- Speaker #0
En fait, le must, ce serait que tout un chacun puisse s'alimenter avec des produits sains, locaux, de saison, bio de préférence. Et ce serait pour moi la vision à 2040, ce serait que tout le monde puisse avoir accès à ça, ouais.
- Speaker #1
Bienvenue dans la série de podcast Grenoble 2040, chemin futur.
- Speaker #2
Par exemple, en 2040, moi j'imagine un moyen pour que les personnes produisent des coopératives de producteurs au plus près des habitants pour qu'on puisse acheter des aliments de bonne qualité. Une ferme urbaine qui travaille super bien et qui vend des paniers.
- Speaker #1
Une création sonore documentaire en six épisodes, imaginée pour la ville de Grenoble par Déborah Ozil.
- Speaker #3
C'est extraordinaire de sortir un peu de chez soi et d'aller s'oxygéner dans un jardin. puis après faire des petites plantations. Moi, je suis jardinière au jardin de la Poterne. J'arrive du jardin, d'ailleurs. J'ai planté des petits pois et des radis. Jardiner, c'est aussi s'occuper de la terre.
- Speaker #1
Dans une époque traversée par de multiples bouleversements, Grenoble 2040 est née pour répondre à cette difficulté de penser l'avenir. Car c'est aujourd'hui que nous devons façonner un futur collectif, juste et désirable. Aujourd'hui, que nous pouvons encore dessiner l'avenir que nous souhaitons laisser aux générations futures. A celles et ceux qui fêteront leur majorité en 2040 et toutes les suivantes.
- Speaker #4
Bienvenue dans ce quatrième épisode de la série Grenoble 2040, chemin futur. Et si on inventait l'alimentation de demain à Grenoble ?
- Speaker #1
Bonjour, je suis Eva. Grenoble est ma ville de cœur. J'y suis née et j'y ai grandi depuis mon premier jour. En 2040, je fêterai mes 18 ans, l'âge de voter, enfin. Mais avant ça, j'ai décidé de vous accompagner et de partir explorer de nouveaux chemins pour transformer le futur de notre ville. Pourquoi ? Parce que j'aime cette ville et que j'ai envie de continuer à pouvoir y grandir et m'y épanouir pleinement. Et parce que les décisions que nous prendrons, les transformations que nous oserons engager aujourd'hui dessineront mon futur et celui de toutes les prochaines générations, tout simplement. Vous savez, Grenoble est reconnue à travers le monde pour sa célèbre noix, une sorte d'emblème de la région qui s'exporte bien au-delà de nos frontières. Pas ailleurs, la ville, du fait des trois beaux massifs montagneux qui l'entourent, ne possède pas de ceinture maraîchère. Alors, même si les plaines voisines restent encore très productives aujourd'hui, vers Domaine, Mélan, ou plus au nord, vers Noyarré et Thulin, que les espaces montagnards hébergent de nombreux élevages, En quelques décennies. Les surfaces agricoles du bassin grenoblois ont été grappillées par l'urbanisation et l'artificialisation des sols. Pourtant, pouvoir garantir une sécurité alimentaire pour toutes et tous, qui n'impacte pas négativement notre environnement, est un enjeu de taille pour les prochaines années. Depuis la crise du Covid-19, la guerre en Ukraine, la flambée des prix du pétrole ou la fermeture des 200 fermes par semaine en France, nous assistons à de nombreux bouleversements de l'Organisation Alimentaire Internationale. Et tout ça, ça met en lumière les failles d'un système, au pied du mur, dépendant des transports et des énergies fossiles, détenus aussi par une poignée d'entreprises et plongeant dans la précarité les travailleurs et les travailleuses de la Terre. La manière dont nous produisons aujourd'hui, l'utilisation massive des pesticides chimiques et engrais de synthèse par l'agriculture conventionnelle, elle-même poussée par les besoins de rentabilité de l'agro-industrie, impacterait directement la santé humaine. et celles de nos écosystèmes. Les sols, l'air, l'eau et l'environnement plus globalement. Parallèlement, rien qu'à en voir cet été 2026, le dérèglement climatique nous demande de repenser les choses en profondeur. Les inondations se multiplient, les sécheresses se répètent, la qualité des sols s'appauvrit, et notamment par l'utilisation des pesticides ou de la surexploitation que nous leur imposons. Et les fils de l'aide alimentaire ne cessent de s'allonger. Notre agriculture est devenue le reflet de notre société. Une société où les gains financiers peuvent prévaloir sur la santé des personnes. Mais alors, une fois qu'on sait tout ça, jusqu'à quand on acceptera d'avancer comme ça ? Et comment on s'alimentera à Grenoble en 2040 si on continue dans cette direction ?
- Speaker #0
Je me présente, je m'appelle Solveille, je suis maraîchère au Touvet, dans une ferme qui s'appelle Le Guec, les Jardins du Chemin. Du coup, on produit des légumes, une trentaine de légumes de saison. Ça permet vraiment d'avoir une vision économique sur un métier où les aléas, auxquels on est de plus en plus confrontés, donc les aléas climatiques, que ce soit le vent, les inondations, la chaleur, il y a eu des canicules tous les étés. C'est de plus en plus compliqué de produire, on va dire ça comme ça, même si on fait tout pour s'adapter. Je pense que c'est hyper important d'avoir le soutien des citoyens qui sont juste à côté de chez nous parce que ça concerne vraiment tout le monde.
- Speaker #1
Charger des relations aux associations alimentaires à la ville de Grenoble.
- Speaker #5
Très concrètement, par rapport au contexte météorologique et territorial grenoblois, mais plus largement le Grand Y grenoblois, c'est un énorme défi technique et agronomique. On sait aujourd'hui que les territoires de montagne font partie des territoires les plus impactés par les aléas climatiques. Ce qui veut dire que les modèles agricoles sur ces territoires sont particulièrement fragiles. Nos chambres d'agriculture se penchent sur l'implantation de nouvelles filières sur nos territoires. On va parler olivier, vignes, etc. On réinvente complètement à la fois nos systèmes agricoles locaux mais aussi nos modèles d'accompagnement. Pourquoi on parle beaucoup d'agriculture biologique dans notre stratégie alimentaire ? Aujourd'hui, c'est le seul modèle agricole qui est exempt de produits phytosanitaires de synthèse. C'est une garantie dans la lutte contre l'exposition perturbateur endocrinien pour nous, et notamment pour notre direction santé au sein de la ville. Donc c'est une entrée, ce n'est pas du tout bio-bobo, là on est bio-santé. L'alimentation et la santé sont intrinsèquement liées, et en fait pour nous la santé c'est un filigrame sur les questions alimentaires.
- Speaker #1
L'alimentation est au cœur de nos vies et de notre santé, mais aussi de celle des écosystèmes naturels dont nous dépendons entièrement. Manger serait ainsi notre première médecine. Et malgré tout, ce que l'on a aujourd'hui dans nos assiettes et la manière dont les aliments sont produits, notamment dans l'agro-industrie, nous rendrait de plus en plus malades. Et il suffit pour ça de regarder l'explosion des maladies chroniques, des troubles respiratoires, de l'augmentation des cancers ou des perturbations hormonales et endocriniennes. Et ce, à tous les âges. Et les travailleurs et travailleuses de la Terre, leurs familles, sont d'ailleurs aux premières loges. Ils ne seraient d'ailleurs plus que 1,6% à nous nourrir en 2024, alors qu'ils étaient encore 33% dans les années 1950. Mais au-delà de savoir qui pourra encore nous nourrir demain, nos manières de produire impactent aussi directement l'air que l'on respire, l'eau qui coule sous nos pieds et les sols qui nous soutiennent. Heureusement, à l'heure où je vous parle, les visions sont en train de changer. Longtemps considérées comme le simple support de notre agriculture, les sols sont aujourd'hui de nouveau perçus comme de véritables espaces vivants. À eux seuls, ils contiendraient plus de 60% de la biodiversité sur Terre. Rien que ça. Régénérer les sols serait donc une priorité absolue pour les années à venir. Malgré tout, ces dernières années, œuvrer dans le sens d'une agriculture bio et locale, accessible à toutes et tous, est devenue une réelle priorité de la stratégie alimentaire de Grenoble. En commençant par les 11 000 repas servis par jour par la cuisine centrale, à destination des enfants et des personnes âgées notamment. En augmentant davantage la part de produits bio en circuit court ou d'origine végétale dans ses menus, l'impact pourrait être considérable à une échelle locale. Et quand on sait que les habitudes alimentaires se dessinent dès le plus jeune âge, l'école de demain pourrait sûrement jouer un rôle déterminant et partagé dans la découverte et la sensibilisation à d'autres pratiques alimentaires.
- Speaker #6
Corinne Sayous, chef de projet Transition écologique à la direction
- Speaker #1
Éducation, Enfance, Jeunesse à la Ville de Grenoble.
- Speaker #6
Moi, je travaille particulièrement avec eux sur le jardinage pédagogique parce que je pense que c'est très important que les enfants sachent d'où vient la nourriture. On mène depuis 3-4 ans un programme de restauration plus durable qui pose forcément la question du rapport à l'alimentaire, du rapport à la convivialité. Et encore une fois, j'y tiens vraiment beaucoup à ce partage de repas ensemble avec toute notre diversité. Et effectivement, toujours dans cette idée de faire œuvre collective, c'est important de découvrir d'autres cultures, d'autres aliments, de favoriser l'éducation au goût, de favoriser l'éducation nutritionnelle aussi et d'aller vers la végétalisation des repas. On préconise l'installation de jardins pédagogiques dans l'ensemble des écoles. À partir de ce moment-là, effectivement, les enfants ont carrément un autre rapport à l'alimentation, aux fruits et aux légumes, qui sont quand même, pour moi, l'avenir et de la santé et de l'alimentation.
- Speaker #2
Moi je suis de la Régie de Quartier, je m'appelle Sonia et je suis responsable des services d'innovation sociale et environnementale. Ici on est à la Halle Iris, c'est une journée où on a finalisé toute une année de travail autour de l'alimentation. Ça s'inscrit dans le cadre du Fast Alimentation, financé par Grenoble Alpes Métropole et soutenu par la ville de Grenoble. donc on a travaillé tout au long de l'année autour de plein de sujets, autour de l'alimentation essentiellement. C'était des ateliers de sensibilisation, c'était des ateliers de cuisine, des projections de films, plein de choses comme ça. L'idée c'était de mobiliser effectivement les citoyennes et citoyens, les habitants du quartier. Aujourd'hui c'est la grande tablée, c'est un peu la clôture de cette année de travail. Donc l'idée c'est vraiment de cuisiner ensemble, manger ensemble. et débattre ensemble autour de la cuisine d'abord, parce que la cuisine, ça parle à tout le monde. En plus, là, on a des cuisines du monde. C'est aussi une initiative de solidarité entre les habitants, mais surtout, c'est un moment où on va débattre, où c'est aussi un moyen de sensibiliser les habitants à leur manière d'acheter, à leur manière de manger et de comprendre le système actuel et comment ça fonctionne. et peut-être arriver à faire réfléchir pour faire autrement.
- Speaker #1
La question des capacités économiques et financières pour bien se nourrir est un point central dans l'alimentation de demain. Et par effet de ricochet, un véritable sujet de santé publique. Mais demain, comment est-ce qu'on pourra amener une alimentation juste et saine vers le plus grand nombre, tout en respectant les limites planétaires ? Quand on connaît le rôle social que peut jouer notre alimentation, est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose à jouer de ce côté-là ? En prenant l'exemple des grands banquets populaires dont parlait Sonia tout à l'heure. Manger, c'est aussi une histoire de santé physique et mentale. C'est participer à la société qui nous entoure et s'y insérer. C'est rencontrer l'autre et et avoir plaisir à le faire autour d'un bon repas. Le caractère social de l'alimentation est donc indéniable. Mais ces dernières années, c'est aussi la question de l'impact environnemental de ce que nous mangeons qui est venu s'ajouter à toutes ces questions liées à l'alimentation. Si on parle de l'importance de diminuer la consommation de viande par exemple, quand bien même les études scientifiques démontrent ces multiples bienfaits sur l'environnement ou sur le bien-être animal, Tout le monde ne serait pas aussi sensible à ces enjeux. Est-ce que l'argument de la santé des personnes serait moins clivant et d'autant plus partagé par toutes et tous ? Un régime alimentaire davantage basé sur le végétal permettrait de réduire considérablement les maladies comme le cancer, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Et pourtant, à l'échelle grenobloise, la production de viande représente encore aujourd'hui la plus grande part de l'activité agricole locale. Et je me demande bien quelles solutions on pourrait mettre en place pour répondre aussi bien à notre besoin de sécurité alimentaire que de préservation du vivant et de notre santé.
- Speaker #7
Moi je suis Delphine, je suis à Mapienne, à la MAP des agriculteurs à Grenoble, à la MJC des Eaux-Claires. Comme le disait avant Solveig, on a 38 personnes qui viennent ce soir entre 18h et 19h30 chercher leurs paniers, leurs produits, qu'ils ont déjà payés pour l'année et qui fait que du coup ils ont permis à des paysans et des paysannes d'avoir un revenu fiable. Les AMAP, il y a une charte que les gens sont censés signer normalement. Et en fait, dans cette charte, il est bien précisé qu'en fait, les produits doivent être en agriculture biologique ou la ferme doit être en cours de conversion. Pas besoin du label, c'est très important, c'est qu'en fait aujourd'hui il y a beaucoup de producteurs et de productrices qui font de l'agriculture biologique mais qui n'ont pas forcément le label parce qu'on demande un investissement financier, etc.
- Speaker #0
Nous on connaît les amables depuis longtemps, déjà c'est des échanges sur l'année qui est hyper important, surtout quand on s'installe, on a beau faire un prévisionnel économique, en fait on ne peut jamais trop savoir de quoi l'avenir sera fait. Comme il y a déjà un contrat d'établi, il n'y a presque aucune perte en légumes parce qu'on récolte des légumes qui sont déjà vendus. C'est vrai que c'est un moment que j'aime bien aussi les amables pour les échanges qu'on peut avoir, aussi bien avec les amabiens que les autres producteurs. Tous nos produits sont vendus en circuit court et dans un rayon de 30-40 km autour de notre ferme.
- Speaker #3
Donc Monique Lézéro, j'habite à la Ville-Neuve de Pays-Bas. Depuis presque trois ans, j'en suis très contente. Ce qui me plaît sur ce marché, c'est d'une part des petits producteurs jeunes qu'il faut aider. C'est important pour moi, du bio aussi. Et puis les prix aussi, la différence des prix qui permet à chacun peut-être de mieux manger. Ça, ça me paraît hyper important pour demain, qu'on aille vers ce type de commerce.
- Speaker #1
Est-ce que vous savez que les supermarchés sont arrivés en France seulement à la fin des années 50 ? Le tout premier aurait ouvert en 1958 à Rueil-Malmaison dans la banlieue parisienne. Les années suivantes, cette multiplication des intermédiaires aurait joué un rôle déterminant dans la répartition des revenus créés par le système alimentaire, conduisant malheureusement à une baisse des revenus des agriculteurs et agricultrices au profit des marges des grands distributeurs. Demain, soutenir les principes de vente direct via les AMAP, les marchés de producteurs locaux ou les fermes municipales permettrait un meilleur revenu d'abord pour celles et ceux qui ont les mains dans la terre. mais l'accessibilité à la qualité a aussi un prix. Permettre l'accès à ces initiatives pour toutes et tous, notamment les personnes les plus vulnérables, serait donc un point largement dépendant des politiques publiques. Et sur un tout autre sujet, en France, en 2023, pas moins de 3,8 millions de tonnes d'aliments comestibles étaient jetées sur les 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires par an. Pour lutter contre ce véritable fléau, Les cantines scolaires grenobloises s'activent depuis plusieurs années déjà pour réduire drastiquement le gaspillage alimentaire. En 2024-2025, 16,7 tonnes de denrées ont ainsi été redistribuées à une dizaine d'associations d'aide alimentaire de la région. D'autant que Grenoble n'est pas épargnée par la hausse de la précarité liée à l'alimentation. Une préoccupation grandissante depuis le Covid-19, notamment chez les plus jeunes, les retraités et les travailleurs pauvres. Une étude menée en 2018 montrait d'ailleurs que 20% des grenobloises et grenoblois devaient se restreindre sur leurs dépenses alimentaires et ne manger pas nécessairement à leur faim. Mais alors, face à cet enjeu de santé publique majeur, quelle solidarité alimentaire on pourrait mettre en place demain à Grenoble ?
- Speaker #8
Bonjour, je m'appelle Hakim, je suis salarié de Pindot et je suis le référent technique du pôle alimentaire solidaire. On a une augmentation vraiment difficile envers tous les secteurs. On a ceux qui sont en précarité, qui n'ont rien, qui sont à la rue. On a ceux qui viennent de l'étranger, qui essayent de faire un cheminement pour une démarche d'intégration en France, d'essayer d'avoir des papiers pour pouvoir survivre, travailler. Mais il y a aussi ceux qui sont français, qui sont en situation de handicap. qui sont français et qui ont une précarité du travail, qui travaillent partiellement, ça devient difficile et ces gens, on les voit de plus en plus dans nos camions d'entraide ou dans les mondes associatifs qui font de l'alimentation. L'avenir, je ne le vois pas morose. Mais je pense que là, il y a le temps, il va falloir le prendre à un moment. Sinon, l'aggravation, que ce soit sur l'alimentation ou sur tout autre problème, il n'y aura pas de solution. On va arriver dans une chose où ça va être des décisions graves et des gens vont subir. vont mourir, je vais être clair. Je pense qu'il faut à un moment dire les mots. L'alimentation, si à un moment les gens ne peuvent pas se nourrir, ils vont mourir. Et on va attendre que les morts soient là pour réagir.
- Speaker #9
Moi, c'est Marie Breubert, je suis coordinatrice du projet associatif de l'association La Pirogue, qui est à Grenoble, dans le quartier Abéi. La Pirogue, c'est un projet qui a 12 ans. Ils ont pu créer un café-restaurant associatif en plus de ce projet d'animer la vie de quartier et vraiment autour de deux dimensions. Comme la solidarité, le partage de savoirs, la mixité, tout ce qui est interculturel, etc. Le café-restaurant, c'est une porte d'entrée pour venir discuter, échanger, partager. Il y a eu toute une dimension, justement, tarification solidaire qu'on a voulu mettre en place, permettre aux personnes en grande situation de précarité et d'isolement, notamment chez nos anciens, de pouvoir venir manger sainement et rencontrer du monde et ne plus être isolés. Ils ont un tarif très bas qui est co-financé avec la ville, qui leur permet de venir manger deux fois par semaine. Les cafés, les restaurants, peu importe, c'est souvent des excuses pour se retrouver. On est dans une société où on est quand même de plus en plus isolé, ou en tout cas qui tend vers ça. Et il y a ce mouvement qui se dit qu'il y a des lieux de vie sympas où la convivialité prime sur tout le reste.
- Speaker #10
Bonjour, du coup, moi c'est Flora, je suis responsable de la mobile Episol.
- Speaker #11
Moi c'est Victor, je suis responsable des paniers solidaires de l'association Episol.
- Speaker #10
Alors Episol, ça naît de l'association du CCAS, de la ville de Grenoble, du Diakona Protestant et du Secours Catholique, qui ont eu envie d'oeuvrer pour l'accessibilité alimentaire et de faire quelque chose qui soit... Ouvert à toutes et tous et où les personnes peuvent faire leurs achats alimentaires dans la dignité. Et donc vraiment choisir et ne pas se faire donner un panier comme on peut le voir dans les distributions alimentaires. Et la mobile, c'est vraiment un petit camion épicerie qui est la version ambulante du magasin. Ça fonctionne exactement pareil. Et l'idée c'est aussi de faire un peu de convivialité, on propose une petite animation, un café, un thé, de parler un peu avec les habitants, les conseiller sur l'alimentation de près ou de loin.
- Speaker #11
En 2040 je dirais qu'il y a deux alternatives. Il y a l'alternative de on continue comme aujourd'hui et il y aura encore plus de pression mise sur ces associations, plus de pression financière sur les individus et donc encore plus besoin de structures. Comme Episol, il y a encore moins de moyens pour ces structures-là. Mais on peut aussi imaginer en 2040 une société plus juste et plus égalitaire, au moins à échelle locale, avec tous les développements qui sont construits en ce moment et dont Flora a déjà parlé, notamment la sécurité sociale de l'alimentation, mais probablement d'autres choses qu'il faudra encore imaginer.
- Speaker #1
Je ne pensais pas qu'on puisse se dire que les gens meurent de faim dans un pays comme la France. Pourtant... Il faut faire face à cette dure réalité. Et si nous ne mettons pas en place des moyens de solidarité complètement repensés, comment la situation pourrait-elle évoluer ? Cette crise de l'alimentation met encore une fois en lumière les fragilités d'un système alimentaire à bout de souffle. Et je doute de plus en plus de sa résistance face au choc à l'œuvre géopolitique, climatique ou économique. Pourtant, même face au mur, l'histoire nous a montré que des utopies ont pu devenir réalité en France et ailleurs, notamment dans le domaine de la santé. Et si elles nous inspiraient pour repenser notre système alimentaire ? Si on osait partir du local pour engager ces profondes transformations dont nous avons besoin pour nourrir les populations demain ? À partir de nos territoires, à partir de nos terroirs, de leur diversité et de leur ancrage local. Grégoire Huivard, ancien chargé du projet Sécurité sociale de l'alimentation à la ville de Grenoble.
- Speaker #12
Un des projets de la stratégie alimentaire, qui est un des projets phares de la ville de Grenoble, c'est la sécurité sociale de l'alimentation, qui vise à permettre à toutes et tous d'avoir accès à une alimentation choisie et de qualité. On parle de droit à l'alimentation. et qui permettent aussi d'aider à l'autre bout de la chaîne alimentaire les producteurs et les productrices qui ne peuvent plus vivre de leur travail et qui en plus ont des pratiques pour certains qui sont mortifères pour leur santé et pour l'environnement. Le processus de SSA est basé sur la cotisation, la mise en commun de nos ressources individuelles dédiées à l'alimentation dans une caisse de cotisation afin de faire marcher la solidarité pour que tout le monde ait accès à des produits de qualité. Concrètement, c'est-à-dire ? que les personnes cotisent à une caisse de cotisation selon leur revenu et tout le monde reçoit la même somme, en l'occurrence 100 euros, à dépenser dans des points de vente conventionnés qui respectent certaines normes de qualité.
- Speaker #13
Je m'appelle Monique Dalé, je suis une habitante de la ville neuve, une habitante de longue date de la ville neuve. Mes enfants y ont grandi et on y est resté. La SSA c'est un peu comme la sécurité sociale. C'est que ça permet à tout le monde de bénéficier... d'une alimentation correcte, théoriquement, ça c'est l'objectif, moyennant ses revenus. Et ça devrait être comme la sécurité sociale. Ça a démarré aussi avec des mutuelles, puis ensuite la sécurité sociale a été légiférée. Alors on en est loin de la législation. Quand on aura légiféré que les entreprises accepteront de participer, comme ils font actuellement dans le cadre des charges sociales, ça sera extraordinaire.
- Speaker #1
On pourrait rêver que d'ici 2040, la mobilisation citoyenne autour de la sécurité sociale de l'alimentation, à Grenoble et partout ailleurs, ait réussi à faire légiférer ce projet à l'échelle nationale. Sachez que c'est grâce aux luttes sociales et populaires, aux expérimentations et aux décisions politiques fortes, que la sécurité sociale a vu le jour il y a seulement 80 ans. Et pourtant, aujourd'hui... elle est devenue une évidence collective, pour que le plus grand nombre puisse vivre sans survivre. Alors plutôt que de continuer dans les rouages d'un système qui fait disparaître nos petites fermes et contraint d'autres à l'agrandissement démesuré, autorisons-nous à vraiment rêver et œuvrer pour un autre modèle. Soutenons des alternatives robustes, plus autonomes et solidaires. Mais pour ça, les choses se joueront aussi dans notre manière de repenser l'aménagement de nos territoires. De redonner de la place, partout où c'est possible, à des espaces nourriciers. Et ça, vous vous en doutez, ça ne se joue pas seulement à l'échelle grenobloise, mais soyez sûr que nous avons notre part à jouer.
- Speaker #5
Certains territoires producteurs vont travailler sur l'installation de maraîchers, d'arboriculteurs en bio par exemple, mais pas que, pour augmenter l'offre locale et permettre d'approvisionner les filières en demande. On sait qu'aujourd'hui, notre territoire est importateur sur des filières de légumes, de fruits notamment, mais pas que, et par contre est exportateur sur des filières viande. Donc il y a un vrai enjeu par rapport... On a un enjeu de diminuer un peu la consommation en viande, de la relocaliser, et à côté d'augmenter la production. de maraîchage à horizon 2050.
- Speaker #11
Il y a plusieurs particularités à Grenoble autour de l'alimentation. Déjà, Grenoble c'est une ville qui est quand même très militante. Donc, des associations qui travaillent les enjeux d'alimentation, il y en a beaucoup. Et on peut espérer que ça va continuer comme ça. À côté de ça, il y a aussi à Grenoble le projet alimentaire interterritorial qui cherche à développer les questions d'alimentation, d'alimentation saine, d'alimentation juste, à l'échelle du territoire, pas seulement grenoblois. mais même du bassin grenoblois au sens large.
- Speaker #13
Ici, dans l'agglomération de Grenoble, vous avez eu des maraîchers, vous avez eu des surfaces maraîchères très importantes. Ils se sont passés au maïs, par exemple. Mais le maïs, c'est quoi ? C'est une protéine dont on n'a pas besoin. Franchement, pour élever quoi ? Pour élever des animaux ? Est-ce qu'on mange beaucoup de viande ? On va en manger de moins en moins, ça nous coûte extrêmement cher de produire de la viande et de la manger. Et pour transformer ces terrains, là je vais jusqu'à l'extrême, mais pourquoi ? Pourquoi pas ? C'est d'utilité publique pour alimenter les gens, pour éviter qu'ils aillent dans les hôpitaux parce qu'ils ont du diabète, parce qu'ils mangent de la malbouffe, parce que l'alimentation vient de je ne sais où. Vous savez qu'on est quand même déficitaire en alimentation. C'est incroyable, alors que la France est excédentaire en vente de produits agricoles. On est tombé sur la tête. Donc je crois que là, nos politiques vont avoir un très gros travail de récupération de fonciers pour pouvoir aménager des espaces maraîchers, tout simplement, pour manger des produits frais, des légumes et des fruits.
- Speaker #1
Récupérer du foncier pour se nourrir demain, en voilà une bonne idée. En même temps, assurer la sécurité alimentaire de toutes et tous, c'est garantir que chacun puisse se nourrir dignement aujourd'hui et dans le futur. Et face à l'étalement urbain à l'œuvre, observé un peu partout en France, l'État s'est fixé l'objectif d'atteindre le zéro artificialisation nette des sols, aussi appelé ZAN à l'horizon 2050. Pour vous donner une petite idée, sur les dix dernières années, pas moins de 24 000 hectares d'espaces agricoles, naturels et forestiers ont été urbanisés en moyenne par an, soit près de cinq terrains de football à l'heure. Et le Y grenoblois n'est d'ailleurs pas en reste là-dessus quand on voit l'évolution des espaces agricoles disponibles dans les périphéries de la ville. Alors certes, beaucoup trop de personnes manquent encore d'un habitat digne. Et ça, c'est aussi un vrai sujet. Mais si nous voulons œuvrer pour notre souveraineté alimentaire, aussi bien au niveau local que national, nous allons devoir inventer un système de santé. de nouveaux modèles d'aménagement durable entre sobriété et qualité urbaine en faisant avec le déjà là. Chers amis, Nous arrivons à la fin de ce quatrième voyage sonore Grenoble 2040, chemin futur. À vos côtés, j'ai saisi l'importance et l'urgence de repenser nos manières de nous nourrir demain, des sols jusqu'à l'assiette. Où travailleuses et travailleurs de la terre, citoyennes et citoyens, politiques publiques, œuvreraient dans une seule et même direction, pour une alimentation juste, saine, accessible et de qualité. C'est parce que l'alimentation est un bien commun et un enjeu de santé publique et de justice sociale sociale majeure que nous devons lui redonner une place de choix au cœur de nos débats démocratiques et citoyens. Au cœur de politiques publiques innovantes pour qu'elles protègent plutôt que nous détruisent. Et si notre alimentation est garante de notre santé, de celle des générations futures et de notre environnement, j'ai aussi compris qu'elle était garante de nos liens. Mais tout ça, bien qu'on nous fasse souvent croire le contraire, ça se joue déjà à une échelle locale. Ça commence par diversifier notre agriculture localement, par repenser nos filières pour mieux les adapter au climat qui change, par améliorer nos usages de l'eau, par créer de nouveaux circuits de distribution locaux ou encore faire évoluer nos habitudes alimentaires. Aujourd'hui, à Grenoble, nous avons la chance de pouvoir compter sur des projets alternatifs, structurants et pleins d'espoir, comme la sécurité sociale de l'alimentation ou des projets de fermes urbaines. Nous avons le pouvoir de rêver à un environnement grenoblois complètement repensé, rempli de jardins communs dans tous les quartiers. Pour se rencontrer, pour réapprendre, pour renouer avec la terre au quotidien. Et pour moi, la crise agricole que nous vivons n'est pas une fatalité, mais bien une réelle opportunité de réinventer, pour mieux s'adapter. pour régénérer, pour se faire du bien et pour conserver des sols pleinement vivants pour nous et les générations futures. Une création sonore originale réalisée, produite et animée par Déborah Ozil pour la ville de Grenoble avec Jeanne Ausha au montage-mixage et pour les musiques originales. Vous avez aimé ce contenu ? N'hésitez pas à nous mettre quelques étoiles et à recommander autour de vous. Et pour suivre l'intégralité de l'actualité de Grenoble 2040, rendez-vous sur le site grenoble.fr dans la rubrique dédiée. Un contenu réalisé 100% sans IA.