- Speaker #0
Ces podcasts ont été enregistrés dans le cadre de la Semaine de l'Éducation, un événement porté par la ville de Grenoble ayant eu lieu en 2026. La conférence qui suit est intitulée « La joie, un moteur pour se construire, plongée au cœur du cerveau » . Elle a été donnée le mercredi 27 mai par Sylvie Chocron à l'auditorium du Musée de Grenoble.
- Speaker #1
Bonsoir à tous et bienvenue au Musée de Grenoble. Je suis Léonie Marcoux, maire adjointe à l'éducation aux écoles et aux droits des enfants de la ville de Grenoble. On a beaucoup de plaisir à vous accueillir ce soir pour cette très belle conférence. Pour vous dire que cette semaine de l'éducation, c'est la troisième. En 2022, on avait interrogé quels enfants pour 2030. En 2024, on avait axé sur les questions de parentalité. Cette nouvelle édition porte sur le thème de la joie. Un thème qui peut paraître, prime abord, assez simple, mais qui en réalité est assez profond et nécessaire aujourd'hui. Et pour tout vous dire, ce matin, quand je me suis rendue à l'école Anatol France, je n'avais pas beaucoup de joie, car hier soir encore, malheureusement, il y a eu un drame. Et être à l'écoute des professionnels, rencontrer les enfants, les parents d'élèves, c'est aussi écouter ce qu'ils ressentent. Et c'est vrai qu'on s'est dit ce matin que les ateliers que les enfants avaient préparés autour de la joie, c'était... un petit peu difficile. Mais finalement, au contraire, on s'est dit, après quelques temps de discussion, que c'était d'autant plus important de continuer la joie, mais plus globalement de travailler sur l'ensemble des émotions. Et c'est important aussi parce que l'école, les associations, les lieux de vie communs sont parfois, surtout dans ces quartiers, les derniers lieux de services publics, les derniers lieux où les habitants ont confiance de laisser leurs enfants. Et donc... c'est sans naïveté, mais au contraire avec une conviction profonde qu'il est nécessaire de continuer à animer, à investir l'espace public, à faire des projets. Et nos enfants sont naturellement joyeux. Donc c'était aussi l'idée de célébrer aussi ça, avec un contexte de l'actualité où il y aura malheureusement toujours des choses un peu plus graves qui se passeront. Cette semaine de l'éducation, c'est l'occasion pour les professionnels, pour les parents, pour les personnes que ça intéresse, de creuser des sujets. Et aujourd'hui, la joie, mais plus globalement les émotions, et nous allons le voir avec Sylvie Chocron d'un point de vue plutôt neurosciences. Donc je la remercie d'être présente ce soir. Pour la présenter rapidement, elle est neuropsychologue, directrice de recherche au CNRS et spécialiste du fonctionnement du cerveau, de l'attention, de la perception et du développement cognitif. Aujourd'hui, ses travaux sont une référence en neurosciences et notamment sur le lien justement entre les émotions, les apprentissages, le bien-être. C'est une chercheuse également engagée dans la transmission des savoirs, puisqu'elle essaye de le rendre accessible au grand public. Vous l'avez peut-être déjà entendu à la radio ou vu à la télé. Et ses ouvrages et ses interventions permettent de vulgariser la science. Et ça, c'est quelque chose aussi d'extrêmement important. Et sa présence s'inscrit pleinement dans cette semaine de l'éducation, qui interroge la place justement de la joie et globalement des émotions sur la façon dont on les travaille et comme... levier d'apprentissage et d'émancipation pour les enfants, mais aussi pour les adultes. Et à travers cette conférence, on souhaite vraiment affirmer notre engagement sur les sujets d'éducation, et plus globalement sur la question du développement de l'enfant, l'éducation aux émotions, qui prend en compte les savoirs scientifiques, mais aussi les dimensions émotionnelles, relationnelles et sociales. Donc on a très hâte, je pense tous, d'écouter Sylvie Chaucronde, je ne serai pas plus longue, et je vous remercie d'être présente ce soir.
- Speaker #2
Alors merci beaucoup pour cette présentation et puis de m'accueillir dans ce magnifique musée de Grenoble. Et je suis très touchée d'être à Grenoble parce que mon premier laboratoire de recherche dans lequel j'ai travaillé était à Grenoble et je salue mes collègues que j'aime beaucoup du laboratoire qui sont ce soir ici. C'est très important aussi pour moi de parler de la joie dans l'apprentissage, dans l'éducation. et du lien entre la joie et le cerveau, parce qu'effectivement, ce qui me tient beaucoup à cœur, c'est de pouvoir transmettre toutes nos connaissances, enfin pas toutes, mais une partie de nos connaissances actuelles sur le fonctionnement du cerveau et sur les processus cognitifs, et de pouvoir transmettre aussi avec plaisir, avec humour, dans la joie. Donc ce thème est extrêmement important, et avant d'oublier, j'en profite pour vous dire que chaque mois j'écris une tribune, une carte blanche dans le monde et la semaine prochaine ma carte blanche, qui est donc toujours un sujet de neurosciences sous un angle sociétal, portera justement sur la joie et le cerveau. Donc c'est dans la continuité de votre semaine. Et ce dont je vais vous parler aujourd'hui est un peu à l'image de ma pratique, qui est à la fois une pratique en neuropsychologie clinique, où je reçois des bébés, des enfants, des adultes qui ont des troubles cognitifs qu'on essaye de diagnostiquer et de prendre en charge et puis aussi à l'image de ma pratique plus expérimentale en tant que chercheur dans un laboratoire de recherche. Alors aujourd'hui, pour tous les chercheurs en neurosciences comme moi, il reste un défi très important, c'est de pouvoir lier des phénomènes électriques chimiques, physiques à des pensées des émotions et en particulier aujourd'hui ce qui nous intéresse, la joie donc malgré ce qu'on vous raconte des fois dans les médias sur le fait qu'on a réussi à modéliser nos capacités que l'intelligence artificielle va nous dépasser, sachez que aujourd'hui il reste difficile de comprendre comment dans notre cerveau, à partir de réactions chimiques À partir de courants électriques, on arrive à produire des pensées, à produire des émotions, à produire des réactions. Ça reste un défi majeur de lier l'anatomie, la physiologie, la neuro-imagerie, toutes ces disciplines. Mais on va essayer quand même de mieux comprendre ce qu'est la joie d'un point de vue vraiment neuroscientifique. Comment la joie influence nos processus cognitifs ? Pourquoi est-ce que la joie devrait faire partie des apprentissages et de l'éducation ? Alors, quand on parle de joie, souvent on a tendance à confondre avec le plaisir. Mais ce n'est pas tout à fait la même chose d'un point de vue neuroscientifique. Le plaisir, c'est une sensation. immédiate qui est produite en général par l'activation du circuit de la récompense. Vous mangez un carreau de chocolat pour les gourmands et vous allez avoir dans votre cerveau une libération de dopamine, une activation du circuit de la récompense et vous allez ressentir du plaisir. La joie, c'est un petit peu différent parce que c'est une émotion, ça a du sens, ça s'intègre souvent dans des interactions sociales, dans la relation. Et donc c'est une émotion beaucoup plus complexe et qui peut durer dans le temps, là où le plaisir peut être quelque chose de très éphémère, de très immédiat. Mais on va le voir, joie et plaisir peuvent être liés. Alors je vous le disais, quand on ressent du plaisir, c'est parce qu'on a une activation de ce circuit qu'on appelle le circuit de la récompense. On reviendra sur ces structures tout à l'heure, quand on parlera de la joie. Et donc on a une libération de dopamine. qui va activer tout un tas de régions qui sont sous la dépendance de ce neurotransmetteur et cette activité cérébrale va produire la sensation de plaisir. La joie, c'est quelque chose de beaucoup plus complexe, donc on a ce circuit de la récompense qui va s'activer avec des airs en commun avec le plaisir, mais on a en plus de ça d'autres régions cérébrales qui vont être activées comme en particulier le cortex préfrontal. qui est un cortex qui est très important parce que c'est celui qui nous permet de prendre des décisions, d'être flexible intellectuellement, de faire attention. Et puis on a aussi un autre circuit qui va s'activer, qui est le circuit de la mémoire. Et on va le voir, la joie a cette particularité de venir être en interaction avec les processus mnésiques, avec la consolidation des souvenirs. Et puis on a une petite région dont on reparlera qui s'appelle l'insula, qui est comme une petite île dans le cerveau. Et cette région-là, elle est impliquée dans l'attachement, dans la relation, dans le lien, dans la synchronisation entre notre propre cerveau et le cerveau des autres. Et vous voyez, toutes ces régions vont être impliquées, donc la joie déjà. Première chose, vous avez l'impression que c'est une émotion qui passe, mais en réalité, elle implique une grande partie. des aires cérébrales. Et donc on peut véritablement avoir une approche neuroscientifique de la joie. Alors vous savez peut-être que depuis une bonne trentaine d'années, quarantaine d'années, on a la possibilité de faire des protocoles en neuro-imagerie fonctionnelle, c'est-à-dire qu'on vous installe dans un scanner et on va regarder votre cerveau en action. pendant que vous êtes mis dans une certaine situation ou que vous faites une certaine tâche. Et quand on veut étudier la joie, on peut tout à fait vous mettre dans un scanner et soit vous montrer des stimulations agréables sur un écran, soit vous offrir un petit cadeau pendant que vous êtes dans le scanner. Et là, ça va produire de la joie, vous allez vous sentir très très content qu'on ait pensé à cette attention. On peut vous faire miroiter que vous aurez un cadeau après, enfin bref. Et donc on peut aller regarder spécifiquement les régions dans votre cerveau qui s'activent lorsqu'on va initier une émotion joyeuse. Et donc c'est un sujet tout à fait sérieux. Et aujourd'hui, il y a des tas de chercheurs qui travaillent sur les circuits cérébraux des émotions. Et je ne vais pas rentrer dans les détails, mais juste pour vous montrer que le circuit qui est impliqué dans la joie, et spécifique de la joie et on va avoir d'autres connexions entre différentes régions pour la colère, pour le dégoût, pour la tristesse, pour la peur, pour d'autres émotions. Et on a en quelque sorte une signature cérébrale de chacune de ces émotions avec des connexions particulières qui vont être mises en jeu lorsque vous ressentez de la joie. Et par exemple, pour la joie, on va avoir une activité dans certaines régions. Et puis on va faire diminuer l'activité dans des régions qui produisent de la peur, comme par exemple l'amidale cérébrale qui est une petite région dans notre cerveau. Et donc à chaque fois que vous allez ressentir une émotion, vous allez avoir certaines zones qui vont s'activer et d'autres zones qui vont s'activer. au contraire qui vont s'inhiber pour laisser la place à l'émotion en question. Et c'est vrai que quand on est joyeux, on baisse un peu la garde et que parfois on peut prendre des risques parce que justement cette petite région qui est l'amygdale cérébrale, qui elle détecte le danger et nous permet de réagir au danger, elle est un petit peu éteinte pour laisser au contraire la place à la joie. Alors, quel est le lien entre la joie et les processus cognitifs ? Il se trouve que ces dernières années, il y a eu énormément de recherches sur le rôle des émotions dans la cognition. Alors, il fut un temps, il y a plusieurs dizaines d'années, où les gens opposaient les émotions et la cognition. donc les processus plus intellectuels. On sait aujourd'hui qu'on a tort de faire ça parce que les émotions influencent la façon dont on utilise notre cerveau et la façon dont on utilise notre cerveau influence la façon dont on produit ou on perçoit des émotions. Donc c'est fini le temps où on opposait les émotions et la cognition et moi je milite pour que le temps finisse aussi où on oppose la psychologie aux neurosciences, parce que tout ça se passe dans un seul organe qui est le cerveau. Et donc quand on est neuropsychologue comme moi, on milite pour que les gens comprennent enfin qu'il n'y a pas de barrière entre nos émotions, nos affects et nos processus cognitifs. Et dans le domaine de la joie, c'est une très bonne illustration, parce qu'on a montré que la joie pouvait doper la motivation, la créativité, qui est elle-même le moteur de l'intelligence, entre guillemets, les interactions sociales, le plaisir, la mémoire, la confiance, les apprentissages. La joie peut aussi diminuer le niveau de stress, elle peut nous permettre aussi d'être plus flexibles, et je vais y revenir après, et elle améliore nos capacités de résolution de problèmes. Et donc on va rentrer un petit peu dans le détail de ces recherches qui ont montré tous ces effets positifs de la joie. Alors on commence avec la question de la résolution de problème et vous voyez, je vous ai cité un des premiers articles vraiment scientifiques, neuroscientifiques sur le sujet qui a été publié en 1987. Donc vous voyez que ça date pas d'hier mais qu'en neurosciences les choses prennent beaucoup de temps à passer ensuite dans la vraie vie, dans la vie de tous les jours. Et donc ces chercheurs ont proposé à des participants Des petites vidéos drôles où, comme je le disais avant, ils leur ont annoncé qu'ils allaient leur offrir un cadeau avant de leur faire passer des tâches qui étaient plus ou moins intéressantes. Par exemple, dans l'article de 2005, il y avait des tâches qui pouvaient être plaisantes et puis il y avait des tâches qui étaient vraiment rébarbatives. On vous donne des séries de lettres et il faut les classer par ordre alphabétique. Donc vous voyez, rien d'intéressant. Et ce que ces auteurs ont constaté, c'est que de mettre le sujet dans une humeur joyeuse, positive, lui permettait d'avoir des meilleures performances et en plus d'être plus persévérant pour faire ses tâches cognitives. Si ensuite on se pose la question du lien entre la joie, l'attention et la mémoire, donc il y a eu des recherches, vous connaissez peut-être Antonio Damasio qui a... Elle a publié plusieurs livres de vulgarisation neuroscientifique. Et donc, dans son équipe aussi, il y a eu des travaux sur la joie qui ont montré que la joie pouvait améliorer les processus attentionnels, donc améliorer notre attention, mais aussi notre mémoire, par une interaction complexe entre le réseau, justement, qui s'active lorsqu'on ressent de la joie, donc au niveau émotionnel, le système attentionnel, le système mnésique, donc la mémoire, et tout le circuit de la prise de décision. Et donc par ce jeu d'interaction, la joie faciliterait la consolidation mnésique. Et donc ce qui a été décrit, c'est que l'hippocampe, qui est une petite structure dans notre cerveau, qui nous permet d'apprendre, cette hippocampe, elle est... particulièrement sensibles aux émotions. Et vous le savez peut-être, quand quelqu'un, malheureusement, vit un événement traumatique et subit un stress post-traumatique, très souvent, les personnes ont devant les yeux, pendant des mois, voire des années, l'image de la scène, de l'accident, l'odeur, quand il y a eu, par exemple, de la tôle écrasée quand c'est un accident de voiture, les bruits, la sirène des pompiers. Et donc, très souvent, Les souvenirs perceptifs de la scène qui a produit le traumatisme persistent très longtemps. Et récemment, on s'est rendu compte que c'est parce que, sous l'effet d'une émotion négative, on a une décharge d'adrénaline qui va venir, elle, renforcer la consolidation mnésique, c'est-à-dire la création de souvenirs. Et donc on sait que les émotions négatives vont... malheureusement consolider le souvenir de l'événement traumatique, mais la bonne chose, c'est que les émotions positives vont aussi venir consolider les souvenirs. Donc, j'en reparlerai si vous avez des questions après, parce que ce n'est pas notre sujet, mais toutes les thérapies aujourd'hui qui essayent d'améliorer l'état des patients, des sujets qui ont subi un stress post-traumatique, vont essayer justement de viser à déconstruire, à fragmenter le souvenir. de l'événement traumatique pour que le traumatisme soit un petit peu diminué. Mais pour ce qui nous concerne aujourd'hui, la bonne nouvelle, c'est que la joie va également augmenter la consolidation des souvenirs et donc améliorer notre mémoire. De la même manière, il y a eu beaucoup de recherches sur l'importance de la joie pour améliorer la motivation, qui elle-même améliore évidemment l'apprentissage et l'utilisation de nos processus cognitifs. Et il se trouve que la dopamine, qui est donc libérée quand vous êtes heureux, joyeux ou que vous prenez du plaisir, cette dopamine, c'est à la fois le moteur de la curiosité, c'est ce qui va nous pousser à aller... pour explorer des univers nouveaux. Et puis c'est aussi le moteur de la persévérance. Et j'y reviendrai parce qu'à la fin de ma présentation, je vous parlerai un petit peu de la persévérance et du lien avec la joie. Et donc ce qui a été montré, c'est que la joie renforce l'apprentissage spontané. Donc on parle d'éducation. Un enfant qui ressent de la joie va plus volontiers aller chercher lui-même à apprendre de nouvelles choses, et donc va avoir des comportements d'apprentissage qu'on appelle auto-initiés. Personne ne le force à aller s'intéresser à quelque chose, mais lui-même va aller s'intéresser à un nouveau champ et va apprendre de nouvelles connaissances. Donc la joie, c'est aussi un moteur de la curiosité, qui elle-même est un moteur de l'apprentissage. Et donc on sait que le cerveau de l'enfant est programmé pour explorer. C'est d'ailleurs pour ça, je fais une petite parenthèse parce que je suis plongée dans ces sujets en ce moment, c'est pour ça qu'on est très vigilant sur l'utilisation des écrans aujourd'hui chez les enfants, parce que les enfants, entre 0 et 10 ans au moins, ont besoin d'aller explorer le monde. Et c'est comme ça qu'ils apprennent. Et donc s'ils sont trop devant leur écran, ils vont explorer le monde d'une certaine façon, en deux dimensions, visuellement, auditivement, sans interaction avec un humain. Or, ils ont besoin d'aller explorer le monde physiquement, dans l'interaction sociale, c'est ça qui leur permettra d'apprendre. Je referme cette parenthèse. Donc la joie renforce l'exploration spontanée de l'environnement, et donc la joie dope la curiosité qui elle-même va permettre les apprentissages. Et puis il y a une fonction dans notre cerveau, que les neuropsychologues connaissent bien, qui s'appelle la flexibilité. Alors qu'est-ce que c'est que la flexibilité mentale ? C'est ce qui vous permet de passer en permanence d'une tâche à une autre. Et Dieu sait qu'en ce moment, on a besoin d'avoir une grande flexibilité parce qu'on est en train de travailler, on reçoit une notification, on est interrompu, quelqu'un vient nous parler, on se remet à travailler et ainsi de suite. Et donc on passe sans cesse, sans cesse d'une tâche à l'autre. Et quand on parle de charge mentale, en particulier chez les femmes, on parle de l'épuisement de cette flexibilité mentale qui normalement nous permet de passer d'une tâche à l'autre en permanence. mais qui parfois produit un véritable épuisement parce qu'on fait le grand écart entre des tâches qui n'ont rien à voir. Et donc la flexibilité mentale, c'est très important parce que c'est ce qui nous permet d'être le plus adapté au monde qui nous entoure. C'est parce qu'on est flexible que justement on peut s'adapter à n'importe quel événement qui arriverait à un moment précis. Et il se trouve que les émotions positives vont venir entraîner cette flexibilité. en élargissant le champ de notre attention, ce qui fait qu'on va prendre en compte des choses très différentes à chaque instant, en facilitant les nouvelles associations. Et donc, véritablement, la joie stimule la flexibilité mentale qui ensuite elle-même va être utilisée dans toutes les tâches cognitives au quotidien. Et j'y reviendrai parce que la flexibilité mentale, c'est aussi un moteur de la résilience. Donc j'y reviendrai quand je parlerai de la résilience. Donc la joie, c'est aussi un moyen d'améliorer nos capacités de résilience. Alors, qu'est-ce que c'est que la résilience ? Vous en entendez souvent parler, parce que le mot s'est vraiment démocratisé. Au départ, la résilience, c'est la capacité d'un métal à se déformer. Et dans le sens courant, en psychologie, c'est devenu la capacité à s'adapter à un événement, quel qu'il soit. plutôt négatif ou traumatique qui pourrait nous arriver. Et il se trouve qu'on a découvert qu'une des clés de la résilience, c'était la flexibilité. Pourquoi ? Parce qu'on s'est rendu compte que les personnes à qui il arrive quelque chose de grave, ces personnes-là, pour sortir de cet événement traumatique, elles ont besoin véritablement... de se détacher de cet événement traumatique et de continuer à gérer tout ce qui peut arriver autour d'elle et à ne pas rester fixée là-dessus. Et on s'est rendu compte que, par exemple, quelqu'un, imaginons, moi, ce matin, imaginons que je prends le métro et j'échappe à une chute dans le métro, quelqu'un m'a poussée, je me suis rattrapée, heureusement, je ne suis pas tombée dans le métro, etc. Si toute la journée, Je me dis, oh là là, j'aurais pu me tuer, j'aurais pu me casser une jambe, ne pas pouvoir aller à Grenoble, faire ma conférence, etc. Je rumine ça toute la journée. Mes capacités de résilience seront bien moindres que si j'intègre ce qui s'est passé, mais que peu à peu dans la journée, ce souvenir disparaît et je vais pouvoir m'investir dans toutes les autres tâches qui vont se présenter à moi toute la journée. Et donc la flexibilité véritablement mentale... Elle existe aussi au niveau émotionnel et comportemental. Et donc les gens qui arrivent à passer d'une émotion à une autre, alors évidemment pas en cinq secondes et pas comme si il ne s'était rien passé, mais les gens qui sont le plus flexibles sur le plan émotionnel et sur le plan comportemental sont ceux qui seront les plus résilients s'il leur arrive quelque chose. Et il se trouve que la joie dope la flexibilité qui elle-même est un moteur de la résilience. Et donc, lorsqu'il y a eu des recherches sur la résilience, les gens se sont demandé quel type de personnalité était les plus résilientes. Et donc, il y a eu des études pour essayer de définir la personnalité résiliente, entre guillemets. Et les personnes les plus résilientes seraient des personnes optimistes, enthousiastes, curieuses, ouvertes à de nouvelles expériences et ressentant les émotions positives de manière plus importante, c'est-à-dire ouvertes à la joie, au plaisir. Donc vous voyez le lien entre tout ça. Donc, pour poursuivre là-dessus, certains chercheurs qui ont travaillé sur le bénéfice de la joie au niveau cognitif se sont aussi demandé si ce bénéfice en termes de flexibilité mentale, en termes de résilience, c'était quelque chose qui était lié simplement au moment où on vous procure de la joie. ou si c'était quelque chose qui pouvait s'inscrire de manière durable dans la construction de la personnalité. Et les résultats montrent que la joie a un effet durable tout au long de la vie. Elle va participer à la construction de la personnalité. Et donc cet effet positif que je vous décrivais tout à l'heure sur les processus cognitifs, si la joie se répète, si on est éduqué, dans une école joyeuse, dans un environnement joyeux, si ça persiste pendant un certain temps, ça va contribuer à une amélioration des processus cognitifs à long terme. Donc l'investissement, par exemple, décider d'aller vers une éducation joyeuse, c'est des adultes dont on construira la personnalité d'une manière spécifique. Ce n'est pas uniquement quelque chose qui va être restreint au moment où on procure de la joie à l'enfant. Et donc je vous disais qu'on reviendrait sur cette petite région qui s'appelle l'insula. Donc c'est une région dans le cerveau qui est assez intéressante, parce que l'insula, c'est une région qui s'active lorsque vous ressentez de la douleur, mais aussi lorsque vous anticipez de la douleur. Par exemple, vous savez que vous allez devoir avoir une prise de sang, vous savez que vous n'aimez pas les prises de sang, Quand vous y pensez, avant d'aller au laboratoire d'analyse, vous avez une activité de cette petite région dans votre cerveau qui vous permet de vous projeter dans « Ah, ça ne va pas être très agréable cette prise de sang » . Mais il se trouve que cette insula, elle est de manière plus générale, elle est aussi impliquée dans notre attention, notre perception, notre motricité, notre mémoire, et dans les processus à la fois cognitifs et socio-émotionnels. Et il se trouve qu'elle est très liée Merci. à notre sentiment vraiment de bonheur dans la vie, à la résilience, à toutes ces émotions positives.
- Speaker #0
Et donc, si on continue sur ces aspects d'interaction sociale, de relation, il se trouve que la joie est une émotion qu'on pourrait appeler contagieuse. Et quand quelqu'un est joyeux et que vous êtes avec cette personne-là, il y a une véritable transmission de cette émotion positive. Et là, je vais vous raconter une expérience. incroyable qui a été faite. Vous allez vous dire vraiment, les chercheurs en neurosciences, ils sont complètement fous. Il y a des chercheurs qui travaillaient sur l'olfaction et qui travaillaient sur les odeurs que chacun d'entre nous dégage. Et donc, ils ont commencé par travailler sur l'odeur de la peur. Et ils se sont rendus compte que si on prélève de la sueur de quelqu'un qui a peur, donc qui est en train de regarder un film d'horreur ou un film qui fait excessivement peur. Donc on prélève sa sueur et on la fait sentir de manière tout à fait inconsciente à un autre participant. Le participant qui sent l'odeur de la peur se met à avoir des manifestations de peur. Donc il a le cœur qui s'accélère, lui-même se met à transpirer. Donc il y a une transmission de la peur par les composés chimiques particuliers de notre sueur. Et tout ça se fait à notre insu évidemment. Et donc ces chercheurs, après avoir étudié la peur, se sont dit pourquoi pas étudier la joie et le bonheur. Donc ils ont prélevé de la sueur de participants qui étaient joyeux. De manière totalement inconsciente, ils l'ont présenté à des participants qui ont commencé à avoir des manifestations de joie. Donc une bouche qui souriait plus, donc vraiment véritablement un comportement qui correspond à celui qu'on a quand on est joyeux. Et donc, depuis cette époque-là, il y a des parfumeurs qui essayent de faire un parfum du bonheur. Et donc, d'ailleurs, chez Fragonard, il y a une lot du bonheur. Mais pour l'instant, ils n'y sont pas vraiment arrivés, mais ils y travaillent. Parce que, véritablement, tout ça pour vous dire que votre cerveau, qui est un organe incroyable, est capable de percevoir dans la sueur de la personne qui est près de vous, si elle est dans une émotion joyeuse. ou stressé, tout ça a votre insu et tout ça va modifier votre propre comportement. D'où l'intérêt, quand il fait très chaud comme ça, de s'entourer de personnes heureuses. Parce que sinon... Moi je suis contente de vous avoir fait rire, ça va avec le thème de la conférence. Donc tout ça pour vous dire que notre cerveau va traiter... Toutes ces informations, à la fois les émotions faciales, l'intonation de la voix, le contenu de ce qu'on dit, notre comportement, mais aussi d'autres informations qu'on ignore, comme la sueur, comme la taille de la pupille, comme plein d'autres informations. Et on sait aujourd'hui que ces interactions sociales positives, elles vont avoir un effet crucial dans les apprentissages aussi. Donc, la joie. Elle va aussi être un formidable moyen d'acquérir une meilleure confiance en soi, parce que la joie augmente l'efficacité, réellement, et elle diminue la peur de l'erreur. Or l'erreur, vous savez, c'est extrêmement important, parce que c'est en faisant des erreurs qu'on apprend, et le cerveau a besoin de se tromper pour enregistrer le résultat de ses expériences négatives, pour pouvoir modifier ce qu'il a fait, ajuster ce qu'il a fait, et pour pouvoir corriger ce qui a produit l'erreur. Donc à l'école, je dis ça parce qu'il y a des spécialistes de l'éducation devant moi, à l'école, on devrait mettre de très bonnes notes aux enfants qui font des erreurs. Ça devrait être l'inverse. Parce que l'erreur, elle est productive. L'erreur, c'est ce qui va permettre d'apprendre. Donc c'est notre façon de voir le statut de l'erreur. En tout cas, la joie va diminuer la peur de faire une erreur, va faire augmenter l'efficacité. Et elle va donc avoir un effet à la fois sur les capacités cognitives et sur les capacités métacognitives. Alors qu'est-ce que c'est que les capacités métacognitives ? La métacognition, c'est la connaissance qu'on a, chacun, de nos propres compétences, de nos propres capacités cognitives. Et donc évidemment, si je suis dans une humeur plutôt positive, que je travaille dans un environnement qui est positif, plutôt joyeux, je vais avoir moins peur de me tromper, je vais peut-être prendre plus de risques, je vais peut-être du coup me rendre compte que je suis capable de faire certaines choses. En prenant conscience que je suis capable d'être efficace, je vais améliorer ces capacités métacognitives, mais en me trompant aussi, ça me permet de savoir ce que je ne sais pas. Et la métacognition, c'est savoir ce que je sais, savoir ce que je ne sais pas, et savoir du coup ce que je dois apprendre pour combler mes lacunes. Et en améliorant ces capacités métacognitives, on améliore du coup la connaissance de nos capacités et on améliore l'estime de nous-mêmes parce qu'on sait de quoi on est capable. Et donc vous voyez... Donc là, on va parler du stress et ensuite, je vous montrerai cette interaction entre les deux. Et donc, à l'inverse, si vous n'êtes pas dans une ambiance positive, si vous ressentez du stress, le stress va inhiber votre cortex préfrontal, qui est le cortex, en gros, le plus élaboré de votre cerveau, qui vous permet de prendre des décisions, qui vous permet de vous adapter, qui est vraiment le cortex de l'adaptation sociale. Vraiment la spécificité de l'être humain, vous avez dû constater que quand vous êtes stressé, des fois vous ne savez plus quoi faire, vous n'arrivez plus à prendre de décision, c'est à cause de ça. Et la joie, à l'inverse, va restaurer la disponibilité cognitive et va placer le sujet avec un sentiment de sécurité au niveau des apprentissages et de manière générale par rapport à ces processus cognitifs. Donc j'en viens au lien entre la joie et les apprentissages. Donc pour apprendre, il faut qu'il y ait tout un tas de conditions réunies. Donc il faut être stimulé, il faut percevoir correctement son environnement, il faut pouvoir y faire attention, il faut pouvoir utiliser sa mémoire. Évidemment, on apprend dans le cadre d'interactions sociales, il faut bien manger, il faut bien dormir. Il y a tout un tas de prérequis à l'apprentissage. Mais parmi ces prérequis, il y a la motivation. le plaisir et l'humour. Et donc, je vais surtout m'attarder sur l'humour, puisqu'on a déjà un peu parlé de la motivation et du plaisir. Alors l'humour, on sait aujourd'hui que c'est un antagoniste naturel du stress. C'est-à-dire que là où le stress fait augmenter des hormones pas du tout sympathiques, comme le cortisol, l'humour va lui faire diminuer le niveau de cortisol. Et libérer des hormones très sympathiques, comme la dopamine, qui est l'hormone du plaisir, comme la sérotonine, qui est l'hormone du bien-être, du bonheur, comme l'ocytocine, qui est l'hormone de l'attachement, comme les endorphines, qui sont des antidouleurs. C'est pour ça qu'il y a des clowns à l'hôpital, qu'on fait rire les gens quand ils ont mal. Parce que l'humour va produire des endorphines qui sont quasiment comme des calmants. des dérivés morphiniques produits par votre cerveau lui-même pour calmer la douleur. Donc l'humour, c'est aussi une tâche cognitive très importante, puisque qu'est-ce que c'est que l'humour ? C'est une situation dans laquelle vous allez détecter un décalage entre ce qui aurait dû se passer et ce qui se passe, ou ce que quelqu'un aurait dû dire et ce qu'il dit. Ce décalage est analysé par votre cerveau. qui a donc un effet de surprise, puisqu'il s'attendait à quelque chose et il reçoit autre chose. Et il se trouve que cette surprise, elle n'est pas associée à du danger. Donc il n'y a pas d'activation de cet amygdale cérébral dont j'ai parlé avant. Mais au contraire, cet effet de surprise qui n'est pas dangereux va produire une cascade d'événements au niveau cérébral qui vont se traduire par, au final, soit le sourire, soit le rire, soit le fourrir. Et donc on a une activation de ce fameux circuit de la récompense avec une sensation de plaisir. Et vous savez que la particularité du rire, c'est la contagion émotionnelle. Vous savez que si quelqu'un a un fou rire devant vous, c'est très difficile de ne pas rire. Donc on a cette possibilité, en gros, que notre propre cerveau s'aligne avec le cerveau de la personne qui est en train de rire et produit la même chose même si on ne sait pas pourquoi la personne en face de nous est en train de rire. Et donc on a montré... que le rire allait produire une meilleure santé. Il y a même des études qui disent que ça augmente la longévité. Et d'un point de vue cognitif, on a montré que le rire sert à apprendre. Et donc là, je vous raconte une expérience qui a été faite dans mon équipe au laboratoire et qui portait sur des enfants qui avaient entre 15 et 18 mois. Et donc, on se demandait combien d'essais il fallait proposer à un enfant pour lui apprendre à utiliser un nouvel outil. qui était comme un grand T, comme un râteau de croupiers. Et on expliquait à l'enfant qu'on essayait d'attraper un objet, mais on n'arrivait pas à l'attraper, et que si on prenait ce râteau, on allait pouvoir l'attraper et l'amener jusqu'à soi. Donc c'était une expérience menée par une chercheuse qui travaille sur le geste, la manipulation d'outils, d'un point de vue développemental. Et puis un jour, elle montre à l'enfant qu'elle ne peut pas attraper l'objet, mais qu'elle va prendre ce fameux râteau et qu'elle va pouvoir l'attraper. Et elle fait tomber l'objet. Et là, l'enfant de 18 mois éclate de rire, parce qu'il comprend bien que ce n'était pas ce qui était prévu. Et il apprend en moins d'essais à utiliser l'outil. Et donc ensuite, elle se dit, tiens, c'est bizarre. Et si faire rire les enfants pendant la tâche était finalement un moteur de l'apprentissage ? Et elle recommence son protocole en faisant rire les enfants. Et elle se rend compte que dès 18 mois, un enfant qui rit pendant qu'on lui montre quelque chose, il lui faudra moins d'essais pour apprendre à utiliser cet outil qu'un enfant qui n'a pas ri. Et donc cette expérience, elle a déjà presque une quinzaine d'années. Depuis, il y a eu plein d'expériences sur l'effet du rire dès le plus jeune âge. sur l'apprentissage, et on sait que l'humour est un moteur de l'apprentissage, et ça n'a pas échappé à deux professeurs de philosophie d'Harvard qui ont écrit ce livre, « Platon et son ornithorynque entrent dans un bar » , « La philosophie expliquée par les blagues, sans blague » . Et ils ont choisi d'expliquer des concepts philosophiques très complexes grâce à des blagues, grâce à l'humour. Et chaque blague illustre un concept. Et donc, c'est quelque chose qui devrait infuser chez nous, parce qu'il y a plein d'implications. On devrait introduire l'humour vraiment dans l'éducation, parce que c'est une tâche très cognitive. Un bébé qui rit dès l'âge de 4-5 mois, quand vous vous cachez que vous réapparaissez, il comprend. qu'il y a quelque chose qui ne devrait pas se passer de cette façon-là. Il comprend l'effet de surprise, il comprend le décalage avec ce qu'il a l'habitude de voir, il comprend que ce n'est pas dangereux. Et c'est pour nous qui étudions le développement, une marque vraiment d'intelligence chez le bébé, un bébé qui a de l'humour. Et donc l'humour c'est une tâche très cognitive, ça lie les émotions positives et la cognition. Donc comme je vous l'ai dit, ça va améliorer la mémoire et l'attention. Ça procure du plaisir. en activant le circuit de la récompense, donc ça diminue le stress qui lui-même bloque les fonctions cognitives. Et puis ça va associer vraiment le sujet à toutes les autres personnes autour de lui, donc ça va améliorer la relation, les interactions, et ça va aussi permettre de supporter mieux des situations stressantes ou une grosse charge de travail. Donc on en vient au lien entre la joie et l'éducation. En classe, c'est très important de créer un climat joyeux parce que c'est ce qui va créer un climat émotionnel sécurisé. Donc, il n'y aura pas de menaces, pas d'humiliation, pas de peur qui paralyserait les fonctions cognitives. Et vous savez, quand l'amidale cérébrale détecte un danger et quand on a peur, c'est la règle qu'on appelle des trois F. C'est-à-dire flight, je m'en vais, je m'envole. Fight, je me bats. Ou freeze. je suis complètement tétanisé. Mais en tout état de cause, ces trois réactions vont bloquer nos capacités cognitives. On ne peut rien faire d'autre que se battre, ou que s'enfuir, ou que être paralysé. A l'inverse, la joie va stimuler tous les autres processus cognitifs dont j'ai parlé avant. Et donc, je vous l'ai dit, on devrait réhabiliter le droit à l'erreur, qui à mon avis est une condition vraiment de la plasticité cérébrale. C'est parce qu'on se trompe. que le cerveau va pouvoir réajuster ce qu'il a fait et va pouvoir apprendre de son erreur. Donc la joie en classe, ça va stimuler la curiosité, donc on aura plus de questions ouvertes des enfants, les enfants vont se lancer plus de défis, vont mieux explorer l'environnement et l'apprentissage va être plus actif que passif. La joie en classe, c'est aussi intégrer le jeu, intégrer l'action et intégrer l'art. Et là, je suis très heureuse qu'on soit dans un musée pour parler de ça. Parce que l'art, c'est également un moteur puissant de l'apprentissage, et le jeu et l'art activent les circuits de la joie. L'art stimule véritablement la créativité et l'attention, et le jeu de manière générale, que ce soit le jeu dans le théâtre, le jeu d'un instrument de musique, ou le jeu tout court, vraiment le jeu ludique, tout ça va promouvoir l'action, et on sait que l'action... va stimuler la cognition. Donc là encore, j'y reviendrai si vous avez des questions. Et donc, on sait aujourd'hui qu'il y a un bénéfice très important de l'éducation artistique pour les enfants. Alors, ce qui est très important, vous savez, quand on teste des nouveaux médicaments, des fois, il y a des effets secondaires, des effets négatifs. Aucune étude ayant testé l'effet de l'art sur l'éducation n'a mis en évidence d'effets indésirables, d'effets négatifs. Donc, c'est important quand même. Donc il n'y a aucun risque potentiel à utiliser l'art dans l'éducation et les effets positifs qui ont été notés sont plus ou moins importants en fonction de l'âge et en fonction du programme. Mais en tout cas ce qui est clair c'est que toutes les études qui ont utilisé l'art dans l'éducation ont montré un bénéfice à la fois sur le plan socio-émotionnel et ou sur le plan cognitif. Et donc il y a maintenant de nombreux pays comme la France qui éduquent à l'art Il y a quelques pays dont la France ne fait pas partie qui éduquent par l'art, c'est-à-dire qu'on va utiliser l'art pour éduquer en français, en physique, en histoire, etc. Donc c'est l'art qui est le médium de l'apprentissage. Et il y a de plus en plus d'ateliers d'art et de protocoles d'art-thérapie pour les enfants qui ont un trouble du neurodéveloppement, quel qu'il soit, trouble du spectre autistique, trouble de l'attention avec hyperactivité, tous les dix. dyslexie, dysorthographie, etc. Là encore, si vous avez des questions, j'y reviendrai. Et donc, pour les enfants d'âge préscolaire, pratiquer un instrument, donc apprendre un instrument, a montré des effets positifs sur la créativité, sur le QI, qui est ce qu'il est, mais bon, on va dire une mesure des capacités cognitives, sur la cognition spatiale, sur la cognition temporelle, sur la lecture, sur le langage. Ça, c'est pour les enfants très jeunes, avant l'école primaire. Et pour les enfants à l'école primaire... la musique en classe a montré un bénéfice pour l'estime de soi, le comportement social, la lecture et le langage. Et donc, vous voyez, sur 30 études, il y en avait 20 qui étaient vraiment, qui avaient un effet statistiquement significatif. Et donc, on ne peut plus maintenant opposer l'art et l'apprentissage et la cognition et les tâches sérieuses ou la joie et la cognition. C'est une aberration de faire ça parce que tant le cadre, d'émotions positives que l'art sont des moyens de stimuler tous les processus cognitifs. Donc la joie en classe c'est aussi quelque chose qui va valoriser les interactions sociales parce que je ne sais pas si vous avez remarqué, mais si vous regardez un film, aussi drôle soit-il, vous allez moins rire si vous êtes seul à le regarder que si vous êtes avec d'autres gens. Vous avez remarqué que seul, on rit peu à haute voix. C'est parce que le rire, la joie, les émotions positives, ce sont des émotions qui se partagent, qui s'inscrivent dans l'interaction sociale qu'on a avec les personnes autour de nous. Donc la joie va valoriser ces interactions, la coopération, le tutorat, les projets collectifs et la relation de manière générale entre l'enseignant et l'élève, entre les élèves et même entre des classes ou de manière intergénérationnelle. Alors j'en arrive à ce sujet sur la joie et la persévérance. Donc j'ai eu la chance, dans un de mes livres qui s'appelle Dans le cerveau 2, j'ai eu la chance de rentrer entre guillemets dans le cerveau de personnes qui ont une façon particulière d'utiliser leur cerveau. Et entre autres, je suis rentrée dans le cerveau d'Edgar Gros-Piron. Alors je suis à Grenoble, donc j'imagine que tout le monde connaît Edgar Gros-Piron, qui est un champion de ski olympique. qui revient sur le devant de la scène pour l'organisation des JO. Et Edgar Gros-Piron, il a une histoire très particulière parce qu'il a eu de gros soucis à l'école quand il était petit. Et à un moment, il a demandé à ses parents de commencer à faire du ski et vraiment, c'était très difficile pour lui les apprentissages scolaires. Et ses parents l'ont mis sur des skis, donc évidemment relativement tôt, comme tout le monde ici, quasiment. mais de manière en compétition un petit peu plus tard, alors qu'il était vraiment en difficulté à l'école. Et puis, il a testé plusieurs disciplines de ski, ski alpin, ça ne lui convenait pas, c'était trop rigoureux. Et puis, il s'est inventé sa discipline, donc le ski de bosse. Et il s'est rendu compte, après, à la fin de sa carrière, on lui a demandé de faire des séminaires sur la motivation. Et lui qui avait été un... très mauvais élève à l'école, il s'est dit mais comment est-ce que moi je vais pouvoir avoir devant moi des chefs d'entreprise du CAC 40, leur parler de la motivation, construire un discours cohérent, etc. Et il s'est rendu compte qu'alors qu'il n'avait pas vraiment travaillé sur le plan de la lecture, de l'écriture, de l'orthographe, du récit oral écrit, il s'est rendu compte qu'il avait développé des capacités cognitives bien meilleures. que ce qu'il avait quand il était à l'école avant de faire du ski, de compétition. Et il s'est rendu compte en fait qu'il n'avait plus de problèmes pour lire, il s'est mis à dévorer des livres, qu'il n'avait plus de freins sur le plan cognitif comme ce qu'il avait eu à l'école. Et il a commencé à développer des activités de coaching, de coach en motivation à un très haut niveau. Et il s'est rendu compte donc que le sport et le plaisir qu'il avait pris dans cette carrière au plus haut niveau lui avait permis de développer des capacités à son insu quasiment. Et donc évidemment pour être champion olympique, il avait fallu qu'il développe la persévérance, l'effort. Et donc la persévérance c'est un comportement naturel. Donc vous savez quand un enfant apprend à marcher ou apprend à parler, Dieu sait qu'il faut qu'il soit persévérant. Parce qu'on l'oublie, mais on a tous été des enfants extrêmement persévérants. On tombe, on se relève, on remarche, on retombe, on se relève et ainsi de suite. Donc la persévérance, c'est une qualité intrinsèque de l'être humain. Ensuite, on a tendance à penser que c'est réservé aux champions olympiques ou aux gens qui font des choses extrêmes, mais on est tous des êtres très persévérants. Et donc il se trouve que la joie, c'est à la fois un moteur de l'effort physique et de l'effort cognitif, et que ça va favoriser le goût de l'effort. Là encore, petite parenthèse, lorsqu'on alerte aujourd'hui sur les dangers De la délégation de nos capacités cognitives à l'intelligence artificielle ou à tous les outils numériques qu'on a, y compris notre téléphone, c'est parce qu'il faut préserver ce goût de l'effort qui est ce qui nous permet de développer et d'utiliser au mieux toutes nos capacités. Et donc vous voyez, il y a une espèce de cercle vertueux, la joie va doper la motivation et la persévérance qui elles-mêmes sont produites par tout ce circuit, donc s'entraîner, obtenir des résultats, donc atteindre certains objectifs, être de plus en plus assuré dans ce qu'on fait, prendre conscience de ses capacités, c'est la fameuse métacognition dont je parlais avant, et se dépasser. évoluer et tout ça c'est un cercle vertueux parce que ça s'auto-nourrit et la joie va venir renforcer tous ces mécanismes là et donc là encore on peut faire des études neuroscientifiques sur la persévérance et on va mettre en évidence un circuit vraiment d'activation cérébrale liée à la persévérance qui partage des régions en commun avec justement la joie comme on l'a vu tout au début. Alors vous allez me dire, mais ça c'est réservé aux enfants. Pas du tout, parce que notre cerveau, il a la capacité de se modifier à chaque fois qu'on fait de nouvelles expériences. Et ça, ça vaut aussi pour les adultes. Et donc on parle de plasticité cérébrale, c'est-à-dire que notre cerveau, quand on dit qu'il est plastique, ça veut dire qu'il peut se modifier vraiment morphologiquement et fonctionnellement. Et là, c'est une des premières études qui avait été faite. On a pris des adultes qui n'avaient jamais jonglé, jonglé vraiment avec trois balles ou plus. On leur apprend à jongler, on leur fait une IRM fonctionnelle avant, on leur fait une IRM après avoir appris, et on se rend compte qu'après trois mois de jonglage, d'apprentissage intensif, des adultes vont respécialiser une petite région dans leur cerveau qui correspond à leur nouvelle capacité qu'ils ont à jongler. Donc cette plasticité cérébrale... Donc vous voyez l'article, il est de 2011, mais depuis il y a un pléthore d'études sur le sujet. On sait qu'à tout âge, notre cerveau va se modifier avec l'expérience. Donc il ne faut pas croire que l'effort, la persévérance, l'apprentissage de nouvelles tâches, c'est réservé aux enfants. Ça vaut pour chacun d'entre nous. Alors ensuite, j'avais une demande sur l'optimisme. Donc l'idée c'était de vous parler du cerveau optimiste, puisqu'on parlait de la joie. Donc vous connaissez peut-être cette citation de Winston Churchill qui dit « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté » . Donc d'un point de vue neuroscientifique, c'est un peu vrai, parce que ce qui a été montré, c'est que les optimistes, ils ont en réalité ce qu'on pourrait appeler un biais cognitif. C'est-à-dire que normalement dans la réalité, ce qu'ils devraient vivre, devraient être très compliqués, semés d'embûches, et eux, ils vont avoir une déformation dans leur façon de penser, donc un biais, et ils vont penser que la vie sera un long fleuve tranquille et qu'il ne se passera absolument rien de désagréable, contrairement à la réalité. Donc d'un point de vue neuroscientifique, l'optimisme s'est vu comme une façon de percevoir les choses et d'envisager le futur de manière biaisée, biaisée vers... justement un avenir radieux. Alors, il y a des chercheurs qui se sont demandés est-ce que l'optimisme, c'est génétique ? Et là, pour le coup, si on vient d'une famille de pessimistes, on est mal parti. Et donc, ils ont étudié 428 paires de jumeaux monosigotes. Pourquoi ? Parce que les vrais jumeaux, c'est le meilleur moyen de savoir si un trait de caractère est transmis génétiquement ou pas, puisqu'ils ont le même patrimoine génétique. Mais par contre, ils ont des vies différentes. Donc si c'est génétique, on doit retrouver ce trait de caractère dans la paire de jumeaux, chez les deux frères ou les deux sœurs. Si c'est plutôt environnemental, alors on doit trouver des jumeaux dont l'un est optimiste et l'autre est pessimiste, par exemple. Et donc la recherche a montré que l'optimisme est moins déterminé génétiquement et plus dépendant des conditions environnementales et de nos expériences. Ouf ! J'espère avoir rassuré tous ceux qui sont dans des familles de pessimistes. Il y reste une chance. Donc ensuite, il y a eu d'autres recherches et là, c'est rare, mais c'est suffisamment rare pour que ça permette d'être souligné. Normalement, les neurosciences sont très séparées de la psychologie positive, du développement personnel, etc. Mais là, il y a eu une forme de recoupement entre les deux. Et il y a des chercheurs en neurosciences qui ont utilisé un protocole qui pourrait s'apparenter plutôt à de la psychologie positive. Ils ont demandé à des sujets d'écrire pendant 20 minutes, pendant 4 jours d'affilée, sur le meilleur qui puisse leur arriver, le pire, un événement contrôle où le pire est le meilleur. Et évidemment, leur question c'était, est-ce que ceux qui ont écrit sur le meilleur, vont avoir une modification de leur humeur, est-ce que ça va les aider, par rapport à ceux qui auraient écrit sur le pire, ou sur le pire et le meilleur, ou sur des événements complètement neutres, sans affect, sans émotion. Et les résultats montrent... Tenez-vous bien que les sujets qui ont écrit sur le meilleur, non seulement ils vont beaucoup mieux après l'expérience, mais en plus de ça, les chercheurs ne se sont pas cantonnés à l'humeur. Ils ont enregistré toutes les données médicales pendant les semaines qui suivaient. Et trois semaines plus tard, ils font à la fois des mesures sur le bien-être du sujet et à la fois sur les événements indésirables d'un point de vue médical qui ont pu arriver. Il se trouve que les gens qui ont écrit sur le meilleur ont eu moins d'événements indésirables sur le plan médical et se sentent mieux. Et donc du coup, à partir de cette recherche, les gens ont commencé à se dire qu'évoquer des souvenirs positifs ou se projeter dans un avenir positif pouvait avoir un effet véritablement, non seulement sur le bien-être moral, mais aussi sur le bien-être physique. Et donc dans ce livre, dans Le cerveau 2, où il y a Edgar Gropiron, j'ai eu aussi la chance de faire un chapitre sur l'optimisme avec un vrai optimiste. Et là encore, il me raconte très bien que dans sa mémoire, c'est comme s'il pondérait les événements positifs avec un poids plus important que les événements négatifs, qui n'ont pas de poids en fait. Et donc le fait de garder en mémoire essentiellement des expériences positives entretient son optimisme qui en retour entretient tout le reste. Donc on peut apprendre à être optimiste, on peut se protéger en étant optimiste et donc il y a eu une autre recherche, vous voyez, en 2023, où ils se sont posé la même question sur le plan physique et moral d'une survenue moins importante d'événements indésirables dans les semaines qui suivaient l'écriture sur un avenir idyllique. Et effectivement, si vous vous projetez dans un avenir idyllique, vous avez moins de soucis dans les semaines qui suivent. Je dis ça, je dis rien. Je vous raconte juste les expériences. Et donc, pour les chercheurs qui ont travaillé sur les bases cérébrales de l'optimisme, en fait, ils ont identifié une région qui s'appelle le cortex singulaire, qui est à l'avant de notre cerveau, vous voyez le lobe frontal à l'avant de notre cerveau. Et donc, ils se sont rendus compte que dans cette région, il y a vraiment les bases de l'optimisme et que c'est très intéressant parce qu'ils ont réussi à séparer des sujets. et à montrer que certains sujets vont être optimistes pour les autres, mais pas pour eux. Par exemple, des supporters de foot vont être optimistes pour leur équipe, ils sont persuadés que leur équipe va gagner, mais pour eux, ils ne sont pas particulièrement optimistes. Et certains sujets sont optimistes pour eux, mais pas spécialement pour la société, pour les autres. Et donc l'optimisme, c'est quelque chose d'assez complexe au niveau cérébral, avec une différence même... au niveau des corrélats neuro-anatomiques entre l'optimisme pour soi-même et l'optimisme pour les autres. Et il se trouve que ces régions-là, donc ça a été étudié dans une étude sur 231 étudiants, donc les sujets qui étaient les plus optimistes, les plus heureux, qui avaient le sentiment de bonheur le plus important, avaient une densité de matière grise plus importante dans deux petites structures dans notre cerveau qui sont le putamen et le noyau à Cubens, qui sont des petites régions qui semblent être véritablement associées au sentiment de bonheur. Et donc, ce que les gens qui travaillent sur l'optimisme pensent, c'est que se projeter dans un avenir idyllique, multiplier les expériences heureuses, les garder en mémoire, les évoquer, tout ça, en fait, activerait de manière plus importante ces structures-là et produirait à terme vraiment un sentiment de bonheur plus pérenne. Donc ensuite, je voulais vous parler un petit peu de l'intérêt de la joie pour le comportement altruiste. Donc la joie va doper tous les comportements prosociaux. Donc la joie, c'est un renforcement vraiment du meilleur de nous-mêmes. Plus on est dans une ambiance positive, plus on va avoir envie d'aider les autres. Et il se trouve qu'en retour, aider les autres va procurer un sentiment de plaisir. Et donc, on sait... que faire du bien nous fait du bien, c'est pas juste une phrase, on sait aujourd'hui que véritablement faire du bien, avoir un comportement altruiste active le circuit de la récompense, procure du plaisir et va favoriser en retour ces comportements altruistes. Et donc il y a des chercheurs qui travaillent dans le domaine de l'évolution qui ont constaté que toutes les fonctions importantes ont été au cours de l'évolution associées au plaisir. Donc l'alimentation a été associée au plaisir, parce que si on ne mange pas, il n'y a pas de survie de l'espèce. La reproduction a été associée au plaisir, parce que si on ne se reproduit pas, l'espèce meurt. Et il se trouve que l'entraide a été associée au plaisir. Quand véritablement on fait du bien aux autres, on active ce circuit de la récompense. Et il y a des expériences qui ont montré que si on donne 500 euros à des participants et qu'on leur demande de dépenser cet argent pour eux-mêmes ou pour les autres, ceux qui l'ont dépensé pour les autres auront un sentiment de bonheur ensuite plus important que ceux qui l'ont dépensé pour eux-mêmes. Et donc toutes les fonctions importantes, dont évidemment la cognition, mais l'altruisme aussi, ont été associées au plaisir. Et donc, au final, ces émotions positives, elles vont être le moteur, comme on l'a dit, de l'effort physique, mental, de la résilience, de la persévérance, mais aussi de l'altruisme, des comportements sociaux et donc, finalement, de l'adaptation sociale. Donc, on va dire qu'on est tous d'accord pour militer pour une éducation joyeuse. La joie n'est pas un obstacle à l'apprentissage, elle en est la condition indispensable. La joie n'est pas un supplément d'âme, simplement, c'est vraiment un supplément de cerveau. J'espère que je vous ai convaincu. Une école joyeuse n'est pas une école laxiste, c'est une école efficace. Et la joie est un facteur de réussite, de santé mentale, d'inclusion et de créativité. Je vous remercie. Et donc ne plus jamais opposer sérieux, cerveau et joie. Parce que tout ça ne fait qu'un, et c'est ce que j'essaye régulièrement de montrer, soit dans mes livres, soit dans mes interventions à la télé ou à la radio. Merci beaucoup à vous. Alors je vais répondre à vos questions. Je pense qu'il y a un micro qui va... super on a une première question là bonjour je
- Speaker #1
sais pas si je vais arriver à exprimer ma pensée mais j'ai la chance d'avoir des enfants joyeux Mais du coup, il s'excite aussi beaucoup. Et du coup, je voudrais bien arriver à comprendre, notamment avec la transposition dans une classe. Je vois très, très bien que le fait qu'il fasse des jeux de mots, qu'il se rappelle des comptines et tout ça, donc ça me parle ce que vous avez décrit, avec mon expérience toute basique de maman. Mais par contre, l'excitation extrême qui vient avec fait qu'on se retrouve assez énervé derrière. Et je me demande s'ils ne gardent pas plutôt la colère qu'il y a dû avoir à la fin.
- Speaker #0
Alors merci, c'est une très bonne question parce que là on a parlé des bénéfices de la joie. Mais il n'y a pas d'émotion sans régulation émotionnelle, sans apprentissage de la régulation émotionnelle. Et le rôle de l'éducation, parentale ou délivrée par des enseignants à l'école, c'est aussi d'apprendre à réguler ses émotions. Et donc, je pense que ce qui est très dur, c'est effectivement de pouvoir contenir la joie ou les émotions négatives, mais c'est au fur et à mesure de l'expérience... C'est du cadre dans lequel elles surviennent qu'on peut faire cette éducation-là. Mais pour que les enfants apprennent à réguler leurs émotions, il faut qu'ils apprennent à les percevoir et à les produire, les deux, et tout ça dans un cadre d'interaction sociale. Donc plus que jamais aujourd'hui, je pense, l'éducation à la fois parentale et les interactions sociales, véritable, elles sont cruciales pour apprendre la régulation émotionnelle. mais aussi à apprendre à utiliser toutes ses capacités. Donc quand il y a de la joie, il peut y avoir de la joie, mais cette joie, elle peut être associée à un événement propre et elle n'est pas censée produire des réactions motrices ou verbales ou dans tous les sens. Et si c'est le cas, le rôle du cadre, c'est d'arriver à contenir ça. Par exemple, quand vous allez au spectacle avec des enfants, ils comprennent très bien qu'il y a des moments où tout le monde rit. où c'est joyeux parce que les acteurs ont fait une blague, mais ce n'est pas pour autant qu'ils vont se lever, se mettre à courir, à crier, etc. Il y a un cadre. Et c'est très important que les enfants puissent ressentir et percevoir des émotions dans des cadres différents, à table, au spectacle, à l'école, au parc, pendant qu'on est en train de jouer, etc. Et ce qui est très important aussi, c'est de verbaliser toutes ces situations pour qu'elles puissent être décodées et pour qu'elles puissent être contrôlées. Et aujourd'hui... Vous avez dû remarquer qu'on a l'impression qu'il y a une épidémie de troubles de l'attention et d'hyperactivité. En réalité, il se peut surtout qu'il y ait une épidémie de troubles du contrôle, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. C'est normal qu'un enfant n'arrive pas à se contrôler, parce que les régions cérébrales qui permettent de développer le contrôle, elles arrivent à maturité vers 18-20 ans. Et jusque-là, on est en cours d'apprentissage. Et donc, si les enfants, si les jeunes passent le permis entre 16 et 18 ans, c'est parce qu'avant, ils pourraient très bien conduire. Ils ont la bonne perception visuelle, comme un adulte. Ils ont les bons gestes, ils ont la bonne motricité. Il n'y aurait aucun souci. Mais c'est juste qu'ils n'ont pas le contrôle. Et donc, le contrôle, ça va s'éduquer au cours du temps. Mais pour apprendre le contrôle, il faut des limites, il faut de l'éducation, il faut des cadres. Et c'est le seul moyen d'arriver à contrôler tout, à la fois son comportement, ses émotions, ses réactions. Et donc aujourd'hui, plus que jamais, à l'ère du numérique et des enfants qui passent des heures seuls devant un écran, apprendre à se contrôler avec des vrais gens, c'est un enjeu. Désolée, la réponse était un peu longue.
- Speaker #2
Bonjour, merci déjà. J'ai une question. Je travaille avec des enfants TSA et quand je vous écoutais, je n'avais jamais fait le lien, mais entre la joie, je trouve que les enfants TSA ont peu de joie. Est-ce que ça a été étudié ? Est-ce qu'on a pu faire ce lien-là ?
- Speaker #0
et aussi lié avec la curiosité alors je suis contente que vous posiez la question ça veut dire que du coup vous avez bien compris que la joie et les émotions positives c'est quelque chose qui s'inscrit dans l'interaction énormément et que dans le trouble du spectre autistique il y a un trouble de l'interaction et donc de fait la contagion émotionnelle elle est quand même beaucoup plus compliquée qu'avec des enfants qui n'ont pas de trouble de l'interaction et quand on arrive à rire avec un enfant qui a un trouble du spectre autistique, à rire des mêmes choses au même moment. Il y a un alignement, une synchronisation des cerveaux qui est de très bonne augure pour l'interaction. Mais c'est parce que tout ça est lié. L'interaction et le partage des émotions positives. Vous avez dû remarquer que quand quelqu'un est triste, quand il pleure, c'est quelque chose de très solitaire. Mais quand on rit, quand on est joyeux, c'est quelque chose qui est très ancré dans l'interaction. C'est rare qu'on éclate de rire tout seul. dans notre bureau parce qu'on pense à un truc drôle, on va sourire, mais on n'aura pas un fou rire tout seul. Le fou rire, il nécessite quelqu'un. Le rire aussi. Et donc du coup, vous parliez de la curiosité, et ça aussi, c'est parce que les enfants qui ont un trouble du spectre autistique, on a décrit des atypies sur le plan sensoriel, des atypies perceptives, et la curiosité, elle va de pair avec l'exploration, perceptive et motrice, et si la perception et la motricité sont un peu atypiques, La curiosité, elle va aussi être différente. Et vous savez que dans l'autisme et dans d'autres troubles, il y a au contraire une recherche de ritualisation, qui est l'inverse de l'exploration de choses nouvelles, parce que justement, les stimulations sensorielles sont difficiles à traiter. Et donc, il peut y avoir une recherche de choses en boucle, de simulations en boucle, à l'inverse d'un enfant qui explorerait dans un monde avec plein de degrés de liberté.
- Speaker #3
Comment expliquer qu'historiquement et encore aujourd'hui, les apprentissages aient eu lieu dans des contextes de sévérité, de pas joyeux, d'assaise, quand même avec un certain succès ? C'est-à-dire que si vous aviez été entendu plus tôt, ça aurait encore produit davantage de génie ou d'enfants propices aux apprentissages ? Oui, parce que c'est presque contre-adjectif.
- Speaker #0
Oui, je comprends et c'est une excellente question. Je pense qu'à l'époque où l'éducation n'était absolument pas associée au plaisir, Et ce qui remplaçait l'effet du plaisir, c'était peut-être la chance de pouvoir... Bénéficier d'une éducation, le fait d'être privilégié, de considérer que l'éducation c'était véritablement un moyen de s'élever, de pouvoir accéder à un certain statut dans la société. La motivation venait peut-être par un autre circuit. Ça n'enlève rien au fait que même si on remonte à des écrits très anciens, il y a plusieurs siècles, On va quand même trouver une association, dans plein d'écrits vous voyez quand même une association entre la qualité de la relation entre l'enseignant et l'élève et le bénéfice sur les apprentissages. Donc on a toujours quand même décrit soit de l'admiration pour l'enseignant, soit de l'affection, soit de l'attachement. Donc des choses qui étaient quand même liées à des émotions positives parce que ce que je n'ai pas dit, ou peut-être je suis passée vite, c'est que l'admiration a un effet positif comme la joie. Donc il y avait peut-être un autre moteur qui passait par des circuits semblables. Toujours est-il que ce qui est sûr, c'est que chez les petits, la joie est vraiment un moteur de l'apprentissage et qu'il y a très longtemps, on n'éduquait pas les tout-petits comme on les éduque maintenant. Et que peut-être que si on pouvait comparer, on se dirait que les tout-petits étaient peut-être bien moins éveillés et éduqués qu'ils ne le sont maintenant. dans une ambiance positive. Pour les plus grands, je ne pourrai pas vous répondre parce qu'on ne saura jamais.
- Speaker #4
Moi, j'avais des questions par rapport à optimisme et prise de risque. Parce que quand j'ai vu votre petit dessin, je me suis dit, c'est la personne qui fonce tête baissée, qui ignore complètement tout ce qui va lui tomber sur la tête et allez, hop, ce n'est pas grave. Je ne sais pas, c'est un risque 4 d'avalanche, je vais quand même dedans.
- Speaker #0
Alors vous avez raison, c'est une question importante. Et dans ce chapitre sur l'optimisme, j'ai cette discussion avec François Saltiel, qui est un journaliste que vous connaissez peut-être, qui est sur France Culture, qui est cet optimiste incroyable. Et donc il me raconte alors qu'effectivement il prend des risques, mais pour lui la prise de risque, ça va être un moyen de renforcer son optimisme. Je vous donne un exemple. Il prend le télésiège, il est au ski, il met son téléphone négligeamment dans sa poche. Il sait qu'il prend un risque, parce qu'il ne l'a pas mis dans une poche qui se ferme, tout ça. Il l'a mis dans la poche de son pantalon de ski. Évidemment, au milieu du trajet, au milieu de nulle part, son téléphone tombe. Et là, il ne s'inquiète pas du tout, parce qu'il est optimiste. Et donc, il se dit, ça ne va pas être un souci. De fait, un skieur hors piste arrive, voit le téléphone tomber, le ramasse, le dépose en bas à la cabine du pisteur, du télésiège. Et il sait qu'il va le récupérer en descendant. Et donc on a cette discussion sur la prise de risque. Et il m'explique que comme il prend des risques, qui sont des petits risques, mais que... Alors il me dit, ça se finit toujours bien. Je suspecte qu'il garde en mémoire ce qui s'est bien fini. Donc évidemment, il me dit, mais moi, chaque expérience comme ça renforce mon optimisme. Je pense que... Sa femme ne pense pas tout à fait la même chose, parce qu'il m'a raconté qu'il était parti en montagne avec sa femme et ses enfants, avec le réservoir vide, mais il ne s'inquiète pas, parce qu'il est optimiste et il sait que ça va bien se terminer. Soit il trouvera une station-service, soit quelqu'un lui apportera de l'essence, soit son assistance s'occupera de lui, et donc je pense que sa femme n'est pas exactement alignée de cette façon-là. Mais les optimistes, comme lui, et ça, ça a été quand même une leçon, sont capables d'expliquer qu'ils vont prendre des risques mesurés, évidemment, il ne va pas prendre des risques incroyables, mais ils sont capables de se mettre en danger, entre guillemets, pour se prouver qu'ils ont raison d'être optimistes. Vous voyez jusqu'où ça va, comme biais cognitif ? Ah, alors... Alors dans les activités à risque, je ne sais pas, par contre je peux vous dire que pour les gens qui prennent vraiment des grands risques, ceux qui escaladent les gratte-ciels à main nue, les funambules, vous savez dans les villes, qui tendent une corde, qui marchent entre deux gratte-ciels, etc. Ceux-là, il n'y a pas de hasard. Ils préparent tout, c'est-à-dire que ce ne sont pas des gens optimistes qui se disent « je vais y aller » . C'est très préparé en amont. Ceux-là, il n'y a pas de risque. Pour ceux qui prennent des risques inconsidérés, vraiment graves, je ne pourrai pas vous répondre. Je ne sais pas. Je vais creuser la question pour la prochaine fois où je viendrai.
- Speaker #5
Est-ce que vous pouvez juste nous dire un petit mot concernant l'histoire de votre combat pour réconcilier les neurosciences avec la psychologie ? Parce qu'on a beaucoup vraiment rabâché il y a quelques années sur les sciences molles et les sciences dures. Et on voit qu'aujourd'hui l'équation presque s'inverse, parce qu'aujourd'hui ce sont les sciences humaines qui prennent de la place. Et on a presque tendance aujourd'hui à les mettre vraiment au premier plan par rapport à la biologie ou autre. Donc juste un mot par rapport à vous, comment vous avez essayé de réconcilier ces deux mondes ?
- Speaker #0
Alors, moi, j'ai toujours essayé d'être dans le dialogue psychanalyse, neurosciences, psychologie, neurosciences. Ça a toujours été compliqué et ça l'est encore. Je pense que le meilleur moyen de réconcilier tout le monde, c'est, comme je l'ai dit avant, de dire que tout ça se passe dans notre cerveau, qu'on n'a qu'un cerveau. Qu'on sait aujourd'hui que notre cerveau est distribué dans notre corps, que notre cerveau influence aussi nos émotions. Et que... nos émotions influencent notre cerveau et que donc c'est une vue de l'esprit que d'essayer de séparer tout ça. Donc je pense que je pense que tout le monde est un petit peu responsable de ce clivage. A la fois les neurosciences un peu dures qui ont ignoré pendant longtemps les émotions, les affects, la psychologie entre guillemets, mais à la fois aussi les sciences humaines, la psychanalyse qui ont ignoré pendant très longtemps le cerveau. et qui pourtant sont des spécialistes de la plasticité cérébrale parce que qu'est-ce que c'est qu'une thérapie, quelle qu'elle soit, à part une façon d'utiliser différemment votre cerveau et de faire évoluer votre façon de voir le monde et de voir vos problèmes. Donc moi je pense que depuis qu'on a des neurosciences affectives, des neurosciences des émotions, des neurosciences de la relation, des interactions, Je prie pour que cet écart se réduise et que dans le domaine des sciences humaines, on ne voit pas les neurosciences comme un grand méchant loup qui essaye de s'approprier tout. Et que dans le domaine des neurosciences, on s'est longtemps intéressé aux groupes, mais maintenant on s'intéresse aux sujets uniques. Vous avez dû voir apparaître le concept de neurodiversité. On s'intéresse à chaque cerveau et pas seulement à des groupes de cerveaux. Et donc moi, je fais le vœu que... chacun arrive à intégrer la part de l'autre et qu'on arrive à comprendre que dans notre cerveau, il y a à la fois des affects, des émotions, de la cognition, du geste, de la perception, de l'attention, de la mémoire. Et tout ça est intégré. Donc si c'est intégré dans notre cerveau, on devrait pouvoir l'intégrer, nous, d'un point de vue intellectuel.
- Speaker #6
Comment situez-vous le problème des addictions ? Elles sont liées aussi au plaisir et à la production de dopamine ?
- Speaker #0
Alors, c'est une excellente question. Je ne vais pas pouvoir m'étendre, ça nécessiterait une conférence en soi. Mais dans le cerveau des personnes qui ont des addictions, il y a besoin de certaines choses spécifiques et d'une certaine quantité de cette chose-là pour activer le circuit de la récompense. Et donc, c'est un petit peu comme si on était inégaux par rapport à l'activité du circuit de la récompense. Il y a certaines personnes qui vont marcher, s'arrêter devant un arbre, contempler l'arbre, et ça va activer le circuit de la récompense. Qui vont prendre un café, tout d'un coup, au milieu de la journée, dans un environnement, où vous entendez les petits oiseaux, et ça active le circuit de la récompense. Donc on n'est pas égaux par rapport à l'activité de ce circuit. Pour certaines personnes, ça va s'activer. s'activer de manière naturelle, avec des stimulations naturelles, même qui semblent anodines. Et pour d'autres personnes, il va y avoir besoin d'une substance ou d'un comportement particulier pour activer ce système de manière suffisante et produire le plaisir suffisant. Et le problème de l'addiction, c'est qu'au fur et à mesure où vous allez être addict à un comportement ou une substance, il faudra augmenter la dose pour activer le circuit de la récompense. Et donc c'est ça le principe des addictions. Et donc j'y viens, vous me montrez votre téléphone. Toute la discussion en ce moment est de savoir si le téléphone remplit les critères de l'addiction ou si c'est une dépendance, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Ça remplit tous les critères de la dépendance. On est mal si on ne l'a pas. L'expérience est positive à chaque fois qu'on s'en sert, donc on est de plus en plus dépendant. Quand on y revient, on a l'impression qu'on ne l'a jamais quitté. Ça remplit tous les critères de la dépendance. Mais pour l'instant, pour les addictologues, ça ne remplit pas les critères de l'addiction. Mais on s'accorde déjà tous à dire qu'on est dépendant. C'est exactement le même circuit. Donc chaque notification sur votre téléphone libère de la dopamine. active le circuit de la récompense et c'est fait pour ça. C'est-à-dire que les gens qui ont mis au point les réseaux sociaux, ils ont exactement analysé tout ce qu'il fallait pour mettre en jeu le circuit de la récompense et pour nous rendre dépendants à ces, en anglais on dit « rewards » , ces récompenses qui arrivent à chaque fois, ces notifications qui vont venir activer le circuit de la récompense. Donc il ne faut pas s'en vouloir ou en vouloir aux jeunes s'ils sont dépendants. Par contre, il faut leur expliquer tout ça et leur apprendre à se détacher. En fait, le seul moyen de lutter, c'est de continuer à prendre du plaisir pour des activités qui n'utilisent pas le téléphone. C'est que notre cerveau se souvienne, puisse évoquer, puisse attendre, puisse vouloir des activités qui n'utilisent pas le téléphone mais qui procurent du plaisir. Il n'y a que sur le plan du plaisir. qu'on pourra continuer à lutter contre la dépendance au téléphone. Donc il faut prendre du plaisir à être avec les gens, à lire, à faire la cuisine, à marcher dans la montagne là où il n'y a pas de réseau, aller au cinéma sans téléphone. Il faut reprendre du plaisir à des activités sans téléphone. Et là, notre cerveau va se souvenir qu'on peut activer le circuit de la récompense de manière plus durable, pas à chaque notification, mais de manière aussi importante qu'avec notre téléphone.
- Speaker #7
Oui, je voulais vous demander, que pensez-vous des pensées négatives de la nuit, des rêves négatifs, et comment s'en défaire ?
- Speaker #0
Alors ça aussi, c'est une conférence entière sur les rêves. Les rêves sont destinés à fragmenter les émotions, les digérer, et en particulier négatives. Quand le rêve a réussi sa tâche, il produit donc soit un rêve dans lequel on a mentalisé, fragmenté des choses qui se sont passées dans la journée, mais qu'on a en quelque sorte digéré. Quand il y a un échec du rêve, ça produit un cauchemar, ou un rêve, comme vous le dites, négatif. C'est quand le rêve n'a pas... eu sa fonction de fragmentation de ses émotions. Et donc comment faire ? C'est un petit peu compliqué parce que ça veut dire que c'est des choses auxquelles il va falloir penser en état de veille pour essayer de comprendre s'il y a quelque chose qui nous mine et qui revient systématiquement dans le sommeil. Parce que normalement, le rôle du sommeil et du rêve, c'est de consolider les informations acquises dans la journée, donc d'améliorer notre mémoire en quelque sorte. et de digérer d'un point de vue émotionnel et de fragmenter toutes les émotions fortes vécues dans la journée. Mais quand il y a un échec, ça produit des rêves angoissants, voire des cauchemars. Ah, j'ai cru que vous parliez des rêves ! Pardon, j'ai cru que vous parliez des rêves, vous parliez des ruminations.
- Speaker #7
Les ruminations, oui, aux pensées négatives de veille encore, de demi-sommeil.
- Speaker #0
Ah d'accord, d'accord, pardon. Alors les ruminations, c'est effectivement une espèce de pensée en boucle de quelque chose qu'on n'a pas réussi à... traiter et c'est justement quand il y a une petite défaillance de la flexibilité sur le plan émotionnel. Donc normalement on aurait dû passer de cette émotion négative à autre chose mais on reste aimanté là-dessus et donc on dit en général que pour échapper aux ruminations il faut justement se mettre dans une situation de flexibilité où on va intéresser notre cerveau à autre chose pour lui permettre de se focaliser en termes attentionnels sur un autre sujet que le sujet de la rumination. Donc, en quelque sorte, il faut détourner activement ses pensées vers un autre sujet. Il n'y a pas tellement d'autres solutions. Mais c'est aussi pour ça que des fois, les gens conseillent, la nuit, on ne va pas conseiller ça, mais dans la journée, pour les gens qui ont des ruminations, les gens peuvent conseiller des fois des activités qui vont prendre toute votre attention, parce que ça va vous empêcher de porter votre attention sur ces pensées en boucle. On va prendre une dernière question. Bonsoir. Y a-t-il une relation entre l'épigénétique, la génétique et nous ? Et nous-mêmes ?
- Speaker #1
Alors nous-mêmes, on est le produit de la génétique et de l'épigénétique. Donc la génétique, vous savez, c'est tout notre patrimoine qui se transmet de manière héréditaire de nos parents, nos grands-parents, nos parents, nous-mêmes, nos enfants. L'épigénétique, c'est la façon dont l'environnement modifie l'expression de nos gènes. Donc, je vous le disais, des jumeaux monozigotes qui ont le même patrimoine génétique n'auront pas la même vie, n'auront pas forcément les mêmes capacités parce que l'environnement va moduler l'expression des gènes. Et donc, nous-mêmes, on est le produit de cette interaction entre la génétique et l'épigénétique. Donc, entre nos gènes, notre patrimoine génétique et nos expériences. Et si on parle tellement aujourd'hui de plasticité cérébrale, c'est parce que notre cerveau, il est certes déterminé génétiquement, mais il va se modifier en permanence grâce aux stimulations du milieu. Et donc il faut être ouvert à toutes les stimulations du milieu et à toutes les expériences, parce que c'est ce qui va nous permettre justement de développer des capacités pour lesquelles on n'était peut-être pas prédisposé génétiquement. Donc nous, on est le produit de la génétique et de l'épigénétique, c'est-à-dire de nos gènes et de l'environnement. et des interactions sociales, évidemment. Merci beaucoup. Merci beaucoup à Sylvie Chocron, qu'on remercie encore pour sa présence. Il y a une vente de livres et d'édicaces en dessous du musée.
- Speaker #0
Merci.