- Speaker #0
L'imaginaire, ce n'est pas de l'évasion. En fait, c'est vraiment un outil d'influence sur le futur. Et l'illustration par l'exposition universelle, ça montre le pouvoir dominant ou le pouvoir des imaginaires dominants.
- Speaker #1
Bienvenue dans la série de podcast Grenoble 2040, chemin futur.
- Speaker #2
Il y a 20 ans, on imaginait des changements, on imaginait des projets, on les présentait aux habitants et on leur expliquait pourquoi notre projet était bien. Maintenant, on imagine quelque chose et par contre, on estime que cette proposition, ce n'est qu'une proposition et on doit en discuter avec les habitants pour ajuster, pour corriger, pour l'adapter en fait aux besoins et aux expressions qu'on va pouvoir obtenir.
- Speaker #1
Une création sonore documentaire en 6 épisodes, imaginée pour la ville de Grenoble par Déborah Ozil.
- Speaker #3
Le vrai sujet, c'est de rendre habitables des espaces qui sont très vulnérables. qui sont fragiles, mais qui sont habitées par des humains et des non-humains. 2040, c'est déjà là. La question, c'est est-ce qu'on est capable d'envisager 2100 ?
- Speaker #1
Dans une époque traversée par de multiples bouleversements, Grenoble 2040 est née pour répondre à cette difficulté de penser l'avenir. Car c'est aujourd'hui que nous devons façonner un futur collectif, juste et désirable. Aujourd'hui que nous pouvons encore dessiner l'avenir que nous souhaitons laisser aux générations futures. À celles et ceux qui fêteront leur majorité en 2040 et toutes les suivantes.
- Speaker #4
Bienvenue dans ce sixième épisode de la série Grenoble 2040 Chemin Futur. Et si on imaginait nos futurs dès maintenant ?
- Speaker #1
Bonjour, je suis Eva. Grenoble est ma ville de cœur. J'y suis née et j'y ai grandi depuis mon premier jour. En 2040, je fêterai mes 18 ans, l'âge de voter. Mais avant ça, j'ai décidé de vous accompagner et de partir explorer de nouveaux chemins pour transformer le futur de notre ville. Pourquoi ? Parce que j'aime ma ville et que j'ai envie de continuer à pouvoir y grandir et m'y épanouir pleinement. Et parce que les décisions que nous prendrons, les transformations que nous engagerons aujourd'hui, dessineront mon futur et celui de toutes les prochaines générations, tout simplement. Cet été 2026 aura été celui de tous les records. De chaleur, de sécheresse, de température, de méga-feu, de vents violents, d'inondations. Et en 2050, les scientifiques le confirment, ça ne sera plus une exception, mais bien la norme. Ça veut dire que nous allons devoir apprendre à vivre avec ce nouveau climat, drastiquement différent de celui que nous avons connu jusque-là. que nous allons devoir nous adapter aux conséquences de ce dérèglement qui vient s'ajouter aux crises sociales, de la biodiversité, politiques et démocratiques, financières, que nous traversons et allons traverser. Et pourtant, aujourd'hui, si les trajectoires climatiques confirment un plus de degré d'ici à 2050, nous, citoyennes et citoyens, politiques, entreprises, associations, sociétés civiles, nous avons encore le choix d'infléchir cette hausse des températures pour éviter le plus 4 degrés à 2100. Car chaque millième de degré compte. Il compte pour que cette terre, cette ville, reste habitable, pour nous et toutes les générations futures. Et justement, à travers cette série de podcasts, nous avons découvert des actrices et des acteurs grenoblois qui œuvrent au quotidien pour créer d'autres alternatives. Plus sobres, plus résilientes. Pour atténuer les effets du changement climatique, pour anticiper les risques et s'y préparer. pour construire notre solidarité. Et il s'agit désormais de leur donner de la force, de l'ampleur, un sens collectif et politique. Pour construire de nouveaux récits, désirables et réalistes. En faisant bouger nos croyances, nos comportements, nos apprentissages, nos métiers, nos modes de vie, et nos rêves aussi. Et tout ça, c'est pas un joli conte de fées, c'est une envie de vivre. De vivre dans une ville qui aura su faire de la coopération et des imaginaires de réels moteurs. de transformation. Alors, cette dernière histoire dans laquelle je m'apprête à vous emmener, elle va justement nous aider à soulever des pistes possibles pour nous mettre en action. Car une fois qu'on a eu toutes ces belles idées présentées dans les cinq derniers épisodes, c'est bien de ça dont il s'agit. Savoir comment se mettre en mouvement, savoir ce qu'on doit changer, ce qu'on doit abandonner et pourquoi on doit le faire. Pour penser des futurs qui nous procurent de la joie et de l'émerveillement, plutôt que des futurs qui nous enferment et nous immobilisent. Et si, après tout, cette démarche Grenoble 2040 en était le point de départ ? Périne Floret, chef de projet Grenoble 2040, dans la direction ville ouverte à la ville de Grenoble.
- Speaker #5
Au fait, la démarche Grenoble 2040, on s'est dit qu'il fallait qu'on essaie de réfléchir au futur, et c'est là la naissance de cette démarche. La ville s'aménage sur le temps long, et en fait, dans des projets de planification ou d'aménagement, il y a des choses qui se sont décidées aujourd'hui, qui seront mises en œuvre bien plus tard, et donc 2040, c'était cette échelle juste un peu entre la planification et la prospective. Cette stratégie a été pas mal axée au début pour prendre en compte les risques et la résilience du territoire. On a des crises et des bouleversements en cours et à venir qui sont importants, beaucoup liés au changement climatique, mais pas que. Ça peut être aussi une guerre, comme la guerre en Ukraine, qui nous impacte directement. La question, c'était comment on peut anticiper ça. La démarche Grenoble 2040 permet aussi ça, de ne pas dire quel va être le futur, mais d'ouvrir sur des imaginaires possibles, souhaitables ou non souhaitables. pour permettre après d'arriver vers quelque chose de plus désirable. Mais il ne faut pas s'interdire de penser des imaginaires en rupture, pas très agréables parfois, pour pouvoir après dire « Non, mais ça, vraiment, je ne veux pas. Il faudrait que j'agisse de telle manière pour pas que ça arrive. »
- Speaker #1
Nicolas Quentin, architecte et urbanisme à la ville de Grenoble, chef de projet Grenoble 2040. pour des quartiers favorables à la santé.
- Speaker #6
Alors ce projet, cette démarche Grenoble 2040 pour des quartiers favorables à la santé, on l'a lancé plutôt comme une intention et une intuition technique, comme feuille de route d'un projet collectif commun, en s'extrayant aussi un petit peu de tout ce qui est du réglementaire, du juridique, du financier, du politique, qui nous empêche de penser ensemble. En essayant d'abord de réfléchir à la question avant d'apporter des solutions. Donc l'idée d'aller vers la prospective, c'est penser ensemble l'avenir avant de le mettre en œuvre.
- Speaker #1
La démarche Grenoble 2040 serait donc cette porte ouverte sur le futur. faisant de la prospective un outil au service de l'intérêt général et du bien commun. Pour imaginer des futurs enviables, des futurs souhaitables, qui nous ressemblent autant qu'ils nous rassemblent. Et tout ça, ça questionne aussi, selon moi, un autre sujet tout aussi fondamental. Notre rapport au temps. Au temps de l'action, à l'opposé de celui du politique. Au temps long, celui de la nature, à l'opposé de celui de l'immédiateté. L'immédiateté dont nous sommes trop souvent esclaves et dont notre hyper-connexion constante n'arrange rien d'ailleurs. Le problème, c'est qu'avoir du temps dans nos vies à mille à l'heure serait devenu un luxe. Et alors, avoir le temps de penser le changement, ce serait carrément un privilège. Une action rendue presque impossible quand le seul sujet qui nous obsède est de boucler ses fins de mois. On pourrait même parler ici d'une véritable fracture sociale de l'imaginaire. Mais justement, je suis persuadée que l'urgence climatique et sociale à laquelle nous faisons face aujourd'hui nous demande paradoxalement de nous réinterroger sur notre rapport au temps, sur notre capacité à ralentir. Cette organisation temporelle de nos vies, bien loin de nos besoins physiologiques et naturels, aurait un réel impact sur notre santé et celle de notre environnement. Et si, en 2040, faire de la place au temps long, lui redonner de l'espace, devenait un acte de résistance et de résilience pour dessiner nos futurs ? Et si ça nous permettait aussi de réinterroger nos manières de coopérer, de s'organiser, de dialoguer ? De prendre le temps de mieux appréhender nos différences et nos complémentarités pour faire de Grenoble une ville habitable et désirable demain ? Et si la prospective devenait justement cet outil pour penser cet avenir en commun ? Mais avant toute chose, voyons voir ce qui se cache derrière ce terme.
- Speaker #0
Je suis Iba De Bouc, directrice territoire à Arep, une agence pluridisciplinaire, et je travaille sur la mission Grenoble 2040 pour la ville de Grenoble. La prospective, c'est une stimulation de l'imaginaire au service de la transition écologique, parce qu'on se rend compte que la question écologique, mais plus globalement, les questions urbaines, les questions sociales, les questions de santé, de soins, qui font partie du fil rouge de la démarche prospective Grenoble 2040, sont des questions collectives. Alors moi je dis souvent qu'il y a une partie de nos futurs qui est déjà écrite par le pronostic écologique et c'est malheureusement pas la partie la plus noble parce que c'est celle qui est dictée effectivement par les effets du changement climatique. Pour faire face à une situation dégradée, maintenant il faut aller chercher un imaginaire qui nous permet... de nous figurer des nouvelles manières de faire, de consommer, de produire, de nous déplacer, d'habiter la ville et puis nous figurer parfois des choses très lointaines, très différentes et même impensables dans un contexte présent.
- Speaker #7
Je suis Gabriel Jourdan, je suis chargé d'études à l'agence d'urbanisme de la région grenobloise. La prospective dans les années 60, 70, 80, voire 90. C'était beaucoup structuré autour de l'idée que le progrès va permettre d'aller vers un futur qui sera plus ouvert finalement en termes de possibilités ou de potentialités. Et du coup c'était aussi une prospective qui ne regardait pas forcément complètement en face les limites planétaires, les problématiques de finitude des ressources ou de finitude du monde. La prospective maintenant c'est une prospective où on va peut-être beaucoup plus essayer d'éclairer les crises, les risques, les menaces, les incertitudes. La finitude des ressources, les impacts prévisionnels du changement climatique, la dégradation de la cohésion sociale, etc. Et c'est aussi un travail qui implique différentes collectivités, qui sont aussi de bords politiques différents. Donc ça c'est aussi extrêmement important que cette question de la prospective des risques, des vulnérabilités, des fragilités, c'est un objet qui concerne vraiment tout le monde, tous les territoires et l'ensemble des sensibilités.
- Speaker #1
Dans un monde marqué par l'accélération des mutations climatiques, sociales, technologiques et géopolitiques, la prospective pourrait donc jouer un rôle de boussole pour penser l'incertitude plutôt que la subir. Et si les récits nous aident à penser l'avenir, ils ne sont pas pour autant des substituts à l'action. Une bonne intention ne suit pas si les alternatives sont trop coûteuses, compliquées ou inexistantes. Et c'est justement en ça que la prospective devient indispensable et cruciale pour éclairer nos décisions d'aujourd'hui et de demain. en prenant connaissance des évolutions multiples du long terme, en essayant de rendre visibles les signaux faibles, de se saisir des projets émergents, porteurs d'espoir, et qui pourraient demain, si on les démultipliait, avoir des répercussions majeures sur notre société tout entière. Mais quand la peur, l'angoisse et le catastrophisme nous saisissent, comment imaginer l'avenir autrement ? commun redonnait de la place aux imaginaires et aux utopies pour penser à un futur souhaitable et désirable pour Grenoble.
- Speaker #8
Dans une démarche de prospective, on va chercher à détecter les signaux faibles dans l'utopie, où on s'autorise à mettre entre parenthèses le réel pour penser le possible. Donc c'est en cela, ce détour par la fiction qui est particulièrement intéressant dans l'utopie. Ce n'est pas une proposition impossible ou mal pensée. C'est une capacité d'imaginer comment est-ce qu'on répond à des enjeux sociaux, anthropologiques, pour lesquels on n'a pas de réponse actuellement. Voilà, des nouvelles manières d'organiser la société, que ce soit dans l'économie, on pense à la création des scopes, etc. Aujourd'hui, on qualifierait d'innovation. En fait, au départ, ce sont des utopies concrètes. À travers ce travail de décalage par rapport à la réalité, on est vraiment sur un travail qui donne du sens en fait. Et je pense que c'est particulièrement important pour cette génération qui a plutôt comme horizon soit des dystopies, c'est-à-dire on voit s'effondrer nos systèmes écologiques, nos systèmes démocratiques aussi, nos systèmes économiques. Il y a assez peu d'espace finalement dans lequel on prend du recul par rapport à toutes ces injonctions et dans lesquelles on peut simplement se poser la question de ce qui est désirable et de comment eux ils se positionnent en tant que citoyennes et citoyens. Je suis Violaine Doucerin-Thiebaud à la Direction des Affaires Culturelles et j'encadre un service qui s'appelle Développement Culturel Artistique.
- Speaker #9
Chez une grande partie des artistes, il y a cette envie de faire société ensemble, de partager des récits communs, des imaginaires. Et le rôle de l'artiste, c'est d'apporter, via son regard sur le monde, d'ouvrir à des imaginaires, à des possibles. Et je pense que c'est une source d'inspiration aussi, d'aller à la rencontre des gens. Aujourd'hui, ça répond à un grand nombre d'artistes qui sont dans cette démarche d'aller construire avec un territoire, avec des habitants, avec des voisins. Je pense que la mission de l'artiste en 2040, elle sera... Celle d'aujourd'hui en démultiplier, faire ville ensemble, faire société ensemble, c'est avoir des imaginaires communs, des récits communs. Et l'artiste, il a une place très importante à prendre dans cette notion de faire récits communs.
- Speaker #10
Etienne Siapin, je suis enseignant en histoire-géographie et docteur en sociologie. Le problème, c'est que face à tous ces enjeux, une des réponses, c'est l'apathie. C'est le découragement, c'est une forme de désespoir. Parce qu'avec ses épaules et ses deux mains, on a l'impression qu'on ne peut pas faire grand-chose. D'ailleurs, l'histoire est faite de mouvements collectifs, elle est faite aussi de moments de rupture, où même face au pire, on a réussi, et l'histoire française est notamment pleine de ça. Et elles sont possibles à partir du moment aussi où on s'approprie le fait politique, où on devient acteur et actrice du politique, et on n'est pas simplement spectateur de contenu qui serait... politicien ou qui serait étiqueté. La question, vous voyez, de à quoi ça sert, par exemple, d'aménager le territoire. Politiquement, la manière dont on va concevoir l'espace, ce n'est pas toujours raccord avec ce qu'il faudrait faire pour que l'espace soit bien vécu. Donc la question, en fait, c'est de comment nous, à travers ce cours-là, on contribue à faire vivre cette interrogation qui doit être présente en permanence, finalement, dans les formations à l'université, pour qu'ensuite, les professionnels de demain Soit aussi des professionnels citoyens, soit aussi des professionnels avec cette vision politique, collective et sociale.
- Speaker #1
Si j'ai bien compris une chose au cours de ces cinq derniers épisodes... c'est que les réponses que nous pourrons apporter aux problématiques de notre siècle ne pourront plus se faire de manière isolée. Qu'on le veuille ou non, les enjeux sont complètement imbriqués et connectés. Il s'agirait de faire se rencontrer différentes disciplines et sciences, différents savoirs, parfois même très éloignés, qui se complètent et se mutualisent. Ça me paraît d'ailleurs essentiel, étant donné la complexité des problématiques que nous devons résoudre aujourd'hui et dans les années à venir. Sur l'aménagement du territoire, sur l'agriculture, sur la préservation de l'eau comme un bien commun, sur nos outils de production ou l'avenir de nos écoles et de nos hôpitaux. Mais cela ne passerait pas seulement par les savoirs scientifiques. Ça passerait aussi par le fait de donner une vraie place à l'usage, à l'expérience, au vécu et à la sensibilité. Pas pour la beauté du geste, mais bien pour construire une ville adaptée, inclusive et hospitalière pour toutes et tous. Et ça, ça vient évidemment questionner le rôle et le positionnement de nos collectivités et de nos institutions. dans la manière de construire, de transformer et de gérer en commun la ville de demain.
- Speaker #0
Aujourd'hui, il faut simplement que ce soit accepté collectivement que la crise écologique est une vraie crise et que toutes ces questions d'habitabilité des milieux, de protection de planètes, de préservation des ressources ne peuvent se penser qu'à l'échelle de ces temps longs. Il faut une action publique, mais il faut aussi une action privée où là aussi, il faut quand même... que les acteurs privés, les acteurs de la promotion immobilière, les actions d'aménagement, avec l'encadrement nécessaire par les politiques publiques, s'approprient la question des ressources, l'impact sur les milieux, la question énergétique, etc. Mais comme je le disais aussi, la question écologique est collective, la question urbaine est collective, la question de l'habitabilité des milieux est collective, et donc il faut décloisonner l'exercice. Les experts ont leur rôle. Mais ils ne sont pas les seuls, ils portent des responsabilités, mais ils ne sont pas les seuls. Il y a des choix qui relèvent de l'associé civil, des citoyens.
- Speaker #11
Je suis Romain Gardin, je suis directeur de projet à la Grenoble-Alpes-Métropole sur la polarité des boucles de l'Isère. Il faut effectivement se requestionner sur nos manières de faire. Aujourd'hui, comme on est obligé de faire la ville sur la ville, donc sur de l'existant, forcément les entrants pour transformer la ville, ils sont complètement différents. Il faut repenser nos manières d'intégrer justement les habitants, que ce soit plutôt dans la co-construction. Et ça forcément, ça prend beaucoup plus de temps, parce que ça nécessite aussi de faire de la pédagogie, puisque c'est difficile quand même de mettre face à des habitants des questions des fois techniques. Donc ça nécessite aussi forcément de le mettre un peu à niveau d'un point de vue technique, pour qu'ils puissent vraiment s'intégrer à la réflexion. Donc forcément, ça c'est la question de la... C'est la question du temps, de comment on arrive à prendre un peu plus de temps pour trouver les bonnes réponses, et pas les réponses toutes faites qu'on duplique.
- Speaker #12
Bonjour, je suis Gaëlle Usu, directrice de recherche à l'IRD et en poste à l'Institut des géosciences de l'environnement à Grenoble. Alors forcément, tous nos métiers, je pense, sont en mutation. En tout cas, pour ce qui est du lien avec la population, je pense qu'aujourd'hui, on n'a plus le choix. Plus on donne de la connaissance à la population, plus elle est armée après pour aller faire ses choix électoraux et aller donner sa voix à des gens qui vont prendre en compte ces problématiques. Et donc, pendant des années, nous, la diffusion des connaissances s'est faite aussi en silo dans le domaine scientifique. Et nous, sur nos sciences qui sont très appliquées à des problèmes de société, eh bien, on se doit d'expliquer, de vulgariser, d'expliquer les enjeux au public pour que derrière, on ait aussi un monde où on puisse mettre en place des choses et que ce soit accepté. Et donc, c'est là-dessus où on doit vraiment marcher main dans la main avec les autorités. Nous, on identifie vraiment là où on doit aller avec des objectifs. Derrière, la mise en œuvre, elle n'est pas de notre sort.
- Speaker #13
Je m'appelle Clara Dadol, je travaille dans l'unité résilience territoriale à la ville de Grenoble. Dans la manière dont la ville de Grenoble approche la question de la résilience, ou en tout cas de la gestion de crise, il y a plusieurs aspects. Il y a d'une part la prise en compte des besoins fondamentaux de survie des habitants, donc comment est-ce qu'on garantit qu'il y a un accès à l'alimentation, qu'il y a un accès à l'eau, et notamment à l'eau potable, à la santé, au logement. Mais on n'oublie pas dans la stratégie de résilience des éléments qui sont plutôt de l'ordre de la société, et comment est-ce que les habitants peuvent continuer à contribuer. et avoir une expression politique avec tout ce que ça peut impliquer de tensions ou de contradictions parfois. Là où traditionnellement on peut percevoir la gestion de crise comme quelque chose d'extrêmement descendant, on se rend compte qu'en réalité on a besoin de la contribution de tous et toutes pour que les choses se passent bien. Par exemple, pendant la crise sanitaire, le Covid, il y avait un panel citoyen qui a été, j'ai envie de dire, convoqué, ou en tout cas invité à participer aux décisions pour éclairer la décision politique et permettre de prendre des décisions les plus adaptées aux besoins de la population. et conserver cette dimension démocratique dans la gestion de crise.
- Speaker #1
On y revient toujours, et presque sur tous les sujets. Donner des capacités, des connaissances et des moyens concrets d'agir, c'est essentiel pour construire un futur partagé. Pour autant... Une fois qu'on s'est dit ça, j'ai du mal à croire que ça puisse se faire sans l'accompagnement et le soutien des pouvoirs publics. Et cette responsabilisation constante des individus, qui découragent plus qu'autre chose, nous en ferait d'ailleurs oublier le caractère social et politique de nos choix. Oublier qu'il y a des normes, des règles et des cultures auxquelles nous obéissons. Si bien que les changements sur lesquels nous devons agir demain sont bien plus systémiques qu'individuels. Mais si ces efforts individuels sont essentiels à la transition de nos modèles, ils doivent impérativement aller de pair avec une transformation profonde, ambitieuse, des infrastructures privées comme publiques, autant que de nos politiques et de nos réglementations, de nos métiers et nos manières de travailler ensemble aussi.
- Speaker #2
Bonjour, je m'appelle Mathias Rollo, j'ai 37 ans, je suis maître de conférence à l'école d'architecture de Grenoble. Mes travaux essayent de requestionner la discipline architecturale et la pratique. J'essaye d'importer les luttes féministes, décoloniales, animalistes, écologistes, et de voir ce qu'elles font à l'architecture, ce qu'elles font à l'architecte, ce qu'elles font à nos pratiques et à nos pédagogies. Cette évolution, elle vient de doute dans mon parcours, à la fois sur l'architecte et sur l'architecture. et aussi d'une prise de conscience sur la situation écologique, sa gravité, l'urgence dans laquelle on est collectivement et l'inaction totale, faisant que les choses ne font qu'empirer, à ma connaissance, depuis des décennies et des décennies. Les archis, c'est un acteur parmi bien d'autres, mais je pense qu'il faut aussi remettre en question les responsabilités multiples qui partagent le désastre, parce que la construction actuelle est un peu désastreuse de bout en bout.
- Speaker #1
Charles Ambrosino, enseignant-chercheur en urbanisme à l'Institut d'Urbanisme et de Géographie Alpine et au Laboratoire Pacte.
- Speaker #3
Nos propres disciplines elles-mêmes, avec une très grande humilité, reconstituent un dialogue avec les sciences de la Terre, l'hydrologie, la biogéologie, la pédologie, mais aussi donnent à voir à ceux qui habitent ce dont ils héritent, avec quoi ils doivent composer demain. La question qui se pose aujourd'hui, c'est que, est-ce qu'on peut encore considérer l'urbanisation sans considérer une pensée en coupe de l'espace ? C'est-à-dire, penser l'articulation entre l'air, le sol et le sous-sol. L'urbaniste, l'architecte, le paysagiste, ce sont des gens qui ont une connaissance, mais qui n'est pas suffisante pour comprendre... le fonctionnement d'un sol et d'un sous-sol. Là, il nous faut des géologues, des hydrogéologues et des pédologues. On n'est pas capable de comprendre les intermoiements du climat. Là, il nous faut des climatologues. Et inversement, le climatologue peut modéliser autant qu'il voudra. Sera-t-il nécessairement transformé l'espace de manière à le rendre habitable ? Non, parce que ce n'est pas son métier. En fait, c'est plutôt ça. Il ne s'agit pas simplement de faire de l'interdisciplinarité pour la beauté du geste. Il s'agit de renforcer. les savoirs disciplinaires.
- Speaker #14
Bonjour, je m'appelle Myriam Labasse, je suis directrice nature en ville. L'enjeu aujourd'hui de notre direction, c'est de faire en sorte qu'avec les moyens que nous avons, nous puissions adapter nos pratiques pour à la fois répondre aux enjeux de biodiversité, de changement climatique, mais aussi de surface qui augmente dans la ville. Aujourd'hui, je me rends compte que l'embellissement peut-être est devenu un peu moins important que le fait d'adapter la ville au changement climatique. On n'a plus la même stratégie d'entretien et on la change très très rapidement, trop rapidement. On est face à des contradictions permanentes qu'il faut essayer de résoudre. Donc on essaye de renouer le lien entre l'habitant et le végétal en bas de chez eux. Et ça, ça peut venir que du jardinier. Et donc ce jonglage, il est facile dans un bureau. Et quand on est sur le terrain, face à la situation, je pense qu'il est beaucoup plus difficile à vivre. Eux voient les espaces se dégrader. Ils voient aussi peut-être parfois les instabilités qui sont dans ces espaces, et... Les déchets, les arrachages d'écorces, les mobiliers qui sont cassés, brûlés, tagués. Du coup, ils vivent en plein fouet aussi la manière dont certains usagers se comportent. Quand nous, parfois, on leur dit « mais rendre service à l'usager, c'est aussi mieux accueillir la biodiversité pour rendre la ville plus habitable, pour que les gens, quand ils se baladent dans les parcs, ils s'approchent un peu plus de cette nature. »
- Speaker #1
Si l'exemple des jardiniers est assez frappant, ce serait loin d'être les seuls métiers à devoir évoluer demain. Mais le dire est une chose, le faire et l'accompagner en est une autre. Penser notre ville demain, c'est donc penser l'imbrication des luttes écologiques, sociales, de genre, d'âge, territoriales et bien d'autres encore. C'est discuter collectivement, démocratiquement et de manière lucide sur ce que nous décidons de garder ou d'abandonner pour continuer à faire de Grenoble une ville où l'on pourra vivre sans survivre. Chers amis, nous arrivons à la fin de ce sixième et dernier voyage sonore Grenoble 2040, chemin futur. À travers ces six épisodes, nous avons essayé de dessiner d'autres pistes pour nos futurs grenoblois. De faire dialoguer les points de vue, les expériences et les vécus. Pour autant, toutes ces idées et propositions n'ont certainement pas la prétention d'être exhaustives et encore moins immuables. Elles sont là pour esquisser un projet de société souhaitable et désirable pour Grenoble et bien au-delà. Pour pouvoir enfin parler de futur aux jeunes générations plutôt que d'avoir les yeux rivés sur le passé. Pour raconter d'autres histoires à des enfants qui, comme moi, ont besoin d'espoir et de joie plutôt que de sentiments d'impuissance et d'écœurement. Pour que nous puissions toutes et tous passer de la sidération face au Christ que nous vivons aujourd'hui à l'intention et à l'action. Et pour ça, nous avons collectivement la capacité et l'intérêt de bâtir un futur fondé sur une justice sociale, écologique et démocratique. Sur une juste répartition des richesses, autant que sur l'émancipation et l'empouvoirment des populations. En changeant nos règles, en faisant évoluer nos représentations culturelles, nos habitudes, nos modes de vie, nos symboles, nos histoires, pour revenir à ce qui est essentiel. Nous avons le pouvoir de rêver un autre rapport à l'eau et à nos rivières, de rêver à d'autres métiers réellement utiles pour demain. Oui, nous avons ce droit de rêver et d'agir pour le bien commun, pour pouvoir continuer à nous émerveiller de ce qui nous entoure demain. Cyril Dion disait d'ailleurs qu'il faut changer l'histoire pour changer d'histoire. C'est quand nous sommes des millions à croire aux mêmes histoires, aux mêmes récits, que nos vies s'orientent dans un sens plutôt qu'un autre. Regagner collectivement le pouvoir sur nos récits et nos imaginaires, telle est donc la bataille culturelle à mener pour continuer de bien vivre à Grenoble. Une création sonore originale, réalisée, produite et animée par Déborah Osil pour la ville de Grenoble. Avec Jeanne Ausha au montage-mixage et pour les musiques originales. Vous avez aimé ce contenu ? N'hésitez pas à nous mettre quelques étoiles et à le recommander autour de vous. Et pour suivre l'intégralité de l'actualité de Grenoble 2040, rendez-vous sur le site grenoble.fr dans la rubrique dédiée. Un contenu réalisé 100% sans IA.