- Speaker #0
Le fait d'imaginer toute une interconnection entre les élèves, même le personnel administratif de l'établissement, les professeurs, etc., les enseignants-chercheurs, ça ouvre plein de possibilités pour utiliser de manière différente l'école.
- Speaker #1
Bienvenue dans la série de podcasts Grenoble 2040, chemin futur.
- Speaker #2
C'est important de se dire, l'espace public il est à tout le monde. Donc voyez qu'à chaque fois qu'il y a une petite initiative comme ça, super, l'école dehors, génial, et bien c'est pas sans poser de questions sur... Comment on retravaille la copie tous ensemble pour que ça reste un lien commun.
- Speaker #1
Une création sonore documentaire en six épisodes, imaginée pour la ville de Grenoble par Déborah Ozil. Vous trouvez qu'elle est bien comme ça l'école ?
- Speaker #3
Non, moi je dirais qu'il y aurait plus d'air, plus de végétation, pour qu'il y ait un peu plus d'animaux qui viennent dans l'école, qu'on puisse un peu les caresser.
- Speaker #1
Dans une époque traversée par de multiples bouleversements, Grenoble 2040 est né pour répondre à cette difficulté de penser l'avenir. Car c'est aujourd'hui que nous devons façonner un futur collectif, juste et désirable. Aujourd'hui que nous pouvons encore dessiner l'avenir que nous souhaitons laisser aux générations futures. À celles et ceux qui fêteront leur majorité en 2040 et toutes les suivantes.
- Speaker #3
Bienvenue dans ce troisième épisode de la série Grenoble 2040, chemin futur. Musique
- Speaker #1
Bonjour, je suis Eva. Grenoble est ma ville de cœur depuis toujours. J'y suis née et j'y ai grandi depuis mon premier jour. En 2040, je fêterai mes 18 ans. Alors j'ai décidé de vous accompagner et de partir explorer avec vous de nouveaux chemins pour le futur de notre ville. Pourquoi ? Parce que j'aime ma ville et que j'ai envie de continuer à pouvoir y grandir et à m'y épanouir pleinement. Et parce que les décisions que nous prendrons, les transformations que nous engagerons aujourd'hui, dessineront mon futur demain, tout simplement. Vous ne le savez peut-être pas, mais Grenoble est une ville au patrimoine d'équipement public remarquable pour sa taille. Parmi eux, en 2025, on dénombrait pas moins de 76 écoles publiques. Et c'est aussi par son université que Grenoble est aujourd'hui remarquée. Fondée en 1339, l'UGA, l'Université Grenoble-Alpes, recensait environ 55 000 étudiants répartis sur l'ensemble de ses sites à la rentrée 2024. Pourtant, notre époque fait face à des défis éducatifs, sociaux et écologiques d'une ampleur sans précédent. Entre déficit de l'attractivité du métier d'enseignant, inégalité entre les élèves et étudiants qui s'aggravent, multiplication des facteurs de handicap chez les jeunes déferlantes de l'intelligence artificielle et bâtiments académiques peu préparés au changement climatique, nous vivons une crise continue de nos systèmes éducatifs et modes d'apprentissage. Et si le nombre de diplômés du supérieur est aujourd'hui plus important que par le passé en France, l'accès à l'éducation ne garantit pas toujours l'acquisition de compétences solides pour aider les générations futures à relever les défis de notre siècle. Face à cette crise du système académique national, depuis 2015, la ville de Grenoble a ainsi fait du sujet de l'éducation primaire une de ses priorités budgétaires. En investissant massivement dans la rénovation des crèches et des écoles, en réévaluant les conditions de travail et de formation du personnel, en proposant une variété grandissante d'activités périscolaires. L'objectif derrière tout ça ? Lutter contre les inégalités croissantes entre les élèves et permettre à chaque enfant de s'épanouir et de bien grandir.
- Speaker #4
Je suis Corinne Sayous, je suis chef de projet Transition écologique à la Direction éducation aux enfants de jeunesse. Quand on parle de transition écologique, on parle souvent... d'aménagement, d'urbanisme, on parle agriculture, mais on parle rarement d'éducation, alors qu'en fait, si on se projette en 2040, on s'adresse au public qui a trois ans aujourd'hui, c'est-à-dire c'est les citoyens de 2040. L'école permet l'émancipation de l'individu, mais permet aussi de faire société, et donc c'est un pari énorme avec les évolutions technologiques, climatiques, géopolitiques que l'on va traverser. L'école aujourd'hui, c'est transmettre un savoir. Or aujourd'hui, le savoir, il est partout, il est numérique, il est accessible. L'intelligence artificielle, par exemple, vient bousculer énormément les pratiques des enseignants, mais aussi des élèves. Et donc, il est essentiel de développer... des compétences, ce qu'on appelle les compétences transversales ou les compétences psychosociales, que sont comment on appréhende la complexité du monde. Et pour moi, l'école doit préparer les enfants et donc les adultes de demain à pouvoir faire des choix collectifs de façon raisonnée, en cultivant l'esprit critique et en cultivant la culture scientifique.
- Speaker #1
Delphine Rioux, directrice de l'NCQ, école d'ingénieurs de l'INP. à l'université Grenoble-Alpes.
- Speaker #5
Concrètement, nous avons mis en place une nouvelle formation qui s'appelle PIST. Pour tous les élèves de 3e année de Grenoble INP, cette formation qui correspond à « Pour une ingénierie sobre, techno et co-responsable » permet à nos étudiants de redéfinir de nouvelles méthodes d'ingénierie qui soient plus sobres en termes de ressources, plus responsabilisantes en termes d'analyse d'impact. et qui permettent également de travailler sur des modalités pédagogiques complètement différentes. Par exemple, ce sont les étudiants qui s'auto-évaluent. C'est un travail pédagogique qui a été important, qui s'est fait avec les étudiants au moment de la conception du programme. On s'est rendu compte que les étudiants qui suivaient la formation, pour la plupart, avaient de fortes réticences à devenir ingénieurs, en tout cas se posaient beaucoup de questions par rapport à leur place en tant qu'ingénieurs dans la société, dans une entreprise. La bonne surprise que l'on a observée à travers la campagne d'insertion professionnelle, c'est que tous les élèves qui ont suivi ce programme sont devenus des ingénieurs. Dans des cadres différents, dans des collectivités publiques, dans des structures associatives. Ça a été rassurant de voir que chacun avait trouvé sa place. Pour approcher des thématiques auxquelles l'humanité n'a jamais été confrontée, c'est-à-dire l'appropriation des problématiques de changement climatique, de disparition de la biodiversité, toutes les autres limites planétaires qui sont petit à petit dépassées amènent nécessairement une approche transdisciplinaire. Donc intellectuellement c'est extrêmement intéressant pour nos étudiants justement de comprendre que la réponse à ces problématiques systémiques nécessite de s'entourer. d'autres compétences.
- Speaker #1
On dirait bien que c'est tout le système académique qui fait face à sa grande mutation. Mais est-ce que ce ne serait pas une bonne nouvelle ? Quelque part, je crois que ça me rassure de voir que ces étudiantes et étudiants d'une école d'ingénieurs comme l'ENSECUB se posent toutes ces questions. Et ce mal-être croissant des jeunes générations, il est d'ailleurs très loin de se limiter aux écoles d'ingénieurs. Dans tous les secteurs de l'enseignement supérieur, du commerce à la psychologie, en passant par l'agriculture ou la communication, des étudiantes et étudiants apprentis, jeunes professionnels, sont en crise de vocation. Pris dans une dissonance grandissante entre leurs convictions, l'état du monde et les débouchés qui s'offrent à eux sur le marché du travail. Et malgré des initiatives pédagogiques de plus en plus importantes, nombre d'entre eux regrettent de ne pas être assez formés et préparés aux enjeux climatiques et sociaux. Alors, quand cette génération s'interroge sur les façons dont elle pourrait trouver sa voie sans se trahir, je me demande ce qu'il en sera de ma génération. Quels auront été les ingrédients pour relancer cette machine éducative en véritable panne de vision ?
- Speaker #6
Je suis Claire Revol, enseignante chercheuse en géographie et aménagement et philosophe de formation à l'Institut d'urbanisme et de géographie alpine et au laboratoire Pacte.
- Speaker #7
Étienne Siapin, je suis enseignant en histoire-géographie et docteur en sociologie.
- Speaker #6
Dans les métiers pour lesquels on forme nos étudiants, c'est-à-dire les métiers du territoire, l'aménagement, l'urbanisme, les chargés de mission des différentes collectivités territoriales, il y a ces démarches de prospective qui s'appuient souvent sur une anticipation du futur par différents outils, mais pas forcément avec cette dimension utopique qu'on a cherché à amener. La spécificité de l'utopie par rapport à cela ? C'est de se décaler du monde dans lequel on vit par l'imaginaire, par la fiction et pour répondre vraiment à des préoccupations du présent. C'est-à-dire que ce n'est pas de la fantaisie, on n'invente pas complètement un autre monde. Il s'agit souvent de proposer un autre monde, mais qui répond à une critique du monde actuel.
- Speaker #7
Oui, l'intérêt de penser l'utopie aussi aujourd'hui dans un monde qui est colonisé de plus en plus par les termes de l'entreprise, les termes du libéralisme, de l'économie de marché, c'est de remettre aussi justement en réflexion des questions qui sont éminemment politiques, c'est-à-dire sur comment est-ce qu'on fait société, comment est-ce qu'on vit ensemble, comment est-ce qu'on habite ensemble, comment est-ce qu'on transforme ensemble le territoire. Donc en fait, l'université et l'ensemble des cours à l'université, c'est de la recherche. des espaces de formation, mais c'est aussi des espaces de réflexion. Et donc ce cours, il a cette ambition-là aussi, c'est-à-dire d'ouvrir un espace, avec ses limites, mais pour continuer à ce que l'université permette de penser et de s'approprier aussi ce que les disciplines, ce que les personnes, les concepts nous ont apporté.
- Speaker #5
Donc l'idée de la Nuit de l'Utopie est venue de plusieurs réflexions. qui ont été menées autour du concept de résilience, c'est-à-dire une capacité justement d'un système à pouvoir se régénérer ou à retrouver son état normal après un choc, après une situation de crise ou des difficultés particulières. De fait, on a commencé à se poser, deux, trois personnes au sein de l'école, la question de notre adaptabilité. Donc on avait eu l'occasion de participer, de contribuer à... au comité scientifique de Grenoble-Capitale-Verte en 2022. On avait une première année, donc ça devait être en 2023, proposer un défi de créativité à nos élèves, justement pour qu'ils s'interrogent sur l'évolution que devrait avoir l'école en termes de locaux par rapport à ces problématiques climatiques.
- Speaker #1
Nicolas Deveau et Robin Sigaud, étudiants en dernière année à l'école d'ingénieurs NC-Cube à Grenoble.
- Speaker #8
Je suis là dans le cadre du podcast Grenoble 2040, après avoir réalisé du coup avec une équipe cet atelier sur la transition au sein de notre école et sur les potentielles transformations de l'éducation et l'enseignement dans le futur. Ça a donné forcément des réponses où, à la fin, c'était pour certaines choses pas possible, pas réalisable, complètement inconcevable, mais c'est comme ça qu'avec ce genre d'idée, avec... Une imagination qui n'est pas limitée, on peut récupérer à la fin des chemins de pensée, des idées, des envies. Même si l'idée n'est finalement pas réalisable, il y a derrière ça une envie de la part de la personne.
- Speaker #0
Il y a eu l'idée par exemple d'intégrer tout un système d'art par les étudiants et par les extérieurs au sein de l'école pour faire revivre les espaces dans lesquels on faisait cours. Il y a aussi eu toute une question autour de la gouvernance de l'école et comment est-ce qu'on faisait pour qu'elle soit plus inclusive avec les différents étudiants. Un autre exemple qui moi personnellement m'a beaucoup plu, c'était le changement de l'accès au bâtiment pour valoriser plus le fait d'avoir moins de voitures proches de l'école et plus d'accès piétons, d'accès vélos, de choses comme ça.
- Speaker #1
Réapprendre à rêver, renouer avec nos imaginaires quand on dit que tout s'effondre autour de nous. Mais alors, ça donnerait quoi si on s'entraînait à vraiment cultiver nos imaginaires tout au long de notre cursus académique ? À faire de la créativité une matière à part entière ? À apprendre à voir le monde autrement ? Certains enseignants et enseignantes voient d'ailleurs en l'intelligence artificielle un réel risque d'érosion pour le développement de nos imaginaires, de l'esprit critique et collectif ou des capacités d'attention et de mémorisation des élèves. Et quand on sait que l'IA est déjà responsable de l'artificialisation des sols, de la destruction d'espaces naturels pour construire des data centers, que sa consommation d'eau pour refroidir les infrastructures est colossale, que nous raconte ce monde quand on est jeune ? On pourrait aussi abandonner la compétition incessante au profit de coopération et de l'intelligence collective. Et tout ça, dès notre plus jeune âge. Et puis, si on rêvait encore un peu plus, on pourrait même imaginer que nos écoles et universités soient davantage ouvertes sur leur environnement direct. Qu'elles deviennent de futurs espaces-refuges, accessibles au plus grand nombre par temps de crise ou de canicule. Ces espaces éducatifs pourraient finalement devenir les nouveaux cœurs battants de nos quartiers pour faire société et œuvrer pour le vivre ensemble demain.
- Speaker #4
La mutualisation des espaces scolaires, c'est un sujet qui est très ancien. C'est le premier patrimoine de chaque collectivité. Elle n'est dans sa nature même peu ouverte à l'environnement immédiat. Or, aujourd'hui, on est en train de re-questionner ça puisqu'effectivement, je ne crois pas à la mutualisation à l'incontence. Par contre, que les enfants puissent en bénéficier au maximum et qu'il y ait de la porosité entre ces espaces. et une bibliothèque de rue, et une exposition hors les murs, évidemment.
- Speaker #5
Depuis 2021, on a mis en place un tiers-lieu qui s'appelle l'OpenCube. C'est un lieu qui a été conçu avec les étudiants de l'école, avec un certain nombre de partenaires, pour être un lieu d'ouverture, justement. Alors, lieu d'ouverture avec différentes dimensions. Déjà, l'accessibilité de la science au public, parce qu'évidemment, sur nos thématiques, on est... Encore une fois sur des thématiques très... sociétal, donc il y avait vraiment une importance pour nous à instaurer ce dialogue de qualité exigeant avec la société civile. Clairement notre tiers lieu, on l'a ouvert pour permettre aux gens qui comprennent les enjeux, mais qui n'ont pas la possibilité, soit matériel, soit technique, soit scientifique, d'être dans l'action, de pouvoir s'engager.
- Speaker #1
On pourrait penser que l'apprentissage se cantonne à l'école, mais en vérité, aujourd'hui, cette réalité n'est plus tenable. Le savoir est là, il nous entoure, partout, tout le temps. Et les outils numériques, dont l'IA aujourd'hui, ont d'ailleurs complètement renversé la donne par rapport à ça. Et puis, il faut se rappeler qu'on apprend aussi et d'abord au contact de nos proches, des lieux que l'on fréquente, des livres que l'on lit, et plus tard... On apprend aussi de nos engagements associatifs, de nos activités, notre travail. L'apprentissage ne s'arrêterait donc jamais. Et dans un monde où tout s'accélère, il n'est plus seulement question de savoir si on a envie d'apprendre, mais plutôt, qu'est-ce qu'on dit. devrait apprendre ? Quelles compétences on devrait développer pour que notre société puisse relever les défis qui sont les siens ? Toutes générations confondues. Demain, promouvoir l'apprentissage tout au long de la vie, ce serait aussi créer et multiplier toujours plus les passerelles entre le secteur de l'éducation, le territoire et ces fameux besoins d'apprentissage auxquels notre société doit répondre. Pour que les grenobloises et grenoblois puissent continuer à s'épanouir, à travailler et à contribuer à une société plus juste, soutenable et désirable.
- Speaker #9
Bonjour, je m'appelle Mathias, je suis actuellement en L1 d'économie-gestion et aujourd'hui j'ai assisté à un événement qui a permis de me questionner sur les questions du risque et des crises en 2040. Cette expérience va beaucoup m'aider dans le futur car premièrement j'ai conscience que notre environnement change, le climat change beaucoup, donc je pense que... Comme on a pu le voir dans certains films un peu anciens, du style « Geostorm » , etc., des grandes catastrophes, des grands tsunamis, des grands ouragans qu'on disait il y a 10-20 ans, ça, c'est que de la fiction. Aujourd'hui, je pense que ça va devenir réalité. Et donc, j'encourage la jeunesse comme moi à aller s'informer, se cultiver. Et les étudiants en général, surtout que les études, c'est un milieu où on se cultive davantage. On apprend beaucoup de choses, on s'intéresse beaucoup au passé. Surtout on a vu beaucoup au collège, au lycée, l'histoire, l'histoire, l'histoire, mais pas assez au futur. Et je pense que le futur malheureusement, il faut s'y préparer parce qu'en ne s'y préparant pas, c'est sur nous que ça va retomber sur cette génération. Et il faut moins d'égoïsme entre guillemets de l'ancienne génération qui ne vont plus être là pour assister à ça. Et plus justement de prise de conscience de leur part, de dire bon voilà, dans quelques années, c'est la prochaine génération qui va prendre la relève, il faut les préparer.
- Speaker #4
L'école dehors, c'est éduquer dehors, je le dis d'ailleurs plus facilement puisqu'on parle de tous les temps de l'enfant, donc pas qu'à l'école, mais également sur le temps périscolaire dehors. En termes d'apprentissage scolaire, on a pu montrer une amélioration de la concentration, une amélioration du climat scolaire dans l'ensemble de la classe. L'école du XXIe siècle, c'est l'école inclusive, c'est l'école de la diversité. De plus en plus, on accueille les enfants qui sont porteurs de handicap et moi je suis convaincue. que, effectivement, de diversifier les modes d'apprentissage et de manipuler, d'expérimenter, permet d'ancrer les apprentissages. La pratique d'éduquer dehors, c'est aussi un intérêt important pour la santé. Dans une salle de classe, par exemple, on a pu constater qu'il y avait plus de 800 polluants en qualité de l'air intérieur, avec tous les composés organiques volatiles. Donc là, on se retrouve dans un environnement naturel extérieur qui est toujours plus favorable en termes de qualité de l'air. Et puis, le troisième point, pour moi, qui est important, c'est de se renouer. aux vivants et dans l'environnement immédiat dans lequel on vit. On dit toujours quand on est en période de forte chaleur, c'est aller dans les espaces naturels parce qu'il y a déjà 5 ou 6 degrés en moins qu'un îlot de chaleur ou une cour d'école bitumée parce qu'on est à l'ombre et qu'il y a de l'air qui passe beaucoup plus que dans une salle de classe complètement confinée parce qu'on ne peut pas ouvrir les fenêtres, il fait trop chaud dehors.
- Speaker #1
Ça me rappelle ce qu'on disait sur l'eau. Aux abords des rivières, on perd vite 5-6 degrés par rapport aux espaces bitumés. Eh bien, ici c'est la même chose sous les arbres d'un parc, ou d'une cour par exemple. Raison de plus pour en prendre vraiment soin. Faire école dehors, C'est donc aussi répondre aux enjeux de reconnexion des plus jeunes à l'autre et aux vivants qui nous entourent. C'est aussi lutter contre la sédentarité en constante augmentation pour cette partie de la population. Moins de 40% des enfants se rendent à l'école à pied, alors que ce chiffre s'élevait de 1,5%. à plus de 60% il y a encore 30 ou 40 ans. Certains parleraient même de l'apparition d'une véritable génération d'enfants d'intérieur. Et ça ne s'arrangerait pas quand on grandit puisque deux tiers des ados de 15 à 17 ans passent plus de 3 heures par jour devant un écran. Mais alors, est-ce que l'augmentation de ces enfants d'intérieur ne serait pas aussi le symptôme d'une organisation des espaces publics à repenser entièrement ?
- Speaker #10
Je suis Iba De Bouc, directrice territoire à Arep, et je travaille sur la mission Grenoble 2040 pour la ville de Grenoble. Aujourd'hui, quand on dit que sur une rue aux écoles, on va apaiser ou fermer à la circulation totalement la rue, on va concevoir un espace pour les usages, pour dire moins de voitures, moins de CO2, moins de pollution, etc. Tout ce qu'on supprime sur ces rues, c'est plus de place pour les enfants, plus de place pour le vivant, plus de contact avec la nature, plus de liens sociaux. Plus de proximité, on sait que le lien social et la proximité participent à la convivialité, à l'inclusivité, à l'appropriation de la ville. Et l'appropriation c'est un facteur de bonheur, un facteur de bien-être dans l'espace public. On a totalement conçu la ville au profit, donc avec une omniprésence de l'infrastructure automobile, au détriment de l'humain, du vivant, du piéton, de l'enfant, etc. Et donc quand on sort de ce cadre-là, ça va nous permettre de repenser l'humain au cœur du dispositif.
- Speaker #1
Sophie Mélet-Breton, directrice adjointe de la direction Nature en Ville à la ville de Grenoble.
- Speaker #2
Les projets d'adaptation au changement climatique, on peut évidemment tout de suite citer les cours d'école, puisque à Grenoble, et comme ailleurs d'ailleurs, les cours d'école étaient volontairement aseptisés pour que l'enfant ne se salisse pas, que l'enfant puisse rouler avec sa trottinette ou son petit vélo, pour qu'il y ait des espaces de foot, etc. Donc là, c'est évidemment prendre complètement un contre-pied de ça et se dire, aujourd'hui et demain, Les besoins, quels sont-ils ? Les premiers besoins, c'est de supporter la chaleur sur des périodes qui vont être de plus en plus précoces et notamment à partir du mois de mai, là où avant on ne s'interrogeait pas puisque la grosse chaleur était l'été. Et en même temps, on a besoin de retrouver avec les usagers le contact avec la nature. Dans les cours d'école, la végétalisation, ce n'est pas que mettre de l'ombrage et du joli et du verdissement, c'est aussi retrouver le cycle de l'eau. Ça veut dire des enfants qui seront peut-être sur certaines parties de la cour, dans la boue, dans l'eau. Donc il va falloir vraiment faire de la pédagogie auprès de tout le monde et se dire est-ce que c'est grave que l'enfant se mouille, est-ce que c'est grave ? Ou au contraire se dire, il trouve le sourire, il comprend comment fonctionne le sol. Évidemment, faire école dehors, c'est une très très bonne initiative. C'est comment le fait qu'il peut poser des questions et qui parfois, puisque tu prends cet exemple de comment on travaille avec la direction d'enfance sur ce projet École dehors, c'est pas sans se frotter, parce qu'il y a des exigences nouvelles vis-à-vis de nous, parce que, par exemple, je vais faire École dehors, donc je veux un espace qui soit tendu,
- Speaker #4
où les déchets soient ramassés. Est-ce qu'on répond à ça aujourd'hui ? On sait les modèles. Météorologique et climatique montrent qu'effectivement, on va avoir à vivre de plus en plus de vagues de chaleur et de façon permanente. Moi, je suis de ceux qui pensent qu'il ne faut plus gérer la crise, il faut adapter le comportement et changer nos pratiques. Il faut changer nos modes de vie et nos cultures. Évidemment qu'il faudra toujours vivre et appréhender la crise et savoir la gérer et s'y préparer le mieux possible. Mais sur les vagues de chaleur, je pense que là, il faut qu'on change complètement de paradigme, c'est-à-dire qu'il faut faire évoluer nos pratiques. Je discute pas mal avec des architectes et des techniciens, des ingénieurs en ce moment. On fait tous le constat que nos bâtiments scolaires savent très bien se prémunir du froid, mais par contre on ne sait pas se prémunir du chaud. Et ça c'est une révolution. On commence enfin à aller voir ce qui se passe dans les pays chauds, dans les pays comme au Portugal, et à retravailler nos schémas architecturaux. Quand je vous parlais tout à l'heure qu'on travaillait la qualité de l'air intérieur, on va dire que c'est du bon sens de faire des courants d'air traversant, etc. Sauf que ce n'est pas du tout dans les conceptions architecturales et ce n'est pas du tout dans les pratiques. Mais à un moment donné, il va falloir, excusez-moi l'expression, se coltiner ce sujet pour dire mais qu'est-ce qui est le plus important ? Est-ce que c'est la façon dont on subit les choses et le lendemain on se retrouve avec 20 ou 25 enfants et des températures de 40 degrés parce qu'on a bien fermé les portes la veille au soir ?
- Speaker #1
Les prévisions scientifiques sont sans appel. A l'horizon 2040, le nombre de vagues de chaleur sera multiplié par 3 par rapport aux données observées entre 1975 et 2005, soit environ 20 jours de canicule par an à l'échelle de la métropole grenobloise. Autrement dit, la météo exceptionnelle que nous avons connue en cette fin d'année scolaire 2026 deviendrait quasiment une norme rencontrée chaque année. Rénover les bâtiments académiques doit donc devenir une priorité absolue si on veut pouvoir assurer l'égalité d'accès aux services publics de l'éducation. C'est permettre à notre système éducatif d'assurer pleinement sa mission d'émancipation et de construction d'une culture commune de la République. Mais c'est aussi et surtout protéger et réduire les risques sur la santé physique et mentale de millions d'élèves, d'enseignantes et d'enseignants et de personnel. En juin 2026, de nombreux territoires ont vu le thermomètre passer la barre des 40 degrés. Dans ces conditions, comment des épreuves nationales comme le bac et le brevet pourraient-elles prétendre à l'égalité entre les candidates et candidats ? quand on sait que ces vagues de chaleur influent directement sur les capacités cognitives, physiologiques, sur la gestion du stress ou sur la qualité du sommeil des élèves. Et pour ça, qui mieux que les premières personnes concernées pour penser l'évolution du deuxième lieu de vie qui les accueille entre leurs 3 et leurs 18 ans ? Nicolas Antoine, coordinateur de la mission aménagement de l'espace public à la ville de Grenoble.
- Speaker #11
Il se trouve que les cours sont des objets intéressants puisqu'ils sont au quotidien utilisés par les enfants, notamment concernant l'éducation des enfants, la ludicité et l'épanouissement des enfants en ville. Il n'y a pas une recette type, mais on essaye d'associer le corps enseignant et les enfants pour le dessin de la cour, pour expliquer aussi quelles sont les contraintes qui s'imposent à nous. Ils visent à ce que la cour d'école soit un espace pour... pour toutes et tous. Et ça passe forcément dans les usages à penser des coins calmes, des coins pour les enfants qui ont besoin plutôt de se retrouver dans des endroits intimistes et d'autres qui ont besoin de s'exprimer, qu'on soit garçon ou fille.
- Speaker #8
Du coup, au niveau de l'ingénieur dans le futur, il y a une notion qui m'intéresse particulièrement et que j'ai un peu retrouvé dans notre atelier, c'est cette question d'ingénierie participative. C'est quelque chose qui se fait de plus en plus, où en fait, on va avoir des projets où on va... Beaucoup plus inclure les personnes sur lesquelles l'impact va avoir lieu, beaucoup plus inclure les usagers du bâtiment et leur demander ce qu'ils en pensent. Et grâce à ça, avoir beaucoup plus d'ouverture, beaucoup plus d'idées et finalement avoir des idées qui se concentrent sur l'essentiel de ce qui est nécessaire et attendu plus que de faire juste des projets pour faire des projets.
- Speaker #1
Chers amis, nous arrivons à la fin de ce troisième voyage sonore. Grenoble 2040, chemin futur. Vous l'avez compris, en 2040, remettre les publics jeunes au cœur des dispositifs et des politiques d'aménagement ne sera donc pas une option mais un gage de réussite et d'un réel engagement citoyen. En privilégiant les déplacements décarbonés, la revégétalisation des espaces, la préservation de la biodiversité ou la conception d'espaces d'apprentissage et d'autonomie, ces aménagements pour penser la ville à hauteur d'enfant profiteraient finalement à l'ensemble des grenobloises et grenoblois, notamment les plus vulnérables. Autrement dit, co-construire et prendre soin de la ville avec la jeunesse, ce serait la garantie de concevoir des espaces accessibles, sécurisés et inclusifs, pour des territoires plus durables et résilients, quelles que soient les différences et les handicaps. Où le partage des savoirs entre science et action serait rendu possible au quotidien. Nous avons déjà la chance de pouvoir compter sur une ville qui, grâce à l'engagement de la société civile, des associations qui œuvrent sur ce sujet, de la volonté politique, a déjà entamé de grands chantiers pour transformer la donne à l'échelle grenobloise. Une création sonore originale, réalisée, produite et animée par Déborah Ozil pour la ville de Grenoble. avec Jeanne Ausha au montage-mixage et pour les musiques originales. Vous avez aimé ce contenu ? N'hésitez pas à nous mettre quelques étoiles et à le recommander autour de vous. Et pour suivre l'intégralité de l'actualité de Grenoble 2040, rendez-vous sur le site grenoble.fr dans la rubrique dédiée. Un contenu réalisé 100% sans IA.