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Episode 1 – Sarahi Gutierrez parle du projet “Déchiffrons les mémoires”, mené auprès de séniors originaires d’Asie du Sud-Est cover
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Ville Solidaire, Ville Durable - Le podcast de la Fondation des solidarités urbaines

Episode 1 – Sarahi Gutierrez parle du projet “Déchiffrons les mémoires”, mené auprès de séniors originaires d’Asie du Sud-Est

Episode 1 – Sarahi Gutierrez parle du projet “Déchiffrons les mémoires”, mené auprès de séniors originaires d’Asie du Sud-Est

12min |15/05/2024
Play
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12min |15/05/2024
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Description

Sarahi Gutierrez, directrice de l’association Batik International, dévoile au micro du journaliste Frédéric Vuillod les résultats du projet “Déchiffrons les mémoires”, soutenu par la Fondation des solidarités urbaines à l’occasion de son premier appel à projets qui avait pour thème “Lutter contre l’isolement des personnes fragiles”. 

Elle raconte cette recherche-action menée dans le 13e arrondissement de Paris auprès des séniors originaires d’Asie du Sud-Est, bien souvent isolés et déconnectés des jeunes générations. Recueil de témoignages, travail sur les parcours migratoires et ateliers de sensibilisation ont été les trois axes majeurs de ce projet visant à poser un regard scientifique et valorisant sur une mémoire collective riche en enseignements. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Frédéric Vuillod

    Le monde associatif expérimente et étudie des solutions au cœur de la ville pour améliorer la vie des habitants. Souvent très riches d'enseignements, ces solutions méritent d'être partagées. Je m'appelle Frédéric Vuillon, je suis journaliste et je pars à leur découverte. Vous écoutez Ville solidaire, Ville durable, le podcast de la Fondation des solidarités urbaines, le laboratoire des bailleurs sociaux de la ville de Paris, qui offre ici un espace de partage d'expérience aux projets qu'elle soutient. Aujourd'hui, nous sommes avec Sarahi Gutierrez, elle est directrice de l'association Batik International, qui a mené en 2021 et 2022 un projet dans le 13e arrondissement de Paris auprès de la communauté asiatique. Son but, recueillir les témoignages de la population des seniors dans cette communauté, comprendre leur parcours migratoire et valoriser une mémoire collective. Sarahi Gutierrez, bonjour.

  • Sarahi Gutierrez

    Bonjour.

  • Frédéric Vuillod

    Alors en quoi consiste ce projet qui s'appelle Déchiffrons les mémoires et qu'est-ce qui a déclenché votre envie de le porter ?

  • Sarahi Gutierrez

    Nous sommes partis du constat qu'entre 2017 et 2020, l'isolement des décennies a presque doublé. C'est une donnée issue d'un rapport fait par l'association Les Petits Frères du Pauvre qui focalise beaucoup sur les populations françaises. Et nous qui étions en contact avec des populations d'origine asiatique, on avait cet écho aussi sans savoir une donnée concrète. Nous avons décidé de nous engager pour lutter contre l'isolement de ces publics à travers la mise en place d'une recherche d'action qui permettait de revenir sur l'installation de ces publics et essayer d'étudier les évolutions identitaires, mais aussi des ateliers d'accès au droit et une sensibilisation plutôt des jeunes générations et notamment de la seconde génération des migrants sur les territoires pour les sensibiliser sur ces parcours.

  • Frédéric Vuillod

    Alors, déchiffrons les mémoires, c'est ce qu'on appelle un travail de recherche-action, vous l'avez dit, c'est-à-dire qu'il mêle à la fois l'action de terrain et un travail de recherche scientifique. Comment s'est déroulée cette recherche-action ? Concrètement, qu'est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    En partenariat avec l'université Paris-Cité, nous avons mis en place une recherche qui visait, comme vous l'avez dit, à collecter des témoignages des seigneurs asiatiques s'ayant installés ou vivant toujours dans les 3e arrondissements. Avec 12 objectifs. Le premier était vraiment de collecter ces histoires, comme je l'avais dit, pour pouvoir étudier les mutations identitaires. Mais de l'autre côté, c'était aussi de pouvoir mesurer la collecte auprès de cet public pour étudier la possibilité d'amplifier cette recherche par l'université plus tard. Et puis de l'autre côté, c'était aussi tout ce travail de pouvoir informer. Les personnes âgées, sur leurs droits, parce qu'on constatait dans les hypothèses qu'il y avait des difficultés d'accès des recours à droit, avec une dématérialisation très forte de plus en plus sur des démarches administratives auxquelles ces personnes, pour des problèmes des langues, pour des problèmes d'isolement, ne pouvaient pas répondre.

  • Frédéric Vuillod

    Vous avez donc collecté beaucoup de témoignages dans cette population senior du 13e arrondissement asiatique. Qu'est-ce que vous avez fait de ces témoignages ? Qu'est-ce que vous avez fait des histoires, des histoires de vie que vous avez recueillies ?

  • Sarahi Gutierrez

    Alors il y a eu 12 sous-sages pour ces témoignages qu'on a recueillis. Du côté de l'université, ils s'étaient plus concentrés dans la collecte de données qualitatives pour pouvoir les analyser et donc du coup poursuivre en recherche. On a étudié comment cette installation s'est passée parce que le parcours migratoire depuis le départ de ces personnes jusqu'à l'arrivée était bien documenté, mais il nous manquait de données sur l'arrivée des personnes, leur installation et leur intégration. Donc ça c'est un travail de l'université qui par ailleurs se poursuit, parce qu'on a différents calendriers entre le monde de la recherche et puis nous plutôt les acteurs associatifs qui cherchons à répondre à un besoin qui était celui d'un isolement. Et donc nous de notre côté, on s'est servi pour créer un libraire des témoignages qui étaient présentés au moment des événements conviviaux. avec cette personne pour pouvoir les valoriser. Donc aujourd'hui, cette librairie, il a été remis à toutes les personnes qui ont participé à cette collecte de témoignages, aux enfants, aux petites enfants de ces personnes, mais aussi à tous les gens qui sont dans des centres sociaux, dans les trésors et les arrondissements avec lesquels on a travaillé.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a des paroles en particulier qui vous ont marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a plusieurs histoires de vie, je ne sais pas si c'est des paroles, mais je pense à cette personne qui nous a raconté qu'elle ne pouvait pas manger de riz. C'est plutôt sa fille qui nous a dit qu'elle était surprise quand la mère ne pouvait pas manger de riz, qu'elle ne comprenait pas. Et lors du recueil de témoignages, sa maman nous racontait que pendant les parcours migratoires, elle avait vécu dans des campements où la seule nourriture était du riz. Et qu'aujourd'hui, elle ne pouvait plus manger de riz, même voir les riz, parce que ça lui rappelait ces moments-là.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a d'autres témoignages qui vous ont particulièrement marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, je pense à M. Paul, qui s'est engagé dans cette démarche, qui est une démarche pure, parce qu'il voulait comprendre son parcours de vie, mais surtout le parcours de vie de son père qui était déjà décédé. Il n'était plus là et donc Paul s'est plutôt engagé pour mieux comprendre en fait quel était le parcours de père, comment le père se comportait aujourd'hui, que lui-même il était père. Paul, il était confronté à la transmission de son histoire à sa fille, il voulait mieux comprendre en fait quel était son... son héritage familial pour le transmettre. Ça nous a marqué parce que Paul est décédé cet automne et là ça nous a montré l'importance de ce travail de recueil. Peut-être que sans ce travail qu'il a fait, aujourd'hui sa fille ne connaîtrait pas qui était son grand-père, ni une partie de l'histoire de son père.

  • Frédéric Vuillod

    Et donc vous avez naturellement une pensée pour ce monsieur Paul. Là on était sur le travail de terrain de votre association, et puis il y a la partie recherche dans votre projet. Qu'est-ce qui est particulièrement ressorti de ce volet recherche ?

  • Sarahi Gutierrez

    Avant, j'aimerais bien parler d'un villet qui est apparu très rapidement, qui était le profil de ces personnes. Parce qu'on a eu accès à ces personnes via des associations communautaires, donc ça faisait que les personnes qui ont décidé de nous parler, c'était celles qui parlaient suffisamment bien français pour nous raconter leur histoire de manière autonome, et qui étaient déjà engagées dans des associations communautaires. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Que ce n'est pas les personnes les plus isolées qu'on a touchées avec cette recherche. Et puis par ailleurs, c'était une proportion minime, donc je n'ai pas vocation à être exhaustive et à représenter les vécus de tous les migrants d'origine asiatique. En revanche, on a quand même confirmé certaines des hypothèses. La première est celle de l'isolement de ces personnes. Contrairement à cette idée qu'on aurait que les populations asiatiques, parce qu'elles ne parlent pas beaucoup, parce qu'elles sont discrètes, elles ne sont pas des problématiques, elles sont bien entourées par la famille, parce qu'il y a la pitié filiale qui fait que le fils doit s'occuper des parents. Ou parce qu'il y a les liens intracommunautaires, bon ben voilà, c'est des associations qui n'ont pas de problème d'accès au droit. Et non, la recherche, elle nous a confirmé, des enquêtes, mais aussi bien les entretiens, qu'il y a des personnes qui aujourd'hui ont des problèmes d'accès au droit, qui se sentent isolées des cercles familiaux, parce que les modalités d'organisation familiale ont changé. Ça c'est un premier constat. Un deuxième, c'est un phénomène de déclassement. Pour certaines familles, des familles de militaires, des fonctionnaires, qui arrivaient en France et se sont retrouvés à évoluer dans des métiers d'oucaire ou des métiers de service à la personne, dans lesquels ils se sont confrontés à des situations de travail très compliquées, des licenciements abusifs, des mauvaises conditions de travail ou des non-respects du droit du travail, et qu'ils ne savaient pas comment faire ou vers qui se tourner parce qu'il y a une méconnaissance aussi du droit français. Puis dernier constat, c'est celui du... L'importance du lien communautaire qui est présent jusqu'à aujourd'hui, mais qui était très très très important au moment de l'installation de ces personnes, qui a aidé parfois à faire évoluer des petites activités économiques, qui était un investissement pour trouver un logement plus important, qui était des missions de lien pour s'orienter vers une formation. et qu'aujourd'hui est un espace où on peut informer les personnes sur leurs droits, sur des conseils juridiques qui offrent des permanences pour justement les démarches dématérialisées.

  • Frédéric Vuillod

    Alors ce travail de recherche-action, il s'est terminé en 2022, donc il est terminé aujourd'hui. Est-ce qu'au final vous diriez que votre projet a atteint son but, qui était donc de contribuer à lutter contre l'isolement des personnes âgées vulnérables du 13e arrondissement ? Et s'il a atteint son but, comment est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il atteint son but même s'il reste encore des choses à faire, parce que ça dépend aussi d'une politique publique, des prises en charge de ces publics. Pour nous, ça a été atteint pour plusieurs raisons. D'abord, vous dire que la recherche se poursuit avec l'université, donc il y aura peut-être des nouveaux constats qui vont ressortir. De notre côté, ce qu'on a constaté, c'est que pour lutter contre cet isolement, on a offert une première... Écoute, on prit son compte de la parole et du vécu de ces personnes. Des personnes qui ne voyaient pas l'intérêt de raconter l'histoire. Qui nous disaient, non mais c'est ce que j'ai vécu, c'est pas grave par rapport aux migrations plus récentes qu'ils peuvent voir à la télé. Pourtant c'est des boat people qui nous disaient, non mais moi j'ai pas vécu tout ça, c'est pas grave. Donc on tendance vraiment à minimiser les vécus. Et qu'au moment de le raconter, et de le raconter en présence des enfants, des petites enfants, Il y avait une prise de conscience que leur vécu avait de la valeur et aussi qu'il y avait une rupture dans la transmission. Parfois, on finissait les entretiens et c'était les enfants qui étaient en pleurs devant les parents. Mais pourquoi tu ne m'as jamais raconté ça ? Et donc, c'était les parents qui, là, ils se prenaient ce choc de la transmission. Enfin, moi, j'appelle ça le choc de la transmission parce qu'ils prenaient conscience que ce qu'ils racontaient avait une importance dans la construction de l'histoire familiale. De ce fait, on pense qu'on a contribué à renforcer la transmission au sein de ces familles, et puis aussi au sein de ces ateliers qui étaient auprès des jeunes qui habitent dans l'arrondissement, qui vont être aussi des enfants de seconde génération, qui, quand on racontait les histoires qu'on lisait des extraits de témoignages, ils sortaient de l'atelier assez curieux de connaître eux-mêmes leur histoire de vie, comme bien même peut-être que leur grand-père était un breton longue date, mais ils voulaient savoir aussi. D'où est-ce que ça venait, leurs origines et comment l'histoire familiale s'était construite ? Très concrètement, après, on a répondu aussi à l'information sur les droits via les satellites qu'on a mis en place et aussi à créer de la rencontre. Au moment où on a présenté les témoignages, par exemple, il y a une exposition avec un repas partagé qui crée la rencontre entre ces personnes qui, très simplement, ont voulu nous raconter leur histoire avec des personnes du quartier.

  • Frédéric Vuillod

    Et alors maintenant, est-ce qu'il y a une suite à donner à ce projet ? Est-ce qu'il y a des perspectives ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a des perspectives parce qu'on a été très marqués par cette rupture dans la transmission des histoires, mais aussi tous les stéréotypes que les jeunes de seconde génération avaient au même de l'histoire, au même des communautés dont ils étaient originaires. Donc on a voulu poursuivre ce travail plutôt avec les jeunes pour questionner les stéréotypes et lutter contre les discriminations dans les buts qu'ils se sont à l'aise, fiers de leur double culture, si je peux dire comme ça, française, mais aussi... asiatiques, aux maghrébines, aux africaines, aux latino-américaines, comme c'est mon cas, qu'ils se sentent à l'aise là où ils sont, là où ils vivent.

  • Frédéric Vuillod

    Merci beaucoup, Sarahi Gutierrez. De rien. C'était Ville solidaire, Ville durable. Vous pouvez retrouver cet épisode et tous les autres sur toutes les grandes plateformes de podcast, sur le média de l'économie sociale et solidaire Mediatico.fr et sur le site internet de la Fondation des solidarités urbaines fondée par les bailleurs sociaux Paris Habitat, La RIVP et Elogie-Siemp, Aximo, l'Habitation confortable et l'Habitat social français. A bientôt !

Description

Sarahi Gutierrez, directrice de l’association Batik International, dévoile au micro du journaliste Frédéric Vuillod les résultats du projet “Déchiffrons les mémoires”, soutenu par la Fondation des solidarités urbaines à l’occasion de son premier appel à projets qui avait pour thème “Lutter contre l’isolement des personnes fragiles”. 

Elle raconte cette recherche-action menée dans le 13e arrondissement de Paris auprès des séniors originaires d’Asie du Sud-Est, bien souvent isolés et déconnectés des jeunes générations. Recueil de témoignages, travail sur les parcours migratoires et ateliers de sensibilisation ont été les trois axes majeurs de ce projet visant à poser un regard scientifique et valorisant sur une mémoire collective riche en enseignements. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Frédéric Vuillod

    Le monde associatif expérimente et étudie des solutions au cœur de la ville pour améliorer la vie des habitants. Souvent très riches d'enseignements, ces solutions méritent d'être partagées. Je m'appelle Frédéric Vuillon, je suis journaliste et je pars à leur découverte. Vous écoutez Ville solidaire, Ville durable, le podcast de la Fondation des solidarités urbaines, le laboratoire des bailleurs sociaux de la ville de Paris, qui offre ici un espace de partage d'expérience aux projets qu'elle soutient. Aujourd'hui, nous sommes avec Sarahi Gutierrez, elle est directrice de l'association Batik International, qui a mené en 2021 et 2022 un projet dans le 13e arrondissement de Paris auprès de la communauté asiatique. Son but, recueillir les témoignages de la population des seniors dans cette communauté, comprendre leur parcours migratoire et valoriser une mémoire collective. Sarahi Gutierrez, bonjour.

  • Sarahi Gutierrez

    Bonjour.

  • Frédéric Vuillod

    Alors en quoi consiste ce projet qui s'appelle Déchiffrons les mémoires et qu'est-ce qui a déclenché votre envie de le porter ?

  • Sarahi Gutierrez

    Nous sommes partis du constat qu'entre 2017 et 2020, l'isolement des décennies a presque doublé. C'est une donnée issue d'un rapport fait par l'association Les Petits Frères du Pauvre qui focalise beaucoup sur les populations françaises. Et nous qui étions en contact avec des populations d'origine asiatique, on avait cet écho aussi sans savoir une donnée concrète. Nous avons décidé de nous engager pour lutter contre l'isolement de ces publics à travers la mise en place d'une recherche d'action qui permettait de revenir sur l'installation de ces publics et essayer d'étudier les évolutions identitaires, mais aussi des ateliers d'accès au droit et une sensibilisation plutôt des jeunes générations et notamment de la seconde génération des migrants sur les territoires pour les sensibiliser sur ces parcours.

  • Frédéric Vuillod

    Alors, déchiffrons les mémoires, c'est ce qu'on appelle un travail de recherche-action, vous l'avez dit, c'est-à-dire qu'il mêle à la fois l'action de terrain et un travail de recherche scientifique. Comment s'est déroulée cette recherche-action ? Concrètement, qu'est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    En partenariat avec l'université Paris-Cité, nous avons mis en place une recherche qui visait, comme vous l'avez dit, à collecter des témoignages des seigneurs asiatiques s'ayant installés ou vivant toujours dans les 3e arrondissements. Avec 12 objectifs. Le premier était vraiment de collecter ces histoires, comme je l'avais dit, pour pouvoir étudier les mutations identitaires. Mais de l'autre côté, c'était aussi de pouvoir mesurer la collecte auprès de cet public pour étudier la possibilité d'amplifier cette recherche par l'université plus tard. Et puis de l'autre côté, c'était aussi tout ce travail de pouvoir informer. Les personnes âgées, sur leurs droits, parce qu'on constatait dans les hypothèses qu'il y avait des difficultés d'accès des recours à droit, avec une dématérialisation très forte de plus en plus sur des démarches administratives auxquelles ces personnes, pour des problèmes des langues, pour des problèmes d'isolement, ne pouvaient pas répondre.

  • Frédéric Vuillod

    Vous avez donc collecté beaucoup de témoignages dans cette population senior du 13e arrondissement asiatique. Qu'est-ce que vous avez fait de ces témoignages ? Qu'est-ce que vous avez fait des histoires, des histoires de vie que vous avez recueillies ?

  • Sarahi Gutierrez

    Alors il y a eu 12 sous-sages pour ces témoignages qu'on a recueillis. Du côté de l'université, ils s'étaient plus concentrés dans la collecte de données qualitatives pour pouvoir les analyser et donc du coup poursuivre en recherche. On a étudié comment cette installation s'est passée parce que le parcours migratoire depuis le départ de ces personnes jusqu'à l'arrivée était bien documenté, mais il nous manquait de données sur l'arrivée des personnes, leur installation et leur intégration. Donc ça c'est un travail de l'université qui par ailleurs se poursuit, parce qu'on a différents calendriers entre le monde de la recherche et puis nous plutôt les acteurs associatifs qui cherchons à répondre à un besoin qui était celui d'un isolement. Et donc nous de notre côté, on s'est servi pour créer un libraire des témoignages qui étaient présentés au moment des événements conviviaux. avec cette personne pour pouvoir les valoriser. Donc aujourd'hui, cette librairie, il a été remis à toutes les personnes qui ont participé à cette collecte de témoignages, aux enfants, aux petites enfants de ces personnes, mais aussi à tous les gens qui sont dans des centres sociaux, dans les trésors et les arrondissements avec lesquels on a travaillé.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a des paroles en particulier qui vous ont marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a plusieurs histoires de vie, je ne sais pas si c'est des paroles, mais je pense à cette personne qui nous a raconté qu'elle ne pouvait pas manger de riz. C'est plutôt sa fille qui nous a dit qu'elle était surprise quand la mère ne pouvait pas manger de riz, qu'elle ne comprenait pas. Et lors du recueil de témoignages, sa maman nous racontait que pendant les parcours migratoires, elle avait vécu dans des campements où la seule nourriture était du riz. Et qu'aujourd'hui, elle ne pouvait plus manger de riz, même voir les riz, parce que ça lui rappelait ces moments-là.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a d'autres témoignages qui vous ont particulièrement marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, je pense à M. Paul, qui s'est engagé dans cette démarche, qui est une démarche pure, parce qu'il voulait comprendre son parcours de vie, mais surtout le parcours de vie de son père qui était déjà décédé. Il n'était plus là et donc Paul s'est plutôt engagé pour mieux comprendre en fait quel était le parcours de père, comment le père se comportait aujourd'hui, que lui-même il était père. Paul, il était confronté à la transmission de son histoire à sa fille, il voulait mieux comprendre en fait quel était son... son héritage familial pour le transmettre. Ça nous a marqué parce que Paul est décédé cet automne et là ça nous a montré l'importance de ce travail de recueil. Peut-être que sans ce travail qu'il a fait, aujourd'hui sa fille ne connaîtrait pas qui était son grand-père, ni une partie de l'histoire de son père.

  • Frédéric Vuillod

    Et donc vous avez naturellement une pensée pour ce monsieur Paul. Là on était sur le travail de terrain de votre association, et puis il y a la partie recherche dans votre projet. Qu'est-ce qui est particulièrement ressorti de ce volet recherche ?

  • Sarahi Gutierrez

    Avant, j'aimerais bien parler d'un villet qui est apparu très rapidement, qui était le profil de ces personnes. Parce qu'on a eu accès à ces personnes via des associations communautaires, donc ça faisait que les personnes qui ont décidé de nous parler, c'était celles qui parlaient suffisamment bien français pour nous raconter leur histoire de manière autonome, et qui étaient déjà engagées dans des associations communautaires. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Que ce n'est pas les personnes les plus isolées qu'on a touchées avec cette recherche. Et puis par ailleurs, c'était une proportion minime, donc je n'ai pas vocation à être exhaustive et à représenter les vécus de tous les migrants d'origine asiatique. En revanche, on a quand même confirmé certaines des hypothèses. La première est celle de l'isolement de ces personnes. Contrairement à cette idée qu'on aurait que les populations asiatiques, parce qu'elles ne parlent pas beaucoup, parce qu'elles sont discrètes, elles ne sont pas des problématiques, elles sont bien entourées par la famille, parce qu'il y a la pitié filiale qui fait que le fils doit s'occuper des parents. Ou parce qu'il y a les liens intracommunautaires, bon ben voilà, c'est des associations qui n'ont pas de problème d'accès au droit. Et non, la recherche, elle nous a confirmé, des enquêtes, mais aussi bien les entretiens, qu'il y a des personnes qui aujourd'hui ont des problèmes d'accès au droit, qui se sentent isolées des cercles familiaux, parce que les modalités d'organisation familiale ont changé. Ça c'est un premier constat. Un deuxième, c'est un phénomène de déclassement. Pour certaines familles, des familles de militaires, des fonctionnaires, qui arrivaient en France et se sont retrouvés à évoluer dans des métiers d'oucaire ou des métiers de service à la personne, dans lesquels ils se sont confrontés à des situations de travail très compliquées, des licenciements abusifs, des mauvaises conditions de travail ou des non-respects du droit du travail, et qu'ils ne savaient pas comment faire ou vers qui se tourner parce qu'il y a une méconnaissance aussi du droit français. Puis dernier constat, c'est celui du... L'importance du lien communautaire qui est présent jusqu'à aujourd'hui, mais qui était très très très important au moment de l'installation de ces personnes, qui a aidé parfois à faire évoluer des petites activités économiques, qui était un investissement pour trouver un logement plus important, qui était des missions de lien pour s'orienter vers une formation. et qu'aujourd'hui est un espace où on peut informer les personnes sur leurs droits, sur des conseils juridiques qui offrent des permanences pour justement les démarches dématérialisées.

  • Frédéric Vuillod

    Alors ce travail de recherche-action, il s'est terminé en 2022, donc il est terminé aujourd'hui. Est-ce qu'au final vous diriez que votre projet a atteint son but, qui était donc de contribuer à lutter contre l'isolement des personnes âgées vulnérables du 13e arrondissement ? Et s'il a atteint son but, comment est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il atteint son but même s'il reste encore des choses à faire, parce que ça dépend aussi d'une politique publique, des prises en charge de ces publics. Pour nous, ça a été atteint pour plusieurs raisons. D'abord, vous dire que la recherche se poursuit avec l'université, donc il y aura peut-être des nouveaux constats qui vont ressortir. De notre côté, ce qu'on a constaté, c'est que pour lutter contre cet isolement, on a offert une première... Écoute, on prit son compte de la parole et du vécu de ces personnes. Des personnes qui ne voyaient pas l'intérêt de raconter l'histoire. Qui nous disaient, non mais c'est ce que j'ai vécu, c'est pas grave par rapport aux migrations plus récentes qu'ils peuvent voir à la télé. Pourtant c'est des boat people qui nous disaient, non mais moi j'ai pas vécu tout ça, c'est pas grave. Donc on tendance vraiment à minimiser les vécus. Et qu'au moment de le raconter, et de le raconter en présence des enfants, des petites enfants, Il y avait une prise de conscience que leur vécu avait de la valeur et aussi qu'il y avait une rupture dans la transmission. Parfois, on finissait les entretiens et c'était les enfants qui étaient en pleurs devant les parents. Mais pourquoi tu ne m'as jamais raconté ça ? Et donc, c'était les parents qui, là, ils se prenaient ce choc de la transmission. Enfin, moi, j'appelle ça le choc de la transmission parce qu'ils prenaient conscience que ce qu'ils racontaient avait une importance dans la construction de l'histoire familiale. De ce fait, on pense qu'on a contribué à renforcer la transmission au sein de ces familles, et puis aussi au sein de ces ateliers qui étaient auprès des jeunes qui habitent dans l'arrondissement, qui vont être aussi des enfants de seconde génération, qui, quand on racontait les histoires qu'on lisait des extraits de témoignages, ils sortaient de l'atelier assez curieux de connaître eux-mêmes leur histoire de vie, comme bien même peut-être que leur grand-père était un breton longue date, mais ils voulaient savoir aussi. D'où est-ce que ça venait, leurs origines et comment l'histoire familiale s'était construite ? Très concrètement, après, on a répondu aussi à l'information sur les droits via les satellites qu'on a mis en place et aussi à créer de la rencontre. Au moment où on a présenté les témoignages, par exemple, il y a une exposition avec un repas partagé qui crée la rencontre entre ces personnes qui, très simplement, ont voulu nous raconter leur histoire avec des personnes du quartier.

  • Frédéric Vuillod

    Et alors maintenant, est-ce qu'il y a une suite à donner à ce projet ? Est-ce qu'il y a des perspectives ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a des perspectives parce qu'on a été très marqués par cette rupture dans la transmission des histoires, mais aussi tous les stéréotypes que les jeunes de seconde génération avaient au même de l'histoire, au même des communautés dont ils étaient originaires. Donc on a voulu poursuivre ce travail plutôt avec les jeunes pour questionner les stéréotypes et lutter contre les discriminations dans les buts qu'ils se sont à l'aise, fiers de leur double culture, si je peux dire comme ça, française, mais aussi... asiatiques, aux maghrébines, aux africaines, aux latino-américaines, comme c'est mon cas, qu'ils se sentent à l'aise là où ils sont, là où ils vivent.

  • Frédéric Vuillod

    Merci beaucoup, Sarahi Gutierrez. De rien. C'était Ville solidaire, Ville durable. Vous pouvez retrouver cet épisode et tous les autres sur toutes les grandes plateformes de podcast, sur le média de l'économie sociale et solidaire Mediatico.fr et sur le site internet de la Fondation des solidarités urbaines fondée par les bailleurs sociaux Paris Habitat, La RIVP et Elogie-Siemp, Aximo, l'Habitation confortable et l'Habitat social français. A bientôt !

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Sarahi Gutierrez, directrice de l’association Batik International, dévoile au micro du journaliste Frédéric Vuillod les résultats du projet “Déchiffrons les mémoires”, soutenu par la Fondation des solidarités urbaines à l’occasion de son premier appel à projets qui avait pour thème “Lutter contre l’isolement des personnes fragiles”. 

Elle raconte cette recherche-action menée dans le 13e arrondissement de Paris auprès des séniors originaires d’Asie du Sud-Est, bien souvent isolés et déconnectés des jeunes générations. Recueil de témoignages, travail sur les parcours migratoires et ateliers de sensibilisation ont été les trois axes majeurs de ce projet visant à poser un regard scientifique et valorisant sur une mémoire collective riche en enseignements. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Frédéric Vuillod

    Le monde associatif expérimente et étudie des solutions au cœur de la ville pour améliorer la vie des habitants. Souvent très riches d'enseignements, ces solutions méritent d'être partagées. Je m'appelle Frédéric Vuillon, je suis journaliste et je pars à leur découverte. Vous écoutez Ville solidaire, Ville durable, le podcast de la Fondation des solidarités urbaines, le laboratoire des bailleurs sociaux de la ville de Paris, qui offre ici un espace de partage d'expérience aux projets qu'elle soutient. Aujourd'hui, nous sommes avec Sarahi Gutierrez, elle est directrice de l'association Batik International, qui a mené en 2021 et 2022 un projet dans le 13e arrondissement de Paris auprès de la communauté asiatique. Son but, recueillir les témoignages de la population des seniors dans cette communauté, comprendre leur parcours migratoire et valoriser une mémoire collective. Sarahi Gutierrez, bonjour.

  • Sarahi Gutierrez

    Bonjour.

  • Frédéric Vuillod

    Alors en quoi consiste ce projet qui s'appelle Déchiffrons les mémoires et qu'est-ce qui a déclenché votre envie de le porter ?

  • Sarahi Gutierrez

    Nous sommes partis du constat qu'entre 2017 et 2020, l'isolement des décennies a presque doublé. C'est une donnée issue d'un rapport fait par l'association Les Petits Frères du Pauvre qui focalise beaucoup sur les populations françaises. Et nous qui étions en contact avec des populations d'origine asiatique, on avait cet écho aussi sans savoir une donnée concrète. Nous avons décidé de nous engager pour lutter contre l'isolement de ces publics à travers la mise en place d'une recherche d'action qui permettait de revenir sur l'installation de ces publics et essayer d'étudier les évolutions identitaires, mais aussi des ateliers d'accès au droit et une sensibilisation plutôt des jeunes générations et notamment de la seconde génération des migrants sur les territoires pour les sensibiliser sur ces parcours.

  • Frédéric Vuillod

    Alors, déchiffrons les mémoires, c'est ce qu'on appelle un travail de recherche-action, vous l'avez dit, c'est-à-dire qu'il mêle à la fois l'action de terrain et un travail de recherche scientifique. Comment s'est déroulée cette recherche-action ? Concrètement, qu'est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    En partenariat avec l'université Paris-Cité, nous avons mis en place une recherche qui visait, comme vous l'avez dit, à collecter des témoignages des seigneurs asiatiques s'ayant installés ou vivant toujours dans les 3e arrondissements. Avec 12 objectifs. Le premier était vraiment de collecter ces histoires, comme je l'avais dit, pour pouvoir étudier les mutations identitaires. Mais de l'autre côté, c'était aussi de pouvoir mesurer la collecte auprès de cet public pour étudier la possibilité d'amplifier cette recherche par l'université plus tard. Et puis de l'autre côté, c'était aussi tout ce travail de pouvoir informer. Les personnes âgées, sur leurs droits, parce qu'on constatait dans les hypothèses qu'il y avait des difficultés d'accès des recours à droit, avec une dématérialisation très forte de plus en plus sur des démarches administratives auxquelles ces personnes, pour des problèmes des langues, pour des problèmes d'isolement, ne pouvaient pas répondre.

  • Frédéric Vuillod

    Vous avez donc collecté beaucoup de témoignages dans cette population senior du 13e arrondissement asiatique. Qu'est-ce que vous avez fait de ces témoignages ? Qu'est-ce que vous avez fait des histoires, des histoires de vie que vous avez recueillies ?

  • Sarahi Gutierrez

    Alors il y a eu 12 sous-sages pour ces témoignages qu'on a recueillis. Du côté de l'université, ils s'étaient plus concentrés dans la collecte de données qualitatives pour pouvoir les analyser et donc du coup poursuivre en recherche. On a étudié comment cette installation s'est passée parce que le parcours migratoire depuis le départ de ces personnes jusqu'à l'arrivée était bien documenté, mais il nous manquait de données sur l'arrivée des personnes, leur installation et leur intégration. Donc ça c'est un travail de l'université qui par ailleurs se poursuit, parce qu'on a différents calendriers entre le monde de la recherche et puis nous plutôt les acteurs associatifs qui cherchons à répondre à un besoin qui était celui d'un isolement. Et donc nous de notre côté, on s'est servi pour créer un libraire des témoignages qui étaient présentés au moment des événements conviviaux. avec cette personne pour pouvoir les valoriser. Donc aujourd'hui, cette librairie, il a été remis à toutes les personnes qui ont participé à cette collecte de témoignages, aux enfants, aux petites enfants de ces personnes, mais aussi à tous les gens qui sont dans des centres sociaux, dans les trésors et les arrondissements avec lesquels on a travaillé.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a des paroles en particulier qui vous ont marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a plusieurs histoires de vie, je ne sais pas si c'est des paroles, mais je pense à cette personne qui nous a raconté qu'elle ne pouvait pas manger de riz. C'est plutôt sa fille qui nous a dit qu'elle était surprise quand la mère ne pouvait pas manger de riz, qu'elle ne comprenait pas. Et lors du recueil de témoignages, sa maman nous racontait que pendant les parcours migratoires, elle avait vécu dans des campements où la seule nourriture était du riz. Et qu'aujourd'hui, elle ne pouvait plus manger de riz, même voir les riz, parce que ça lui rappelait ces moments-là.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a d'autres témoignages qui vous ont particulièrement marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, je pense à M. Paul, qui s'est engagé dans cette démarche, qui est une démarche pure, parce qu'il voulait comprendre son parcours de vie, mais surtout le parcours de vie de son père qui était déjà décédé. Il n'était plus là et donc Paul s'est plutôt engagé pour mieux comprendre en fait quel était le parcours de père, comment le père se comportait aujourd'hui, que lui-même il était père. Paul, il était confronté à la transmission de son histoire à sa fille, il voulait mieux comprendre en fait quel était son... son héritage familial pour le transmettre. Ça nous a marqué parce que Paul est décédé cet automne et là ça nous a montré l'importance de ce travail de recueil. Peut-être que sans ce travail qu'il a fait, aujourd'hui sa fille ne connaîtrait pas qui était son grand-père, ni une partie de l'histoire de son père.

  • Frédéric Vuillod

    Et donc vous avez naturellement une pensée pour ce monsieur Paul. Là on était sur le travail de terrain de votre association, et puis il y a la partie recherche dans votre projet. Qu'est-ce qui est particulièrement ressorti de ce volet recherche ?

  • Sarahi Gutierrez

    Avant, j'aimerais bien parler d'un villet qui est apparu très rapidement, qui était le profil de ces personnes. Parce qu'on a eu accès à ces personnes via des associations communautaires, donc ça faisait que les personnes qui ont décidé de nous parler, c'était celles qui parlaient suffisamment bien français pour nous raconter leur histoire de manière autonome, et qui étaient déjà engagées dans des associations communautaires. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Que ce n'est pas les personnes les plus isolées qu'on a touchées avec cette recherche. Et puis par ailleurs, c'était une proportion minime, donc je n'ai pas vocation à être exhaustive et à représenter les vécus de tous les migrants d'origine asiatique. En revanche, on a quand même confirmé certaines des hypothèses. La première est celle de l'isolement de ces personnes. Contrairement à cette idée qu'on aurait que les populations asiatiques, parce qu'elles ne parlent pas beaucoup, parce qu'elles sont discrètes, elles ne sont pas des problématiques, elles sont bien entourées par la famille, parce qu'il y a la pitié filiale qui fait que le fils doit s'occuper des parents. Ou parce qu'il y a les liens intracommunautaires, bon ben voilà, c'est des associations qui n'ont pas de problème d'accès au droit. Et non, la recherche, elle nous a confirmé, des enquêtes, mais aussi bien les entretiens, qu'il y a des personnes qui aujourd'hui ont des problèmes d'accès au droit, qui se sentent isolées des cercles familiaux, parce que les modalités d'organisation familiale ont changé. Ça c'est un premier constat. Un deuxième, c'est un phénomène de déclassement. Pour certaines familles, des familles de militaires, des fonctionnaires, qui arrivaient en France et se sont retrouvés à évoluer dans des métiers d'oucaire ou des métiers de service à la personne, dans lesquels ils se sont confrontés à des situations de travail très compliquées, des licenciements abusifs, des mauvaises conditions de travail ou des non-respects du droit du travail, et qu'ils ne savaient pas comment faire ou vers qui se tourner parce qu'il y a une méconnaissance aussi du droit français. Puis dernier constat, c'est celui du... L'importance du lien communautaire qui est présent jusqu'à aujourd'hui, mais qui était très très très important au moment de l'installation de ces personnes, qui a aidé parfois à faire évoluer des petites activités économiques, qui était un investissement pour trouver un logement plus important, qui était des missions de lien pour s'orienter vers une formation. et qu'aujourd'hui est un espace où on peut informer les personnes sur leurs droits, sur des conseils juridiques qui offrent des permanences pour justement les démarches dématérialisées.

  • Frédéric Vuillod

    Alors ce travail de recherche-action, il s'est terminé en 2022, donc il est terminé aujourd'hui. Est-ce qu'au final vous diriez que votre projet a atteint son but, qui était donc de contribuer à lutter contre l'isolement des personnes âgées vulnérables du 13e arrondissement ? Et s'il a atteint son but, comment est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il atteint son but même s'il reste encore des choses à faire, parce que ça dépend aussi d'une politique publique, des prises en charge de ces publics. Pour nous, ça a été atteint pour plusieurs raisons. D'abord, vous dire que la recherche se poursuit avec l'université, donc il y aura peut-être des nouveaux constats qui vont ressortir. De notre côté, ce qu'on a constaté, c'est que pour lutter contre cet isolement, on a offert une première... Écoute, on prit son compte de la parole et du vécu de ces personnes. Des personnes qui ne voyaient pas l'intérêt de raconter l'histoire. Qui nous disaient, non mais c'est ce que j'ai vécu, c'est pas grave par rapport aux migrations plus récentes qu'ils peuvent voir à la télé. Pourtant c'est des boat people qui nous disaient, non mais moi j'ai pas vécu tout ça, c'est pas grave. Donc on tendance vraiment à minimiser les vécus. Et qu'au moment de le raconter, et de le raconter en présence des enfants, des petites enfants, Il y avait une prise de conscience que leur vécu avait de la valeur et aussi qu'il y avait une rupture dans la transmission. Parfois, on finissait les entretiens et c'était les enfants qui étaient en pleurs devant les parents. Mais pourquoi tu ne m'as jamais raconté ça ? Et donc, c'était les parents qui, là, ils se prenaient ce choc de la transmission. Enfin, moi, j'appelle ça le choc de la transmission parce qu'ils prenaient conscience que ce qu'ils racontaient avait une importance dans la construction de l'histoire familiale. De ce fait, on pense qu'on a contribué à renforcer la transmission au sein de ces familles, et puis aussi au sein de ces ateliers qui étaient auprès des jeunes qui habitent dans l'arrondissement, qui vont être aussi des enfants de seconde génération, qui, quand on racontait les histoires qu'on lisait des extraits de témoignages, ils sortaient de l'atelier assez curieux de connaître eux-mêmes leur histoire de vie, comme bien même peut-être que leur grand-père était un breton longue date, mais ils voulaient savoir aussi. D'où est-ce que ça venait, leurs origines et comment l'histoire familiale s'était construite ? Très concrètement, après, on a répondu aussi à l'information sur les droits via les satellites qu'on a mis en place et aussi à créer de la rencontre. Au moment où on a présenté les témoignages, par exemple, il y a une exposition avec un repas partagé qui crée la rencontre entre ces personnes qui, très simplement, ont voulu nous raconter leur histoire avec des personnes du quartier.

  • Frédéric Vuillod

    Et alors maintenant, est-ce qu'il y a une suite à donner à ce projet ? Est-ce qu'il y a des perspectives ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a des perspectives parce qu'on a été très marqués par cette rupture dans la transmission des histoires, mais aussi tous les stéréotypes que les jeunes de seconde génération avaient au même de l'histoire, au même des communautés dont ils étaient originaires. Donc on a voulu poursuivre ce travail plutôt avec les jeunes pour questionner les stéréotypes et lutter contre les discriminations dans les buts qu'ils se sont à l'aise, fiers de leur double culture, si je peux dire comme ça, française, mais aussi... asiatiques, aux maghrébines, aux africaines, aux latino-américaines, comme c'est mon cas, qu'ils se sentent à l'aise là où ils sont, là où ils vivent.

  • Frédéric Vuillod

    Merci beaucoup, Sarahi Gutierrez. De rien. C'était Ville solidaire, Ville durable. Vous pouvez retrouver cet épisode et tous les autres sur toutes les grandes plateformes de podcast, sur le média de l'économie sociale et solidaire Mediatico.fr et sur le site internet de la Fondation des solidarités urbaines fondée par les bailleurs sociaux Paris Habitat, La RIVP et Elogie-Siemp, Aximo, l'Habitation confortable et l'Habitat social français. A bientôt !

Description

Sarahi Gutierrez, directrice de l’association Batik International, dévoile au micro du journaliste Frédéric Vuillod les résultats du projet “Déchiffrons les mémoires”, soutenu par la Fondation des solidarités urbaines à l’occasion de son premier appel à projets qui avait pour thème “Lutter contre l’isolement des personnes fragiles”. 

Elle raconte cette recherche-action menée dans le 13e arrondissement de Paris auprès des séniors originaires d’Asie du Sud-Est, bien souvent isolés et déconnectés des jeunes générations. Recueil de témoignages, travail sur les parcours migratoires et ateliers de sensibilisation ont été les trois axes majeurs de ce projet visant à poser un regard scientifique et valorisant sur une mémoire collective riche en enseignements. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Frédéric Vuillod

    Le monde associatif expérimente et étudie des solutions au cœur de la ville pour améliorer la vie des habitants. Souvent très riches d'enseignements, ces solutions méritent d'être partagées. Je m'appelle Frédéric Vuillon, je suis journaliste et je pars à leur découverte. Vous écoutez Ville solidaire, Ville durable, le podcast de la Fondation des solidarités urbaines, le laboratoire des bailleurs sociaux de la ville de Paris, qui offre ici un espace de partage d'expérience aux projets qu'elle soutient. Aujourd'hui, nous sommes avec Sarahi Gutierrez, elle est directrice de l'association Batik International, qui a mené en 2021 et 2022 un projet dans le 13e arrondissement de Paris auprès de la communauté asiatique. Son but, recueillir les témoignages de la population des seniors dans cette communauté, comprendre leur parcours migratoire et valoriser une mémoire collective. Sarahi Gutierrez, bonjour.

  • Sarahi Gutierrez

    Bonjour.

  • Frédéric Vuillod

    Alors en quoi consiste ce projet qui s'appelle Déchiffrons les mémoires et qu'est-ce qui a déclenché votre envie de le porter ?

  • Sarahi Gutierrez

    Nous sommes partis du constat qu'entre 2017 et 2020, l'isolement des décennies a presque doublé. C'est une donnée issue d'un rapport fait par l'association Les Petits Frères du Pauvre qui focalise beaucoup sur les populations françaises. Et nous qui étions en contact avec des populations d'origine asiatique, on avait cet écho aussi sans savoir une donnée concrète. Nous avons décidé de nous engager pour lutter contre l'isolement de ces publics à travers la mise en place d'une recherche d'action qui permettait de revenir sur l'installation de ces publics et essayer d'étudier les évolutions identitaires, mais aussi des ateliers d'accès au droit et une sensibilisation plutôt des jeunes générations et notamment de la seconde génération des migrants sur les territoires pour les sensibiliser sur ces parcours.

  • Frédéric Vuillod

    Alors, déchiffrons les mémoires, c'est ce qu'on appelle un travail de recherche-action, vous l'avez dit, c'est-à-dire qu'il mêle à la fois l'action de terrain et un travail de recherche scientifique. Comment s'est déroulée cette recherche-action ? Concrètement, qu'est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    En partenariat avec l'université Paris-Cité, nous avons mis en place une recherche qui visait, comme vous l'avez dit, à collecter des témoignages des seigneurs asiatiques s'ayant installés ou vivant toujours dans les 3e arrondissements. Avec 12 objectifs. Le premier était vraiment de collecter ces histoires, comme je l'avais dit, pour pouvoir étudier les mutations identitaires. Mais de l'autre côté, c'était aussi de pouvoir mesurer la collecte auprès de cet public pour étudier la possibilité d'amplifier cette recherche par l'université plus tard. Et puis de l'autre côté, c'était aussi tout ce travail de pouvoir informer. Les personnes âgées, sur leurs droits, parce qu'on constatait dans les hypothèses qu'il y avait des difficultés d'accès des recours à droit, avec une dématérialisation très forte de plus en plus sur des démarches administratives auxquelles ces personnes, pour des problèmes des langues, pour des problèmes d'isolement, ne pouvaient pas répondre.

  • Frédéric Vuillod

    Vous avez donc collecté beaucoup de témoignages dans cette population senior du 13e arrondissement asiatique. Qu'est-ce que vous avez fait de ces témoignages ? Qu'est-ce que vous avez fait des histoires, des histoires de vie que vous avez recueillies ?

  • Sarahi Gutierrez

    Alors il y a eu 12 sous-sages pour ces témoignages qu'on a recueillis. Du côté de l'université, ils s'étaient plus concentrés dans la collecte de données qualitatives pour pouvoir les analyser et donc du coup poursuivre en recherche. On a étudié comment cette installation s'est passée parce que le parcours migratoire depuis le départ de ces personnes jusqu'à l'arrivée était bien documenté, mais il nous manquait de données sur l'arrivée des personnes, leur installation et leur intégration. Donc ça c'est un travail de l'université qui par ailleurs se poursuit, parce qu'on a différents calendriers entre le monde de la recherche et puis nous plutôt les acteurs associatifs qui cherchons à répondre à un besoin qui était celui d'un isolement. Et donc nous de notre côté, on s'est servi pour créer un libraire des témoignages qui étaient présentés au moment des événements conviviaux. avec cette personne pour pouvoir les valoriser. Donc aujourd'hui, cette librairie, il a été remis à toutes les personnes qui ont participé à cette collecte de témoignages, aux enfants, aux petites enfants de ces personnes, mais aussi à tous les gens qui sont dans des centres sociaux, dans les trésors et les arrondissements avec lesquels on a travaillé.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a des paroles en particulier qui vous ont marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a plusieurs histoires de vie, je ne sais pas si c'est des paroles, mais je pense à cette personne qui nous a raconté qu'elle ne pouvait pas manger de riz. C'est plutôt sa fille qui nous a dit qu'elle était surprise quand la mère ne pouvait pas manger de riz, qu'elle ne comprenait pas. Et lors du recueil de témoignages, sa maman nous racontait que pendant les parcours migratoires, elle avait vécu dans des campements où la seule nourriture était du riz. Et qu'aujourd'hui, elle ne pouvait plus manger de riz, même voir les riz, parce que ça lui rappelait ces moments-là.

  • Frédéric Vuillod

    Est-ce qu'il y a d'autres témoignages qui vous ont particulièrement marqué ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, je pense à M. Paul, qui s'est engagé dans cette démarche, qui est une démarche pure, parce qu'il voulait comprendre son parcours de vie, mais surtout le parcours de vie de son père qui était déjà décédé. Il n'était plus là et donc Paul s'est plutôt engagé pour mieux comprendre en fait quel était le parcours de père, comment le père se comportait aujourd'hui, que lui-même il était père. Paul, il était confronté à la transmission de son histoire à sa fille, il voulait mieux comprendre en fait quel était son... son héritage familial pour le transmettre. Ça nous a marqué parce que Paul est décédé cet automne et là ça nous a montré l'importance de ce travail de recueil. Peut-être que sans ce travail qu'il a fait, aujourd'hui sa fille ne connaîtrait pas qui était son grand-père, ni une partie de l'histoire de son père.

  • Frédéric Vuillod

    Et donc vous avez naturellement une pensée pour ce monsieur Paul. Là on était sur le travail de terrain de votre association, et puis il y a la partie recherche dans votre projet. Qu'est-ce qui est particulièrement ressorti de ce volet recherche ?

  • Sarahi Gutierrez

    Avant, j'aimerais bien parler d'un villet qui est apparu très rapidement, qui était le profil de ces personnes. Parce qu'on a eu accès à ces personnes via des associations communautaires, donc ça faisait que les personnes qui ont décidé de nous parler, c'était celles qui parlaient suffisamment bien français pour nous raconter leur histoire de manière autonome, et qui étaient déjà engagées dans des associations communautaires. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Que ce n'est pas les personnes les plus isolées qu'on a touchées avec cette recherche. Et puis par ailleurs, c'était une proportion minime, donc je n'ai pas vocation à être exhaustive et à représenter les vécus de tous les migrants d'origine asiatique. En revanche, on a quand même confirmé certaines des hypothèses. La première est celle de l'isolement de ces personnes. Contrairement à cette idée qu'on aurait que les populations asiatiques, parce qu'elles ne parlent pas beaucoup, parce qu'elles sont discrètes, elles ne sont pas des problématiques, elles sont bien entourées par la famille, parce qu'il y a la pitié filiale qui fait que le fils doit s'occuper des parents. Ou parce qu'il y a les liens intracommunautaires, bon ben voilà, c'est des associations qui n'ont pas de problème d'accès au droit. Et non, la recherche, elle nous a confirmé, des enquêtes, mais aussi bien les entretiens, qu'il y a des personnes qui aujourd'hui ont des problèmes d'accès au droit, qui se sentent isolées des cercles familiaux, parce que les modalités d'organisation familiale ont changé. Ça c'est un premier constat. Un deuxième, c'est un phénomène de déclassement. Pour certaines familles, des familles de militaires, des fonctionnaires, qui arrivaient en France et se sont retrouvés à évoluer dans des métiers d'oucaire ou des métiers de service à la personne, dans lesquels ils se sont confrontés à des situations de travail très compliquées, des licenciements abusifs, des mauvaises conditions de travail ou des non-respects du droit du travail, et qu'ils ne savaient pas comment faire ou vers qui se tourner parce qu'il y a une méconnaissance aussi du droit français. Puis dernier constat, c'est celui du... L'importance du lien communautaire qui est présent jusqu'à aujourd'hui, mais qui était très très très important au moment de l'installation de ces personnes, qui a aidé parfois à faire évoluer des petites activités économiques, qui était un investissement pour trouver un logement plus important, qui était des missions de lien pour s'orienter vers une formation. et qu'aujourd'hui est un espace où on peut informer les personnes sur leurs droits, sur des conseils juridiques qui offrent des permanences pour justement les démarches dématérialisées.

  • Frédéric Vuillod

    Alors ce travail de recherche-action, il s'est terminé en 2022, donc il est terminé aujourd'hui. Est-ce qu'au final vous diriez que votre projet a atteint son but, qui était donc de contribuer à lutter contre l'isolement des personnes âgées vulnérables du 13e arrondissement ? Et s'il a atteint son but, comment est-ce que vous avez fait ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il atteint son but même s'il reste encore des choses à faire, parce que ça dépend aussi d'une politique publique, des prises en charge de ces publics. Pour nous, ça a été atteint pour plusieurs raisons. D'abord, vous dire que la recherche se poursuit avec l'université, donc il y aura peut-être des nouveaux constats qui vont ressortir. De notre côté, ce qu'on a constaté, c'est que pour lutter contre cet isolement, on a offert une première... Écoute, on prit son compte de la parole et du vécu de ces personnes. Des personnes qui ne voyaient pas l'intérêt de raconter l'histoire. Qui nous disaient, non mais c'est ce que j'ai vécu, c'est pas grave par rapport aux migrations plus récentes qu'ils peuvent voir à la télé. Pourtant c'est des boat people qui nous disaient, non mais moi j'ai pas vécu tout ça, c'est pas grave. Donc on tendance vraiment à minimiser les vécus. Et qu'au moment de le raconter, et de le raconter en présence des enfants, des petites enfants, Il y avait une prise de conscience que leur vécu avait de la valeur et aussi qu'il y avait une rupture dans la transmission. Parfois, on finissait les entretiens et c'était les enfants qui étaient en pleurs devant les parents. Mais pourquoi tu ne m'as jamais raconté ça ? Et donc, c'était les parents qui, là, ils se prenaient ce choc de la transmission. Enfin, moi, j'appelle ça le choc de la transmission parce qu'ils prenaient conscience que ce qu'ils racontaient avait une importance dans la construction de l'histoire familiale. De ce fait, on pense qu'on a contribué à renforcer la transmission au sein de ces familles, et puis aussi au sein de ces ateliers qui étaient auprès des jeunes qui habitent dans l'arrondissement, qui vont être aussi des enfants de seconde génération, qui, quand on racontait les histoires qu'on lisait des extraits de témoignages, ils sortaient de l'atelier assez curieux de connaître eux-mêmes leur histoire de vie, comme bien même peut-être que leur grand-père était un breton longue date, mais ils voulaient savoir aussi. D'où est-ce que ça venait, leurs origines et comment l'histoire familiale s'était construite ? Très concrètement, après, on a répondu aussi à l'information sur les droits via les satellites qu'on a mis en place et aussi à créer de la rencontre. Au moment où on a présenté les témoignages, par exemple, il y a une exposition avec un repas partagé qui crée la rencontre entre ces personnes qui, très simplement, ont voulu nous raconter leur histoire avec des personnes du quartier.

  • Frédéric Vuillod

    Et alors maintenant, est-ce qu'il y a une suite à donner à ce projet ? Est-ce qu'il y a des perspectives ?

  • Sarahi Gutierrez

    Oui, il y a des perspectives parce qu'on a été très marqués par cette rupture dans la transmission des histoires, mais aussi tous les stéréotypes que les jeunes de seconde génération avaient au même de l'histoire, au même des communautés dont ils étaient originaires. Donc on a voulu poursuivre ce travail plutôt avec les jeunes pour questionner les stéréotypes et lutter contre les discriminations dans les buts qu'ils se sont à l'aise, fiers de leur double culture, si je peux dire comme ça, française, mais aussi... asiatiques, aux maghrébines, aux africaines, aux latino-américaines, comme c'est mon cas, qu'ils se sentent à l'aise là où ils sont, là où ils vivent.

  • Frédéric Vuillod

    Merci beaucoup, Sarahi Gutierrez. De rien. C'était Ville solidaire, Ville durable. Vous pouvez retrouver cet épisode et tous les autres sur toutes les grandes plateformes de podcast, sur le média de l'économie sociale et solidaire Mediatico.fr et sur le site internet de la Fondation des solidarités urbaines fondée par les bailleurs sociaux Paris Habitat, La RIVP et Elogie-Siemp, Aximo, l'Habitation confortable et l'Habitat social français. A bientôt !

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