- Speaker #0
Le printemps 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en France depuis que l'on mesure la météo. L'amplification du réchauffement climatique se poursuit et ses conséquences pour les personnes, la biodiversité ou encore les bâtiments s'intensifient. Quel sera le climat de Grenoble en 2050 si déjà aujourd'hui nous vivons à des températures à plus de 40 degrés ? Quels sont les effets de la chaleur sur notre santé, notre organisation, nos modes de vie, nos services, nos métiers ? Pour éclairer ces questionnements, le chercheur-explorateur Christian Clot, fondateur du Human Adaptation Institute, est venu nous rendre visite à la ville de Grenoble. Il nous a fait part des résultats de ses recherches, des effets sur notre santé et toute notre société. Bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour à toutes et tous, je suis Antoine Bach, adjoint à Madame la maire de Grenoble, en charge entre autres de la prospective, de l'adaptation climatique et de la résilience territoriale. Bref, l'adaptation climatique, je crois qu'on est un peu entré dans le vif du sujet ces jours-ci. Même celles et ceux qui ne s'étaient pas instruits sur le sujet, pour qui ces notions sont très très vagues, ont commencé à expérimenter effectivement les futurs assez chauds qui se préparent pour notre monde, pour notre pays. et aussi pour Grenoble, pour notre région. Nous avions prévu à Grenoble d'avoir une expérience immersive, le Climate Sense qui a été construit par Christian Clot, ici présent. Merci Christian de votre présence, avec qui nous avons une proximité capillaire, certes, mais aussi une qui était venue, qui a fait la gentillesse de bien venir nous voir en février de l'année dernière, en 2025, pour nous parler des expériences sur le temps. effectivement, parce que Christian Anclos... Il fait des expériences pour les gens. L'idée, c'était de faire venir un camion dans lequel il y avait une pièce chauffée à 50 degrés et dans laquelle, pendant 30 minutes, tous les volontaires pouvaient expérimenter un petit peu d'activité physique, un petit peu d'activité cognitive, de la prise de décision, de la motricité fine. Bref, qu'est-ce que ça veut dire, de façon sensible, un monde à 50 degrés ? Mais Christian ne fait pas que cela. Il enferme aussi des gens pendant plusieurs semaines dans des cavernes pour vérifier comment est-ce qu'ils dérivent dans le temps. Bref, Christian aime beaucoup. Jouer avec les gens, mais en tout cas, ça permet d'expérimenter d'une façon très scientifique et très sérieuse, sachez-le, à la fois nos comportements dans des ruptures de normalité, voire des environnements hostiles. Bref, cet événement à Grenoble, nous avons dû le reporter. Parce que peut-être qu'avec nos organismes déjà durement éprouvés par les journées caniculaires et les nuits tropicales que nous avons depuis une semaine, peut-être que ce n'était pas forcément une très bonne idée de faire cuire les gens à 50 degrés. avant de les remettre dans la fournaise à 45 degrés dehors. Voilà, donc on va reporter ça, on va essayer de le faire à l'automne. Nous allons essayer de soudoyer le Human Adaptation Institute pour que cela puisse se faire. Mais nous avons quand même la chance d'avoir Christian Clot avec nous ici à Grenoble pour cette conférence sur la chaleur et sur l'adaptation. Vous savez, la ville de Grenoble, capitale verte de l'Europe, sur la question de l'adaptation, c'est quelque chose qu'on a pris à bras-le-corps il y a déjà pas mal d'années. On a planté 17 000 arbres en quelques années, les cours d'école qui sont refaites progressivement. les bâtiments publics qui sont aussi isolés. On cherche à faire des refuges de fraîcheur, des îlots de fraîcheur urbains. Bref, actuellement, j'ai vu dans la presse, il y a 48 heures, la ville de Grenoble est citée comme ville étalon sur les questions d'adaptation. Donc c'est super, on est super content. Bref, on pourrait avoir un peu de glorieule, mais il faut rester très humble. Peut-être que la ville à Grenoble, on est un peu en pointe sur ces questions-là, mais en vrai, on n'est pas prêt. On n'est pas prêt du tout. On est juste un petit peu moins en retard que d'autres sur les questions d'adaptation. Donc le chantier est encore absolument immense en matière d'urbanisme, d'architecture, de rythme de la vie, en matière de mobilité, de logistique. Tout est encore à faire. C'est un chantier qui est immense et on va devoir le faire jusqu'à présent avec nos petits bras. Parce que vous le savez, au plus haut niveau de l'État, tout est fait pour déréguler, pour empêcher, en tout cas pour contraindre les transitions dans nos territoires. Le fonds vert qui était à 2,5 milliards d'euros en 2024 est aujourd'hui à 873 millions d'euros pour l'ensemble du territoire. Il va encore se faire raboter de 160 millions. Bref, c'est une vaste plaisanterie. Et là, depuis 48 heures, on ne parle que de climatisation partout dans les médias. Bref, exactement la maladaptation qui a été pointée par le dernier rapport du GIEC. Bref, il faut surtout planter beaucoup d'arbres. Ça, c'est la façon facile, mais surtout toutes les solutions, toutes les conceptions bioclimatiques des bâtiments et de l'espace urbain. les solutions basées sur la nature, voilà qui sera le recours, et non pas, du technosolutionnisme, qui nous amènera juste droit dans le mur au premier blackout électrique qui devrait arriver un jour. Voilà, ça c'est bien pour bien plomber l'ambiance, et surtout, vous remercier d'être à cet événement qui a été monté par la cellule Grenoble 2040, de la ville de Grenoble, qui pense les futurs, qui cherche aussi à poser les questions qui piquent, et essayer de les réfléchir ensemble, essayer de trouver des réponses, je ne parle pas de solutions, mais bien de réponses. à ces questions qui piquent. Merci beaucoup à toutes et tous pour votre présence. Et je laisse tout de suite la parole à Christian Clot, qui est chercheur, explorateur et membre du Human Adaptation Institute.
- Speaker #2
Merci. Bonjour à toutes et tous. Merci d'être venu sur votre repas de midi. Et même si vous avez besoin de manger, n'hésitez pas, en faisant gaffe aux miettes. Donc, effectivement, je suis Christian Clot, je suis explorateur, chercheur. Je dirige le Human Adaptation Institute. C'est un institut qui a pour but de comprendre comment nous, les humains, on va pouvoir adapter nos comportements face à des conditions nouvelles de vie. Donc, moi, mon travail, je vous ai mis quand même cette image, je me suis dit un peu de fraîcheur visuelle, ça ne peut pas faire de mal. même si, évidemment, ce n'est pas tout à fait ce qu'on fait habituellement. Effectivement, on devait venir, mon institut a conçu une chambre climatique, on devait être là, on a dû reporter, mais on va en parler un petit peu et de ce que ça veut dire. Donc moi, mon travail, depuis maintenant une trentaine d'années, c'est de travailler dans différents contextes, différentes conditions, auprès de populations, auprès d'humains, un peu partout. J'ai eu la chance de rencontrer, de travailler avec des dizaines de populations, une soixantaine de peuples différents, une centaine de langues différentes. dans des conditions parfois fabuleuses, parfois horribles, mais toujours avec des humains qui doivent trouver des solutions dans des contextes dans lesquels ils sont en train de vivre, qui sont en train de se transformer beaucoup. Alors avant de passer sur les choses qui sont moins rigolotes, je voulais quand même vous montrer deux, trois images pour se rappeler pourquoi on lutte en fait, pourquoi on travaille, pourquoi on parle beaucoup de climat, d'environnement, parce que finalement des fois, alors à Grenoble vous avez les montagnes autour de vous, mais on est un petit peu perdu dans nos propres mondes, on est assez focalisé sur ce qu'on vit nous, Puis on oublie que le monde est beaucoup plus vaste, qu'il est beau, qu'il est extraordinaire. Et que chaque territoire, chaque endroit est absolument fabuleux. Et que malheureusement, tout se transforme. Même ici, c'est la Laguna Verde en Bolivie. Un endroit avec toutes les couleurs du monde qui est en train de s'évaporer petit à petit. Parce que la chaleur augmente de plus en plus. J'avais envie de vous montrer ce glacier. Un glacier extraordinaire. On a une vingtaine à l'avoir vu dans le monde. Ça s'appelle le Bernardo. Et regardez. ce bleuté du glacier, là je suis en kayak devant, ce qu'on ne peut jamais faire en fait dans les glaciers marins. Là on est dans les canaux marins du Chili, on ne peut jamais s'approcher des glaciers parce qu'il y a trop de choses qui tombent. Mais là il est tellement froid, c'est un des glaciers froids du monde encore, et c'est pour ça qu'on a cette couleur bleutée, et évidemment on a envie de protéger ça, de faire en sorte que tout ça existe encore, dans un futur qui n'est pas seulement futur proche, mais un futur lointain aussi. Évidemment ces milieux sont aussi parfois un peu extrêmes. Donc moi j'ai été chercher ce que ça voulait dire de vivre dans l'extrême, à moins 60 degrés, à plus 60 degrés, à 100% d'humidité, à 0% d'humidité, enfin 1% d'humidité. Donc qu'est-ce que ça veut dire ? Comment on vit dans ces territoires ? Comment est-ce qu'on fait face à des enjeux ? Et c'est tout mon travail de recherche depuis plusieurs années maintenant, que d'essayer de comprendre comment on vit dans des conditions où tout peut changer d'un coup. Par exemple là on est en Cordillère de Darwin, c'est l'extrême sud de l'Amérique du Sud, une chaîne de montagne qui était inexplorée dans les années 2000, que j'ai... plusieurs années explorées. Et on s'est fait prendre un jour dans une tempête, une tempête assez intéressante, puisqu'elle a duré 13 jours à plus de 200 km heure. Et 200 km heure, c'est pas mal. Ça n'existe pas, en fait. Normalement, une tempête, ça dure quelques heures, quelques jours, 2-3 jours maximum. Là, c'est vraiment au même endroit, bloqué sur ces montagnes, ces 200 km heure. 200 km heure, c'est 150 décibels de son. Donc, c'est au-delà du seuil de tolérance du cerveau. Donc, c'est des endroits où on se dit, bon, est-ce qu'on a bien fait de venir ? Et on a réussi à monter une petite tente, on a déchiré des tentes et il ne nous restait qu'une seule, on était trois dans une petite tente pour normalement une personne et demie. Donc c'est assez intime. Et puis quand vous avez un des trois qui bouge, les deux autres doivent bouger avec parce que c'est serré. Et ça, ça dure 13 jours, sans pouvoir sortir, sans nourriture, parce que le dépôt de nourriture est trop éloigné, sans aucune possibilité d'agir. Et donc là, on rentre dans quelque chose d'assez intéressant, parce que c'est ce genre de basculement cognitif qui m'intéresse. On part pour explorer une montagne et on se retrouve en fait à vivre une situation humaine totalement déréglée. Est-ce qu'on est capable de se réguler ? Est-ce qu'on est capable de s'adapter à ça ? Autre situation qui m'a beaucoup intrigué, c'est tout à fait l'opposé. Là, on est au Spitsberg, on est parti pour faire un travail sur le pollen à l'intérieur prisonnier des glaces, donc terre polaire, on cherche du pollen là-dedans. Voilà. Bah, on ne trouve pas, quoi. Et on cherche, on cherche. Au bout de trois semaines, enfin, on a trouvé un endroit. C'est des sédiments qui sont pris dans les glaces. C'est génial, on est trop contents. On est ravis, on travaille un petit peu, mais ce soir, on est fatigués. On retourne au camp de base pour se reposer un peu avant de revenir faire le travail. Donc, on est des collègues, on est huit. On est trop contents d'avoir réussi. Et puis, tout d'un coup, devant nous, se lève un ours polaire. On était trop inattentifs, on ne l'avait pas vu. Il est à dix mètres de nous. Donc, c'est à peine la distance de cette salle. Enfin, c'est même pas, je pense que c'est la moitié de la salle, à peu près. Et là, c'est de nouveau intéressant. Parce que c'est un basculement qui est questionnant. C'est-à-dire que vous êtes avec des collègues, des amis, vous êtes content, tout va bien. Et d'un instant à l'autre, vous devez prendre une décision qui va être une décision de vie ou de mort. Et la question se pose, est-ce que votre cerveau sait le faire ? Est-ce que vous avez cette capacité de basculer d'un état à un autre état très rapidement ? C'est des questions qui vont se poser de plus en plus dans le futur parce que tout s'accélère. Ça se pose par exemple pour la voiture autonome qu'on est en train de discuter. Légalement, le conducteur doit rester en maîtrise de son véhicule. Vous êtes en train de laisser votre bagnole conduire toute seule, puis tout d'un coup, il y a un événement. Vous êtes censé, en un instant, pouvoir reprendre le contrôle du véhicule. Est-ce qu'on peut le faire ? Je peux vous dire non. Mais voilà, donc ça, c'est le genre de situation que j'ai vécue. Puis évidemment, j'ai aussi été confronté à des situations plus réelles, comme des tsunamis qu'on a malheureusement régulièrement sur la planète. Des conditions aussi de transformation qui deviennent assez intéressantes, comme ici, on est en Afrique subsaharienne. Un champ avec une dizaine de familles qui vivent dessus, une centaine de personnes. Et en 17 ans, on est passé de ça à ça. Donc là, quand on parle de chaleur, de sécheresse, de manque d'eau, c'est très concret pour ces gens. C'est-à-dire qu'en 17 ans, on a un territoire qui aujourd'hui n'est plus cultivable. Et la question c'est, qu'est-ce qu'on fait avec ça ? Est-ce qu'on peut s'adapter à ça ou pas ? Généralement, l'adaptation d'une situation comme ça, c'est de partir. Et donc, quand on parle de migration, typiquement, j'aimerais juste rappeler que... Ça, c'est une raison de migration. Et que quand on dit, vous venez chez nous juste parce qu'on a une économie, non, vous venez chez nous parce qu'en réalité, chez vous, c'est devenu invivable. Et c'est ça la réalité aussi. Alors la question c'est, sur la planète, avec nous, bientôt 10 milliards de personnes, aujourd'hui on dit qu'on a 8 milliards, il y a de nouveaux calculs qui disent 10 milliards, enfin on est beaucoup. Est-ce qu'on est capable de maintenir un équilibre de vie pour tout le monde, partout sur la planète, ou pas ? Ça c'est des questions qui vont se poser, et en tout cas... Quand on parle d'adaptation, ça fait partie aussi du jeu. Ou alors un autre truc qui m'a beaucoup intrigué, là on est au Népal. Ouest du Népal, un endroit où il y a... C'était vraiment au tout début de ma carrière. On était deux, on était arrivés dans des endroits où vraiment ils vivaient encore en autarcie. Ils n'avaient jamais vu d'étrangers. Ils n'avaient jamais eu de fermeture éclair par exemple. C'était tout nouveau pour eux. Donc nous on a eu tout le village qui venait ouvrir nos fermetures éclair de veste, de tente. C'était vraiment assez sympa. Et ils n'avaient aucun plastique, aucun verre, rien du tout. Et là encore, on a une vingtaine d'années. Quand on y retourne aujourd'hui... On a ça maintenant. Parce qu'en fait, il y a une route qui a été construite pas très loin. Alors il se trouve que c'est par la Chine, mais ça aurait pu être n'importe qui d'autre. On a amené du plastique, du verre. Et donc après, ils font pareil que ce qu'ils faisaient avec les feuilles de bananier. Ils jettent par terre. Et on leur a jamais expliqué que c'était pas très bon. Aujourd'hui, les sols sont tellement saturés de plastique qu'on peut plus cultiver. Donc là, on est vraiment dans le cas de figure extrêmement intéressant de comment est-ce qu'on amène quelque chose qui peut résoudre quelques problèmes. Parce que malgré tout, le plastique, ça peut avoir d'utilité dans certains cas. Mais on n'amène absolument pas les solutions d'éducation, de comment on travaille avec, de comment on le recycle, de comment on le récupère. Bref, en fait, on amène un problème et on n'amène jamais de solution. Et ça, c'est ce que j'observe dans le monde entier aujourd'hui. Quand on parle d'adaptation, ce n'est pas le sujet du jour, mais je voulais quand même juste passer un petit peu de temps là-dessus. On a tendance à générer des solutions, à penser qu'on amène une idée, une bonne idée. Puis en fait, on n'amène jamais l'ensemble de la systémie qui est en jeu. Et ça, c'est peut-être aussi ce qu'on va devoir réapprendre dans nos sociétés. c'est que tout ce qu'on fait a un impact quelque part. Et tant qu'on n'a pas compris l'ensemble de la chaîne de valeur d'un événement, d'une chose, de ce qu'on fait, on ne peut pas vraiment agir en adaptation de manière correcte. Tout ça pour dire qu'on est dans un monde assez intéressant, qui bouge beaucoup, je pense que vous le savez toutes et tous. Et moi qui travaille sur le changement, on a essayé de comprendre quels étaient les changements qui avaient le plus d'impact sur nous les humains. Alors, quand on classe les grands changements systémiques, on peut vraiment les classer en trois catégories. Vous avez des grands changements qui touchent l'environnement et le climat. Je pense qu'ici à Grenoble, vous connaissez bien ça, vous savez bien que ça change beaucoup. Et là, la petite canicule qu'on est en train de vivre, je dis petite parce que par rapport à ce qu'on aura dans quelques années, c'est petit. La petite canicule qu'on vit est un des exemples de ces évolutions climatiques. Donc voilà, vous avez les changements technologiques. Là, je pense aussi qu'on est bien au courant que c'est en train d'évoluer avec l'arrivée des nouvelles gératives. Mais on aurait pu prendre en 1988 l'arrivée d'Internet, on aurait pu prendre en 2002 l'arrivée de Facebook, on aurait pu prendre en 2007 l'arrivée du premier smartphone, et ainsi de suite. Tous ces changements technologiques changent complètement nos visions, nos manières de vivre, nos manières d'être ensemble. Et puis, vous avez les changements géopolitiques. Et là, depuis une année et demie, je pense qu'on s'amuse bien là-dessus. On s'est dit, tiens, est-ce qu'on pourrait foutre un peu plus le bordel que ce qu'on a déjà ? Et on a demandé à Trump de venir. Et du coup, alors nous, on adore ça, parce que ça change beaucoup, c'est super intéressant à étudier. Ce qui est surtout intéressant dans ces trois changements que vous voyez là, c'est qu'on les a déjà tous vécus. On sait ce que ça veut dire, on a déjà vécu des changements environnementaux, des changements climatiques, des changements technologiques, des changements sociétaux, l'humain a déjà vécu tout ça. Mais quand on étudie l'histoire humaine, c'est vraiment la première fois qu'on les voit arriver au même moment, de la manière concomitante et de manière... mondialement impactantes. Ça, c'est très nouveau. Ça veut dire qu'on est vraiment en train de vivre quelque chose qui est compliqué cognitivement, on en parlera un tout petit peu, et qu'en plus, évidemment, tous ces changements qui sont macro, majeurs, qui touchent quasiment tout le monde au même moment, et ça, c'est quelque chose d'assez incroyable, il y a nos propres changements. Désolé, c'est en anglais, c'est marqué You, mais c'est vous, nos propres changements. Dans la salle, vous avez des personnes de différentes origines, différents lieux, différents modes de vie, et puis certains d'entre vous ont peut-être des enfants. Eh bien, aujourd'hui, on sait que l'arrivée du premier enfant reste le changement le plus structurant dans la vie d'un humain. C'est-à-dire que le avant et le après n'ont plus rien à voir. Et c'est vraiment un truc qu'on ne peut pas se dire, « Ouais, en fait, je vois que ça ne me fait pas trop envie, je laisse tomber, quoi. » A priori pas, en tout cas. Donc on est vraiment là dans des changements structurants, fondamentaux, qui modifient totalement nos modes de vie. Donc ce que je veux dire par là, c'est qu'on ne peut pas classer l'impact d'un changement de par sa qualité. Est-ce qu'il est bon ou mauvais ? La seule question d'un changement, c'est quel est l'impact qu'il a sur vous. Et ce n'est pas pour rien que malheureusement, il y a énormément de personnes qui font des postpartum, beaucoup de femmes, mais aussi quelques hommes, mais ça on aime moins le dire, parce que nous on est trop fort pour faire des postpartum. On a vraiment cet enjeu qu'un changement modifie votre perception d'une situation vécue et que tout d'un coup, vous pouvez considérer que vous êtes en déficit par rapport à ce changement et vous sentez mal. Et ce mal, il peut être de quelques minutes, quelques heures, mais quelques jours, quelques années parfois. Donc moi, ma question, c'est comment est-ce qu'on amène des changements aux gens en évitant la douleur potentielle que provoque ce changement ? Ça, c'est tout mon travail. Et donc, j'essaie de comprendre nos cerveaux, nos systèmes cognitifs, individuels et collectifs, dans ces situations de transformation, avec le Human Adaptation Institute que j'ai créé il y a maintenant une dizaine d'années et avec lequel on travaille vraiment sur ces enjeux. Donc on travaille sur l'adaptation humaine. Avant d'aller plus loin, parce qu'on va beaucoup parler quand même de chaleur aujourd'hui, puis on parlera un petit peu d'adaptation ensuite, je veux quand même juste replacer ce que c'est le mot adaptation, parce qu'aujourd'hui il est à toutes les sauces. Aujourd'hui je vois quelqu'un qui marche dans la rue, il évite un poteau, on dit ah il s'est adapté quoi, non il a juste évité le poteau en fait. Mais intellectuellement, c'est pas faux qu'il a eu une réaction qui lui a permis d'éviter de se prendre le poteau. Mais l'adaptation c'est plus complexe, l'adaptation c'est vraiment le but de l'humain, le but de la vie c'est de chercher l'équilibre. La nature dans son ensemble, depuis des milliards d'années, vit dans une recherche d'équilibre, où les systèmes entre eux sont en symbiose et en osmose. Et puis un jour, il se passe un truc qui tout d'un coup déséquilibre un système qui jusque-là était plutôt équilibré. Et l'équilibre, c'est un endroit où on se sent bien. Donc tout d'un coup, il y a quelque chose qui se passe dans nos vies qui déséquilibre notre capacité à comprendre la situation. Et là, pendant un temps, on est tout d'un coup moins bien. Il y a quelque chose de nouveau, on doit le gérer, on doit le comprendre. paramétrer, on doit apprendre de nouvelles choses et essayer de reconstruire quelque chose qui est un nouvel équilibre. Et ce qui est fondamental là-dedans, c'est qu'il n'y a pas de commune mesure entre l'équilibre d'avant et l'équilibre d'après. C'est-à-dire qu'on ne peut pas se dire que l'adaptation va nous faire revenir à l'état initial. Ça, c'est la pire idée qu'on puisse avoir. Cette idée, c'est ce qu'on a vécu avec la Covid. C'est-à-dire que la Covid arrive au début, pendant les 10 premiers jours, 15 premiers jours, tout le monde est là. On va construire le monde d'après. Et puis au bout d'un mois de Covid, c'est on va essayer de revenir à ce qu'on avait avant. Et ça, ça a été très marqué. Et malheureusement, on en a parlé un petit peu, on a une tendance à chercher toujours à vouloir revenir à ce qu'on avait alors que le système a changé et que par conséquent, on doit modifier nos comportements plutôt que d'essayer de revenir à ce qu'on a. Et alors évidemment, en corollaire de l'adaptation et de l'équilibre des ensembles, vous avez quelques phénomènes. Vous avez notamment la maladaptation et l'overadaptation. Alors la maladaptation, on en a parlé un tout petit peu, c'est mettre un système en place qui va provoquer de nouveau un problème. Alors ça peut être les climatisations, alors attention, la climatisation, on est très content de l'avoir dans certains cadres, mais le problème de la climatisation par exemple, puisqu'on est sur la chaleur, c'est que tout le monde dit, ouais le problème de la climatisation c'est que ça réchauffe l'extérieur. Mais ça c'est un détail absolu, il faut le dire. Je veux dire, oui bien sûr vous prenez un peu d'air chaud ici, vous le mettez à l'extérieur, vous aurez un réchauffement des 0,5 à 0,8 degrés, si on a beaucoup de climatisation au même endroit. C'est un détail, donc il faut arrêter avec cette comparaison. Ce qui est problématique avec la climatisation, c'est que ça utilise un gaz qui s'appelle l'hydrofluorocarbone. Et ce gaz est 500 fois plus impactant sur l'effet de serre que le carbone tout seul. Donc le problème, c'est qu'on doit produire ce gaz, puis ensuite, quand la climatisation arrive à terme, on en recycle 47% en France, 8% dans le monde, et que tout le reste, ça part dans l'atmosphère. Donc le problème de la climatisation, c'est pas... que ça réchauffe l'extérieur, c'est que c'est un gaz majoritairement dangereux pour l'effet de serre, et qu'en plus il faut de l'énergie pour la faire tourner, et qu'on a beau dire qu'en France on a trop d'énergie, à un moment donné, vous allez voir, on n'en aura plus assez. Donc c'est vraiment un sujet, la maladaptation, on doit toujours réfléchir à ce que ça peut être. Et alors l'overadaptation c'est beaucoup plus intéressant et beaucoup plus complexe, c'est l'utilisation de ressources. à un endroit sans considérer la capacité des ressources à disposition partout dans le monde. Depuis pas mal d'années, on vit clairement une over-adaptation, c'est-à-dire qu'on prend plus de ressources que le monde ne peut nous en offrir. Vous savez, c'est comme l'histoire du cheval. Vous connaissez toutes les histoires du cheval. Un cheval, vous lui donnez à manger. Un jour, il dit, tiens, je vais diviser sa nourriture par deux. Vous lui mettez la moitié de la nourriture, il vit toujours bien. Vous divisez encore par deux, tiens, il est toujours debout. Et puis tout d'un coup, du jour au lendemain, le cheval y tombe. Ça, c'est l'over-adaptation. C'est qu'un jour ou l'autre, ça va tomber d'un coup. Et donc nous, on aimerait bien éviter ça. Mais on travaille aussi, c'est ça qui est le plus intéressant, ce qu'on appelle la préadaptation, l'adaptation anticipative, à savoir la capacité que nous aurions, je mets un conditionnel, à changer des comportements avant une situation, soit pour éviter que cette situation n'arrive, soit pour être prêt si elle arrive un jour. Et bien ça, c'est notre capacité humaine à faire quelque chose et sans préadaptation, on ne peut pas se préparer au futur. Et aujourd'hui, on peut dire que la préadaptation n'est pas quelque chose qui est très étudié et très compris. Mais on en parlera un tout petit peu. Voilà, je voulais juste passer du temps sur cette intro. On travaille pour comprendre tout ça sur plein de systèmes, notamment par exemple pour se mettre dans des grottes complètement coupées de toute information et du soleil pour voir comment nos cerveaux réagissent à ces situations. Là, on avait passé 40 jours dans une grotte en 2021 avec une quinzaine de personnes. On emmène des gens dans différents territoires climatiques pour voir s'il y a des types climatiques. qui sont plus impactantes d'autres sur nous, sur les humains et sur comment on fait face à ça. Bref, on travaille sur tous ces enjeux en menant des études scientifiques poussées. On va vraiment travailler à la fois sur la physiologie, la cognition et le système social et le système adaptatif en globalité. Donc on a aujourd'hui des données scientifiques qui sont les plus avancées, je pense en tout cas en Europe et sans doute dans le monde, sur les compétences adaptatives du cerveau, du corps et de la société. Voilà ce que je voulais vous dire pour introduire un peu ce comment et ce pourquoi on travaille. Et donc, on va parler maintenant clairement de la chaleur. Parce que c'est sympa d'avoir chaud, mais pas trop. Là, par exemple, moi, j'ai vraiment commencé à travailler sur la chaleur après une traversée du Dark Toulouse. C'est en Iran. C'est l'endroit le plus chaud de la planète actuellement. On est à 58 degrés à l'ombre. Il y a 3% d'humidité. Et je ne sais pas si vous regardez bien la photo, mais de l'ombre, il n'y en a pas beaucoup. Donc, sur cet endroit, au sol, on est à 85 degrés. Et ça commence à faire un peu chaud. Et alors, cette condition-là m'a frappé parce que j'ai une expérience d'explorateur. Ça fait des années que je mets des expéditions dans le monde entier. Je me suis retrouvé dans cette situation. J'avais un petit tarp que je pouvais créer pour avoir de l'ombre durant la journée. Donc de 9h du matin jusqu'à 17h, 18h, je ne pouvais pas bouger parce qu'on était au maximum de la température et c'est impossible de faire quoi que ce soit. Et donc, j'ai essayé de lire un livre pour m'occuper. Et pendant les cinq premiers jours, j'ai lu la même première ligne du même premier livre sans arriver à la comprendre. Je ne pouvais pas comprendre ce que je lisais. Et ça, ça a été un choc énorme pour moi. Parce que, d'accord, je ne suis pas le meilleur lecteur du monde, mais quand même, ne pas réussir à comprendre ce que je lis, c'était embêtant. Et c'est la première fois que j'ai réalisé que la chaleur n'était pas un problème physiologique en soi, mais un problème cognitif. Et que... ça avait des impacts. Et que là, j'étais à 58 degrés et je me suis posé la question à ce moment-là, mais à partir de quand le cerveau et le corps humain aussi, mais le cerveau surtout, commence à avoir des incapacités par rapport à la situation qu'elle est en train de vivre à la chaleur. Donc pour ça, on a monté plein d'études, on a travaillé avec plein de groupes, on a étudié des humains dans toute l'Europe, on a étudié des entreprises aussi pour voir quels étaient les impacts sur les entreprises, on a généré ce fameux Climate Sense qui est à la fois un endroit on peut simuler du climat pour tester des choses pour les humains, mais aussi pour mener des études scientifiques et faire des mesures. On a plus de 6000 mesures aujourd'hui sur différentes populations. Et donc, on a travaillé sur trois pays, France, Pologne et Espagne, avec une étude de grandeur énorme avec la Banque Européenne d'Investissement pour vraiment étudier ce que voulait dire chaleur sur les humains. Donc tout ça, ce sont les résultats que je vais vous présenter maintenant pour questionner un petit peu comment on s'en sort. Alors déjà, quand on parle de chaleur, je pense qu'il ne faut jamais oublier ça. Ça, c'est le nombre de canicules qu'on a depuis 1900. Et si vous regardez ce schéma, je pense qu'il n'y a pas besoin de beaucoup d'explications pour comprendre qu'on a un petit souci quand même. Donc on a eu 8 épisodes de canicules jusqu'en 1950, puis de nouveau 8 jusqu'en 2000, donc ça fait 16 épisodes de canicules sur l'ensemble du XXe siècle, avec 2 canicules majeures, 1911, 1947. 1911, c'est 40 000 morts. Donc c'est vraiment la canicule la plus horrible qu'on ait vécue en Europe. en France, pardon, mais dans une condition qui n'était pas du tout aussi adaptée qu'aujourd'hui. Et puis tout d'un coup, on arrive dans les années 2000, et là on voit que ça se resserre de plus en plus, et à partir de 2010, ça devient vraiment quasiment chaque année. On a, entre 2010 et 2025, 28 épisodes caniculaires, versus seulement, entre guillemets, 19 épisodes de 1900 à 2010. Donc, si jamais quelqu'un vous dit encore, ouais mais c'est normal qu'il fasse chaud en été, ben non. On a une situation d'augmentation constante, traînante, en puissance, en force et en durée des canicules sur le territoire européen et particulièrement sur le territoire français. Et ça, on comprend bien, là je m'arrête en 2025, en 2026 vous en avez déjà deux et c'est pas fini et ainsi de suite. On comprend bien quand on voit ça, qu'on arrive dans un champ de situation quelque peu nouveau et qui va nous obliger à prendre des mesures un peu plus... plus complexes que celles qu'on prend en disant aux gens il faut boire un petit coup quand il fait chaud et tout ira bien. La chaleur nous pose plein de problèmes en fait. C'est que la réalité, alors je pense que de cette salle vous avez peut-être plus réfléchi à la question, mais c'est que les gens n'y comprennent rien à la chaleur. Et que l'information qu'on leur donne, elle est pire que tout. Parce qu'elle augmente l'incompréhension. Je vais vous donner quelques exemples. Pardon, excusez-moi. Ça, c'est toujours la même image. Ça, c'est la carte météo pour les canicules qu'on a eues là. Donc, on est lundi 22, mardi 23. Les prévisions, 42 degrés à Bordeaux, 43 degrés à Bordeaux. Vous êtes bien à Grenoble avec 39 degrés, tout va bien. Voilà, ça, c'est une carte qu'on vous montre. On vous dit, il va faire cette température. Alors, dans cette salle, est-ce que vous savez comment est-ce que ces températures sont déterminées ? Bon, vous le savez sûrement, mais voilà, ça, c'en est une autre. Alors déjà, on a un premier sujet. C'est que suivant la télévision ou le canal que vous regardez, des fois vous avez une carte qui a ce genre de couleur, et puis le coup d'avant, c'était ce genre de couleur. Donc ça veut dire qu'une fois on représente la chaleur avec du blanc, une autre fois on représente la chaleur avec du gris, une autre fois on représente la chaleur avec du rouge, puis finalement, tout le monde a une vision très différente. Mais alors il y a un autre problème, c'est qu'on vous donne une température à 42 degrés, et puis la question qu'on se pose, c'est cette température, elle est quoi ? Elle est ambiante, réelle, ressentie, humide, perçue ? Finalement, là, ça devient un peu plus compliqué. Alors, en réalité, la température qu'on vous donne, c'est la température ambiante. Donc, la température sous-abri. Donc, en gros, vous avez un peu partout dans la France des abris Stevenson, que vous voyez là, qui sont posés sur de l'herbe, à l'abri, donc, du rayonnement direct et à l'abri du vent. Donc, vous avez la température ambiante parfaite, idéale. Donc là, vous avez, par exemple, 42 degrés à cet endroit. Est-ce que vous pensez qu'avec exact... Exactement la même intensité lumineuse, chaleur et tout ça. Vous avez la même température ici. Ben non, on est bien d'accord. Donc, en fait, on nous dit vous avez 42 degrés. Mais si ça se trouve, toi, tu vis réellement à un endroit où il y a 47 degrés de température parce qu'on n'est pas sur de l'herbe à l'abri du soleil. Donc déjà là, ben... Alors, du coup, le système climatique s'est mis à parler de température ressentie. Vous avez sûrement entendu ça ces derniers jours, on parlait de température réelle, ressenti X. Alors d'abord c'est aberrant parce que là, c'est pas du ressenti, c'est du réel. Vous êtes vraiment à 47°C versus 42°C ici, mais bon passons. Mais alors de quoi on parle quand on parle de ressenti ? Ben voilà, là on rentre dans un nouveau problème, c'est qu'il y a plusieurs manières de calculer le ressenti. Et donc parfois, certains systèmes se servent de l'humidex. créé au Canada en 1979, qui corrèle humidité et température. Et par exemple, cet indice nous dit que si vous avez 40 degrés de température avec 45% d'humidité, il fait 53 degrés ressenti. Simple. Tout le monde comprend. Bon, des fois, c'est embêtant parce qu'on se sert de l'itindex américain. Et puis là, si vous prenez les mêmes... 45 degrés de température et 45% d'humidité, 40% d'humidité, 45 ici, excusez-moi, je me suis trompé, vous êtes à 74 d'humidité de ressenti. Donc une fois vous êtes à 53, l'autre fois vous êtes à 74. Je me suis trompé sur les petits bleus. Allez comprendre. Comment est-ce que, et certaines chaînes météo prennent l'humidex, d'autres l'éthanex, mais d'autres vont plutôt vous parler du WBGT, qui lui est ce qui est utilisé dans nos études scientifiques, qui est le vrai... thermomètre globe mouillé qui détermine à la fois température plus humidité plus rayonnement solaire et là dans cette condition là si on est à 40 degrés 45% de l'humidité il fait 30 degrés
- Speaker #0
Parce qu'en réalité, le facteur humide réduit la température réelle et vous êtes effectivement dans une température à 30 degrés d'impact corporel. Donc là, on parle exactement des mêmes 45 degrés et 45% d'humidité avec simplement différentes manières de calculer les impacts réels. Et le problème, c'est qu'aujourd'hui, on donne toutes ces températures aux gens sans qu'ils les comprennent. Donc on a un enjeu majeur sur la chaleur. de comprendre de quoi on parle et de clarifier un peu. Il faut que les services de météo, il faut que les villes, il faut que les régions se mettent autour d'une table pour décider en fait c'est quoi qu'on explique et qu'on donne aux gens. Parce qu'aujourd'hui, même moi qui ai travaillé là-dessus depuis plus de dix ans, il y a des fois je ne comprends même pas ce qu'on nous donne à la radio, à la télévision. Là j'ai fait plein d'émissions radio ces derniers jours, on me donnait des températures, j'ai dit mais t'as cherché ça où quoi ? Enfin c'est... voilà. Donc on a un vrai enjeu. Et pour nous, le seul qui vaille, c'est ce tableau-là, c'est le WBGT, le Wet Bulb Temperature, ou la température au thermomètre mouillé, qui est celui qu'on utilise dans nos études scientifiques pour faire les calculs de risque sur les humains. Mais c'est clair que si je vais dire à quelqu'un à la radio, « Ouais, il fait 40 degrés, mais en fait il fait 30 » , c'est incompréhensible non plus. Donc on n'utilise jamais la radio à la télé. Mais c'est grâce à ça qu'on calcule les seuils de risque. Et un jour, on a déterminé... avec des études qu'on fait, Sherwood, Vanos, Vecelio, et qu'on a aussi fait, que la température qui devient mortelle pour l'humain, c'est 35 degrés Tw. 35 degrés Tw, ce serait par exemple 40 degrés avec 70% d'humidité. Là, vous êtes à 35 Tw, et on considère qu'en thermodynamique et en thermorégulation, C'est la température à partir de laquelle le corps ne peut plus se rafraîchir parce qu'il ne peut plus avoir d'échange d'humidité avec l'extérieur et l'intérieur. Donc vous êtes dans une situation où vous êtes, quel que soit votre état de santé, même un jeune en pleine forme meurt en 6 heures. Le problème, donc ça c'est ce qu'on a déterminé par calcul sur le WBGT. Alors je vous rassure quand même, moi j'ai été dans beaucoup d'endroits où on a dépassé cette température, on n'est pas tous morts. Mais c'est une température qui devient vraiment à risque et qui pour des personnes fragiles peut même être à risque à partir de 29 degrés. Donc tout ça fait qu'on a ces différentes manières de présenter la température, ambiante, réelle, ressentie, humide, perçue. Ah oui, et la dernière, perçue. Ça, ça devient super intéressant. C'est que malgré tout ce qu'on vous dit à la radio et à la télé, chacun conçoit la température différemment. Et pour 10 personnes, vous les mettez dans une température précise, les 10, vous leur demandez à la sortie quelle température vous avez vécue, j'aurai 10 réponses différentes. Et ça, c'est aussi un problème parce que... On surestime souvent la température. Moi j'ai eu plein de gens qui me disent en France on a déjà eu souvent 50 degrés. Ben heureusement pas. Mais le problème c'est que c'est des gens qui peut-être un jour ont vu un thermomètre sur une pharmacie qui est en plein soleil et effectivement c'est marqué 50. Ils ont peut-être entendu que c'était une température ressentie, calculée avec l'humidex ou le hitindex. En fait, les gens pensent qu'ils ont déjà vécu 50 degrés. Quand on leur dit il y a un problème dans le futur et qu'il va faire 50 degrés, pour les gens la réponse c'est ben c'est... Ça va, c'est cool, on a déjà vécu ça, il n'y a pas de problème. Alors que je vous promets que si un jour on a 50 degrés, ce sera un vrai sujet. Donc on a plein d'enjeux. Et alors c'est vrai que du coup, pour mieux comprendre la température, on s'est mis scientifiquement à calculer la mortalité à la chaleur. On s'est dit, quelle est la mortalité ? Est-ce qu'il déterminerait concrètement le risque chaleur ? Effectivement, on a vu qu'il y avait à peu près chaque année 500 000 personnes qui mourraient à la chaleur. On peut même aller presque à 1 million parce qu'on a aussi un calcul qui dit que tous les gens qui sont morts par dérivés de la chaleur, mais enfin bon, globalement, on a une augmentation de la mortalité, mais ça reste quand même que 500 000 personnes par an. C'est beaucoup dans le monde, 500 000, mais enfin, si on compare au tabac avec 8 millions de morts par an ou aux maladies cardiovasculaires avec 19 millions de morts par an, on comprend que finalement, la chaleur, en soi, c'est pas tant un problème. Enfin, c'est embêtant, mais on n'en meurt pas beaucoup, pour l'instant. Donc finalement, pourquoi est-ce qu'on fait... tellement de discussions et de drames d'enjeux sur cette chaleur. Là, je pense que vous avez tous vécu cette canicule avec les médias qui ont parlé de ça, H24, dans tous les sens. Pourquoi ? Alors que finalement, c'est un risque relativement peu mortel. Parce que d'abord, néanmoins, il est mortel quand même, donc on essaie d'éviter. Mais parce qu'il y a quelques autres détails à la chaleur. Quand on commence à prendre d'autres chiffres, on commence à voir que tiens, là c'est pour 2024, on a perdu... 1,9 trillion de dollars uniquement à cause de la chaleur et 640 milliards d'heures de travail à cause de la chaleur. Je remets les chiffres en contexte, 640 milliards d'heures de travail. Ça représenterait 10 ans de tout le travail en France, uniquement à cause de la chaleur. Et en France, alors c'est un peu moins parce que ces dernières années, on n'a pas eu beaucoup de chaleur. On est en 2024, on avait perdu 82 millions d'heures de travail pour 2,2 milliards de dollars de déficit. Mais ça, c'est en 2024, l'année la plus froide de ces cinq dernières années en France. Cette année, je peux vous dire que ces chiffres-là, ce ne sera pas pareil. Ce sera beaucoup plus, puis ça va aller exponentiellement. Et puis en plus, là, on va parler donc du nombre de tarifs perdus, de l'argent perdu. Mais on pourrait ajouter un dernier chiffre, et malheureusement, je n'ai pas la date pour vous la montrer aujourd'hui. C'est le nombre d'erreurs et d'accidents dus à la chaleur. Et on va en parler un tout petit peu après. Donc on commence à voir que la chaleur, ce n'est pas seulement, et même si c'est important, un risque de mortalité. C'est un vautourisme d'équilibre de nos sociétés et de capacité à fonctionner dans un cadre social à peu près bon. Donc on va parler un tout petit peu maintenant de c'est quoi l'impact de la chaleur. C'est un enjeu systémique, vous allez voir pourquoi. Parce que d'abord, si vous avez une inondation quelque part, terrible, vous avez un endroit qui est touché. Et globalement, vous avez tout le reste qui est autour pour continuer d'aider ou de travailler avec les personnes. La chaleur, ça va toucher tout d'un coup tout un système, tout un dôme. Et que quand on passe certains seuils, ça devient très gênant. On ne les a pas encore dépassés en France. Donc pour l'instant, on est plutôt tranquille. Mais globalement, la chaleur, elle touche tout. Elle touche notre physiologie. On meurt en général parce qu'il y a des arrêts cardiaques à la chaleur. Donc la physiologie, ça touche l'ensemble de notre système qui travaille comme un fou pour se maintenir à 36,5 degrés. C'est sa température nominale. Donc quand vous avez trop de température extérieure, en fait, il doit trouver des solutions. Il va d'abord augmenter la température. Il va essayer d'augmenter un peu la taille et le travail des glandes sudoripares pour mieux transpirer. Il va augmenter son rythme cardiaque pour fluidifier un peu le sang. Il va faire travailler ses reins beaucoup plus parce qu'on boit plus. D'ailleurs, la maladie la plus fréquente à la chaleur, c'est l'hyponatrémie, qui est une maladie des reins où il y a un déficit entre la quantité d'eau qui arrive dans les reins et le manque de sodium dans les reins. Et là, ça peut être dramatique, ça peut faire un arrêt rénal. Et ça, c'est très embêtant. Donc, ça veut dire que quand vous buvez, vous devez faire attention d'avoir suffisamment de sodium en plus de ce que vous buvez. pour pouvoir garder l'équilibre sodium et hydratation dans les reins. Enfin bref, ça c'est la physiologie. Ça on connaît à peu près, on sait à peu près gérer. Ensuite, il y avait l'enjeu de la cognition et du mental, le cerveau. Et ça c'est déjà beaucoup moins connu. Pendant toutes ces années, on a parlé de la physio, mais le mental était peu engagé. Le cerveau, c'est encore pire que le corps. Il est dans une boîte crânienne qui est complètement fermée. Donc il n'y a pas d'aération dans le cerveau. Et il n'y a pas de transpiration du cerveau, parce que c'est dans un os. Vous ne transpirez pas du cerveau. Vous arrivez à rafraîchir votre cerveau par des systèmes de liquide rachidien, en céphalo-rachidien, et un petit peu des mécanismes particuliers. Le cerveau a beaucoup de mal à se rafraîchir. Et en plus, il y a un problème supplémentaire qu'on n'a pas le corps. C'est que qu'est-ce qui permet à votre cerveau de fonctionner, de réfléchir, de faire des choses ? C'est les échanges électriques entre les neurones, via les synapses, les entrées et les compagnies. Et comme vous avez tous fait de la thermodynamique à l'école et que vous connaissez parfaitement la physique des particules, bien sûr, vous savez que l'électricité égale la chaleur. Donc non seulement il a chaud par l'extérieur, mais potentiellement il peut en plus se réchauffer par la suractivité. Donc évidemment, qu'est-ce qu'il va faire le cerveau pour se protéger de ça ? Il va décider de réduire un peu son activité, tout bêtement. Alors il va décider d'abord de manière volontaire. Il va couper des choses qui lui paraissent pas nécessaires à sa survie. Par exemple, la mémoire à court terme. Savoir ce que vous avez mangé au petit déjeuner ce matin, c'est pas très important. Il va petit à petit couper des fonctions un peu plus complexes. Jusqu'à couper une fonction qui est fondamentale, mais qui est la plus énergivore dans le cerveau. C'est la fonction sociale. Parce que pour faire société, pour être avec une autre personne, j'utilise tous mes sens en même temps. Je vais utiliser mon audition, mon regard, mon odorat. Je vais essayer de comprendre tous ces... petits gestes, ces petites... Tout ce qui se passe entre deux humains. Et bien ça, c'est énormément d'énergie pour le cerveau. Donc il va se dire, ça, je vais un petit peu arrêter. Donc je préfère pas trop être avec quelqu'un d'autre. Donc on a, dans la chair, vous avez peut-être déjà vécu ça, moins envie d'aller voir d'autres personnes, moins envie de se coller les uns aux autres, moins envie de faire des choses ensemble. Puis des fois, on en devient même un tout petit peu irritable, parce qu'en fait c'est une manière du cerveau de se protéger. L'irritabilité, elle n'est pas faite contre la personne, elle est faite pour éviter. que la personne vienne vers vous. En fait, si vous la rejetez, la personne a moins envie de venir vers vous. Donc en fait, c'est vraiment une défense du cerveau pour dire stop, je ne peux pas consacrer d'énergie à toi aujourd'hui. Il y a d'autres cas de la chaleur qui font ça, mais voilà. Donc tout ça explique que le cerveau est très touché par la chaleur et qu'en réalité, quasiment l'ensemble des enjeux sont à risque pour le cerveau. Vous avez peut-être déjà vécu des moutons. de tête, vous avez déjà vécu des baisses de la concentration, vous avez un temps de réaction qui est ralenti, mais très ralenti, et ainsi de suite. Donc, troubles de l'humeur, tout ça. Donc ça, c'est vraiment important. Et alors, il y a deux, trois études qui expliquent et qui montrent ça de manière assez claire, que j'aime beaucoup. Cette étude de Wiedemann et Caillevabou, très très bonne étude, qui a étudié des milliers, enfin 7 millions de prises de parole de 28 000 politiciennes et politiciens, législateurs, dans 8 pays différents. Puis ils ont regardé la qualité du discours, la fluidité du discours. à le nombre de mots utilisés, le nombre d'erreurs dans les mots, le nombre de fois où les gens butaient sur leurs phrases et compagnie, avec la température ambiante, ils ont pu corréler la qualité du discours avec la température, plus il fait chaud, plus le discours est de moins bonne qualité, voire ralenti, voire incompréhensible dans un extrême important, parce que le cerveau n'arrive plus à se concentrer, tout simplement. Et ce qui veut dire que si vous avez des personnalités dans la salle qui prennent des discours des fois, regardez d'abord la température ambiante avant de prendre la parole, ça peut être important. C'est pour ça qu'on climatise les salles des politiciens qui parlent. Parce que déjà que c'est jamais facile même que c'est climatisé. Mais alors que c'est chaud, bon. Autre étude sympa, enfin sympa, ça c'est une étude de Hou et Hall. Ils ont regardé le nombre d'accidents à New York au fonction de la température. Ils ont pu déterminer qu'à partir de 26,1°C ambiance sur 24h, vous aviez 1,58% d'accidents supplémentaires par degré supplémentaire. De manière exponentielle. Donc ça veut dire que plus il fait chaud, plus il y a d'accidents. Et ça, on le vérifie dans pas mal de villes. Et donc, ça montre bien que les conducteurs sont simplement moins concentrés, ont moins la capacité de faire des choses complexes, et donc ont tendance à avoir plus d'accidents. Je pourrais vous en montrer des dizaines, des études comme ça, qui confirment toutes les mêmes choses. Quand il fait chaud, on est moins capable, en tant qu'humain, de fonctionner. Et ça, malheureusement, c'est vrai partout. C'est pour ça qu'on a tendance à climatiser, c'est pour ça que des pays... qui étaient des pays en difficulté quand ils ont commencé à climatiser, c'est des pays qui se sont développés. Il n'y a pas que ça, mais il y a aussi... Alors je ne suis pas en train de dire qu'il faut climatiser à outrance, mais ça montre bien que malheureusement, on peut corréler développement et chaleur. C'est assez lié et ça n'a rien de rejet pour différentes sociétés. C'est juste qu'on doit trouver des solutions pour se protéger. Par exemple, si on prend l'Espagne ou le Mexique, qui ont des chaleurs bien plus importantes que chez nous, ce qu'ils ont trouvé comme solution, c'est de changer les heures de travail pour ne pas devoir travailler et faire fonctionner le cerveau quand on est au plus chaud. Et c'est ça, il faut... Sans doute, il va falloir qu'on y vienne. Donc ça arrive justement sur les notions sociétales. Et là, nous, on a beaucoup étudié ça. On a notamment étudié ça dans Deep Climate. On a mis les mêmes personnes dans différents climats. On a regardé plein de choses, mais entre la sociabilité. Donc quand il a fait froid, on était dans des températures environ de moins 20, moins 15 à moins 20 degrés. Très belle stabilité sociale, très peu de problèmes de cohésion de groupe. Un peu de besoin d'attention psychologique, physiologique, mais sans plus, tout allait bien. Quand on est arrivé dans le milieu chaud-humide, mais chaud pas trop, il faisait 30 degrés à peu près, mais avec pas mal d'humidité, 90% d'humidité. Là, on a vu qu'il y avait un peu de stabilité à risque, que c'était plus difficile de faire fonctionner le groupe, mais sans plus. Et puis par contre, il y avait une physiologie en risque. Là, vous aviez beaucoup de problèmes physiologiques, on le sait, l'humidité, ça ne fait pas très bon ménage avec la peau, et ainsi de suite. Alors quand on est arrivé dans le désert, où là il fait très chaud, on était à plus de 40 degrés la journée, jusqu'à 45 degrés. et des nuits encore chaudes, un peu ce qu'on est en train de vivre maintenant, on a vu une déstabilisation sociale assez importante, avec le groupe qui s'est petit à petit désolidarisé en partie. Au début, on était tous sur la même tarpe pendant la journée, pendant qu'on attendait, puis il s'est mis à y avoir deux, puis trois, et puis à la fin, on avait cinq, six tarpes différents, avec des tout petits groupes qui se créaient, et très peu de contacts entre ces différents groupes. Donc vraiment, on a pu observer deux visus. La déstructuration sociale qui s'est provoquée par la chaleur, qui n'a pas existé du tout ni en Amazonie semi-chaud ou humide, et en Laponie, et ça on l'observe maintenant dans des sociétés entières, on l'observe dans des entreprises, il y a vraiment un enjeu d'impact chaleur sur la capacité à faire société. Alors la question c'est à partir de quand ça arrive, quelles sont les températures à partir desquelles on commence à avoir les premiers problèmes, ça a été une vaste discussion qui est aujourd'hui arrivée à terme, vous voyez très nettement que dans les deux cas vous avez une courbe cassure très nette qui montre qu'en pointe entre 31 et 34 degrés, donc environ 32 degrés, vous avez vraiment les premiers problèmes fonctionnels et d'acceptation de la chaleur qui surviennent. Et ici, si vous regardez, c'est entre 23 et 25 degrés. À 24 degrés, vous avez la même chose. Donc on peut aujourd'hui déterminer qu'à partir de 24 degrés en moyenne et 32 degrés en pointe, on doit commencer à mettre en place des mesures de questionnement. sur la capacité des humains à faire des fonctions complexes. durant les pannes de chaleur. Ça, c'est vraiment les températures majeures. Donc, ça paraît bas, en fait. C'est beaucoup plus bas, en tout cas, que ce qu'on pensait. Et c'est déjà des températures qu'on vit chaque année. Donc, encore une fois, à ces températures-là, vous n'avez pas toute la société qui devient débile. On l'est tout le temps, en fait, vu nos actions face au climat. Mais à partir de ces températures, on commence à avoir les tout premières choses qui sont insensibles pour l'humain. C'est-à-dire que si je demande à quelqu'un... Alors qu'il fait 32 degrés, est-ce que tu te sens dégradé ? Quasiment personne ne me dira oui. Par contre, quand on fait un test scientifique, par exemple de réflexe, pour voir la rapidité de faire quelque chose, on voit qu'à partir de cette température, on a une dégradation de la capacité réflexe. Typiquement, si vous conduisez, vous avez une dégradation de la capacité réflexe, vous comprenez bien le risque. Si vous êtes dans un travail complexe, si vous êtes un horloger qui doit faire une manipulation très très précise, tout ça montre bien que ce sera plus compliqué. Et évidemment, ça monte de plus en plus. Alors, je n'ai pas mis ce graphique parce que je ne voulais faire peur à personne. Je vais vous en montrer d'autres. Mais il y a un enjeu qui est assez fou. Et moi, c'est quelque chose qu'on n'arrive pas à étudier encore. Mais pour l'avoir vécu plusieurs fois, puis pour avoir vécu avec des gens qui l'ont vécu, jusqu'à 44, 45 degrés, on arrive quand même à peu près à bien maîtriser les choses. C'est-à-dire qu'on gère, on trouve des solutions et tout ça. Et puis notre cerveau trouve des solutions, notre corps trouve des solutions. Si on est un peu protégé, si on ne fait pas n'importe quoi. Parce que la plupart des morts à la chaleur... En dehors des personnes très âgées et très jeunes, c'est des morts de stupidité quand même. Mais il y en a beaucoup. Quand vous voyez quelqu'un qui a 34 ans en train de courir son footing à 2h de l'après-midi quand il fait 44 degrés, ça s'appelle du Darwin Award. Vous savez, c'est ces awards qu'on donne aux gens quand ils font un truc qui est tellement bête au niveau de l'évolution qu'on les récompense pour leurs bêtises. On en est dedans. C'est-à-dire faire de l'effort physique à haute intensité. au moment où il fait très chaud, forcément, vous avez des gens qui disent, ça va bien, ça va plus. C'est comme le gars qui tombe dans la fenêtre jusqu'au deuxième étage, jusqu'ici, tout va bien. Donc, on est vraiment là-dedans. Et alors, à partir de 45°, il y a un facteur exponentiel qui va se créer. Entre 45 et 50°, chaque degré supplémentaire, c'est très compliqué. Et vraiment, 50°... Heureusement, on n'a encore jamais vécu, mais on le projette quand même pour les années 2045-2050. C'est ce qu'on a voulu tester et vous montrer avec le climat de scène, c'est juste invivable. On rentre dans un range de températures qui ne sont plus acceptables pour le cerveau. Vous êtes en souffrance réelle, c'est très compliqué à vivre. Moi, j'ai vécu ça dans plusieurs pays, y compris dans des pays qui ont l'habitude de la chaleur, comme le Pakistan, l'Inde, le Mexique. En fait, à chaque fois qu'on a dépassé les 45 degrés pour entrer dans cette zone entre 45 et 50 degrés, en fait, il n'y a que deux solutions. Soit tout s'arrête et les gens ne quittent plus le système climatisé ou ne vivent que la nuit. Soit, en fait, ils essaient de continuer la société, ça ne marche pas. Et ça va jusqu'aux animaux, parce que les animaux souffrent encore plus que nous. Pour la première fois au Mexique, quand il a fait 48,5 degrés pendant plusieurs jours de suite, vous avez des singes qui tombaient des arbres. On a dit à un moment donné que c'est des châssis qui se sont suicidés, c'est pas vrai. Simplement en fait ils n'avaient plus la prévention nécessaire et l'agilité nécessaire pour sauter d'une broche à l'autre et ils tombaient. Donc voilà, vraiment c'est des températures, il faut tout faire pour ne pas y arriver. Au-delà de 45 degrés, notre société elle est vraiment en risque et il faut tout faire pour ne pas y arrêter. Alors je continue un petit peu, si on prend des températures, ça c'est des études qui ont été faites en 2025, durant la canicule d'août versus une période fraîche en septembre. Vous avez 68% de la population qui dort plus correctement. Donc là, on commence à comprendre les enjeux. Chaleur égale dégradation mentale. Manque de sommeil égale fatigue. Les demi-bout à bout, c'est des gens qui, au fur et à mesure des jours, vont se dégrader. C'est pour ça qu'on voit, et la courbe est simple, plus il y a de jours de chaleur, plus la courbe d'utilisation des hôpitaux et des services de santé augmente. Vous avez ces chiffres qui sont intéressants pour nous. C'est que 30% de la population française pensent devoir déménager dans les 15 ans en raison de la chaleur sur leur territoire, 30%. On parle des Marseillais ou des Arlois ou des Exois qui vont habiter en Bretagne. Allez, en Bretagne, ils disent aux Bretons, vous allez recevoir un afflux de Marseillais. Vous allez voir comment ils vont répondre. Non mais on rigole, mais ça montre bien le problème en fait de la migration. C'est que la migration n'est jamais le problème de la distance d'où on vient, c'est que dès le moment où des gens d'un endroit se déplacent dans un autre, ça pose un problème et ça va être de monde. de gérer une coopération qu'on n'a pas l'habitude de faire. Et ça, c'est vraiment un enjeu pour le futur. C'est retrouver la capacité à faire une société qui s'accepte les uns les autres dans une condition où on va devoir peut-être resserrer un petit peu les lieux de vie par rapport à des lieux qui deviendront invivables. La chaleur est aussi malheureusement genrée et agiste, puisque vous avez... Plus de femmes qui souffrent à la chaleur que les hommes. En Europe, c'est 41% de femmes qui déclarent être affectées par la chaleur versus 22% des hommes. En France, c'est seulement 27% des femmes. Alors les femmes sont effectivement plus affectées à la chaleur, c'est une vérité. C'est embêtant, mais c'est vrai. Et il y a deux raisons à ça. Une raison physiologique pure, qui est très faible, qui est très ténue, mais qui existe, parce que les glandes sudorépare des femmes sont légèrement plus petites que celles des hommes. Donc elles transpirent un tout petit peu moins. Mais ça, c'est peut-être 10 à 15% de l'effet différentiel entre femmes et hommes. L'effet le plus différentiel, il est dans, généralement, l'activité. Opérées par les femmes qui sont souvent plus à même de devoir s'occuper des cours, s'occuper des enfants, tout ça et tout ça. Et donc plus souvent dehors, plus souvent affectées par la chaleur. Et en plus, elles ne boivent souvent pas assez. Environ 70% de la population française ne boit pas assez quand il fait chaud. Mais quasiment toutes les femmes. Et ça, ça vient de faits d'enfance, d'éducation scolaire, du fait que typiquement un truc qui est très fréquent, c'est que dans les écoles, Les toilettes sont sales, donc les femmes n'ont pas envie de aller aux toilettes, donc elles se mettent à boire moins pour éviter de devoir aller aux toilettes pendant les heures d'école, et donc elles s'habituent à boire moins, et ensuite ça s'inscrit cognitivement, et après on n'arrive pas à changer ce fréquentiel de boissons. Donc ça c'est tous des enjeux éducatifs, scolaires, machin, qui expliquent ça. Et puis vous avez aussi une grande différence d'affectation à la chaleur par l'âge. Et là c'est très contre-intuitif parce qu'effectivement les personnes âgées et très jeunes meurent plus à la chaleur. Par contre les gens qui sont les plus affectés et qui ont le plus de problèmes et qui font le plus d'erreurs à la chaleur, ce sont les jeunes. Ici c'est de 18 à 29 ans mais on aurait pu faire le même calcul de 18 à 40 ans. Les jeunes sont plus hospitalisés, font plus d'erreurs et ont plus de peine à accepter la chaleur. Donc ça veut dire qu'il faut qu'on arrête aussi de dire la chaleur elle n'affecte que les personnes âgées et les personnes très jeunes, ça affecte tout le monde. Et à des raisons différentes. Malheureusement, les personnes âgées, c'est plutôt la mortalité. Les personnes jeunes, c'est plutôt les erreurs et l'envie sociale. Et puis enfin, le stress est un immense facteur aggravant de la chaleur. Plus vous est stressé, plus vous ressentez la chaleur. Donc vraiment, gérer le stress dans nos sociétés, ça paraît fondamental. Voilà, je pourrais vous montrer plein de chiffres. Je vous montre encore 2, 3. Évidemment, quand il fait chaud, vous avez moins envie de faire du sport. Heureusement, moins envie de travailler. Vous avez quand même 47 personnes. 47% des gens qui ont moins envie de travailler ça devrait nous questionner sur comment est-ce qu'on organise le système de travail dans les conditions de chaleur, est-ce qu'il faut décider de réduire les horaires de travail, est-ce qu'on se dit pendant les périodes des canicules on accepte qu'il y ait peut-être la moitié moins de travail qui est effectué mais du coup on l'organise c'est pas un truc qu'on fait on se pose la question, moi je donne pas de réponse aujourd'hui, je vous pose des questions parce que ces questions elles vont devoir se poser dans la société dans le futur, on voit qu'on a 27% de gens qui ont des difficultés à se concentrer 24% de gens qui ont plus d'irritabilité. Tout ça, c'est à des températures qu'on a vécues l'an dernier, donc bien moins importantes que cette année. Et donc, on voit là qu'on a beaucoup d'enjeux. Donc voilà, la chaleur, elle pose un enjeu sur l'ensemble des périmètres physiques, cognitifs, sociaux, travail et donc organisation de la vie sociale. Et donc, la question va se poser sur plein de choses. Et puis enfin, il y a un dernier point, c'est pour ça que c'est systémique, c'est que les équipements sont touchés aussi. Des fois, les téléphones, ils disent j'ai trop chaud, j'arrête. Des fois c'est les ventilations qui disent j'ai trop chaud j'arrête. La plupart des ventilations installées en France sont des ventilations non tempérées à la chaleur. Ça veut dire qu'à partir de 45-46 degrés de température, elles vont s'arrêter. On a eu quelques exemples, le muséum d'histoire de Toulouse qui a dû fermer ses portes parce que plus de climatisation et de ventilation. Hôpital de Bordeaux et j'en passe, le Louvre et j'en passe et j'en passe. Donc ça, c'est embêtant, plus vous vautilez une pièce, ça devient gênant, je ne vous le cache pas. Donc vraiment, ça c'est un enjeu. Et puis évidemment, des bâtiments qu'on construit de plus en plus, qui sont ingérables à la chaleur, notamment les bâtiments en verre. Je ne comprends pas qu'on construise encore des bâtiments en verre, mais on voit bien que tout est touché. Donc vraiment, on a quelque chose qui touche tout notre société. Et on continue de faire pousser de terre des hôpitaux comme l'hôpital de Nantes, qui est en train de se construire à 1,5 milliard d'euros, qui est construit sur des normes 2020 de chaleur. Donc l'hôpital de Nantes sera capable de supporter des chaleurs de 2020 sans problème. 2050, là, ça ne marchera plus. Donc c'est une aberration. On continue de construire une tour en verre au sud de Paris et plein d'autres tours en verre partout. À Singapour, ils ont fait un calcul que le temps de survie d'une tour en verre durant une période de chaleur, c'est la climatisation de Tampan, c'est deux heures. Voilà. Bon, bref. Et donc j'ai toujours quelqu'un qui me dit que ce n'est pas grave, on va climatiser. Vous savez bien que, vous avez peut-être entendu parler, il y a des transformateurs qui tombent en panne, qui d'un coup font qu'il y a pas mal de gens qui sont sans électricité, et ainsi de suite. Voilà ce que je pouvais vous dire sur la chaleur. Tout ça, c'est sur les conditions actuelles. On sait bien que les conditions actuelles, elles ne vont pas durer très longtemps. Alors la 8.5 est finie, mais c'est un ancien tableau. Il va y avoir plein de choses qui vont se passer. Je vois que l'heure est passée beaucoup plus vite que prévu, mais je vais quand même vous donner un peu des... Du coup, on ne passera pas sur la partie adaptation, sauf si vous avez des questions là-dessus. Mais je vous montre quand même ces deux, trois chiffres. En France, seulement 23% des gens sont satisfaits des solutions des autorités pour les mesures d'adaptation. Donc ici à Grenoble, à priori, vous avez un super adjoint à l'adaptation, donc forcément c'est beaucoup moins. Mais enfin, il y a quand même en France un vrai enjeu. Aujourd'hui, on a 86% des gens qui pensent que... On devrait revoir nos plans d'adaptation. Ils ont raison parce que les plans d'adaptation ne tiennent pas compte des humains. Ils aimeraient être plus impliqués. On voit qu'il y a pas mal de sujets là-dessus. On a surtout 58% malheureusement aujourd'hui qui pensent que se préparer à la chaleur, c'est plus important que prévenir. Et là, on montre un basculement énorme. Ce n'était pas le cas du tout il y a quelques années. Là, en fait, la peur générée par la chaleur fait qu'on a envie d'abandonner les solutions d'atténuation. exclusivement au profit des solutions de nouvelle vie et de prévention. C'est sûr qu'il faut prévenir, mais on ne peut pas arrêter d'atténuer. Et je rappelle que l'adaptation, c'est la capacité à s'équilibrer dans un nouveau système et à changer de comportement, et que pour atténuer, il faut changer de comportement. Donc ce n'est pas un problème d'adaptation, c'est un problème de différence entre vouloir se mettre en prévention ou en atténuation, et on doit absolument faire les deux. Et enfin, quelques chiffres que vous avez sûrement, qui sont intéressants, sur ce que les gens sont en train de faire. prêts à accepter, et notamment il y en a un qui est vraiment important, c'est horaires de travail adaptés. Ça c'est... Mais ça c'est une immense erreur. On doit arrêter de dire qu'on va adapter les horaires de travail, on doit adapter les horaires de vie, pour l'ensemble. Parce que si moi je travaille dans le BTP, et ce qui a été fait là ces jours, on a dit le BTP a le droit de commencer à 5h du matin, ce qui est interdit normalement. Donc ok, moi je travaille dans le BTP, j'arrive à 5h du matin sur mon chantier. Mon problème, c'est que d'abord, je ne peux pas utiliser mon marteau piqueur parce que ce n'est quand même pas très sympa pour les voisins, que l'école, elle, elle ouvre quand même à 9h et donc moi, mon enfant, je dois quand même mettre à 9h à l'école et que je ne peux pas le faire avant. Bref, en réalité, ça ne marche pas si on n'adapte que les horaires de travail. On doit se dire aujourd'hui, on doit mettre sur la table la réflexion de comment est-ce qu'on adapte nos systèmes de vie. Comment est-ce qu'on dit qu'à partir du 1er juin peut-être ou du 1er juillet, c'est égal, mais là, on voit que c'est quand même juin, on dit qu'on passe aux horaires chaleur et donc... Toute la société recule de 2-3 heures, par exemple, comme ça se fait dans d'autres pays. C'est des questionnements qu'on devra avoir. On ne peut plus se dire, il fait 45 degrés dehors, mais ce n'est pas grave, je continue d'aller bosser à 9 heures, comme c'est dernier été. Tout ça, ce n'est plus possible et les gens sont prêts à l'accepter. Ce n'est pas un problème aujourd'hui d'acceptation, c'est un problème d'organisation. Ce n'est pas la même chose. Et enfin, des trois choses qui sont intéressantes. Développer l'espace verre urbain, créer davantage de pays cyclables. Tout ça, vous l'avez déjà fait ici. Il y a quand même un truc qui est intéressant, je reviens sur ça, c'est que par contre, tout le monde est prêt à changer plein de trucs, mais très peu de monde est prêt à changer son espace de liberté. Donc c'est pour ça que ces enjeux-là, ils doivent être mis sur la table en discussion commune, ça ne peut pas être des décisions globales qui tombent. Donc on a ça, donc maintenant il faut aussi arrêter de construire des bâtiments comme ça. C'est joli quand même, mais bon, les gens qui travailleront là-dedans, je n'aimerais pas être eux. Ça veut dire que si vous avez une lutte à avoir nationale, c'est qu'on doit changer la règle des ABF. Ça, c'est une nécessité absolue. Tant qu'on aura cette règle aberrante qui dit que tu ne peux pas mettre des contrevents, ce n'est pas possible. Donc là, aujourd'hui, je le dis, et je l'ai dit sur les plateaux télé, je le dis aux gens qui sont responsables des ABF, c'est criminel de continuer d'avoir ces règles qui empêchent les gens d'adapter leur logement pour pouvoir faire face à la chaleur. Parce qu'en réalité, quand on va commencer à avoir les chaleurs de 45 et plus, on va avoir les gens qui, dans leur appartement, ne pourront plus vivre. si on leur a pas donné les moyens de se protéger. Organisation sociale, comme je vous le disais, il faut changer les horaires, il faut changer la cartographie sectorielle. Je vois que vous avez une super carte avec les espaces fraîcheurs. Sur cette carte, il n'y a pas des endroits où les gens peuvent aller pour se mettre en fraîcheur pendant quelques heures par jour quand ils ne peuvent pas protéger ça chez eux. Donc ça, c'est peut-être l'enjeu suivant pour votre carte sur la canicule. Et puis, il y a vraiment les services de santé. Évaluez vos services de santé parce qu'en réalité, aujourd'hui, la plupart des hôpitaux ne sont pas faits pour faire face à la chaleur. parce que les médecins qui sont considérés à 93% par la population comme les référents d'information, moi je n'en connais pas beaucoup qui connaissent vraiment les bonnes données sur la chaleur, les bons gestes et compagnie. J'ai encore des médecins, j'étais sur des plateaux, j'entendais des médecins dire « surtout ne pas boire trop » parce qu'il y a ces tristes, il n'y a pas d'intrénisme, enfin bref, on est là, j'entends encore des médecins qui disent « prenez des douches froides » alors que c'est pire que tout, enfin bref, c'est terrifiant, donc je ne suis pas en train de dire que les médecins ne sont pas bons, mais en tout cas ils ne sont pas assez formés. Donc formez vos médecins sur vos territoires et puis il faut qu'on fasse des études scientifiques. Si vous avez un truc à faire, si vous avez un centime à mettre quelque part, mettez-les sur le travail scientifique pour qu'on comprenne vraiment ces enjeux parce qu'aujourd'hui tout ce que je vous dis là c'est... sans doute 2% de ce qu'on devrait connaître sur la chaleur. On a commencé à faire des vraies études sur la chaleur en 2010. On dirait que sur le clitoris fébrile, c'est 2017. Visiblement, on est très en retard sur la connaissance. Je vous remercie infiniment d'avoir écouté. Je suis désolé, je me suis un peu enflammé sur la chaleur, mais comme on sortait d'une grosse canicule, ça me paraissait bien. Je ne vous ai pas du tout apporté les solutions d'adaptation qu'on pourra mettre en place. Du coup, je reviendrai une autre fois pour vous donner la conférence sur l'adaptation. et on espère donc faire venir Climate Sense et pour les gens qui veulent continuer la discussion il y a LinkedIn, donc Christian Clou continuez de dialoguer avec moi et je mets quand même beaucoup de choses sur LinkedIn sur des solutions, des choses comme ça et puis effectivement le livre des clés d'adaptation humaine puisqu'on n'a pas eu le temps de parler de l'adaptation qui parle un petit peu de tous les mécanismes cognitifs de l'adaptation pour essayer d'aider à mieux se préparer à mieux anticiper merci beaucoup merci beaucoup Christian Clou d'être venu à Grenoble pour partager votre
- Speaker #1
votre expertise et votre expérience, votre humour aussi, puisque c'est important de parler des choses graves avec humour, parce que oui, le climat qui vient est une question grave, c'est la catastrophe qui vient et nous cherchons les moyens de la conjurer, pour ne pas paraphraser Lénine, bref. Vraiment, merci pour votre venue, vous êtes toujours le bienvenu à Grenoble, vous le savez, Christian. Et merci aussi à vous, Euh... à vous toutes et tous d'avoir sacrifié votre pause méridienne pour venir vous instruire et vous poser des questions qui piquent. Et c'est toujours bien de réfléchir ensemble aux réponses à apporter à tout cela. Et on sait que, méfiez-vous surtout des discours simplistes qui sont en ce moment flores dans les médias, surtout par des gens qui viennent de découvrir il y a 5 jours qu'il y a un vrai réchauffement climatique. Et on sait pour DirectMainCamp qu'à tout problème complexe, il existe une solution qui est simple, directe et fausse. Allez, à bientôt pour d'autres événements Grenoble 2040 à partir de la rentrée en septembre.
- Speaker #2
Les nouveaux chemins du futur. Une série de rencontres proposées par Grenoble 2040 afin de se questionner et imaginer des alternatives inspirantes. Construire de nouveaux récits collectifs afin de se préparer au monde de demain. Ici, maintenant, ensemble, plantons les graines d'un futur collectif juste et désirable.