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Biennale des Villes en Transition 2025 - #9 Le vivant cover
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Ville de Grenoble

Biennale des Villes en Transition 2025 - #9 Le vivant

Biennale des Villes en Transition 2025 - #9 Le vivant

13min |10/07/2025
Play
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Biennale des Villes en Transition 2025 - #9 Le vivant

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13min |10/07/2025
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Description

Le vivant est partout et jusque dans nos façons d’habiter le monde. Mais face aux bouleversements climatiques, à l’urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, mais surtout à reconnaître que le vivant n’est pas seulement ce que l’on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez l'épisode « Le vivant » . Le vivant est partout, et jusque dans nos façons d'habiter le monde. Mais face au bouleversement climatique, à l'urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, et surtout... à reconnaître que le vivant n'est pas seulement ce que l'on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie. Pour commencer, partons en balade, dans un jardin dialectal entre science, savoir populaire et langue régionale. Un lieu vivant où chaque plante raconte une histoire.

  • Speaker #1

    Ça, c'est une carte avec des points d'enquête. Une carte qui a été réalisée par une application informatique qui s'appelle Chani Dialect, mais où tous les points-là d'enquête ont été géolocalisés par rapport à un atlas linguistique papier qui s'appelle l'Atlas linguistique de la France et qui, en fait, a été réalisé à la fin du XIXe siècle et qui a été publié au tout début du XXe siècle par deux personnes, donc par Jules Gillierron et Edmond Edmond. Et en fait, Edmond Edmond, c'était l'enquêteur. Il a fait, à l'époque, de 1897 à 1901, huit missions d'enquête. Il est allé faire des enquêtes avec un questionnaire de mots et il demandait aux locuteurs de l'époque comment vous nommez cet objet, cette plante. Donc, c'était un atlas linguistique qui portait particulièrement sur le monde quotidien des êtres humains. Donc, il y avait les outils. Les animaux d'élevage, la basse-cour et les plantes. Alors, il y a le pissenlit. Alors, dandelion, c'est aussi le nom anglais du taraxacum officinal, donc du pissenlit. En fait, ça vient de la forme dentelée des feuilles, les dents, en fait. C'est qu'elles ont des crans, voilà, comme ça. les dents de la feuille de pissenlit a donné le nom dents de chien, dents de jura, c'est dos de chier, et dents de lion. Pissenquizzo, c'est synonyme de pissoli, puisque ça veut dire pissenlit. Pourquoi pissenlit ? Parce qu'en fait, une des propriétés médicinales du pissenlit, c'est de faire uriner au lit. Donc c'est la vertu diurétique. Mais comme le pissenlit, il est aussi laxatif, donc il fait aller Merci. aux toilettes pour faire des selles, il s'appelle chioli, cagorillé. C'est une autre propriété médicinale. Et puis, alors, moi, ce qui m'intéresse, c'est de trouver les noms d'origine des plantes, les noms populaires, mais surtout de savoir pourquoi on les avèle comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ce qui m'intéresse. la compagnie Apne nous plonge dans une performance immersive où les sons des écosystèmes nous parlent de ce qu'ils traversent à l'ère de l'anthropocène. Et si les espèces d'animals pouvaient nous inspirer ? Moineaux, chimpanzés, castors sont au cœur de la série. Comment le vivant peut nous sauver ? enregistré en direct par le podcast Chaleur humaine du monde. Six récits, six manières de voir autrement notre rapport à la nature et peut-être à nous-mêmes.

  • Speaker #2

    Moi, quand j'étais enfant, je chantais comme une casserole. Mais par contre, j'étais persuadé que je savais écrire des comédies musicales. Et en fait, j'avais écrit une comédie musicale sur les dinosaures qui s'appelait La Complainte du Stégosaure. Alors, je vous rassure, je ne vais pas vous la chanter maintenant. Mais en fait, dans ma tête, c'était une sorte de mélange entre Dirty Dancing, Wayne's World... Le Seigneur des Anneaux, un truc un peu comme ça. Et l'histoire, c'était un dinosaure qui sait qu'il va disparaître et qui sait que tous les dinosaures vont disparaître. Et évidemment, sa complainte, c'est qu'en fait, il n'a jamais eu l'occasion de goûter un pain au chocolat parce que pour moi, de là où j'étais, c'était le truc le plus horrible qui était arrivé aux dinosaures, c'était de jamais avoir goûté le délice du chocolat. Mais pourquoi j'ai autant adoré les dinosaures alors qu'ils ont disparu depuis longtemps ? Je peux citer des noms de dizaines d'espèces qui vivaient il y a des centaines de millions d'années. et j'ignore le nombre de plein d'espèces qui vivent maintenant et qui sont menacées de disparaître. C'est quand même un truc bizarre. La raison de l'effondrement de la biodiversité, si vous êtes ici, il est probable que vous la connaissez. Cette raison, c'est nous, les humains. Les terres qu'on utilise pour s'étendre encore plus, les pollutions qu'on déverse, le pétrole de nos voitures, le gaz de nos chaudières, les engrais chimiques qu'on met dans nos chambres. C'est tout ça conjugué qui est en train de conduire à la disparition rapide et jamais arrivée dans l'histoire à cette intensité de pans entiers du vivant. Dit autrement, on est en train de causer une extinction plus rapide que celle des dinosaures pour tous nos compagnons de cette planète, et les conséquences sur nos vies, elles ne sont déjà pas terribles et elles vont devenir désastreuses. Ce qu'on va raconter dans ces épisodes, on va enregistrer maintenant ici tous ensemble, ce n'est pas simplement qu'il faut protéger le vivant parce qu'il est mignon et qu'on aime les bébés phoques et qu'on veut tous se tenir la main en chantant. Bien sûr, c'est vrai, c'est mignon, mais c'est aussi que protéger et défendre le vivant dans sa richesse et sa diversité, c'est aussi notre chance à nous de vivre en meilleure santé dans un monde qui soit plus juste et plus égalitaire. Est-ce que le moineau, l'abeille, la moule, le chimpanzé, ils peuvent nous montrer la voie ? Qu'est-ce qu'ils peuvent nous apprendre sur la manière dont fonctionne le monde dans lequel on vit ? Comment on peut inventer un avenir dans lequel nous ne sommes plus des menaces pour les écosystèmes et pour nous-mêmes ? Voilà, c'est de tout ça dont on va parler dans ces six épisodes de Chaleur humaine en public avec Marie-Charlotte Anstead, Vincent Prier, Sandra Laborel. Sabrina Krièf, Ségolène Humann, Charlène Descolonges, avec vous ce soir au Palais des Sports de Grenoble.

  • Speaker #0

    Le vivant, c'est aussi la musique. Maria Luma nous offre une pause instrumentale, chaleureuse et colorée, aux accents brésiliens. Reprenons le fil scientifique avec la tournée du climat. Une chercheuse nous raconte les carottes glaciaires, ces fragments de glace millénaire qui permettent de remonter le temps et de lire dans les couches de glace les traces du climat passé.

  • Speaker #3

    Le dernier, mon préféré, vous l'avez dit, les carottes de glace. Les carottes de glace, c'est un exemple. C'est en plastique, c'est un exemple. C'est du forage dans les glaces où on peut aller retrouver... Alors, au pôle Nord, au pôle Sud, ça marche très bien. Alors, est-ce que vous connaissez Claude Lorius ? Glaciologue. Voilà, glaciologue. Dans les années 60, Claude Lorius fait ses études et en a un peu ras-le-bol de faire ses études. Donc, en fait, il répond à une petite annonce. C'est l'année de la géophysique et il cherche des jeunes pour aller faire des analyses de glace au pôle Sud. Donc, il part avec des étudiants et ils partent là-bas faire leurs mesures. Et puis, sur plusieurs... plusieurs cycles, au bout d'un moment, effectivement, ils ont des petits morceaux de glace, des petites cartes de glace qu'ils ont récupérées, et ils font un petit apéro, ils prennent un petit whisky, ils mettent un morceau de glaçon, ils ont prélevé un peu en profondeur dans son whisky. En fait, effectivement, ils voient des petites bulles de glace à la surface, et c'est là où il s'est dit qu'en analysant le contenu de ces petits gaz, il aurait accès au temps passé. Et vous voyez, grâce à ces cartes de gaz, on peut remonter jusqu'à 800 000 ans. Et récemment, on est encore remonté plus loin, puisqu'on a creusé encore plus loin. C'est vraiment le début de la géologie, c'est assez passionnant et c'est assez fantastique.

  • Speaker #0

    Enfin, un focus étonnant sur une plante méconnue, mais aux propriétés extraordinaires. Un extrait tiré de la conférence « Ce qui peut sauver le vivant » pour nous rappeler que la nature recèle encore bien des secrets et des solutions inattendues.

  • Speaker #2

    Quand on parle de la biodiversité, souvent les images qu'on a en tête, c'est plutôt les éléphants et les ours blancs, des animaux lointains et magnifiques. Mais le problème c'est que ces animaux lointains et magnifiques, on ne sait pas très bien ce qu'on peut faire pour eux. Il y a d'ailleurs un célèbre livre de psychologie qui explique que les campagnes de sensibilisation qui misent tout sur les animaux lointains, non seulement ça ne marche pas, mais en plus, parfois ça nous paralyse. Parce que l'ours sur sa banquise, on a l'impression qu'on ne peut pas faire grand chose pour lui parce qu'on n'y est pas. Alors que des espèces étonnantes et méconnues, des fois même qu'on peut trouver moches ou ingrates, on n'en trouve pas très loin d'ici, il suffit de grimper un peu dans la montagne. Ça, c'est ce qu'explique très bien l'écologue Sandra Lavorel, qui passe ses jours et ses nuits au col du Lotaré, vraiment pas très loin d'ici, à regarder comment la biodiversité est essentielle à nos vies et à notre futur. Et quand on lui a demandé de quelle espèce elle avait envie de parler ce soir, elle a choisi la fétuque paniculée. Bonsoir Sandra Lavorel.

  • Speaker #4

    Bonsoir Nabil.

  • Speaker #2

    Alors vous êtes écologue, vous êtes spécialisée dans les services que rend la biodiversité. Vous avez déjà été invité d'un épisode de Chaleur humaine où on a longuement parlé de ces sujets-là. Et vous, votre terrain, ce sont les grandes prairies de montagne. Et donc vous avez une affection particulière pour cette plante que vous avez beaucoup étudiée, la fétuc paniculée, il paraît qu'on l'appelle aussi querelle. C'est une graminée qui a une caractéristique, c'est que personne ne l'aime à part vous. Pourquoi vous avez choisi de vous y intéresser ?

  • Speaker #4

    Alors en fait, ce n'était pas quelque chose qui était vraiment prévu. C'est une espèce qui est commune dans les prairies à des altitudes entre 1800 et 2000 et quelques mètres. Il y en a ici en Belton, dans toutes les Alpes du Sud, en Suisse, en Italie. Et donc nous, en travaillant sur les systèmes de prairies du col de l'Otaré, quand je suis arrivée ici à Grenoble en 2003, on s'est aperçu que cette espèce était extraordinaire et c'est devenu la mascotte de notre équipe.

  • Speaker #2

    Mais en fait, à quoi ça ressemble ? C'est quoi ?

  • Speaker #4

    C'est parti. C'est l'aphétude paniculée, donc c'est une grosse herbe avec des feuilles qui sont vraiment coriaces. Pour la petite histoire, une des premières choses qui nous ont fasciné, nous on mesure la résistance des feuilles. C'est un indicateur de, bien sûr, est-ce que c'est bon à manger pour les animaux, mais aussi est-ce que par exemple elle va se décomposer vite quand les feuilles vont mourir. Et cette espèce, l'aphétude paniculée, notre machine qu'on appelle le torturomètre, qui mesure la tension, la force pour casser une feuille. Elle nous l'a cassée.

  • Speaker #2

    C'est une sorte de plante, un super héros des plantes.

  • Speaker #4

    Voilà, c'est un super héros de plein de façons. Plus on a regardé, plus on s'est aperçu que c'était une super héroïne, si je peux me permettre. C'est vrai. Elle a plein de propriétés. Elle est très résistante à la sécheresse. Nous, on a fait plusieurs expérimentations où, franchement, je pensais que j'arriverais à la faire mourir en lui faisant subir une canicule et une sécheresse comme en 2003. En continuant trois années de suite, toujours rien ne s'est passé. J'ai oublié des pots dans mon jardin pendant un mois, au mois d'août. Je suis revenue à la première pluie, elles sont reparties. Donc elle est très très résistante. Et de plus, elle n'est pas toujours sympa avec ses congénères, puisqu'en fait, elle produit via des associations avec des champignons qui sont dans ses feuilles, des composés toxiques qui vont dans le sol et qui empoisonnent les mycorhizes, donc les champignons des sols. qui favorise les autres espèces. Et je pourrais continuer, elle a plein de propriétés qui en font qu'on l'appelle superfétuc.

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous venez d'écouter l'épisode Le Vivant.

Description

Le vivant est partout et jusque dans nos façons d’habiter le monde. Mais face aux bouleversements climatiques, à l’urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, mais surtout à reconnaître que le vivant n’est pas seulement ce que l’on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez l'épisode « Le vivant » . Le vivant est partout, et jusque dans nos façons d'habiter le monde. Mais face au bouleversement climatique, à l'urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, et surtout... à reconnaître que le vivant n'est pas seulement ce que l'on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie. Pour commencer, partons en balade, dans un jardin dialectal entre science, savoir populaire et langue régionale. Un lieu vivant où chaque plante raconte une histoire.

  • Speaker #1

    Ça, c'est une carte avec des points d'enquête. Une carte qui a été réalisée par une application informatique qui s'appelle Chani Dialect, mais où tous les points-là d'enquête ont été géolocalisés par rapport à un atlas linguistique papier qui s'appelle l'Atlas linguistique de la France et qui, en fait, a été réalisé à la fin du XIXe siècle et qui a été publié au tout début du XXe siècle par deux personnes, donc par Jules Gillierron et Edmond Edmond. Et en fait, Edmond Edmond, c'était l'enquêteur. Il a fait, à l'époque, de 1897 à 1901, huit missions d'enquête. Il est allé faire des enquêtes avec un questionnaire de mots et il demandait aux locuteurs de l'époque comment vous nommez cet objet, cette plante. Donc, c'était un atlas linguistique qui portait particulièrement sur le monde quotidien des êtres humains. Donc, il y avait les outils. Les animaux d'élevage, la basse-cour et les plantes. Alors, il y a le pissenlit. Alors, dandelion, c'est aussi le nom anglais du taraxacum officinal, donc du pissenlit. En fait, ça vient de la forme dentelée des feuilles, les dents, en fait. C'est qu'elles ont des crans, voilà, comme ça. les dents de la feuille de pissenlit a donné le nom dents de chien, dents de jura, c'est dos de chier, et dents de lion. Pissenquizzo, c'est synonyme de pissoli, puisque ça veut dire pissenlit. Pourquoi pissenlit ? Parce qu'en fait, une des propriétés médicinales du pissenlit, c'est de faire uriner au lit. Donc c'est la vertu diurétique. Mais comme le pissenlit, il est aussi laxatif, donc il fait aller Merci. aux toilettes pour faire des selles, il s'appelle chioli, cagorillé. C'est une autre propriété médicinale. Et puis, alors, moi, ce qui m'intéresse, c'est de trouver les noms d'origine des plantes, les noms populaires, mais surtout de savoir pourquoi on les avèle comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ce qui m'intéresse. la compagnie Apne nous plonge dans une performance immersive où les sons des écosystèmes nous parlent de ce qu'ils traversent à l'ère de l'anthropocène. Et si les espèces d'animals pouvaient nous inspirer ? Moineaux, chimpanzés, castors sont au cœur de la série. Comment le vivant peut nous sauver ? enregistré en direct par le podcast Chaleur humaine du monde. Six récits, six manières de voir autrement notre rapport à la nature et peut-être à nous-mêmes.

  • Speaker #2

    Moi, quand j'étais enfant, je chantais comme une casserole. Mais par contre, j'étais persuadé que je savais écrire des comédies musicales. Et en fait, j'avais écrit une comédie musicale sur les dinosaures qui s'appelait La Complainte du Stégosaure. Alors, je vous rassure, je ne vais pas vous la chanter maintenant. Mais en fait, dans ma tête, c'était une sorte de mélange entre Dirty Dancing, Wayne's World... Le Seigneur des Anneaux, un truc un peu comme ça. Et l'histoire, c'était un dinosaure qui sait qu'il va disparaître et qui sait que tous les dinosaures vont disparaître. Et évidemment, sa complainte, c'est qu'en fait, il n'a jamais eu l'occasion de goûter un pain au chocolat parce que pour moi, de là où j'étais, c'était le truc le plus horrible qui était arrivé aux dinosaures, c'était de jamais avoir goûté le délice du chocolat. Mais pourquoi j'ai autant adoré les dinosaures alors qu'ils ont disparu depuis longtemps ? Je peux citer des noms de dizaines d'espèces qui vivaient il y a des centaines de millions d'années. et j'ignore le nombre de plein d'espèces qui vivent maintenant et qui sont menacées de disparaître. C'est quand même un truc bizarre. La raison de l'effondrement de la biodiversité, si vous êtes ici, il est probable que vous la connaissez. Cette raison, c'est nous, les humains. Les terres qu'on utilise pour s'étendre encore plus, les pollutions qu'on déverse, le pétrole de nos voitures, le gaz de nos chaudières, les engrais chimiques qu'on met dans nos chambres. C'est tout ça conjugué qui est en train de conduire à la disparition rapide et jamais arrivée dans l'histoire à cette intensité de pans entiers du vivant. Dit autrement, on est en train de causer une extinction plus rapide que celle des dinosaures pour tous nos compagnons de cette planète, et les conséquences sur nos vies, elles ne sont déjà pas terribles et elles vont devenir désastreuses. Ce qu'on va raconter dans ces épisodes, on va enregistrer maintenant ici tous ensemble, ce n'est pas simplement qu'il faut protéger le vivant parce qu'il est mignon et qu'on aime les bébés phoques et qu'on veut tous se tenir la main en chantant. Bien sûr, c'est vrai, c'est mignon, mais c'est aussi que protéger et défendre le vivant dans sa richesse et sa diversité, c'est aussi notre chance à nous de vivre en meilleure santé dans un monde qui soit plus juste et plus égalitaire. Est-ce que le moineau, l'abeille, la moule, le chimpanzé, ils peuvent nous montrer la voie ? Qu'est-ce qu'ils peuvent nous apprendre sur la manière dont fonctionne le monde dans lequel on vit ? Comment on peut inventer un avenir dans lequel nous ne sommes plus des menaces pour les écosystèmes et pour nous-mêmes ? Voilà, c'est de tout ça dont on va parler dans ces six épisodes de Chaleur humaine en public avec Marie-Charlotte Anstead, Vincent Prier, Sandra Laborel. Sabrina Krièf, Ségolène Humann, Charlène Descolonges, avec vous ce soir au Palais des Sports de Grenoble.

  • Speaker #0

    Le vivant, c'est aussi la musique. Maria Luma nous offre une pause instrumentale, chaleureuse et colorée, aux accents brésiliens. Reprenons le fil scientifique avec la tournée du climat. Une chercheuse nous raconte les carottes glaciaires, ces fragments de glace millénaire qui permettent de remonter le temps et de lire dans les couches de glace les traces du climat passé.

  • Speaker #3

    Le dernier, mon préféré, vous l'avez dit, les carottes de glace. Les carottes de glace, c'est un exemple. C'est en plastique, c'est un exemple. C'est du forage dans les glaces où on peut aller retrouver... Alors, au pôle Nord, au pôle Sud, ça marche très bien. Alors, est-ce que vous connaissez Claude Lorius ? Glaciologue. Voilà, glaciologue. Dans les années 60, Claude Lorius fait ses études et en a un peu ras-le-bol de faire ses études. Donc, en fait, il répond à une petite annonce. C'est l'année de la géophysique et il cherche des jeunes pour aller faire des analyses de glace au pôle Sud. Donc, il part avec des étudiants et ils partent là-bas faire leurs mesures. Et puis, sur plusieurs... plusieurs cycles, au bout d'un moment, effectivement, ils ont des petits morceaux de glace, des petites cartes de glace qu'ils ont récupérées, et ils font un petit apéro, ils prennent un petit whisky, ils mettent un morceau de glaçon, ils ont prélevé un peu en profondeur dans son whisky. En fait, effectivement, ils voient des petites bulles de glace à la surface, et c'est là où il s'est dit qu'en analysant le contenu de ces petits gaz, il aurait accès au temps passé. Et vous voyez, grâce à ces cartes de gaz, on peut remonter jusqu'à 800 000 ans. Et récemment, on est encore remonté plus loin, puisqu'on a creusé encore plus loin. C'est vraiment le début de la géologie, c'est assez passionnant et c'est assez fantastique.

  • Speaker #0

    Enfin, un focus étonnant sur une plante méconnue, mais aux propriétés extraordinaires. Un extrait tiré de la conférence « Ce qui peut sauver le vivant » pour nous rappeler que la nature recèle encore bien des secrets et des solutions inattendues.

  • Speaker #2

    Quand on parle de la biodiversité, souvent les images qu'on a en tête, c'est plutôt les éléphants et les ours blancs, des animaux lointains et magnifiques. Mais le problème c'est que ces animaux lointains et magnifiques, on ne sait pas très bien ce qu'on peut faire pour eux. Il y a d'ailleurs un célèbre livre de psychologie qui explique que les campagnes de sensibilisation qui misent tout sur les animaux lointains, non seulement ça ne marche pas, mais en plus, parfois ça nous paralyse. Parce que l'ours sur sa banquise, on a l'impression qu'on ne peut pas faire grand chose pour lui parce qu'on n'y est pas. Alors que des espèces étonnantes et méconnues, des fois même qu'on peut trouver moches ou ingrates, on n'en trouve pas très loin d'ici, il suffit de grimper un peu dans la montagne. Ça, c'est ce qu'explique très bien l'écologue Sandra Lavorel, qui passe ses jours et ses nuits au col du Lotaré, vraiment pas très loin d'ici, à regarder comment la biodiversité est essentielle à nos vies et à notre futur. Et quand on lui a demandé de quelle espèce elle avait envie de parler ce soir, elle a choisi la fétuque paniculée. Bonsoir Sandra Lavorel.

  • Speaker #4

    Bonsoir Nabil.

  • Speaker #2

    Alors vous êtes écologue, vous êtes spécialisée dans les services que rend la biodiversité. Vous avez déjà été invité d'un épisode de Chaleur humaine où on a longuement parlé de ces sujets-là. Et vous, votre terrain, ce sont les grandes prairies de montagne. Et donc vous avez une affection particulière pour cette plante que vous avez beaucoup étudiée, la fétuc paniculée, il paraît qu'on l'appelle aussi querelle. C'est une graminée qui a une caractéristique, c'est que personne ne l'aime à part vous. Pourquoi vous avez choisi de vous y intéresser ?

  • Speaker #4

    Alors en fait, ce n'était pas quelque chose qui était vraiment prévu. C'est une espèce qui est commune dans les prairies à des altitudes entre 1800 et 2000 et quelques mètres. Il y en a ici en Belton, dans toutes les Alpes du Sud, en Suisse, en Italie. Et donc nous, en travaillant sur les systèmes de prairies du col de l'Otaré, quand je suis arrivée ici à Grenoble en 2003, on s'est aperçu que cette espèce était extraordinaire et c'est devenu la mascotte de notre équipe.

  • Speaker #2

    Mais en fait, à quoi ça ressemble ? C'est quoi ?

  • Speaker #4

    C'est parti. C'est l'aphétude paniculée, donc c'est une grosse herbe avec des feuilles qui sont vraiment coriaces. Pour la petite histoire, une des premières choses qui nous ont fasciné, nous on mesure la résistance des feuilles. C'est un indicateur de, bien sûr, est-ce que c'est bon à manger pour les animaux, mais aussi est-ce que par exemple elle va se décomposer vite quand les feuilles vont mourir. Et cette espèce, l'aphétude paniculée, notre machine qu'on appelle le torturomètre, qui mesure la tension, la force pour casser une feuille. Elle nous l'a cassée.

  • Speaker #2

    C'est une sorte de plante, un super héros des plantes.

  • Speaker #4

    Voilà, c'est un super héros de plein de façons. Plus on a regardé, plus on s'est aperçu que c'était une super héroïne, si je peux me permettre. C'est vrai. Elle a plein de propriétés. Elle est très résistante à la sécheresse. Nous, on a fait plusieurs expérimentations où, franchement, je pensais que j'arriverais à la faire mourir en lui faisant subir une canicule et une sécheresse comme en 2003. En continuant trois années de suite, toujours rien ne s'est passé. J'ai oublié des pots dans mon jardin pendant un mois, au mois d'août. Je suis revenue à la première pluie, elles sont reparties. Donc elle est très très résistante. Et de plus, elle n'est pas toujours sympa avec ses congénères, puisqu'en fait, elle produit via des associations avec des champignons qui sont dans ses feuilles, des composés toxiques qui vont dans le sol et qui empoisonnent les mycorhizes, donc les champignons des sols. qui favorise les autres espèces. Et je pourrais continuer, elle a plein de propriétés qui en font qu'on l'appelle superfétuc.

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous venez d'écouter l'épisode Le Vivant.

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Le vivant est partout et jusque dans nos façons d’habiter le monde. Mais face aux bouleversements climatiques, à l’urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, mais surtout à reconnaître que le vivant n’est pas seulement ce que l’on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez l'épisode « Le vivant » . Le vivant est partout, et jusque dans nos façons d'habiter le monde. Mais face au bouleversement climatique, à l'urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, et surtout... à reconnaître que le vivant n'est pas seulement ce que l'on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie. Pour commencer, partons en balade, dans un jardin dialectal entre science, savoir populaire et langue régionale. Un lieu vivant où chaque plante raconte une histoire.

  • Speaker #1

    Ça, c'est une carte avec des points d'enquête. Une carte qui a été réalisée par une application informatique qui s'appelle Chani Dialect, mais où tous les points-là d'enquête ont été géolocalisés par rapport à un atlas linguistique papier qui s'appelle l'Atlas linguistique de la France et qui, en fait, a été réalisé à la fin du XIXe siècle et qui a été publié au tout début du XXe siècle par deux personnes, donc par Jules Gillierron et Edmond Edmond. Et en fait, Edmond Edmond, c'était l'enquêteur. Il a fait, à l'époque, de 1897 à 1901, huit missions d'enquête. Il est allé faire des enquêtes avec un questionnaire de mots et il demandait aux locuteurs de l'époque comment vous nommez cet objet, cette plante. Donc, c'était un atlas linguistique qui portait particulièrement sur le monde quotidien des êtres humains. Donc, il y avait les outils. Les animaux d'élevage, la basse-cour et les plantes. Alors, il y a le pissenlit. Alors, dandelion, c'est aussi le nom anglais du taraxacum officinal, donc du pissenlit. En fait, ça vient de la forme dentelée des feuilles, les dents, en fait. C'est qu'elles ont des crans, voilà, comme ça. les dents de la feuille de pissenlit a donné le nom dents de chien, dents de jura, c'est dos de chier, et dents de lion. Pissenquizzo, c'est synonyme de pissoli, puisque ça veut dire pissenlit. Pourquoi pissenlit ? Parce qu'en fait, une des propriétés médicinales du pissenlit, c'est de faire uriner au lit. Donc c'est la vertu diurétique. Mais comme le pissenlit, il est aussi laxatif, donc il fait aller Merci. aux toilettes pour faire des selles, il s'appelle chioli, cagorillé. C'est une autre propriété médicinale. Et puis, alors, moi, ce qui m'intéresse, c'est de trouver les noms d'origine des plantes, les noms populaires, mais surtout de savoir pourquoi on les avèle comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ce qui m'intéresse. la compagnie Apne nous plonge dans une performance immersive où les sons des écosystèmes nous parlent de ce qu'ils traversent à l'ère de l'anthropocène. Et si les espèces d'animals pouvaient nous inspirer ? Moineaux, chimpanzés, castors sont au cœur de la série. Comment le vivant peut nous sauver ? enregistré en direct par le podcast Chaleur humaine du monde. Six récits, six manières de voir autrement notre rapport à la nature et peut-être à nous-mêmes.

  • Speaker #2

    Moi, quand j'étais enfant, je chantais comme une casserole. Mais par contre, j'étais persuadé que je savais écrire des comédies musicales. Et en fait, j'avais écrit une comédie musicale sur les dinosaures qui s'appelait La Complainte du Stégosaure. Alors, je vous rassure, je ne vais pas vous la chanter maintenant. Mais en fait, dans ma tête, c'était une sorte de mélange entre Dirty Dancing, Wayne's World... Le Seigneur des Anneaux, un truc un peu comme ça. Et l'histoire, c'était un dinosaure qui sait qu'il va disparaître et qui sait que tous les dinosaures vont disparaître. Et évidemment, sa complainte, c'est qu'en fait, il n'a jamais eu l'occasion de goûter un pain au chocolat parce que pour moi, de là où j'étais, c'était le truc le plus horrible qui était arrivé aux dinosaures, c'était de jamais avoir goûté le délice du chocolat. Mais pourquoi j'ai autant adoré les dinosaures alors qu'ils ont disparu depuis longtemps ? Je peux citer des noms de dizaines d'espèces qui vivaient il y a des centaines de millions d'années. et j'ignore le nombre de plein d'espèces qui vivent maintenant et qui sont menacées de disparaître. C'est quand même un truc bizarre. La raison de l'effondrement de la biodiversité, si vous êtes ici, il est probable que vous la connaissez. Cette raison, c'est nous, les humains. Les terres qu'on utilise pour s'étendre encore plus, les pollutions qu'on déverse, le pétrole de nos voitures, le gaz de nos chaudières, les engrais chimiques qu'on met dans nos chambres. C'est tout ça conjugué qui est en train de conduire à la disparition rapide et jamais arrivée dans l'histoire à cette intensité de pans entiers du vivant. Dit autrement, on est en train de causer une extinction plus rapide que celle des dinosaures pour tous nos compagnons de cette planète, et les conséquences sur nos vies, elles ne sont déjà pas terribles et elles vont devenir désastreuses. Ce qu'on va raconter dans ces épisodes, on va enregistrer maintenant ici tous ensemble, ce n'est pas simplement qu'il faut protéger le vivant parce qu'il est mignon et qu'on aime les bébés phoques et qu'on veut tous se tenir la main en chantant. Bien sûr, c'est vrai, c'est mignon, mais c'est aussi que protéger et défendre le vivant dans sa richesse et sa diversité, c'est aussi notre chance à nous de vivre en meilleure santé dans un monde qui soit plus juste et plus égalitaire. Est-ce que le moineau, l'abeille, la moule, le chimpanzé, ils peuvent nous montrer la voie ? Qu'est-ce qu'ils peuvent nous apprendre sur la manière dont fonctionne le monde dans lequel on vit ? Comment on peut inventer un avenir dans lequel nous ne sommes plus des menaces pour les écosystèmes et pour nous-mêmes ? Voilà, c'est de tout ça dont on va parler dans ces six épisodes de Chaleur humaine en public avec Marie-Charlotte Anstead, Vincent Prier, Sandra Laborel. Sabrina Krièf, Ségolène Humann, Charlène Descolonges, avec vous ce soir au Palais des Sports de Grenoble.

  • Speaker #0

    Le vivant, c'est aussi la musique. Maria Luma nous offre une pause instrumentale, chaleureuse et colorée, aux accents brésiliens. Reprenons le fil scientifique avec la tournée du climat. Une chercheuse nous raconte les carottes glaciaires, ces fragments de glace millénaire qui permettent de remonter le temps et de lire dans les couches de glace les traces du climat passé.

  • Speaker #3

    Le dernier, mon préféré, vous l'avez dit, les carottes de glace. Les carottes de glace, c'est un exemple. C'est en plastique, c'est un exemple. C'est du forage dans les glaces où on peut aller retrouver... Alors, au pôle Nord, au pôle Sud, ça marche très bien. Alors, est-ce que vous connaissez Claude Lorius ? Glaciologue. Voilà, glaciologue. Dans les années 60, Claude Lorius fait ses études et en a un peu ras-le-bol de faire ses études. Donc, en fait, il répond à une petite annonce. C'est l'année de la géophysique et il cherche des jeunes pour aller faire des analyses de glace au pôle Sud. Donc, il part avec des étudiants et ils partent là-bas faire leurs mesures. Et puis, sur plusieurs... plusieurs cycles, au bout d'un moment, effectivement, ils ont des petits morceaux de glace, des petites cartes de glace qu'ils ont récupérées, et ils font un petit apéro, ils prennent un petit whisky, ils mettent un morceau de glaçon, ils ont prélevé un peu en profondeur dans son whisky. En fait, effectivement, ils voient des petites bulles de glace à la surface, et c'est là où il s'est dit qu'en analysant le contenu de ces petits gaz, il aurait accès au temps passé. Et vous voyez, grâce à ces cartes de gaz, on peut remonter jusqu'à 800 000 ans. Et récemment, on est encore remonté plus loin, puisqu'on a creusé encore plus loin. C'est vraiment le début de la géologie, c'est assez passionnant et c'est assez fantastique.

  • Speaker #0

    Enfin, un focus étonnant sur une plante méconnue, mais aux propriétés extraordinaires. Un extrait tiré de la conférence « Ce qui peut sauver le vivant » pour nous rappeler que la nature recèle encore bien des secrets et des solutions inattendues.

  • Speaker #2

    Quand on parle de la biodiversité, souvent les images qu'on a en tête, c'est plutôt les éléphants et les ours blancs, des animaux lointains et magnifiques. Mais le problème c'est que ces animaux lointains et magnifiques, on ne sait pas très bien ce qu'on peut faire pour eux. Il y a d'ailleurs un célèbre livre de psychologie qui explique que les campagnes de sensibilisation qui misent tout sur les animaux lointains, non seulement ça ne marche pas, mais en plus, parfois ça nous paralyse. Parce que l'ours sur sa banquise, on a l'impression qu'on ne peut pas faire grand chose pour lui parce qu'on n'y est pas. Alors que des espèces étonnantes et méconnues, des fois même qu'on peut trouver moches ou ingrates, on n'en trouve pas très loin d'ici, il suffit de grimper un peu dans la montagne. Ça, c'est ce qu'explique très bien l'écologue Sandra Lavorel, qui passe ses jours et ses nuits au col du Lotaré, vraiment pas très loin d'ici, à regarder comment la biodiversité est essentielle à nos vies et à notre futur. Et quand on lui a demandé de quelle espèce elle avait envie de parler ce soir, elle a choisi la fétuque paniculée. Bonsoir Sandra Lavorel.

  • Speaker #4

    Bonsoir Nabil.

  • Speaker #2

    Alors vous êtes écologue, vous êtes spécialisée dans les services que rend la biodiversité. Vous avez déjà été invité d'un épisode de Chaleur humaine où on a longuement parlé de ces sujets-là. Et vous, votre terrain, ce sont les grandes prairies de montagne. Et donc vous avez une affection particulière pour cette plante que vous avez beaucoup étudiée, la fétuc paniculée, il paraît qu'on l'appelle aussi querelle. C'est une graminée qui a une caractéristique, c'est que personne ne l'aime à part vous. Pourquoi vous avez choisi de vous y intéresser ?

  • Speaker #4

    Alors en fait, ce n'était pas quelque chose qui était vraiment prévu. C'est une espèce qui est commune dans les prairies à des altitudes entre 1800 et 2000 et quelques mètres. Il y en a ici en Belton, dans toutes les Alpes du Sud, en Suisse, en Italie. Et donc nous, en travaillant sur les systèmes de prairies du col de l'Otaré, quand je suis arrivée ici à Grenoble en 2003, on s'est aperçu que cette espèce était extraordinaire et c'est devenu la mascotte de notre équipe.

  • Speaker #2

    Mais en fait, à quoi ça ressemble ? C'est quoi ?

  • Speaker #4

    C'est parti. C'est l'aphétude paniculée, donc c'est une grosse herbe avec des feuilles qui sont vraiment coriaces. Pour la petite histoire, une des premières choses qui nous ont fasciné, nous on mesure la résistance des feuilles. C'est un indicateur de, bien sûr, est-ce que c'est bon à manger pour les animaux, mais aussi est-ce que par exemple elle va se décomposer vite quand les feuilles vont mourir. Et cette espèce, l'aphétude paniculée, notre machine qu'on appelle le torturomètre, qui mesure la tension, la force pour casser une feuille. Elle nous l'a cassée.

  • Speaker #2

    C'est une sorte de plante, un super héros des plantes.

  • Speaker #4

    Voilà, c'est un super héros de plein de façons. Plus on a regardé, plus on s'est aperçu que c'était une super héroïne, si je peux me permettre. C'est vrai. Elle a plein de propriétés. Elle est très résistante à la sécheresse. Nous, on a fait plusieurs expérimentations où, franchement, je pensais que j'arriverais à la faire mourir en lui faisant subir une canicule et une sécheresse comme en 2003. En continuant trois années de suite, toujours rien ne s'est passé. J'ai oublié des pots dans mon jardin pendant un mois, au mois d'août. Je suis revenue à la première pluie, elles sont reparties. Donc elle est très très résistante. Et de plus, elle n'est pas toujours sympa avec ses congénères, puisqu'en fait, elle produit via des associations avec des champignons qui sont dans ses feuilles, des composés toxiques qui vont dans le sol et qui empoisonnent les mycorhizes, donc les champignons des sols. qui favorise les autres espèces. Et je pourrais continuer, elle a plein de propriétés qui en font qu'on l'appelle superfétuc.

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous venez d'écouter l'épisode Le Vivant.

Description

Le vivant est partout et jusque dans nos façons d’habiter le monde. Mais face aux bouleversements climatiques, à l’urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, mais surtout à reconnaître que le vivant n’est pas seulement ce que l’on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous écoutez l'épisode « Le vivant » . Le vivant est partout, et jusque dans nos façons d'habiter le monde. Mais face au bouleversement climatique, à l'urbanisation, à la perte de biodiversité, comment réapprendre à coexister ? Dans cet épisode, nous vous invitons à écouter autrement, à observer, à ressentir, et surtout... à reconnaître que le vivant n'est pas seulement ce que l'on protège, mais aussi ce dont nous faisons partie. Pour commencer, partons en balade, dans un jardin dialectal entre science, savoir populaire et langue régionale. Un lieu vivant où chaque plante raconte une histoire.

  • Speaker #1

    Ça, c'est une carte avec des points d'enquête. Une carte qui a été réalisée par une application informatique qui s'appelle Chani Dialect, mais où tous les points-là d'enquête ont été géolocalisés par rapport à un atlas linguistique papier qui s'appelle l'Atlas linguistique de la France et qui, en fait, a été réalisé à la fin du XIXe siècle et qui a été publié au tout début du XXe siècle par deux personnes, donc par Jules Gillierron et Edmond Edmond. Et en fait, Edmond Edmond, c'était l'enquêteur. Il a fait, à l'époque, de 1897 à 1901, huit missions d'enquête. Il est allé faire des enquêtes avec un questionnaire de mots et il demandait aux locuteurs de l'époque comment vous nommez cet objet, cette plante. Donc, c'était un atlas linguistique qui portait particulièrement sur le monde quotidien des êtres humains. Donc, il y avait les outils. Les animaux d'élevage, la basse-cour et les plantes. Alors, il y a le pissenlit. Alors, dandelion, c'est aussi le nom anglais du taraxacum officinal, donc du pissenlit. En fait, ça vient de la forme dentelée des feuilles, les dents, en fait. C'est qu'elles ont des crans, voilà, comme ça. les dents de la feuille de pissenlit a donné le nom dents de chien, dents de jura, c'est dos de chier, et dents de lion. Pissenquizzo, c'est synonyme de pissoli, puisque ça veut dire pissenlit. Pourquoi pissenlit ? Parce qu'en fait, une des propriétés médicinales du pissenlit, c'est de faire uriner au lit. Donc c'est la vertu diurétique. Mais comme le pissenlit, il est aussi laxatif, donc il fait aller Merci. aux toilettes pour faire des selles, il s'appelle chioli, cagorillé. C'est une autre propriété médicinale. Et puis, alors, moi, ce qui m'intéresse, c'est de trouver les noms d'origine des plantes, les noms populaires, mais surtout de savoir pourquoi on les avèle comme ça.

  • Speaker #0

    C'est ce qui m'intéresse. la compagnie Apne nous plonge dans une performance immersive où les sons des écosystèmes nous parlent de ce qu'ils traversent à l'ère de l'anthropocène. Et si les espèces d'animals pouvaient nous inspirer ? Moineaux, chimpanzés, castors sont au cœur de la série. Comment le vivant peut nous sauver ? enregistré en direct par le podcast Chaleur humaine du monde. Six récits, six manières de voir autrement notre rapport à la nature et peut-être à nous-mêmes.

  • Speaker #2

    Moi, quand j'étais enfant, je chantais comme une casserole. Mais par contre, j'étais persuadé que je savais écrire des comédies musicales. Et en fait, j'avais écrit une comédie musicale sur les dinosaures qui s'appelait La Complainte du Stégosaure. Alors, je vous rassure, je ne vais pas vous la chanter maintenant. Mais en fait, dans ma tête, c'était une sorte de mélange entre Dirty Dancing, Wayne's World... Le Seigneur des Anneaux, un truc un peu comme ça. Et l'histoire, c'était un dinosaure qui sait qu'il va disparaître et qui sait que tous les dinosaures vont disparaître. Et évidemment, sa complainte, c'est qu'en fait, il n'a jamais eu l'occasion de goûter un pain au chocolat parce que pour moi, de là où j'étais, c'était le truc le plus horrible qui était arrivé aux dinosaures, c'était de jamais avoir goûté le délice du chocolat. Mais pourquoi j'ai autant adoré les dinosaures alors qu'ils ont disparu depuis longtemps ? Je peux citer des noms de dizaines d'espèces qui vivaient il y a des centaines de millions d'années. et j'ignore le nombre de plein d'espèces qui vivent maintenant et qui sont menacées de disparaître. C'est quand même un truc bizarre. La raison de l'effondrement de la biodiversité, si vous êtes ici, il est probable que vous la connaissez. Cette raison, c'est nous, les humains. Les terres qu'on utilise pour s'étendre encore plus, les pollutions qu'on déverse, le pétrole de nos voitures, le gaz de nos chaudières, les engrais chimiques qu'on met dans nos chambres. C'est tout ça conjugué qui est en train de conduire à la disparition rapide et jamais arrivée dans l'histoire à cette intensité de pans entiers du vivant. Dit autrement, on est en train de causer une extinction plus rapide que celle des dinosaures pour tous nos compagnons de cette planète, et les conséquences sur nos vies, elles ne sont déjà pas terribles et elles vont devenir désastreuses. Ce qu'on va raconter dans ces épisodes, on va enregistrer maintenant ici tous ensemble, ce n'est pas simplement qu'il faut protéger le vivant parce qu'il est mignon et qu'on aime les bébés phoques et qu'on veut tous se tenir la main en chantant. Bien sûr, c'est vrai, c'est mignon, mais c'est aussi que protéger et défendre le vivant dans sa richesse et sa diversité, c'est aussi notre chance à nous de vivre en meilleure santé dans un monde qui soit plus juste et plus égalitaire. Est-ce que le moineau, l'abeille, la moule, le chimpanzé, ils peuvent nous montrer la voie ? Qu'est-ce qu'ils peuvent nous apprendre sur la manière dont fonctionne le monde dans lequel on vit ? Comment on peut inventer un avenir dans lequel nous ne sommes plus des menaces pour les écosystèmes et pour nous-mêmes ? Voilà, c'est de tout ça dont on va parler dans ces six épisodes de Chaleur humaine en public avec Marie-Charlotte Anstead, Vincent Prier, Sandra Laborel. Sabrina Krièf, Ségolène Humann, Charlène Descolonges, avec vous ce soir au Palais des Sports de Grenoble.

  • Speaker #0

    Le vivant, c'est aussi la musique. Maria Luma nous offre une pause instrumentale, chaleureuse et colorée, aux accents brésiliens. Reprenons le fil scientifique avec la tournée du climat. Une chercheuse nous raconte les carottes glaciaires, ces fragments de glace millénaire qui permettent de remonter le temps et de lire dans les couches de glace les traces du climat passé.

  • Speaker #3

    Le dernier, mon préféré, vous l'avez dit, les carottes de glace. Les carottes de glace, c'est un exemple. C'est en plastique, c'est un exemple. C'est du forage dans les glaces où on peut aller retrouver... Alors, au pôle Nord, au pôle Sud, ça marche très bien. Alors, est-ce que vous connaissez Claude Lorius ? Glaciologue. Voilà, glaciologue. Dans les années 60, Claude Lorius fait ses études et en a un peu ras-le-bol de faire ses études. Donc, en fait, il répond à une petite annonce. C'est l'année de la géophysique et il cherche des jeunes pour aller faire des analyses de glace au pôle Sud. Donc, il part avec des étudiants et ils partent là-bas faire leurs mesures. Et puis, sur plusieurs... plusieurs cycles, au bout d'un moment, effectivement, ils ont des petits morceaux de glace, des petites cartes de glace qu'ils ont récupérées, et ils font un petit apéro, ils prennent un petit whisky, ils mettent un morceau de glaçon, ils ont prélevé un peu en profondeur dans son whisky. En fait, effectivement, ils voient des petites bulles de glace à la surface, et c'est là où il s'est dit qu'en analysant le contenu de ces petits gaz, il aurait accès au temps passé. Et vous voyez, grâce à ces cartes de gaz, on peut remonter jusqu'à 800 000 ans. Et récemment, on est encore remonté plus loin, puisqu'on a creusé encore plus loin. C'est vraiment le début de la géologie, c'est assez passionnant et c'est assez fantastique.

  • Speaker #0

    Enfin, un focus étonnant sur une plante méconnue, mais aux propriétés extraordinaires. Un extrait tiré de la conférence « Ce qui peut sauver le vivant » pour nous rappeler que la nature recèle encore bien des secrets et des solutions inattendues.

  • Speaker #2

    Quand on parle de la biodiversité, souvent les images qu'on a en tête, c'est plutôt les éléphants et les ours blancs, des animaux lointains et magnifiques. Mais le problème c'est que ces animaux lointains et magnifiques, on ne sait pas très bien ce qu'on peut faire pour eux. Il y a d'ailleurs un célèbre livre de psychologie qui explique que les campagnes de sensibilisation qui misent tout sur les animaux lointains, non seulement ça ne marche pas, mais en plus, parfois ça nous paralyse. Parce que l'ours sur sa banquise, on a l'impression qu'on ne peut pas faire grand chose pour lui parce qu'on n'y est pas. Alors que des espèces étonnantes et méconnues, des fois même qu'on peut trouver moches ou ingrates, on n'en trouve pas très loin d'ici, il suffit de grimper un peu dans la montagne. Ça, c'est ce qu'explique très bien l'écologue Sandra Lavorel, qui passe ses jours et ses nuits au col du Lotaré, vraiment pas très loin d'ici, à regarder comment la biodiversité est essentielle à nos vies et à notre futur. Et quand on lui a demandé de quelle espèce elle avait envie de parler ce soir, elle a choisi la fétuque paniculée. Bonsoir Sandra Lavorel.

  • Speaker #4

    Bonsoir Nabil.

  • Speaker #2

    Alors vous êtes écologue, vous êtes spécialisée dans les services que rend la biodiversité. Vous avez déjà été invité d'un épisode de Chaleur humaine où on a longuement parlé de ces sujets-là. Et vous, votre terrain, ce sont les grandes prairies de montagne. Et donc vous avez une affection particulière pour cette plante que vous avez beaucoup étudiée, la fétuc paniculée, il paraît qu'on l'appelle aussi querelle. C'est une graminée qui a une caractéristique, c'est que personne ne l'aime à part vous. Pourquoi vous avez choisi de vous y intéresser ?

  • Speaker #4

    Alors en fait, ce n'était pas quelque chose qui était vraiment prévu. C'est une espèce qui est commune dans les prairies à des altitudes entre 1800 et 2000 et quelques mètres. Il y en a ici en Belton, dans toutes les Alpes du Sud, en Suisse, en Italie. Et donc nous, en travaillant sur les systèmes de prairies du col de l'Otaré, quand je suis arrivée ici à Grenoble en 2003, on s'est aperçu que cette espèce était extraordinaire et c'est devenu la mascotte de notre équipe.

  • Speaker #2

    Mais en fait, à quoi ça ressemble ? C'est quoi ?

  • Speaker #4

    C'est parti. C'est l'aphétude paniculée, donc c'est une grosse herbe avec des feuilles qui sont vraiment coriaces. Pour la petite histoire, une des premières choses qui nous ont fasciné, nous on mesure la résistance des feuilles. C'est un indicateur de, bien sûr, est-ce que c'est bon à manger pour les animaux, mais aussi est-ce que par exemple elle va se décomposer vite quand les feuilles vont mourir. Et cette espèce, l'aphétude paniculée, notre machine qu'on appelle le torturomètre, qui mesure la tension, la force pour casser une feuille. Elle nous l'a cassée.

  • Speaker #2

    C'est une sorte de plante, un super héros des plantes.

  • Speaker #4

    Voilà, c'est un super héros de plein de façons. Plus on a regardé, plus on s'est aperçu que c'était une super héroïne, si je peux me permettre. C'est vrai. Elle a plein de propriétés. Elle est très résistante à la sécheresse. Nous, on a fait plusieurs expérimentations où, franchement, je pensais que j'arriverais à la faire mourir en lui faisant subir une canicule et une sécheresse comme en 2003. En continuant trois années de suite, toujours rien ne s'est passé. J'ai oublié des pots dans mon jardin pendant un mois, au mois d'août. Je suis revenue à la première pluie, elles sont reparties. Donc elle est très très résistante. Et de plus, elle n'est pas toujours sympa avec ses congénères, puisqu'en fait, elle produit via des associations avec des champignons qui sont dans ses feuilles, des composés toxiques qui vont dans le sol et qui empoisonnent les mycorhizes, donc les champignons des sols. qui favorise les autres espèces. Et je pourrais continuer, elle a plein de propriétés qui en font qu'on l'appelle superfétuc.

  • Speaker #0

    Dans le cadre de la Biennale des villes en transition de 2025, la ville de Grenoble présente une série de podcasts. Vous venez d'écouter l'épisode Le Vivant.

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