Donc celles que nous sommes en train de faire sont en train d'impacter le climat de dans 20 ans, 30 ans. Donc il y a un décalage dans le temps, et puis il y a un décalage, surtout une absence de prise dans l'espace, puisque quand bien même, nous arrivons à la neutralité carbone, si les autres ne le font pas, on prend quand même les effets du dérèglement climatique. Donc on se dit finalement, à quoi bon ? Et donc ça peut engendrer d'autres phénomènes qui viennent nourrir les prédations, et en ce moment, on est vraiment dans des logiques de prédation qui sont poussées à l'extrême. Avec la santé, avec la pollution de l'eau, de l'air, des sols, là on a un bénéfice direct. Quand on améliore les choses, non seulement c'est bon pour le climat, non seulement c'est bon pour notre rapport global à l'humanité, mais c'est bon pour nous ici et maintenant. Si nous atteignons le niveau de pollution de l'air recommandé par l'Organisation mondiale de la santé en 2030, C'est pour les habitants du bassin Grenoble-Bois, les 700 000 habitants du bassin Grenoble-Bois, trois mois et demi d'espérance de vie. Et les chercheurs ont calculé que c'est d'ici 2045, 8 milliards et demi d'euros d'économie. Donc on se retrouve à un point qui est radical dans le terme où c'est à la racine et qui nous permet de tirer des fils de façon transversale dans toutes les politiques. Quand on parle de santé, on va parler de sport et santé. On peut parler d'alimentation évidemment et santé. En ce moment avec la Sécurité sociale de l'alimentation, on est au cœur de sujets. On va parler d'urbanisme et de santé et nous avons une charte d'urbanisme favorable à la santé où nous travaillons à l'échelle de quartier, notamment à Flaubert qui est un peu notre quartier phare, pionnier, pilote en la matière. Nous regardons les questions de santé et les questions d'urbanisme et d'aménagement urbain, pas que les questions de pollution de l'air mais qui nous amène à faire des constructions en... en paille et bois dans une école de la ville neuve ou des constructions en terre et bois à Flaubert. Donc ça nous permet de tirer des fils comme ça extrêmement forts, ça nous permet de tirer des fils de prévention de santé mentale, qui est un sujet majeur, qui pour moi a été mon plus gros choc. On vous demande toujours quand vous devenez maire, alors c'est quoi la surprise ? Moi j'ai dit 2014, c'était la santé mentale de la population, que j'ai pris en pleine face parce que je n'avais pas cette perception, je voyais dans mon milieu des burn-out, pendant tant, des gens qui avaient travaillé trop, qui avaient des conflits internes très forts, mais en devenant maire et en tout d'un coup appartenant, si je puis dire, à l'ensemble de la population et donc en rencontrant l'ensemble des habitants, j'ai pris conscience de cet état de fragilité mentale extrêmement fort. qui ne s'est pas améliorée depuis, pas améliorée avec le Covid, pas améliorée avec tout ce que derrière vous avez pu lire, notamment sur la santé mentale des jeunes, qui est évidemment un de nos soucis premiers. Donc à travers cette question de la santé, il y a toute cette politique transversale, et à la fois des éléments très concrets qui vont de centres de santé dans les quartiers populaires, avec nos projets avec l'AGEXA, l'association des centres de santé à Grenoble, où là on retrouve 18 000 habitants de quartiers populaires qui sont soignés par ces médecins qui font un travail militant remarquable. Et ça marche aussi pour quand on oblige, je ne sais pas comment on dit, puisqu'on conditionne nos subventions aux clubs sportifs à des formations aux violences sexistes et sexuelles pour l'ensemble des clubs. Tout ça contribue d'une même politique et d'un même fil rouge qui parle à tout le monde et qui pourtant... réduit les inégalités sociales et territoriales de santé.

  • Speaker #1

    Alors Jean Jouzel, on vient de le voir avec Fatima Ouassak et Eric Piolle à quel point la ville est un échelon pertinent pour essayer de lutter contre les crises socio-environnementales. Pourtant, les villes, globalement, ne sont pas adaptées au réchauffement climatique quand on voit tous ces bâtiments importants.

  • Speaker #0

    Oui, merci. Permettez-moi de réagir, mais c'est lié par rapport à ce qu'ont dit Fatima et Eric. Oui, le problème d'injustice climatique est au cœur de mes préoccupations. Je m'y suis beaucoup intéressé.

  • Speaker #1

    D'ailleurs, vous avez rédigé un rapport avec le Conseil économique et social.

  • Speaker #0

    Il y a plus de tout ça. Et justement, en France, une des injustices climatiques, c'est justement la difficulté... des populations les plus modestes à faire face au réchauffement climatique parce que, soyons clairs, disons qu'il y a des vagues de chaleur, il y a ceux qui peuvent quitter la ville, c'est mon cas, quand je suis à Paris c'est invivable, mais je fais en Bretagne, il y a ceux qui ne peuvent pas, c'est très clair. Donc il y a vraiment une injustice très importante. Bon, une injustice, j'aime aussi réagir, c'est un peu, donc, on sort un livre cette semaine, voilà, et... Un des chapitres, c'est « Les orphelins de la planète » avec Alain Grandjean et Claude Henry, qui malheureusement est disparu les dernières semaines. Mais justement, dans ce livre, on aborde un des chapitres, c'est la seconde époque coloniale. C'est justement ce qu'on essaye de dire, c'est-à-dire que c'est un justice très forte des pays. de certaines régions, vous l'avez évoqué, qui sont vraiment au cœur de ces difficultés. J'évoquerai d'ailleurs ces problèmes demain matin sur France Inter. Je veux dire, donc, voilà. Et Eric, oui, quand même, c'est vrai, la santé, mais la santé, le réchauffement climatique va jouer sur la santé. On a justement une journée scientifique sur climat et santé en fin d'année, y compris la santé mentale et l'éco-anxiété. Donc, bien sûr, sur les maladies vectorielles, sur les... sur les difficultés à faire face aux vagues de chaleur. Mais voilà, donc tout ça est lié. Ce que je veux dire, la transition de la ville, ce n'est pas que le climat, ce n'est même pas que la biodiversité. J'aime bien la conclusion du GIEC, c'est que le réchauffement climatique, c'est une menace pour notre humanité, pour la santé de notre planète, la nature qui nous entoure, mais c'est aussi une menace pour l'organisation de nos sociétés. Et ça, je suis vraiment, c'est ça que je partage aussi. Ce problème de clivage politique, très clairement évoqué. Voilà, donc c'est ça. Alors maintenant, pourquoi les... Si, les villes, c'est très important qu'elles s'adaptent au réchauffement climatique, c'est pas si facile. Voilà, je me suis intéressé pas mal à ce qui se passe à Paris, par exemple, mais c'est... Bon, disons, je pense que les... Il y a des choses à faire dans les villes qui commencent à être faites, j'imagine aussi à Grenoble, parce que ce n'est pas facile Grenoble-été. Donc ça j'ai quelques souvenirs quand même, si vous n'êtes pas les mieux placés dans cette cuvette. Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire, et en tout cas c'est de prendre le problème au sérieux. Mais quand même, on le rappelle quelques chiffres, les grandes villes c'est 70% d'émissions de gaz à effet de serre, 70% de l'énergie, il y a beaucoup à faire. C'est vous qui avez la main, vous, les collectivités, les villes ou les collectivités au sens large sur bâtiments, urbanisme, mobilité, les circuits alimentaires aussi. Donc tout cela, c'est quand même au cœur d'une stratégie d'adaptation des villes par rapport au réchauffement climatique. Mais il ne faut pas le prendre qu'à travers le réchauffement climatique. C'est vraiment une vision globale. l'aménagement d'une ville, et je suis d'accord, son aménagement sociétal. Comment fait-on pour diminuer les inégalités ? Parce que le premier risque du réchauffement climatique, c'est justement l'accroissement des inégalités entre pays, entre générations, entre populations de la même ville. Et c'est cela qu'il faut vraiment éviter et regarder cela dans, pas simplement, disons ponctuellement, les îlots de chaleur, mais c'est l'ensemble. Avoir une vision globale de cette transition dont on parle aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Il faut vraiment soutenir les quartiers parce que les quartiers parfois pour eux la question aujourd'hui c'est pas la fin du... Enfin cette expression un peu éculée mais c'est pas la fin du monde, c'est la fin du mois qui est importante.

  • Speaker #0

    Je crois que les deux, mon capitaine. Je ne pense pas qu'on a besoin d'opposer fin du monde et fin du mois pour ces populations-là, en considérant que dans les quartiers populaires, l'essentiel, c'est de manger, de lutter contre la précarité, le chômage, etc. Comme si des enjeux de liberté, de contemplation, comme si ça, ce n'était pas important. Mais on meurt de ne pas être libre. On meurt de ne pas pouvoir contempler la beauté du monde, de ne pas pouvoir contempler le soleil se coucher. C'est le cas dans les quartiers populaires. Souvent, ce sont les endroits les plus emmurés où on ne voit souvent le soleil qu'entre 11h et 15h. Donc en été, au moment où il est le soleil le plus agressif, on meurt de ça. Alors évidemment, ce n'est pas le chômage, ce n'est pas la précarité, etc. Mais ce n'est pas moins important. Ça fait partie des aspirations humaines. Dans les quartiers populaires, il faut le dire, je pense qu'on est beaucoup à s'inquiéter du fait que, par exemple, nos garçons, nos adolescents ne peuvent pas circuler librement à l'endroit où ils sont nés. Ça, c'est une vraie angoisse. Évidemment, il faut y vivre pour le savoir précisément. Il faut avoir des enfants non-blancs, des enfants musulmans, des garçons en particulier, des adolescents, pour comprendre ce que c'est de ne pas pouvoir faire deux pas tranquillement, sans être arrêté par un dispositif sécuritaire, la police armée, qui demande des papiers comme si on était à une douane, et comme si c'était normal de demander à des enfants qui sont nés là, des passeports, des papiers d'identité, encore une fois, comme si on était à un checkpoint. Ça, c'est une vraie inquiétude, c'est une vraie angoisse quand on demande aux gens pourquoi ils veulent quitter le quartier. Parce que beaucoup de gens, quand même, qui veulent quitter leur quartier malgré le rapport affectif qu'ils peuvent avoir, encore une fois, à l'endroit où ils ont grandi. Ça, c'est une des inquiétudes, une des angoisses. Nos enfants ne sont pas tranquilles ici. Ils ne sont pas libres, ils ne peuvent pas bouger. Ensuite, il y a la question de l'école, les questions de santé, les questions de... de petits émandasmes, par exemple. C'est un vrai problème, bien respirer à ces endroits-là. Mais non, je pense qu'il ne faut pas du tout opposer les deux. C'est ce que je disais tout à l'heure. Il n'y a pas des questions pratico-pratiques, locales et puis des aspirations globales et philosophiques et idéologiques quand on a le temps pour les gens qui ont le temps. Je pense qu'il faut avoir cette exigence, cette ambition, parler de liberté fondamentale, parler d'égalité humaine, y compris là et en particulier là, dans les classes populaires et dans les quartiers populaires. et il y a des choses à faire. Par exemple, pour améliorer la... libre circulation, alors moi dans ma ville à Bagnolet où je milite un petit peu on fait des chasses au trésor par exemple avec les gamins et très précisément par exemple on demande aux autorités publiques de bloquer l'accès aux routes pour les voitures et donc c'est la police qui s'en charge et donc c'est rigolo la police qui arrête les voitures pour laisser passer des gamins de quartier bon Ce n'est pas la fonction première d'habitude de la police dans les quartiers populaires. Là, c'est bien, c'est utile. Et puis voilà, du coup, ça leur permet de mieux circuler en sécurité. Ça permet aussi à leurs parents, à nous en fait, de bien comprendre l'enjeu des villes sans voiture. Et puis cet enjeu de lutter contre les pollutions atmosphériques, etc. Il y a quelque chose là de très joyeux. Et quand on propose ce type de projet, et aux enfants et à leurs parents, on parle de liberté de circulation. On parle de liberté fondamentale, on parle de joie dans la rue. Vous voyez, on n'est pas obligé de dégrader le propos et les exigences sous prétexte qu'il s'agit de classes populaires encore une fois. J'insiste là-dessus. Dans les classes populaires, on veut du beau aussi pour nos enfants et ça peut fonctionner.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, ces messages pour certains, parfois, ils sont difficiles. à entendre. Comment vous arrivez, vous, à les faire passer ? Parce qu'on s'aperçoit bien en discutant que finalement, c'est tellement transversal, il y a tellement de choses à faire. Ça va, vous ?

  • Speaker #0

    Vous avez toujours du courage ?

  • Speaker #2

    Ça va parce que ça n'enlève pas la frustration, évidemment, de ne pas faire tout ce qu'on aimerait faire pour des contingences qui peuvent être financières d'abord, administratives ou politiques. trouver les moyens de... de créer des alliances sur des intentions qui sont communes pour avancer. Mais moi, je suis, fondamentalement, je pense qu'en fait, à la racine de notre problème, il y a la prédation. Et donc, je regarde, quand je dis nos trois adversaires, c'est le consumérisme, donc comment on nourrit nos pulsions de désir de bien. Et puis, on y dit toujours plus de machins, de trucs. et puis Il faut avoir ci, avoir ça, et puis ceux du dessus vont passer à autre chose, et puis il faudra courir derrière, donc cette pulsion consumériste. Le deuxième adversaire, c'est l'ordre social, le maintien de l'ordre social. Et évidemment, quand on se dit qu'il faut passer en France de 10 tonnes à 2 tonnes, on se doute bien que ceux qui vont devoir modifier leur mode de vie Merci. Ce n'est pas les 50% les plus vulnérables de la population qui sont déjà à 5 tonnes et moins. On se dit que les 10% qui sont à 18 et plus, pour eux, ça va être plus compliqué. Mais racines d'éducation chrétienne, de temps en temps, j'ai envie de vous rappeler la parabole, il sera plus facile à un chameau de passer par le fil de l'aiguise qu'à un riche de rentrer au royaume des cieux. Je mets ça de côté, puisque évidemment, je fais de la politique, donc je suis laïque, et puis je ne suis pas croyant. Mais il n'empêche qu'on retrouve dans cette lutte... contre la prédation on retrouve la domination des hommes sur les femmes et on retrouve évidemment la domination spatiale sur la planète la prédation sur les ressources la prédation parfois sur les corps évidemment parler ce matin et on retrouve les questions de néocolonialisme interne à nos pays et donc les questions de racisme et donc c'est une même lutte La montée de l'extrême droite, c'est aussi le fait que face au néolibéralisme et à la peur du déclassement, il faut s'assurer pour ceux qui ont peur du déclassement, qu'au moins dans ce déclassement, ils continueront de dominer les femmes, les Noirs et les Arabes. Donc quand nous agissons dans ces luttes contre les discriminations, pour ma part, j'ai l'impression de faire partie de cette même lutte contre la prédation en général. Et c'est pour ça que des questions comme la condition animale sont aussi des vecteurs très puissants de transformation, parce qu'à travers la condition animale, on vient dire en fait, voilà, on est en train de tuer un animal, mais c'est un être vivant. Alors on a dit, ça m'amuse, moi qui adore l'histoire, de voir l'évolution de comment on a caractérisé les humains. Bon, plus ça va, plus on se dit qu'on n'a pas grand chose de différent du reste de la condition animale, quand même. en termes de sensoriels, même on disait tiens nous avons la mémoire, on voit des éléphants qui retournent sur les lieux de leurs ancêtres passés qui sont morts. En fait nous avons là un comportement de prédateur en général. Et venir travailler sur ce comportement de prédateur nécessite, c'est pour ça que... j'aime bien parler de métamorphose, nécessite un changement effectivement extrêmement puissant par rapport à ce qu'a été la société, on va dire, industrielle dans son ensemble, la société moderne depuis le milieu du 19ème. Donc ça fait partie d'une même lutte. À la place à laquelle je suis, une fois que j'ai fait ce constat, nous lançons des politiques pour s'attaquer, on s'attaque au consumérisme, on dit, tiens, on sort de la pub. On s'attaque à la condition animale en disant qu'on va faire tout végétarien sur le protocole de la ville. Et puis que maintenant, notre standard, c'est le repas végétarien à la cantine. Il faut demander. Ce n'est plus vous demander une alternative végétarienne, c'était ton combat à bagnole. La base, c'est le menu végétarien. Et vous pouvez demander d'avoir du poisson ou de la viande, mais ce n'est pas le menu standard. La base c'est le déplacement à vélo ou le déplacement à pied en premier lieu. Et vous pouvez évidemment continuer à vous déplacer en voiture, mais ce n'est pas le principe de base. La base sur l'autoroute qui arrive de Grenoble, nous avons eu la première voie de covoiturage. Je suis content parce qu'au bout de 2018, l'accord avec Elisabeth Born, sept ans plus tard, on commence à avoir les premières verbalisations. C'est une voie de covoiturage pour dire que dans une voiture, on ne se promène pas tout seul. Dans un char de 2 tonnes, on ne met pas 60 kilos de barbac humaine. On doit pouvoir faire mieux. On est à 1,04. Sur les 100 000 voitures qui rentrent à Clus de Vorep, 1,04 passagers par voiture. On peut essayer de réduire le nombre, de faire plein de trucs. Mais si déjà on est 2 ou 3 par voiture, on aura réglé une grande partie du problème. Et donc, il y a tout ce... Pour moi, c'est une même lutte. lutte et il faut trouver Évidemment la cohérence sur la transition énergétique, on a réduit de 40% les consommations d'énergie de la ville et de 70% les gaz à effet de serre, puisque nous avons aussi décarboné nos sources d'énergie. Nous avons maintenant plus de 50% de repas végétariens, 95% de bio et végétariens de bio dans les crèches. Nous faisons toutes ces politiques, planter des arbres, évidemment, et lutter contre les îlots de chaleur, multiplier les logements sociaux, on vient de passer des 25% cette année. Mais tout cela fait partie d'une même vision de lutte contre la prédation. Donc, sortie du consumérisme, lutte contre le maintien de l'ordre social et cette lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme qui sont des vecteurs utiles. Nous avons des alliés objectifs et même dans le domaine de la santé, typiquement, nous avons été la première collectivité en France à salarier des travailleurs pairs, c'est-à-dire d'aller chercher des habitants du quartier qui vivent des enjeux d'accès aux soins et de prévention, de les former. et c'est E qui maintenant avec une casquette de salarié de la ville font ce travail de prévention santé et d'accès aux soins plutôt que d'avoir effectivement de venir porter la parole depuis l'extérieur. Je pense que ces questions-là sont essentielles.

  • Speaker #1

    Jean Jouzel, puisqu'on parle de prédateurs, alors évidemment c'est un peu l'éléphant dans la pièce, mais pas l'éléphant sympa que vous avez évoqué tout à l'heure qui sait tout seul aller se mettre dans un coin quand ça va moins bien. Donc l'éléphant dans la pièce c'est Donald Trump. est-ce que Est-ce que ça vaut le coup de continuer à lutter ? Vous, les actions qu'il a commencé à mener, on voit déjà les conséquences ?

  • Speaker #3

    Oui, effectivement. Tout simplement, le premier mot de notre livre, c'est « prédateur » . Alors Donald Trump, nous sommes au creux de la vague. Nous sommes ici, je pense, toutes les personnes qui sont dans cette salle se sentent concernées par cette transition au sens large, à la fois… climatique, la biodiversité, tous les problèmes d'environnement, les problèmes sociétaux. Mais on fait face à des vents contraires. Alors sur le climat, il y a ce climato-scepticisme qui ne repose sur rien, simplement sur l'idée qu'il ne faut pas changer les choses. C'est clair, il n'y a aucune réflexion par rapport au phénomène lui-même. Par rapport, mais je suis encore, bon, alors voilà, disons en termes généraux, je suis évidemment très concerné par la politique de Donald Trump, mais je suis aussi extrêmement...

  • Speaker #2

    vraiment...

  • Speaker #3

    la vraie question c'est la négation de la science, pas simplement dans notre domaine. Je veux dire, elle est... elle vaut pour notre domaine, mais elle vaut surtout pour tous les domaines. Et ça c'est extrêmement difficile. Voilà, donc c'est quelque chose. Mais voilà, donc Donald Trump, oui, voilà, on commence à avoir des effets. Mais même chez nous, enfin chez nous je dirais... Il y a quand même un recul dans les ambitions de l'Europe, par exemple. Soyons clairs, ne soyons pas naïfs. Disons, le Green Deal est en train de reculer. Ce n'est pas qu'à cause de Donald Trump, mais on voit bien que cet esprit, l'ambition qui était là, est en train de s'effriter. Elle s'effrite aussi un petit peu dans notre pays, soyons clairs. Donc c'est ça aussi, il ne faut pas... Oui, c'est un peu la conséquence de ça. Il n'y a pas cet enthousiasme, ce regard vers la neutralité climatique. par exemple au niveau planétaire. Mais malgré tout ça, ce que j'aimerais donner, c'est quand même, alors je ne suis pas naïf, la situation est difficile, mais c'est un message d'espoir. C'est-à-dire qu'il y a encore beaucoup de choses à faire et c'est ça qu'il faut garder en tête. Il y a beaucoup de choses à faire en termes d'organisation de la société, en termes de recherche, d'innovation. Donc voilà, il n'y a peut-être pas beaucoup de jeunes ici, mais il y en a quand même. Prenez cette transition à bras-le-corps, c'est le message que je souhaiterais donner. Dans tous les domaines, il y a... tellement de choses à faire. Même si Trump est là, on est au creux de la vague, mais il faut continuer à témoigner, à redire les choses et essayer d'aller de l'avant. J'espère que ça sera bientôt un mauvais souvenir, je ne le cache pas.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup. Vous pouvez garder le micro parce que je crois que vous allez bientôt vous quitter. Avant, je voulais que vous disiez peut-être un petit mot sur cette exposition qui est... Justement, ouverte à tous, qui est dans le hall de météo et climat.

  • Speaker #3

    Donc il s'agit de la tournée du climat et de la biodiversité. Alors oui, nous avons commencé, nous, alors même, disons, des trois Toulousains, Serge est là, Serge Planton est là, ils voulaient faire quelque chose en province, disons au moment de la COP, disons en 2015, accord de Paris, tout se passait à Paris, et se sont dit on va faire quelque chose en province, et ils ont mis sur pied ce train. C'était au départ le train du climat, il y a eu une première tournée du train du climat, et puis on est reparti avec une vision plus large. On parlait de biodiversité aussi au début, mais plus orientée environnement au sens large, disons climat, biodiversité, mais aussi solution. Et l'idée, je crois qu'il y a une exposition, mais la force de cette démarche, c'est que les scientifiques sont là. avec, disons, voilà, vous allez, si vous... vous prenez le temps de discuter avec des scientifiques qui sont impliqués dans les travaux de recherche, ou qui l'ont été, donc voilà, ce sont les messagers, moi je les remercie, ils sont là, ils pourraient se lever les messagers, il y a quelques messagers là,

  • Speaker #2

    voilà.

  • Speaker #3

    Merci messagers, donc merci beaucoup. C'est ça l'idée, donc c'est vraiment de notre communauté scientifique, alors voilà, je dirais au sens large, intéressée, a envie d'aller vers le public et c'est une façon de le faire et j'espère qu'il y a. Merci de l'accueil que vous nous faites à Grenoble, Eric. Les gens, je pense, prendront un peu de temps pour apprendre un peu plus, échanger avec notre communauté sur tous ces aspects. Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Merci. Et puis on a besoin des scientifiques, c'est grâce à des personnes comme Jean Jouzel qu'on peut aujourd'hui être alerté, être en alerte sur ce qui va se passer et essayer de lutter au mieux contre ça.

  • Speaker #2

    Oui, ça rejoint un autre de nos combats, peut-être politiques, c'est que dans ce que nous avons essayé de faire à Grenoble, dans ce que nous essayons de porter à Grenoble, Il y a le fait que le rôle de l'écologie politique, pour moi, est de se décaler de ces messages d'alerte. Historiquement, l'écologie vient de mouvements autogestionnaires, féministes et qui s'appuient sur la science. Donc ça a été des lanceurs d'alerte et des contre-pouvoirs. Maintenant, notre lecture, ma lecture politique, c'est de se dire que l'alerte, elle est portée. par les six rapports du GIEC, elle est portée par des activistes qui viennent dire « E-COP, le projet de Total, c'est du grand n'importe quoi, que la compensation carbone d'entreprises comme Total, c'est de chasser des paysans dans certains pays d'Afrique qui vivaient sur leur terre, mais sans cadastre, et qui sont chassés pour planter des arbres, pour compter ces arbres dans la compensation carbone de Total. » Tout ça, c'était avant Trump. Moi, j'ai toujours une petite difficulté qui est de dire « Ah ben, maintenant, on est dans la merde parce qu'il y a Trump. » Ou « On est dans la merde parce qu'il y a une autre raison. » En fait, on était déjà dans cette situation-là avant. Et il ne faudrait pas que ces événements, qui sont évidemment importants à l'échelle planétaire, qui sont dangereux, qui peuvent nous conduire à la guerre, on le sait tous, ... mais nous servent de paravent pour nous dire, bon ben voilà, finalement on aurait bien aimé, mais là on ne peut plus parce qu'il y a Trump. Nous pouvons toujours, et nous pouvions avant, et pourtant nous ne l'avons pas fait. Et donc ça nous appelle à cette culture de changement suffisamment radicaux, parce que, de fait, on ne peut pas passer de... La société ultra-consumériste et ultra-prédatrice dans laquelle nous sommes a une société de coopération, de bien-être, de sécurité et d'émancipation. En adaptant le premier système, ce premier système ne peut pas s'adapter. Ses fondamentaux sont inscrits dans la prédation sur le vivant, la prédation géographique et la prédation sur les femmes. Donc ça ne colle pas. donc il faut trouver les ressorts qui nous permettent de passer de l'un à l'autre. En se disant que ça n'est pas immuable, puisque nous n'avons pas toujours été dans cette situation-là. L'ère de l'automobile, c'est quelques décennies. L'ère de l'avion, c'est stupéfiant. L'avion, les premiers charters, je pense que c'est le 97. Il y avait à l'époque, à la fin des années 90, un milliard et demi de passagers. Là, on a passé les cinq milliards de passagers. Donc nous sommes en train aujourd'hui, et ce n'est pas à cause de Trump, d'exploser notre bilan carbone dans l'avion et avec des gens qui nous disent oui mais on va faire des progrès sur les moteurs donc c'est pas grave les voitures en france 20 millions de voitures en 1980 on a passé les 40 millions ça c'est pas trump on a doublé le nombre de voitures en 40 ans elles ont pris 350 kg de plus nous on n'a pas grossi de 350 kg ni même en proportion on n'a pas grossi de 30% comme l'ont fait les voitures donc tout cela c'est dans nos mains et donc il faut trouver les fils pour avancer là-dessus. Et donc ces fils, c'est pour nous les questions de logement, les questions de déplacement et d'espace public, les questions d'alimentation, les questions de santé, les questions d'éducation, sport et culture, tous ces vecteurs d'émancipation, et évidemment les questions énergétiques pour avoir de la cohérence dans tout ça. Mais donc ça nous fait une politique publique locale très claire, mais qui va chercher aussi, nous travaillons sur le Donuts, Le donut, c'est se dire qu'il y a un plancher, c'est un donut, vous voyez ce que c'est, c'est un gâteau avec un trou au milieu, donc il y a deux frontières. Donc c'est de se dire que c'est une scientifique, une économiste anglaise qui est très worth qui a lancé ça, avec un mouvement maintenant très large. Il y a un plancher social et il y a un plafond environnemental. Nous disons qu'il y a un plancher social, effectivement, mais que le plafond environnemental marche avec un plafond social aussi. C'est qu'aujourd'hui, vous avez vu le rapport qui est sorti il y a quelques jours, les 10% les plus riches de la planète sont responsables à eux seuls de 90% de l'accroissement. C'était des chiffres absolument délirants. Donc on dit qu'il y a un plancher social. Et donc quand on dit qu'il y a un plafond social, je veux dire aussi. Et donc ce plafond social, ça nécessite de se dire, c'est le débat que j'ai pu avoir avec le patron du MEDEF, l'ancien patron du MEDEF, Roud-Bézieux, quand il disait, bah oui, effectivement, on veut réorienter, réduire les écarts de patrimoine, notamment, qui sont les plus flagrants. Ces écarts de patrimoine, on veut les réorienter, non seulement parce que nous lutterons contre les inégalités sociales, mais aussi parce que ce patrimoine génère, continue de générer, un système de prédation et d'émission de gaz à effet de serre. Donc voilà, notre message c'est de dire ne nous cachons pas derrière et effectivement à l'échelle de la ville, nous pouvons agir parce que nous nous voyons, nous regardons dans les yeux, donc cette fraternité ou cette sororité, nous pouvons la construire facilement là. Nous pouvons avoir cet élan de curiosité et nous pouvons à travers des petits fils montrer de la cohérence dans l'action. Évidemment, ça ne résout pas tout, mais ça fait ce que Damasio appelle des petits points de rouille dans le système, ou des petits points d'oasis, si on veut le dire plus posément, mais qui sont des points de base pour montrer qu'on peut faire autrement, et se dire que du coup, on peut aussi passer à l'échelle du dessus.

  • Speaker #1

    Fatima Ouassak, vous vouliez réagir sur cet échange ? Oui,

  • Speaker #0

    à propos de la prédation. Moi, je partage cette idée que l'écologie, c'est un projet politique qui demande une volonté politique, qui demande une vision politique, de dessiner des horizons. Et il y a plein de verbes comme ça qu'on a mobilisés, des verbes d'action, de mise en mouvement, de dynamique, etc. Moi, je partage cette définition de l'écologie. L'écologie, elle ne tombe pas du ciel. Elle s'ancre en fait dans un projet politique. Alors, on a parlé d'un éléphant dans la pièce, Trump. Et on l'a évoqué, on a dit à quel point, effectivement, il pouvait produire chez nous des effets de sidération et d'impuissance politique. Mais il y a un deuxième éléphant dans la pièce, il faut le dire. C'est le génocide actuellement à Gaza. Et ça, on ne peut pas le contourner. Parce que moi, je veux bien qu'on parle de santé mentale et de dire à quel point on va mal en ce moment. Parce qu'effectivement, je suis sûre qu'on est nombreux, nombreuses ici à être, à aller mal. Aller mal dans notre capacité à agir, à réagir. Parce que c'est vrai qu'on nous dit, mais il faut bouger, il faut lutter contre le réchauffement climatique, il faut lutter contre le racisme, contre le patriarcat. Allez, bougez-vous, bougez-vous, soyez citoyens, soyez société civile. Mais il y a un génocide là, en direct. Et pas n'importe quel génocide. C'est des dizaines de milliers d'enfants qui sont massacrés, qui ne sont pas considérés comme des enfants. C'est-à-dire qu'en plus, il faut supporter le fait que ces enfants soient considérés comme des dommages collatéraux, comme le résultat du droit de se défendre. Et en plus, il y a une complexité de l'État français. On ne peut pas simplement dire non, mais ça se passe loin d'ici. Bon, c'est malheureux. Et des génocides, il y en a déjà eu. Et c'est bien malheureux, mais c'est comme ça. Il faut que nous, on continue à avancer. Non, non, nous sommes engagés, nous, ici. La France est partie prenante de ce qui se passe aujourd'hui à Gaza, de ce qui se passe aujourd'hui en Palestine. On ne peut pas éluder, on ne peut pas renvoyer ça d'un revers de main en disant non mais on ne peut pas faire grand chose là-bas, c'est malheureux, mais on ne peut pas faire grand chose continuant à avancer.

  • Speaker #1

    C'est ça être partie prenante, c'est ne pas agir, c'est être partie prenante.

  • Speaker #0

    Mais déjà c'est de dire, de dire ce qui se passe, on devrait en parler matin, midi et soir. Là, je regardais ce matin sur les pages du Monde, mais il n'y a quasiment rien. Alors que par ailleurs, sur les réseaux sociaux, on voit des corps décharnés, on voit un génocide par famine. Je me souviens qu'en novembre 2023, le président colombien, comme le président brésilien, Lula, parlait déjà de génocide à l'époque et disait déjà qu'en Colombie, au Brésil, comme en Palestine, nous étions tous concernés de la même manière parce qu'ils s'expérimentaient à Gaza ce qui pouvait nous arriver. En termes technologiques. de nouvelles manières d'exterminer, de nouvelles manières de tuer, de nouvelles manières d'écraser. Et ça ne peut pas nous laisser indifférents. Nous sommes visés aussi, en fait. Donc, il y a des dizaines de milliers d'enfants, encore une fois, qui ont été massacrés. Et ça continue. Et ce qui se passe là-bas nous concerne. Il faut qu'on se dise que les enfants palestiniens, ce sont nos enfants, en fait. Et ça, ça existe dans les quartiers populaires. Tout à l'heure, vous me demandiez, mais… Fin du monde, fin du mois. Je vous disais, mais la fin du monde, on y pense aussi. Et quand on pense fin du monde, on pense à Gaza. Et dans les quartiers populaires, on y pense comme... Et je suis sûre ici aussi. Mais simplement, on ne nous laisse même pas la possibilité de le dire, ça. De dire, mais on va mal, il y a un génocide. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment on peut s'organiser ? Comment on peut s'organiser pour que ça cesse enfin ? Et que ces gens-là soient respectés dans leur égalité humaine. Donc voilà, pour moi, ça, c'est un gros, gros éléphant dans la pièce. Et il faut l'aborder. Et alors, je finis par ça. On a tous et toutes des choses à faire, et en particulier les responsables politiques. Encore une fois, il y a une complicité. À partir du moment où rien n'est fait pour faire cesser cette ignominie, il y a complicité de toute façon. Là, il se trouve que pour ce qui concerne la France, l'État français, il y a une complicité qui est active, notamment en termes sécuritaires et militaires. Qu'est-ce qu'on est capable de faire ? Mais ne serait-ce que parfois un drapeau palestinien ? sur le fronton d'une mairie. Mais vraiment, ça peut paraître très symbolique. Mais peut-être que déjà, on irait un petit peu mieux mentalement de voir qu'on se soucie de ces gens-là et qu'on ne les traite pas comme des dommages collatéraux. Mais après, moi, je n'ai pas la solution pour que ça cesse, mais qu'au moins, on puisse en discuter, qu'on le mette au centre de nos préoccupations publiques, puisque ce sont déjà nos préoccupations dans l'espace intime et l'espace privé. Merci.

  • Speaker #1

    Si je peux me permettre,

  • Speaker #0

    sur le site du Monde,

  • Speaker #1

    j'ai vu hier une petite vidéo qui montrait un Rafa, un avant-après, où avant c'était vert, il y avait des jardins, il y avait des immeubles. Et aujourd'hui, c'est tout rasé, il n'y a plus que de la terre et ils ne repoussent rien pour voir l'horizon et la mer. Il y a quand même des journaux qui font leur travail.

  • Speaker #0

    Je suis obligée de dire que là, du coup, je vais être vraiment très directe. Non, il y aurait eu beaucoup plus de place dans les pages du Monde, puisqu'on parle du Monde, s'il ne s'agissait pas d'Arabes, s'il ne s'agissait pas de musulmans, s'il ne s'agissait pas de Palestiniens. Il faut dire la vérité. Pour quel autre peuple on peut accepter des dizaines de milliers d'enfants massacrés, ça fait un an et demi maintenant, et qui est toujours... cette complicité et qu'on n'en parle pas matin, midi et soir. Et ça, ça a été documenté, le fait que sur les journaux télévisés notamment, ça avait très peu de place. Quand je parlais des pages du Monde ce matin, enfin sur le site du Monde effectivement, on parle beaucoup de Russie-Ukraine, à juste titre, évidemment qu'il faut soutenir le peuple ukrainien, évidemment qu'il y a aussi là des enjeux d'impérialisme, de rapports colonials également qu'il faut dénoncer. Mais voilà, il y a si peu de place. Pour Gaza, pour les enfants de Gaza, pour le peuple palestinien qui subit donc un génocide, et ça, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les organisations internationales, c'est l'ONU, c'est Amnesty International qui a enquêté, c'est la CPI, etc. Je veux dire, s'il y a si peu de place, il faut dire les choses. C'est parce qu'il s'agit d'un peuple non blanc, arabe et musulman. Il faut lutter contre ça, il faut refuser ça en fait. Il faut en appeler à l'égale dignité humaine, sinon on ne s'en sortira pas. Ni là-bas et ni ici. Ici, on n'arrivera pas à avancer, ça j'en suis persuadée. Ça n'ira pas.

  • Speaker #1

    Merci pour cette prise de parole qui remue un petit peu, parce que c'est vrai ce que vous dites. on va peut-être prendre un petit temps pour voir s'il y a des questions dans la salle je ne suis pas sûre qu'il y ait un troisième micro si si si mais formidable donc nos deux intervenants sont encore là pendant quelques minutes et si des personnes souhaitent les interpeller poser une question alors une question plutôt rapide pas 12 questions pas un monologue mais voilà il sera un plaisir de vous répondre ah oui alors

  • Speaker #2

    visiblement il y a quelqu'un par là-bas en tous les cas merci de vos précisions de votre franc-parler qui fait plaisir d'entendre dans ce monde où il y a quand même beaucoup de choses qui sont sous-jacentes et qu'on ose dire en particulier les médias mainstream qui atteignent une certaine partie de la population et qui font illusion et quand on parle de Gaza on peut parler de tout le Moyen-Orient parce qu'on est confronté à ça dans tout le Moyen-Orient en Afghanistan j'ose même pas en parler ... En Afrique équatoriale, je n'ose même pas en parler. En Colombie, je n'ose pas en parler. C'est-à-dire qu'à travers le monde, on a beaucoup d'endroits où il y a des populations qui sont soumises à des exactions sans nom et pour lesquelles nous n'avons pas forcément la connaissance de ce qui s'y passe, si ce n'est par Amnistie internationale, par Reporters sans frontières ou par certaines personnes qui sont sur place. Mais si vous voulez, ce qu'il y a, c'est qu'on est vraiment ancré sur soi-même. Le numérique a fait qu'on est dans le nombrilisme poussé à l'extrême, que l'essentiel c'est de regarder son petit réseau social chaque matin pour savoir ce qui s'est passé, et ne pas voir ce qui se passe ailleurs, et c'est notre grand manque à l'heure actuelle dans notre conception du monde. Merci à tous de votre présentation.

  • Speaker #1

    Merci, est-ce qu'il y a une question un petit peu plus haut ? Au-dessus,

  • Speaker #3

    dans les catastrophes dont on parle. parlent pas, dont on n'a pas parlé, où la France est impliquée aussi. Il y a par exemple le Yémen, 500 000 morts. Et pourquoi les morts du Yémen, ils nous touchent moins que ceux de Gaza ? Je ne sais pas, mais c'est horrible, c'est horrible. Alors,

  • Speaker #4

    depuis que j'avais une question, Madame Ouassak, vous aviez un petit papier avec des pistes d'action. Est-ce que vous pourriez nous les dire pour qu'on parte avec des choses positives et stimulantes, s'il vous plaît ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai. J'avais noté les petites bricoles. Oui, ça va être des bricoles, mais je vais essayer de faire en sorte qu'elles soient effectivement positives. Alors, il y a cette chasse au trésor dont je parlais tout à l'heure, qui peut paraître très anecdotique. mais alors pour vous le dire très très vite c'est une réflexion qui est partie d'un échec on a voulu organiser une action de lutte contre les pollutions atmosphériques, dans une ville bagnole où il y a un échangeur autoroutier, à l'air libre, et ça n'a pas marché. Ça s'appelait « Pendant que Paris respire, bagnole s'étouffe » . C'est très militant. Et ça n'a pas marché, c'était juste après les Gilets jaunes, notamment parce que les personnes qui vivaient dans les quartiers populaires voyaient là un projet de Bobo, complètement déconnectés, les gens avaient besoin de leur voiture, il y avait ce discours-là qui nous était opposé à nous, donc écologistes, il s'agissait d'un projet écologiste. Et donc on a réfléchi et on s'est dit, on va la faire autrement, on ne va pas arriver avec nos gros sabots idéologiques, avec un anti-voiture primaire, même si je continue à être anti-voiture primaire, mais on a essayé d'inscrire ça dans un projet plus ludique, et puis d'éducation populaire, et alors en cours, On est passé par le manga One Piece, que je ne sais pas si vous savez, mais c'est un amour illimité, notamment chez les jeunes et pas que des quartiers populaires. Et donc on a proposé aux enfants de se mettre derrière des équipages d'empereurs pour retrouver un trésor, le One Piece, et de se balader dans la ville, trouver des indices dans toutes les institutions culturelles. Donc ça permettait aussi déjà de circuler d'un quartier à l'autre. Vous savez que dans les villes populaires, les enfants des quartiers populaires circulent. très peu, y compris dans le quartier populaire d'à côté. Et donc voilà, ça permettait vraiment de circuler partout, dans les espaces culturels, qui sont, vous le savez aussi, très peu fréquentés par ces gamins-là. Donc le cinéma... la médiathèque, le théâtre de l'échangeur, la librairie, etc. Donc ils devaient trouver des indices. Et alors, c'est ce que je disais tout à l'heure, on a pu libérer les routes. C'était une journée sans voiture. Mais ça a permis derrière de discuter avec les parents, de réfléchir à la possibilité d'avoir une ville sans voiture dans la mesure du possible. Et c'est quelque chose, pour vous dire, qui a bien fonctionné et qui sera dans le débat très important que sont les élections municipales. C'est vraiment quelque chose qui était complètement absent lors des dernières élections. Ce n'était pas dans le débat, la question de la voiture en ville. Et là, tout à coup, grâce à ce travail d'éducation populaire, toutes ces actions, etc., à hauteur d'enfants. Oui, parce que ce que je n'ai pas dit, c'est que pour faire la chasse au trésor, on a fait tout un travail où on se mettait à hauteur d'enfants. C'est pour ça que tout à l'heure, je vous disais, à Bagnolet, par exemple, certains enfants ne voient le soleil qu'entre 11h et 15h. Ça, on s'en est rendu compte parce qu'on a vu la ville. lu la ville à travers un gosse d'un mètre dix, d'un mètre vingt, etc. Et donc, on s'est rendu compte des contraintes, notamment, que leur imposaient les murs. Et donc, voilà, ça a permis vraiment d'inscrire, de faire de la politique noble. On prend un débat qu'on alimente avec quelque chose de très, encore une fois, culturel, artistique, ludique, etc. Et ensuite, on va créer un rapport de force, notamment à l'occasion des élections municipales. Élections municipales, je pense que vous êtes certainement convaincus, qui sont absolument centrales, importantes. Tous les citoyens et citoyennes que nous sommes devons être engagés au maximum, même si on ne se présente pas nous-mêmes. Sur les élections municipales, il y a tellement à faire, il y a tellement d'enjeux de compétences. de... Voilà. Donc, voilà. Ça, c'est un des exemples dont je voulais parler, que j'ai un petit peu évoqué tout à l'heure, mais que je complète là. J'avais noté aussi des choses en termes culturels. On peut en reprendre un petit.

  • Speaker #1

    Après, peut-être qu'on pourra parler de Cagensuy avec Eric.

  • Speaker #0

    Bagnolet, c'est une ville que j'aime beaucoup. C'est le rapport affectif que je peux avoir, j'imagine, comme vous aussi si vous êtes ici de Grenoble. Peut-être que c'est très subjectif ce que je vais vous dire. Mais Bagnolet, c'est bien parce que c'est une ville de gauche. Et ça se voit quand vous êtes à Bagnolet. en fait. Alors c'est pas... grâce à la municipalité actuelle, c'est une municipalité assez classique, le PS classique. Donc bon, il n'y a rien de révolutionnaire là-dedans. Mais c'est une ville qui a été communiste très très longtemps. Et alors c'est génial, on parlait des enjeux de santé publique tout à l'heure. Par exemple à Bagnolet, vous avez un centre de santé public, géré par la ville, un centre municipal. Et ça c'est l'un des vestiges, l'héritage de ce communisme local. Il y a aussi à bagnole un conservatoire, mes enfants par exemple font de la musique et en fait, pour vous dire très concrètement, je paye 15 euros par trimestre pour que mes enfants puissent faire du solfège, de la guitare, de la danse classique, etc. Bon ben ça c'est grâce aux communistes qui ont dit, voilà, non, on a des envolées lyriques dont je parlais tout à l'heure, révolutionnaires, bon ben ils ont mis en application et ça donne des choses encore aujourd'hui très très belles d'ailleurs que beaucoup souhaitent complètement démanteler. Je parlais de la dimension culturelle qui paraît très symbolique, mais on s'est battu il y a quelques années pour que la médiathèque de Bagnolet se nomme France Fanon. Et ce n'était pas l'époque où Fanon, c'était la hype. Ça passait sur France Culture et tout. Il y a un film qui est sorti. Oui, il y a un film. Et puis surtout, maintenant, c'est quand même quelqu'un de reconnu de plus en plus. À l'époque, ce n'était pas le cas. C'était il y a une douzaine d'années maintenant. Fanon, c'était un noir, FLN, Macky Zarr, etc. Ce n'était pas du tout une bonne nouvelle pour les gens qui géraient les villes. Mais alors, on a eu de la chance. C'est qu'en conseil municipal, Franz Fanon, il ne connaissait pas bien. Et puis, ils ont cru que c'était un Autrichien. Je vous jure que c'est vrai. Et donc, ils se sont dit, bon, pourquoi pas François, non ? Et puis ensuite, ils sont rentrés, donc c'est là qu'ils ont découvert Martinique, révolutionnaire, anticolonialiste, etc. Et alors, du coup, à Bagnolet, on a, alors c'est super, on a un quartier qui s'appelle Stalingrad. Moi, je dis que ça fait partie de notre héritage, donc je suis très, très fière. On a des rues Marx, des rues Lénine. On a, voilà, deux de ces villes qui disent, en fait, la ville de gauche qui est Bagnolet. Mais alors, la médiathèque François, non, elle n'est pas François, non. visuellement, c'est pas sur le fronton en fait. Et je crois que c'est la seule médiathèque de France qui a un nom, France Fanon, parce qu'on a gagné à l'époque, je l'ai pas dit, mais ça n'apparaît pas. Et là il y a un enjeu en fait. Par exemple, c'est que ces enfants-là, quand ils se baladent dans la ville, à Grenoble, à Bagnolet ou ailleurs, il faut qu'ils puissent retrouver cet héritage-là aussi. C'est bien l'héritage de gauche, et c'est bien l'héritage par exemple lié à la résistance, mais il faut aussi un héritage qui soit lié aux luttes révolutionnaires anticoloniales, aux luttes de l'immigration, etc. Donc typiquement, voilà, et c'est pas grand-chose, il faut aller mettre un gros coup de pression dans les conseils municipaux, à Grenoble ou ailleurs, pour dire voilà, c'est notre ville aussi. Je sais même pas si à Grenoble, il n'y a pas d'ailleurs des avenues Abdelmalek Sayad, il y a tellement de choses à faire en fait sur une ville culturellement. Alors ça paraît très anecdotique, accessoire, le symbolique et le culturel, mais c'est important pour que, voilà, ce que je disais tout à l'heure, nos enfants, tous nos enfants puissent se sentir d'ici. appartenir à cette terre.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, le prochain 14 juillet, est-ce qu'il a encore lieu à la Ville-Neuve ?

  • Speaker #5

    Oui, il a encore lieu à la Ville-Neuve, et effectivement, on rejoint cette dimension symbolique qui se retrouve effectivement dans l'espace public. Et à Grenoble, on a choisi de nommer tous nos lieux que de lieux de femmes et aussi de militantes, comme d'ailleurs de Marielle Franco qui a aussi un arrêt de tram ici. Parce que ça raconte effectivement la ville et tout le travail qu'on a fait autour des 80 ans était autour des invisibles. Les 80 ans de la libération. Les 80 ans de la libération, donc autour des tirailleurs sénégalais, mais aussi des réflexions qu'on a aujourd'hui autour du zoo humain qu'il y avait il y a 100 ans tout juste, dans l'exposition qu'a marqué Grenoble sur la houe blanche et le tourisme. Il y avait un zoo humain et donc venir percuter notre quotidien aujourd'hui avec cette histoire-là, qui est à la fois l'histoire de notre musée, dont le deuxième conservateur était un esclave affranchi, mais aussi de ce zoo humain et aussi aujourd'hui cette volonté de marquer l'espace public, tout en faisant aussi des politiques conservatoires à Grenoble, je le dis, c'est l'occasion, il y a des gens, mais il a augmenté sa fréquentation de plusieurs centaines de personnes, notamment parce que nous avons des bourses de gratuité et des tarifications au quotient familial qui permettent d'en faire un objet qui soit accessible à toutes et tous. Donc cette valeur symbolique est très forte, et peut-être c'est l'occasion de dire aussi, parce que les symboles sont très forts, sur ce que ça révèle de la terreur qu'il y a aujourd'hui en Palestine, c'est que non seulement il y a évidemment Gaza, mais il y a la Cisjordanie, je le disais dans mon propos introductif. Et je rappelle que nos deux adjoints devaient être la semaine dernière à Ramallah. Annabelle Breton et Emmanuel Carros devaient être à Ramallah pour un rassemblement franco-palestinien où j'étais moi-même il y a deux ans. Et que leur autorisation d'entrée leur a été retirée le dimanche juste avant leur entrée. Donc aujourd'hui en pratique côté Cisjordanie c'est aussi une prison à ciel ouvert où nous ne pouvons plus... aller voir nos villes jumelles de Bethléem, notre camp d'Aïda à Bethléem, camp de réfugiés palestiniens à Bethléem, et dans des situations qui sont pour eux extrêmement dures. Non seulement en Bethléem il n'y a plus de touristes, donc une économie qui tournait autour de cela, mais des checkpoints de circulation partout et une oppression. Vous avez pu voir les images de Djenin notamment, ou même les consuls de France. ne peut plus aller au nord de Naplouse aujourd'hui. Donc la situation est effectivement dramatique et nous devons l'apporter politiquement parce que ça dit aussi effectivement quelque chose de nous. Peut-être un petit point d'espoir, c'est que se passaient hier et avant-hier deux jours de rencontres israélo-palestiniennes pour la paix, un sommet pour la paix à Jérusalem, et qu'à cette occasion il y a eu quand même deux paroles fortes, une du président de la République, c'est pas souvent que je dis du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #1

    Alors, il est 16h54, Eric Piaf a dit du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #5

    Oui, parce que c'était le seul chef d'État qui est intervenu à distance, mais intervenu dans ce forum pour la paix, qui rassemblait des paroles très fortes d'Israéliens et de Palestiniens, et notamment de gens qui ont perdu leurs enfants des deux côtés. Et un changement, parce que je crois que nous avons besoin de paroles fortes aussi, mais qui moi m'a frappé, le message de Delphine Anviller. qui est un revirement par rapport à ce qu'elle a peut-être déjeuné depuis le 7 octobre. Une rabbin intellectuelle française qui, là, commence à porter un discours très fort qui est passé à avant-hier. Donc, il y a cet ailleurs et cet aujourd'hui. On parle du Yémen, mais on pourrait parler du Soudan aussi. On pourrait parler du Congo et du Nord-Kivu et de tout ce qui s'y passe. Mais je crois que ça raconte quelque chose de nous. Et c'est peut-être, je ne sais pas comment on termine, mais se dire que malgré cela, il y a de l'espoir. Quand j'ai été élu en 2014, j'ai choisi un tableau pour mon bureau qui est très joli, que tu as eu l'occasion de voir. Des gens qui dansent, très colorés, d'une artiste femme de l'après-guerre, mais dont le titre est 14 juillet 1939. On danse, mais c'est bientôt la fin. Mais en réalité, on peut aller chercher nos sources dans ces 80 ans de la libération, dans les phrases de Gabriel Péry dans l'Armée des Ombres, qui dit au cœur du plus pire quand ils se font tous zigouiller, et quand ils se demandent si c'est vraiment pertinent de mettre tant d'énergie pour sortir un petit 4 pages de journal qui vont les distribuer en ayant exposé à la torture les imprimeurs, les journalistes, les distributeurs. Ils disent « Nous préparons des lendemains qui chantent » . Nous pouvons dire aujourd'hui que nous préparons des lendemains qui chantent et nous pouvons préparer des lendemains qui chantent. Malgré tout cela, ça demande de la détermination, de l'humanité, du courage, mais aussi de la joie et de l'envie de beau.

  • Speaker #1

    Merci. Pour conclure, Fatima Ouassak, vous êtes une battante. Vous aussi, vous avez envie de lendemains qui chantent.

  • Speaker #0

    Edipos. Bien sûr, moi, c'est ce qui me permet de tenir, d'ailleurs. J'ai la chance de pouvoir militer, de militer avec des camarades dans des organisations politiques. Oui, c'est justement ce que j'essaie de dire. Maintenant, il faut dire les choses. Effectivement, il ne faut pas mettre les questions qui fâchent sous le tapis. Il ne faut pas se laisser intimider, à euphémiser, à édulcorer, etc. Il faut dire les choses. Mais oui, il faut. Il faut avancer, il faut s'organiser, trouver des solutions, ne pas rester isolé. J'allais ajouter, vous le permettez, Inch'Allah, même si, bon, il y a une chose.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci beaucoup à tous les deux. On pense aussi à Jean-Joselle.

Description

Cérémonie d'ouverture de la Biennale des Villes en Transition en présence d'Eric Piolle, maire de Grenoble, de Fatima Ouassak, militante écologiste, féministe et antiraciste française et de Jean Jouzel, expert du changement climatique, membre du comité directeur du GIEC et président de l'association Météo et Climat, et Thibault Daudigeos, Grenoble Ecole de Management.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez la table ronde d'ouverture, une conférence sur les crises socio-environnementales.

  • Speaker #1

    Mesdames et messieurs, bonjour à toutes et à tous. C'est un grand plaisir de se retrouver dans ce palais des sports. D'abord, merci d'avoir... mis de côté le soleil et ce long week-end pour être là pour le lancement de cette biennale qui va nous occuper pendant huit jours, huit jours d'un programme extrêmement riche. C'est cette année notre cinquième biennale, huit ans déjà depuis 2017, biennale des villes en transition, transition sociale, transition environnementale, transition démocratique, transition dans notre rapport aux vivants. Transition qui s'appuie aussi pour nous depuis 2022, année où nous avons été choisis par l'Union européenne pour être la capitale verte de l'Europe, qui s'appuie sur la démarche Grenoble 2040. Grenoble 2040, c'est quoi ? C'est se dire que les enfants qui sont nés pendant cette année où nous étions capitale verte devront à l'âge adulte être neutres en carbone et neutres en biodiversité. C'est une échelle humaine. C'est une responsabilité pour nous, mais plus qu'une responsabilité, je crois que c'est un enthousiasme. Un enthousiasme pourquoi ? Parce qu'être neutre en carbone et être neutre en biodiversité, c'est tout sauf être neutre. Au contraire, c'est sortir du consumérisme, c'est refuser le maintien de l'ordre social, ici en France, mais aussi sur la planète. C'est lutter contre l'ignorance et l'obscurantisme, c'est éveiller sa curiosité. Et donc c'est un défi réjouissant pour l'humanité, c'est regagner du temps de vie, c'est regagner du sens, c'est regagner des liens. Et donc c'est inspirant, c'est à la fois très concret, parce qu'en parlant des villes en transition, nous parlons de nos façons de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, de prendre soin de notre santé. d'amener de la sécurité et de la solidarité sur notre territoire. Nous parlons d'éléments très concrets de notre vie quotidienne, comme quand nous avons rompu notre contrat avec Decaux pour la publicité, et donc retiré la publicité de l'espace public municipal. C'est donc éminemment politique et cela nécessite du débat public. Et cette biennale des villes en transition elle s'inscrit là-dedans. Comment accueillir à Grenoble, ville pionnière historiquement, comment accueillir des délégations de partout en France et de partout dans le monde, puisque nous accueillons une vingtaine de délégations internationales cette année. C'est accueillir, échanger, rêver. C'est aussi venir nous inspirer de ce qui se fait ailleurs. Et puis, comme à chaque biennale, nous avons choisi de mettre cet événement sous le signe de ma reine, en l'occurrence pour cette année. Et donc, nous avons le plaisir d'accueillir deux marraines dont les messages nous portent et nous inspirent. Elles seront là dans quelques minutes à mes côtés. Fatima Ouassak, d'abord, que je remercie d'être là. Fatima Ouassa, qui est la fondatrice du Front de Mer, qui est une activiste, essayiste d'une écologie qu'elle appelle pirate, donc une écologie ancrée dans le réel, ancrée dans la vie quotidienne et éminemment politique, éminemment affirmative, qui vient à la fois nourrir l'intellect et nourrir les combats de tous les jours. Un grand merci à elle d'être là. Elle nous parlera de beaucoup de choses, sans doute. Son dernier livre est aussi à la première personne du Puriel, ce récit du passage de l'accueil. Et c'est là pour nous une source de réflexion toujours extrêmement stimulante. Deuxième marraine, elle nous vient de loin. J'ai eu la chance de la rencontrer à Rio lorsque je présidais l'Organisation mondiale de la démocratie participative. C'est Monica Benicio. Monica Benicio, c'est une activiste militante, conseillère municipale de Rio, donc une élue qui a fait un combat pour le féminisme, un combat pour les droits des LGBT, un combat pour l'égalité. des corps et donc pour la lutte pour les minorités racisées notamment, qui est un grand défi au Brésil, comme chez nous, je le rappelle. Nous sommes aujourd'hui dans cette journée anniversaire, dans cette journée nationale de l'abolition de l'esclavage et il y a tant à dire sur le sujet. Et c'est des façons de combattre et de s'engager. Là aussi très militant, très politique, très inspirant, qui s'appuie notamment sur la place des femmes. Monica est aussi la veuve de Marielle Franco. Marielle Franco, elle marque aujourd'hui l'espace public de Grenoble, puisque nous avons un arrêt de tram à son nom, et qui était une militante, là aussi, des droits au Brésil, qui l'a payé de sa vie en 2018. Tout cela, ça nous parle aussi parce que ces combats pour gagner des sécurités, pour faire société autour des communs, pour nourrir toujours ce que nous avons de plus émancipateur en nous, de plus collectif aussi en nous, en respectant chacune et chacun, tout cela se traduit aussi dans notre vie municipale et notamment lors du dernier conseil municipal, nous avons voté un plan de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et de lutte contre les discriminations raciales. Nous avons un éminent besoin de travail en la matière et je voudrais que nous applaudissions ensemble aussi une figure qui a marqué la vie militante grenobloise de ces 50 dernières années, Marie-Thérèse Luray, qui nous a quittés cette semaine et qui a accompagné tant d'entre nous et aussi qui a combattu toujours pour l'égalité, combattu pour l'accueil. des immigrés algériens combattus pour les droits de tous les migrants et combattus dans la joie, la solidarité, le collectif, la culture et la danse. On la voyait souvent danser avec Jo Briand, son acolyte militant. Et cette figure qui nous a quittés, elle nous a portés, mais elle peut continuer à nous porter et je vous demande de l'applaudir. Elle a accompagné beaucoup d'entre nous et je me rappelle que quand j'étais jeune parent d'élève en 2004, nous lancions à Grenoble comme ailleurs en France les premiers collectifs du réseau Éducation sans frontières et trouver ces piliers du militantisme qui venaient nous former et nous soutenir, c'était un lien fort. N'oublions jamais cette transmission. À Grenoble, cette transmission, nous avons voulu aussi en faire un des vecteurs des 80 ans de la libération. Parce que oui, Grenoble est une ville résistante et ces 80 ans, depuis 2023, les 80 ans de la Saint-Barthélemy grenobloise, ils nous accompagnent avec deux mots d'ordre, résister et transmettre. Résister et transmettre, ça passe aussi par se dire de quoi nous voulons nous libérer aujourd'hui. Et donc nous avons aussi dans cette biennale... des chercheuses et des chercheurs qui viennent là, des sociologues, des historiens, des penseurs, mais aussi des activistes qui viennent penser avec nous cette histoire longue et voir comment elle peut nous nourrir et nous inspirer aujourd'hui. Ce sera aussi dans le programme de cette semaine. Ce programme est accueilli notamment et principalement dans ce Palais des Sports dont le format permet de faire ces choses. Absolument incroyable. On y a accueilli évidemment les Jeux Olympiques en 68 avec des moments forts aussi du sport et de géopolitique, avec notamment le match URSS Tchécoslovaquie 68 juste avant le printemps de Prague. Et puis là, vous aurez demain une émission de radio. Vous aurez ce soir des concerts, ce soir un spectacle aussi, Résiste, que je vous invite à rester voir. et venir dans cette biennale puiser de l'énergie à un moment où peut-être Le monde semble un petit peu fou. Ce monde né de la résistance, est né en France du Conseil National de la Résistance, mais à l'échelle mondiale d'un nouvel ordre. Ce monde, il vacille aujourd'hui. Il vacille avec les guerres, de retour sur le continent européen, avec l'attaque de la Russie sur l'Ukraine. Il vacille de façon extrême, avec Israël qui est... Aujourd'hui, après les attaques du 7 octobre, les attaques terroristes du 7 octobre, qui est dans un mouvement d'écrasement du peuple gazaoui et également en Cisjordanie, avec évidemment ce qui passe au Soudan, ce qu'il se passe au Congo, avec là, ces derniers jours, la guerre entre deux puissances nucléaires, deux des neuf puissances nucléaires, entre l'Inde et le Pakistan, deux des cinq plus grands pays du monde. qui se bombardent. Nous voyons cette géopolitique avec Trump de retour au pouvoir, avec les dictatures chinoises et indiennes. Nous voyons tout cela et pourtant nous continuons à avancer parce que, comme le dit Edgar Morin, c'est des petits grains de sable qui déraillent, qui bloquent les engrenages du pire dans l'histoire. Donc oui, nous avons une belle histoire à inventer. Oui, cette biennale... est pour nous une source d'inspiration. Nous y cuisinons, nous y dessinons ensemble, nous y rêvons. Et aussi, nous sommes pétris de culture. Et donc, je vous invite à aller au Musée de Grenoble regarder le peintre Silva, peintre brésilien, lui aussi dans cette année franco-brésilienne, et un peintre paysan qui vient dénoncer les travers de l'agriculture intensive. Là aussi, ça fait écho à nos stratégies alimentaires, ça fait écho à la sécurité sociale de l'alimentation, ça fait écho à beaucoup de choses que nous faisons. Et surtout, ça nourrit ce désir de beauté que les femmes et les hommes ont en eux et que nous devons entretenir plus que tout, entretenir pour pouvoir regarder loin, là au-dessus des difficultés du présent, pouvoir les traverser avec énergie et nous aussi construire. un monde meilleur, comme nous l'ont légué les résistants de la Deuxième Guerre mondiale qui ont réussi à mettre à bas le nazisme. Donc, grand programme. Vous pouvez picorer dans toute cette semaine des événements très variés. Et j'invite nos deux marraines, que je remercie encore d'avoir accepté cette mission, Fatima et Monica, à me rejoindre et à nous dire quelques mots.

  • Speaker #0

    Bonjour à toutes et tous, bonjour tout le monde. Je commence par dire que je suis ravie d'être avec vous. Je remercie évidemment Eric Piolle pour cette très très belle invitation et l'honneur qui m'est fait d'être marraine, surtout aux côtés de la camarade. Alors c'est un honneur et je le vis aussi comme un changement. Plutôt agréable, plutôt favorable. Parce que moi je suis plutôt dans le genre antiraciste, radical. Je ne parle pas de transition. Je ne parle pas d'adaptation. Ce ne sont pas des mots que j'utilise, qui font partie de mon champ lexical, de radical. Non, moi je parle plutôt de... nécessaires transformations, ruptures. Je parle de ségrégation. La ville, quand j'en parle, je ne dis jamais nous. Et je n'en parle pas comme d'un espace, d'un territoire qui serait homogène. La ville, souvent, quand j'en parle, c'est un champ de bataille. Le reflet, le miroir de rapports de domination. Et donc, je parle plutôt de ségrégation, socio-spatiale, raciale. Prenons par exemple la question de l'alimentation, comment bien se nourrir, comment bien nourrir ses enfants. Alors moi je vais avoir tendance à dire mais venez on va se balader dans la ville de Grenoble et on va voir à quel point on ne mange pas de la même manière, on n'a pas accès à la même alimentation selon que l'on circule dans tel quartier, sur tel territoire plutôt que dans tel autre quartier. Il y a une véritable ségrégation dans l'offre alimentaire et donc dans l'accès à l'alimentation saine, équilibrée. Et que cette ségrégation, elle est structurelle, elle s'est construite et elle est voulue. Il ne s'agit pas d'un accident. La ville de Grenoble, comme la ville de Montreuil, la ville de Strasbourg et d'autres, ne sont pas nées ségrégées. Évidemment qu'il s'agit de choix politiques, de politique publique. année après année, décennie après décennie. Mais si je dis ça, c'est dire à quel point, de demander à la radicale que je suis, qui n'a que le mot rupture et ségrégation et lutte à la bouche, de venir être marraine de ces biennales. Je me dis quand même que, peut-être qu'il y a une prise de conscience, en tout cas, une considération pour la nécessité de faire venir des gens, des organisations, des associations, des penseurs, des chercheurs, des militants, des militantes, depuis les quartiers populaires, depuis l'antiracisme, pour dire « mais venez, on va essayer d'imaginer quelque chose ensemble, malgré les ségrégations, les rapports de domination, malgré le fait qu'effectivement nous vivons dans un champ de bataille, on va essayer de construire du commun » . C'est comme ça que je le vois, en fait. Et effectivement, je suis d'accord pour dire que l'heure est grave. Il y a un certain nombre de crises que vous connaissez. Je ne vais pas en rajouter. On aura l'occasion, je pense, de développer tout à l'heure concernant la crise climatique, la montée en puissance des extrêmes-droites, des fascismes alliés au néolibéralisme, etc. C'est peut-être l'occasion de considérer la ville, les villes, comme des maquis, des lieux de résistance où on peut faire des choses. Voilà, et moi si je suis là, c'est aussi pour dire que si on veut construire un front commun, encore une fois, au-delà des rapports de domination et des ségrégations, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Voilà, c'est ça que je veux dire. Quand on a un projet que l'on veut antifasciste, de lutte contre l'extrême droite, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Et donc, on ne peut pas faire sans les populations qui vivent dans les quartiers populaires. Sans leurs priorités, sans leurs urgences, sans leurs questions de vie et de mort, sans leur inquiétude pour leurs enfants, ce qu'on appelle génération future, on ne peut pas faire sans. Pour l'instant, ce sont des populations qui ne sont pas si présentes autour de la table. Ce n'est pas un scoop que de le dire. Mais je pense qu'il faut passer la deuxième et permettre qu'on puisse... se dire dans quelle mesure on va créer de la fraternité, encore une fois parce que l'heure est grave et j'aurai l'occasion d'être plus dans le détail tout à l'heure. En tout cas, merci beaucoup pour cette invitation et je donne la parole à Maïka Marat.

  • Speaker #2

    Bonjour. Je voudrais d'abord remercier le Président Eric pour l'occasion d'être ici, et aussi d'être maîtresse. Je voudrais remercier Alice, qui sera ma voix en français. Je pourrais, selon ce que j'ai entendu ici de l'interprétation de la parole de ma compagnie, avoir déjà retiré mon moment de faire les considérations, parce que j'ai un accord absolument plein. avec ce qu'elle a mis en place. Mais comme je ne parle pas français, je vais donner mon déploiement en portugais avec l'aide d'Alice qui va me traduire ici, de temps en temps.

  • Speaker #3

    Bonjour à tous. Tout d'abord, je voudrais remercier Monsieur le Maire Eric pour cette opportunité d'être ici parmi vous et d'avoir été ma reine des Biennales. Alice va être mon interprète, elle sera donc ma voix en français. Et de tout ce que j'ai entendu, j'ai pu accompagner l'interprétation vers le portugais de ce qui a été dit par ma collègue. Et je pourrais même me retirer parce que je suis tout à fait d'accord avec ses propos. Néanmoins, je vais quand même proposer ma version en portugais qui sera donc traduite en français.

  • Speaker #2

    Je viens du Brésil et du Rio de Janeiro, une ville qui est magnifique dans son paysage, mais profondément inégal. Et je ne vois pas, comme le déclin qui a été donné, la possibilité de parler de villes en transition sans parler de justice raciale, sans parler de l'approfondissement de la gravité du collapse climatique aujourd'hui, de se pauter et principalement d'être structuré dans le racisme. Il faut avoir un compromis très profond et très sérieux. avec la lutte contre le racisme, pour que nous puissions penser à parler de transition, qui soit une transition pour une société plus juste.

  • Speaker #3

    Je viens du Brésil, de la ville de Rio de Janeiro, qui est une ville avec des paysages magnifiques, néanmoins une ville très inégalitaire. C'est important, quand on parle de ville en transition, de centrer ce débat sur l'idée de la justice raciale. Parce que c'est vrai qu'avec le fait qu'on assiste à un vrai collapse du climat, de plus en plus profond et plus grave, doit voir à quel point cette inégalité, ces injustices sont structurées par le racisme. Et c'est important d'avoir cette réflexion, de la contextualiser de cette façon-là pour qu'on puisse avoir une transition qui soit une transition sociale juste.

  • Speaker #2

    Embora Rio de Janeiro et Grenoble que ce soit dans des positions géographiques et économiques très différentes. On voit une profondeur de crise qui est globale. Je vais en parler plus tard, dans la prochaine table, mais j'aimerais dire l'impact que l'on a eu de présenter l'événement aujourd'hui, qui, dans une date aussi symbolique que celle qui se passe aujourd'hui, n'était pas une hommage au passé, mais surtout une écoute. de un processus historique grave, violent, qui est une outil et un produit de cette déségalité sociale que nous avons aujourd'hui, en 2025, mais en cherchant à avoir une écoute active sur ceux et celles qui ont été violentés et massacrés pour maintenir une société déségalée et penser à un processus de réparation historique au présent. Je viens donc...

  • Speaker #3

    de Rio. Rio est une ville très différente de Grenoble en termes géographiques, en termes économiques aussi. Néanmoins, c'est essentiel d'approfonder ce débat et de voir ce qu'on peut faire au niveau global. Plus tard, je participerai à une session, donc j'aurai l'occasion d'approfondir mes propos là-dessus. Mais ce matin, j'ai été impactée par ce que j'ai vécu. Nous sommes allés dans... Nous avons eu une rencontre dans ce contexte très important de la journée d'aujourd'hui et de tout ce qu'on essaye à rendre hommage. Et c'était important de voir que c'était configuré non seulement pas pour rendre hommage à ce qui s'est passé ou à cette mémoire, mais plutôt pour écouter. Écouter les personnes qui ont vécu ce processus historique extrêmement grave, extrêmement violent, qui a été l'esclavage, pour arriver... et qui a, d'une certaine façon, nourri les inégalités sociales qu'on peut percevoir aujourd'hui. Donc on a été là pour les écouter, pour avoir leurs rapports, leurs histoires de violence, et pour essayer de faire le lien entre les inégalités qu'on perçoit aujourd'hui et à quel point il est essentiel d'avoir une réparation historique.

  • Speaker #2

    La crise climatique affecte toute la société. Mais elle affecte de manière différente, dépendant du territoire, dépendant de la classe sociale et surtout de la race. C'est un effet global, mais nous savons que ceux qui souffrent le plus avec leurs impacts sont la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité. Et la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité a été historiquement placée dans ce lieu de vulnérabilité. et de la violence sociale. Donc, si il n'y a pas un compromis du pouvoir public de faire une changement radical et profond pour que cette transition sociale puisse exister avec une justice climatique efficace, nous ne pouvons pas avancer sans mettre le débat de classe et de race au centre du pensement de l'avance de cette transformation. Dans le prochain le périmètre qui pour l'instant je ne sais pas Je vais parler plus détaillé de ça, pour pouvoir traduire simultanément et vous en parler plus. Je vous remercie d'avoir été ma voix en français.

  • Speaker #3

    Le changement climatique, il affecte tout le monde, bien sûr, mais pas de la même façon en fonction de notre territoire, de notre classe sociale et de notre race. C'est pourquoi, en effet, il y aura un impact global du changement climatique, mais l'impact va être beaucoup plus ressenti par les populations les plus vulnérables. Et souvent, ces populations plus vulnérables, elles ont été marginalisées, vulnérabilisées de façon... intentionnelles historiquement et c'est pourquoi elles subissent autant de violences que ce soit des violences sociales mais aussi des violences climatiques. Donc si les pouvoirs publics n'arrivent pas à changer cette façon de faire pour avoir plus de justice, plus d'égalité, on ne pourra pas avancer dans ce débat qui doit vraiment se centrer sur l'inégalité de classe, l'inégalité raciale. J'aurai l'occasion de parler un petit peu plus sur cette thématique dans la table ronde qui suivra celle-ci. Ce sera en simultané, donc je pourrai m'approfondir un petit peu plus.

  • Speaker #2

    Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Nous déclarons la Biennale des villes en transition ouverte.

  • Speaker #0

    Ouverte.

  • Speaker #4

    Bonjour à tous, bonjour à toutes. Moi je suis ravie d'être là parmi vous aujourd'hui. Je vais vous accompagner durant cette première table ronde de la Biennale. La table ronde d'ouverture qui a pour thème, ça ne va pas être forcément très joyeux, mais ça va sûrement être très intéressant, crise socio-environnementale et climatique, des constats. à l'action. Alors, deux de nos intervenants, vous les connaissez déjà, puisqu'il s'agit d'Éric Piolle, le maire de Grenoble, et de Fatima Ouassak, qui est autrice militante. Je les fais revenir tout de suite. Je vous demande de les applaudir, s'il vous plaît. Et le troisième, vous ne l'avez pas encore vu, mais il va venir nous rejoindre tout de suite. C'est un... Néminant paléontoclimatologue, je vous demande d'applaudir Jean Jouzel. Alors, je vais commencer, je vais continuer peut-être, puisqu'on a déjà fait connaissance, on reviendra vers vous dans un petit moment. Mais avec vous, Jean-Joselle, je m'assois, ça sera plus confortable. Alors, je le disais, vous êtes l'un des plus éminents spécialistes du climat de la planète. Je ne vais pas retracer toute votre bio, ça serait un petit peu long, on n'a finalement pas tant de temps que ça. Vous avez obtenu l'équivalent du prix Nobel pour les sciences de la Terre et la médaille d'or du CNRS. Vous avez été vice-président du GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. C'est même d'ailleurs un peu vos travaux qui sont à l'origine de la création du GIEC. Et pour revenir un petit peu en arrière, on va voir que vous avez un lien avec Grenoble, parce qu'à la fin des années 80, au CEA, avec Claude Lorius, vous avez mis en évidence l'influence des gaz de serre sur le réchauffement climatique et donc travaillé ensuite au labo. de glaciologie de Grenoble, qui fait souvent l'actualité, qui fait la fierté, une des fiertés de la ville, évidemment il y en a bien d'autres. Et aujourd'hui vous êtes aussi président de Météo Climat. Voilà, alors évidemment je ne vous apprendrai rien en vous disant, puisque j'imagine que certaines des personnes qui sont dans la salle suivent ces sujets de très près. 2004 a encore été... Une année record en termes de réchauffement et selon l'Observatoire européen Copernicus, qui analyse des milliards de mesures issues de satellites, donc ce n'est pas aux doigts mouillés, des stations météo, d'autres outils, ce réchauffement en avril, donc il y a tout juste quelques jours, celui qui vient d'être mesuré, était encore au-delà de 1,5 degré. 1,5 degré, c'était la limite idéalement à ne pas dépasser selon l'accord de Paris. On voit bien qu'on n'a pas pris la bonne direction. Le constat est assez alarmant, Jean Jouzel.

  • Speaker #3

    Oui, bonjour à tous et à toutes. Alors, tout d'abord, merci de cette invitation, cher Eric. Alors, merci à double titre. Je suis à un double titre, invité, disons, à la Biennale, bien sûr, des villes en transition, mais aussi, je suis là au titre de la tournée du climat et de la biodiversité qui nous accueille dans le hall. Et je remercie tous ceux qui s'y impliquent. Voilà, disons que cette tournée, l'association que je préside, Météo et Climat, disons, est impliquée dans l'organisation. tournée. Merci pour ce double accueil.

  • Speaker #0

    Rien ne va plus, Marie-Caroline, c'est vrai. Nous sommes au-delà des 1,5°C. C'est quoi l'idée ? L'idée, ce serait quand même que nous soyons capables de préserver pour les jeunes d'aujourd'hui des conditions auxquelles ils puissent s'adapter dans la deuxième partie de ce siècle. Et c'est ça tout le problème. C'est-à-dire, c'est au cœur de l'accord de Paris que vous avez mentionné, à savoir que... Disons, si on veut s'adapter, on a une capacité d'adaptation, mais si on veut s'y adapter sans trop de difficultés, ce serait mieux d'être bien en deçà de 2 degrés. Et les pays les plus vulnérables, ça a été mentionné par Monika, et les populations les plus vulnérables pensent aussi que ce serait beaucoup mieux de limiter à 1,5 degré. Et nous y sommes. Donc c'est vraiment l'objectif, mais pour atteindre cet objectif par rapport aux jeunes d'aujourd'hui, aux générations futures, c'est aujourd'hui qu'il faut agir. c'est à dire aujourd'hui on a un double devoir On doit effectivement s'adapter aussi. Les villes en particulier sont au cœur de l'adaptation au réchauffement climatique. Pour moi, c'est très important. Je pense que nous y reviendrons. Mais aussi, on doit lutter contre le réchauffement climatique, c'est-à-dire diminuer nos émissions. Je rappelle, l'objectif, c'est neutralité carbone à l'horizon 2050 pour 1,5°C. On risque de ne pas y parvenir. On part plutôt vers 3°C. avec des conséquences très importantes. Et donc, on a vraiment à dire les difficultés dans lesquelles nous sommes et à faire appel à tous les ressorts de l'action. C'est ça qui est très important. Et je crois que l'action peut être largement aussi dans les villes, bien sûr, dans les territoires. Tout le monde doit regarder dans la même direction. Et c'est peut-être un peu ça la difficulté actuellement. Voilà, on a parlé des inégalités, des difficultés, on y reviendra. par rapport aux populations les plus vulnérables. Mais il y a aussi actuellement un autre mot qui nous manque beaucoup dans notre vocabulaire, c'est la solidarité. Je ne crois pas qu'on y arrivera si on n'a pas à prendre la mesure du réchauffement climatique, si on n'a pas vraiment un esprit de solidarité qui est en train de nous quitter au niveau planétaire. Et c'est ça aussi le point assez important.

  • Speaker #1

    Quelles sont les principales causes de ce réchauffement climatique ? En tout cas, ces dernières années.

  • Speaker #0

    Donc, c'est clair. Nous avons le réchauffement climatique, ce 1,5°C supplémentaire. C'est à l'échelle planétaire, c'est un peu plus en France. On n'est pas loin de 2°C, je pense, actuellement. Et ce réchauffement planétaire, il est entièrement dû à nos activités. Donc, il est dû à nos activités et très probablement de façon complète. C'est-à-dire, la façon la plus simple de l'expliquer, c'est de l'attribuer entièrement à nos activités. Il y a évidemment une variabilité naturelle du climat, mais ça ne peut jouer que sur l'ordre du dixième de degré. Voilà, alors nos activités, c'est quoi ? C'est les émissions de gaz à effet de serre. Je ne vais pas donner trop de chiffres, mais l'an dernier, on a émis 60 milliards de tonnes d'équivalent CO2. Donc, 37 liées au premier... Coupable, oui, je dirais coupable. Son utilisation combustible fossile, 37 milliards de tonnes. On y ajoute 5 à 6 milliards de tonnes pour la déforestation. On voit bien que c'est aussi la fabrication du ciment, 2 milliards de tonnes. Et puis, on ajoute grosso modo 15 milliards de tonnes d'équivalent CO2, entre 12 et 15 pour les autres gaz à effet de serre, dont on connaît l'origine, le méthane, le protoxyde d'azote, avec un lien avec l'agriculture et l'alimentation un peu plus fort que pour... bien sûr le gaz carbonique. Donc c'est bien documenté, il y a aussi la pollution qui contrecarre une partie de ce réchauffement, mais globalement, en termes de variabilité climatique, les gaz à effet de serre ont désormais pris le pas sur toutes les autres composantes, soit la variabilité naturelle, soit même un grand volcan. soit la pollution. Donc c'est vraiment les gaz à effet de serre qui sont malheureusement, disons, en tête des causes du réchauffement climatique.

  • Speaker #1

    Alors plus 1,5 degré, voire plus, malheureusement, évidemment, on se dit tout de suite que c'est une question de chaleur, mais pas seulement, il y a bien des conséquences sur le réchauffement climatique, des sécheresses, des hausses des précipitations ?

  • Speaker #0

    Oui, mais ici aussi des conséquences sur l'enneigement, sur les glaciers. Sur l'alpinisme aussi, j'étais à Chamonix il y a quelques semaines et les chamonnières sont très soucieux de ces parois montagneuses qui deviennent un peu plus friables parce que le gel n'est plus là. Donc il y a effectivement des conséquences dans les régions. Si vous êtes à bord de mer, vous pensez à autre chose, à l'élévation du niveau de la mer, mais dans les territoires, vous avez raison, ce sont ces... Je dirais que dans les villes, peut-être, la manifestation, les vagues de chaleur sont peut-être les plus difficiles à y faire face, tout simplement parce qu'il y a aussi ces problèmes d'îlots de chaleur dans les territoires, les sécheresses, les inondations, ça peut aussi être dans les villes, ces extrêmes climatiques sont vraiment de plus en plus au rendez-vous, et de plus en plus, de façon de plus en plus intense, c'est ce que nous... Après, voyons, ce que nous vivons aujourd'hui, c'est ce que nous envisageons depuis une cinquantaine d'années. Le message est très clair, c'est-à-dire que je crois qu'il faut faire malheureusement confiance à notre communauté dans ce qu'elle envisage au horizon des prochaines décennies.

  • Speaker #1

    Merci Jean-Joselle. On peut vous applaudir pour ce petit point. Voilà, maintenant qu'on a fait un petit état des lieux, Fatima Ouassak, on va pouvoir enchaîner avec vous. Alors, je ne sais pas s'il y a un deuxième... Je... Voilà, merci. Éric Piolle l'a dit tout à l'heure, vous êtes politologue, essayiste, autrice de nombreux ouvrages. Avec vous, on va resserrer un petit peu notre prisme avec des questions de... différentes un petit peu. Vous avez déjà évoqué dans votre présentation le domaine de recherche sur lequel vous étiez plus particulièrement active, notamment sur les quartiers difficiles, les personnes qui sont le plus en difficulté socialement, pour dire qu'il ne faut pas les oublier. Et il y a des personnes qui n'oublient pas l'écologie. On se dit l'écologie, on en parle un peu partout. Au départ, c'était les écolos qui faisaient de l'écologie. Et puis finalement, aujourd'hui, tous les partis politiques s'y mettent. Et même ceux qu'on n'attendait pas, l'extrême droite.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est une certaine forme d'écologie. Ce n'est pas une bonne nouvelle. C'est Jordan Bardella qui disait que l'écologie, ce sont les frontières. L'écologie, c'est les frontières. Bon, donc effectivement, l'écologie n'est pas immunisée. Elle n'est pas forcément de gauche. Elle n'est pas forcément progressiste. Ce n'est pas forcément émancipateur. Il y a effectivement une écologie d'extrême droite qui existe et qui monte en puissance, ça on le sait. Si vous permettez, je voulais quand même dire un mot à propos de... Déjà, je suis honorée d'être en votre présence. Je balbutie là, après tout ce que vous venez de présenter. Simplement, je voulais revenir sur le lien entre cette question des injustices. et la nécessaire solidarité, vous disiez ce mot n'est pas assez présent, on n'en parle pas suffisamment, etc. Moi je voulais juste me glisser entre ces deux mots pour dire que ça va être difficile d'observer ces injustices, de les constater, s'en apprister, et de dire mais finalement regardez, on est quand même dans le même bateau, parce qu'on va tous et toutes subir les conséquences de ce dérèglement climatique, Et donc, venez, soyons solidaires et menons... des actions, donc moi je suis d'accord sur ce terme, il faut être en mouvement, menons des actions pour lutter contre le dérèglement climatique. Ça va être difficile s'il n'y a pas une étape qui consiste à lutter contre les injustices, précisément les injustices, j'insiste là-dessus, raciales et coloniales. Je m'explique sur cette urgence et cette nécessité. Il se trouve que parmi les terres qui sont les plus ravagées, euh... il y a ces terres qui sont habitées par les populations qui sont les plus sous-humanisées, les plus déshumanisées, les plus victimes de racisme. Il y a là une coïncidence quand même. Les terres qu'on doit le plus protéger, ce sont ces terres qui sont habitées par des personnes qui sont dépossédées de leur pouvoir politique, qui sont sous-humanisées, etc. Donc on voit bien que même si on a dans le viseur cette action. pour lutter contre le dérèglement climatique, lutter contre les ravages causés à la Terre, et à ces terres-là en particulier, on voit bien que dans le même moment, dans le même temps, il faut lutter aussi contre la déshumanisation, la sous-humanisation des populations qui habitent ces terres. Il faut lutter pour que ces populations aient plus de pouvoir politique. Le pouvoir de dire, non, nous refusons tel ou tel ravage, nous refusons tel ou tel autoroute, tel ou tel centre commercial, tel ou tel data center, etc. Donc on voit bien que... Oui, nous sommes condamnés, c'est ce que je disais un petit peu tout à l'heure, nous sommes condamnés à mener ces deux luttes de front, une lutte contre le dérèglement climatique et une lutte antiraciste. Sinon, tout simplement, ça ne marchera pas. Je veux dire, quand on va dans les quartiers populaires et qu'on invite les populations qui y vivent en disant mais venez rejoignez-nous sur ce front éco... précisément contre le dérèglement climatique. Mais ces populations peuvent nous répondre, mais vous me demandez de protéger une terre alors qu'on me répète à longueur de temps, et de plus en plus d'ailleurs, que cette terre, je n'y suis pas légitime et que mes enfants qui grandissent pourtant n'y sont pas légitimes. Donc voilà, charge aux responsables politiques aussi, aux parents que nous sommes aussi, à la société civile, de répéter à ces gens-là, à ces enfants-là, cette terre, c'est la vôtre. Vous y êtes légitime aussi et on va se battre pour une égale dignité humaine. Donc ce n'est pas une option, ce n'est pas quelque chose qu'on peut mettre de côté en disant « concentrons-nous quand même sur la solidarité et sur l'action contre le dérèglement climatique » . Non, il va falloir passer quand même par cette étape de lutte antiraciste et anticolonialiste. Alors oui, tout à l'heure je disais quand même les observations qui ont été faites de cette lutte contre le dérèglement climatique à l'heure de Trump. C'est-à-dire à l'heure où on nous met en situation d'impuissance politique, où on nous explique que c'est trop tard, qu'on ne peut pas faire grand-chose, que les changements structurels qui sont pourtant nécessaires, étant donné l'urgence climatique, et notamment des changements structurels pour plus de justice, on sait que, je l'ai dit à l'instant, c'est lié, on nous explique que ces changements structurels n'auront pas lieu. Il y a dans le même temps une alliance de plus en plus forte entre les fascismes et le néolibéralisme, et on sait bien que fascisme et néolibéralisme vont causer encore plus de ravages. Alors face à ça, avec ces observations, qu'est-ce qu'on peut faire ? Alors moi il y a une phrase de Fanon que j'aime bien, que je cite de plus en plus, Franz Fanon, penseur décolonial, résistant aussi, qui a participé à la lutte de libération, lutte révolutionnaire algérienne. Et alors Frantz Fanon écrivait dans les Dannées de la Terre « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. Donc voilà, moi je suis... J'aime bien ces envolées lyriques qui parlent de mission, où nous avons notre part à jouer. Et face à ça, j'ai l'impression que... Cette mission peut consister soit, et c'est tout à fait honorable, à dire que c'est tellement dur aujourd'hui que la stratégie que l'on peut choisir doit être une stratégie de repli. Il faut arrondir les angles, il faut mettre de l'eau dans notre coca, dans notre vin, en tout cas il faut tamiser, il faut tempérer. Ça c'est une stratégie possible de dire, mais vraiment, ça va trop vite. Il faut ralentir le train qui pourrait sinon tous nous précipiter dans les abîmes. Donc vraiment, ralentissons. Ça, c'est une stratégie possible, une stratégie de repli. Et puis, il y a une autre stratégie possible, c'est au contraire d'accélérer. C'est de radicaliser, c'est de cliver, c'est de foncer en fait. Moi, je fais partie de celles et ceux qui pensent qu'il faut accélérer. radicaliser, voilà, et prendre à bas le corps le combat, notamment le combat antifasciste, et antiraciste, et féministe, des combats d'émancipation. Moi, je pense qu'il faut vraiment passer à la deuxième, que c'est maintenant ou jamais, en fait, qu'effectivement, on est à une sorte de tournant. Et André Gortz disait, c'est soit la civilisation, soit la barbarie. Et je pense effectivement qu'il y a de ça en ce moment. Alors là, on parle au niveau local et on pourrait dire, mais tes grandes envolées lyriques, bon, c'est très abstrait tout ça, c'est plutôt au niveau global, etc. Et moi, je pense l'exact contraire. Moi, je pense que c'est au niveau des villes, en fait, qu'on peut lutter réellement contre le fascisme. Pourtant, au niveau des villes, on parle souvent des petites choses, la nourriture, la circulation, les mobilités. Ça paraît très technique et justement pas idéologique. Et moi, je pense que ces petites choses, c'est le front de résistance contre le fascisme. Et on pourrait faire de nos villes, on pourrait faire des maquis, des laboratoires expérimentaux dans la lutte contre le fascisme qui vient, précisément dans la lutte contre l'extrême droite, précisément dans la lutte contre le Rassemblement national, puisqu'il faut nommer ce parti Kéo. aux portes du pouvoir. Moi, je pense que vraiment, les villes, il y a quelque chose là à jouer et à assumer, à dire vraiment, voilà, on ne se contente pas de petites choses comme ça et on en appelle pour les gens qui prennent des responsabilités. On en appelle à une vision politique globale, à ces grandes envolées lyriques, y compris au niveau local. Moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là à faire. Alors, j'ai pris quelques petites notes pour ne pas rester trop dans les nuées. Et si j'ai encore quelques secondes...

  • Speaker #1

    Rapidement, parce qu'on va pouvoir enchaîner pour pouvoir faire passer la parole. Mais sinon, on peut poser des questions et continuer. Si vous avez un petit mot encore... Vous pouvez y aller.

  • Speaker #2

    Je préfère le garder pour tout à l'heure.

  • Speaker #1

    Alors, on le garde pour tout à l'heure. Merci. Sur ces premières prises de parole, Eric Piolle, vous aviez souhaité intervenir sur la question qu'on ne voit pas comme ça dans le titre, mais qui est la question de la santé et qui est évidemment primordiale, parce que quand on a la santé, c'est l'essentiel, c'est bien ce qu'on se dit.

  • Speaker #3

    Oui, disons que c'est un des fils qui permet d'avancer dans cette métamorphose ou cette transition. J'aime bien le terme de métamorphose aussi, mais le terme de transition, il marche pas mal parce qu'il y a ce mouvement qui a été fondé par Rob Hopkins et qui finalement crée des dynamiques internationales. Et ça, je pense que c'est important pour nous quand nous pensons... la conduite des affaires publiques et comment cette conduite des affaires publiques peut nous amener dans la direction de la société que nous voulons voir. Nous cherchons à la fois les ruptures que nous pouvons poser et nous cherchons ce qui peut lier, qui peut mettre en mouvement et fédérer tout le monde tout en ayant un objectif de réduction des inégalités. Et donc la santé pour ça, ça marche. très bien. La définition de l'Organisation mondiale de la santé, c'est un état de complet bien-être, mental et physique, donc c'est bien plus que l'absence de maladies ou l'absence d'infirmités. Et à travers cela, on peut lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé, qui sont factuellement, évidemment, scandaleuses, parce que là, c'est notre rapport au temps. et comment nous pouvons utiliser notre temps sur Terre. Il y a un petit rapport au mystère humain. Nous ne savons pas pour combien de temps nous sommes là, nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, et nous ne savons pas où nous allons. Donc ça fait beaucoup, mais là c'est à l'échelle humaine. Et donc cette question-là, en fait, permet à la fois de dire, bon ben voilà, les Hauts-de-France par exemple, ou le Nord-Pas-de-Calais, c'est quatre ans d'espérance de vie de moins que la moyenne des Français. Ça permet de dire, tiens, les évolutions, les lois sur le travail, les lois Hartz en Allemagne, ça a eu une baisse de l'espérance de vie, pas l'espérance de vie en bonne santé, mais une baisse de l'espérance de vie pour les deux derniers déciles de la population allemande. Donc les 20%, les moins aisés des Allemands, ont vu leur espérance de vie baisser. Ça permet de dire que les inégalités sociales et territoriales à l'échelle d'une ville, elles sont criantes. Et donc 14% de pauvreté en France, un petit peu plus, ça monte. La baisse du chômage n'a pas permis de sortir la pauvreté, loin s'en faut. Un nouveau rapport venait le montrer. Que dans les villes, c'est là qu'il y a le plus de pauvreté, puisque c'est aussi un havre à la fois d'anonymat, de solidarité, de services publics. Et donc c'est plus de 20% de... de pauvreté dans les grandes villes, que si on descend à l'échelle des enfants, c'est plus d'un enfant sur trois à Grenoble, ville pourtant riche, qui va bien, pionnière, économie, machin, bon, toutes nos forces. Mais malgré ça, c'est quand même un enfant sur trois qui naît dans une famille sous le seuil de pauvreté. Et donc, en travaillant les questions de santé, On a à la fois quelque chose qui intéresse tout le monde, quelle que soit la situation économique ou culturelle, et un vecteur de réduction des inégalités sociales et territoriales. Et puis il y a une deuxième dimension qui est pour moi très forte dans pourquoi on a choisi la santé comme l'espace public, qui aussi appartient à tout le monde, dans lequel il se passe plein de choses et dans lequel on peut retrouver des conflits d'usages ou une société du commun, c'est que Ça permet de territorialiser le débat, de nous ramener à notre condition de mammifère. Nous sommes dans un territoire et donc ça permet un peu de s'affranchir de cette difficulté incroyable dans la lutte contre le changement climatique, qui est que le climat des prochaines années ou l'évolution des niveaux de l'eau en fait est déjà connue parce que c'est sur les émissions de gaz à effet de serre que nous avons déjà fait. Donc celles que nous sommes en train de faire sont en train d'impacter le climat de dans 20 ans, 30 ans. Donc il y a un décalage dans le temps, et puis il y a un décalage, surtout une absence de prise dans l'espace, puisque quand bien même, nous arrivons à la neutralité carbone, si les autres ne le font pas, on prend quand même les effets du dérèglement climatique. Donc on se dit finalement, à quoi bon ? Et donc ça peut engendrer d'autres phénomènes qui viennent nourrir les prédations, et en ce moment, on est vraiment dans des logiques de prédation qui sont poussées à l'extrême. Avec la santé, avec la pollution de l'eau, de l'air, des sols, là on a un bénéfice direct. Quand on améliore les choses, non seulement c'est bon pour le climat, non seulement c'est bon pour notre rapport global à l'humanité, mais c'est bon pour nous ici et maintenant. Si nous atteignons le niveau de pollution de l'air recommandé par l'Organisation mondiale de la santé en 2030, C'est pour les habitants du bassin Grenoble-Bois, les 700 000 habitants du bassin Grenoble-Bois, trois mois et demi d'espérance de vie. Et les chercheurs ont calculé que c'est d'ici 2045, 8 milliards et demi d'euros d'économie. Donc on se retrouve à un point qui est radical dans le terme où c'est à la racine et qui nous permet de tirer des fils de façon transversale dans toutes les politiques. Quand on parle de santé, on va parler de sport et santé. On peut parler d'alimentation évidemment et santé. En ce moment avec la Sécurité sociale de l'alimentation, on est au cœur de sujets. On va parler d'urbanisme et de santé et nous avons une charte d'urbanisme favorable à la santé où nous travaillons à l'échelle de quartier, notamment à Flaubert qui est un peu notre quartier phare, pionnier, pilote en la matière. Nous regardons les questions de santé et les questions d'urbanisme et d'aménagement urbain, pas que les questions de pollution de l'air mais qui nous amène à faire des constructions en... en paille et bois dans une école de la ville neuve ou des constructions en terre et bois à Flaubert. Donc ça nous permet de tirer des fils comme ça extrêmement forts, ça nous permet de tirer des fils de prévention de santé mentale, qui est un sujet majeur, qui pour moi a été mon plus gros choc. On vous demande toujours quand vous devenez maire, alors c'est quoi la surprise ? Moi j'ai dit 2014, c'était la santé mentale de la population, que j'ai pris en pleine face parce que je n'avais pas cette perception, je voyais dans mon milieu des burn-out, pendant tant, des gens qui avaient travaillé trop, qui avaient des conflits internes très forts, mais en devenant maire et en tout d'un coup appartenant, si je puis dire, à l'ensemble de la population et donc en rencontrant l'ensemble des habitants, j'ai pris conscience de cet état de fragilité mentale extrêmement fort. qui ne s'est pas améliorée depuis, pas améliorée avec le Covid, pas améliorée avec tout ce que derrière vous avez pu lire, notamment sur la santé mentale des jeunes, qui est évidemment un de nos soucis premiers. Donc à travers cette question de la santé, il y a toute cette politique transversale, et à la fois des éléments très concrets qui vont de centres de santé dans les quartiers populaires, avec nos projets avec l'AGEXA, l'association des centres de santé à Grenoble, où là on retrouve 18 000 habitants de quartiers populaires qui sont soignés par ces médecins qui font un travail militant remarquable. Et ça marche aussi pour quand on oblige, je ne sais pas comment on dit, puisqu'on conditionne nos subventions aux clubs sportifs à des formations aux violences sexistes et sexuelles pour l'ensemble des clubs. Tout ça contribue d'une même politique et d'un même fil rouge qui parle à tout le monde et qui pourtant... réduit les inégalités sociales et territoriales de santé.

  • Speaker #1

    Alors Jean Jouzel, on vient de le voir avec Fatima Ouassak et Eric Piolle à quel point la ville est un échelon pertinent pour essayer de lutter contre les crises socio-environnementales. Pourtant, les villes, globalement, ne sont pas adaptées au réchauffement climatique quand on voit tous ces bâtiments importants.

  • Speaker #0

    Oui, merci. Permettez-moi de réagir, mais c'est lié par rapport à ce qu'ont dit Fatima et Eric. Oui, le problème d'injustice climatique est au cœur de mes préoccupations. Je m'y suis beaucoup intéressé.

  • Speaker #1

    D'ailleurs, vous avez rédigé un rapport avec le Conseil économique et social.

  • Speaker #0

    Il y a plus de tout ça. Et justement, en France, une des injustices climatiques, c'est justement la difficulté... des populations les plus modestes à faire face au réchauffement climatique parce que, soyons clairs, disons qu'il y a des vagues de chaleur, il y a ceux qui peuvent quitter la ville, c'est mon cas, quand je suis à Paris c'est invivable, mais je fais en Bretagne, il y a ceux qui ne peuvent pas, c'est très clair. Donc il y a vraiment une injustice très importante. Bon, une injustice, j'aime aussi réagir, c'est un peu, donc, on sort un livre cette semaine, voilà, et... Un des chapitres, c'est « Les orphelins de la planète » avec Alain Grandjean et Claude Henry, qui malheureusement est disparu les dernières semaines. Mais justement, dans ce livre, on aborde un des chapitres, c'est la seconde époque coloniale. C'est justement ce qu'on essaye de dire, c'est-à-dire que c'est un justice très forte des pays. de certaines régions, vous l'avez évoqué, qui sont vraiment au cœur de ces difficultés. J'évoquerai d'ailleurs ces problèmes demain matin sur France Inter. Je veux dire, donc, voilà. Et Eric, oui, quand même, c'est vrai, la santé, mais la santé, le réchauffement climatique va jouer sur la santé. On a justement une journée scientifique sur climat et santé en fin d'année, y compris la santé mentale et l'éco-anxiété. Donc, bien sûr, sur les maladies vectorielles, sur les... sur les difficultés à faire face aux vagues de chaleur. Mais voilà, donc tout ça est lié. Ce que je veux dire, la transition de la ville, ce n'est pas que le climat, ce n'est même pas que la biodiversité. J'aime bien la conclusion du GIEC, c'est que le réchauffement climatique, c'est une menace pour notre humanité, pour la santé de notre planète, la nature qui nous entoure, mais c'est aussi une menace pour l'organisation de nos sociétés. Et ça, je suis vraiment, c'est ça que je partage aussi. Ce problème de clivage politique, très clairement évoqué. Voilà, donc c'est ça. Alors maintenant, pourquoi les... Si, les villes, c'est très important qu'elles s'adaptent au réchauffement climatique, c'est pas si facile. Voilà, je me suis intéressé pas mal à ce qui se passe à Paris, par exemple, mais c'est... Bon, disons, je pense que les... Il y a des choses à faire dans les villes qui commencent à être faites, j'imagine aussi à Grenoble, parce que ce n'est pas facile Grenoble-été. Donc ça j'ai quelques souvenirs quand même, si vous n'êtes pas les mieux placés dans cette cuvette. Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire, et en tout cas c'est de prendre le problème au sérieux. Mais quand même, on le rappelle quelques chiffres, les grandes villes c'est 70% d'émissions de gaz à effet de serre, 70% de l'énergie, il y a beaucoup à faire. C'est vous qui avez la main, vous, les collectivités, les villes ou les collectivités au sens large sur bâtiments, urbanisme, mobilité, les circuits alimentaires aussi. Donc tout cela, c'est quand même au cœur d'une stratégie d'adaptation des villes par rapport au réchauffement climatique. Mais il ne faut pas le prendre qu'à travers le réchauffement climatique. C'est vraiment une vision globale. l'aménagement d'une ville, et je suis d'accord, son aménagement sociétal. Comment fait-on pour diminuer les inégalités ? Parce que le premier risque du réchauffement climatique, c'est justement l'accroissement des inégalités entre pays, entre générations, entre populations de la même ville. Et c'est cela qu'il faut vraiment éviter et regarder cela dans, pas simplement, disons ponctuellement, les îlots de chaleur, mais c'est l'ensemble. Avoir une vision globale de cette transition dont on parle aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Il faut vraiment soutenir les quartiers parce que les quartiers parfois pour eux la question aujourd'hui c'est pas la fin du... Enfin cette expression un peu éculée mais c'est pas la fin du monde, c'est la fin du mois qui est importante.

  • Speaker #0

    Je crois que les deux, mon capitaine. Je ne pense pas qu'on a besoin d'opposer fin du monde et fin du mois pour ces populations-là, en considérant que dans les quartiers populaires, l'essentiel, c'est de manger, de lutter contre la précarité, le chômage, etc. Comme si des enjeux de liberté, de contemplation, comme si ça, ce n'était pas important. Mais on meurt de ne pas être libre. On meurt de ne pas pouvoir contempler la beauté du monde, de ne pas pouvoir contempler le soleil se coucher. C'est le cas dans les quartiers populaires. Souvent, ce sont les endroits les plus emmurés où on ne voit souvent le soleil qu'entre 11h et 15h. Donc en été, au moment où il est le soleil le plus agressif, on meurt de ça. Alors évidemment, ce n'est pas le chômage, ce n'est pas la précarité, etc. Mais ce n'est pas moins important. Ça fait partie des aspirations humaines. Dans les quartiers populaires, il faut le dire, je pense qu'on est beaucoup à s'inquiéter du fait que, par exemple, nos garçons, nos adolescents ne peuvent pas circuler librement à l'endroit où ils sont nés. Ça, c'est une vraie angoisse. Évidemment, il faut y vivre pour le savoir précisément. Il faut avoir des enfants non-blancs, des enfants musulmans, des garçons en particulier, des adolescents, pour comprendre ce que c'est de ne pas pouvoir faire deux pas tranquillement, sans être arrêté par un dispositif sécuritaire, la police armée, qui demande des papiers comme si on était à une douane, et comme si c'était normal de demander à des enfants qui sont nés là, des passeports, des papiers d'identité, encore une fois, comme si on était à un checkpoint. Ça, c'est une vraie inquiétude, c'est une vraie angoisse quand on demande aux gens pourquoi ils veulent quitter le quartier. Parce que beaucoup de gens, quand même, qui veulent quitter leur quartier malgré le rapport affectif qu'ils peuvent avoir, encore une fois, à l'endroit où ils ont grandi. Ça, c'est une des inquiétudes, une des angoisses. Nos enfants ne sont pas tranquilles ici. Ils ne sont pas libres, ils ne peuvent pas bouger. Ensuite, il y a la question de l'école, les questions de santé, les questions de... de petits émandasmes, par exemple. C'est un vrai problème, bien respirer à ces endroits-là. Mais non, je pense qu'il ne faut pas du tout opposer les deux. C'est ce que je disais tout à l'heure. Il n'y a pas des questions pratico-pratiques, locales et puis des aspirations globales et philosophiques et idéologiques quand on a le temps pour les gens qui ont le temps. Je pense qu'il faut avoir cette exigence, cette ambition, parler de liberté fondamentale, parler d'égalité humaine, y compris là et en particulier là, dans les classes populaires et dans les quartiers populaires. et il y a des choses à faire. Par exemple, pour améliorer la... libre circulation, alors moi dans ma ville à Bagnolet où je milite un petit peu on fait des chasses au trésor par exemple avec les gamins et très précisément par exemple on demande aux autorités publiques de bloquer l'accès aux routes pour les voitures et donc c'est la police qui s'en charge et donc c'est rigolo la police qui arrête les voitures pour laisser passer des gamins de quartier bon Ce n'est pas la fonction première d'habitude de la police dans les quartiers populaires. Là, c'est bien, c'est utile. Et puis voilà, du coup, ça leur permet de mieux circuler en sécurité. Ça permet aussi à leurs parents, à nous en fait, de bien comprendre l'enjeu des villes sans voiture. Et puis cet enjeu de lutter contre les pollutions atmosphériques, etc. Il y a quelque chose là de très joyeux. Et quand on propose ce type de projet, et aux enfants et à leurs parents, on parle de liberté de circulation. On parle de liberté fondamentale, on parle de joie dans la rue. Vous voyez, on n'est pas obligé de dégrader le propos et les exigences sous prétexte qu'il s'agit de classes populaires encore une fois. J'insiste là-dessus. Dans les classes populaires, on veut du beau aussi pour nos enfants et ça peut fonctionner.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, ces messages pour certains, parfois, ils sont difficiles. à entendre. Comment vous arrivez, vous, à les faire passer ? Parce qu'on s'aperçoit bien en discutant que finalement, c'est tellement transversal, il y a tellement de choses à faire. Ça va, vous ?

  • Speaker #0

    Vous avez toujours du courage ?

  • Speaker #2

    Ça va parce que ça n'enlève pas la frustration, évidemment, de ne pas faire tout ce qu'on aimerait faire pour des contingences qui peuvent être financières d'abord, administratives ou politiques. trouver les moyens de... de créer des alliances sur des intentions qui sont communes pour avancer. Mais moi, je suis, fondamentalement, je pense qu'en fait, à la racine de notre problème, il y a la prédation. Et donc, je regarde, quand je dis nos trois adversaires, c'est le consumérisme, donc comment on nourrit nos pulsions de désir de bien. Et puis, on y dit toujours plus de machins, de trucs. et puis Il faut avoir ci, avoir ça, et puis ceux du dessus vont passer à autre chose, et puis il faudra courir derrière, donc cette pulsion consumériste. Le deuxième adversaire, c'est l'ordre social, le maintien de l'ordre social. Et évidemment, quand on se dit qu'il faut passer en France de 10 tonnes à 2 tonnes, on se doute bien que ceux qui vont devoir modifier leur mode de vie Merci. Ce n'est pas les 50% les plus vulnérables de la population qui sont déjà à 5 tonnes et moins. On se dit que les 10% qui sont à 18 et plus, pour eux, ça va être plus compliqué. Mais racines d'éducation chrétienne, de temps en temps, j'ai envie de vous rappeler la parabole, il sera plus facile à un chameau de passer par le fil de l'aiguise qu'à un riche de rentrer au royaume des cieux. Je mets ça de côté, puisque évidemment, je fais de la politique, donc je suis laïque, et puis je ne suis pas croyant. Mais il n'empêche qu'on retrouve dans cette lutte... contre la prédation on retrouve la domination des hommes sur les femmes et on retrouve évidemment la domination spatiale sur la planète la prédation sur les ressources la prédation parfois sur les corps évidemment parler ce matin et on retrouve les questions de néocolonialisme interne à nos pays et donc les questions de racisme et donc c'est une même lutte La montée de l'extrême droite, c'est aussi le fait que face au néolibéralisme et à la peur du déclassement, il faut s'assurer pour ceux qui ont peur du déclassement, qu'au moins dans ce déclassement, ils continueront de dominer les femmes, les Noirs et les Arabes. Donc quand nous agissons dans ces luttes contre les discriminations, pour ma part, j'ai l'impression de faire partie de cette même lutte contre la prédation en général. Et c'est pour ça que des questions comme la condition animale sont aussi des vecteurs très puissants de transformation, parce qu'à travers la condition animale, on vient dire en fait, voilà, on est en train de tuer un animal, mais c'est un être vivant. Alors on a dit, ça m'amuse, moi qui adore l'histoire, de voir l'évolution de comment on a caractérisé les humains. Bon, plus ça va, plus on se dit qu'on n'a pas grand chose de différent du reste de la condition animale, quand même. en termes de sensoriels, même on disait tiens nous avons la mémoire, on voit des éléphants qui retournent sur les lieux de leurs ancêtres passés qui sont morts. En fait nous avons là un comportement de prédateur en général. Et venir travailler sur ce comportement de prédateur nécessite, c'est pour ça que... j'aime bien parler de métamorphose, nécessite un changement effectivement extrêmement puissant par rapport à ce qu'a été la société, on va dire, industrielle dans son ensemble, la société moderne depuis le milieu du 19ème. Donc ça fait partie d'une même lutte. À la place à laquelle je suis, une fois que j'ai fait ce constat, nous lançons des politiques pour s'attaquer, on s'attaque au consumérisme, on dit, tiens, on sort de la pub. On s'attaque à la condition animale en disant qu'on va faire tout végétarien sur le protocole de la ville. Et puis que maintenant, notre standard, c'est le repas végétarien à la cantine. Il faut demander. Ce n'est plus vous demander une alternative végétarienne, c'était ton combat à bagnole. La base, c'est le menu végétarien. Et vous pouvez demander d'avoir du poisson ou de la viande, mais ce n'est pas le menu standard. La base c'est le déplacement à vélo ou le déplacement à pied en premier lieu. Et vous pouvez évidemment continuer à vous déplacer en voiture, mais ce n'est pas le principe de base. La base sur l'autoroute qui arrive de Grenoble, nous avons eu la première voie de covoiturage. Je suis content parce qu'au bout de 2018, l'accord avec Elisabeth Born, sept ans plus tard, on commence à avoir les premières verbalisations. C'est une voie de covoiturage pour dire que dans une voiture, on ne se promène pas tout seul. Dans un char de 2 tonnes, on ne met pas 60 kilos de barbac humaine. On doit pouvoir faire mieux. On est à 1,04. Sur les 100 000 voitures qui rentrent à Clus de Vorep, 1,04 passagers par voiture. On peut essayer de réduire le nombre, de faire plein de trucs. Mais si déjà on est 2 ou 3 par voiture, on aura réglé une grande partie du problème. Et donc, il y a tout ce... Pour moi, c'est une même lutte. lutte et il faut trouver Évidemment la cohérence sur la transition énergétique, on a réduit de 40% les consommations d'énergie de la ville et de 70% les gaz à effet de serre, puisque nous avons aussi décarboné nos sources d'énergie. Nous avons maintenant plus de 50% de repas végétariens, 95% de bio et végétariens de bio dans les crèches. Nous faisons toutes ces politiques, planter des arbres, évidemment, et lutter contre les îlots de chaleur, multiplier les logements sociaux, on vient de passer des 25% cette année. Mais tout cela fait partie d'une même vision de lutte contre la prédation. Donc, sortie du consumérisme, lutte contre le maintien de l'ordre social et cette lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme qui sont des vecteurs utiles. Nous avons des alliés objectifs et même dans le domaine de la santé, typiquement, nous avons été la première collectivité en France à salarier des travailleurs pairs, c'est-à-dire d'aller chercher des habitants du quartier qui vivent des enjeux d'accès aux soins et de prévention, de les former. et c'est E qui maintenant avec une casquette de salarié de la ville font ce travail de prévention santé et d'accès aux soins plutôt que d'avoir effectivement de venir porter la parole depuis l'extérieur. Je pense que ces questions-là sont essentielles.

  • Speaker #1

    Jean Jouzel, puisqu'on parle de prédateurs, alors évidemment c'est un peu l'éléphant dans la pièce, mais pas l'éléphant sympa que vous avez évoqué tout à l'heure qui sait tout seul aller se mettre dans un coin quand ça va moins bien. Donc l'éléphant dans la pièce c'est Donald Trump. est-ce que Est-ce que ça vaut le coup de continuer à lutter ? Vous, les actions qu'il a commencé à mener, on voit déjà les conséquences ?

  • Speaker #3

    Oui, effectivement. Tout simplement, le premier mot de notre livre, c'est « prédateur » . Alors Donald Trump, nous sommes au creux de la vague. Nous sommes ici, je pense, toutes les personnes qui sont dans cette salle se sentent concernées par cette transition au sens large, à la fois… climatique, la biodiversité, tous les problèmes d'environnement, les problèmes sociétaux. Mais on fait face à des vents contraires. Alors sur le climat, il y a ce climato-scepticisme qui ne repose sur rien, simplement sur l'idée qu'il ne faut pas changer les choses. C'est clair, il n'y a aucune réflexion par rapport au phénomène lui-même. Par rapport, mais je suis encore, bon, alors voilà, disons en termes généraux, je suis évidemment très concerné par la politique de Donald Trump, mais je suis aussi extrêmement...

  • Speaker #2

    vraiment...

  • Speaker #3

    la vraie question c'est la négation de la science, pas simplement dans notre domaine. Je veux dire, elle est... elle vaut pour notre domaine, mais elle vaut surtout pour tous les domaines. Et ça c'est extrêmement difficile. Voilà, donc c'est quelque chose. Mais voilà, donc Donald Trump, oui, voilà, on commence à avoir des effets. Mais même chez nous, enfin chez nous je dirais... Il y a quand même un recul dans les ambitions de l'Europe, par exemple. Soyons clairs, ne soyons pas naïfs. Disons, le Green Deal est en train de reculer. Ce n'est pas qu'à cause de Donald Trump, mais on voit bien que cet esprit, l'ambition qui était là, est en train de s'effriter. Elle s'effrite aussi un petit peu dans notre pays, soyons clairs. Donc c'est ça aussi, il ne faut pas... Oui, c'est un peu la conséquence de ça. Il n'y a pas cet enthousiasme, ce regard vers la neutralité climatique. par exemple au niveau planétaire. Mais malgré tout ça, ce que j'aimerais donner, c'est quand même, alors je ne suis pas naïf, la situation est difficile, mais c'est un message d'espoir. C'est-à-dire qu'il y a encore beaucoup de choses à faire et c'est ça qu'il faut garder en tête. Il y a beaucoup de choses à faire en termes d'organisation de la société, en termes de recherche, d'innovation. Donc voilà, il n'y a peut-être pas beaucoup de jeunes ici, mais il y en a quand même. Prenez cette transition à bras-le-corps, c'est le message que je souhaiterais donner. Dans tous les domaines, il y a... tellement de choses à faire. Même si Trump est là, on est au creux de la vague, mais il faut continuer à témoigner, à redire les choses et essayer d'aller de l'avant. J'espère que ça sera bientôt un mauvais souvenir, je ne le cache pas.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup. Vous pouvez garder le micro parce que je crois que vous allez bientôt vous quitter. Avant, je voulais que vous disiez peut-être un petit mot sur cette exposition qui est... Justement, ouverte à tous, qui est dans le hall de météo et climat.

  • Speaker #3

    Donc il s'agit de la tournée du climat et de la biodiversité. Alors oui, nous avons commencé, nous, alors même, disons, des trois Toulousains, Serge est là, Serge Planton est là, ils voulaient faire quelque chose en province, disons au moment de la COP, disons en 2015, accord de Paris, tout se passait à Paris, et se sont dit on va faire quelque chose en province, et ils ont mis sur pied ce train. C'était au départ le train du climat, il y a eu une première tournée du train du climat, et puis on est reparti avec une vision plus large. On parlait de biodiversité aussi au début, mais plus orientée environnement au sens large, disons climat, biodiversité, mais aussi solution. Et l'idée, je crois qu'il y a une exposition, mais la force de cette démarche, c'est que les scientifiques sont là. avec, disons, voilà, vous allez, si vous... vous prenez le temps de discuter avec des scientifiques qui sont impliqués dans les travaux de recherche, ou qui l'ont été, donc voilà, ce sont les messagers, moi je les remercie, ils sont là, ils pourraient se lever les messagers, il y a quelques messagers là,

  • Speaker #2

    voilà.

  • Speaker #3

    Merci messagers, donc merci beaucoup. C'est ça l'idée, donc c'est vraiment de notre communauté scientifique, alors voilà, je dirais au sens large, intéressée, a envie d'aller vers le public et c'est une façon de le faire et j'espère qu'il y a. Merci de l'accueil que vous nous faites à Grenoble, Eric. Les gens, je pense, prendront un peu de temps pour apprendre un peu plus, échanger avec notre communauté sur tous ces aspects. Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Merci. Et puis on a besoin des scientifiques, c'est grâce à des personnes comme Jean Jouzel qu'on peut aujourd'hui être alerté, être en alerte sur ce qui va se passer et essayer de lutter au mieux contre ça.

  • Speaker #2

    Oui, ça rejoint un autre de nos combats, peut-être politiques, c'est que dans ce que nous avons essayé de faire à Grenoble, dans ce que nous essayons de porter à Grenoble, Il y a le fait que le rôle de l'écologie politique, pour moi, est de se décaler de ces messages d'alerte. Historiquement, l'écologie vient de mouvements autogestionnaires, féministes et qui s'appuient sur la science. Donc ça a été des lanceurs d'alerte et des contre-pouvoirs. Maintenant, notre lecture, ma lecture politique, c'est de se dire que l'alerte, elle est portée. par les six rapports du GIEC, elle est portée par des activistes qui viennent dire « E-COP, le projet de Total, c'est du grand n'importe quoi, que la compensation carbone d'entreprises comme Total, c'est de chasser des paysans dans certains pays d'Afrique qui vivaient sur leur terre, mais sans cadastre, et qui sont chassés pour planter des arbres, pour compter ces arbres dans la compensation carbone de Total. » Tout ça, c'était avant Trump. Moi, j'ai toujours une petite difficulté qui est de dire « Ah ben, maintenant, on est dans la merde parce qu'il y a Trump. » Ou « On est dans la merde parce qu'il y a une autre raison. » En fait, on était déjà dans cette situation-là avant. Et il ne faudrait pas que ces événements, qui sont évidemment importants à l'échelle planétaire, qui sont dangereux, qui peuvent nous conduire à la guerre, on le sait tous, ... mais nous servent de paravent pour nous dire, bon ben voilà, finalement on aurait bien aimé, mais là on ne peut plus parce qu'il y a Trump. Nous pouvons toujours, et nous pouvions avant, et pourtant nous ne l'avons pas fait. Et donc ça nous appelle à cette culture de changement suffisamment radicaux, parce que, de fait, on ne peut pas passer de... La société ultra-consumériste et ultra-prédatrice dans laquelle nous sommes a une société de coopération, de bien-être, de sécurité et d'émancipation. En adaptant le premier système, ce premier système ne peut pas s'adapter. Ses fondamentaux sont inscrits dans la prédation sur le vivant, la prédation géographique et la prédation sur les femmes. Donc ça ne colle pas. donc il faut trouver les ressorts qui nous permettent de passer de l'un à l'autre. En se disant que ça n'est pas immuable, puisque nous n'avons pas toujours été dans cette situation-là. L'ère de l'automobile, c'est quelques décennies. L'ère de l'avion, c'est stupéfiant. L'avion, les premiers charters, je pense que c'est le 97. Il y avait à l'époque, à la fin des années 90, un milliard et demi de passagers. Là, on a passé les cinq milliards de passagers. Donc nous sommes en train aujourd'hui, et ce n'est pas à cause de Trump, d'exploser notre bilan carbone dans l'avion et avec des gens qui nous disent oui mais on va faire des progrès sur les moteurs donc c'est pas grave les voitures en france 20 millions de voitures en 1980 on a passé les 40 millions ça c'est pas trump on a doublé le nombre de voitures en 40 ans elles ont pris 350 kg de plus nous on n'a pas grossi de 350 kg ni même en proportion on n'a pas grossi de 30% comme l'ont fait les voitures donc tout cela c'est dans nos mains et donc il faut trouver les fils pour avancer là-dessus. Et donc ces fils, c'est pour nous les questions de logement, les questions de déplacement et d'espace public, les questions d'alimentation, les questions de santé, les questions d'éducation, sport et culture, tous ces vecteurs d'émancipation, et évidemment les questions énergétiques pour avoir de la cohérence dans tout ça. Mais donc ça nous fait une politique publique locale très claire, mais qui va chercher aussi, nous travaillons sur le Donuts, Le donut, c'est se dire qu'il y a un plancher, c'est un donut, vous voyez ce que c'est, c'est un gâteau avec un trou au milieu, donc il y a deux frontières. Donc c'est de se dire que c'est une scientifique, une économiste anglaise qui est très worth qui a lancé ça, avec un mouvement maintenant très large. Il y a un plancher social et il y a un plafond environnemental. Nous disons qu'il y a un plancher social, effectivement, mais que le plafond environnemental marche avec un plafond social aussi. C'est qu'aujourd'hui, vous avez vu le rapport qui est sorti il y a quelques jours, les 10% les plus riches de la planète sont responsables à eux seuls de 90% de l'accroissement. C'était des chiffres absolument délirants. Donc on dit qu'il y a un plancher social. Et donc quand on dit qu'il y a un plafond social, je veux dire aussi. Et donc ce plafond social, ça nécessite de se dire, c'est le débat que j'ai pu avoir avec le patron du MEDEF, l'ancien patron du MEDEF, Roud-Bézieux, quand il disait, bah oui, effectivement, on veut réorienter, réduire les écarts de patrimoine, notamment, qui sont les plus flagrants. Ces écarts de patrimoine, on veut les réorienter, non seulement parce que nous lutterons contre les inégalités sociales, mais aussi parce que ce patrimoine génère, continue de générer, un système de prédation et d'émission de gaz à effet de serre. Donc voilà, notre message c'est de dire ne nous cachons pas derrière et effectivement à l'échelle de la ville, nous pouvons agir parce que nous nous voyons, nous regardons dans les yeux, donc cette fraternité ou cette sororité, nous pouvons la construire facilement là. Nous pouvons avoir cet élan de curiosité et nous pouvons à travers des petits fils montrer de la cohérence dans l'action. Évidemment, ça ne résout pas tout, mais ça fait ce que Damasio appelle des petits points de rouille dans le système, ou des petits points d'oasis, si on veut le dire plus posément, mais qui sont des points de base pour montrer qu'on peut faire autrement, et se dire que du coup, on peut aussi passer à l'échelle du dessus.

  • Speaker #1

    Fatima Ouassak, vous vouliez réagir sur cet échange ? Oui,

  • Speaker #0

    à propos de la prédation. Moi, je partage cette idée que l'écologie, c'est un projet politique qui demande une volonté politique, qui demande une vision politique, de dessiner des horizons. Et il y a plein de verbes comme ça qu'on a mobilisés, des verbes d'action, de mise en mouvement, de dynamique, etc. Moi, je partage cette définition de l'écologie. L'écologie, elle ne tombe pas du ciel. Elle s'ancre en fait dans un projet politique. Alors, on a parlé d'un éléphant dans la pièce, Trump. Et on l'a évoqué, on a dit à quel point, effectivement, il pouvait produire chez nous des effets de sidération et d'impuissance politique. Mais il y a un deuxième éléphant dans la pièce, il faut le dire. C'est le génocide actuellement à Gaza. Et ça, on ne peut pas le contourner. Parce que moi, je veux bien qu'on parle de santé mentale et de dire à quel point on va mal en ce moment. Parce qu'effectivement, je suis sûre qu'on est nombreux, nombreuses ici à être, à aller mal. Aller mal dans notre capacité à agir, à réagir. Parce que c'est vrai qu'on nous dit, mais il faut bouger, il faut lutter contre le réchauffement climatique, il faut lutter contre le racisme, contre le patriarcat. Allez, bougez-vous, bougez-vous, soyez citoyens, soyez société civile. Mais il y a un génocide là, en direct. Et pas n'importe quel génocide. C'est des dizaines de milliers d'enfants qui sont massacrés, qui ne sont pas considérés comme des enfants. C'est-à-dire qu'en plus, il faut supporter le fait que ces enfants soient considérés comme des dommages collatéraux, comme le résultat du droit de se défendre. Et en plus, il y a une complexité de l'État français. On ne peut pas simplement dire non, mais ça se passe loin d'ici. Bon, c'est malheureux. Et des génocides, il y en a déjà eu. Et c'est bien malheureux, mais c'est comme ça. Il faut que nous, on continue à avancer. Non, non, nous sommes engagés, nous, ici. La France est partie prenante de ce qui se passe aujourd'hui à Gaza, de ce qui se passe aujourd'hui en Palestine. On ne peut pas éluder, on ne peut pas renvoyer ça d'un revers de main en disant non mais on ne peut pas faire grand chose là-bas, c'est malheureux, mais on ne peut pas faire grand chose continuant à avancer.

  • Speaker #1

    C'est ça être partie prenante, c'est ne pas agir, c'est être partie prenante.

  • Speaker #0

    Mais déjà c'est de dire, de dire ce qui se passe, on devrait en parler matin, midi et soir. Là, je regardais ce matin sur les pages du Monde, mais il n'y a quasiment rien. Alors que par ailleurs, sur les réseaux sociaux, on voit des corps décharnés, on voit un génocide par famine. Je me souviens qu'en novembre 2023, le président colombien, comme le président brésilien, Lula, parlait déjà de génocide à l'époque et disait déjà qu'en Colombie, au Brésil, comme en Palestine, nous étions tous concernés de la même manière parce qu'ils s'expérimentaient à Gaza ce qui pouvait nous arriver. En termes technologiques. de nouvelles manières d'exterminer, de nouvelles manières de tuer, de nouvelles manières d'écraser. Et ça ne peut pas nous laisser indifférents. Nous sommes visés aussi, en fait. Donc, il y a des dizaines de milliers d'enfants, encore une fois, qui ont été massacrés. Et ça continue. Et ce qui se passe là-bas nous concerne. Il faut qu'on se dise que les enfants palestiniens, ce sont nos enfants, en fait. Et ça, ça existe dans les quartiers populaires. Tout à l'heure, vous me demandiez, mais… Fin du monde, fin du mois. Je vous disais, mais la fin du monde, on y pense aussi. Et quand on pense fin du monde, on pense à Gaza. Et dans les quartiers populaires, on y pense comme... Et je suis sûre ici aussi. Mais simplement, on ne nous laisse même pas la possibilité de le dire, ça. De dire, mais on va mal, il y a un génocide. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment on peut s'organiser ? Comment on peut s'organiser pour que ça cesse enfin ? Et que ces gens-là soient respectés dans leur égalité humaine. Donc voilà, pour moi, ça, c'est un gros, gros éléphant dans la pièce. Et il faut l'aborder. Et alors, je finis par ça. On a tous et toutes des choses à faire, et en particulier les responsables politiques. Encore une fois, il y a une complicité. À partir du moment où rien n'est fait pour faire cesser cette ignominie, il y a complicité de toute façon. Là, il se trouve que pour ce qui concerne la France, l'État français, il y a une complicité qui est active, notamment en termes sécuritaires et militaires. Qu'est-ce qu'on est capable de faire ? Mais ne serait-ce que parfois un drapeau palestinien ? sur le fronton d'une mairie. Mais vraiment, ça peut paraître très symbolique. Mais peut-être que déjà, on irait un petit peu mieux mentalement de voir qu'on se soucie de ces gens-là et qu'on ne les traite pas comme des dommages collatéraux. Mais après, moi, je n'ai pas la solution pour que ça cesse, mais qu'au moins, on puisse en discuter, qu'on le mette au centre de nos préoccupations publiques, puisque ce sont déjà nos préoccupations dans l'espace intime et l'espace privé. Merci.

  • Speaker #1

    Si je peux me permettre,

  • Speaker #0

    sur le site du Monde,

  • Speaker #1

    j'ai vu hier une petite vidéo qui montrait un Rafa, un avant-après, où avant c'était vert, il y avait des jardins, il y avait des immeubles. Et aujourd'hui, c'est tout rasé, il n'y a plus que de la terre et ils ne repoussent rien pour voir l'horizon et la mer. Il y a quand même des journaux qui font leur travail.

  • Speaker #0

    Je suis obligée de dire que là, du coup, je vais être vraiment très directe. Non, il y aurait eu beaucoup plus de place dans les pages du Monde, puisqu'on parle du Monde, s'il ne s'agissait pas d'Arabes, s'il ne s'agissait pas de musulmans, s'il ne s'agissait pas de Palestiniens. Il faut dire la vérité. Pour quel autre peuple on peut accepter des dizaines de milliers d'enfants massacrés, ça fait un an et demi maintenant, et qui est toujours... cette complicité et qu'on n'en parle pas matin, midi et soir. Et ça, ça a été documenté, le fait que sur les journaux télévisés notamment, ça avait très peu de place. Quand je parlais des pages du Monde ce matin, enfin sur le site du Monde effectivement, on parle beaucoup de Russie-Ukraine, à juste titre, évidemment qu'il faut soutenir le peuple ukrainien, évidemment qu'il y a aussi là des enjeux d'impérialisme, de rapports colonials également qu'il faut dénoncer. Mais voilà, il y a si peu de place. Pour Gaza, pour les enfants de Gaza, pour le peuple palestinien qui subit donc un génocide, et ça, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les organisations internationales, c'est l'ONU, c'est Amnesty International qui a enquêté, c'est la CPI, etc. Je veux dire, s'il y a si peu de place, il faut dire les choses. C'est parce qu'il s'agit d'un peuple non blanc, arabe et musulman. Il faut lutter contre ça, il faut refuser ça en fait. Il faut en appeler à l'égale dignité humaine, sinon on ne s'en sortira pas. Ni là-bas et ni ici. Ici, on n'arrivera pas à avancer, ça j'en suis persuadée. Ça n'ira pas.

  • Speaker #1

    Merci pour cette prise de parole qui remue un petit peu, parce que c'est vrai ce que vous dites. on va peut-être prendre un petit temps pour voir s'il y a des questions dans la salle je ne suis pas sûre qu'il y ait un troisième micro si si si mais formidable donc nos deux intervenants sont encore là pendant quelques minutes et si des personnes souhaitent les interpeller poser une question alors une question plutôt rapide pas 12 questions pas un monologue mais voilà il sera un plaisir de vous répondre ah oui alors

  • Speaker #2

    visiblement il y a quelqu'un par là-bas en tous les cas merci de vos précisions de votre franc-parler qui fait plaisir d'entendre dans ce monde où il y a quand même beaucoup de choses qui sont sous-jacentes et qu'on ose dire en particulier les médias mainstream qui atteignent une certaine partie de la population et qui font illusion et quand on parle de Gaza on peut parler de tout le Moyen-Orient parce qu'on est confronté à ça dans tout le Moyen-Orient en Afghanistan j'ose même pas en parler ... En Afrique équatoriale, je n'ose même pas en parler. En Colombie, je n'ose pas en parler. C'est-à-dire qu'à travers le monde, on a beaucoup d'endroits où il y a des populations qui sont soumises à des exactions sans nom et pour lesquelles nous n'avons pas forcément la connaissance de ce qui s'y passe, si ce n'est par Amnistie internationale, par Reporters sans frontières ou par certaines personnes qui sont sur place. Mais si vous voulez, ce qu'il y a, c'est qu'on est vraiment ancré sur soi-même. Le numérique a fait qu'on est dans le nombrilisme poussé à l'extrême, que l'essentiel c'est de regarder son petit réseau social chaque matin pour savoir ce qui s'est passé, et ne pas voir ce qui se passe ailleurs, et c'est notre grand manque à l'heure actuelle dans notre conception du monde. Merci à tous de votre présentation.

  • Speaker #1

    Merci, est-ce qu'il y a une question un petit peu plus haut ? Au-dessus,

  • Speaker #3

    dans les catastrophes dont on parle. parlent pas, dont on n'a pas parlé, où la France est impliquée aussi. Il y a par exemple le Yémen, 500 000 morts. Et pourquoi les morts du Yémen, ils nous touchent moins que ceux de Gaza ? Je ne sais pas, mais c'est horrible, c'est horrible. Alors,

  • Speaker #4

    depuis que j'avais une question, Madame Ouassak, vous aviez un petit papier avec des pistes d'action. Est-ce que vous pourriez nous les dire pour qu'on parte avec des choses positives et stimulantes, s'il vous plaît ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai. J'avais noté les petites bricoles. Oui, ça va être des bricoles, mais je vais essayer de faire en sorte qu'elles soient effectivement positives. Alors, il y a cette chasse au trésor dont je parlais tout à l'heure, qui peut paraître très anecdotique. mais alors pour vous le dire très très vite c'est une réflexion qui est partie d'un échec on a voulu organiser une action de lutte contre les pollutions atmosphériques, dans une ville bagnole où il y a un échangeur autoroutier, à l'air libre, et ça n'a pas marché. Ça s'appelait « Pendant que Paris respire, bagnole s'étouffe » . C'est très militant. Et ça n'a pas marché, c'était juste après les Gilets jaunes, notamment parce que les personnes qui vivaient dans les quartiers populaires voyaient là un projet de Bobo, complètement déconnectés, les gens avaient besoin de leur voiture, il y avait ce discours-là qui nous était opposé à nous, donc écologistes, il s'agissait d'un projet écologiste. Et donc on a réfléchi et on s'est dit, on va la faire autrement, on ne va pas arriver avec nos gros sabots idéologiques, avec un anti-voiture primaire, même si je continue à être anti-voiture primaire, mais on a essayé d'inscrire ça dans un projet plus ludique, et puis d'éducation populaire, et alors en cours, On est passé par le manga One Piece, que je ne sais pas si vous savez, mais c'est un amour illimité, notamment chez les jeunes et pas que des quartiers populaires. Et donc on a proposé aux enfants de se mettre derrière des équipages d'empereurs pour retrouver un trésor, le One Piece, et de se balader dans la ville, trouver des indices dans toutes les institutions culturelles. Donc ça permettait aussi déjà de circuler d'un quartier à l'autre. Vous savez que dans les villes populaires, les enfants des quartiers populaires circulent. très peu, y compris dans le quartier populaire d'à côté. Et donc voilà, ça permettait vraiment de circuler partout, dans les espaces culturels, qui sont, vous le savez aussi, très peu fréquentés par ces gamins-là. Donc le cinéma... la médiathèque, le théâtre de l'échangeur, la librairie, etc. Donc ils devaient trouver des indices. Et alors, c'est ce que je disais tout à l'heure, on a pu libérer les routes. C'était une journée sans voiture. Mais ça a permis derrière de discuter avec les parents, de réfléchir à la possibilité d'avoir une ville sans voiture dans la mesure du possible. Et c'est quelque chose, pour vous dire, qui a bien fonctionné et qui sera dans le débat très important que sont les élections municipales. C'est vraiment quelque chose qui était complètement absent lors des dernières élections. Ce n'était pas dans le débat, la question de la voiture en ville. Et là, tout à coup, grâce à ce travail d'éducation populaire, toutes ces actions, etc., à hauteur d'enfants. Oui, parce que ce que je n'ai pas dit, c'est que pour faire la chasse au trésor, on a fait tout un travail où on se mettait à hauteur d'enfants. C'est pour ça que tout à l'heure, je vous disais, à Bagnolet, par exemple, certains enfants ne voient le soleil qu'entre 11h et 15h. Ça, on s'en est rendu compte parce qu'on a vu la ville. lu la ville à travers un gosse d'un mètre dix, d'un mètre vingt, etc. Et donc, on s'est rendu compte des contraintes, notamment, que leur imposaient les murs. Et donc, voilà, ça a permis vraiment d'inscrire, de faire de la politique noble. On prend un débat qu'on alimente avec quelque chose de très, encore une fois, culturel, artistique, ludique, etc. Et ensuite, on va créer un rapport de force, notamment à l'occasion des élections municipales. Élections municipales, je pense que vous êtes certainement convaincus, qui sont absolument centrales, importantes. Tous les citoyens et citoyennes que nous sommes devons être engagés au maximum, même si on ne se présente pas nous-mêmes. Sur les élections municipales, il y a tellement à faire, il y a tellement d'enjeux de compétences. de... Voilà. Donc, voilà. Ça, c'est un des exemples dont je voulais parler, que j'ai un petit peu évoqué tout à l'heure, mais que je complète là. J'avais noté aussi des choses en termes culturels. On peut en reprendre un petit.

  • Speaker #1

    Après, peut-être qu'on pourra parler de Cagensuy avec Eric.

  • Speaker #0

    Bagnolet, c'est une ville que j'aime beaucoup. C'est le rapport affectif que je peux avoir, j'imagine, comme vous aussi si vous êtes ici de Grenoble. Peut-être que c'est très subjectif ce que je vais vous dire. Mais Bagnolet, c'est bien parce que c'est une ville de gauche. Et ça se voit quand vous êtes à Bagnolet. en fait. Alors c'est pas... grâce à la municipalité actuelle, c'est une municipalité assez classique, le PS classique. Donc bon, il n'y a rien de révolutionnaire là-dedans. Mais c'est une ville qui a été communiste très très longtemps. Et alors c'est génial, on parlait des enjeux de santé publique tout à l'heure. Par exemple à Bagnolet, vous avez un centre de santé public, géré par la ville, un centre municipal. Et ça c'est l'un des vestiges, l'héritage de ce communisme local. Il y a aussi à bagnole un conservatoire, mes enfants par exemple font de la musique et en fait, pour vous dire très concrètement, je paye 15 euros par trimestre pour que mes enfants puissent faire du solfège, de la guitare, de la danse classique, etc. Bon ben ça c'est grâce aux communistes qui ont dit, voilà, non, on a des envolées lyriques dont je parlais tout à l'heure, révolutionnaires, bon ben ils ont mis en application et ça donne des choses encore aujourd'hui très très belles d'ailleurs que beaucoup souhaitent complètement démanteler. Je parlais de la dimension culturelle qui paraît très symbolique, mais on s'est battu il y a quelques années pour que la médiathèque de Bagnolet se nomme France Fanon. Et ce n'était pas l'époque où Fanon, c'était la hype. Ça passait sur France Culture et tout. Il y a un film qui est sorti. Oui, il y a un film. Et puis surtout, maintenant, c'est quand même quelqu'un de reconnu de plus en plus. À l'époque, ce n'était pas le cas. C'était il y a une douzaine d'années maintenant. Fanon, c'était un noir, FLN, Macky Zarr, etc. Ce n'était pas du tout une bonne nouvelle pour les gens qui géraient les villes. Mais alors, on a eu de la chance. C'est qu'en conseil municipal, Franz Fanon, il ne connaissait pas bien. Et puis, ils ont cru que c'était un Autrichien. Je vous jure que c'est vrai. Et donc, ils se sont dit, bon, pourquoi pas François, non ? Et puis ensuite, ils sont rentrés, donc c'est là qu'ils ont découvert Martinique, révolutionnaire, anticolonialiste, etc. Et alors, du coup, à Bagnolet, on a, alors c'est super, on a un quartier qui s'appelle Stalingrad. Moi, je dis que ça fait partie de notre héritage, donc je suis très, très fière. On a des rues Marx, des rues Lénine. On a, voilà, deux de ces villes qui disent, en fait, la ville de gauche qui est Bagnolet. Mais alors, la médiathèque François, non, elle n'est pas François, non. visuellement, c'est pas sur le fronton en fait. Et je crois que c'est la seule médiathèque de France qui a un nom, France Fanon, parce qu'on a gagné à l'époque, je l'ai pas dit, mais ça n'apparaît pas. Et là il y a un enjeu en fait. Par exemple, c'est que ces enfants-là, quand ils se baladent dans la ville, à Grenoble, à Bagnolet ou ailleurs, il faut qu'ils puissent retrouver cet héritage-là aussi. C'est bien l'héritage de gauche, et c'est bien l'héritage par exemple lié à la résistance, mais il faut aussi un héritage qui soit lié aux luttes révolutionnaires anticoloniales, aux luttes de l'immigration, etc. Donc typiquement, voilà, et c'est pas grand-chose, il faut aller mettre un gros coup de pression dans les conseils municipaux, à Grenoble ou ailleurs, pour dire voilà, c'est notre ville aussi. Je sais même pas si à Grenoble, il n'y a pas d'ailleurs des avenues Abdelmalek Sayad, il y a tellement de choses à faire en fait sur une ville culturellement. Alors ça paraît très anecdotique, accessoire, le symbolique et le culturel, mais c'est important pour que, voilà, ce que je disais tout à l'heure, nos enfants, tous nos enfants puissent se sentir d'ici. appartenir à cette terre.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, le prochain 14 juillet, est-ce qu'il a encore lieu à la Ville-Neuve ?

  • Speaker #5

    Oui, il a encore lieu à la Ville-Neuve, et effectivement, on rejoint cette dimension symbolique qui se retrouve effectivement dans l'espace public. Et à Grenoble, on a choisi de nommer tous nos lieux que de lieux de femmes et aussi de militantes, comme d'ailleurs de Marielle Franco qui a aussi un arrêt de tram ici. Parce que ça raconte effectivement la ville et tout le travail qu'on a fait autour des 80 ans était autour des invisibles. Les 80 ans de la libération. Les 80 ans de la libération, donc autour des tirailleurs sénégalais, mais aussi des réflexions qu'on a aujourd'hui autour du zoo humain qu'il y avait il y a 100 ans tout juste, dans l'exposition qu'a marqué Grenoble sur la houe blanche et le tourisme. Il y avait un zoo humain et donc venir percuter notre quotidien aujourd'hui avec cette histoire-là, qui est à la fois l'histoire de notre musée, dont le deuxième conservateur était un esclave affranchi, mais aussi de ce zoo humain et aussi aujourd'hui cette volonté de marquer l'espace public, tout en faisant aussi des politiques conservatoires à Grenoble, je le dis, c'est l'occasion, il y a des gens, mais il a augmenté sa fréquentation de plusieurs centaines de personnes, notamment parce que nous avons des bourses de gratuité et des tarifications au quotient familial qui permettent d'en faire un objet qui soit accessible à toutes et tous. Donc cette valeur symbolique est très forte, et peut-être c'est l'occasion de dire aussi, parce que les symboles sont très forts, sur ce que ça révèle de la terreur qu'il y a aujourd'hui en Palestine, c'est que non seulement il y a évidemment Gaza, mais il y a la Cisjordanie, je le disais dans mon propos introductif. Et je rappelle que nos deux adjoints devaient être la semaine dernière à Ramallah. Annabelle Breton et Emmanuel Carros devaient être à Ramallah pour un rassemblement franco-palestinien où j'étais moi-même il y a deux ans. Et que leur autorisation d'entrée leur a été retirée le dimanche juste avant leur entrée. Donc aujourd'hui en pratique côté Cisjordanie c'est aussi une prison à ciel ouvert où nous ne pouvons plus... aller voir nos villes jumelles de Bethléem, notre camp d'Aïda à Bethléem, camp de réfugiés palestiniens à Bethléem, et dans des situations qui sont pour eux extrêmement dures. Non seulement en Bethléem il n'y a plus de touristes, donc une économie qui tournait autour de cela, mais des checkpoints de circulation partout et une oppression. Vous avez pu voir les images de Djenin notamment, ou même les consuls de France. ne peut plus aller au nord de Naplouse aujourd'hui. Donc la situation est effectivement dramatique et nous devons l'apporter politiquement parce que ça dit aussi effectivement quelque chose de nous. Peut-être un petit point d'espoir, c'est que se passaient hier et avant-hier deux jours de rencontres israélo-palestiniennes pour la paix, un sommet pour la paix à Jérusalem, et qu'à cette occasion il y a eu quand même deux paroles fortes, une du président de la République, c'est pas souvent que je dis du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #1

    Alors, il est 16h54, Eric Piaf a dit du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #5

    Oui, parce que c'était le seul chef d'État qui est intervenu à distance, mais intervenu dans ce forum pour la paix, qui rassemblait des paroles très fortes d'Israéliens et de Palestiniens, et notamment de gens qui ont perdu leurs enfants des deux côtés. Et un changement, parce que je crois que nous avons besoin de paroles fortes aussi, mais qui moi m'a frappé, le message de Delphine Anviller. qui est un revirement par rapport à ce qu'elle a peut-être déjeuné depuis le 7 octobre. Une rabbin intellectuelle française qui, là, commence à porter un discours très fort qui est passé à avant-hier. Donc, il y a cet ailleurs et cet aujourd'hui. On parle du Yémen, mais on pourrait parler du Soudan aussi. On pourrait parler du Congo et du Nord-Kivu et de tout ce qui s'y passe. Mais je crois que ça raconte quelque chose de nous. Et c'est peut-être, je ne sais pas comment on termine, mais se dire que malgré cela, il y a de l'espoir. Quand j'ai été élu en 2014, j'ai choisi un tableau pour mon bureau qui est très joli, que tu as eu l'occasion de voir. Des gens qui dansent, très colorés, d'une artiste femme de l'après-guerre, mais dont le titre est 14 juillet 1939. On danse, mais c'est bientôt la fin. Mais en réalité, on peut aller chercher nos sources dans ces 80 ans de la libération, dans les phrases de Gabriel Péry dans l'Armée des Ombres, qui dit au cœur du plus pire quand ils se font tous zigouiller, et quand ils se demandent si c'est vraiment pertinent de mettre tant d'énergie pour sortir un petit 4 pages de journal qui vont les distribuer en ayant exposé à la torture les imprimeurs, les journalistes, les distributeurs. Ils disent « Nous préparons des lendemains qui chantent » . Nous pouvons dire aujourd'hui que nous préparons des lendemains qui chantent et nous pouvons préparer des lendemains qui chantent. Malgré tout cela, ça demande de la détermination, de l'humanité, du courage, mais aussi de la joie et de l'envie de beau.

  • Speaker #1

    Merci. Pour conclure, Fatima Ouassak, vous êtes une battante. Vous aussi, vous avez envie de lendemains qui chantent.

  • Speaker #0

    Edipos. Bien sûr, moi, c'est ce qui me permet de tenir, d'ailleurs. J'ai la chance de pouvoir militer, de militer avec des camarades dans des organisations politiques. Oui, c'est justement ce que j'essaie de dire. Maintenant, il faut dire les choses. Effectivement, il ne faut pas mettre les questions qui fâchent sous le tapis. Il ne faut pas se laisser intimider, à euphémiser, à édulcorer, etc. Il faut dire les choses. Mais oui, il faut. Il faut avancer, il faut s'organiser, trouver des solutions, ne pas rester isolé. J'allais ajouter, vous le permettez, Inch'Allah, même si, bon, il y a une chose.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci beaucoup à tous les deux. On pense aussi à Jean-Joselle.

Share

Embed

You may also like

Description

Cérémonie d'ouverture de la Biennale des Villes en Transition en présence d'Eric Piolle, maire de Grenoble, de Fatima Ouassak, militante écologiste, féministe et antiraciste française et de Jean Jouzel, expert du changement climatique, membre du comité directeur du GIEC et président de l'association Météo et Climat, et Thibault Daudigeos, Grenoble Ecole de Management.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez la table ronde d'ouverture, une conférence sur les crises socio-environnementales.

  • Speaker #1

    Mesdames et messieurs, bonjour à toutes et à tous. C'est un grand plaisir de se retrouver dans ce palais des sports. D'abord, merci d'avoir... mis de côté le soleil et ce long week-end pour être là pour le lancement de cette biennale qui va nous occuper pendant huit jours, huit jours d'un programme extrêmement riche. C'est cette année notre cinquième biennale, huit ans déjà depuis 2017, biennale des villes en transition, transition sociale, transition environnementale, transition démocratique, transition dans notre rapport aux vivants. Transition qui s'appuie aussi pour nous depuis 2022, année où nous avons été choisis par l'Union européenne pour être la capitale verte de l'Europe, qui s'appuie sur la démarche Grenoble 2040. Grenoble 2040, c'est quoi ? C'est se dire que les enfants qui sont nés pendant cette année où nous étions capitale verte devront à l'âge adulte être neutres en carbone et neutres en biodiversité. C'est une échelle humaine. C'est une responsabilité pour nous, mais plus qu'une responsabilité, je crois que c'est un enthousiasme. Un enthousiasme pourquoi ? Parce qu'être neutre en carbone et être neutre en biodiversité, c'est tout sauf être neutre. Au contraire, c'est sortir du consumérisme, c'est refuser le maintien de l'ordre social, ici en France, mais aussi sur la planète. C'est lutter contre l'ignorance et l'obscurantisme, c'est éveiller sa curiosité. Et donc c'est un défi réjouissant pour l'humanité, c'est regagner du temps de vie, c'est regagner du sens, c'est regagner des liens. Et donc c'est inspirant, c'est à la fois très concret, parce qu'en parlant des villes en transition, nous parlons de nos façons de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, de prendre soin de notre santé. d'amener de la sécurité et de la solidarité sur notre territoire. Nous parlons d'éléments très concrets de notre vie quotidienne, comme quand nous avons rompu notre contrat avec Decaux pour la publicité, et donc retiré la publicité de l'espace public municipal. C'est donc éminemment politique et cela nécessite du débat public. Et cette biennale des villes en transition elle s'inscrit là-dedans. Comment accueillir à Grenoble, ville pionnière historiquement, comment accueillir des délégations de partout en France et de partout dans le monde, puisque nous accueillons une vingtaine de délégations internationales cette année. C'est accueillir, échanger, rêver. C'est aussi venir nous inspirer de ce qui se fait ailleurs. Et puis, comme à chaque biennale, nous avons choisi de mettre cet événement sous le signe de ma reine, en l'occurrence pour cette année. Et donc, nous avons le plaisir d'accueillir deux marraines dont les messages nous portent et nous inspirent. Elles seront là dans quelques minutes à mes côtés. Fatima Ouassak, d'abord, que je remercie d'être là. Fatima Ouassa, qui est la fondatrice du Front de Mer, qui est une activiste, essayiste d'une écologie qu'elle appelle pirate, donc une écologie ancrée dans le réel, ancrée dans la vie quotidienne et éminemment politique, éminemment affirmative, qui vient à la fois nourrir l'intellect et nourrir les combats de tous les jours. Un grand merci à elle d'être là. Elle nous parlera de beaucoup de choses, sans doute. Son dernier livre est aussi à la première personne du Puriel, ce récit du passage de l'accueil. Et c'est là pour nous une source de réflexion toujours extrêmement stimulante. Deuxième marraine, elle nous vient de loin. J'ai eu la chance de la rencontrer à Rio lorsque je présidais l'Organisation mondiale de la démocratie participative. C'est Monica Benicio. Monica Benicio, c'est une activiste militante, conseillère municipale de Rio, donc une élue qui a fait un combat pour le féminisme, un combat pour les droits des LGBT, un combat pour l'égalité. des corps et donc pour la lutte pour les minorités racisées notamment, qui est un grand défi au Brésil, comme chez nous, je le rappelle. Nous sommes aujourd'hui dans cette journée anniversaire, dans cette journée nationale de l'abolition de l'esclavage et il y a tant à dire sur le sujet. Et c'est des façons de combattre et de s'engager. Là aussi très militant, très politique, très inspirant, qui s'appuie notamment sur la place des femmes. Monica est aussi la veuve de Marielle Franco. Marielle Franco, elle marque aujourd'hui l'espace public de Grenoble, puisque nous avons un arrêt de tram à son nom, et qui était une militante, là aussi, des droits au Brésil, qui l'a payé de sa vie en 2018. Tout cela, ça nous parle aussi parce que ces combats pour gagner des sécurités, pour faire société autour des communs, pour nourrir toujours ce que nous avons de plus émancipateur en nous, de plus collectif aussi en nous, en respectant chacune et chacun, tout cela se traduit aussi dans notre vie municipale et notamment lors du dernier conseil municipal, nous avons voté un plan de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et de lutte contre les discriminations raciales. Nous avons un éminent besoin de travail en la matière et je voudrais que nous applaudissions ensemble aussi une figure qui a marqué la vie militante grenobloise de ces 50 dernières années, Marie-Thérèse Luray, qui nous a quittés cette semaine et qui a accompagné tant d'entre nous et aussi qui a combattu toujours pour l'égalité, combattu pour l'accueil. des immigrés algériens combattus pour les droits de tous les migrants et combattus dans la joie, la solidarité, le collectif, la culture et la danse. On la voyait souvent danser avec Jo Briand, son acolyte militant. Et cette figure qui nous a quittés, elle nous a portés, mais elle peut continuer à nous porter et je vous demande de l'applaudir. Elle a accompagné beaucoup d'entre nous et je me rappelle que quand j'étais jeune parent d'élève en 2004, nous lancions à Grenoble comme ailleurs en France les premiers collectifs du réseau Éducation sans frontières et trouver ces piliers du militantisme qui venaient nous former et nous soutenir, c'était un lien fort. N'oublions jamais cette transmission. À Grenoble, cette transmission, nous avons voulu aussi en faire un des vecteurs des 80 ans de la libération. Parce que oui, Grenoble est une ville résistante et ces 80 ans, depuis 2023, les 80 ans de la Saint-Barthélemy grenobloise, ils nous accompagnent avec deux mots d'ordre, résister et transmettre. Résister et transmettre, ça passe aussi par se dire de quoi nous voulons nous libérer aujourd'hui. Et donc nous avons aussi dans cette biennale... des chercheuses et des chercheurs qui viennent là, des sociologues, des historiens, des penseurs, mais aussi des activistes qui viennent penser avec nous cette histoire longue et voir comment elle peut nous nourrir et nous inspirer aujourd'hui. Ce sera aussi dans le programme de cette semaine. Ce programme est accueilli notamment et principalement dans ce Palais des Sports dont le format permet de faire ces choses. Absolument incroyable. On y a accueilli évidemment les Jeux Olympiques en 68 avec des moments forts aussi du sport et de géopolitique, avec notamment le match URSS Tchécoslovaquie 68 juste avant le printemps de Prague. Et puis là, vous aurez demain une émission de radio. Vous aurez ce soir des concerts, ce soir un spectacle aussi, Résiste, que je vous invite à rester voir. et venir dans cette biennale puiser de l'énergie à un moment où peut-être Le monde semble un petit peu fou. Ce monde né de la résistance, est né en France du Conseil National de la Résistance, mais à l'échelle mondiale d'un nouvel ordre. Ce monde, il vacille aujourd'hui. Il vacille avec les guerres, de retour sur le continent européen, avec l'attaque de la Russie sur l'Ukraine. Il vacille de façon extrême, avec Israël qui est... Aujourd'hui, après les attaques du 7 octobre, les attaques terroristes du 7 octobre, qui est dans un mouvement d'écrasement du peuple gazaoui et également en Cisjordanie, avec évidemment ce qui passe au Soudan, ce qu'il se passe au Congo, avec là, ces derniers jours, la guerre entre deux puissances nucléaires, deux des neuf puissances nucléaires, entre l'Inde et le Pakistan, deux des cinq plus grands pays du monde. qui se bombardent. Nous voyons cette géopolitique avec Trump de retour au pouvoir, avec les dictatures chinoises et indiennes. Nous voyons tout cela et pourtant nous continuons à avancer parce que, comme le dit Edgar Morin, c'est des petits grains de sable qui déraillent, qui bloquent les engrenages du pire dans l'histoire. Donc oui, nous avons une belle histoire à inventer. Oui, cette biennale... est pour nous une source d'inspiration. Nous y cuisinons, nous y dessinons ensemble, nous y rêvons. Et aussi, nous sommes pétris de culture. Et donc, je vous invite à aller au Musée de Grenoble regarder le peintre Silva, peintre brésilien, lui aussi dans cette année franco-brésilienne, et un peintre paysan qui vient dénoncer les travers de l'agriculture intensive. Là aussi, ça fait écho à nos stratégies alimentaires, ça fait écho à la sécurité sociale de l'alimentation, ça fait écho à beaucoup de choses que nous faisons. Et surtout, ça nourrit ce désir de beauté que les femmes et les hommes ont en eux et que nous devons entretenir plus que tout, entretenir pour pouvoir regarder loin, là au-dessus des difficultés du présent, pouvoir les traverser avec énergie et nous aussi construire. un monde meilleur, comme nous l'ont légué les résistants de la Deuxième Guerre mondiale qui ont réussi à mettre à bas le nazisme. Donc, grand programme. Vous pouvez picorer dans toute cette semaine des événements très variés. Et j'invite nos deux marraines, que je remercie encore d'avoir accepté cette mission, Fatima et Monica, à me rejoindre et à nous dire quelques mots.

  • Speaker #0

    Bonjour à toutes et tous, bonjour tout le monde. Je commence par dire que je suis ravie d'être avec vous. Je remercie évidemment Eric Piolle pour cette très très belle invitation et l'honneur qui m'est fait d'être marraine, surtout aux côtés de la camarade. Alors c'est un honneur et je le vis aussi comme un changement. Plutôt agréable, plutôt favorable. Parce que moi je suis plutôt dans le genre antiraciste, radical. Je ne parle pas de transition. Je ne parle pas d'adaptation. Ce ne sont pas des mots que j'utilise, qui font partie de mon champ lexical, de radical. Non, moi je parle plutôt de... nécessaires transformations, ruptures. Je parle de ségrégation. La ville, quand j'en parle, je ne dis jamais nous. Et je n'en parle pas comme d'un espace, d'un territoire qui serait homogène. La ville, souvent, quand j'en parle, c'est un champ de bataille. Le reflet, le miroir de rapports de domination. Et donc, je parle plutôt de ségrégation, socio-spatiale, raciale. Prenons par exemple la question de l'alimentation, comment bien se nourrir, comment bien nourrir ses enfants. Alors moi je vais avoir tendance à dire mais venez on va se balader dans la ville de Grenoble et on va voir à quel point on ne mange pas de la même manière, on n'a pas accès à la même alimentation selon que l'on circule dans tel quartier, sur tel territoire plutôt que dans tel autre quartier. Il y a une véritable ségrégation dans l'offre alimentaire et donc dans l'accès à l'alimentation saine, équilibrée. Et que cette ségrégation, elle est structurelle, elle s'est construite et elle est voulue. Il ne s'agit pas d'un accident. La ville de Grenoble, comme la ville de Montreuil, la ville de Strasbourg et d'autres, ne sont pas nées ségrégées. Évidemment qu'il s'agit de choix politiques, de politique publique. année après année, décennie après décennie. Mais si je dis ça, c'est dire à quel point, de demander à la radicale que je suis, qui n'a que le mot rupture et ségrégation et lutte à la bouche, de venir être marraine de ces biennales. Je me dis quand même que, peut-être qu'il y a une prise de conscience, en tout cas, une considération pour la nécessité de faire venir des gens, des organisations, des associations, des penseurs, des chercheurs, des militants, des militantes, depuis les quartiers populaires, depuis l'antiracisme, pour dire « mais venez, on va essayer d'imaginer quelque chose ensemble, malgré les ségrégations, les rapports de domination, malgré le fait qu'effectivement nous vivons dans un champ de bataille, on va essayer de construire du commun » . C'est comme ça que je le vois, en fait. Et effectivement, je suis d'accord pour dire que l'heure est grave. Il y a un certain nombre de crises que vous connaissez. Je ne vais pas en rajouter. On aura l'occasion, je pense, de développer tout à l'heure concernant la crise climatique, la montée en puissance des extrêmes-droites, des fascismes alliés au néolibéralisme, etc. C'est peut-être l'occasion de considérer la ville, les villes, comme des maquis, des lieux de résistance où on peut faire des choses. Voilà, et moi si je suis là, c'est aussi pour dire que si on veut construire un front commun, encore une fois, au-delà des rapports de domination et des ségrégations, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Voilà, c'est ça que je veux dire. Quand on a un projet que l'on veut antifasciste, de lutte contre l'extrême droite, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Et donc, on ne peut pas faire sans les populations qui vivent dans les quartiers populaires. Sans leurs priorités, sans leurs urgences, sans leurs questions de vie et de mort, sans leur inquiétude pour leurs enfants, ce qu'on appelle génération future, on ne peut pas faire sans. Pour l'instant, ce sont des populations qui ne sont pas si présentes autour de la table. Ce n'est pas un scoop que de le dire. Mais je pense qu'il faut passer la deuxième et permettre qu'on puisse... se dire dans quelle mesure on va créer de la fraternité, encore une fois parce que l'heure est grave et j'aurai l'occasion d'être plus dans le détail tout à l'heure. En tout cas, merci beaucoup pour cette invitation et je donne la parole à Maïka Marat.

  • Speaker #2

    Bonjour. Je voudrais d'abord remercier le Président Eric pour l'occasion d'être ici, et aussi d'être maîtresse. Je voudrais remercier Alice, qui sera ma voix en français. Je pourrais, selon ce que j'ai entendu ici de l'interprétation de la parole de ma compagnie, avoir déjà retiré mon moment de faire les considérations, parce que j'ai un accord absolument plein. avec ce qu'elle a mis en place. Mais comme je ne parle pas français, je vais donner mon déploiement en portugais avec l'aide d'Alice qui va me traduire ici, de temps en temps.

  • Speaker #3

    Bonjour à tous. Tout d'abord, je voudrais remercier Monsieur le Maire Eric pour cette opportunité d'être ici parmi vous et d'avoir été ma reine des Biennales. Alice va être mon interprète, elle sera donc ma voix en français. Et de tout ce que j'ai entendu, j'ai pu accompagner l'interprétation vers le portugais de ce qui a été dit par ma collègue. Et je pourrais même me retirer parce que je suis tout à fait d'accord avec ses propos. Néanmoins, je vais quand même proposer ma version en portugais qui sera donc traduite en français.

  • Speaker #2

    Je viens du Brésil et du Rio de Janeiro, une ville qui est magnifique dans son paysage, mais profondément inégal. Et je ne vois pas, comme le déclin qui a été donné, la possibilité de parler de villes en transition sans parler de justice raciale, sans parler de l'approfondissement de la gravité du collapse climatique aujourd'hui, de se pauter et principalement d'être structuré dans le racisme. Il faut avoir un compromis très profond et très sérieux. avec la lutte contre le racisme, pour que nous puissions penser à parler de transition, qui soit une transition pour une société plus juste.

  • Speaker #3

    Je viens du Brésil, de la ville de Rio de Janeiro, qui est une ville avec des paysages magnifiques, néanmoins une ville très inégalitaire. C'est important, quand on parle de ville en transition, de centrer ce débat sur l'idée de la justice raciale. Parce que c'est vrai qu'avec le fait qu'on assiste à un vrai collapse du climat, de plus en plus profond et plus grave, doit voir à quel point cette inégalité, ces injustices sont structurées par le racisme. Et c'est important d'avoir cette réflexion, de la contextualiser de cette façon-là pour qu'on puisse avoir une transition qui soit une transition sociale juste.

  • Speaker #2

    Embora Rio de Janeiro et Grenoble que ce soit dans des positions géographiques et économiques très différentes. On voit une profondeur de crise qui est globale. Je vais en parler plus tard, dans la prochaine table, mais j'aimerais dire l'impact que l'on a eu de présenter l'événement aujourd'hui, qui, dans une date aussi symbolique que celle qui se passe aujourd'hui, n'était pas une hommage au passé, mais surtout une écoute. de un processus historique grave, violent, qui est une outil et un produit de cette déségalité sociale que nous avons aujourd'hui, en 2025, mais en cherchant à avoir une écoute active sur ceux et celles qui ont été violentés et massacrés pour maintenir une société déségalée et penser à un processus de réparation historique au présent. Je viens donc...

  • Speaker #3

    de Rio. Rio est une ville très différente de Grenoble en termes géographiques, en termes économiques aussi. Néanmoins, c'est essentiel d'approfonder ce débat et de voir ce qu'on peut faire au niveau global. Plus tard, je participerai à une session, donc j'aurai l'occasion d'approfondir mes propos là-dessus. Mais ce matin, j'ai été impactée par ce que j'ai vécu. Nous sommes allés dans... Nous avons eu une rencontre dans ce contexte très important de la journée d'aujourd'hui et de tout ce qu'on essaye à rendre hommage. Et c'était important de voir que c'était configuré non seulement pas pour rendre hommage à ce qui s'est passé ou à cette mémoire, mais plutôt pour écouter. Écouter les personnes qui ont vécu ce processus historique extrêmement grave, extrêmement violent, qui a été l'esclavage, pour arriver... et qui a, d'une certaine façon, nourri les inégalités sociales qu'on peut percevoir aujourd'hui. Donc on a été là pour les écouter, pour avoir leurs rapports, leurs histoires de violence, et pour essayer de faire le lien entre les inégalités qu'on perçoit aujourd'hui et à quel point il est essentiel d'avoir une réparation historique.

  • Speaker #2

    La crise climatique affecte toute la société. Mais elle affecte de manière différente, dépendant du territoire, dépendant de la classe sociale et surtout de la race. C'est un effet global, mais nous savons que ceux qui souffrent le plus avec leurs impacts sont la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité. Et la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité a été historiquement placée dans ce lieu de vulnérabilité. et de la violence sociale. Donc, si il n'y a pas un compromis du pouvoir public de faire une changement radical et profond pour que cette transition sociale puisse exister avec une justice climatique efficace, nous ne pouvons pas avancer sans mettre le débat de classe et de race au centre du pensement de l'avance de cette transformation. Dans le prochain le périmètre qui pour l'instant je ne sais pas Je vais parler plus détaillé de ça, pour pouvoir traduire simultanément et vous en parler plus. Je vous remercie d'avoir été ma voix en français.

  • Speaker #3

    Le changement climatique, il affecte tout le monde, bien sûr, mais pas de la même façon en fonction de notre territoire, de notre classe sociale et de notre race. C'est pourquoi, en effet, il y aura un impact global du changement climatique, mais l'impact va être beaucoup plus ressenti par les populations les plus vulnérables. Et souvent, ces populations plus vulnérables, elles ont été marginalisées, vulnérabilisées de façon... intentionnelles historiquement et c'est pourquoi elles subissent autant de violences que ce soit des violences sociales mais aussi des violences climatiques. Donc si les pouvoirs publics n'arrivent pas à changer cette façon de faire pour avoir plus de justice, plus d'égalité, on ne pourra pas avancer dans ce débat qui doit vraiment se centrer sur l'inégalité de classe, l'inégalité raciale. J'aurai l'occasion de parler un petit peu plus sur cette thématique dans la table ronde qui suivra celle-ci. Ce sera en simultané, donc je pourrai m'approfondir un petit peu plus.

  • Speaker #2

    Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Nous déclarons la Biennale des villes en transition ouverte.

  • Speaker #0

    Ouverte.

  • Speaker #4

    Bonjour à tous, bonjour à toutes. Moi je suis ravie d'être là parmi vous aujourd'hui. Je vais vous accompagner durant cette première table ronde de la Biennale. La table ronde d'ouverture qui a pour thème, ça ne va pas être forcément très joyeux, mais ça va sûrement être très intéressant, crise socio-environnementale et climatique, des constats. à l'action. Alors, deux de nos intervenants, vous les connaissez déjà, puisqu'il s'agit d'Éric Piolle, le maire de Grenoble, et de Fatima Ouassak, qui est autrice militante. Je les fais revenir tout de suite. Je vous demande de les applaudir, s'il vous plaît. Et le troisième, vous ne l'avez pas encore vu, mais il va venir nous rejoindre tout de suite. C'est un... Néminant paléontoclimatologue, je vous demande d'applaudir Jean Jouzel. Alors, je vais commencer, je vais continuer peut-être, puisqu'on a déjà fait connaissance, on reviendra vers vous dans un petit moment. Mais avec vous, Jean-Joselle, je m'assois, ça sera plus confortable. Alors, je le disais, vous êtes l'un des plus éminents spécialistes du climat de la planète. Je ne vais pas retracer toute votre bio, ça serait un petit peu long, on n'a finalement pas tant de temps que ça. Vous avez obtenu l'équivalent du prix Nobel pour les sciences de la Terre et la médaille d'or du CNRS. Vous avez été vice-président du GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. C'est même d'ailleurs un peu vos travaux qui sont à l'origine de la création du GIEC. Et pour revenir un petit peu en arrière, on va voir que vous avez un lien avec Grenoble, parce qu'à la fin des années 80, au CEA, avec Claude Lorius, vous avez mis en évidence l'influence des gaz de serre sur le réchauffement climatique et donc travaillé ensuite au labo. de glaciologie de Grenoble, qui fait souvent l'actualité, qui fait la fierté, une des fiertés de la ville, évidemment il y en a bien d'autres. Et aujourd'hui vous êtes aussi président de Météo Climat. Voilà, alors évidemment je ne vous apprendrai rien en vous disant, puisque j'imagine que certaines des personnes qui sont dans la salle suivent ces sujets de très près. 2004 a encore été... Une année record en termes de réchauffement et selon l'Observatoire européen Copernicus, qui analyse des milliards de mesures issues de satellites, donc ce n'est pas aux doigts mouillés, des stations météo, d'autres outils, ce réchauffement en avril, donc il y a tout juste quelques jours, celui qui vient d'être mesuré, était encore au-delà de 1,5 degré. 1,5 degré, c'était la limite idéalement à ne pas dépasser selon l'accord de Paris. On voit bien qu'on n'a pas pris la bonne direction. Le constat est assez alarmant, Jean Jouzel.

  • Speaker #3

    Oui, bonjour à tous et à toutes. Alors, tout d'abord, merci de cette invitation, cher Eric. Alors, merci à double titre. Je suis à un double titre, invité, disons, à la Biennale, bien sûr, des villes en transition, mais aussi, je suis là au titre de la tournée du climat et de la biodiversité qui nous accueille dans le hall. Et je remercie tous ceux qui s'y impliquent. Voilà, disons que cette tournée, l'association que je préside, Météo et Climat, disons, est impliquée dans l'organisation. tournée. Merci pour ce double accueil.

  • Speaker #0

    Rien ne va plus, Marie-Caroline, c'est vrai. Nous sommes au-delà des 1,5°C. C'est quoi l'idée ? L'idée, ce serait quand même que nous soyons capables de préserver pour les jeunes d'aujourd'hui des conditions auxquelles ils puissent s'adapter dans la deuxième partie de ce siècle. Et c'est ça tout le problème. C'est-à-dire, c'est au cœur de l'accord de Paris que vous avez mentionné, à savoir que... Disons, si on veut s'adapter, on a une capacité d'adaptation, mais si on veut s'y adapter sans trop de difficultés, ce serait mieux d'être bien en deçà de 2 degrés. Et les pays les plus vulnérables, ça a été mentionné par Monika, et les populations les plus vulnérables pensent aussi que ce serait beaucoup mieux de limiter à 1,5 degré. Et nous y sommes. Donc c'est vraiment l'objectif, mais pour atteindre cet objectif par rapport aux jeunes d'aujourd'hui, aux générations futures, c'est aujourd'hui qu'il faut agir. c'est à dire aujourd'hui on a un double devoir On doit effectivement s'adapter aussi. Les villes en particulier sont au cœur de l'adaptation au réchauffement climatique. Pour moi, c'est très important. Je pense que nous y reviendrons. Mais aussi, on doit lutter contre le réchauffement climatique, c'est-à-dire diminuer nos émissions. Je rappelle, l'objectif, c'est neutralité carbone à l'horizon 2050 pour 1,5°C. On risque de ne pas y parvenir. On part plutôt vers 3°C. avec des conséquences très importantes. Et donc, on a vraiment à dire les difficultés dans lesquelles nous sommes et à faire appel à tous les ressorts de l'action. C'est ça qui est très important. Et je crois que l'action peut être largement aussi dans les villes, bien sûr, dans les territoires. Tout le monde doit regarder dans la même direction. Et c'est peut-être un peu ça la difficulté actuellement. Voilà, on a parlé des inégalités, des difficultés, on y reviendra. par rapport aux populations les plus vulnérables. Mais il y a aussi actuellement un autre mot qui nous manque beaucoup dans notre vocabulaire, c'est la solidarité. Je ne crois pas qu'on y arrivera si on n'a pas à prendre la mesure du réchauffement climatique, si on n'a pas vraiment un esprit de solidarité qui est en train de nous quitter au niveau planétaire. Et c'est ça aussi le point assez important.

  • Speaker #1

    Quelles sont les principales causes de ce réchauffement climatique ? En tout cas, ces dernières années.

  • Speaker #0

    Donc, c'est clair. Nous avons le réchauffement climatique, ce 1,5°C supplémentaire. C'est à l'échelle planétaire, c'est un peu plus en France. On n'est pas loin de 2°C, je pense, actuellement. Et ce réchauffement planétaire, il est entièrement dû à nos activités. Donc, il est dû à nos activités et très probablement de façon complète. C'est-à-dire, la façon la plus simple de l'expliquer, c'est de l'attribuer entièrement à nos activités. Il y a évidemment une variabilité naturelle du climat, mais ça ne peut jouer que sur l'ordre du dixième de degré. Voilà, alors nos activités, c'est quoi ? C'est les émissions de gaz à effet de serre. Je ne vais pas donner trop de chiffres, mais l'an dernier, on a émis 60 milliards de tonnes d'équivalent CO2. Donc, 37 liées au premier... Coupable, oui, je dirais coupable. Son utilisation combustible fossile, 37 milliards de tonnes. On y ajoute 5 à 6 milliards de tonnes pour la déforestation. On voit bien que c'est aussi la fabrication du ciment, 2 milliards de tonnes. Et puis, on ajoute grosso modo 15 milliards de tonnes d'équivalent CO2, entre 12 et 15 pour les autres gaz à effet de serre, dont on connaît l'origine, le méthane, le protoxyde d'azote, avec un lien avec l'agriculture et l'alimentation un peu plus fort que pour... bien sûr le gaz carbonique. Donc c'est bien documenté, il y a aussi la pollution qui contrecarre une partie de ce réchauffement, mais globalement, en termes de variabilité climatique, les gaz à effet de serre ont désormais pris le pas sur toutes les autres composantes, soit la variabilité naturelle, soit même un grand volcan. soit la pollution. Donc c'est vraiment les gaz à effet de serre qui sont malheureusement, disons, en tête des causes du réchauffement climatique.

  • Speaker #1

    Alors plus 1,5 degré, voire plus, malheureusement, évidemment, on se dit tout de suite que c'est une question de chaleur, mais pas seulement, il y a bien des conséquences sur le réchauffement climatique, des sécheresses, des hausses des précipitations ?

  • Speaker #0

    Oui, mais ici aussi des conséquences sur l'enneigement, sur les glaciers. Sur l'alpinisme aussi, j'étais à Chamonix il y a quelques semaines et les chamonnières sont très soucieux de ces parois montagneuses qui deviennent un peu plus friables parce que le gel n'est plus là. Donc il y a effectivement des conséquences dans les régions. Si vous êtes à bord de mer, vous pensez à autre chose, à l'élévation du niveau de la mer, mais dans les territoires, vous avez raison, ce sont ces... Je dirais que dans les villes, peut-être, la manifestation, les vagues de chaleur sont peut-être les plus difficiles à y faire face, tout simplement parce qu'il y a aussi ces problèmes d'îlots de chaleur dans les territoires, les sécheresses, les inondations, ça peut aussi être dans les villes, ces extrêmes climatiques sont vraiment de plus en plus au rendez-vous, et de plus en plus, de façon de plus en plus intense, c'est ce que nous... Après, voyons, ce que nous vivons aujourd'hui, c'est ce que nous envisageons depuis une cinquantaine d'années. Le message est très clair, c'est-à-dire que je crois qu'il faut faire malheureusement confiance à notre communauté dans ce qu'elle envisage au horizon des prochaines décennies.

  • Speaker #1

    Merci Jean-Joselle. On peut vous applaudir pour ce petit point. Voilà, maintenant qu'on a fait un petit état des lieux, Fatima Ouassak, on va pouvoir enchaîner avec vous. Alors, je ne sais pas s'il y a un deuxième... Je... Voilà, merci. Éric Piolle l'a dit tout à l'heure, vous êtes politologue, essayiste, autrice de nombreux ouvrages. Avec vous, on va resserrer un petit peu notre prisme avec des questions de... différentes un petit peu. Vous avez déjà évoqué dans votre présentation le domaine de recherche sur lequel vous étiez plus particulièrement active, notamment sur les quartiers difficiles, les personnes qui sont le plus en difficulté socialement, pour dire qu'il ne faut pas les oublier. Et il y a des personnes qui n'oublient pas l'écologie. On se dit l'écologie, on en parle un peu partout. Au départ, c'était les écolos qui faisaient de l'écologie. Et puis finalement, aujourd'hui, tous les partis politiques s'y mettent. Et même ceux qu'on n'attendait pas, l'extrême droite.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est une certaine forme d'écologie. Ce n'est pas une bonne nouvelle. C'est Jordan Bardella qui disait que l'écologie, ce sont les frontières. L'écologie, c'est les frontières. Bon, donc effectivement, l'écologie n'est pas immunisée. Elle n'est pas forcément de gauche. Elle n'est pas forcément progressiste. Ce n'est pas forcément émancipateur. Il y a effectivement une écologie d'extrême droite qui existe et qui monte en puissance, ça on le sait. Si vous permettez, je voulais quand même dire un mot à propos de... Déjà, je suis honorée d'être en votre présence. Je balbutie là, après tout ce que vous venez de présenter. Simplement, je voulais revenir sur le lien entre cette question des injustices. et la nécessaire solidarité, vous disiez ce mot n'est pas assez présent, on n'en parle pas suffisamment, etc. Moi je voulais juste me glisser entre ces deux mots pour dire que ça va être difficile d'observer ces injustices, de les constater, s'en apprister, et de dire mais finalement regardez, on est quand même dans le même bateau, parce qu'on va tous et toutes subir les conséquences de ce dérèglement climatique, Et donc, venez, soyons solidaires et menons... des actions, donc moi je suis d'accord sur ce terme, il faut être en mouvement, menons des actions pour lutter contre le dérèglement climatique. Ça va être difficile s'il n'y a pas une étape qui consiste à lutter contre les injustices, précisément les injustices, j'insiste là-dessus, raciales et coloniales. Je m'explique sur cette urgence et cette nécessité. Il se trouve que parmi les terres qui sont les plus ravagées, euh... il y a ces terres qui sont habitées par les populations qui sont les plus sous-humanisées, les plus déshumanisées, les plus victimes de racisme. Il y a là une coïncidence quand même. Les terres qu'on doit le plus protéger, ce sont ces terres qui sont habitées par des personnes qui sont dépossédées de leur pouvoir politique, qui sont sous-humanisées, etc. Donc on voit bien que même si on a dans le viseur cette action. pour lutter contre le dérèglement climatique, lutter contre les ravages causés à la Terre, et à ces terres-là en particulier, on voit bien que dans le même moment, dans le même temps, il faut lutter aussi contre la déshumanisation, la sous-humanisation des populations qui habitent ces terres. Il faut lutter pour que ces populations aient plus de pouvoir politique. Le pouvoir de dire, non, nous refusons tel ou tel ravage, nous refusons tel ou tel autoroute, tel ou tel centre commercial, tel ou tel data center, etc. Donc on voit bien que... Oui, nous sommes condamnés, c'est ce que je disais un petit peu tout à l'heure, nous sommes condamnés à mener ces deux luttes de front, une lutte contre le dérèglement climatique et une lutte antiraciste. Sinon, tout simplement, ça ne marchera pas. Je veux dire, quand on va dans les quartiers populaires et qu'on invite les populations qui y vivent en disant mais venez rejoignez-nous sur ce front éco... précisément contre le dérèglement climatique. Mais ces populations peuvent nous répondre, mais vous me demandez de protéger une terre alors qu'on me répète à longueur de temps, et de plus en plus d'ailleurs, que cette terre, je n'y suis pas légitime et que mes enfants qui grandissent pourtant n'y sont pas légitimes. Donc voilà, charge aux responsables politiques aussi, aux parents que nous sommes aussi, à la société civile, de répéter à ces gens-là, à ces enfants-là, cette terre, c'est la vôtre. Vous y êtes légitime aussi et on va se battre pour une égale dignité humaine. Donc ce n'est pas une option, ce n'est pas quelque chose qu'on peut mettre de côté en disant « concentrons-nous quand même sur la solidarité et sur l'action contre le dérèglement climatique » . Non, il va falloir passer quand même par cette étape de lutte antiraciste et anticolonialiste. Alors oui, tout à l'heure je disais quand même les observations qui ont été faites de cette lutte contre le dérèglement climatique à l'heure de Trump. C'est-à-dire à l'heure où on nous met en situation d'impuissance politique, où on nous explique que c'est trop tard, qu'on ne peut pas faire grand-chose, que les changements structurels qui sont pourtant nécessaires, étant donné l'urgence climatique, et notamment des changements structurels pour plus de justice, on sait que, je l'ai dit à l'instant, c'est lié, on nous explique que ces changements structurels n'auront pas lieu. Il y a dans le même temps une alliance de plus en plus forte entre les fascismes et le néolibéralisme, et on sait bien que fascisme et néolibéralisme vont causer encore plus de ravages. Alors face à ça, avec ces observations, qu'est-ce qu'on peut faire ? Alors moi il y a une phrase de Fanon que j'aime bien, que je cite de plus en plus, Franz Fanon, penseur décolonial, résistant aussi, qui a participé à la lutte de libération, lutte révolutionnaire algérienne. Et alors Frantz Fanon écrivait dans les Dannées de la Terre « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. Donc voilà, moi je suis... J'aime bien ces envolées lyriques qui parlent de mission, où nous avons notre part à jouer. Et face à ça, j'ai l'impression que... Cette mission peut consister soit, et c'est tout à fait honorable, à dire que c'est tellement dur aujourd'hui que la stratégie que l'on peut choisir doit être une stratégie de repli. Il faut arrondir les angles, il faut mettre de l'eau dans notre coca, dans notre vin, en tout cas il faut tamiser, il faut tempérer. Ça c'est une stratégie possible de dire, mais vraiment, ça va trop vite. Il faut ralentir le train qui pourrait sinon tous nous précipiter dans les abîmes. Donc vraiment, ralentissons. Ça, c'est une stratégie possible, une stratégie de repli. Et puis, il y a une autre stratégie possible, c'est au contraire d'accélérer. C'est de radicaliser, c'est de cliver, c'est de foncer en fait. Moi, je fais partie de celles et ceux qui pensent qu'il faut accélérer. radicaliser, voilà, et prendre à bas le corps le combat, notamment le combat antifasciste, et antiraciste, et féministe, des combats d'émancipation. Moi, je pense qu'il faut vraiment passer à la deuxième, que c'est maintenant ou jamais, en fait, qu'effectivement, on est à une sorte de tournant. Et André Gortz disait, c'est soit la civilisation, soit la barbarie. Et je pense effectivement qu'il y a de ça en ce moment. Alors là, on parle au niveau local et on pourrait dire, mais tes grandes envolées lyriques, bon, c'est très abstrait tout ça, c'est plutôt au niveau global, etc. Et moi, je pense l'exact contraire. Moi, je pense que c'est au niveau des villes, en fait, qu'on peut lutter réellement contre le fascisme. Pourtant, au niveau des villes, on parle souvent des petites choses, la nourriture, la circulation, les mobilités. Ça paraît très technique et justement pas idéologique. Et moi, je pense que ces petites choses, c'est le front de résistance contre le fascisme. Et on pourrait faire de nos villes, on pourrait faire des maquis, des laboratoires expérimentaux dans la lutte contre le fascisme qui vient, précisément dans la lutte contre l'extrême droite, précisément dans la lutte contre le Rassemblement national, puisqu'il faut nommer ce parti Kéo. aux portes du pouvoir. Moi, je pense que vraiment, les villes, il y a quelque chose là à jouer et à assumer, à dire vraiment, voilà, on ne se contente pas de petites choses comme ça et on en appelle pour les gens qui prennent des responsabilités. On en appelle à une vision politique globale, à ces grandes envolées lyriques, y compris au niveau local. Moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là à faire. Alors, j'ai pris quelques petites notes pour ne pas rester trop dans les nuées. Et si j'ai encore quelques secondes...

  • Speaker #1

    Rapidement, parce qu'on va pouvoir enchaîner pour pouvoir faire passer la parole. Mais sinon, on peut poser des questions et continuer. Si vous avez un petit mot encore... Vous pouvez y aller.

  • Speaker #2

    Je préfère le garder pour tout à l'heure.

  • Speaker #1

    Alors, on le garde pour tout à l'heure. Merci. Sur ces premières prises de parole, Eric Piolle, vous aviez souhaité intervenir sur la question qu'on ne voit pas comme ça dans le titre, mais qui est la question de la santé et qui est évidemment primordiale, parce que quand on a la santé, c'est l'essentiel, c'est bien ce qu'on se dit.

  • Speaker #3

    Oui, disons que c'est un des fils qui permet d'avancer dans cette métamorphose ou cette transition. J'aime bien le terme de métamorphose aussi, mais le terme de transition, il marche pas mal parce qu'il y a ce mouvement qui a été fondé par Rob Hopkins et qui finalement crée des dynamiques internationales. Et ça, je pense que c'est important pour nous quand nous pensons... la conduite des affaires publiques et comment cette conduite des affaires publiques peut nous amener dans la direction de la société que nous voulons voir. Nous cherchons à la fois les ruptures que nous pouvons poser et nous cherchons ce qui peut lier, qui peut mettre en mouvement et fédérer tout le monde tout en ayant un objectif de réduction des inégalités. Et donc la santé pour ça, ça marche. très bien. La définition de l'Organisation mondiale de la santé, c'est un état de complet bien-être, mental et physique, donc c'est bien plus que l'absence de maladies ou l'absence d'infirmités. Et à travers cela, on peut lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé, qui sont factuellement, évidemment, scandaleuses, parce que là, c'est notre rapport au temps. et comment nous pouvons utiliser notre temps sur Terre. Il y a un petit rapport au mystère humain. Nous ne savons pas pour combien de temps nous sommes là, nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, et nous ne savons pas où nous allons. Donc ça fait beaucoup, mais là c'est à l'échelle humaine. Et donc cette question-là, en fait, permet à la fois de dire, bon ben voilà, les Hauts-de-France par exemple, ou le Nord-Pas-de-Calais, c'est quatre ans d'espérance de vie de moins que la moyenne des Français. Ça permet de dire, tiens, les évolutions, les lois sur le travail, les lois Hartz en Allemagne, ça a eu une baisse de l'espérance de vie, pas l'espérance de vie en bonne santé, mais une baisse de l'espérance de vie pour les deux derniers déciles de la population allemande. Donc les 20%, les moins aisés des Allemands, ont vu leur espérance de vie baisser. Ça permet de dire que les inégalités sociales et territoriales à l'échelle d'une ville, elles sont criantes. Et donc 14% de pauvreté en France, un petit peu plus, ça monte. La baisse du chômage n'a pas permis de sortir la pauvreté, loin s'en faut. Un nouveau rapport venait le montrer. Que dans les villes, c'est là qu'il y a le plus de pauvreté, puisque c'est aussi un havre à la fois d'anonymat, de solidarité, de services publics. Et donc c'est plus de 20% de... de pauvreté dans les grandes villes, que si on descend à l'échelle des enfants, c'est plus d'un enfant sur trois à Grenoble, ville pourtant riche, qui va bien, pionnière, économie, machin, bon, toutes nos forces. Mais malgré ça, c'est quand même un enfant sur trois qui naît dans une famille sous le seuil de pauvreté. Et donc, en travaillant les questions de santé, On a à la fois quelque chose qui intéresse tout le monde, quelle que soit la situation économique ou culturelle, et un vecteur de réduction des inégalités sociales et territoriales. Et puis il y a une deuxième dimension qui est pour moi très forte dans pourquoi on a choisi la santé comme l'espace public, qui aussi appartient à tout le monde, dans lequel il se passe plein de choses et dans lequel on peut retrouver des conflits d'usages ou une société du commun, c'est que Ça permet de territorialiser le débat, de nous ramener à notre condition de mammifère. Nous sommes dans un territoire et donc ça permet un peu de s'affranchir de cette difficulté incroyable dans la lutte contre le changement climatique, qui est que le climat des prochaines années ou l'évolution des niveaux de l'eau en fait est déjà connue parce que c'est sur les émissions de gaz à effet de serre que nous avons déjà fait. Donc celles que nous sommes en train de faire sont en train d'impacter le climat de dans 20 ans, 30 ans. Donc il y a un décalage dans le temps, et puis il y a un décalage, surtout une absence de prise dans l'espace, puisque quand bien même, nous arrivons à la neutralité carbone, si les autres ne le font pas, on prend quand même les effets du dérèglement climatique. Donc on se dit finalement, à quoi bon ? Et donc ça peut engendrer d'autres phénomènes qui viennent nourrir les prédations, et en ce moment, on est vraiment dans des logiques de prédation qui sont poussées à l'extrême. Avec la santé, avec la pollution de l'eau, de l'air, des sols, là on a un bénéfice direct. Quand on améliore les choses, non seulement c'est bon pour le climat, non seulement c'est bon pour notre rapport global à l'humanité, mais c'est bon pour nous ici et maintenant. Si nous atteignons le niveau de pollution de l'air recommandé par l'Organisation mondiale de la santé en 2030, C'est pour les habitants du bassin Grenoble-Bois, les 700 000 habitants du bassin Grenoble-Bois, trois mois et demi d'espérance de vie. Et les chercheurs ont calculé que c'est d'ici 2045, 8 milliards et demi d'euros d'économie. Donc on se retrouve à un point qui est radical dans le terme où c'est à la racine et qui nous permet de tirer des fils de façon transversale dans toutes les politiques. Quand on parle de santé, on va parler de sport et santé. On peut parler d'alimentation évidemment et santé. En ce moment avec la Sécurité sociale de l'alimentation, on est au cœur de sujets. On va parler d'urbanisme et de santé et nous avons une charte d'urbanisme favorable à la santé où nous travaillons à l'échelle de quartier, notamment à Flaubert qui est un peu notre quartier phare, pionnier, pilote en la matière. Nous regardons les questions de santé et les questions d'urbanisme et d'aménagement urbain, pas que les questions de pollution de l'air mais qui nous amène à faire des constructions en... en paille et bois dans une école de la ville neuve ou des constructions en terre et bois à Flaubert. Donc ça nous permet de tirer des fils comme ça extrêmement forts, ça nous permet de tirer des fils de prévention de santé mentale, qui est un sujet majeur, qui pour moi a été mon plus gros choc. On vous demande toujours quand vous devenez maire, alors c'est quoi la surprise ? Moi j'ai dit 2014, c'était la santé mentale de la population, que j'ai pris en pleine face parce que je n'avais pas cette perception, je voyais dans mon milieu des burn-out, pendant tant, des gens qui avaient travaillé trop, qui avaient des conflits internes très forts, mais en devenant maire et en tout d'un coup appartenant, si je puis dire, à l'ensemble de la population et donc en rencontrant l'ensemble des habitants, j'ai pris conscience de cet état de fragilité mentale extrêmement fort. qui ne s'est pas améliorée depuis, pas améliorée avec le Covid, pas améliorée avec tout ce que derrière vous avez pu lire, notamment sur la santé mentale des jeunes, qui est évidemment un de nos soucis premiers. Donc à travers cette question de la santé, il y a toute cette politique transversale, et à la fois des éléments très concrets qui vont de centres de santé dans les quartiers populaires, avec nos projets avec l'AGEXA, l'association des centres de santé à Grenoble, où là on retrouve 18 000 habitants de quartiers populaires qui sont soignés par ces médecins qui font un travail militant remarquable. Et ça marche aussi pour quand on oblige, je ne sais pas comment on dit, puisqu'on conditionne nos subventions aux clubs sportifs à des formations aux violences sexistes et sexuelles pour l'ensemble des clubs. Tout ça contribue d'une même politique et d'un même fil rouge qui parle à tout le monde et qui pourtant... réduit les inégalités sociales et territoriales de santé.

  • Speaker #1

    Alors Jean Jouzel, on vient de le voir avec Fatima Ouassak et Eric Piolle à quel point la ville est un échelon pertinent pour essayer de lutter contre les crises socio-environnementales. Pourtant, les villes, globalement, ne sont pas adaptées au réchauffement climatique quand on voit tous ces bâtiments importants.

  • Speaker #0

    Oui, merci. Permettez-moi de réagir, mais c'est lié par rapport à ce qu'ont dit Fatima et Eric. Oui, le problème d'injustice climatique est au cœur de mes préoccupations. Je m'y suis beaucoup intéressé.

  • Speaker #1

    D'ailleurs, vous avez rédigé un rapport avec le Conseil économique et social.

  • Speaker #0

    Il y a plus de tout ça. Et justement, en France, une des injustices climatiques, c'est justement la difficulté... des populations les plus modestes à faire face au réchauffement climatique parce que, soyons clairs, disons qu'il y a des vagues de chaleur, il y a ceux qui peuvent quitter la ville, c'est mon cas, quand je suis à Paris c'est invivable, mais je fais en Bretagne, il y a ceux qui ne peuvent pas, c'est très clair. Donc il y a vraiment une injustice très importante. Bon, une injustice, j'aime aussi réagir, c'est un peu, donc, on sort un livre cette semaine, voilà, et... Un des chapitres, c'est « Les orphelins de la planète » avec Alain Grandjean et Claude Henry, qui malheureusement est disparu les dernières semaines. Mais justement, dans ce livre, on aborde un des chapitres, c'est la seconde époque coloniale. C'est justement ce qu'on essaye de dire, c'est-à-dire que c'est un justice très forte des pays. de certaines régions, vous l'avez évoqué, qui sont vraiment au cœur de ces difficultés. J'évoquerai d'ailleurs ces problèmes demain matin sur France Inter. Je veux dire, donc, voilà. Et Eric, oui, quand même, c'est vrai, la santé, mais la santé, le réchauffement climatique va jouer sur la santé. On a justement une journée scientifique sur climat et santé en fin d'année, y compris la santé mentale et l'éco-anxiété. Donc, bien sûr, sur les maladies vectorielles, sur les... sur les difficultés à faire face aux vagues de chaleur. Mais voilà, donc tout ça est lié. Ce que je veux dire, la transition de la ville, ce n'est pas que le climat, ce n'est même pas que la biodiversité. J'aime bien la conclusion du GIEC, c'est que le réchauffement climatique, c'est une menace pour notre humanité, pour la santé de notre planète, la nature qui nous entoure, mais c'est aussi une menace pour l'organisation de nos sociétés. Et ça, je suis vraiment, c'est ça que je partage aussi. Ce problème de clivage politique, très clairement évoqué. Voilà, donc c'est ça. Alors maintenant, pourquoi les... Si, les villes, c'est très important qu'elles s'adaptent au réchauffement climatique, c'est pas si facile. Voilà, je me suis intéressé pas mal à ce qui se passe à Paris, par exemple, mais c'est... Bon, disons, je pense que les... Il y a des choses à faire dans les villes qui commencent à être faites, j'imagine aussi à Grenoble, parce que ce n'est pas facile Grenoble-été. Donc ça j'ai quelques souvenirs quand même, si vous n'êtes pas les mieux placés dans cette cuvette. Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire, et en tout cas c'est de prendre le problème au sérieux. Mais quand même, on le rappelle quelques chiffres, les grandes villes c'est 70% d'émissions de gaz à effet de serre, 70% de l'énergie, il y a beaucoup à faire. C'est vous qui avez la main, vous, les collectivités, les villes ou les collectivités au sens large sur bâtiments, urbanisme, mobilité, les circuits alimentaires aussi. Donc tout cela, c'est quand même au cœur d'une stratégie d'adaptation des villes par rapport au réchauffement climatique. Mais il ne faut pas le prendre qu'à travers le réchauffement climatique. C'est vraiment une vision globale. l'aménagement d'une ville, et je suis d'accord, son aménagement sociétal. Comment fait-on pour diminuer les inégalités ? Parce que le premier risque du réchauffement climatique, c'est justement l'accroissement des inégalités entre pays, entre générations, entre populations de la même ville. Et c'est cela qu'il faut vraiment éviter et regarder cela dans, pas simplement, disons ponctuellement, les îlots de chaleur, mais c'est l'ensemble. Avoir une vision globale de cette transition dont on parle aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Il faut vraiment soutenir les quartiers parce que les quartiers parfois pour eux la question aujourd'hui c'est pas la fin du... Enfin cette expression un peu éculée mais c'est pas la fin du monde, c'est la fin du mois qui est importante.

  • Speaker #0

    Je crois que les deux, mon capitaine. Je ne pense pas qu'on a besoin d'opposer fin du monde et fin du mois pour ces populations-là, en considérant que dans les quartiers populaires, l'essentiel, c'est de manger, de lutter contre la précarité, le chômage, etc. Comme si des enjeux de liberté, de contemplation, comme si ça, ce n'était pas important. Mais on meurt de ne pas être libre. On meurt de ne pas pouvoir contempler la beauté du monde, de ne pas pouvoir contempler le soleil se coucher. C'est le cas dans les quartiers populaires. Souvent, ce sont les endroits les plus emmurés où on ne voit souvent le soleil qu'entre 11h et 15h. Donc en été, au moment où il est le soleil le plus agressif, on meurt de ça. Alors évidemment, ce n'est pas le chômage, ce n'est pas la précarité, etc. Mais ce n'est pas moins important. Ça fait partie des aspirations humaines. Dans les quartiers populaires, il faut le dire, je pense qu'on est beaucoup à s'inquiéter du fait que, par exemple, nos garçons, nos adolescents ne peuvent pas circuler librement à l'endroit où ils sont nés. Ça, c'est une vraie angoisse. Évidemment, il faut y vivre pour le savoir précisément. Il faut avoir des enfants non-blancs, des enfants musulmans, des garçons en particulier, des adolescents, pour comprendre ce que c'est de ne pas pouvoir faire deux pas tranquillement, sans être arrêté par un dispositif sécuritaire, la police armée, qui demande des papiers comme si on était à une douane, et comme si c'était normal de demander à des enfants qui sont nés là, des passeports, des papiers d'identité, encore une fois, comme si on était à un checkpoint. Ça, c'est une vraie inquiétude, c'est une vraie angoisse quand on demande aux gens pourquoi ils veulent quitter le quartier. Parce que beaucoup de gens, quand même, qui veulent quitter leur quartier malgré le rapport affectif qu'ils peuvent avoir, encore une fois, à l'endroit où ils ont grandi. Ça, c'est une des inquiétudes, une des angoisses. Nos enfants ne sont pas tranquilles ici. Ils ne sont pas libres, ils ne peuvent pas bouger. Ensuite, il y a la question de l'école, les questions de santé, les questions de... de petits émandasmes, par exemple. C'est un vrai problème, bien respirer à ces endroits-là. Mais non, je pense qu'il ne faut pas du tout opposer les deux. C'est ce que je disais tout à l'heure. Il n'y a pas des questions pratico-pratiques, locales et puis des aspirations globales et philosophiques et idéologiques quand on a le temps pour les gens qui ont le temps. Je pense qu'il faut avoir cette exigence, cette ambition, parler de liberté fondamentale, parler d'égalité humaine, y compris là et en particulier là, dans les classes populaires et dans les quartiers populaires. et il y a des choses à faire. Par exemple, pour améliorer la... libre circulation, alors moi dans ma ville à Bagnolet où je milite un petit peu on fait des chasses au trésor par exemple avec les gamins et très précisément par exemple on demande aux autorités publiques de bloquer l'accès aux routes pour les voitures et donc c'est la police qui s'en charge et donc c'est rigolo la police qui arrête les voitures pour laisser passer des gamins de quartier bon Ce n'est pas la fonction première d'habitude de la police dans les quartiers populaires. Là, c'est bien, c'est utile. Et puis voilà, du coup, ça leur permet de mieux circuler en sécurité. Ça permet aussi à leurs parents, à nous en fait, de bien comprendre l'enjeu des villes sans voiture. Et puis cet enjeu de lutter contre les pollutions atmosphériques, etc. Il y a quelque chose là de très joyeux. Et quand on propose ce type de projet, et aux enfants et à leurs parents, on parle de liberté de circulation. On parle de liberté fondamentale, on parle de joie dans la rue. Vous voyez, on n'est pas obligé de dégrader le propos et les exigences sous prétexte qu'il s'agit de classes populaires encore une fois. J'insiste là-dessus. Dans les classes populaires, on veut du beau aussi pour nos enfants et ça peut fonctionner.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, ces messages pour certains, parfois, ils sont difficiles. à entendre. Comment vous arrivez, vous, à les faire passer ? Parce qu'on s'aperçoit bien en discutant que finalement, c'est tellement transversal, il y a tellement de choses à faire. Ça va, vous ?

  • Speaker #0

    Vous avez toujours du courage ?

  • Speaker #2

    Ça va parce que ça n'enlève pas la frustration, évidemment, de ne pas faire tout ce qu'on aimerait faire pour des contingences qui peuvent être financières d'abord, administratives ou politiques. trouver les moyens de... de créer des alliances sur des intentions qui sont communes pour avancer. Mais moi, je suis, fondamentalement, je pense qu'en fait, à la racine de notre problème, il y a la prédation. Et donc, je regarde, quand je dis nos trois adversaires, c'est le consumérisme, donc comment on nourrit nos pulsions de désir de bien. Et puis, on y dit toujours plus de machins, de trucs. et puis Il faut avoir ci, avoir ça, et puis ceux du dessus vont passer à autre chose, et puis il faudra courir derrière, donc cette pulsion consumériste. Le deuxième adversaire, c'est l'ordre social, le maintien de l'ordre social. Et évidemment, quand on se dit qu'il faut passer en France de 10 tonnes à 2 tonnes, on se doute bien que ceux qui vont devoir modifier leur mode de vie Merci. Ce n'est pas les 50% les plus vulnérables de la population qui sont déjà à 5 tonnes et moins. On se dit que les 10% qui sont à 18 et plus, pour eux, ça va être plus compliqué. Mais racines d'éducation chrétienne, de temps en temps, j'ai envie de vous rappeler la parabole, il sera plus facile à un chameau de passer par le fil de l'aiguise qu'à un riche de rentrer au royaume des cieux. Je mets ça de côté, puisque évidemment, je fais de la politique, donc je suis laïque, et puis je ne suis pas croyant. Mais il n'empêche qu'on retrouve dans cette lutte... contre la prédation on retrouve la domination des hommes sur les femmes et on retrouve évidemment la domination spatiale sur la planète la prédation sur les ressources la prédation parfois sur les corps évidemment parler ce matin et on retrouve les questions de néocolonialisme interne à nos pays et donc les questions de racisme et donc c'est une même lutte La montée de l'extrême droite, c'est aussi le fait que face au néolibéralisme et à la peur du déclassement, il faut s'assurer pour ceux qui ont peur du déclassement, qu'au moins dans ce déclassement, ils continueront de dominer les femmes, les Noirs et les Arabes. Donc quand nous agissons dans ces luttes contre les discriminations, pour ma part, j'ai l'impression de faire partie de cette même lutte contre la prédation en général. Et c'est pour ça que des questions comme la condition animale sont aussi des vecteurs très puissants de transformation, parce qu'à travers la condition animale, on vient dire en fait, voilà, on est en train de tuer un animal, mais c'est un être vivant. Alors on a dit, ça m'amuse, moi qui adore l'histoire, de voir l'évolution de comment on a caractérisé les humains. Bon, plus ça va, plus on se dit qu'on n'a pas grand chose de différent du reste de la condition animale, quand même. en termes de sensoriels, même on disait tiens nous avons la mémoire, on voit des éléphants qui retournent sur les lieux de leurs ancêtres passés qui sont morts. En fait nous avons là un comportement de prédateur en général. Et venir travailler sur ce comportement de prédateur nécessite, c'est pour ça que... j'aime bien parler de métamorphose, nécessite un changement effectivement extrêmement puissant par rapport à ce qu'a été la société, on va dire, industrielle dans son ensemble, la société moderne depuis le milieu du 19ème. Donc ça fait partie d'une même lutte. À la place à laquelle je suis, une fois que j'ai fait ce constat, nous lançons des politiques pour s'attaquer, on s'attaque au consumérisme, on dit, tiens, on sort de la pub. On s'attaque à la condition animale en disant qu'on va faire tout végétarien sur le protocole de la ville. Et puis que maintenant, notre standard, c'est le repas végétarien à la cantine. Il faut demander. Ce n'est plus vous demander une alternative végétarienne, c'était ton combat à bagnole. La base, c'est le menu végétarien. Et vous pouvez demander d'avoir du poisson ou de la viande, mais ce n'est pas le menu standard. La base c'est le déplacement à vélo ou le déplacement à pied en premier lieu. Et vous pouvez évidemment continuer à vous déplacer en voiture, mais ce n'est pas le principe de base. La base sur l'autoroute qui arrive de Grenoble, nous avons eu la première voie de covoiturage. Je suis content parce qu'au bout de 2018, l'accord avec Elisabeth Born, sept ans plus tard, on commence à avoir les premières verbalisations. C'est une voie de covoiturage pour dire que dans une voiture, on ne se promène pas tout seul. Dans un char de 2 tonnes, on ne met pas 60 kilos de barbac humaine. On doit pouvoir faire mieux. On est à 1,04. Sur les 100 000 voitures qui rentrent à Clus de Vorep, 1,04 passagers par voiture. On peut essayer de réduire le nombre, de faire plein de trucs. Mais si déjà on est 2 ou 3 par voiture, on aura réglé une grande partie du problème. Et donc, il y a tout ce... Pour moi, c'est une même lutte. lutte et il faut trouver Évidemment la cohérence sur la transition énergétique, on a réduit de 40% les consommations d'énergie de la ville et de 70% les gaz à effet de serre, puisque nous avons aussi décarboné nos sources d'énergie. Nous avons maintenant plus de 50% de repas végétariens, 95% de bio et végétariens de bio dans les crèches. Nous faisons toutes ces politiques, planter des arbres, évidemment, et lutter contre les îlots de chaleur, multiplier les logements sociaux, on vient de passer des 25% cette année. Mais tout cela fait partie d'une même vision de lutte contre la prédation. Donc, sortie du consumérisme, lutte contre le maintien de l'ordre social et cette lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme qui sont des vecteurs utiles. Nous avons des alliés objectifs et même dans le domaine de la santé, typiquement, nous avons été la première collectivité en France à salarier des travailleurs pairs, c'est-à-dire d'aller chercher des habitants du quartier qui vivent des enjeux d'accès aux soins et de prévention, de les former. et c'est E qui maintenant avec une casquette de salarié de la ville font ce travail de prévention santé et d'accès aux soins plutôt que d'avoir effectivement de venir porter la parole depuis l'extérieur. Je pense que ces questions-là sont essentielles.

  • Speaker #1

    Jean Jouzel, puisqu'on parle de prédateurs, alors évidemment c'est un peu l'éléphant dans la pièce, mais pas l'éléphant sympa que vous avez évoqué tout à l'heure qui sait tout seul aller se mettre dans un coin quand ça va moins bien. Donc l'éléphant dans la pièce c'est Donald Trump. est-ce que Est-ce que ça vaut le coup de continuer à lutter ? Vous, les actions qu'il a commencé à mener, on voit déjà les conséquences ?

  • Speaker #3

    Oui, effectivement. Tout simplement, le premier mot de notre livre, c'est « prédateur » . Alors Donald Trump, nous sommes au creux de la vague. Nous sommes ici, je pense, toutes les personnes qui sont dans cette salle se sentent concernées par cette transition au sens large, à la fois… climatique, la biodiversité, tous les problèmes d'environnement, les problèmes sociétaux. Mais on fait face à des vents contraires. Alors sur le climat, il y a ce climato-scepticisme qui ne repose sur rien, simplement sur l'idée qu'il ne faut pas changer les choses. C'est clair, il n'y a aucune réflexion par rapport au phénomène lui-même. Par rapport, mais je suis encore, bon, alors voilà, disons en termes généraux, je suis évidemment très concerné par la politique de Donald Trump, mais je suis aussi extrêmement...

  • Speaker #2

    vraiment...

  • Speaker #3

    la vraie question c'est la négation de la science, pas simplement dans notre domaine. Je veux dire, elle est... elle vaut pour notre domaine, mais elle vaut surtout pour tous les domaines. Et ça c'est extrêmement difficile. Voilà, donc c'est quelque chose. Mais voilà, donc Donald Trump, oui, voilà, on commence à avoir des effets. Mais même chez nous, enfin chez nous je dirais... Il y a quand même un recul dans les ambitions de l'Europe, par exemple. Soyons clairs, ne soyons pas naïfs. Disons, le Green Deal est en train de reculer. Ce n'est pas qu'à cause de Donald Trump, mais on voit bien que cet esprit, l'ambition qui était là, est en train de s'effriter. Elle s'effrite aussi un petit peu dans notre pays, soyons clairs. Donc c'est ça aussi, il ne faut pas... Oui, c'est un peu la conséquence de ça. Il n'y a pas cet enthousiasme, ce regard vers la neutralité climatique. par exemple au niveau planétaire. Mais malgré tout ça, ce que j'aimerais donner, c'est quand même, alors je ne suis pas naïf, la situation est difficile, mais c'est un message d'espoir. C'est-à-dire qu'il y a encore beaucoup de choses à faire et c'est ça qu'il faut garder en tête. Il y a beaucoup de choses à faire en termes d'organisation de la société, en termes de recherche, d'innovation. Donc voilà, il n'y a peut-être pas beaucoup de jeunes ici, mais il y en a quand même. Prenez cette transition à bras-le-corps, c'est le message que je souhaiterais donner. Dans tous les domaines, il y a... tellement de choses à faire. Même si Trump est là, on est au creux de la vague, mais il faut continuer à témoigner, à redire les choses et essayer d'aller de l'avant. J'espère que ça sera bientôt un mauvais souvenir, je ne le cache pas.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup. Vous pouvez garder le micro parce que je crois que vous allez bientôt vous quitter. Avant, je voulais que vous disiez peut-être un petit mot sur cette exposition qui est... Justement, ouverte à tous, qui est dans le hall de météo et climat.

  • Speaker #3

    Donc il s'agit de la tournée du climat et de la biodiversité. Alors oui, nous avons commencé, nous, alors même, disons, des trois Toulousains, Serge est là, Serge Planton est là, ils voulaient faire quelque chose en province, disons au moment de la COP, disons en 2015, accord de Paris, tout se passait à Paris, et se sont dit on va faire quelque chose en province, et ils ont mis sur pied ce train. C'était au départ le train du climat, il y a eu une première tournée du train du climat, et puis on est reparti avec une vision plus large. On parlait de biodiversité aussi au début, mais plus orientée environnement au sens large, disons climat, biodiversité, mais aussi solution. Et l'idée, je crois qu'il y a une exposition, mais la force de cette démarche, c'est que les scientifiques sont là. avec, disons, voilà, vous allez, si vous... vous prenez le temps de discuter avec des scientifiques qui sont impliqués dans les travaux de recherche, ou qui l'ont été, donc voilà, ce sont les messagers, moi je les remercie, ils sont là, ils pourraient se lever les messagers, il y a quelques messagers là,

  • Speaker #2

    voilà.

  • Speaker #3

    Merci messagers, donc merci beaucoup. C'est ça l'idée, donc c'est vraiment de notre communauté scientifique, alors voilà, je dirais au sens large, intéressée, a envie d'aller vers le public et c'est une façon de le faire et j'espère qu'il y a. Merci de l'accueil que vous nous faites à Grenoble, Eric. Les gens, je pense, prendront un peu de temps pour apprendre un peu plus, échanger avec notre communauté sur tous ces aspects. Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Merci. Et puis on a besoin des scientifiques, c'est grâce à des personnes comme Jean Jouzel qu'on peut aujourd'hui être alerté, être en alerte sur ce qui va se passer et essayer de lutter au mieux contre ça.

  • Speaker #2

    Oui, ça rejoint un autre de nos combats, peut-être politiques, c'est que dans ce que nous avons essayé de faire à Grenoble, dans ce que nous essayons de porter à Grenoble, Il y a le fait que le rôle de l'écologie politique, pour moi, est de se décaler de ces messages d'alerte. Historiquement, l'écologie vient de mouvements autogestionnaires, féministes et qui s'appuient sur la science. Donc ça a été des lanceurs d'alerte et des contre-pouvoirs. Maintenant, notre lecture, ma lecture politique, c'est de se dire que l'alerte, elle est portée. par les six rapports du GIEC, elle est portée par des activistes qui viennent dire « E-COP, le projet de Total, c'est du grand n'importe quoi, que la compensation carbone d'entreprises comme Total, c'est de chasser des paysans dans certains pays d'Afrique qui vivaient sur leur terre, mais sans cadastre, et qui sont chassés pour planter des arbres, pour compter ces arbres dans la compensation carbone de Total. » Tout ça, c'était avant Trump. Moi, j'ai toujours une petite difficulté qui est de dire « Ah ben, maintenant, on est dans la merde parce qu'il y a Trump. » Ou « On est dans la merde parce qu'il y a une autre raison. » En fait, on était déjà dans cette situation-là avant. Et il ne faudrait pas que ces événements, qui sont évidemment importants à l'échelle planétaire, qui sont dangereux, qui peuvent nous conduire à la guerre, on le sait tous, ... mais nous servent de paravent pour nous dire, bon ben voilà, finalement on aurait bien aimé, mais là on ne peut plus parce qu'il y a Trump. Nous pouvons toujours, et nous pouvions avant, et pourtant nous ne l'avons pas fait. Et donc ça nous appelle à cette culture de changement suffisamment radicaux, parce que, de fait, on ne peut pas passer de... La société ultra-consumériste et ultra-prédatrice dans laquelle nous sommes a une société de coopération, de bien-être, de sécurité et d'émancipation. En adaptant le premier système, ce premier système ne peut pas s'adapter. Ses fondamentaux sont inscrits dans la prédation sur le vivant, la prédation géographique et la prédation sur les femmes. Donc ça ne colle pas. donc il faut trouver les ressorts qui nous permettent de passer de l'un à l'autre. En se disant que ça n'est pas immuable, puisque nous n'avons pas toujours été dans cette situation-là. L'ère de l'automobile, c'est quelques décennies. L'ère de l'avion, c'est stupéfiant. L'avion, les premiers charters, je pense que c'est le 97. Il y avait à l'époque, à la fin des années 90, un milliard et demi de passagers. Là, on a passé les cinq milliards de passagers. Donc nous sommes en train aujourd'hui, et ce n'est pas à cause de Trump, d'exploser notre bilan carbone dans l'avion et avec des gens qui nous disent oui mais on va faire des progrès sur les moteurs donc c'est pas grave les voitures en france 20 millions de voitures en 1980 on a passé les 40 millions ça c'est pas trump on a doublé le nombre de voitures en 40 ans elles ont pris 350 kg de plus nous on n'a pas grossi de 350 kg ni même en proportion on n'a pas grossi de 30% comme l'ont fait les voitures donc tout cela c'est dans nos mains et donc il faut trouver les fils pour avancer là-dessus. Et donc ces fils, c'est pour nous les questions de logement, les questions de déplacement et d'espace public, les questions d'alimentation, les questions de santé, les questions d'éducation, sport et culture, tous ces vecteurs d'émancipation, et évidemment les questions énergétiques pour avoir de la cohérence dans tout ça. Mais donc ça nous fait une politique publique locale très claire, mais qui va chercher aussi, nous travaillons sur le Donuts, Le donut, c'est se dire qu'il y a un plancher, c'est un donut, vous voyez ce que c'est, c'est un gâteau avec un trou au milieu, donc il y a deux frontières. Donc c'est de se dire que c'est une scientifique, une économiste anglaise qui est très worth qui a lancé ça, avec un mouvement maintenant très large. Il y a un plancher social et il y a un plafond environnemental. Nous disons qu'il y a un plancher social, effectivement, mais que le plafond environnemental marche avec un plafond social aussi. C'est qu'aujourd'hui, vous avez vu le rapport qui est sorti il y a quelques jours, les 10% les plus riches de la planète sont responsables à eux seuls de 90% de l'accroissement. C'était des chiffres absolument délirants. Donc on dit qu'il y a un plancher social. Et donc quand on dit qu'il y a un plafond social, je veux dire aussi. Et donc ce plafond social, ça nécessite de se dire, c'est le débat que j'ai pu avoir avec le patron du MEDEF, l'ancien patron du MEDEF, Roud-Bézieux, quand il disait, bah oui, effectivement, on veut réorienter, réduire les écarts de patrimoine, notamment, qui sont les plus flagrants. Ces écarts de patrimoine, on veut les réorienter, non seulement parce que nous lutterons contre les inégalités sociales, mais aussi parce que ce patrimoine génère, continue de générer, un système de prédation et d'émission de gaz à effet de serre. Donc voilà, notre message c'est de dire ne nous cachons pas derrière et effectivement à l'échelle de la ville, nous pouvons agir parce que nous nous voyons, nous regardons dans les yeux, donc cette fraternité ou cette sororité, nous pouvons la construire facilement là. Nous pouvons avoir cet élan de curiosité et nous pouvons à travers des petits fils montrer de la cohérence dans l'action. Évidemment, ça ne résout pas tout, mais ça fait ce que Damasio appelle des petits points de rouille dans le système, ou des petits points d'oasis, si on veut le dire plus posément, mais qui sont des points de base pour montrer qu'on peut faire autrement, et se dire que du coup, on peut aussi passer à l'échelle du dessus.

  • Speaker #1

    Fatima Ouassak, vous vouliez réagir sur cet échange ? Oui,

  • Speaker #0

    à propos de la prédation. Moi, je partage cette idée que l'écologie, c'est un projet politique qui demande une volonté politique, qui demande une vision politique, de dessiner des horizons. Et il y a plein de verbes comme ça qu'on a mobilisés, des verbes d'action, de mise en mouvement, de dynamique, etc. Moi, je partage cette définition de l'écologie. L'écologie, elle ne tombe pas du ciel. Elle s'ancre en fait dans un projet politique. Alors, on a parlé d'un éléphant dans la pièce, Trump. Et on l'a évoqué, on a dit à quel point, effectivement, il pouvait produire chez nous des effets de sidération et d'impuissance politique. Mais il y a un deuxième éléphant dans la pièce, il faut le dire. C'est le génocide actuellement à Gaza. Et ça, on ne peut pas le contourner. Parce que moi, je veux bien qu'on parle de santé mentale et de dire à quel point on va mal en ce moment. Parce qu'effectivement, je suis sûre qu'on est nombreux, nombreuses ici à être, à aller mal. Aller mal dans notre capacité à agir, à réagir. Parce que c'est vrai qu'on nous dit, mais il faut bouger, il faut lutter contre le réchauffement climatique, il faut lutter contre le racisme, contre le patriarcat. Allez, bougez-vous, bougez-vous, soyez citoyens, soyez société civile. Mais il y a un génocide là, en direct. Et pas n'importe quel génocide. C'est des dizaines de milliers d'enfants qui sont massacrés, qui ne sont pas considérés comme des enfants. C'est-à-dire qu'en plus, il faut supporter le fait que ces enfants soient considérés comme des dommages collatéraux, comme le résultat du droit de se défendre. Et en plus, il y a une complexité de l'État français. On ne peut pas simplement dire non, mais ça se passe loin d'ici. Bon, c'est malheureux. Et des génocides, il y en a déjà eu. Et c'est bien malheureux, mais c'est comme ça. Il faut que nous, on continue à avancer. Non, non, nous sommes engagés, nous, ici. La France est partie prenante de ce qui se passe aujourd'hui à Gaza, de ce qui se passe aujourd'hui en Palestine. On ne peut pas éluder, on ne peut pas renvoyer ça d'un revers de main en disant non mais on ne peut pas faire grand chose là-bas, c'est malheureux, mais on ne peut pas faire grand chose continuant à avancer.

  • Speaker #1

    C'est ça être partie prenante, c'est ne pas agir, c'est être partie prenante.

  • Speaker #0

    Mais déjà c'est de dire, de dire ce qui se passe, on devrait en parler matin, midi et soir. Là, je regardais ce matin sur les pages du Monde, mais il n'y a quasiment rien. Alors que par ailleurs, sur les réseaux sociaux, on voit des corps décharnés, on voit un génocide par famine. Je me souviens qu'en novembre 2023, le président colombien, comme le président brésilien, Lula, parlait déjà de génocide à l'époque et disait déjà qu'en Colombie, au Brésil, comme en Palestine, nous étions tous concernés de la même manière parce qu'ils s'expérimentaient à Gaza ce qui pouvait nous arriver. En termes technologiques. de nouvelles manières d'exterminer, de nouvelles manières de tuer, de nouvelles manières d'écraser. Et ça ne peut pas nous laisser indifférents. Nous sommes visés aussi, en fait. Donc, il y a des dizaines de milliers d'enfants, encore une fois, qui ont été massacrés. Et ça continue. Et ce qui se passe là-bas nous concerne. Il faut qu'on se dise que les enfants palestiniens, ce sont nos enfants, en fait. Et ça, ça existe dans les quartiers populaires. Tout à l'heure, vous me demandiez, mais… Fin du monde, fin du mois. Je vous disais, mais la fin du monde, on y pense aussi. Et quand on pense fin du monde, on pense à Gaza. Et dans les quartiers populaires, on y pense comme... Et je suis sûre ici aussi. Mais simplement, on ne nous laisse même pas la possibilité de le dire, ça. De dire, mais on va mal, il y a un génocide. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment on peut s'organiser ? Comment on peut s'organiser pour que ça cesse enfin ? Et que ces gens-là soient respectés dans leur égalité humaine. Donc voilà, pour moi, ça, c'est un gros, gros éléphant dans la pièce. Et il faut l'aborder. Et alors, je finis par ça. On a tous et toutes des choses à faire, et en particulier les responsables politiques. Encore une fois, il y a une complicité. À partir du moment où rien n'est fait pour faire cesser cette ignominie, il y a complicité de toute façon. Là, il se trouve que pour ce qui concerne la France, l'État français, il y a une complicité qui est active, notamment en termes sécuritaires et militaires. Qu'est-ce qu'on est capable de faire ? Mais ne serait-ce que parfois un drapeau palestinien ? sur le fronton d'une mairie. Mais vraiment, ça peut paraître très symbolique. Mais peut-être que déjà, on irait un petit peu mieux mentalement de voir qu'on se soucie de ces gens-là et qu'on ne les traite pas comme des dommages collatéraux. Mais après, moi, je n'ai pas la solution pour que ça cesse, mais qu'au moins, on puisse en discuter, qu'on le mette au centre de nos préoccupations publiques, puisque ce sont déjà nos préoccupations dans l'espace intime et l'espace privé. Merci.

  • Speaker #1

    Si je peux me permettre,

  • Speaker #0

    sur le site du Monde,

  • Speaker #1

    j'ai vu hier une petite vidéo qui montrait un Rafa, un avant-après, où avant c'était vert, il y avait des jardins, il y avait des immeubles. Et aujourd'hui, c'est tout rasé, il n'y a plus que de la terre et ils ne repoussent rien pour voir l'horizon et la mer. Il y a quand même des journaux qui font leur travail.

  • Speaker #0

    Je suis obligée de dire que là, du coup, je vais être vraiment très directe. Non, il y aurait eu beaucoup plus de place dans les pages du Monde, puisqu'on parle du Monde, s'il ne s'agissait pas d'Arabes, s'il ne s'agissait pas de musulmans, s'il ne s'agissait pas de Palestiniens. Il faut dire la vérité. Pour quel autre peuple on peut accepter des dizaines de milliers d'enfants massacrés, ça fait un an et demi maintenant, et qui est toujours... cette complicité et qu'on n'en parle pas matin, midi et soir. Et ça, ça a été documenté, le fait que sur les journaux télévisés notamment, ça avait très peu de place. Quand je parlais des pages du Monde ce matin, enfin sur le site du Monde effectivement, on parle beaucoup de Russie-Ukraine, à juste titre, évidemment qu'il faut soutenir le peuple ukrainien, évidemment qu'il y a aussi là des enjeux d'impérialisme, de rapports colonials également qu'il faut dénoncer. Mais voilà, il y a si peu de place. Pour Gaza, pour les enfants de Gaza, pour le peuple palestinien qui subit donc un génocide, et ça, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les organisations internationales, c'est l'ONU, c'est Amnesty International qui a enquêté, c'est la CPI, etc. Je veux dire, s'il y a si peu de place, il faut dire les choses. C'est parce qu'il s'agit d'un peuple non blanc, arabe et musulman. Il faut lutter contre ça, il faut refuser ça en fait. Il faut en appeler à l'égale dignité humaine, sinon on ne s'en sortira pas. Ni là-bas et ni ici. Ici, on n'arrivera pas à avancer, ça j'en suis persuadée. Ça n'ira pas.

  • Speaker #1

    Merci pour cette prise de parole qui remue un petit peu, parce que c'est vrai ce que vous dites. on va peut-être prendre un petit temps pour voir s'il y a des questions dans la salle je ne suis pas sûre qu'il y ait un troisième micro si si si mais formidable donc nos deux intervenants sont encore là pendant quelques minutes et si des personnes souhaitent les interpeller poser une question alors une question plutôt rapide pas 12 questions pas un monologue mais voilà il sera un plaisir de vous répondre ah oui alors

  • Speaker #2

    visiblement il y a quelqu'un par là-bas en tous les cas merci de vos précisions de votre franc-parler qui fait plaisir d'entendre dans ce monde où il y a quand même beaucoup de choses qui sont sous-jacentes et qu'on ose dire en particulier les médias mainstream qui atteignent une certaine partie de la population et qui font illusion et quand on parle de Gaza on peut parler de tout le Moyen-Orient parce qu'on est confronté à ça dans tout le Moyen-Orient en Afghanistan j'ose même pas en parler ... En Afrique équatoriale, je n'ose même pas en parler. En Colombie, je n'ose pas en parler. C'est-à-dire qu'à travers le monde, on a beaucoup d'endroits où il y a des populations qui sont soumises à des exactions sans nom et pour lesquelles nous n'avons pas forcément la connaissance de ce qui s'y passe, si ce n'est par Amnistie internationale, par Reporters sans frontières ou par certaines personnes qui sont sur place. Mais si vous voulez, ce qu'il y a, c'est qu'on est vraiment ancré sur soi-même. Le numérique a fait qu'on est dans le nombrilisme poussé à l'extrême, que l'essentiel c'est de regarder son petit réseau social chaque matin pour savoir ce qui s'est passé, et ne pas voir ce qui se passe ailleurs, et c'est notre grand manque à l'heure actuelle dans notre conception du monde. Merci à tous de votre présentation.

  • Speaker #1

    Merci, est-ce qu'il y a une question un petit peu plus haut ? Au-dessus,

  • Speaker #3

    dans les catastrophes dont on parle. parlent pas, dont on n'a pas parlé, où la France est impliquée aussi. Il y a par exemple le Yémen, 500 000 morts. Et pourquoi les morts du Yémen, ils nous touchent moins que ceux de Gaza ? Je ne sais pas, mais c'est horrible, c'est horrible. Alors,

  • Speaker #4

    depuis que j'avais une question, Madame Ouassak, vous aviez un petit papier avec des pistes d'action. Est-ce que vous pourriez nous les dire pour qu'on parte avec des choses positives et stimulantes, s'il vous plaît ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai. J'avais noté les petites bricoles. Oui, ça va être des bricoles, mais je vais essayer de faire en sorte qu'elles soient effectivement positives. Alors, il y a cette chasse au trésor dont je parlais tout à l'heure, qui peut paraître très anecdotique. mais alors pour vous le dire très très vite c'est une réflexion qui est partie d'un échec on a voulu organiser une action de lutte contre les pollutions atmosphériques, dans une ville bagnole où il y a un échangeur autoroutier, à l'air libre, et ça n'a pas marché. Ça s'appelait « Pendant que Paris respire, bagnole s'étouffe » . C'est très militant. Et ça n'a pas marché, c'était juste après les Gilets jaunes, notamment parce que les personnes qui vivaient dans les quartiers populaires voyaient là un projet de Bobo, complètement déconnectés, les gens avaient besoin de leur voiture, il y avait ce discours-là qui nous était opposé à nous, donc écologistes, il s'agissait d'un projet écologiste. Et donc on a réfléchi et on s'est dit, on va la faire autrement, on ne va pas arriver avec nos gros sabots idéologiques, avec un anti-voiture primaire, même si je continue à être anti-voiture primaire, mais on a essayé d'inscrire ça dans un projet plus ludique, et puis d'éducation populaire, et alors en cours, On est passé par le manga One Piece, que je ne sais pas si vous savez, mais c'est un amour illimité, notamment chez les jeunes et pas que des quartiers populaires. Et donc on a proposé aux enfants de se mettre derrière des équipages d'empereurs pour retrouver un trésor, le One Piece, et de se balader dans la ville, trouver des indices dans toutes les institutions culturelles. Donc ça permettait aussi déjà de circuler d'un quartier à l'autre. Vous savez que dans les villes populaires, les enfants des quartiers populaires circulent. très peu, y compris dans le quartier populaire d'à côté. Et donc voilà, ça permettait vraiment de circuler partout, dans les espaces culturels, qui sont, vous le savez aussi, très peu fréquentés par ces gamins-là. Donc le cinéma... la médiathèque, le théâtre de l'échangeur, la librairie, etc. Donc ils devaient trouver des indices. Et alors, c'est ce que je disais tout à l'heure, on a pu libérer les routes. C'était une journée sans voiture. Mais ça a permis derrière de discuter avec les parents, de réfléchir à la possibilité d'avoir une ville sans voiture dans la mesure du possible. Et c'est quelque chose, pour vous dire, qui a bien fonctionné et qui sera dans le débat très important que sont les élections municipales. C'est vraiment quelque chose qui était complètement absent lors des dernières élections. Ce n'était pas dans le débat, la question de la voiture en ville. Et là, tout à coup, grâce à ce travail d'éducation populaire, toutes ces actions, etc., à hauteur d'enfants. Oui, parce que ce que je n'ai pas dit, c'est que pour faire la chasse au trésor, on a fait tout un travail où on se mettait à hauteur d'enfants. C'est pour ça que tout à l'heure, je vous disais, à Bagnolet, par exemple, certains enfants ne voient le soleil qu'entre 11h et 15h. Ça, on s'en est rendu compte parce qu'on a vu la ville. lu la ville à travers un gosse d'un mètre dix, d'un mètre vingt, etc. Et donc, on s'est rendu compte des contraintes, notamment, que leur imposaient les murs. Et donc, voilà, ça a permis vraiment d'inscrire, de faire de la politique noble. On prend un débat qu'on alimente avec quelque chose de très, encore une fois, culturel, artistique, ludique, etc. Et ensuite, on va créer un rapport de force, notamment à l'occasion des élections municipales. Élections municipales, je pense que vous êtes certainement convaincus, qui sont absolument centrales, importantes. Tous les citoyens et citoyennes que nous sommes devons être engagés au maximum, même si on ne se présente pas nous-mêmes. Sur les élections municipales, il y a tellement à faire, il y a tellement d'enjeux de compétences. de... Voilà. Donc, voilà. Ça, c'est un des exemples dont je voulais parler, que j'ai un petit peu évoqué tout à l'heure, mais que je complète là. J'avais noté aussi des choses en termes culturels. On peut en reprendre un petit.

  • Speaker #1

    Après, peut-être qu'on pourra parler de Cagensuy avec Eric.

  • Speaker #0

    Bagnolet, c'est une ville que j'aime beaucoup. C'est le rapport affectif que je peux avoir, j'imagine, comme vous aussi si vous êtes ici de Grenoble. Peut-être que c'est très subjectif ce que je vais vous dire. Mais Bagnolet, c'est bien parce que c'est une ville de gauche. Et ça se voit quand vous êtes à Bagnolet. en fait. Alors c'est pas... grâce à la municipalité actuelle, c'est une municipalité assez classique, le PS classique. Donc bon, il n'y a rien de révolutionnaire là-dedans. Mais c'est une ville qui a été communiste très très longtemps. Et alors c'est génial, on parlait des enjeux de santé publique tout à l'heure. Par exemple à Bagnolet, vous avez un centre de santé public, géré par la ville, un centre municipal. Et ça c'est l'un des vestiges, l'héritage de ce communisme local. Il y a aussi à bagnole un conservatoire, mes enfants par exemple font de la musique et en fait, pour vous dire très concrètement, je paye 15 euros par trimestre pour que mes enfants puissent faire du solfège, de la guitare, de la danse classique, etc. Bon ben ça c'est grâce aux communistes qui ont dit, voilà, non, on a des envolées lyriques dont je parlais tout à l'heure, révolutionnaires, bon ben ils ont mis en application et ça donne des choses encore aujourd'hui très très belles d'ailleurs que beaucoup souhaitent complètement démanteler. Je parlais de la dimension culturelle qui paraît très symbolique, mais on s'est battu il y a quelques années pour que la médiathèque de Bagnolet se nomme France Fanon. Et ce n'était pas l'époque où Fanon, c'était la hype. Ça passait sur France Culture et tout. Il y a un film qui est sorti. Oui, il y a un film. Et puis surtout, maintenant, c'est quand même quelqu'un de reconnu de plus en plus. À l'époque, ce n'était pas le cas. C'était il y a une douzaine d'années maintenant. Fanon, c'était un noir, FLN, Macky Zarr, etc. Ce n'était pas du tout une bonne nouvelle pour les gens qui géraient les villes. Mais alors, on a eu de la chance. C'est qu'en conseil municipal, Franz Fanon, il ne connaissait pas bien. Et puis, ils ont cru que c'était un Autrichien. Je vous jure que c'est vrai. Et donc, ils se sont dit, bon, pourquoi pas François, non ? Et puis ensuite, ils sont rentrés, donc c'est là qu'ils ont découvert Martinique, révolutionnaire, anticolonialiste, etc. Et alors, du coup, à Bagnolet, on a, alors c'est super, on a un quartier qui s'appelle Stalingrad. Moi, je dis que ça fait partie de notre héritage, donc je suis très, très fière. On a des rues Marx, des rues Lénine. On a, voilà, deux de ces villes qui disent, en fait, la ville de gauche qui est Bagnolet. Mais alors, la médiathèque François, non, elle n'est pas François, non. visuellement, c'est pas sur le fronton en fait. Et je crois que c'est la seule médiathèque de France qui a un nom, France Fanon, parce qu'on a gagné à l'époque, je l'ai pas dit, mais ça n'apparaît pas. Et là il y a un enjeu en fait. Par exemple, c'est que ces enfants-là, quand ils se baladent dans la ville, à Grenoble, à Bagnolet ou ailleurs, il faut qu'ils puissent retrouver cet héritage-là aussi. C'est bien l'héritage de gauche, et c'est bien l'héritage par exemple lié à la résistance, mais il faut aussi un héritage qui soit lié aux luttes révolutionnaires anticoloniales, aux luttes de l'immigration, etc. Donc typiquement, voilà, et c'est pas grand-chose, il faut aller mettre un gros coup de pression dans les conseils municipaux, à Grenoble ou ailleurs, pour dire voilà, c'est notre ville aussi. Je sais même pas si à Grenoble, il n'y a pas d'ailleurs des avenues Abdelmalek Sayad, il y a tellement de choses à faire en fait sur une ville culturellement. Alors ça paraît très anecdotique, accessoire, le symbolique et le culturel, mais c'est important pour que, voilà, ce que je disais tout à l'heure, nos enfants, tous nos enfants puissent se sentir d'ici. appartenir à cette terre.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, le prochain 14 juillet, est-ce qu'il a encore lieu à la Ville-Neuve ?

  • Speaker #5

    Oui, il a encore lieu à la Ville-Neuve, et effectivement, on rejoint cette dimension symbolique qui se retrouve effectivement dans l'espace public. Et à Grenoble, on a choisi de nommer tous nos lieux que de lieux de femmes et aussi de militantes, comme d'ailleurs de Marielle Franco qui a aussi un arrêt de tram ici. Parce que ça raconte effectivement la ville et tout le travail qu'on a fait autour des 80 ans était autour des invisibles. Les 80 ans de la libération. Les 80 ans de la libération, donc autour des tirailleurs sénégalais, mais aussi des réflexions qu'on a aujourd'hui autour du zoo humain qu'il y avait il y a 100 ans tout juste, dans l'exposition qu'a marqué Grenoble sur la houe blanche et le tourisme. Il y avait un zoo humain et donc venir percuter notre quotidien aujourd'hui avec cette histoire-là, qui est à la fois l'histoire de notre musée, dont le deuxième conservateur était un esclave affranchi, mais aussi de ce zoo humain et aussi aujourd'hui cette volonté de marquer l'espace public, tout en faisant aussi des politiques conservatoires à Grenoble, je le dis, c'est l'occasion, il y a des gens, mais il a augmenté sa fréquentation de plusieurs centaines de personnes, notamment parce que nous avons des bourses de gratuité et des tarifications au quotient familial qui permettent d'en faire un objet qui soit accessible à toutes et tous. Donc cette valeur symbolique est très forte, et peut-être c'est l'occasion de dire aussi, parce que les symboles sont très forts, sur ce que ça révèle de la terreur qu'il y a aujourd'hui en Palestine, c'est que non seulement il y a évidemment Gaza, mais il y a la Cisjordanie, je le disais dans mon propos introductif. Et je rappelle que nos deux adjoints devaient être la semaine dernière à Ramallah. Annabelle Breton et Emmanuel Carros devaient être à Ramallah pour un rassemblement franco-palestinien où j'étais moi-même il y a deux ans. Et que leur autorisation d'entrée leur a été retirée le dimanche juste avant leur entrée. Donc aujourd'hui en pratique côté Cisjordanie c'est aussi une prison à ciel ouvert où nous ne pouvons plus... aller voir nos villes jumelles de Bethléem, notre camp d'Aïda à Bethléem, camp de réfugiés palestiniens à Bethléem, et dans des situations qui sont pour eux extrêmement dures. Non seulement en Bethléem il n'y a plus de touristes, donc une économie qui tournait autour de cela, mais des checkpoints de circulation partout et une oppression. Vous avez pu voir les images de Djenin notamment, ou même les consuls de France. ne peut plus aller au nord de Naplouse aujourd'hui. Donc la situation est effectivement dramatique et nous devons l'apporter politiquement parce que ça dit aussi effectivement quelque chose de nous. Peut-être un petit point d'espoir, c'est que se passaient hier et avant-hier deux jours de rencontres israélo-palestiniennes pour la paix, un sommet pour la paix à Jérusalem, et qu'à cette occasion il y a eu quand même deux paroles fortes, une du président de la République, c'est pas souvent que je dis du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #1

    Alors, il est 16h54, Eric Piaf a dit du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #5

    Oui, parce que c'était le seul chef d'État qui est intervenu à distance, mais intervenu dans ce forum pour la paix, qui rassemblait des paroles très fortes d'Israéliens et de Palestiniens, et notamment de gens qui ont perdu leurs enfants des deux côtés. Et un changement, parce que je crois que nous avons besoin de paroles fortes aussi, mais qui moi m'a frappé, le message de Delphine Anviller. qui est un revirement par rapport à ce qu'elle a peut-être déjeuné depuis le 7 octobre. Une rabbin intellectuelle française qui, là, commence à porter un discours très fort qui est passé à avant-hier. Donc, il y a cet ailleurs et cet aujourd'hui. On parle du Yémen, mais on pourrait parler du Soudan aussi. On pourrait parler du Congo et du Nord-Kivu et de tout ce qui s'y passe. Mais je crois que ça raconte quelque chose de nous. Et c'est peut-être, je ne sais pas comment on termine, mais se dire que malgré cela, il y a de l'espoir. Quand j'ai été élu en 2014, j'ai choisi un tableau pour mon bureau qui est très joli, que tu as eu l'occasion de voir. Des gens qui dansent, très colorés, d'une artiste femme de l'après-guerre, mais dont le titre est 14 juillet 1939. On danse, mais c'est bientôt la fin. Mais en réalité, on peut aller chercher nos sources dans ces 80 ans de la libération, dans les phrases de Gabriel Péry dans l'Armée des Ombres, qui dit au cœur du plus pire quand ils se font tous zigouiller, et quand ils se demandent si c'est vraiment pertinent de mettre tant d'énergie pour sortir un petit 4 pages de journal qui vont les distribuer en ayant exposé à la torture les imprimeurs, les journalistes, les distributeurs. Ils disent « Nous préparons des lendemains qui chantent » . Nous pouvons dire aujourd'hui que nous préparons des lendemains qui chantent et nous pouvons préparer des lendemains qui chantent. Malgré tout cela, ça demande de la détermination, de l'humanité, du courage, mais aussi de la joie et de l'envie de beau.

  • Speaker #1

    Merci. Pour conclure, Fatima Ouassak, vous êtes une battante. Vous aussi, vous avez envie de lendemains qui chantent.

  • Speaker #0

    Edipos. Bien sûr, moi, c'est ce qui me permet de tenir, d'ailleurs. J'ai la chance de pouvoir militer, de militer avec des camarades dans des organisations politiques. Oui, c'est justement ce que j'essaie de dire. Maintenant, il faut dire les choses. Effectivement, il ne faut pas mettre les questions qui fâchent sous le tapis. Il ne faut pas se laisser intimider, à euphémiser, à édulcorer, etc. Il faut dire les choses. Mais oui, il faut. Il faut avancer, il faut s'organiser, trouver des solutions, ne pas rester isolé. J'allais ajouter, vous le permettez, Inch'Allah, même si, bon, il y a une chose.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci beaucoup à tous les deux. On pense aussi à Jean-Joselle.

Description

Cérémonie d'ouverture de la Biennale des Villes en Transition en présence d'Eric Piolle, maire de Grenoble, de Fatima Ouassak, militante écologiste, féministe et antiraciste française et de Jean Jouzel, expert du changement climatique, membre du comité directeur du GIEC et président de l'association Météo et Climat, et Thibault Daudigeos, Grenoble Ecole de Management.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez la table ronde d'ouverture, une conférence sur les crises socio-environnementales.

  • Speaker #1

    Mesdames et messieurs, bonjour à toutes et à tous. C'est un grand plaisir de se retrouver dans ce palais des sports. D'abord, merci d'avoir... mis de côté le soleil et ce long week-end pour être là pour le lancement de cette biennale qui va nous occuper pendant huit jours, huit jours d'un programme extrêmement riche. C'est cette année notre cinquième biennale, huit ans déjà depuis 2017, biennale des villes en transition, transition sociale, transition environnementale, transition démocratique, transition dans notre rapport aux vivants. Transition qui s'appuie aussi pour nous depuis 2022, année où nous avons été choisis par l'Union européenne pour être la capitale verte de l'Europe, qui s'appuie sur la démarche Grenoble 2040. Grenoble 2040, c'est quoi ? C'est se dire que les enfants qui sont nés pendant cette année où nous étions capitale verte devront à l'âge adulte être neutres en carbone et neutres en biodiversité. C'est une échelle humaine. C'est une responsabilité pour nous, mais plus qu'une responsabilité, je crois que c'est un enthousiasme. Un enthousiasme pourquoi ? Parce qu'être neutre en carbone et être neutre en biodiversité, c'est tout sauf être neutre. Au contraire, c'est sortir du consumérisme, c'est refuser le maintien de l'ordre social, ici en France, mais aussi sur la planète. C'est lutter contre l'ignorance et l'obscurantisme, c'est éveiller sa curiosité. Et donc c'est un défi réjouissant pour l'humanité, c'est regagner du temps de vie, c'est regagner du sens, c'est regagner des liens. Et donc c'est inspirant, c'est à la fois très concret, parce qu'en parlant des villes en transition, nous parlons de nos façons de nous loger, de nous déplacer, de nous alimenter, de prendre soin de notre santé. d'amener de la sécurité et de la solidarité sur notre territoire. Nous parlons d'éléments très concrets de notre vie quotidienne, comme quand nous avons rompu notre contrat avec Decaux pour la publicité, et donc retiré la publicité de l'espace public municipal. C'est donc éminemment politique et cela nécessite du débat public. Et cette biennale des villes en transition elle s'inscrit là-dedans. Comment accueillir à Grenoble, ville pionnière historiquement, comment accueillir des délégations de partout en France et de partout dans le monde, puisque nous accueillons une vingtaine de délégations internationales cette année. C'est accueillir, échanger, rêver. C'est aussi venir nous inspirer de ce qui se fait ailleurs. Et puis, comme à chaque biennale, nous avons choisi de mettre cet événement sous le signe de ma reine, en l'occurrence pour cette année. Et donc, nous avons le plaisir d'accueillir deux marraines dont les messages nous portent et nous inspirent. Elles seront là dans quelques minutes à mes côtés. Fatima Ouassak, d'abord, que je remercie d'être là. Fatima Ouassa, qui est la fondatrice du Front de Mer, qui est une activiste, essayiste d'une écologie qu'elle appelle pirate, donc une écologie ancrée dans le réel, ancrée dans la vie quotidienne et éminemment politique, éminemment affirmative, qui vient à la fois nourrir l'intellect et nourrir les combats de tous les jours. Un grand merci à elle d'être là. Elle nous parlera de beaucoup de choses, sans doute. Son dernier livre est aussi à la première personne du Puriel, ce récit du passage de l'accueil. Et c'est là pour nous une source de réflexion toujours extrêmement stimulante. Deuxième marraine, elle nous vient de loin. J'ai eu la chance de la rencontrer à Rio lorsque je présidais l'Organisation mondiale de la démocratie participative. C'est Monica Benicio. Monica Benicio, c'est une activiste militante, conseillère municipale de Rio, donc une élue qui a fait un combat pour le féminisme, un combat pour les droits des LGBT, un combat pour l'égalité. des corps et donc pour la lutte pour les minorités racisées notamment, qui est un grand défi au Brésil, comme chez nous, je le rappelle. Nous sommes aujourd'hui dans cette journée anniversaire, dans cette journée nationale de l'abolition de l'esclavage et il y a tant à dire sur le sujet. Et c'est des façons de combattre et de s'engager. Là aussi très militant, très politique, très inspirant, qui s'appuie notamment sur la place des femmes. Monica est aussi la veuve de Marielle Franco. Marielle Franco, elle marque aujourd'hui l'espace public de Grenoble, puisque nous avons un arrêt de tram à son nom, et qui était une militante, là aussi, des droits au Brésil, qui l'a payé de sa vie en 2018. Tout cela, ça nous parle aussi parce que ces combats pour gagner des sécurités, pour faire société autour des communs, pour nourrir toujours ce que nous avons de plus émancipateur en nous, de plus collectif aussi en nous, en respectant chacune et chacun, tout cela se traduit aussi dans notre vie municipale et notamment lors du dernier conseil municipal, nous avons voté un plan de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et de lutte contre les discriminations raciales. Nous avons un éminent besoin de travail en la matière et je voudrais que nous applaudissions ensemble aussi une figure qui a marqué la vie militante grenobloise de ces 50 dernières années, Marie-Thérèse Luray, qui nous a quittés cette semaine et qui a accompagné tant d'entre nous et aussi qui a combattu toujours pour l'égalité, combattu pour l'accueil. des immigrés algériens combattus pour les droits de tous les migrants et combattus dans la joie, la solidarité, le collectif, la culture et la danse. On la voyait souvent danser avec Jo Briand, son acolyte militant. Et cette figure qui nous a quittés, elle nous a portés, mais elle peut continuer à nous porter et je vous demande de l'applaudir. Elle a accompagné beaucoup d'entre nous et je me rappelle que quand j'étais jeune parent d'élève en 2004, nous lancions à Grenoble comme ailleurs en France les premiers collectifs du réseau Éducation sans frontières et trouver ces piliers du militantisme qui venaient nous former et nous soutenir, c'était un lien fort. N'oublions jamais cette transmission. À Grenoble, cette transmission, nous avons voulu aussi en faire un des vecteurs des 80 ans de la libération. Parce que oui, Grenoble est une ville résistante et ces 80 ans, depuis 2023, les 80 ans de la Saint-Barthélemy grenobloise, ils nous accompagnent avec deux mots d'ordre, résister et transmettre. Résister et transmettre, ça passe aussi par se dire de quoi nous voulons nous libérer aujourd'hui. Et donc nous avons aussi dans cette biennale... des chercheuses et des chercheurs qui viennent là, des sociologues, des historiens, des penseurs, mais aussi des activistes qui viennent penser avec nous cette histoire longue et voir comment elle peut nous nourrir et nous inspirer aujourd'hui. Ce sera aussi dans le programme de cette semaine. Ce programme est accueilli notamment et principalement dans ce Palais des Sports dont le format permet de faire ces choses. Absolument incroyable. On y a accueilli évidemment les Jeux Olympiques en 68 avec des moments forts aussi du sport et de géopolitique, avec notamment le match URSS Tchécoslovaquie 68 juste avant le printemps de Prague. Et puis là, vous aurez demain une émission de radio. Vous aurez ce soir des concerts, ce soir un spectacle aussi, Résiste, que je vous invite à rester voir. et venir dans cette biennale puiser de l'énergie à un moment où peut-être Le monde semble un petit peu fou. Ce monde né de la résistance, est né en France du Conseil National de la Résistance, mais à l'échelle mondiale d'un nouvel ordre. Ce monde, il vacille aujourd'hui. Il vacille avec les guerres, de retour sur le continent européen, avec l'attaque de la Russie sur l'Ukraine. Il vacille de façon extrême, avec Israël qui est... Aujourd'hui, après les attaques du 7 octobre, les attaques terroristes du 7 octobre, qui est dans un mouvement d'écrasement du peuple gazaoui et également en Cisjordanie, avec évidemment ce qui passe au Soudan, ce qu'il se passe au Congo, avec là, ces derniers jours, la guerre entre deux puissances nucléaires, deux des neuf puissances nucléaires, entre l'Inde et le Pakistan, deux des cinq plus grands pays du monde. qui se bombardent. Nous voyons cette géopolitique avec Trump de retour au pouvoir, avec les dictatures chinoises et indiennes. Nous voyons tout cela et pourtant nous continuons à avancer parce que, comme le dit Edgar Morin, c'est des petits grains de sable qui déraillent, qui bloquent les engrenages du pire dans l'histoire. Donc oui, nous avons une belle histoire à inventer. Oui, cette biennale... est pour nous une source d'inspiration. Nous y cuisinons, nous y dessinons ensemble, nous y rêvons. Et aussi, nous sommes pétris de culture. Et donc, je vous invite à aller au Musée de Grenoble regarder le peintre Silva, peintre brésilien, lui aussi dans cette année franco-brésilienne, et un peintre paysan qui vient dénoncer les travers de l'agriculture intensive. Là aussi, ça fait écho à nos stratégies alimentaires, ça fait écho à la sécurité sociale de l'alimentation, ça fait écho à beaucoup de choses que nous faisons. Et surtout, ça nourrit ce désir de beauté que les femmes et les hommes ont en eux et que nous devons entretenir plus que tout, entretenir pour pouvoir regarder loin, là au-dessus des difficultés du présent, pouvoir les traverser avec énergie et nous aussi construire. un monde meilleur, comme nous l'ont légué les résistants de la Deuxième Guerre mondiale qui ont réussi à mettre à bas le nazisme. Donc, grand programme. Vous pouvez picorer dans toute cette semaine des événements très variés. Et j'invite nos deux marraines, que je remercie encore d'avoir accepté cette mission, Fatima et Monica, à me rejoindre et à nous dire quelques mots.

  • Speaker #0

    Bonjour à toutes et tous, bonjour tout le monde. Je commence par dire que je suis ravie d'être avec vous. Je remercie évidemment Eric Piolle pour cette très très belle invitation et l'honneur qui m'est fait d'être marraine, surtout aux côtés de la camarade. Alors c'est un honneur et je le vis aussi comme un changement. Plutôt agréable, plutôt favorable. Parce que moi je suis plutôt dans le genre antiraciste, radical. Je ne parle pas de transition. Je ne parle pas d'adaptation. Ce ne sont pas des mots que j'utilise, qui font partie de mon champ lexical, de radical. Non, moi je parle plutôt de... nécessaires transformations, ruptures. Je parle de ségrégation. La ville, quand j'en parle, je ne dis jamais nous. Et je n'en parle pas comme d'un espace, d'un territoire qui serait homogène. La ville, souvent, quand j'en parle, c'est un champ de bataille. Le reflet, le miroir de rapports de domination. Et donc, je parle plutôt de ségrégation, socio-spatiale, raciale. Prenons par exemple la question de l'alimentation, comment bien se nourrir, comment bien nourrir ses enfants. Alors moi je vais avoir tendance à dire mais venez on va se balader dans la ville de Grenoble et on va voir à quel point on ne mange pas de la même manière, on n'a pas accès à la même alimentation selon que l'on circule dans tel quartier, sur tel territoire plutôt que dans tel autre quartier. Il y a une véritable ségrégation dans l'offre alimentaire et donc dans l'accès à l'alimentation saine, équilibrée. Et que cette ségrégation, elle est structurelle, elle s'est construite et elle est voulue. Il ne s'agit pas d'un accident. La ville de Grenoble, comme la ville de Montreuil, la ville de Strasbourg et d'autres, ne sont pas nées ségrégées. Évidemment qu'il s'agit de choix politiques, de politique publique. année après année, décennie après décennie. Mais si je dis ça, c'est dire à quel point, de demander à la radicale que je suis, qui n'a que le mot rupture et ségrégation et lutte à la bouche, de venir être marraine de ces biennales. Je me dis quand même que, peut-être qu'il y a une prise de conscience, en tout cas, une considération pour la nécessité de faire venir des gens, des organisations, des associations, des penseurs, des chercheurs, des militants, des militantes, depuis les quartiers populaires, depuis l'antiracisme, pour dire « mais venez, on va essayer d'imaginer quelque chose ensemble, malgré les ségrégations, les rapports de domination, malgré le fait qu'effectivement nous vivons dans un champ de bataille, on va essayer de construire du commun » . C'est comme ça que je le vois, en fait. Et effectivement, je suis d'accord pour dire que l'heure est grave. Il y a un certain nombre de crises que vous connaissez. Je ne vais pas en rajouter. On aura l'occasion, je pense, de développer tout à l'heure concernant la crise climatique, la montée en puissance des extrêmes-droites, des fascismes alliés au néolibéralisme, etc. C'est peut-être l'occasion de considérer la ville, les villes, comme des maquis, des lieux de résistance où on peut faire des choses. Voilà, et moi si je suis là, c'est aussi pour dire que si on veut construire un front commun, encore une fois, au-delà des rapports de domination et des ségrégations, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Voilà, c'est ça que je veux dire. Quand on a un projet que l'on veut antifasciste, de lutte contre l'extrême droite, on ne peut pas faire sans l'antiracisme. Et donc, on ne peut pas faire sans les populations qui vivent dans les quartiers populaires. Sans leurs priorités, sans leurs urgences, sans leurs questions de vie et de mort, sans leur inquiétude pour leurs enfants, ce qu'on appelle génération future, on ne peut pas faire sans. Pour l'instant, ce sont des populations qui ne sont pas si présentes autour de la table. Ce n'est pas un scoop que de le dire. Mais je pense qu'il faut passer la deuxième et permettre qu'on puisse... se dire dans quelle mesure on va créer de la fraternité, encore une fois parce que l'heure est grave et j'aurai l'occasion d'être plus dans le détail tout à l'heure. En tout cas, merci beaucoup pour cette invitation et je donne la parole à Maïka Marat.

  • Speaker #2

    Bonjour. Je voudrais d'abord remercier le Président Eric pour l'occasion d'être ici, et aussi d'être maîtresse. Je voudrais remercier Alice, qui sera ma voix en français. Je pourrais, selon ce que j'ai entendu ici de l'interprétation de la parole de ma compagnie, avoir déjà retiré mon moment de faire les considérations, parce que j'ai un accord absolument plein. avec ce qu'elle a mis en place. Mais comme je ne parle pas français, je vais donner mon déploiement en portugais avec l'aide d'Alice qui va me traduire ici, de temps en temps.

  • Speaker #3

    Bonjour à tous. Tout d'abord, je voudrais remercier Monsieur le Maire Eric pour cette opportunité d'être ici parmi vous et d'avoir été ma reine des Biennales. Alice va être mon interprète, elle sera donc ma voix en français. Et de tout ce que j'ai entendu, j'ai pu accompagner l'interprétation vers le portugais de ce qui a été dit par ma collègue. Et je pourrais même me retirer parce que je suis tout à fait d'accord avec ses propos. Néanmoins, je vais quand même proposer ma version en portugais qui sera donc traduite en français.

  • Speaker #2

    Je viens du Brésil et du Rio de Janeiro, une ville qui est magnifique dans son paysage, mais profondément inégal. Et je ne vois pas, comme le déclin qui a été donné, la possibilité de parler de villes en transition sans parler de justice raciale, sans parler de l'approfondissement de la gravité du collapse climatique aujourd'hui, de se pauter et principalement d'être structuré dans le racisme. Il faut avoir un compromis très profond et très sérieux. avec la lutte contre le racisme, pour que nous puissions penser à parler de transition, qui soit une transition pour une société plus juste.

  • Speaker #3

    Je viens du Brésil, de la ville de Rio de Janeiro, qui est une ville avec des paysages magnifiques, néanmoins une ville très inégalitaire. C'est important, quand on parle de ville en transition, de centrer ce débat sur l'idée de la justice raciale. Parce que c'est vrai qu'avec le fait qu'on assiste à un vrai collapse du climat, de plus en plus profond et plus grave, doit voir à quel point cette inégalité, ces injustices sont structurées par le racisme. Et c'est important d'avoir cette réflexion, de la contextualiser de cette façon-là pour qu'on puisse avoir une transition qui soit une transition sociale juste.

  • Speaker #2

    Embora Rio de Janeiro et Grenoble que ce soit dans des positions géographiques et économiques très différentes. On voit une profondeur de crise qui est globale. Je vais en parler plus tard, dans la prochaine table, mais j'aimerais dire l'impact que l'on a eu de présenter l'événement aujourd'hui, qui, dans une date aussi symbolique que celle qui se passe aujourd'hui, n'était pas une hommage au passé, mais surtout une écoute. de un processus historique grave, violent, qui est une outil et un produit de cette déségalité sociale que nous avons aujourd'hui, en 2025, mais en cherchant à avoir une écoute active sur ceux et celles qui ont été violentés et massacrés pour maintenir une société déségalée et penser à un processus de réparation historique au présent. Je viens donc...

  • Speaker #3

    de Rio. Rio est une ville très différente de Grenoble en termes géographiques, en termes économiques aussi. Néanmoins, c'est essentiel d'approfonder ce débat et de voir ce qu'on peut faire au niveau global. Plus tard, je participerai à une session, donc j'aurai l'occasion d'approfondir mes propos là-dessus. Mais ce matin, j'ai été impactée par ce que j'ai vécu. Nous sommes allés dans... Nous avons eu une rencontre dans ce contexte très important de la journée d'aujourd'hui et de tout ce qu'on essaye à rendre hommage. Et c'était important de voir que c'était configuré non seulement pas pour rendre hommage à ce qui s'est passé ou à cette mémoire, mais plutôt pour écouter. Écouter les personnes qui ont vécu ce processus historique extrêmement grave, extrêmement violent, qui a été l'esclavage, pour arriver... et qui a, d'une certaine façon, nourri les inégalités sociales qu'on peut percevoir aujourd'hui. Donc on a été là pour les écouter, pour avoir leurs rapports, leurs histoires de violence, et pour essayer de faire le lien entre les inégalités qu'on perçoit aujourd'hui et à quel point il est essentiel d'avoir une réparation historique.

  • Speaker #2

    La crise climatique affecte toute la société. Mais elle affecte de manière différente, dépendant du territoire, dépendant de la classe sociale et surtout de la race. C'est un effet global, mais nous savons que ceux qui souffrent le plus avec leurs impacts sont la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité. Et la population qui est en situation de plus grande vulnérabilité a été historiquement placée dans ce lieu de vulnérabilité. et de la violence sociale. Donc, si il n'y a pas un compromis du pouvoir public de faire une changement radical et profond pour que cette transition sociale puisse exister avec une justice climatique efficace, nous ne pouvons pas avancer sans mettre le débat de classe et de race au centre du pensement de l'avance de cette transformation. Dans le prochain le périmètre qui pour l'instant je ne sais pas Je vais parler plus détaillé de ça, pour pouvoir traduire simultanément et vous en parler plus. Je vous remercie d'avoir été ma voix en français.

  • Speaker #3

    Le changement climatique, il affecte tout le monde, bien sûr, mais pas de la même façon en fonction de notre territoire, de notre classe sociale et de notre race. C'est pourquoi, en effet, il y aura un impact global du changement climatique, mais l'impact va être beaucoup plus ressenti par les populations les plus vulnérables. Et souvent, ces populations plus vulnérables, elles ont été marginalisées, vulnérabilisées de façon... intentionnelles historiquement et c'est pourquoi elles subissent autant de violences que ce soit des violences sociales mais aussi des violences climatiques. Donc si les pouvoirs publics n'arrivent pas à changer cette façon de faire pour avoir plus de justice, plus d'égalité, on ne pourra pas avancer dans ce débat qui doit vraiment se centrer sur l'inégalité de classe, l'inégalité raciale. J'aurai l'occasion de parler un petit peu plus sur cette thématique dans la table ronde qui suivra celle-ci. Ce sera en simultané, donc je pourrai m'approfondir un petit peu plus.

  • Speaker #2

    Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Nous déclarons la Biennale des villes en transition ouverte.

  • Speaker #0

    Ouverte.

  • Speaker #4

    Bonjour à tous, bonjour à toutes. Moi je suis ravie d'être là parmi vous aujourd'hui. Je vais vous accompagner durant cette première table ronde de la Biennale. La table ronde d'ouverture qui a pour thème, ça ne va pas être forcément très joyeux, mais ça va sûrement être très intéressant, crise socio-environnementale et climatique, des constats. à l'action. Alors, deux de nos intervenants, vous les connaissez déjà, puisqu'il s'agit d'Éric Piolle, le maire de Grenoble, et de Fatima Ouassak, qui est autrice militante. Je les fais revenir tout de suite. Je vous demande de les applaudir, s'il vous plaît. Et le troisième, vous ne l'avez pas encore vu, mais il va venir nous rejoindre tout de suite. C'est un... Néminant paléontoclimatologue, je vous demande d'applaudir Jean Jouzel. Alors, je vais commencer, je vais continuer peut-être, puisqu'on a déjà fait connaissance, on reviendra vers vous dans un petit moment. Mais avec vous, Jean-Joselle, je m'assois, ça sera plus confortable. Alors, je le disais, vous êtes l'un des plus éminents spécialistes du climat de la planète. Je ne vais pas retracer toute votre bio, ça serait un petit peu long, on n'a finalement pas tant de temps que ça. Vous avez obtenu l'équivalent du prix Nobel pour les sciences de la Terre et la médaille d'or du CNRS. Vous avez été vice-président du GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. C'est même d'ailleurs un peu vos travaux qui sont à l'origine de la création du GIEC. Et pour revenir un petit peu en arrière, on va voir que vous avez un lien avec Grenoble, parce qu'à la fin des années 80, au CEA, avec Claude Lorius, vous avez mis en évidence l'influence des gaz de serre sur le réchauffement climatique et donc travaillé ensuite au labo. de glaciologie de Grenoble, qui fait souvent l'actualité, qui fait la fierté, une des fiertés de la ville, évidemment il y en a bien d'autres. Et aujourd'hui vous êtes aussi président de Météo Climat. Voilà, alors évidemment je ne vous apprendrai rien en vous disant, puisque j'imagine que certaines des personnes qui sont dans la salle suivent ces sujets de très près. 2004 a encore été... Une année record en termes de réchauffement et selon l'Observatoire européen Copernicus, qui analyse des milliards de mesures issues de satellites, donc ce n'est pas aux doigts mouillés, des stations météo, d'autres outils, ce réchauffement en avril, donc il y a tout juste quelques jours, celui qui vient d'être mesuré, était encore au-delà de 1,5 degré. 1,5 degré, c'était la limite idéalement à ne pas dépasser selon l'accord de Paris. On voit bien qu'on n'a pas pris la bonne direction. Le constat est assez alarmant, Jean Jouzel.

  • Speaker #3

    Oui, bonjour à tous et à toutes. Alors, tout d'abord, merci de cette invitation, cher Eric. Alors, merci à double titre. Je suis à un double titre, invité, disons, à la Biennale, bien sûr, des villes en transition, mais aussi, je suis là au titre de la tournée du climat et de la biodiversité qui nous accueille dans le hall. Et je remercie tous ceux qui s'y impliquent. Voilà, disons que cette tournée, l'association que je préside, Météo et Climat, disons, est impliquée dans l'organisation. tournée. Merci pour ce double accueil.

  • Speaker #0

    Rien ne va plus, Marie-Caroline, c'est vrai. Nous sommes au-delà des 1,5°C. C'est quoi l'idée ? L'idée, ce serait quand même que nous soyons capables de préserver pour les jeunes d'aujourd'hui des conditions auxquelles ils puissent s'adapter dans la deuxième partie de ce siècle. Et c'est ça tout le problème. C'est-à-dire, c'est au cœur de l'accord de Paris que vous avez mentionné, à savoir que... Disons, si on veut s'adapter, on a une capacité d'adaptation, mais si on veut s'y adapter sans trop de difficultés, ce serait mieux d'être bien en deçà de 2 degrés. Et les pays les plus vulnérables, ça a été mentionné par Monika, et les populations les plus vulnérables pensent aussi que ce serait beaucoup mieux de limiter à 1,5 degré. Et nous y sommes. Donc c'est vraiment l'objectif, mais pour atteindre cet objectif par rapport aux jeunes d'aujourd'hui, aux générations futures, c'est aujourd'hui qu'il faut agir. c'est à dire aujourd'hui on a un double devoir On doit effectivement s'adapter aussi. Les villes en particulier sont au cœur de l'adaptation au réchauffement climatique. Pour moi, c'est très important. Je pense que nous y reviendrons. Mais aussi, on doit lutter contre le réchauffement climatique, c'est-à-dire diminuer nos émissions. Je rappelle, l'objectif, c'est neutralité carbone à l'horizon 2050 pour 1,5°C. On risque de ne pas y parvenir. On part plutôt vers 3°C. avec des conséquences très importantes. Et donc, on a vraiment à dire les difficultés dans lesquelles nous sommes et à faire appel à tous les ressorts de l'action. C'est ça qui est très important. Et je crois que l'action peut être largement aussi dans les villes, bien sûr, dans les territoires. Tout le monde doit regarder dans la même direction. Et c'est peut-être un peu ça la difficulté actuellement. Voilà, on a parlé des inégalités, des difficultés, on y reviendra. par rapport aux populations les plus vulnérables. Mais il y a aussi actuellement un autre mot qui nous manque beaucoup dans notre vocabulaire, c'est la solidarité. Je ne crois pas qu'on y arrivera si on n'a pas à prendre la mesure du réchauffement climatique, si on n'a pas vraiment un esprit de solidarité qui est en train de nous quitter au niveau planétaire. Et c'est ça aussi le point assez important.

  • Speaker #1

    Quelles sont les principales causes de ce réchauffement climatique ? En tout cas, ces dernières années.

  • Speaker #0

    Donc, c'est clair. Nous avons le réchauffement climatique, ce 1,5°C supplémentaire. C'est à l'échelle planétaire, c'est un peu plus en France. On n'est pas loin de 2°C, je pense, actuellement. Et ce réchauffement planétaire, il est entièrement dû à nos activités. Donc, il est dû à nos activités et très probablement de façon complète. C'est-à-dire, la façon la plus simple de l'expliquer, c'est de l'attribuer entièrement à nos activités. Il y a évidemment une variabilité naturelle du climat, mais ça ne peut jouer que sur l'ordre du dixième de degré. Voilà, alors nos activités, c'est quoi ? C'est les émissions de gaz à effet de serre. Je ne vais pas donner trop de chiffres, mais l'an dernier, on a émis 60 milliards de tonnes d'équivalent CO2. Donc, 37 liées au premier... Coupable, oui, je dirais coupable. Son utilisation combustible fossile, 37 milliards de tonnes. On y ajoute 5 à 6 milliards de tonnes pour la déforestation. On voit bien que c'est aussi la fabrication du ciment, 2 milliards de tonnes. Et puis, on ajoute grosso modo 15 milliards de tonnes d'équivalent CO2, entre 12 et 15 pour les autres gaz à effet de serre, dont on connaît l'origine, le méthane, le protoxyde d'azote, avec un lien avec l'agriculture et l'alimentation un peu plus fort que pour... bien sûr le gaz carbonique. Donc c'est bien documenté, il y a aussi la pollution qui contrecarre une partie de ce réchauffement, mais globalement, en termes de variabilité climatique, les gaz à effet de serre ont désormais pris le pas sur toutes les autres composantes, soit la variabilité naturelle, soit même un grand volcan. soit la pollution. Donc c'est vraiment les gaz à effet de serre qui sont malheureusement, disons, en tête des causes du réchauffement climatique.

  • Speaker #1

    Alors plus 1,5 degré, voire plus, malheureusement, évidemment, on se dit tout de suite que c'est une question de chaleur, mais pas seulement, il y a bien des conséquences sur le réchauffement climatique, des sécheresses, des hausses des précipitations ?

  • Speaker #0

    Oui, mais ici aussi des conséquences sur l'enneigement, sur les glaciers. Sur l'alpinisme aussi, j'étais à Chamonix il y a quelques semaines et les chamonnières sont très soucieux de ces parois montagneuses qui deviennent un peu plus friables parce que le gel n'est plus là. Donc il y a effectivement des conséquences dans les régions. Si vous êtes à bord de mer, vous pensez à autre chose, à l'élévation du niveau de la mer, mais dans les territoires, vous avez raison, ce sont ces... Je dirais que dans les villes, peut-être, la manifestation, les vagues de chaleur sont peut-être les plus difficiles à y faire face, tout simplement parce qu'il y a aussi ces problèmes d'îlots de chaleur dans les territoires, les sécheresses, les inondations, ça peut aussi être dans les villes, ces extrêmes climatiques sont vraiment de plus en plus au rendez-vous, et de plus en plus, de façon de plus en plus intense, c'est ce que nous... Après, voyons, ce que nous vivons aujourd'hui, c'est ce que nous envisageons depuis une cinquantaine d'années. Le message est très clair, c'est-à-dire que je crois qu'il faut faire malheureusement confiance à notre communauté dans ce qu'elle envisage au horizon des prochaines décennies.

  • Speaker #1

    Merci Jean-Joselle. On peut vous applaudir pour ce petit point. Voilà, maintenant qu'on a fait un petit état des lieux, Fatima Ouassak, on va pouvoir enchaîner avec vous. Alors, je ne sais pas s'il y a un deuxième... Je... Voilà, merci. Éric Piolle l'a dit tout à l'heure, vous êtes politologue, essayiste, autrice de nombreux ouvrages. Avec vous, on va resserrer un petit peu notre prisme avec des questions de... différentes un petit peu. Vous avez déjà évoqué dans votre présentation le domaine de recherche sur lequel vous étiez plus particulièrement active, notamment sur les quartiers difficiles, les personnes qui sont le plus en difficulté socialement, pour dire qu'il ne faut pas les oublier. Et il y a des personnes qui n'oublient pas l'écologie. On se dit l'écologie, on en parle un peu partout. Au départ, c'était les écolos qui faisaient de l'écologie. Et puis finalement, aujourd'hui, tous les partis politiques s'y mettent. Et même ceux qu'on n'attendait pas, l'extrême droite.

  • Speaker #2

    Oui, tout à fait. Alors, c'est une certaine forme d'écologie. Ce n'est pas une bonne nouvelle. C'est Jordan Bardella qui disait que l'écologie, ce sont les frontières. L'écologie, c'est les frontières. Bon, donc effectivement, l'écologie n'est pas immunisée. Elle n'est pas forcément de gauche. Elle n'est pas forcément progressiste. Ce n'est pas forcément émancipateur. Il y a effectivement une écologie d'extrême droite qui existe et qui monte en puissance, ça on le sait. Si vous permettez, je voulais quand même dire un mot à propos de... Déjà, je suis honorée d'être en votre présence. Je balbutie là, après tout ce que vous venez de présenter. Simplement, je voulais revenir sur le lien entre cette question des injustices. et la nécessaire solidarité, vous disiez ce mot n'est pas assez présent, on n'en parle pas suffisamment, etc. Moi je voulais juste me glisser entre ces deux mots pour dire que ça va être difficile d'observer ces injustices, de les constater, s'en apprister, et de dire mais finalement regardez, on est quand même dans le même bateau, parce qu'on va tous et toutes subir les conséquences de ce dérèglement climatique, Et donc, venez, soyons solidaires et menons... des actions, donc moi je suis d'accord sur ce terme, il faut être en mouvement, menons des actions pour lutter contre le dérèglement climatique. Ça va être difficile s'il n'y a pas une étape qui consiste à lutter contre les injustices, précisément les injustices, j'insiste là-dessus, raciales et coloniales. Je m'explique sur cette urgence et cette nécessité. Il se trouve que parmi les terres qui sont les plus ravagées, euh... il y a ces terres qui sont habitées par les populations qui sont les plus sous-humanisées, les plus déshumanisées, les plus victimes de racisme. Il y a là une coïncidence quand même. Les terres qu'on doit le plus protéger, ce sont ces terres qui sont habitées par des personnes qui sont dépossédées de leur pouvoir politique, qui sont sous-humanisées, etc. Donc on voit bien que même si on a dans le viseur cette action. pour lutter contre le dérèglement climatique, lutter contre les ravages causés à la Terre, et à ces terres-là en particulier, on voit bien que dans le même moment, dans le même temps, il faut lutter aussi contre la déshumanisation, la sous-humanisation des populations qui habitent ces terres. Il faut lutter pour que ces populations aient plus de pouvoir politique. Le pouvoir de dire, non, nous refusons tel ou tel ravage, nous refusons tel ou tel autoroute, tel ou tel centre commercial, tel ou tel data center, etc. Donc on voit bien que... Oui, nous sommes condamnés, c'est ce que je disais un petit peu tout à l'heure, nous sommes condamnés à mener ces deux luttes de front, une lutte contre le dérèglement climatique et une lutte antiraciste. Sinon, tout simplement, ça ne marchera pas. Je veux dire, quand on va dans les quartiers populaires et qu'on invite les populations qui y vivent en disant mais venez rejoignez-nous sur ce front éco... précisément contre le dérèglement climatique. Mais ces populations peuvent nous répondre, mais vous me demandez de protéger une terre alors qu'on me répète à longueur de temps, et de plus en plus d'ailleurs, que cette terre, je n'y suis pas légitime et que mes enfants qui grandissent pourtant n'y sont pas légitimes. Donc voilà, charge aux responsables politiques aussi, aux parents que nous sommes aussi, à la société civile, de répéter à ces gens-là, à ces enfants-là, cette terre, c'est la vôtre. Vous y êtes légitime aussi et on va se battre pour une égale dignité humaine. Donc ce n'est pas une option, ce n'est pas quelque chose qu'on peut mettre de côté en disant « concentrons-nous quand même sur la solidarité et sur l'action contre le dérèglement climatique » . Non, il va falloir passer quand même par cette étape de lutte antiraciste et anticolonialiste. Alors oui, tout à l'heure je disais quand même les observations qui ont été faites de cette lutte contre le dérèglement climatique à l'heure de Trump. C'est-à-dire à l'heure où on nous met en situation d'impuissance politique, où on nous explique que c'est trop tard, qu'on ne peut pas faire grand-chose, que les changements structurels qui sont pourtant nécessaires, étant donné l'urgence climatique, et notamment des changements structurels pour plus de justice, on sait que, je l'ai dit à l'instant, c'est lié, on nous explique que ces changements structurels n'auront pas lieu. Il y a dans le même temps une alliance de plus en plus forte entre les fascismes et le néolibéralisme, et on sait bien que fascisme et néolibéralisme vont causer encore plus de ravages. Alors face à ça, avec ces observations, qu'est-ce qu'on peut faire ? Alors moi il y a une phrase de Fanon que j'aime bien, que je cite de plus en plus, Franz Fanon, penseur décolonial, résistant aussi, qui a participé à la lutte de libération, lutte révolutionnaire algérienne. Et alors Frantz Fanon écrivait dans les Dannées de la Terre « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. Donc voilà, moi je suis... J'aime bien ces envolées lyriques qui parlent de mission, où nous avons notre part à jouer. Et face à ça, j'ai l'impression que... Cette mission peut consister soit, et c'est tout à fait honorable, à dire que c'est tellement dur aujourd'hui que la stratégie que l'on peut choisir doit être une stratégie de repli. Il faut arrondir les angles, il faut mettre de l'eau dans notre coca, dans notre vin, en tout cas il faut tamiser, il faut tempérer. Ça c'est une stratégie possible de dire, mais vraiment, ça va trop vite. Il faut ralentir le train qui pourrait sinon tous nous précipiter dans les abîmes. Donc vraiment, ralentissons. Ça, c'est une stratégie possible, une stratégie de repli. Et puis, il y a une autre stratégie possible, c'est au contraire d'accélérer. C'est de radicaliser, c'est de cliver, c'est de foncer en fait. Moi, je fais partie de celles et ceux qui pensent qu'il faut accélérer. radicaliser, voilà, et prendre à bas le corps le combat, notamment le combat antifasciste, et antiraciste, et féministe, des combats d'émancipation. Moi, je pense qu'il faut vraiment passer à la deuxième, que c'est maintenant ou jamais, en fait, qu'effectivement, on est à une sorte de tournant. Et André Gortz disait, c'est soit la civilisation, soit la barbarie. Et je pense effectivement qu'il y a de ça en ce moment. Alors là, on parle au niveau local et on pourrait dire, mais tes grandes envolées lyriques, bon, c'est très abstrait tout ça, c'est plutôt au niveau global, etc. Et moi, je pense l'exact contraire. Moi, je pense que c'est au niveau des villes, en fait, qu'on peut lutter réellement contre le fascisme. Pourtant, au niveau des villes, on parle souvent des petites choses, la nourriture, la circulation, les mobilités. Ça paraît très technique et justement pas idéologique. Et moi, je pense que ces petites choses, c'est le front de résistance contre le fascisme. Et on pourrait faire de nos villes, on pourrait faire des maquis, des laboratoires expérimentaux dans la lutte contre le fascisme qui vient, précisément dans la lutte contre l'extrême droite, précisément dans la lutte contre le Rassemblement national, puisqu'il faut nommer ce parti Kéo. aux portes du pouvoir. Moi, je pense que vraiment, les villes, il y a quelque chose là à jouer et à assumer, à dire vraiment, voilà, on ne se contente pas de petites choses comme ça et on en appelle pour les gens qui prennent des responsabilités. On en appelle à une vision politique globale, à ces grandes envolées lyriques, y compris au niveau local. Moi, je pense qu'il y a vraiment quelque chose là à faire. Alors, j'ai pris quelques petites notes pour ne pas rester trop dans les nuées. Et si j'ai encore quelques secondes...

  • Speaker #1

    Rapidement, parce qu'on va pouvoir enchaîner pour pouvoir faire passer la parole. Mais sinon, on peut poser des questions et continuer. Si vous avez un petit mot encore... Vous pouvez y aller.

  • Speaker #2

    Je préfère le garder pour tout à l'heure.

  • Speaker #1

    Alors, on le garde pour tout à l'heure. Merci. Sur ces premières prises de parole, Eric Piolle, vous aviez souhaité intervenir sur la question qu'on ne voit pas comme ça dans le titre, mais qui est la question de la santé et qui est évidemment primordiale, parce que quand on a la santé, c'est l'essentiel, c'est bien ce qu'on se dit.

  • Speaker #3

    Oui, disons que c'est un des fils qui permet d'avancer dans cette métamorphose ou cette transition. J'aime bien le terme de métamorphose aussi, mais le terme de transition, il marche pas mal parce qu'il y a ce mouvement qui a été fondé par Rob Hopkins et qui finalement crée des dynamiques internationales. Et ça, je pense que c'est important pour nous quand nous pensons... la conduite des affaires publiques et comment cette conduite des affaires publiques peut nous amener dans la direction de la société que nous voulons voir. Nous cherchons à la fois les ruptures que nous pouvons poser et nous cherchons ce qui peut lier, qui peut mettre en mouvement et fédérer tout le monde tout en ayant un objectif de réduction des inégalités. Et donc la santé pour ça, ça marche. très bien. La définition de l'Organisation mondiale de la santé, c'est un état de complet bien-être, mental et physique, donc c'est bien plus que l'absence de maladies ou l'absence d'infirmités. Et à travers cela, on peut lutter contre les inégalités sociales et territoriales de santé, qui sont factuellement, évidemment, scandaleuses, parce que là, c'est notre rapport au temps. et comment nous pouvons utiliser notre temps sur Terre. Il y a un petit rapport au mystère humain. Nous ne savons pas pour combien de temps nous sommes là, nous ne savons pas pourquoi nous sommes là, et nous ne savons pas où nous allons. Donc ça fait beaucoup, mais là c'est à l'échelle humaine. Et donc cette question-là, en fait, permet à la fois de dire, bon ben voilà, les Hauts-de-France par exemple, ou le Nord-Pas-de-Calais, c'est quatre ans d'espérance de vie de moins que la moyenne des Français. Ça permet de dire, tiens, les évolutions, les lois sur le travail, les lois Hartz en Allemagne, ça a eu une baisse de l'espérance de vie, pas l'espérance de vie en bonne santé, mais une baisse de l'espérance de vie pour les deux derniers déciles de la population allemande. Donc les 20%, les moins aisés des Allemands, ont vu leur espérance de vie baisser. Ça permet de dire que les inégalités sociales et territoriales à l'échelle d'une ville, elles sont criantes. Et donc 14% de pauvreté en France, un petit peu plus, ça monte. La baisse du chômage n'a pas permis de sortir la pauvreté, loin s'en faut. Un nouveau rapport venait le montrer. Que dans les villes, c'est là qu'il y a le plus de pauvreté, puisque c'est aussi un havre à la fois d'anonymat, de solidarité, de services publics. Et donc c'est plus de 20% de... de pauvreté dans les grandes villes, que si on descend à l'échelle des enfants, c'est plus d'un enfant sur trois à Grenoble, ville pourtant riche, qui va bien, pionnière, économie, machin, bon, toutes nos forces. Mais malgré ça, c'est quand même un enfant sur trois qui naît dans une famille sous le seuil de pauvreté. Et donc, en travaillant les questions de santé, On a à la fois quelque chose qui intéresse tout le monde, quelle que soit la situation économique ou culturelle, et un vecteur de réduction des inégalités sociales et territoriales. Et puis il y a une deuxième dimension qui est pour moi très forte dans pourquoi on a choisi la santé comme l'espace public, qui aussi appartient à tout le monde, dans lequel il se passe plein de choses et dans lequel on peut retrouver des conflits d'usages ou une société du commun, c'est que Ça permet de territorialiser le débat, de nous ramener à notre condition de mammifère. Nous sommes dans un territoire et donc ça permet un peu de s'affranchir de cette difficulté incroyable dans la lutte contre le changement climatique, qui est que le climat des prochaines années ou l'évolution des niveaux de l'eau en fait est déjà connue parce que c'est sur les émissions de gaz à effet de serre que nous avons déjà fait. Donc celles que nous sommes en train de faire sont en train d'impacter le climat de dans 20 ans, 30 ans. Donc il y a un décalage dans le temps, et puis il y a un décalage, surtout une absence de prise dans l'espace, puisque quand bien même, nous arrivons à la neutralité carbone, si les autres ne le font pas, on prend quand même les effets du dérèglement climatique. Donc on se dit finalement, à quoi bon ? Et donc ça peut engendrer d'autres phénomènes qui viennent nourrir les prédations, et en ce moment, on est vraiment dans des logiques de prédation qui sont poussées à l'extrême. Avec la santé, avec la pollution de l'eau, de l'air, des sols, là on a un bénéfice direct. Quand on améliore les choses, non seulement c'est bon pour le climat, non seulement c'est bon pour notre rapport global à l'humanité, mais c'est bon pour nous ici et maintenant. Si nous atteignons le niveau de pollution de l'air recommandé par l'Organisation mondiale de la santé en 2030, C'est pour les habitants du bassin Grenoble-Bois, les 700 000 habitants du bassin Grenoble-Bois, trois mois et demi d'espérance de vie. Et les chercheurs ont calculé que c'est d'ici 2045, 8 milliards et demi d'euros d'économie. Donc on se retrouve à un point qui est radical dans le terme où c'est à la racine et qui nous permet de tirer des fils de façon transversale dans toutes les politiques. Quand on parle de santé, on va parler de sport et santé. On peut parler d'alimentation évidemment et santé. En ce moment avec la Sécurité sociale de l'alimentation, on est au cœur de sujets. On va parler d'urbanisme et de santé et nous avons une charte d'urbanisme favorable à la santé où nous travaillons à l'échelle de quartier, notamment à Flaubert qui est un peu notre quartier phare, pionnier, pilote en la matière. Nous regardons les questions de santé et les questions d'urbanisme et d'aménagement urbain, pas que les questions de pollution de l'air mais qui nous amène à faire des constructions en... en paille et bois dans une école de la ville neuve ou des constructions en terre et bois à Flaubert. Donc ça nous permet de tirer des fils comme ça extrêmement forts, ça nous permet de tirer des fils de prévention de santé mentale, qui est un sujet majeur, qui pour moi a été mon plus gros choc. On vous demande toujours quand vous devenez maire, alors c'est quoi la surprise ? Moi j'ai dit 2014, c'était la santé mentale de la population, que j'ai pris en pleine face parce que je n'avais pas cette perception, je voyais dans mon milieu des burn-out, pendant tant, des gens qui avaient travaillé trop, qui avaient des conflits internes très forts, mais en devenant maire et en tout d'un coup appartenant, si je puis dire, à l'ensemble de la population et donc en rencontrant l'ensemble des habitants, j'ai pris conscience de cet état de fragilité mentale extrêmement fort. qui ne s'est pas améliorée depuis, pas améliorée avec le Covid, pas améliorée avec tout ce que derrière vous avez pu lire, notamment sur la santé mentale des jeunes, qui est évidemment un de nos soucis premiers. Donc à travers cette question de la santé, il y a toute cette politique transversale, et à la fois des éléments très concrets qui vont de centres de santé dans les quartiers populaires, avec nos projets avec l'AGEXA, l'association des centres de santé à Grenoble, où là on retrouve 18 000 habitants de quartiers populaires qui sont soignés par ces médecins qui font un travail militant remarquable. Et ça marche aussi pour quand on oblige, je ne sais pas comment on dit, puisqu'on conditionne nos subventions aux clubs sportifs à des formations aux violences sexistes et sexuelles pour l'ensemble des clubs. Tout ça contribue d'une même politique et d'un même fil rouge qui parle à tout le monde et qui pourtant... réduit les inégalités sociales et territoriales de santé.

  • Speaker #1

    Alors Jean Jouzel, on vient de le voir avec Fatima Ouassak et Eric Piolle à quel point la ville est un échelon pertinent pour essayer de lutter contre les crises socio-environnementales. Pourtant, les villes, globalement, ne sont pas adaptées au réchauffement climatique quand on voit tous ces bâtiments importants.

  • Speaker #0

    Oui, merci. Permettez-moi de réagir, mais c'est lié par rapport à ce qu'ont dit Fatima et Eric. Oui, le problème d'injustice climatique est au cœur de mes préoccupations. Je m'y suis beaucoup intéressé.

  • Speaker #1

    D'ailleurs, vous avez rédigé un rapport avec le Conseil économique et social.

  • Speaker #0

    Il y a plus de tout ça. Et justement, en France, une des injustices climatiques, c'est justement la difficulté... des populations les plus modestes à faire face au réchauffement climatique parce que, soyons clairs, disons qu'il y a des vagues de chaleur, il y a ceux qui peuvent quitter la ville, c'est mon cas, quand je suis à Paris c'est invivable, mais je fais en Bretagne, il y a ceux qui ne peuvent pas, c'est très clair. Donc il y a vraiment une injustice très importante. Bon, une injustice, j'aime aussi réagir, c'est un peu, donc, on sort un livre cette semaine, voilà, et... Un des chapitres, c'est « Les orphelins de la planète » avec Alain Grandjean et Claude Henry, qui malheureusement est disparu les dernières semaines. Mais justement, dans ce livre, on aborde un des chapitres, c'est la seconde époque coloniale. C'est justement ce qu'on essaye de dire, c'est-à-dire que c'est un justice très forte des pays. de certaines régions, vous l'avez évoqué, qui sont vraiment au cœur de ces difficultés. J'évoquerai d'ailleurs ces problèmes demain matin sur France Inter. Je veux dire, donc, voilà. Et Eric, oui, quand même, c'est vrai, la santé, mais la santé, le réchauffement climatique va jouer sur la santé. On a justement une journée scientifique sur climat et santé en fin d'année, y compris la santé mentale et l'éco-anxiété. Donc, bien sûr, sur les maladies vectorielles, sur les... sur les difficultés à faire face aux vagues de chaleur. Mais voilà, donc tout ça est lié. Ce que je veux dire, la transition de la ville, ce n'est pas que le climat, ce n'est même pas que la biodiversité. J'aime bien la conclusion du GIEC, c'est que le réchauffement climatique, c'est une menace pour notre humanité, pour la santé de notre planète, la nature qui nous entoure, mais c'est aussi une menace pour l'organisation de nos sociétés. Et ça, je suis vraiment, c'est ça que je partage aussi. Ce problème de clivage politique, très clairement évoqué. Voilà, donc c'est ça. Alors maintenant, pourquoi les... Si, les villes, c'est très important qu'elles s'adaptent au réchauffement climatique, c'est pas si facile. Voilà, je me suis intéressé pas mal à ce qui se passe à Paris, par exemple, mais c'est... Bon, disons, je pense que les... Il y a des choses à faire dans les villes qui commencent à être faites, j'imagine aussi à Grenoble, parce que ce n'est pas facile Grenoble-été. Donc ça j'ai quelques souvenirs quand même, si vous n'êtes pas les mieux placés dans cette cuvette. Je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire, et en tout cas c'est de prendre le problème au sérieux. Mais quand même, on le rappelle quelques chiffres, les grandes villes c'est 70% d'émissions de gaz à effet de serre, 70% de l'énergie, il y a beaucoup à faire. C'est vous qui avez la main, vous, les collectivités, les villes ou les collectivités au sens large sur bâtiments, urbanisme, mobilité, les circuits alimentaires aussi. Donc tout cela, c'est quand même au cœur d'une stratégie d'adaptation des villes par rapport au réchauffement climatique. Mais il ne faut pas le prendre qu'à travers le réchauffement climatique. C'est vraiment une vision globale. l'aménagement d'une ville, et je suis d'accord, son aménagement sociétal. Comment fait-on pour diminuer les inégalités ? Parce que le premier risque du réchauffement climatique, c'est justement l'accroissement des inégalités entre pays, entre générations, entre populations de la même ville. Et c'est cela qu'il faut vraiment éviter et regarder cela dans, pas simplement, disons ponctuellement, les îlots de chaleur, mais c'est l'ensemble. Avoir une vision globale de cette transition dont on parle aujourd'hui.

  • Speaker #1

    Il faut vraiment soutenir les quartiers parce que les quartiers parfois pour eux la question aujourd'hui c'est pas la fin du... Enfin cette expression un peu éculée mais c'est pas la fin du monde, c'est la fin du mois qui est importante.

  • Speaker #0

    Je crois que les deux, mon capitaine. Je ne pense pas qu'on a besoin d'opposer fin du monde et fin du mois pour ces populations-là, en considérant que dans les quartiers populaires, l'essentiel, c'est de manger, de lutter contre la précarité, le chômage, etc. Comme si des enjeux de liberté, de contemplation, comme si ça, ce n'était pas important. Mais on meurt de ne pas être libre. On meurt de ne pas pouvoir contempler la beauté du monde, de ne pas pouvoir contempler le soleil se coucher. C'est le cas dans les quartiers populaires. Souvent, ce sont les endroits les plus emmurés où on ne voit souvent le soleil qu'entre 11h et 15h. Donc en été, au moment où il est le soleil le plus agressif, on meurt de ça. Alors évidemment, ce n'est pas le chômage, ce n'est pas la précarité, etc. Mais ce n'est pas moins important. Ça fait partie des aspirations humaines. Dans les quartiers populaires, il faut le dire, je pense qu'on est beaucoup à s'inquiéter du fait que, par exemple, nos garçons, nos adolescents ne peuvent pas circuler librement à l'endroit où ils sont nés. Ça, c'est une vraie angoisse. Évidemment, il faut y vivre pour le savoir précisément. Il faut avoir des enfants non-blancs, des enfants musulmans, des garçons en particulier, des adolescents, pour comprendre ce que c'est de ne pas pouvoir faire deux pas tranquillement, sans être arrêté par un dispositif sécuritaire, la police armée, qui demande des papiers comme si on était à une douane, et comme si c'était normal de demander à des enfants qui sont nés là, des passeports, des papiers d'identité, encore une fois, comme si on était à un checkpoint. Ça, c'est une vraie inquiétude, c'est une vraie angoisse quand on demande aux gens pourquoi ils veulent quitter le quartier. Parce que beaucoup de gens, quand même, qui veulent quitter leur quartier malgré le rapport affectif qu'ils peuvent avoir, encore une fois, à l'endroit où ils ont grandi. Ça, c'est une des inquiétudes, une des angoisses. Nos enfants ne sont pas tranquilles ici. Ils ne sont pas libres, ils ne peuvent pas bouger. Ensuite, il y a la question de l'école, les questions de santé, les questions de... de petits émandasmes, par exemple. C'est un vrai problème, bien respirer à ces endroits-là. Mais non, je pense qu'il ne faut pas du tout opposer les deux. C'est ce que je disais tout à l'heure. Il n'y a pas des questions pratico-pratiques, locales et puis des aspirations globales et philosophiques et idéologiques quand on a le temps pour les gens qui ont le temps. Je pense qu'il faut avoir cette exigence, cette ambition, parler de liberté fondamentale, parler d'égalité humaine, y compris là et en particulier là, dans les classes populaires et dans les quartiers populaires. et il y a des choses à faire. Par exemple, pour améliorer la... libre circulation, alors moi dans ma ville à Bagnolet où je milite un petit peu on fait des chasses au trésor par exemple avec les gamins et très précisément par exemple on demande aux autorités publiques de bloquer l'accès aux routes pour les voitures et donc c'est la police qui s'en charge et donc c'est rigolo la police qui arrête les voitures pour laisser passer des gamins de quartier bon Ce n'est pas la fonction première d'habitude de la police dans les quartiers populaires. Là, c'est bien, c'est utile. Et puis voilà, du coup, ça leur permet de mieux circuler en sécurité. Ça permet aussi à leurs parents, à nous en fait, de bien comprendre l'enjeu des villes sans voiture. Et puis cet enjeu de lutter contre les pollutions atmosphériques, etc. Il y a quelque chose là de très joyeux. Et quand on propose ce type de projet, et aux enfants et à leurs parents, on parle de liberté de circulation. On parle de liberté fondamentale, on parle de joie dans la rue. Vous voyez, on n'est pas obligé de dégrader le propos et les exigences sous prétexte qu'il s'agit de classes populaires encore une fois. J'insiste là-dessus. Dans les classes populaires, on veut du beau aussi pour nos enfants et ça peut fonctionner.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, ces messages pour certains, parfois, ils sont difficiles. à entendre. Comment vous arrivez, vous, à les faire passer ? Parce qu'on s'aperçoit bien en discutant que finalement, c'est tellement transversal, il y a tellement de choses à faire. Ça va, vous ?

  • Speaker #0

    Vous avez toujours du courage ?

  • Speaker #2

    Ça va parce que ça n'enlève pas la frustration, évidemment, de ne pas faire tout ce qu'on aimerait faire pour des contingences qui peuvent être financières d'abord, administratives ou politiques. trouver les moyens de... de créer des alliances sur des intentions qui sont communes pour avancer. Mais moi, je suis, fondamentalement, je pense qu'en fait, à la racine de notre problème, il y a la prédation. Et donc, je regarde, quand je dis nos trois adversaires, c'est le consumérisme, donc comment on nourrit nos pulsions de désir de bien. Et puis, on y dit toujours plus de machins, de trucs. et puis Il faut avoir ci, avoir ça, et puis ceux du dessus vont passer à autre chose, et puis il faudra courir derrière, donc cette pulsion consumériste. Le deuxième adversaire, c'est l'ordre social, le maintien de l'ordre social. Et évidemment, quand on se dit qu'il faut passer en France de 10 tonnes à 2 tonnes, on se doute bien que ceux qui vont devoir modifier leur mode de vie Merci. Ce n'est pas les 50% les plus vulnérables de la population qui sont déjà à 5 tonnes et moins. On se dit que les 10% qui sont à 18 et plus, pour eux, ça va être plus compliqué. Mais racines d'éducation chrétienne, de temps en temps, j'ai envie de vous rappeler la parabole, il sera plus facile à un chameau de passer par le fil de l'aiguise qu'à un riche de rentrer au royaume des cieux. Je mets ça de côté, puisque évidemment, je fais de la politique, donc je suis laïque, et puis je ne suis pas croyant. Mais il n'empêche qu'on retrouve dans cette lutte... contre la prédation on retrouve la domination des hommes sur les femmes et on retrouve évidemment la domination spatiale sur la planète la prédation sur les ressources la prédation parfois sur les corps évidemment parler ce matin et on retrouve les questions de néocolonialisme interne à nos pays et donc les questions de racisme et donc c'est une même lutte La montée de l'extrême droite, c'est aussi le fait que face au néolibéralisme et à la peur du déclassement, il faut s'assurer pour ceux qui ont peur du déclassement, qu'au moins dans ce déclassement, ils continueront de dominer les femmes, les Noirs et les Arabes. Donc quand nous agissons dans ces luttes contre les discriminations, pour ma part, j'ai l'impression de faire partie de cette même lutte contre la prédation en général. Et c'est pour ça que des questions comme la condition animale sont aussi des vecteurs très puissants de transformation, parce qu'à travers la condition animale, on vient dire en fait, voilà, on est en train de tuer un animal, mais c'est un être vivant. Alors on a dit, ça m'amuse, moi qui adore l'histoire, de voir l'évolution de comment on a caractérisé les humains. Bon, plus ça va, plus on se dit qu'on n'a pas grand chose de différent du reste de la condition animale, quand même. en termes de sensoriels, même on disait tiens nous avons la mémoire, on voit des éléphants qui retournent sur les lieux de leurs ancêtres passés qui sont morts. En fait nous avons là un comportement de prédateur en général. Et venir travailler sur ce comportement de prédateur nécessite, c'est pour ça que... j'aime bien parler de métamorphose, nécessite un changement effectivement extrêmement puissant par rapport à ce qu'a été la société, on va dire, industrielle dans son ensemble, la société moderne depuis le milieu du 19ème. Donc ça fait partie d'une même lutte. À la place à laquelle je suis, une fois que j'ai fait ce constat, nous lançons des politiques pour s'attaquer, on s'attaque au consumérisme, on dit, tiens, on sort de la pub. On s'attaque à la condition animale en disant qu'on va faire tout végétarien sur le protocole de la ville. Et puis que maintenant, notre standard, c'est le repas végétarien à la cantine. Il faut demander. Ce n'est plus vous demander une alternative végétarienne, c'était ton combat à bagnole. La base, c'est le menu végétarien. Et vous pouvez demander d'avoir du poisson ou de la viande, mais ce n'est pas le menu standard. La base c'est le déplacement à vélo ou le déplacement à pied en premier lieu. Et vous pouvez évidemment continuer à vous déplacer en voiture, mais ce n'est pas le principe de base. La base sur l'autoroute qui arrive de Grenoble, nous avons eu la première voie de covoiturage. Je suis content parce qu'au bout de 2018, l'accord avec Elisabeth Born, sept ans plus tard, on commence à avoir les premières verbalisations. C'est une voie de covoiturage pour dire que dans une voiture, on ne se promène pas tout seul. Dans un char de 2 tonnes, on ne met pas 60 kilos de barbac humaine. On doit pouvoir faire mieux. On est à 1,04. Sur les 100 000 voitures qui rentrent à Clus de Vorep, 1,04 passagers par voiture. On peut essayer de réduire le nombre, de faire plein de trucs. Mais si déjà on est 2 ou 3 par voiture, on aura réglé une grande partie du problème. Et donc, il y a tout ce... Pour moi, c'est une même lutte. lutte et il faut trouver Évidemment la cohérence sur la transition énergétique, on a réduit de 40% les consommations d'énergie de la ville et de 70% les gaz à effet de serre, puisque nous avons aussi décarboné nos sources d'énergie. Nous avons maintenant plus de 50% de repas végétariens, 95% de bio et végétariens de bio dans les crèches. Nous faisons toutes ces politiques, planter des arbres, évidemment, et lutter contre les îlots de chaleur, multiplier les logements sociaux, on vient de passer des 25% cette année. Mais tout cela fait partie d'une même vision de lutte contre la prédation. Donc, sortie du consumérisme, lutte contre le maintien de l'ordre social et cette lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme qui sont des vecteurs utiles. Nous avons des alliés objectifs et même dans le domaine de la santé, typiquement, nous avons été la première collectivité en France à salarier des travailleurs pairs, c'est-à-dire d'aller chercher des habitants du quartier qui vivent des enjeux d'accès aux soins et de prévention, de les former. et c'est E qui maintenant avec une casquette de salarié de la ville font ce travail de prévention santé et d'accès aux soins plutôt que d'avoir effectivement de venir porter la parole depuis l'extérieur. Je pense que ces questions-là sont essentielles.

  • Speaker #1

    Jean Jouzel, puisqu'on parle de prédateurs, alors évidemment c'est un peu l'éléphant dans la pièce, mais pas l'éléphant sympa que vous avez évoqué tout à l'heure qui sait tout seul aller se mettre dans un coin quand ça va moins bien. Donc l'éléphant dans la pièce c'est Donald Trump. est-ce que Est-ce que ça vaut le coup de continuer à lutter ? Vous, les actions qu'il a commencé à mener, on voit déjà les conséquences ?

  • Speaker #3

    Oui, effectivement. Tout simplement, le premier mot de notre livre, c'est « prédateur » . Alors Donald Trump, nous sommes au creux de la vague. Nous sommes ici, je pense, toutes les personnes qui sont dans cette salle se sentent concernées par cette transition au sens large, à la fois… climatique, la biodiversité, tous les problèmes d'environnement, les problèmes sociétaux. Mais on fait face à des vents contraires. Alors sur le climat, il y a ce climato-scepticisme qui ne repose sur rien, simplement sur l'idée qu'il ne faut pas changer les choses. C'est clair, il n'y a aucune réflexion par rapport au phénomène lui-même. Par rapport, mais je suis encore, bon, alors voilà, disons en termes généraux, je suis évidemment très concerné par la politique de Donald Trump, mais je suis aussi extrêmement...

  • Speaker #2

    vraiment...

  • Speaker #3

    la vraie question c'est la négation de la science, pas simplement dans notre domaine. Je veux dire, elle est... elle vaut pour notre domaine, mais elle vaut surtout pour tous les domaines. Et ça c'est extrêmement difficile. Voilà, donc c'est quelque chose. Mais voilà, donc Donald Trump, oui, voilà, on commence à avoir des effets. Mais même chez nous, enfin chez nous je dirais... Il y a quand même un recul dans les ambitions de l'Europe, par exemple. Soyons clairs, ne soyons pas naïfs. Disons, le Green Deal est en train de reculer. Ce n'est pas qu'à cause de Donald Trump, mais on voit bien que cet esprit, l'ambition qui était là, est en train de s'effriter. Elle s'effrite aussi un petit peu dans notre pays, soyons clairs. Donc c'est ça aussi, il ne faut pas... Oui, c'est un peu la conséquence de ça. Il n'y a pas cet enthousiasme, ce regard vers la neutralité climatique. par exemple au niveau planétaire. Mais malgré tout ça, ce que j'aimerais donner, c'est quand même, alors je ne suis pas naïf, la situation est difficile, mais c'est un message d'espoir. C'est-à-dire qu'il y a encore beaucoup de choses à faire et c'est ça qu'il faut garder en tête. Il y a beaucoup de choses à faire en termes d'organisation de la société, en termes de recherche, d'innovation. Donc voilà, il n'y a peut-être pas beaucoup de jeunes ici, mais il y en a quand même. Prenez cette transition à bras-le-corps, c'est le message que je souhaiterais donner. Dans tous les domaines, il y a... tellement de choses à faire. Même si Trump est là, on est au creux de la vague, mais il faut continuer à témoigner, à redire les choses et essayer d'aller de l'avant. J'espère que ça sera bientôt un mauvais souvenir, je ne le cache pas.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup. Vous pouvez garder le micro parce que je crois que vous allez bientôt vous quitter. Avant, je voulais que vous disiez peut-être un petit mot sur cette exposition qui est... Justement, ouverte à tous, qui est dans le hall de météo et climat.

  • Speaker #3

    Donc il s'agit de la tournée du climat et de la biodiversité. Alors oui, nous avons commencé, nous, alors même, disons, des trois Toulousains, Serge est là, Serge Planton est là, ils voulaient faire quelque chose en province, disons au moment de la COP, disons en 2015, accord de Paris, tout se passait à Paris, et se sont dit on va faire quelque chose en province, et ils ont mis sur pied ce train. C'était au départ le train du climat, il y a eu une première tournée du train du climat, et puis on est reparti avec une vision plus large. On parlait de biodiversité aussi au début, mais plus orientée environnement au sens large, disons climat, biodiversité, mais aussi solution. Et l'idée, je crois qu'il y a une exposition, mais la force de cette démarche, c'est que les scientifiques sont là. avec, disons, voilà, vous allez, si vous... vous prenez le temps de discuter avec des scientifiques qui sont impliqués dans les travaux de recherche, ou qui l'ont été, donc voilà, ce sont les messagers, moi je les remercie, ils sont là, ils pourraient se lever les messagers, il y a quelques messagers là,

  • Speaker #2

    voilà.

  • Speaker #3

    Merci messagers, donc merci beaucoup. C'est ça l'idée, donc c'est vraiment de notre communauté scientifique, alors voilà, je dirais au sens large, intéressée, a envie d'aller vers le public et c'est une façon de le faire et j'espère qu'il y a. Merci de l'accueil que vous nous faites à Grenoble, Eric. Les gens, je pense, prendront un peu de temps pour apprendre un peu plus, échanger avec notre communauté sur tous ces aspects. Merci beaucoup.

  • Speaker #1

    Merci. Et puis on a besoin des scientifiques, c'est grâce à des personnes comme Jean Jouzel qu'on peut aujourd'hui être alerté, être en alerte sur ce qui va se passer et essayer de lutter au mieux contre ça.

  • Speaker #2

    Oui, ça rejoint un autre de nos combats, peut-être politiques, c'est que dans ce que nous avons essayé de faire à Grenoble, dans ce que nous essayons de porter à Grenoble, Il y a le fait que le rôle de l'écologie politique, pour moi, est de se décaler de ces messages d'alerte. Historiquement, l'écologie vient de mouvements autogestionnaires, féministes et qui s'appuient sur la science. Donc ça a été des lanceurs d'alerte et des contre-pouvoirs. Maintenant, notre lecture, ma lecture politique, c'est de se dire que l'alerte, elle est portée. par les six rapports du GIEC, elle est portée par des activistes qui viennent dire « E-COP, le projet de Total, c'est du grand n'importe quoi, que la compensation carbone d'entreprises comme Total, c'est de chasser des paysans dans certains pays d'Afrique qui vivaient sur leur terre, mais sans cadastre, et qui sont chassés pour planter des arbres, pour compter ces arbres dans la compensation carbone de Total. » Tout ça, c'était avant Trump. Moi, j'ai toujours une petite difficulté qui est de dire « Ah ben, maintenant, on est dans la merde parce qu'il y a Trump. » Ou « On est dans la merde parce qu'il y a une autre raison. » En fait, on était déjà dans cette situation-là avant. Et il ne faudrait pas que ces événements, qui sont évidemment importants à l'échelle planétaire, qui sont dangereux, qui peuvent nous conduire à la guerre, on le sait tous, ... mais nous servent de paravent pour nous dire, bon ben voilà, finalement on aurait bien aimé, mais là on ne peut plus parce qu'il y a Trump. Nous pouvons toujours, et nous pouvions avant, et pourtant nous ne l'avons pas fait. Et donc ça nous appelle à cette culture de changement suffisamment radicaux, parce que, de fait, on ne peut pas passer de... La société ultra-consumériste et ultra-prédatrice dans laquelle nous sommes a une société de coopération, de bien-être, de sécurité et d'émancipation. En adaptant le premier système, ce premier système ne peut pas s'adapter. Ses fondamentaux sont inscrits dans la prédation sur le vivant, la prédation géographique et la prédation sur les femmes. Donc ça ne colle pas. donc il faut trouver les ressorts qui nous permettent de passer de l'un à l'autre. En se disant que ça n'est pas immuable, puisque nous n'avons pas toujours été dans cette situation-là. L'ère de l'automobile, c'est quelques décennies. L'ère de l'avion, c'est stupéfiant. L'avion, les premiers charters, je pense que c'est le 97. Il y avait à l'époque, à la fin des années 90, un milliard et demi de passagers. Là, on a passé les cinq milliards de passagers. Donc nous sommes en train aujourd'hui, et ce n'est pas à cause de Trump, d'exploser notre bilan carbone dans l'avion et avec des gens qui nous disent oui mais on va faire des progrès sur les moteurs donc c'est pas grave les voitures en france 20 millions de voitures en 1980 on a passé les 40 millions ça c'est pas trump on a doublé le nombre de voitures en 40 ans elles ont pris 350 kg de plus nous on n'a pas grossi de 350 kg ni même en proportion on n'a pas grossi de 30% comme l'ont fait les voitures donc tout cela c'est dans nos mains et donc il faut trouver les fils pour avancer là-dessus. Et donc ces fils, c'est pour nous les questions de logement, les questions de déplacement et d'espace public, les questions d'alimentation, les questions de santé, les questions d'éducation, sport et culture, tous ces vecteurs d'émancipation, et évidemment les questions énergétiques pour avoir de la cohérence dans tout ça. Mais donc ça nous fait une politique publique locale très claire, mais qui va chercher aussi, nous travaillons sur le Donuts, Le donut, c'est se dire qu'il y a un plancher, c'est un donut, vous voyez ce que c'est, c'est un gâteau avec un trou au milieu, donc il y a deux frontières. Donc c'est de se dire que c'est une scientifique, une économiste anglaise qui est très worth qui a lancé ça, avec un mouvement maintenant très large. Il y a un plancher social et il y a un plafond environnemental. Nous disons qu'il y a un plancher social, effectivement, mais que le plafond environnemental marche avec un plafond social aussi. C'est qu'aujourd'hui, vous avez vu le rapport qui est sorti il y a quelques jours, les 10% les plus riches de la planète sont responsables à eux seuls de 90% de l'accroissement. C'était des chiffres absolument délirants. Donc on dit qu'il y a un plancher social. Et donc quand on dit qu'il y a un plafond social, je veux dire aussi. Et donc ce plafond social, ça nécessite de se dire, c'est le débat que j'ai pu avoir avec le patron du MEDEF, l'ancien patron du MEDEF, Roud-Bézieux, quand il disait, bah oui, effectivement, on veut réorienter, réduire les écarts de patrimoine, notamment, qui sont les plus flagrants. Ces écarts de patrimoine, on veut les réorienter, non seulement parce que nous lutterons contre les inégalités sociales, mais aussi parce que ce patrimoine génère, continue de générer, un système de prédation et d'émission de gaz à effet de serre. Donc voilà, notre message c'est de dire ne nous cachons pas derrière et effectivement à l'échelle de la ville, nous pouvons agir parce que nous nous voyons, nous regardons dans les yeux, donc cette fraternité ou cette sororité, nous pouvons la construire facilement là. Nous pouvons avoir cet élan de curiosité et nous pouvons à travers des petits fils montrer de la cohérence dans l'action. Évidemment, ça ne résout pas tout, mais ça fait ce que Damasio appelle des petits points de rouille dans le système, ou des petits points d'oasis, si on veut le dire plus posément, mais qui sont des points de base pour montrer qu'on peut faire autrement, et se dire que du coup, on peut aussi passer à l'échelle du dessus.

  • Speaker #1

    Fatima Ouassak, vous vouliez réagir sur cet échange ? Oui,

  • Speaker #0

    à propos de la prédation. Moi, je partage cette idée que l'écologie, c'est un projet politique qui demande une volonté politique, qui demande une vision politique, de dessiner des horizons. Et il y a plein de verbes comme ça qu'on a mobilisés, des verbes d'action, de mise en mouvement, de dynamique, etc. Moi, je partage cette définition de l'écologie. L'écologie, elle ne tombe pas du ciel. Elle s'ancre en fait dans un projet politique. Alors, on a parlé d'un éléphant dans la pièce, Trump. Et on l'a évoqué, on a dit à quel point, effectivement, il pouvait produire chez nous des effets de sidération et d'impuissance politique. Mais il y a un deuxième éléphant dans la pièce, il faut le dire. C'est le génocide actuellement à Gaza. Et ça, on ne peut pas le contourner. Parce que moi, je veux bien qu'on parle de santé mentale et de dire à quel point on va mal en ce moment. Parce qu'effectivement, je suis sûre qu'on est nombreux, nombreuses ici à être, à aller mal. Aller mal dans notre capacité à agir, à réagir. Parce que c'est vrai qu'on nous dit, mais il faut bouger, il faut lutter contre le réchauffement climatique, il faut lutter contre le racisme, contre le patriarcat. Allez, bougez-vous, bougez-vous, soyez citoyens, soyez société civile. Mais il y a un génocide là, en direct. Et pas n'importe quel génocide. C'est des dizaines de milliers d'enfants qui sont massacrés, qui ne sont pas considérés comme des enfants. C'est-à-dire qu'en plus, il faut supporter le fait que ces enfants soient considérés comme des dommages collatéraux, comme le résultat du droit de se défendre. Et en plus, il y a une complexité de l'État français. On ne peut pas simplement dire non, mais ça se passe loin d'ici. Bon, c'est malheureux. Et des génocides, il y en a déjà eu. Et c'est bien malheureux, mais c'est comme ça. Il faut que nous, on continue à avancer. Non, non, nous sommes engagés, nous, ici. La France est partie prenante de ce qui se passe aujourd'hui à Gaza, de ce qui se passe aujourd'hui en Palestine. On ne peut pas éluder, on ne peut pas renvoyer ça d'un revers de main en disant non mais on ne peut pas faire grand chose là-bas, c'est malheureux, mais on ne peut pas faire grand chose continuant à avancer.

  • Speaker #1

    C'est ça être partie prenante, c'est ne pas agir, c'est être partie prenante.

  • Speaker #0

    Mais déjà c'est de dire, de dire ce qui se passe, on devrait en parler matin, midi et soir. Là, je regardais ce matin sur les pages du Monde, mais il n'y a quasiment rien. Alors que par ailleurs, sur les réseaux sociaux, on voit des corps décharnés, on voit un génocide par famine. Je me souviens qu'en novembre 2023, le président colombien, comme le président brésilien, Lula, parlait déjà de génocide à l'époque et disait déjà qu'en Colombie, au Brésil, comme en Palestine, nous étions tous concernés de la même manière parce qu'ils s'expérimentaient à Gaza ce qui pouvait nous arriver. En termes technologiques. de nouvelles manières d'exterminer, de nouvelles manières de tuer, de nouvelles manières d'écraser. Et ça ne peut pas nous laisser indifférents. Nous sommes visés aussi, en fait. Donc, il y a des dizaines de milliers d'enfants, encore une fois, qui ont été massacrés. Et ça continue. Et ce qui se passe là-bas nous concerne. Il faut qu'on se dise que les enfants palestiniens, ce sont nos enfants, en fait. Et ça, ça existe dans les quartiers populaires. Tout à l'heure, vous me demandiez, mais… Fin du monde, fin du mois. Je vous disais, mais la fin du monde, on y pense aussi. Et quand on pense fin du monde, on pense à Gaza. Et dans les quartiers populaires, on y pense comme... Et je suis sûre ici aussi. Mais simplement, on ne nous laisse même pas la possibilité de le dire, ça. De dire, mais on va mal, il y a un génocide. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Comment on peut s'organiser ? Comment on peut s'organiser pour que ça cesse enfin ? Et que ces gens-là soient respectés dans leur égalité humaine. Donc voilà, pour moi, ça, c'est un gros, gros éléphant dans la pièce. Et il faut l'aborder. Et alors, je finis par ça. On a tous et toutes des choses à faire, et en particulier les responsables politiques. Encore une fois, il y a une complicité. À partir du moment où rien n'est fait pour faire cesser cette ignominie, il y a complicité de toute façon. Là, il se trouve que pour ce qui concerne la France, l'État français, il y a une complicité qui est active, notamment en termes sécuritaires et militaires. Qu'est-ce qu'on est capable de faire ? Mais ne serait-ce que parfois un drapeau palestinien ? sur le fronton d'une mairie. Mais vraiment, ça peut paraître très symbolique. Mais peut-être que déjà, on irait un petit peu mieux mentalement de voir qu'on se soucie de ces gens-là et qu'on ne les traite pas comme des dommages collatéraux. Mais après, moi, je n'ai pas la solution pour que ça cesse, mais qu'au moins, on puisse en discuter, qu'on le mette au centre de nos préoccupations publiques, puisque ce sont déjà nos préoccupations dans l'espace intime et l'espace privé. Merci.

  • Speaker #1

    Si je peux me permettre,

  • Speaker #0

    sur le site du Monde,

  • Speaker #1

    j'ai vu hier une petite vidéo qui montrait un Rafa, un avant-après, où avant c'était vert, il y avait des jardins, il y avait des immeubles. Et aujourd'hui, c'est tout rasé, il n'y a plus que de la terre et ils ne repoussent rien pour voir l'horizon et la mer. Il y a quand même des journaux qui font leur travail.

  • Speaker #0

    Je suis obligée de dire que là, du coup, je vais être vraiment très directe. Non, il y aurait eu beaucoup plus de place dans les pages du Monde, puisqu'on parle du Monde, s'il ne s'agissait pas d'Arabes, s'il ne s'agissait pas de musulmans, s'il ne s'agissait pas de Palestiniens. Il faut dire la vérité. Pour quel autre peuple on peut accepter des dizaines de milliers d'enfants massacrés, ça fait un an et demi maintenant, et qui est toujours... cette complicité et qu'on n'en parle pas matin, midi et soir. Et ça, ça a été documenté, le fait que sur les journaux télévisés notamment, ça avait très peu de place. Quand je parlais des pages du Monde ce matin, enfin sur le site du Monde effectivement, on parle beaucoup de Russie-Ukraine, à juste titre, évidemment qu'il faut soutenir le peuple ukrainien, évidemment qu'il y a aussi là des enjeux d'impérialisme, de rapports colonials également qu'il faut dénoncer. Mais voilà, il y a si peu de place. Pour Gaza, pour les enfants de Gaza, pour le peuple palestinien qui subit donc un génocide, et ça, ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les organisations internationales, c'est l'ONU, c'est Amnesty International qui a enquêté, c'est la CPI, etc. Je veux dire, s'il y a si peu de place, il faut dire les choses. C'est parce qu'il s'agit d'un peuple non blanc, arabe et musulman. Il faut lutter contre ça, il faut refuser ça en fait. Il faut en appeler à l'égale dignité humaine, sinon on ne s'en sortira pas. Ni là-bas et ni ici. Ici, on n'arrivera pas à avancer, ça j'en suis persuadée. Ça n'ira pas.

  • Speaker #1

    Merci pour cette prise de parole qui remue un petit peu, parce que c'est vrai ce que vous dites. on va peut-être prendre un petit temps pour voir s'il y a des questions dans la salle je ne suis pas sûre qu'il y ait un troisième micro si si si mais formidable donc nos deux intervenants sont encore là pendant quelques minutes et si des personnes souhaitent les interpeller poser une question alors une question plutôt rapide pas 12 questions pas un monologue mais voilà il sera un plaisir de vous répondre ah oui alors

  • Speaker #2

    visiblement il y a quelqu'un par là-bas en tous les cas merci de vos précisions de votre franc-parler qui fait plaisir d'entendre dans ce monde où il y a quand même beaucoup de choses qui sont sous-jacentes et qu'on ose dire en particulier les médias mainstream qui atteignent une certaine partie de la population et qui font illusion et quand on parle de Gaza on peut parler de tout le Moyen-Orient parce qu'on est confronté à ça dans tout le Moyen-Orient en Afghanistan j'ose même pas en parler ... En Afrique équatoriale, je n'ose même pas en parler. En Colombie, je n'ose pas en parler. C'est-à-dire qu'à travers le monde, on a beaucoup d'endroits où il y a des populations qui sont soumises à des exactions sans nom et pour lesquelles nous n'avons pas forcément la connaissance de ce qui s'y passe, si ce n'est par Amnistie internationale, par Reporters sans frontières ou par certaines personnes qui sont sur place. Mais si vous voulez, ce qu'il y a, c'est qu'on est vraiment ancré sur soi-même. Le numérique a fait qu'on est dans le nombrilisme poussé à l'extrême, que l'essentiel c'est de regarder son petit réseau social chaque matin pour savoir ce qui s'est passé, et ne pas voir ce qui se passe ailleurs, et c'est notre grand manque à l'heure actuelle dans notre conception du monde. Merci à tous de votre présentation.

  • Speaker #1

    Merci, est-ce qu'il y a une question un petit peu plus haut ? Au-dessus,

  • Speaker #3

    dans les catastrophes dont on parle. parlent pas, dont on n'a pas parlé, où la France est impliquée aussi. Il y a par exemple le Yémen, 500 000 morts. Et pourquoi les morts du Yémen, ils nous touchent moins que ceux de Gaza ? Je ne sais pas, mais c'est horrible, c'est horrible. Alors,

  • Speaker #4

    depuis que j'avais une question, Madame Ouassak, vous aviez un petit papier avec des pistes d'action. Est-ce que vous pourriez nous les dire pour qu'on parte avec des choses positives et stimulantes, s'il vous plaît ?

  • Speaker #0

    Oui, c'est vrai. J'avais noté les petites bricoles. Oui, ça va être des bricoles, mais je vais essayer de faire en sorte qu'elles soient effectivement positives. Alors, il y a cette chasse au trésor dont je parlais tout à l'heure, qui peut paraître très anecdotique. mais alors pour vous le dire très très vite c'est une réflexion qui est partie d'un échec on a voulu organiser une action de lutte contre les pollutions atmosphériques, dans une ville bagnole où il y a un échangeur autoroutier, à l'air libre, et ça n'a pas marché. Ça s'appelait « Pendant que Paris respire, bagnole s'étouffe » . C'est très militant. Et ça n'a pas marché, c'était juste après les Gilets jaunes, notamment parce que les personnes qui vivaient dans les quartiers populaires voyaient là un projet de Bobo, complètement déconnectés, les gens avaient besoin de leur voiture, il y avait ce discours-là qui nous était opposé à nous, donc écologistes, il s'agissait d'un projet écologiste. Et donc on a réfléchi et on s'est dit, on va la faire autrement, on ne va pas arriver avec nos gros sabots idéologiques, avec un anti-voiture primaire, même si je continue à être anti-voiture primaire, mais on a essayé d'inscrire ça dans un projet plus ludique, et puis d'éducation populaire, et alors en cours, On est passé par le manga One Piece, que je ne sais pas si vous savez, mais c'est un amour illimité, notamment chez les jeunes et pas que des quartiers populaires. Et donc on a proposé aux enfants de se mettre derrière des équipages d'empereurs pour retrouver un trésor, le One Piece, et de se balader dans la ville, trouver des indices dans toutes les institutions culturelles. Donc ça permettait aussi déjà de circuler d'un quartier à l'autre. Vous savez que dans les villes populaires, les enfants des quartiers populaires circulent. très peu, y compris dans le quartier populaire d'à côté. Et donc voilà, ça permettait vraiment de circuler partout, dans les espaces culturels, qui sont, vous le savez aussi, très peu fréquentés par ces gamins-là. Donc le cinéma... la médiathèque, le théâtre de l'échangeur, la librairie, etc. Donc ils devaient trouver des indices. Et alors, c'est ce que je disais tout à l'heure, on a pu libérer les routes. C'était une journée sans voiture. Mais ça a permis derrière de discuter avec les parents, de réfléchir à la possibilité d'avoir une ville sans voiture dans la mesure du possible. Et c'est quelque chose, pour vous dire, qui a bien fonctionné et qui sera dans le débat très important que sont les élections municipales. C'est vraiment quelque chose qui était complètement absent lors des dernières élections. Ce n'était pas dans le débat, la question de la voiture en ville. Et là, tout à coup, grâce à ce travail d'éducation populaire, toutes ces actions, etc., à hauteur d'enfants. Oui, parce que ce que je n'ai pas dit, c'est que pour faire la chasse au trésor, on a fait tout un travail où on se mettait à hauteur d'enfants. C'est pour ça que tout à l'heure, je vous disais, à Bagnolet, par exemple, certains enfants ne voient le soleil qu'entre 11h et 15h. Ça, on s'en est rendu compte parce qu'on a vu la ville. lu la ville à travers un gosse d'un mètre dix, d'un mètre vingt, etc. Et donc, on s'est rendu compte des contraintes, notamment, que leur imposaient les murs. Et donc, voilà, ça a permis vraiment d'inscrire, de faire de la politique noble. On prend un débat qu'on alimente avec quelque chose de très, encore une fois, culturel, artistique, ludique, etc. Et ensuite, on va créer un rapport de force, notamment à l'occasion des élections municipales. Élections municipales, je pense que vous êtes certainement convaincus, qui sont absolument centrales, importantes. Tous les citoyens et citoyennes que nous sommes devons être engagés au maximum, même si on ne se présente pas nous-mêmes. Sur les élections municipales, il y a tellement à faire, il y a tellement d'enjeux de compétences. de... Voilà. Donc, voilà. Ça, c'est un des exemples dont je voulais parler, que j'ai un petit peu évoqué tout à l'heure, mais que je complète là. J'avais noté aussi des choses en termes culturels. On peut en reprendre un petit.

  • Speaker #1

    Après, peut-être qu'on pourra parler de Cagensuy avec Eric.

  • Speaker #0

    Bagnolet, c'est une ville que j'aime beaucoup. C'est le rapport affectif que je peux avoir, j'imagine, comme vous aussi si vous êtes ici de Grenoble. Peut-être que c'est très subjectif ce que je vais vous dire. Mais Bagnolet, c'est bien parce que c'est une ville de gauche. Et ça se voit quand vous êtes à Bagnolet. en fait. Alors c'est pas... grâce à la municipalité actuelle, c'est une municipalité assez classique, le PS classique. Donc bon, il n'y a rien de révolutionnaire là-dedans. Mais c'est une ville qui a été communiste très très longtemps. Et alors c'est génial, on parlait des enjeux de santé publique tout à l'heure. Par exemple à Bagnolet, vous avez un centre de santé public, géré par la ville, un centre municipal. Et ça c'est l'un des vestiges, l'héritage de ce communisme local. Il y a aussi à bagnole un conservatoire, mes enfants par exemple font de la musique et en fait, pour vous dire très concrètement, je paye 15 euros par trimestre pour que mes enfants puissent faire du solfège, de la guitare, de la danse classique, etc. Bon ben ça c'est grâce aux communistes qui ont dit, voilà, non, on a des envolées lyriques dont je parlais tout à l'heure, révolutionnaires, bon ben ils ont mis en application et ça donne des choses encore aujourd'hui très très belles d'ailleurs que beaucoup souhaitent complètement démanteler. Je parlais de la dimension culturelle qui paraît très symbolique, mais on s'est battu il y a quelques années pour que la médiathèque de Bagnolet se nomme France Fanon. Et ce n'était pas l'époque où Fanon, c'était la hype. Ça passait sur France Culture et tout. Il y a un film qui est sorti. Oui, il y a un film. Et puis surtout, maintenant, c'est quand même quelqu'un de reconnu de plus en plus. À l'époque, ce n'était pas le cas. C'était il y a une douzaine d'années maintenant. Fanon, c'était un noir, FLN, Macky Zarr, etc. Ce n'était pas du tout une bonne nouvelle pour les gens qui géraient les villes. Mais alors, on a eu de la chance. C'est qu'en conseil municipal, Franz Fanon, il ne connaissait pas bien. Et puis, ils ont cru que c'était un Autrichien. Je vous jure que c'est vrai. Et donc, ils se sont dit, bon, pourquoi pas François, non ? Et puis ensuite, ils sont rentrés, donc c'est là qu'ils ont découvert Martinique, révolutionnaire, anticolonialiste, etc. Et alors, du coup, à Bagnolet, on a, alors c'est super, on a un quartier qui s'appelle Stalingrad. Moi, je dis que ça fait partie de notre héritage, donc je suis très, très fière. On a des rues Marx, des rues Lénine. On a, voilà, deux de ces villes qui disent, en fait, la ville de gauche qui est Bagnolet. Mais alors, la médiathèque François, non, elle n'est pas François, non. visuellement, c'est pas sur le fronton en fait. Et je crois que c'est la seule médiathèque de France qui a un nom, France Fanon, parce qu'on a gagné à l'époque, je l'ai pas dit, mais ça n'apparaît pas. Et là il y a un enjeu en fait. Par exemple, c'est que ces enfants-là, quand ils se baladent dans la ville, à Grenoble, à Bagnolet ou ailleurs, il faut qu'ils puissent retrouver cet héritage-là aussi. C'est bien l'héritage de gauche, et c'est bien l'héritage par exemple lié à la résistance, mais il faut aussi un héritage qui soit lié aux luttes révolutionnaires anticoloniales, aux luttes de l'immigration, etc. Donc typiquement, voilà, et c'est pas grand-chose, il faut aller mettre un gros coup de pression dans les conseils municipaux, à Grenoble ou ailleurs, pour dire voilà, c'est notre ville aussi. Je sais même pas si à Grenoble, il n'y a pas d'ailleurs des avenues Abdelmalek Sayad, il y a tellement de choses à faire en fait sur une ville culturellement. Alors ça paraît très anecdotique, accessoire, le symbolique et le culturel, mais c'est important pour que, voilà, ce que je disais tout à l'heure, nos enfants, tous nos enfants puissent se sentir d'ici. appartenir à cette terre.

  • Speaker #1

    Eric Piolle, le prochain 14 juillet, est-ce qu'il a encore lieu à la Ville-Neuve ?

  • Speaker #5

    Oui, il a encore lieu à la Ville-Neuve, et effectivement, on rejoint cette dimension symbolique qui se retrouve effectivement dans l'espace public. Et à Grenoble, on a choisi de nommer tous nos lieux que de lieux de femmes et aussi de militantes, comme d'ailleurs de Marielle Franco qui a aussi un arrêt de tram ici. Parce que ça raconte effectivement la ville et tout le travail qu'on a fait autour des 80 ans était autour des invisibles. Les 80 ans de la libération. Les 80 ans de la libération, donc autour des tirailleurs sénégalais, mais aussi des réflexions qu'on a aujourd'hui autour du zoo humain qu'il y avait il y a 100 ans tout juste, dans l'exposition qu'a marqué Grenoble sur la houe blanche et le tourisme. Il y avait un zoo humain et donc venir percuter notre quotidien aujourd'hui avec cette histoire-là, qui est à la fois l'histoire de notre musée, dont le deuxième conservateur était un esclave affranchi, mais aussi de ce zoo humain et aussi aujourd'hui cette volonté de marquer l'espace public, tout en faisant aussi des politiques conservatoires à Grenoble, je le dis, c'est l'occasion, il y a des gens, mais il a augmenté sa fréquentation de plusieurs centaines de personnes, notamment parce que nous avons des bourses de gratuité et des tarifications au quotient familial qui permettent d'en faire un objet qui soit accessible à toutes et tous. Donc cette valeur symbolique est très forte, et peut-être c'est l'occasion de dire aussi, parce que les symboles sont très forts, sur ce que ça révèle de la terreur qu'il y a aujourd'hui en Palestine, c'est que non seulement il y a évidemment Gaza, mais il y a la Cisjordanie, je le disais dans mon propos introductif. Et je rappelle que nos deux adjoints devaient être la semaine dernière à Ramallah. Annabelle Breton et Emmanuel Carros devaient être à Ramallah pour un rassemblement franco-palestinien où j'étais moi-même il y a deux ans. Et que leur autorisation d'entrée leur a été retirée le dimanche juste avant leur entrée. Donc aujourd'hui en pratique côté Cisjordanie c'est aussi une prison à ciel ouvert où nous ne pouvons plus... aller voir nos villes jumelles de Bethléem, notre camp d'Aïda à Bethléem, camp de réfugiés palestiniens à Bethléem, et dans des situations qui sont pour eux extrêmement dures. Non seulement en Bethléem il n'y a plus de touristes, donc une économie qui tournait autour de cela, mais des checkpoints de circulation partout et une oppression. Vous avez pu voir les images de Djenin notamment, ou même les consuls de France. ne peut plus aller au nord de Naplouse aujourd'hui. Donc la situation est effectivement dramatique et nous devons l'apporter politiquement parce que ça dit aussi effectivement quelque chose de nous. Peut-être un petit point d'espoir, c'est que se passaient hier et avant-hier deux jours de rencontres israélo-palestiniennes pour la paix, un sommet pour la paix à Jérusalem, et qu'à cette occasion il y a eu quand même deux paroles fortes, une du président de la République, c'est pas souvent que je dis du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #1

    Alors, il est 16h54, Eric Piaf a dit du bien d'Emmanuel Macron.

  • Speaker #5

    Oui, parce que c'était le seul chef d'État qui est intervenu à distance, mais intervenu dans ce forum pour la paix, qui rassemblait des paroles très fortes d'Israéliens et de Palestiniens, et notamment de gens qui ont perdu leurs enfants des deux côtés. Et un changement, parce que je crois que nous avons besoin de paroles fortes aussi, mais qui moi m'a frappé, le message de Delphine Anviller. qui est un revirement par rapport à ce qu'elle a peut-être déjeuné depuis le 7 octobre. Une rabbin intellectuelle française qui, là, commence à porter un discours très fort qui est passé à avant-hier. Donc, il y a cet ailleurs et cet aujourd'hui. On parle du Yémen, mais on pourrait parler du Soudan aussi. On pourrait parler du Congo et du Nord-Kivu et de tout ce qui s'y passe. Mais je crois que ça raconte quelque chose de nous. Et c'est peut-être, je ne sais pas comment on termine, mais se dire que malgré cela, il y a de l'espoir. Quand j'ai été élu en 2014, j'ai choisi un tableau pour mon bureau qui est très joli, que tu as eu l'occasion de voir. Des gens qui dansent, très colorés, d'une artiste femme de l'après-guerre, mais dont le titre est 14 juillet 1939. On danse, mais c'est bientôt la fin. Mais en réalité, on peut aller chercher nos sources dans ces 80 ans de la libération, dans les phrases de Gabriel Péry dans l'Armée des Ombres, qui dit au cœur du plus pire quand ils se font tous zigouiller, et quand ils se demandent si c'est vraiment pertinent de mettre tant d'énergie pour sortir un petit 4 pages de journal qui vont les distribuer en ayant exposé à la torture les imprimeurs, les journalistes, les distributeurs. Ils disent « Nous préparons des lendemains qui chantent » . Nous pouvons dire aujourd'hui que nous préparons des lendemains qui chantent et nous pouvons préparer des lendemains qui chantent. Malgré tout cela, ça demande de la détermination, de l'humanité, du courage, mais aussi de la joie et de l'envie de beau.

  • Speaker #1

    Merci. Pour conclure, Fatima Ouassak, vous êtes une battante. Vous aussi, vous avez envie de lendemains qui chantent.

  • Speaker #0

    Edipos. Bien sûr, moi, c'est ce qui me permet de tenir, d'ailleurs. J'ai la chance de pouvoir militer, de militer avec des camarades dans des organisations politiques. Oui, c'est justement ce que j'essaie de dire. Maintenant, il faut dire les choses. Effectivement, il ne faut pas mettre les questions qui fâchent sous le tapis. Il ne faut pas se laisser intimider, à euphémiser, à édulcorer, etc. Il faut dire les choses. Mais oui, il faut. Il faut avancer, il faut s'organiser, trouver des solutions, ne pas rester isolé. J'allais ajouter, vous le permettez, Inch'Allah, même si, bon, il y a une chose.

  • Speaker #1

    Merci beaucoup, merci beaucoup à tous les deux. On pense aussi à Jean-Joselle.

Share

Embed

You may also like