- Speaker #0
Bonjour, je m'appelle Pauline Maria, bienvenue dans Virage. Le podcast est sur la vie et ses tournants qui nous font rire, parfois pleurer, mais qui toujours nous inspirent. Je suis ravie de vous accueillir dans cette saison de Virage qui promet d'être riche d'invités incroyables. Si vous voulez ne rien rater et soutenir ce podcast, je vous invite à vous abonner sur votre plateforme d'écoute. Et pour venir avec moi en coulisses, vous pouvez me suivre sur Instagram, pauline-du-bas-virage et sur TikTok, virage.podcast. Je vous laisse avec l'invité du jour et je vous souhaite une très bonne écoute. Bonjour Jeanne. Bonjour Pauline. Comment ça va ? Ça va et toi ? Ça va, je suis trop contente qu'on enregistre un épisode ensemble. Tu es une créatrice dont j'admire beaucoup le travail. Ça fait vraiment longtemps que je te suis, que j'ai souvent le réflexe d'offrir à des amis qui me sont chers une paire de tes boucles. Ta marque s'appelle Dissident Ship. Tu crées des bijoux assez uniques. Et vraiment, je vous invite à découvrir l'univers de Jeanne parce que c'est vraiment super joli ce que tu fais. Et puis, c'est toujours formidable de se dire qu'on achète une pièce qui est fabriquée par une femme qui travaille avec des matières qui sont bien sourcées. C'est toi qui les fais. Ce n'est pas dans des usines occultes au bout du monde. Non, pas du tout. Voilà, c'est vraiment... Vraiment super, mais aujourd'hui, le sujet central ne sera pas ta marque, ce sera vraiment toi. Et c'est un sujet dans lequel on va parler de la santé mentale, de la santé mentale des femmes et du fait qu'elle ne soit pas vraiment prise au sérieux, puisque tu t'es toujours sentie un petit peu à part en grandissant et en gagnant en maturité. Tu pensais que quelque chose clochait chez toi, tu ressentais un mal-être, mais tu allais d'errance médicale en errance médicale. Tu ne te sentais ni vue. ni comprises, ni considérées, jusqu'à ce que tu rencontres la bonne personne, une thérapeute qui t'accompagne aujourd'hui, qui t'a aidée à ce qu'un diagnostic soit posé, et que tu t'aperçoives que tu avais un TDAH, un TSA, donc un trouble de l'attention avec hyperactivité, un trouble du spectre autistique, et tu me disais tout à l'heure qu'il y avait des comorbidités autour de ton diagnostic, qui rendaient ton quotidien difficile, et qu'il fallait prendre en... On charge ?
- Speaker #1
Alors en fait, j'aimerais bien juste faire un petit disclaimer pour dire que je ne cherche absolument pas à généraliser quoi que ce soit. C'est mon parcours, il n'appartient qu'à moi. L'autisme et le TDAH, ce sont des spectres, c'est-à-dire que d'une personne à l'autre, les difficultés ne vont absolument pas être les mêmes. Moi, j'ai la chance d'avoir assez peu de besoins d'accompagnement spécifique. Par exemple, j'ai la chance de ne pas avoir de déficit intellectuel. Mais souvent, quand on dit l'autisme, c'est un spectre, on voit ça comme une espèce de frise historique, tu vois. Et où est-ce que tu te situes ? À quel niveau ? C'est-à-dire que plus tu vas monter haut, plus tu as de besoins ou plus tu es stigmatisé et que tu montres, en fait, des signes évidents d'un TSA. Alors qu'il faut plus l'entrevoir comme un camembert, tu vois, comme une roue. Et dans cette roue, on a tout ce qui caractérise le TSA, donc des difficultés. Sur le plan sensoriel, des difficultés en ce qui concerne la réciprocité émotionnelle, etc. Et d'une personne à l'autre, en fait, ces petits compartiments de ton camembert ne vont pas du tout être les mêmes. Par exemple, mon frère est concerné par le TSA. On n'a absolument pas les mêmes camemberts. Moi, je vais avoir des difficultés que lui n'a pas forcément. Et inversement. Et deuxième disclaimer, moi, j'ai un TDAH associé, ce qui fait que ça modifie. Encore une fois, la façon dont se présentent chez moi les traits autistiques. Donc forcément, je ne peux parler qu'en mon nom propre. Je sais très bien que le portrait que moi je peux faire de mon histoire et de mon parcours n'a rien de semblable à celui de quelques autres.
- Speaker #0
Bien sûr, tu as bien fait de le préciser. Est-ce que tu peux me dire, s'il te plaît, depuis quand tu as l'impression de ressentir qu'il y a quelque chose qui... selon toi ne va pas et dont il faudrait s'occuper ?
- Speaker #1
Je pense que je l'ai toujours ressenti parce que j'ai le souvenir en fait de questionner au tout début de mes recherches un peu diagnostiques, etc. De questionner la nounou qui m'a élevée parce que mes parents travaillaient beaucoup. Et du coup, mon frère et moi avons été élevés par une nourrice qui était aussi famille d'accueil. Et donc j'ai été élevée avec deux petites filles qui viennent de familles extrêmement défavorisées, etc. Et comme mes parents ne sont absolument pas disponibles pour témoigner de comment j'étais enfant, etc. Je me suis rapprochée de cette dame pour avoir un peu des infos. Et en fait, ça m'a frappée d'entendre cette dame dire que, par exemple, à ma rentrée de CP, je leur disais « J'ai peur de ne pas me faire d'amis et je suis bonne à mettre à la poubelle. » Et je disais « Je suis moche comme un pou, enfin je me dévalorisais déjà énormément. Je ne me rappelle pas connectée vraiment avec les autres enfants. Du coup, je pense que je me disais déjà que quelque chose n'allait pas chez moi, tu vois. Et je pense que quand tu es enfant, les autres enfants... sans qu'ils sachent identifier ce qui ne va pas chez toi, ou même les enseignants. Parce qu'en plus, on parle d'une époque où on ne parlait pas du tout de ce genre de diagnostic. De santé mentale, oui. Je pense que toi et moi, on est un peu de la même génération. Même quand j'étais au collège, au lycée, c'est vraiment un sujet qui n'existait pas, en fait.
- Speaker #0
Moi, dans l'école dans laquelle j'étais, il y avait effectivement très peu de personnes. Et je me souviens d'un garçon, par exemple, et tu vois, je m'en souviens encore, alors que ce n'était pas spécialement un ami. Et il était très stigmatisé, c'est-à-dire qu'il avait dû être changé d'école. On avait accès à des détails de son intimité, comme le fait, par exemple, qu'il faisait encore pipi au lit, alors qu'il était quelque chose comme le CM1, quelque chose comme ça. Et je crois qu'on nous avait dit qu'il était, sans utiliser ces mots-là, mais je pense que c'était HPI. Et on avait dû nous dire qu'il était surdoué à l'époque. Après tout, Tu sais, j'étais en CM1, donc je ne me souviens pas exactement.
- Speaker #1
Mais en tout cas, on te lavait des pains comme étant différents.
- Speaker #0
Comme étant différents et c'était très péjoratif. Et du coup, le groupe était plutôt enclin à rejeter. Tout était fait pour que ce petit garçon ne soit pas intégré dans le groupe et soit stigmatisé. Là où j'ai l'impression que ça change un tout petit peu aujourd'hui et heureusement même si. J'espère.
- Speaker #1
En fait, ce qui me frappe dans ce que tu dis, c'est que j'ai l'impression que mine de rien, t'apprends très tôt. Et surtout quand t'es une petite fille. T'apprends très tôt que t'as pas le choix que d'essayer de te conformer, de rentrer dans les rangs, parce qu'on te fait pas de cadeaux en fait. On va pas te dire, ah mais cette petite fille elle est un peu turbulente, mais c'est parce que c'est une petite fille, ou elle est un peu dissipée, mais c'est parce que c'est sa nature, entre guillemets. Tu vois ce que je veux dire ? Un petit garçon, turbulent, en effet parfois on entendait, oui il est un peu hyperactif, etc. Bon c'était quelque chose qu'on disait comme ça, sans penser forcément à un diagnostic. Jamais une seule fois j'ai entendu ça appliqué à une petite fille.
- Speaker #0
Non. Et toi tu n'as pas l'espace, à ce moment-là ou en grandissant, de pouvoir en parler à tes parents ?
- Speaker #1
Alors ce qui complique les choses, c'est comme je te l'expliquais, j'ai été principalement élevée par une nourrice, donc une personne extérieure.
- Speaker #0
Mais le week-end, etc, tu n'étais pas chez tes parents ?
- Speaker #1
Alors j'étais chez mes parents en effet, ou le soir. En revanche, j'ai des parents qui sont extrêmement peu... disponibles émotionnellement, qui ne l'ont jamais été. J'ai un papa, en tout cas, moi, je le ressens comme ça, qui a un TSA aussi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Qui, du coup, a des très gros problèmes de communication.
- Speaker #0
Et qui n'a pas pris sa santé mentale en main. Jamais. Et vous voir ton frère et toi, parce que tu me disais que ton frère également était suivi, diagnostiqué. Alors,
- Speaker #1
mon frère n'est pas diagnostiqué.
- Speaker #0
Ah d'accord, ok.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a assez peu de doutes. Mais c'est quelqu'un qui a subi, tu vois comme tu parlais de ce petit garçon dont tu as le souvenir qu'il était ostracisé à l'école, etc. Mon frère a subi du harcèlement scolaire, beaucoup, de façon extrêmement violente. C'est quelqu'un qui a de sérieuses difficultés sociales. C'est quelqu'un du coup qui a été beaucoup mis en échec sur le plan scolaire comme sur le plan social, sur le plan de certains accomplissements entre guillemets. Du coup, c'est quelqu'un qui, je ne sais pas comment exprimer ça, mais tu vois, il ne souhaite pas prendre le risque qu'on lui dise « vous vous trompez » .
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et du coup, moi, mon rôle de grande sœur, et je pense que j'ai toujours eu ce rôle-là avec mon frère, ça a toujours été de moi me jeter à l'eau. Et lui, il voit ce que ça donne. Et si ça se passe bien, éventuellement, il y va, tu vois.
- Speaker #0
Ça lui donne du courage.
- Speaker #1
Et c'est à la fois bien et en même temps, pour moi, très lourd.
- Speaker #0
Bien sûr. Surtout si vous avez des parents indisponibles et que tu endosses un peu ce rôle-là auprès de ton petit frère.
- Speaker #1
Exactement, oui.
- Speaker #0
Et donc pour revenir au moment où ça se cristallise pour toi et où tu fais ton premier burn-out, mais dont tu me parlais qui est très propre à l'autisme puisque c'est un burn-out autistique. Est-ce que tu peux m'en parler et me dire avec tes mots ce que tu as commencé à ressentir quand tu es arrivée en prépa, s'il te plaît ?
- Speaker #1
Alors, chez les femmes, on observe, en tout cas chez les femmes, qui n'ont pas de déficience intellectuelle que jusqu'à un certain stade de la vie, les difficultés sociales ne sont pas forcément flagrantes parce qu'en fait, les capacités intellectuelles vont compenser. Moi, j'ai eu la chance au lycée de rencontrer... très chouettes personnes avec lesquelles je me suis sentie à l'aise, avec lesquelles je me sentais extrêmement chanceuse d'être acceptée parmi ces gens que j'identifiais comme étant des gens super cool, on rigolait, c'était ma bouffée d'air. Et en fait, avec du recul, je me rends compte qu'à partir du moment où j'ai quitté cette bulle safe et que j'ai dû me créer de toutes nouvelles relations dans un environnement où les relations sociales, quand tu finis le lycée, tu as 18, 19, 20 ans, les relations sociales se complexifient forcément.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Et je pense que du coup, moi, mon switch, ça a vraiment été le début de mes études supérieures, au sens où j'ai ressenti extrêmement fort que j'étais complètement à côté de la plaque, en fait. Tu vois, j'ai subi vachement de moqueries sur le ton de la blague, mais parfois vraiment lourdes. Sur le fait que j'étais extrêmement naïve. Mon cerveau, c'était si les gens me disent quelque chose, c'est forcément vrai. Ce qui a été difficile, ce n'est pas forcément mon année d'hypokéne. Parce que c'est quand même un environnement extrêmement calfeutré. Où tu as assez peu de place pour tout ce qui est social. Au sens où ce n'est pas là que tu vas faire les gros stuff de ta vie. Moi, l'après-passe, j'ai adoré. parce que c'était très dur. Mais d'un autre côté, il y a un côté extrêmement structuré, extrêmement... Un cadre. Un cadre, en effet. Par contre, c'est là où j'ai commencé à subir les premières violences de la part des profs et de certains élèves, au sens où, tu vois, je pense que je dégageais quelque chose de très introvertie et en même temps de très naïf, ce qui était le cas. Mais en fait, cette naïveté... systématiquement perçue comme de la bêtise, en fait. Et donc, tu vois, j'ai vraiment le souvenir d'être identifiée comme l'étudiante neuneu, quoi. Enfin, je pense que ça a laissé des traces. Et quand je suis arrivée, donc moi, j'ai fait hypocagne, j'ai commencé ma cagne. Et en fait, entre-temps, j'avais passé le concours de Sciences Po. Et en fait, j'ai été prise sur liste d'attente. Du jour au lendemain... J'ai été catapultée, tu vois, à Strasbourg où je ne connaissais personne, donc je changeais de ville. En plus, quand j'étais en prépa, je logeais encore chez ma mère. Tu te retrouves dans une ville que tu ne connais pas, tu te retrouves à devoir connecter avec des gens que tu n'as jamais vus de ta vie, tu te retrouves à explorer un système fac alors que tu viens d'une toute petite structure. Et en fait, moi, je ne me rendais pas compte à quel point ça avait été violent pour moi. En plus, moi j'arrive, j'avais des Starwell, des trucs, j'avais mon brasset de la fête de l'humanité. Mais ça paraît, dans ma tête, tous les gens qui avaient 19-20 ans, ils étaient de gauche en fait. Dans ma tête, je me disais, ça n'existe pas des gens de mon âge qui n'aient pas de valeur humaniste. Mais j'étais choquée !
- Speaker #0
T'es arrivée d'un seul coup dans un monde que tu...
- Speaker #1
Ah mais un monde ! Mais déjà, je découvre qu'il y a des gens qui ont fait une prépa, parce que leurs parents leur ont payé une prépa à 10 000 euros l'année. J'étais en mode, mais il y a des gens qui ont 10 000 euros à lâcher dans une prépa ? Enfin, à un moment donné, il y avait une rumeur comme quoi il y a un gars qui me kiffait. Mais en fait, j'étais trop chelou et je venais pas d'une famille... assez prestigieuse pour lui. J'étais là, mais c'est une blague en fait.
- Speaker #0
Toi, très rapidement, tu constates une violence sociale quand tu arrives dans cet univers qu'est Sciences Po. Et tu me disais que ça avait accentué le fait de te sentir à part.
- Speaker #1
Absolument. En fait, j'ai très vite compris que malgré tous les efforts que je fournissais, quelque chose ne marchait pas. Et en fait, ça m'a conduite à éprouver une anxiété perpétuelle. Parce qu'en plus, je pense que c'est un contexte de grandes écoles où si tu ne rentres pas là-dedans, dans ce côté extrêmement communautaire, tu n'existes pas. J'avais l'impression d'avoir tout fait. Je participais aux soirées. En fait, ça me fait de la peine quand j'y repense. Mais tu vois, les gens prenaient leurs cours sur les ordinateurs. Moi, j'arrivais avec mon petit papier, mon petit stylo plume, toute contente. Mais en fait, tu vois, très vite, tu ne dis rien. Ça peut sembler con. Mais tout de suite, tu te dis, ah, mais en fait, pas du tout, tu vois. Et puis, tu arrêtes de porter tes sarouels parce que quand même, machin, tu coupes ton brasset de la fête de l'Huma parce que quand même, on t'a déjà étiqueté comme la gauchiasse de service. Et puis, tu arrêtes de mettre des fleurs dans tes cheveux parce qu'on se fout de ta gueule. En fait, tu intègres tout un système d'informations. Tu dis, ah, OK. Il faut que je fasse ça, il faut que je parle comme ça, il faut que je fasse attention à ça. Et en fait, tu rentres dans une espèce de dressage de toi-même. Mais en fait, toi, tu te dis que tout le monde fait ça.
- Speaker #0
Et toi, par quoi se matérialise ton premier burn-out et comment tu vas chercher de l'aide à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors moi, mon premier burn-out, comme je te disais, j'ai fait Sciences Po au Strasbourg. Donc en fait, ta troisième année se fait à l'étranger. Donc moi, j'étais pas bien, clairement, j'étais pas bien. Ma deuxième année s'est mieux passée parce qu'on m'a proposé de faire une coloc. Mais moi, j'en croyais pas à mes oreilles. J'étais en mode, mais il y a des gens qui veulent vivre avec moi, mais c'est absolument incroyable. Tu vois, j'avais la naïveté de me dire, mais si ces gens veulent vivre avec moi, c'est qu'en fait, ils me trouvent sympa, ils me trouvent, je sais pas, ils me trouvent des qualités. Et donc, du coup, moi, j'ai vécu cette deuxième année comme une délivrance au sens... où enfin, j'étais acceptée par... Ce n'était pas les gens les plus populaires, mais quand même des gens, tu vois.
- Speaker #0
Et donc, ton premier burn-out... Ouais, excuse-moi. Ne t'inquiète pas. Et donc, ton premier burn-out... Et donc,
- Speaker #1
mon premier burn-out, il arrive au cours de ma troisième année où je pars en Angleterre, à Leeds, et je pars vivre avec une nana de ma promo. Et je sentais un espèce de glissement s'opérer, tu vois. davantage de difficultés de sommeil. Moi, je pensais que j'avais des tocs, par exemple, alors qu'en fait, maintenant, je sais que j'étais dans un moment de bascule où tu sens que tu n'as plus la capacité de gérer les choses et donc, du coup, ton cerveau va se raccrocher à ce qu'il estime être de la sécurité. C'est-à-dire que mon monde était complètement et exclusivement centré sur le fait de vivre les choses comme tout le monde. Et en fait, ce qui me mettait la puce à l'oreille, c'est que je commençais à éprouver de la honte et donc de vouloir cacher. Donc par exemple, je voulais manger toujours la même chose, mais du coup je cachais ça en disant « Ah oui, mais c'est pour un souci de gestion financière, ce genre de truc. » Le besoin de justifier. Du coup, tu te raccroches à ces choses-là. Donc toi, tu te dis, si j'en ai honte, c'est que quelque chose ne va pas. En plus, du coup, j'arrive en Angleterre avec cette nana de ma promo qui pointe quand même du doigt certaines choses. Par exemple, j'avais pris l'habitude de manger en dessert du yaourt. Et quand je suis arrivée en Angleterre, les supermarchés, ce n'est pas les mêmes. Les marques de céréales, ce n'est pas les mêmes. Du coup, t'es là, tu sais plus quoi prendre. Et donc, j'avais pris trois paquets de céréales différentes pour mettre dans mon yaourt. Et vu que je savais pas choisir, je piochais dans chaque paquet pour mettre dans mon yaourt en dessert. Et en fait, ma coloc, à un moment, s'était mise à prendre dans mes réserves et donc à manger mes céréales. Mais moi, du coup, mon truc était plus aligné, tu vois ce que je veux dire ? Et en fait, ça me mettait dans un état d'anxiété de ouf. Et j'étais incapable de retourner au supermarché racheter le paquet de céréales, tu vois. C'est là que je me suis dit, mais tu pars en cacahuète ma grande, tu vois. Et en fait, j'avais honte de le dire parce qu'en fait, personne n'arrive pas à aller racheter son paquet de céréales.
- Speaker #0
Et puis il n'y avait pas de représentation. Et c'est ce que tu dis aujourd'hui encore, il y a très peu de représentation de l'autisme au féminin.
- Speaker #1
Ah mais moi, je ne savais même pas ce que c'était l'autisme. Je n'en avais jamais entendu parler.
- Speaker #0
Et tu me disais que tu avais eu aussi des troubles du comportement alimentaire. Voilà,
- Speaker #1
et donc du coup, je te parle de mes paquets de céréales parce que du coup, le point de bascule, il arrive là, au sens où je sortais d'une rupture amoureuse extrêmement difficile à vivre pour moi. Beaucoup de choses refaisaient surface. J'arrive en Angleterre où je m'étais dit, je vais pouvoir prendre des cours qui m'intéressent parce qu'on ne va pas se mentir, ce qu'on m'enseignait à Sciences Po, ce n'était pas la joie intellectuelle. Et puis en fait, grosse désillusion parce que ce n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais. Je n'arrivais pas à connecter avec les gens. En plus de ça, moi, je n'avais pas du tout capté que les gens partaient en Erasmus pour se déchirer la gueule toute l'année. Moi, j'étais en mode, ah ok, j'y vais pour aller à la fac en Angleterre. Et du coup, de me retrouver dans cet environnement hyper fêtard, hyper... Tu vois, tu te remets en mode, ah, je n'avais pas compris. Mais du coup, il faut que je fasse ça. Et en fait, je sentais que je n'arrivais plus du tout à donner le change. Et en même temps, se réinstalle un espèce de climat extrêmement rigide que j'identifiais à l'époque comme des tocs ou comme des choses comme ça. qui m'ont amenée à éprouver plus durement certaines sensations physiques, notamment la sensation physique quand tu viens de manger, la sensation physique de faim, ce que toi tu identifies comme étant de l'organisation, mais qui s'apparente à de la rigidité et des comportements stéréotypés, c'est-à-dire manger tous les jours la même chose, la même quantité. te prévoir en avance tes trucs. Plus ça allait, moins je mangeais. Parce que mes sensations physiques étaient devenues extrêmement compliquées. La sensation de faim, la sensation de satiété. Tout ça, c'était devenu compliqué. J'avais des angoisses. Ma coloc, j'ai prouvé une espèce de dégoût par rapport à ce qu'elle mangeait. Et j'en avais honte, en fait. Parce que je ne voulais absolument pas la faire culpabiliser.
- Speaker #0
Qu'elle ne soit pas à l'aise.
- Speaker #1
Voilà. Et en même temps, ça installe. insidieusement une honte mais incommensurable d'être ce que tu es. J'avais l'intime conviction et du coup l'angoisse que ce que j'étais à ce moment-là c'était mon vrai moi parce que j'étais plus capable de donner le change. Et ça c'est ultra violent parce que tu te dis mais quelle horreur en fait tu vois mon masque tombe.
- Speaker #0
Je perds le contrôle.
- Speaker #1
Exactement, je perds le contrôle donc on va voir à quel point je suis folle. Donc en fait Je me fais pas de potes, donc je vis une période extrêmement difficile, je finis par rentrer chez ma mère un week-end. En plus, ma mère, à cette époque-là, a été diagnostiquée pour un cancer du sein, donc elle, elle vivait une période extrêmement difficile. Moi, je culpabilisais quelque part de dire « moi, ça va pas bien, quoi, tu vois » .
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
je me rappelle plus si c'est elle qui capte que quelque chose ne va pas ou si c'est moi qui en parle, je me rappelle plus. Mais toujours est-il que... Je finis par être amenée chez une généraliste qui dit à ma mère « Oui, bon là, elle a peut-être un trouble du comportement alimentaire. » Mais elle commence à s'énerver en disant « Oui, mais de toute façon, ça c'est un problème d'enfant de riche, c'est un caprice, on va la mettre sous antidépresseur et ça va aller. »
- Speaker #0
Et donc ce traitement et ce diagnostic t'est imposé ? Et comment il est pris par ta maman qui, elle, traversait en même temps une épreuve...
- Speaker #1
Complètement dépassée, complètement... À la fois dépassée, mais à la fois, bon, on va la mettre sous antidépresseur et ça va aller, quoi.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc on me met sous antidépresseur, il y a énormément d'effets secondaires, donc tu perds encore plus l'appétit, il se passe encore plus de trucs, t'es dans une espèce de léthargie. Mais bon, quand même, je repars en Angleterre en me disant, allez, vas-y, donne tout, tu vois. Mais je sentais bien que mon cerveau ne suivait pas. Et je finis par aller consulter à la fac une psy pour dire, en fait, je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je sens que quelque chose est compliqué avec la nourriture, mais j'ai du mal à identifier et j'en ai honte. Enfin bref, je me rappelle quand même essayer de lui expliquer les choses. En fait, elle me demande juste si je me fais vomir. Et du coup, je lui dis, bah non, pas du tout, je ne me fais pas vomir. Et donc, elle me dit, bon, du coup, il n'y a pas de problème. Mais par contre, il faut décider. Soit vous ôtez la vie, soit vous rentrez chez votre mère. J'étais là, ok. Écoutez,
- Speaker #0
un grand merci pour l'aide que vous m'avez apportée.
- Speaker #1
Encore une fois, quelqu'un que j'identifie comme étant une figure d'autorité me dit, rentrez chez votre mère. Du coup, je suis rentrée chez ma mère. Et donc voilà, moi, je finis par me laisser complètement glisser dans les troubles alimentaires. La nourriture, c'était un peu la seule chose sur laquelle j'avais du contrôle quelque part. Et en fait, le problème, c'est qu'à l'époque, une fois qu'on t'identifie comme étant anorexique, j'ai fini par perdre énormément de poids et donc à être hospitalisée. Et au moment où on me dit, bon, mademoiselle, en fait, il faut faire quelque chose. Là, vous êtes anorexique, il faut vous faire soigner. Mais tu vois, encore une fois, on va te dire, parce que vos parents, vous leur faites vivre l'enfer. Et encore une fois, c'est de ta faute. Oui Et donc je finis par dire, bon bah ok, très bien, tu vois, ok j'y vais, j'ai pas envie d'être une mauvaise fille, je viens en gratte, machin. Et donc toi t'arrives là, t'es hospitalisée, donc alors on t'explique, bah oui. Et puis, tu vois, on s'adresse à toi en mode, bon bah t'es une énième meuf anorexique quoi. Et on ne cherche pas du tout à savoir d'où ça vient,
- Speaker #0
comment ça se matérialise.
- Speaker #1
Parce qu'on considère que ce qui se passe dans ta tête, c'est la même chose que toutes les autres meufs en fait. Je dis les autres meufs parce qu'il y avait un mec dans le service où j'étais.
- Speaker #0
Et ce que tu disais aussi tout à l'heure, c'est que c'était beaucoup identifié comme quelque chose d'une quête esthétique. Et donc, encore une fois, tu t'es ramenée en tant que femme à un côté assez... Légers, superficiels, qui pensent à son image.
- Speaker #1
Exactement. T'es neuneu. En plus de ça, voilà, moi, on me disait, mais mademoiselle, vous avez tout pour vous. Vous êtes à Sciences Po, vous êtes intelligente. Vous n'avez pas de copains. C'est l'âge où, quand même, il faut un copain, machin. Et toi, tu dis, ah, ben, en fait, j'ai pas fait les choses comme il faut. Enfin, tu vois, t'es ramenée à un truc.
- Speaker #0
Et tu sors, donc, du coup, de l'hôpital. Et donc,
- Speaker #1
je sors de mes hospices. Et donc, quand même, je capte que je fonctionne pas. Pas aussi, tu vois, je ne fonctionne pas bien. Mais on va te dire, tu ne fonctionnes pas bien parce que tu ne bouffes rien en fait. Mais je suis hospitalisée, on m'a mis je ne sais combien de traitements. Encore une fois, quand je consulte du coup psychiatre, psychologue, tu sais que la psychologue, à un moment donné, elle m'a dit je vais arrêter de vous suivre parce que c'est un peu trop dur. Et j'étais en mode, mais en fait, mais personne ne sait quoi faire de moi dans cet établissement. En fait, on m'a... quand même principalement fait passer le message que ce que je vivais, c'était juste un immense caprice pour faire une pause dans mes études. Et voilà.
- Speaker #0
Et ton frère ?
- Speaker #1
Et alors mon frère, ce qui est paradoxal, c'est qu'à cette époque-là, je pense que lui m'identifiait comme la grande sœur qui réussit tout, ou en tout cas qui réussit là où lui échouait. Et pour la première fois, il me voit m'effondrer en fait. Il me voit tomber de ce piédestal sur lequel il m'avait mis. Et je pense que paradoxalement, ça m'a permis de remettre la relation que j'avais avec mon frère à zéro. On a pu mettre les choses à plat en mode, bon bah je me casse la gueule, je suis loin d'être parfaite en fait. Et je pense que lui, ça lui a donné l'occasion de m'aider, d'être présent pour moi, ou en tout cas de jouer un rôle de frère en fait, tu vois. Je pense que ça, il n'en avait pas eu l'occasion avant.
- Speaker #0
Il a été tabé qui pour la première fois ?
- Speaker #1
En tout cas, il a été là. Tu vois, il faisait ses études en Belgique. Il est rentré. Et en même temps, je pense que ça lui a aussi à lui donné l'occasion de dire « Si Jeanne, elle rentre d'Angleterre, moi, j'ai le droit de dire que je rentre de Belgique parce que ça ne me plaît pas tant que ça, mes études. » Et donc, à ce moment-là, je sors de l'hôpital. Tout de suite, je retombe. Et je repars essayer de faire mon master à Sciences Po, machin. il me dit En fait, je vais commencer une autre formation en parallèle pour essayer de mieux tenir. Enfin, tu vois, un truc qui me plaît plus, pour me donner une espèce d'étincelle créative, pour tenir dans un environnement qui ne me convient pas. Mais en fait, très vite, je suis dépassée, quoi. Et je sens bien que mes capacités intellectuelles sont altérées, que mes capacités sociales sont altérées. Je sens bien que je ne suis plus en mesure. d'arborer cette espèce de masque ou cette espèce de complaisance.
- Speaker #0
C'est là que tu crées ta marque ?
- Speaker #1
Et c'est en effet à l'issue de tout ça, donc moi je retente, bref je te passe les détails, il y a un suivi médical à ce moment-là qui est absolument désastreux, en fait on me sur-médicament. Et en fait en effet à ce moment-là, je sentais que j'étais tellement affaiblie sur le plan de mes capacités cognitives que je me mets à fabriquer des choses, notamment. des bijoux, etc. Et au bout d'un moment, je vois que les gens trouvent ça bien. En tout cas, on m'encourage pas mal, etc. Donc je me dis, cool, ça me fait plaisir. En plus, moi, j'aime bien faire ça. En fait, ça me remet dans un truc où ça me replace dans une activité que j'ai toujours aimé faire. Donc je m'adonne à ce moment-là à des choses qui me font du bien parce que je fais la nouvelle. Donc je me mets à faire des bijoux, etc. Et puis très vite s'installe cette pression de « bon Jeanne, il va falloir soit que tu repartes dans tes études, soit que tu taffes parce que t'es assez revenu, t'as assez causé de problèmes. » Et en fait je sais très bien physiquement que je ne suis pas capable de taffer. Et encore une fois t'as honte parce que t'as l'impression que c'est un caprice. Mais juste je sentais bien.
- Speaker #0
que c'était au-dessus de mes forces, tu vois.
- Speaker #1
Que c'était comme faire rentrer des carrés dans des ronds, quoi. Ah mais complètement ! Le cadre actuel du travail ne pouvait pas correspondre à ta neuro-atypique.
- Speaker #0
Absolument. Et donc, à ce moment-là, je me dis, mais en fait, il faut que je trouve une solution. Et la solution que je trouve, c'est de créer ma marque. Parce que, il fallait bien que je fasse quelque chose, quoi. Pour qu'on me foute la paix, quelque part.
- Speaker #1
Et donc, tu commences à lancer ton activité, à te sentir plus épanouie, plus à ta place. Et comment tu te sens par rapport à ta santé mentale ? À quel moment ? Le diagnostic commence à être posé.
- Speaker #0
Mon diagnostic, donc suite à mes hospices, etc., moi j'ai plus du tout envie d'entendre parler de suivi, de psychiatre, de médecin, etc. Mais au bout d'un moment, je recommence quand même à éprouver le besoin de comprendre ce qui ne va pas chez moi. Et à un moment donné, j'écoute une émission qui parle du haut potentiel, justement. À ce moment-là, je me dis « Ah, mais c'est vrai que mon frère, il m'avait parlé du haut potentiel il y a quelques années, donc je reparle de ça à mon frère. » Et voilà, ça me trotte dans la tête. Je finis par lire des bouquins là-dessus. Tout ne colle pas, mais quand même, tu vois, ça me parle un peu. Donc tout de suite, je cherche un psychologue. En fait, à Bruxelles, il y avait une asso qui s'occupait de détecter les adultes à haut potentiel. Donc tout de suite, je me lance là-dedans. Et donc, au cours de ces examens, je passe un test de QI. Et j'étais hyper stressée. Et le truc commence et en fait, on me demande, il y a un des sous-tests où tu as des cubes et on te demande de reproduire une figure avec les cubes. Et en fait, tout de suite, mon cerveau et ma motricité ne s'articulent pas. Et je me sens dépassée et je me sens complètement con, en fait, tu vois, de me dire mais qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?
- Speaker #1
Pourquoi je n'y arrive pas ?
- Speaker #0
Et là, je fonds en larmes. Je m'insulte, je me dis mais t'es complètement con, t'es qu'une grosse nulle et machin.
- Speaker #1
Oui, t'avais perdu tes moyens.
- Speaker #0
Et pareil, je mets ça sur le coup de l'anxiété en fait. Et donc je passe le truc et en fait, plus le truc avance, plus j'interviens pour dire mais attendez, en quoi ça, ça mesure l'intelligence des gens ? Enfin, je comprends pas, c'est quoi le rapport ? Tu vois, par exemple, à un moment, il y avait une question qui a dessiné Tintin. Je me dis mais... En fait, si les gens ne savent pas ça, ça ne veut pas dire qu'ils sont cons.
- Speaker #1
C'est de la culture, c'est pas...
- Speaker #0
Tu vois, je schématise, mais en fait, je n'arrêtais pas de stopper le psy en mode « Mais attendez, je ne comprends pas, je ne comprends pas le rapport. Eh, le mec, c'est trop vénère sur moi. Oui, bon, on n'est pas là pour mettre en question le truc. On est là pour répondre, machin. Donc, le truc se passe. Il y a la restitution. Donc, moi, j'étais... hyper mal parce que, encore une fois, c'est un truc, moi, j'avais l'impression que ma vie allait dépendre de ce truc-là.
- Speaker #1
Parce que t'avais l'impression qu'enfin, peut-être, on allait pouvoir te comprendre.
- Speaker #0
Et là, on me dit, ah bah, vos tests sont pas interprétables. Et encore une fois, je me dis, qu'est-ce qu'on va faire de moi ? Les gens ne savent pas quoi faire de moi. Et en fait, tu vois, avec leur cul, je me dis, il y avait quand même des signes, tu vois, des problèmes de motricité fine, tu vois, le fait que... En fait, j'ai besoin de plus de temps pour capter. En plus, c'était des consignes orales. Et moi, à l'époque, je ne savais, je ne pouvais pas me rendre compte que, par exemple, j'ai des difficultés avec les consignes orales, qu'il me faut souvent un support visuel, que si on ne me donne pas trois secondes pour, tu vois, faire le geste de tourner ce putain de cube pour que je vois, ah ok, ça marche comme ça, ok, il faut que je fasse ça, ok, c'est bon, on peut y aller. Tu vois ce que je veux dire ? Donc voilà, le psy accepte quand même de me suivre. Donc en gros, la conclusion, c'était bon profil quand même, qui s'apparente aux adultes à haut potentiel intellectuel, mais bon quand même, test non interprétable. Nous lui souhaitons bon courage et merci de le repasser dans 4 ans, quand vous irez mieux. Allez, adieu. Donc j'étais là.
- Speaker #1
Et donc toi, quand finalement le diagnostic tombe ?
- Speaker #0
Alors moi, le diagnostic tombe à l'issue de mon second burn-out. où là, je ressens exactement la même sensation de bascule. C'est-à-dire, je sens que je suis en train de glisser dans un truc pas cool. Et donc, à un moment donné, je finis par m'ouvrir à une de mes amies. Et avec cette amie et moi, on a un parcours extrêmement similaire. Et cette amie, à ce moment-là, passe aussi les tests pour le haut potentiel. Et donc, on parle du test, etc. Je lui parle des difficultés que je rencontre à nouveau. Et c'est elle qui me dit, mais en fait, ce que tu me décris, ça me fait penser... Au burn-out autistique, oui, parce que moi, à l'issue de mes tests pour le haut potentiel, etc., on m'a plutôt orientée vers un diagnostic de TDAH et d'autisme. Et moi, je me dis, ok, attends, 3 minutes, mais qu'est-ce que c'est que ça, tu vois ? Qu'est-ce que c'est que le TDAH ? Moi, j'entends TDAH, j'entends hyperactivité. Je me dis, bah non, c'est pas moi, quoi, tu vois ? Autisme, je me dis... En fait, c'est marrant parce que tout de suite, tu te dis, bah non, pas du tout, mais sans savoir.
- Speaker #1
Ce que c'est véritablement. Et ce que je trouvais intéressant, c'est que tu me parlais tout à l'heure en off, et j'aimerais bien que tu l'exprimes ici, d'à quel point c'est difficile pour une femme de se représenter, tant l'autisme au féminin n'est pas représenté, tant il est stigmatisé, et tant on ne laisse pas la possibilité à une femme finalement d'être un petit peu en dehors des sentiers battus.
- Speaker #0
Oui, excuse-moi, je n'en ai pas du tout parlé, mais alors voilà, là je t'expose un peu tout mon parcours de soins. Je suis désolée, c'est long, mais c'est parce que le processus diagnostique chez les femmes est très très long. Si ce n'est, franchement je ne vais pas dire impossible parce qu'il y a des exceptions, mais vraiment, je pense qu'il faut tirer la sonnette d'alarme à ce niveau-là. Déjà, la première sonnette à tirer, c'est qu'on ne croit pas les femmes. Quand elles expriment ce qu'elles ressentent, on va tout le temps intervenir.
- Speaker #1
Dire que c'est dans leur tête.
- Speaker #0
on va dire que c'est dans leur tête, mais aussi on va leur dire qu'elles se trompent. Et en plus de ça, si tu viens, je trouve qu'on vit dans une époque où si tu viens en ayant creusé un sujet que des professionnels ne maîtrisent pas, ah mais laisse tomber ! Tu as tué leur mère en fait. Et donc du coup, tu es directement identifié comme la casse-pieds de première. la manipulatrice de première. Et donc, au départ, tu arrives de façon très naïve et très transparente sur ce que tu ressens. Et en même temps, tu te dis je ne sais pas ce qui m'arrive. Est-ce qu'il est vrai ? Je n'arrive pas à expliquer ce qui m'arrive. Je ne saurais pas exactement vous exprimer. Et puis, tu pleures et machin. Et donc, en fait, les médecins se disent ouh là là, là, c'est quand même un... Troupe de la personnalité, parce que la meuf passe du rire aux larmes ou se met à pleurer et en même temps, elle ne sait pas trop expliquer. Bon, re-belote, on va la mettre sous antidépresseur et puis on va bien voir. Et moi, de mon côté, je me mets à faire des recherches et en fait, je me dis, mais ça, je le vis, mais ça, oui. Mais bon, tout en me disant à chaque fois, mais non, ça ne peut pas être ça.
- Speaker #1
Parce que tu n'avais pas envie d'être autiste. Pourquoi tu refusais d'envisager ce diagnostic, tu penses ?
- Speaker #0
Parce que quelque part, je pense que je me disais que mon cas n'était pas aussi grave. En fait, je me disais, maintenant quand même, les pauvres, elles ont vécu du harcèlement, elles n'arrivent pas à travailler ou elles n'ont pas beaucoup d'amis. Moi, quand même, j'ai de la chance, j'ai des amis. Tu vois ce que je veux dire ? J'ai quand même une certaine autonomie. Je suis capable de vivre tout seule. Et du coup, je minimisais complètement ce que moi je vivais tout en me disant non mais je vais y arriver toute seule. J'y arriver toute seule à dépasser ça. De toute façon, je n'ai pas le choix parce que je n'arrive pas moi-même à exprimer ce que je ressens. Et donc, le truc commence à prendre une tournure dramatique au sens où moi vraiment, je n'étais plus capable de rien faire. donc en fait un À un moment donné, je prends conscience que mon cerveau ne veut plus, que je ne dors plus, que je n'ai plus accès à mes capacités intellectuelles, je ne suis plus capable de lire, je ne suis plus capable de taffer, je n'ai plus une espèce de brouillard mental, ou même sur le plan de l'élocution, c'est quand même chaud. Et je finis par m'adresser, j'appelle une dame dans ma ville censée être spécialiste du syndrome d'Asperger. Donc on dit plus syndrome d'Asperger actuellement, mais bon. En gros, c'est de l'autisme sans déficience intellectuelle, pour simplifier. Mais donc, je finis par contacter cette dame. Et donc, j'arrive chez cette dame et je lui raconte un peu mes bails, machin. Et elle, tout de suite, elle se dit « Ah, vous avez passé les tests au potentiel ? En fait, tous vos problèmes, c'est juste que vous êtes une adulte au potentiel. » Point barre, il n'y a pas à chercher. Et j'étais là, mais oui, mais c'est écrit noir sur blanc que mes tests ne sont pas interprétables. Et en fait, j'avais lu entre-temps que c'était hyper courant dans l'autisme, que les tests, en fait, moi, il y a une très grosse disparité de résultats. C'est-à-dire que je vais avoir de très hauts scores dans certains exercices et des trucs, vraiment, on aura des pâquerettes dans d'autres domaines. Et c'est ce qui fait que mon test n'est pas interprétable. Et ça, j'avais lu que c'était hyper courant. Et du coup, en fait, et la nana, au bout d'une heure, qui me dit « Mais vous étiez bonne en maths à l'école ? » J'étais en mode « Bah non, pas trop, c'est pas trop mon truc. » « Ah oui, bah non, alors ? » Et puis, ça se voit, vous êtes une artiste, vous avez de l'imagination, vous ne pouvez pas être autiste. J'étais là « Hein ? Ça n'existe pas, en fait, des personnes autistes ? » Donc je me dis « Bon. » Mais quand même, elle me dit, oui bon, je vais quand même vous référer au centre ressources autisme. Donc le centre ressources autisme, c'est une structure qui permet de procurer, je ne sais pas si c'est le bon terme, mais un diagnostic aux enfants et aux adultes. Mais depuis un certain nombre d'années, les centres ressources autisme sont saturés. En fait, dans le cadre d'un diagnostic de troubles du neurodéveloppement, on va faire ce qu'on appelle un diagnostic différentiel, c'est-à-dire qu'on va... explorer plusieurs pistes et au fur et à mesure, rayer certaines pistes et aussi déterminer ce qui relève d'éventuelles comorbidités. C'est ce dont on parlait tout à l'heure. Cette personne a un trouble anxieux. Qu'est-ce qui va relever du trouble anxieux ? Et qu'est-ce qui va relever d'un TSA, d'un TDAH ? Enfin, je ne sais, de la dépression ? Et donc, tu es censé faire ça pour déblayer la question.
- Speaker #1
Et pouvoir être aidé correctement.
- Speaker #0
Et puis surtout, pour avoir une vision claire. Des choses. Parce que quand tu as des comorbidités importantes, notamment les plus communes étant les troubles du sommeil, les troubles anxieux, la dépression, c'est ce que tu vois en premier. Donc forcément, il faut passer, il faut aller au-delà de ce que tu vois en premier. Bien sûr,
- Speaker #1
il faut dépasser ça pour pouvoir savoir d'où ça vient exactement.
- Speaker #0
Voilà. Et surtout, on ne va pas forcément se dire... Ça, c'est la conséquence de quelque chose de sous-jacent, en fait. Donc, on finit quand même par me recommander au centre ressources autisme, parce que, je cite, wait for it, je ne sais pas quoi faire de vous.
- Speaker #1
Ah, waouh ! Ça, tu t'es vraiment suivie, quoi.
- Speaker #0
Ah ouais, mais tout le temps. Et donc, en fait, on finit par me dire, oui, alors maintenant, pour désengorger le système, on va vous inviter à trouver un médecin en libéral. pour faire un genre de dépistage. En gros, est-ce que ça vaut le coup ou non d'aller plus loin ? Eux, ils dépêchent quelqu'un de chez eux pour assister au rendez-vous. Ça dure deux heures, etc. Donc je me dis, ok, très bien. Moi, je rappelle la dame qui ne veut pas me prendre. Donc je cherche quelqu'un d'autre. Bien sûr, tu ne trouves personne parce qu'il y a des files d'attente de 10 km. et je finis par trouver une... médecin psychiatre qui accepte de me recevoir. Donc voilà, je fais quelques rendez-vous avec cette dame. Moi, j'ai fait entièrement confiance. Je me dis, voilà, je suis prise en charge. En plus, c'est une femme. Le rendez-vous arrive avec une psychologue du centre ressources autisme. Donc moi, franchement, j'étais ultra confiante. Et puis en fait, je me retrouve dans le bureau et personne ne parle. Et j'étais là, ok. Et moi, en fait, quand personne ne parle, je me dis, je dois parler en fait. Et du coup, je parle, je parle. Et sans m'arrêter, parce que... T'as tellement peur qu'on ne te comprenne pas ou qu'on ne comprenne pas ce que tu veux dire, que du coup tu ne fais que surexpliquer, tu parles beaucoup, tu vois. Mais bon voilà, je réponds à tout ce que je peux, etc. Puis on me demande de sortir pour qu'il y ait des libérations. Je reviens et la psychologue du CRA qui dit... Bon, vous n'avez pas de problème de pointage. Le pointage, c'est le fait d'être capable de dire, tu vois, par exemple, je te dis à Pauline, tu veux bien me passer le verre et je te montre le verre. Et donc, elle me dit, bon, vous n'avez pas de problème de pointage, mais bon, ça, ça concerne les gens qui ont un déficit intellectuel. Donc, c'est pas vous, mais bon, quand même, ça fait pas un point. Ensuite, on vous a pas vu vous balancer sur votre chaise. Vous n'avez pas parlé de vos intérêts spécifiques pendant l'entretien. Pardon, mais tu payes 400 balles ton entretien. Tu vas pas commencer à parler de tes produits. broderie de Perle et de Michel Foucault. Oui, et puis c'est réducteur. C'est hyper réducteur. Je veux dire, tu as la trentaine, tu sais pourquoi tu es là. Bien sûr, ça existe. Mais à un moment donné, il faut quand même être sacrément étroit d'esprit pour penser que ça concerne tous les adultes avec un TSA. Bref, à l'issue de ça, on me dit Oui, alors vous avez des spécificités sensorielles, mais rapportées. C'est-à-dire qu'en gros, elle appuie sur le fait que vu que c'est moi qui le dis... Bon, c'est sans doute pas trop vrai. Et des difficultés sociales, pareil, rapportées. Mais en fait, c'est complètement con, parce que comment veux-tu des preuves de ça ? Tu vois ce que je veux dire ? Et en fait, pendant tout ce truc-là, où en gros, la nana me dit clairement, bon, moi, j'ai une grille, en gros, vous ne rentrez pas sur la grille. Et moi, je commence à m'effondrer, tu vois, vraiment. à me mettre à pleurer, mais vraiment en mode... J'ai l'impression d'avoir parlé deux heures pour rien.
- Speaker #1
Qui va m'aider à un moment donné ? Qui va poser un diagnostic et m'éclairer sur ce que j'ai ?
- Speaker #0
Donc la nana du CRA se barre. Moi, je suis là en train de chialer sur ma chaise. Et elle me dit « Bon ben, bonne journée, allez, au revoir » . Donc elle se barre. Et la psychiatre qui me dit « Oui, c'est sûr que vous avez des traits autistiques » . En gros, elle commence à me sortir que... elle a noté que j'avais des traits autistiques mais qu'elle, elle voulait bien me diagnostiquer, mais moyennant 600 balles. Donc en fait, moi, j'étais là, en train de m'effondrer sur ma chaise et je commence à capter que la nana ne me soutient pas, juste parce qu'elle, elle espère récupérer de la thune. Et elle commence à me dire « Oui, de toute façon, si vous avez envie de vous dire que vous êtes autiste, dites-le, mais... » En fait, elle me dit ça avec tellement de condescendance. En fait, on m'a tout le temps laissé penser que j'étais butée sur ça et que je faisais un caprice.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Donc, je sors de là complètement... Éprouvée ? Dans un état. Mais franchement, ça me dégoûte parce que moi, j'ai la chance d'avoir un entourage amical, solide, etc. Mais les gens qui n'ont pas ça... Mais franchement, il aurait pu m'arriver n'importe quoi derrière. J'étais dans un tel état de détresse, franchement. Et puis pareil, en fait, la nana, je lui dis, bah oui, mais quid du TDAH du coup ? Parce que bon, là, on parle du TSA, mais vous n'avez pas du tout évoqué ça. Oui, mais de toute façon, moi, même si je vous diagnostique avec un TDAH, moi, je ne vous prescrirai pas le traitement parce que je suis contre. Ok, très bien. Donc, je subis ça et moi, je me tourne vers un autre psychiatre juste pour le TDAH. Donc, lui, il m'a été recommandé par une de mes clientes. Donc, je me dis, bon, bah... De toute évidence, je fais fausse route pour le TSA, mais franchement, je cherchais pas du tout à ce qu'on me dise « Oui ou merde, vous êtes autiste » , mais si c'était pas le cas, je cherchais à ce qu'on m'explique ce que j'avais. Donc je finis par être suivie par ce médecin qui, lui, me fait passer tous les tests pour le TDAH. Et en fait, quand tu fais le test pour le TDAH, donc encore une fois, diagnostic différentiel, dans le test, on cherche à savoir si... si c'est du TDRH ou si c'est un trouble bipolaire. C'est hyper lourd en termes de quantité de questions. Et en fait, mon psychiatre, quand il me restitue les résultats, il me dit, je vous conseille quand même d'explorer la piste du TSA parce que vous êtes quand même vachement positive pour le TSA. Tout en me disant, oui, le TSA, ce n'est pas ma spécialité, mais bon, quand même, moi, je pense qu'il y a un TSA. Bref, le truc pour le TDRH se met en place. je fais tous les examens, etc., on me met sous traitement, ça m'aide quand même pas mal, bon bref. Et en fait, au bout d'un moment, je tombe sur cette thérapeute qui est assez particulière parce qu'elle est pérédante. Alors la pérédance, c'est le fait de partager les mêmes particularités ou le même trouble psychiatrique. Donc en fait, cette personne se... décrit comme étant accompagnante, père et dante. Et je contacte cette femme, je prends rendez-vous, et en fait initialement je prends rendez-vous en lui disant je sors d'un parcours de soins extrêmement violent, qui en plus m'a remis dans un fait écho à de la violence que j'ai déjà subie il y a quelques années quand j'ai été hospitalisée. À la base, je la consultais plus. pour obtenir un soutien émotionnel et psychologique pour m'aider à passer au-dessus. Et donc, je fais la rencontre de cette thérapeute et tout de suite, elle me dit j'ai un parcours extrêmement similaire au vôtre. En fait, ce qui est génial avec la paire aidante, c'est ce qui m'a manqué toutes ces années de suivi, c'est que comme la personne fait office de référence, de figure de référence, elle peut se permettre... Des interférences personnelles. C'est-à-dire qu'en fait, tu vois, au cours des thérapies classiques, la personne en face ne va pas du tout te parler d'elle ou te donner un exemple. Moi, en fait, mon mode d'emploi... a besoin d'exemples. Et donc là, pour la première fois, j'avais face à moi quelqu'un qui avait le droit, quelque part, thérapeutiquement parlant, de me dire, je vais vous partager une anecdote personnelle. Et en fait, ça, ça change tout. En fait, les seules choses qu'elle m'a dit, c'est, je vous comprends. Et je pense que ça ne m'était jamais arrivé. Et forcément, la fin du rendez-vous arrive, je me chiale de soulagement, quoi, de me dire, en fait, ça va me faire du bien à fond. Et au bout de quelques rendez-vous... Cette personne me dit, donc je savais qu'elle était autiste et qu'elle avait du TDAH, et au bout d'un moment c'est elle qui me dit, mais est-ce que vous êtes du coup réfractaire à un diagnostic ? Ou est-ce que vous ne voulez plus en entendre parler ? Ou est-ce que c'est quelque chose quand même qui vous reste en tête ? Et moi je lui dis, mais rendez-vous compte que j'ai été recommandée... pour des diagnostics différentiels de neuroatypie par trois putains de médecins différents et pas une seule personne ne m'a fait passer un seul test. Et je lui dis, en fait, moi, j'aimerais bien quand même avoir des chiffres. Je sais que ça ne veut pas forcément dire grand chose, mais juste savoir où tu te situes, tu vois. Et puis faire le deuil, en fait, de dire, ok, je me suis trompée, ce n'est pas ça. Je veux juste aller mieux.
- Speaker #1
Savoir ce que tu as, oui.
- Speaker #0
Elle me dit parce que bon, moi, je peux vous faire passer les tests qu'on fait passer d'ordinaire, juste pour que vous ayez un ordre d'idée de là où vous vous situez et si c'est pertinent de poursuivre en ce sens ou pas. Et donc, je lui dis bah oui, absolument, je veux bien. Donc, je remplis tous ces trucs-là. Et au moment où elle me restitue les tests, et en fait, je scorais hyper haut.
- Speaker #1
Ah ouais. Comment tu le vis ? Tu le vis comme un soulagement ?
- Speaker #0
Ah non, mais j'étais choquée. Je ne m'y attendais pas. En fait, je n'attendais plus. Et au moment où elle me le dit, franchement, j'ai mis vraiment longtemps. Je n'arrêtais pas de relire le truc. Et c'est hyper choquant parce que tu as le détail. Tu vois, par exemple, tu as une sous-section qui va calculer ton coefficient d'empathie. C'est complètement subjectif, etc. Mais moi qui me considérais comme quelqu'un d'extrêmement empathique, de très sensible, etc. En fait, je capte que je suis complètement dans les clous à mon questionnaire d'empathie, tu vois. Et ça, ça a été super dur parce que du coup, je me dis, mais quelle horreur, mais du coup, j'ai pas d'empathie. Enfin, tu vois, je suis une horreur, machin. Et en soi, c'est pas que j'ai pas d'empathie, c'est que... Alors, attends. Je vais essayer de te redire comment ma psy me l'a expliqué. Elle m'a dit, c'est pas que vous n'avez pas d'empathie, c'est que vous avez un grand désir de comprendre les autres, etc. Et vous êtes poussé vers les autres, et vous êtes quelqu'un d'extrêmement altruiste, etc. En revanche, vous avez du mal à vous mettre à la place des autres. Et ça, sur le moment, c'est pareil. Tu vis ça comme quelque chose de honteux, en fait. Parce que sociétalement... et surtout chez une femme, ne pas réussir à se mettre à la place des autres.
- Speaker #1
On est dans le caire, quoi. On doit être dans le caire.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Et depuis que tu es diagnostiquée, alors du coup, qu'est-ce qui a changé dans ton traitement, dans ton quotidien, dans ta façon de t'appréhender et peut-être d'être un peu moins dure envers toi-même ?
- Speaker #0
En fait, ce qui est très difficile, c'est que quand tu es diagnostiquée à l'âge adulte, ça veut dire que tu t'es déjà construit en tant que personne sur des mauvaises bases. Ça veut dire qu'en fait, en général... t'as appris que plus tu masquais tes difficultés, plus t'étais valorisée. Et là, d'un seul coup, on te demande de démasquer. Mais c'est horrible. Ça fait ressurgir, tu vois, toutes tes angoisses de rejet, de tout ce que tu veux. Et en soi, tu vois, moi, mon deuxième burn-out, ça m'a coûté des amitiés. En fait, la honte, elle disparaît jamais. Et je pense que pour se débarrasser de la honte, paradoxalement... Il faut apprendre à accepter ces difficultés, et non seulement à les accepter, je ne vais pas dire les faire valoir, parce que ça ne fait plaisir à personne de reconnaître qu'on a telle ou telle difficulté, mais justement de ne pas avoir peur d'assumer, d'avoir besoin de certains aménagements, de ne pas avoir peur de décevoir, parce que forcément, les gens sont déçus. T'annules 15 minutes avant parce qu'en fait t'es ultra fatigué, tu fonctionnes pas et que tu sais que tu vas mettre 3 semaines à te remettre de cet événement, les gens ils ont du mal à... À accepter ce genre de truc. Tu vois ce que je veux dire ? C'est pas évident.
- Speaker #1
Et toi, du coup, là, tu es dans une optique de reconstruire tes bases, de repartir à zéro, d'apprivoiser qui tu es vraiment et de construire des relations avec la nouvelle Jeanne qui a finalement embrassé sa vraie personnalité.
- Speaker #0
Oui, absolument. En fait, j'ai lu un livre, enfin j'ai écouté du coup, un livre que j'ai trouvé génial qui s'appelle Unmasking Autism. Et du coup, ce livre balaye quand même la neurodiversité. Donc tout ce qui est... Alors moi, j'ai peur de dire une connerie, mais grosso modo, autisme, TDAH, quoi, tu vois. Et ça te montre à quel point, paradoxalement, le fait d'embrasser tes difficultés est libérateur. Et je pense que c'est quelque chose qui prend du temps à s'opérer dans la tête. En off, tout à l'heure, je te disais que j'en avais parlé à ma thérapeute de ce podcast et que je lui disais que c'est marrant parce que ça s'appelle Rivage. Virage,
- Speaker #1
t'inquiète.
- Speaker #0
Le podcast s'appelle Virage et que j'avais vraiment l'impression d'être à ce virage entre la personne que je pensais être et que je m'efforçais de toute mon âme à être et la personne que je suis vraiment. Et que je ne voulais absolument pas voir. En fait, dans ma tête, les gens voyaient ce que moi, je ne voulais absolument pas voir. Et en fait, c'est horrible parce que tu as beau faire tous les efforts que tu veux, les gens le voient. Les gens le capent direct qu'il y a un truc. Ils ne savent pas quoi, mais il y a un truc. Et ça, c'est un truc pendant des années. Tu vois, même à travers ma marque, etc. En gros, on voyait ce que je faisais. Mais je ne voulais absolument pas qu'on me voie. qu'on me voit moi derrière. Tu vois, encore une fois, le côté je crée ma marque, l'entrepreneuriat et machin, c'est pas du tout compatible dans la tête des gens. En fait, on aurait plus envie d'entendre une histoire de success story plutôt que l'histoire d'une meuf qui savait pas quoi, qui était dans une espèce d'impasse et acculée. Elle a fait ça pour... Enfin, tu vois ? C'est pas une belle histoire entre guillemets. Tu vois, le storytelling, il n'est pas extrêmement vendeur.
- Speaker #1
C'est pas celui qu'on attend d'une femme entrepreneur.
- Speaker #0
Non, en fait, c'est une femme entrepreneur, mais qui parfois, 15 jours par mois, passe sa vie dans son lit à rien foutre parce qu'elle est au bout de sa vie, tu vois.
- Speaker #1
Je te remercie beaucoup d'avoir confié ton histoire. C'était hyper fort. Et j'imagine que ça t'a demandé de la ressource de revenir sur tout ça. Et j'espère que ça pourra aider beaucoup de gens.
- Speaker #0
Merci à toi. C'est trop sympa de m'avoir invitée. Merci.
- Speaker #1
À bientôt, Jeanne.
- Speaker #0
À bientôt, Pauline.
- Speaker #1
Voilà, le moment est venu de se quitter. J'espère que vous avez apprécié cet épisode. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir un nouvel invité, un nouveau parcours et se faire embarquer dans un nouveau virage. En attendant, prenez soin de vous et bonne semaine.