- Speaker #0
Bonjour, je m'appelle Pauline Maria, bienvenue dans Virage. Le podcast est sur la vie et ses tournants qui nous font rire, parfois pleurer, mais qui toujours nous inspirent. Bonjour Constance.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Comment ça va ?
- Speaker #1
Ça va super, je suis hyper contente d'enregistrer un épisode, moi qui d'habitude écoute tout chez moi.
- Speaker #0
Moi aussi je suis trop contente et ça me fait un peu bizarre parce qu'on est sœurs, donc on a beaucoup l'habitude évidemment d'échanger, d'échanger autour des livres qu'on lit, etc. Mais sans micro, Constance, t'es journaliste. Tu as écrit pour beaucoup de médias, en ce moment tu lances ta newsletter sur Substack qui s'appelle Connivence. Tu écris super bien, donc je vous invite vraiment à aller la découvrir. Mais aujourd'hui, on ne va pas parler de toi, puisque tu as accepté de participer au Book Club de l'été sur Virage. Donc merci beaucoup pour ça. Et pour qu'il y en ait un petit peu pour tous les goûts, on a décidé de vous présenter un polar. Et c'était une évidence de le faire avec toi, parce que tu adores notamment ce type de lecture. Et que ce livre-là, c'est toi qui me l'as fait découvrir. Et vraiment, je n'ai pas pu le lâcher. Il est incroyable. En plus, il est écrit par une femme. Donc je trouve que c'est vraiment super. Parce que dès lors que les femmes s'emparent de ce genre littéraire, forcément, je trouve qu'on va très loin dans la psychologie des personnages, dans la profondeur des personnages, et notamment dans la vérité des personnages féminins. Donc je me suis régalée. C'est un polar de Camilia Grebel, ça s'appelle L'énigme de la Stuttgart. Est-ce que tu as envie de commencer par en dire quelques mots ou tu veux que je commence un peu à poser le décor et qu'on continue ?
- Speaker #1
C'est vrai que c'est super chouette de parler de ce livre ensemble parce que moi je suis un peu dans le cliché de quand je suis en vacances, j'adore lire des polars à la plage. Et vraiment ce livre, je n'arrivais pas à le lâcher et je n'arrivais pas à trouver quelqu'un qui l'avait lu parce que j'avais vraiment besoin d'en parler. Donc je t'avais dit, écoute, il faut absolument que tu le lises et qu'après on puisse échanger sur le sujet. Donc, c'est assez sympa de se dire que la boucle est bouclée, puisque non seulement on en a parlé, mais maintenant, on en parle à ton micro pour virage.
- Speaker #0
Exactement. Et puis, c'est vrai que moi, du coup, quand tu m'as refilé la patate chaude, je n'ai pas pu non plus le lâcher. Et vraiment, comme tu dis, c'est la lecture idéale pour l'été. Alors, ça va être très difficile pour vous, parce qu'il faut savoir que j'ai une énorme tendance au spoil dans la vie. Je confirme. De manière générale. Jusqu'à présent, c'est vrai que ce n'était pas... très important parce que j'ai présenté pas mal de classiques, mais là, sur un polar, il va sûrement y avoir un gros boulot de montage pour vous garder la fin intacte. Et donc, c'est un livre qui se passe en Suède. On vit un petit peu toute la lenteur de ce qu'on peut imaginer dans les pays nordiques. Tout est très lent mais très beau. On est plongé au cœur d'une famille. Elle est éditrice. Lui est un auteur à succès. Ils ont ensemble deux jumeaux qui sont très différents, ce sont deux garçons. Et lors d'une fête, la fête de l'été très populaire, là où ils vivent, la fête de l'écrevisse, avec beaucoup d'amis, beaucoup de personnes présentes, il y a notamment la meilleure amie des jumeaux qui est retrouvée morte le lendemain matin en se réveillant. Et elle était enfermée avec les jumeaux dans une stoutga et a priori, personne n'a pu s'introduire. Donc commence une enquête. pour savoir lequel des deux jumeaux a tué sa meilleure amie.
- Speaker #1
Parce que la pièce était verrouillée de l'intérieur.
- Speaker #0
La pièce était verrouillée de l'intérieur, exactement. Et donc se passe une enquête pour savoir qui a véritablement tué Bonnie, qui s'appelle cette jeune fille. Toi, quand tu as commencé à lire, qu'est-ce que tu en as pensé du fait que très tôt le décor soit planté ?
- Speaker #1
Pour moi, au-delà, en fait, on peut faire un parallèle, c'est-à-dire qu'il y a le versant polar, enquête, etc. Mais il y a aussi toute une dimension où en fait c'est une histoire familiale et on assiste un peu à la décomposition de cette famille en direct avec pour moi le personnage le plus fort qui est celui de la mère et qui vraiment porte le livre, porte sa famille et porte absolument tout. Et où on passe un peu par toutes les émotions avec elle où au début on décrit quelque chose d'assez pittoresque, c'est elle qui reçoit tout le monde. C'est un peu aussi une histoire assez... classique, où au début, on a l'impression que tout est rose, qu'elle a un peu la vie de rêve, où il y a quand même une différence d'âge entre elle et son mari, où elle est tombée amoureuse de l'artiste, elle était un peu impressionnée, elle le portait au nu. Et en fait, quand on creusait plus, on est forcé à creuser assez rapidement avec l'éruption du drame, on se rend compte que c'est pas aussi simple que ça, et c'est pas aussi rose que ça. Et on assiste justement à la destruction de cette famille. au fil des pages et à la construction des caractères où ce qu'on croyait au début n'est pas forcément vrai. On est un peu... On bourlingue un peu dans tous les sens.
- Speaker #0
C'est ça. Et finalement, la résolution de l'enquête passe presque au second plan. On a cette sensation-là relativement rapidement. C'est-à-dire qu'en tant que lectrice, c'est vraiment plutôt savoir comment cette famille va sortir, indemne ou pas, de cette situation, plutôt que finalement de savoir lequel des jumeaux a tué son ami. Mais ce qui est aussi très intéressant, c'est dans la décomposition familiale dont tu parlais, c'est aussi la relation gémellaire. C'est-à-dire... Comme tu me le rappelais la dernière fois, il y en avait un qui était extrêmement solaire, l'autre un peu plus renfermé. Donc c'est intéressant aussi de s'intéresser au regard d'autrui, de voir vers qui les soupçons vont dans l'opinion publique, un petit peu se pencher en premier. Et ce qui est intéressant, c'est ce que tu disais, c'est cette abnégation maternelle dont fait preuve le personnage principal. Alors on n'arrive pas à savoir si c'est un refus catégorique d'imaginer l'un de ses fils comme un assassin et de vouloir se battre coûte que coûte. à leur côté ou une dévotion totale qui se dit que qu'importe s'ils ont commis l'impensable, l'irréparable, elles restent leurs mères et elles se battra à leur côté. Quelle est toi ton interprétation ?
- Speaker #1
Pour moi, elles refusent de les croire coupables mais il y a aussi ce côté un peu... Pour moi, on est aussi dans un cas un peu banalisé de charge mentale de la mère où elle se dit Que si de toute façon, elle ne porte pas la famille et elle n'est pas le dernier phare qui va croire en l'innocence de ses enfants, elle les condamne. Et on voit beaucoup aussi dans la dynamique parentale le rôle du père qui est quand même très égoïste. Je me remémorais une scène récemment où on sent la relation entre les fils qui commence à vraiment, vraiment se tendre. La mère est morte d'inquiétude. Et elle demande au père d'aller leur parler parce qu'elle pense qu'il aura un peu plus d'ascendant sur eux par rapport à leur dynamique relationnelle. Et lui, il trouve que c'est le meilleur moment pour lui dire qu'il ne va pas bien du tout parce qu'il est en pleine crise de la page blanche de l'écrivain. Et elle se retrouve en plus de tout, en plein milieu de ce drame, devoir consoler son mari parce qu'il est blessé dans son égo d'artiste.
- Speaker #0
Surtout que comme tu disais tout à l'heure, la famille aux apparences extrêmement... dorée, belle, on a presque de l'envie pour la situation de cette femme, finalement, au départ, avant l'éruption du drame. En revanche, il y a un côté un petit peu qu'on ressent très rapidement de violence économique, parce qu'on sent que financièrement, il a l'ascendant et qu'il gagne beaucoup plus d'argent, et que donc, elle se retrouve un peu piégée en se disant, mais si je ne l'aide pas ? Puisque c'est visiblement quelque chose qu'elle faisait un peu à chaque roman. Elle disait qu'il y avait... toujours un moment où il passait par une période de léthargie, en se disant j'y arriverais pas etc. et qu'elle avait ce rôle finalement un petit peu d'éditrice. Sauf que c'était à la maison pour elle que c'était le cas. Mais c'est vrai que souvent les éditrices ou les éditeurs ont tendance à, dans un parcours créatif d'écriture, rebooster l'autrice ou l'auteur, l'indiquer vers quel chemin elle est. Et donc elle décrit des scènes où son mari est Merci. complètement recroquevillé sur lui-même dans un bain. Vraiment l'artiste maudit et qu'elle se dit qu'il faut aussi le faire parce qu'ils ont besoin de ce livre et des revenus générés par ce livre.
- Speaker #1
Oui, on commence assez rapidement, quand on est un peu aguerri à ces sujets, commencer à trouver qu'il y a une situation d'emprise parce qu'il a un certain ascendant sur elle. C'est elle qui récupère tout. On en parlait, la charge mentale de la famille. Et elle l'accompagne, que ce soit dans la vie personnelle, dans la vie professionnelle. Il combat certains démons. On se rend compte au fur et à mesure qu'il a des problèmes avec l'alcool. C'est dur de ne pas spoiler, parce qu'après avoir dit que c'était toi qui spoilait toujours, j'espère que ce ne sera pas toi. C'est ça. Mais c'est vraiment intéressant en termes de dynamique, à la fois de couple et de famille.
- Speaker #0
Oui, c'est intéressant comme dynamique à la fois de couple et de famille, et même de personnalité, parce qu'on sent une énorme différence. alors je n'ai pas envie d'être traité de misandre ou de faire des raccourcis de genre un peu trop rapide. Mais en tout cas, dans ce polar, on montre vraiment ce père très égocentrique et qui cherche presque à capitaliser ce malheur.
- Speaker #1
Clairement.
- Speaker #0
Notamment, par exemple, je pense que c'est OK de partager cette information. Ça n'entachera pas le plaisir que vous aurez à découvrir ce livre. Mais il décide d'en faire son prochain best-seller. Puisqu'il faut imaginer... Dans une petite ville, les informations tournent en boucle. C'est vraiment l'énigme de la Stuttgart. Tout le monde est un petit peu suspendu aux lèvres des policiers, de la télé, des journalistes, pour avoir ce dénouement, lequel des deux frères a tué. Et donc, il y a cette espèce de voyeurisme de souhaiter avoir les confidences de ce père épleuré de l'intérieur.
- Speaker #1
Oui, et là où la mère, au contraire, va immédiatement s'opposer à ce projet en disant, en écrivant ce livre, tu donnes l'impression qu'ils sont coupables.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et en ne précisant pas en plus lequel l'est. Ça brise leur vie à tous les deux.
- Speaker #0
Exactement. Alors même que, et c'est là où on voit encore une fois ce côté très protecteur, abnégation maternelle dont on parlait tout à l'heure, parce qu'elle est éditrice et elle sait très bien que c'est un projet extrêmement rentable.
- Speaker #1
Oui, prometteur et qui va se signer rapidement.
- Speaker #0
Non seulement se signer rapidement, mais aussi beaucoup se vendre. Parce que quand tu as un auteur à succès qui est au cœur de la tourmente et qui propose d'écrire un livre dessus, Quand même, même sans être dans le milieu de l'édition, on peut se dire que ça va être un gros succès. Possiblement une adaptation. Donc, en lui disant non, il ne faut pas que ça sorte, elle choisit très clairement ses fils à un confort matériel certain.
- Speaker #1
Et c'est un peu la ligne directrice de tout le livre, du début à la fin. C'est qu'elle, elle fait toujours passer le bien-être et le bonheur de ses enfants avant tout.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Là où lui se place. au top de ses propres priorités.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est en ça que je trouve que c'est un livre que je conseillerais globalement un petit peu, je ne sais pas ce que tu en penses, à tout le monde, et pas qu'à des fans de Polar. Parce que c'est un livre qui, au-delà du plaisir, bien sûr, d'être suspendu à l'enquête et d'avoir envie de savoir qui a tué cette jeune fille, c'est un livre psychologique auquel c'est facile de se raccrocher, de faire des ponts avec notre propre vie, ou pas justement, de réfléchir sur la psychologie des personnages. Le parallèle avec les personnes qu'on peut connaître, même se dire si ça arrivait dans ma famille, jusqu'où connaît-on nos proches finalement ?
- Speaker #1
Et justement, ce côté aussi où ça peut arriver plus facilement qu'on le croit et ce n'est pas forcément écrit sur le front des gens dès le départ. Que ce soit elle au moment où elle le rencontre, lui quand ils sont jeunes, qui se rencontrent dans le cadre professionnel, etc. Il y a aussi une énorme dimension avec tous leurs amis communs dans le milieu de l'édition qui les voient un peu comme... Le couple référent, comme tu dis, qu'on peut envier, qu'il y a un peu tout, jusqu'à la maison super pour organiser la fête de l'écruviste tous les étés, etc. Ouh, l'alcool coule à flot, le dîner est génial.
- Speaker #0
Oui, les jumeaux aussi qui entretiennent une relation jusqu'à ce drame extrêmement frat... Enfin, il y a une relation de frères qui est une dimension très forte. Donc on peut imaginer aussi qu'on en vit cette situation. La maison, les enfants, enfin voilà, tout. sur le papier, semble être le résumé d'une vie idéale.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et il y a vraiment deux lectures de ce livre. Pour les amateurs et amatrices de Polar, franchement, le plot twist est vraiment sympa. J'avais adoré cette lecture. Comme on disait au début, je n'arrivais pas à lâcher et j'avais vraiment ce besoin d'en discuter. Mais il y a aussi toute la dimension humaine et psychologique et interrelationnelle qui est hyper intéressante.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et pareil, on est bien sûr plongé à un moment... Cœur de l'enquête avec des policiers qui ont des rôles extrêmement importants. Un policier et une policière, il me semble. Et pareil, là, on a quand même rapidement de l'empathie pour cette famille qui est plongée au cœur de ce drame. Et nous-mêmes, on n'a pas envie de les croire coupables.
- Speaker #1
Oui, à la fois, il y a une information pour le coup qu'on sait assez vite, puisque c'est carrément indiqué sur la quatrième de couverture. Le personnage de la mère qui intrigue parce qu'elle a un rôle trouble dans toute cette histoire, puisque le livre commence... quand elle est en garde à vue.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
quelques années plus tard, après le drame, etc. Et donc, en fait, on essaie de comprendre. Il y a pas mal de retours dans le passé qui sont des choses qui, parfois, peuvent me bloquer un petit peu à la lecture. Et là, je trouve que c'est vraiment hyper bien fait, hyper bien amené.
- Speaker #0
C'est ça. Et très rapidement, on comprend aussi que les raisons pour lesquelles la mère est en garde à vue, puisque c'est vraiment la première chose, est grave puisqu'elle a du sang sur ses vêtements. Donc voilà, a priori, il y a quelque chose. Donc c'est vrai que pendant toute la lecture, On est très intrigués par le rôle de cette femme qui, sur le papier, comme tu dis, tient la famille, supporte absolument ses fils. Et on en arrive presque à se demander si elle n'avait pas joué un rôle actif dans le crime.
- Speaker #1
C'est presque comme si on tirait un fil tout le long pour assister justement à la destruction de cette famille. Et où on imagine que le pilier qu'on a en tête depuis le début est peut-être celle qui a flanché à la fin de l'histoire. Pour avoir la réponse, il faut lire le livre.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et il y a le côté aussi extrêmement banal, tristement banal, d'adultère dans les livres, qui arrive aussi quand même par pareil. De toute façon, n'écoutez pas mes book clubs si vous souhaitez vraiment avoir le plaisir d'absolument tout découvrir. Mais il y a un côté quand même un petit peu où petit à petit, l'image de son mari se détériore puisqu'on commence vraiment le livre avec cet homme qu'on nous présente comme un homme incroyable. Et puis petit à petit, on a l'impression de faire un voyage dans la psyché de cette femme, du personnage principal incarné par cette femme et mère de ses jumeaux. On voit tous les red flags qu'elle a dû taire au fil du temps, toutes les femmes qu'elle n'a pas écoutées, qui ont essayé de lui parler. Et voilà, on est face à presque, on pourrait qualifier un peu rapidement, presque d'un pervers.
- Speaker #1
Je pense qu'on peut y aller. Oui, mais c'est vrai qu'on se rend compte qu'en fait, l'image qui est dépeinte au début, c'est l'image qu'elle veut se raconter et qui est bien loin de la réalité. Et il y a un parallèle entre justement l'explosion de cette famille et un peu l'explosion de l'image du père.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
qui dégringole au fil du livre, qui passe un peu par tous les bas possibles et qui accompagne un peu l'intrigue tout le long. Ou elle, qu'on présente comme quelqu'un qui manque un peu d'autorité, qui est un peu plus en retrait, etc. Au final, devient le pilier et le personnage fort du livre. Et lui, qui est présenté comme le personnage ultra solaire sur qui la famille se repose, etc. Au final, au bout du compte, il n'y a plus personne.
- Speaker #0
Oui, c'est un château de cartes.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et pour le coup, ce qui est aussi hyper intéressant, c'est qu'il y a le côté extrêmement, mais on en a parlé un petit peu tout à l'heure, de la grosse différence aussi de succès. C'est-à-dire qu'on sent que de son côté à lui, il n'y avait pas forcément énormément d'estime pour sa compagne, malgré le fait qu'il avait ce besoin d'elle. Mais c'était toujours un besoin pour nourrir son art à lui.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et c'est assez classique dans les psychologies de relations. d'emprise, où il la prenait plus comme un miroir qu'elle lui tendait vers lui-même, que comme la femme qu'il aime et avec qui il veut construire sa vie et partager toutes les charges.
- Speaker #0
Exactement, en tout cas on sentait que tout ce qui pouvait le servir était le bienvenu.
- Speaker #1
C'est ça. Et même de se positionner justement comme celui que les garçons écoutent, parce qu'il aura plus d'arguments, il sera plus posé, plus entendu.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il a le beau rôle. On rentre encore une fois dans cette fameuse métrophobie sur laquelle on aurait tout un boulevard. Mais effectivement, on a beaucoup à dire sur ce père dans le rôle extrêmement fort qu'il joue aussi malgré lui. Et c'est vrai que nous-mêmes, on assiste, comme tu disais, à sa chute, mais on démarre un petit peu en se disant « Ce Gabriel, il a l'air incroyable » , etc. Et puis en fait, pas du tout.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et on part d'une image d'un couple un peu unique, rien ne peut arrêter, qui a vraiment tout pour être heureux. Et après, on les voit comme s'ils partaient chacun dans un côté où, elle, on la découvre et on apprend à l'apprécier de plus en plus et à l'admirer de plus en plus. Et lui, pour qui on pouvait avoir une certaine admiration peut-être au départ, dû à son côté artiste à succès, etc., on l'aime de moins en moins au fil des pages.
- Speaker #0
Oui, et ce qui est intéressant aussi... Dans la manière de rapprocher le livre à soi, c'est de s'imaginer un jour qu'un drame pareil puisse arriver dans notre vie et de se dire quel personnage on serait finalement. Jusqu'où est-on prêt à aller pour les gens qu'on aime et à quel point connaît-on ou pas les gens qu'on aime ? Est-ce qu'on croirait nos enfants coûte que coûte en étant plutôt du coup la mère ou est-ce qu'on chercherait à tout prix à connaître le coupable ? C'est très intéressant ça.
- Speaker #1
Et aussi, je trouve qu'il y a quelque chose qui est intéressant, c'est qu'on a l'impression qu'à partir du moment où ce drame arrive, ils sont divisés et ils n'arrivent pas à se comprendre. Ils n'arrivent pas à s'apporter le soutien dont l'autre a besoin parce qu'ils réagissent de la manière, et notamment lui, de la manière dont il aimerait qu'on soit avec lui. Mais il n'arrive pas à l'écouter, à l'accompagner et de l'aider dans sa peine, sa difficulté à elle. Encore une fois, c'est un personnage qui est écrit de manière très égoïste. Oui,
- Speaker #0
c'est un personnage qui est écrit de manière très égoïste et même dans la protection des sentiments des enfants. On peut imaginer ce que ça peut faire pour deux enfants de voir ce livre, encore une fois, écrit par leur père sortir. Alors déjà, un retour à la vie normale. Et encore une fois, quand on tient ce propos, ce n'est pas pour se tromper de victime. Évidemment que la première victime, c'est cette jeune fille qui est morte. Mais là, on part du postulat où, en tant que lectrice... on peut éventuellement penser que ces jeunes hommes sont innocents. Globalement, on a l'impression que l'autrice nous amène vers là. De toute façon, voilà.
- Speaker #1
Oui, il n'y aurait pas suffisamment de grains à moudre si l'énigme était résolue aussi...
- Speaker #0
Aussi simplement. Tu as parlé d'un plot twist tout à l'heure.
- Speaker #1
Ça reste de la fiction. Et du coup, quand on connaît un peu les codes du polar, on sait que ce qu'on nous amène à penser dans les premières pages, ça ne va pas être le dénouement.
- Speaker #0
C'est ça. Donc, c'est pour ça qu'on a vite de l'empathie pour ces deux jeunes gens qui sont finalement, très rapidement, à nos yeux de lectrices, des victimes collatérales de la situation. Parce qu'en plus, leur meilleur ami était comme leur sœur. Ils ont été élevés ensemble. Et on leur interdit ce deuil, puisqu'ils se réveillent avec leur meilleure amie morte à côté d'eux, ils sont présentés comme des coupables, ils sont interrogés et donc ils n'ont aucune place pour leurs émotions et leurs sentiments. Et ça c'est intéressant aussi, de voir que finalement, comment chacun des deux va gérer cette privation d'émotions, cette privation de deuil, est-ce qu'il y en a un qui va chercher un moment à le faire ? comment ils s'effacent pour... gérer justement ce deuil impossible.
- Speaker #1
Oui, et comment leur relation à eux s'abîme énormément et vient finalement détruire la famille.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on peut imaginer très facilement que dans un huis clos comme c'est le cas, si chacun des deux est persuadé de ne pas être coupable, alors l'autre pense toujours que l'autre est coupable. Et donc, on veut à son frère de ne pas se dénoncer pour sauver l'autre finalement et qu'il y en ait au moins un des deux qui puisse avoir une existence agréable.
- Speaker #1
Et tu parlais notamment des personnages des forces de l'ordre donc un policier et une policière l'homme est particulièrement présent et particulièrement important puisque c'est lui qui va faire un peu le face à face avec la mère dans des scènes qui sont super fortes dans le livre et il va justement un peu jouer sur cette faiblesse pour essayer de monter un peu les enfants les uns contre les autres et arriver à ses fins et c'est un peu On parle de huis clos, on a envie de dire huis clos parce que c'est une famille dans une maison, que tout semble un peu dans un paysage, un peu de montagne, la neige, il y a un lac, etc. Et lui, c'est un peu comme le personnage qui vient de l'extérieur et qui secoue un peu cet équilibre et qui apporte beaucoup de choses sur l'avancée de l'intrigue.
- Speaker #0
Oui, et on sent que lui, en plus de mémoire, est père de fille, donc est en empathie totale, à juste titre. Bien entendu, avec les parents de Bonnie qui a été assassinée. Et veut absolument résoudre cette affaire. Et persuader que l'un des deux jumeaux a tué cette jeune fille. Et se dit qu'il fera tout pour offrir le coupable à ses parents.
- Speaker #1
Oui, il veut obtenir une confession par tous les moyens. Et même si c'est hyper louable de vouloir venger et rendre justice à cette fille et sa famille. C'est vrai que du coup, ça peut amener à des dérives, des dérives dans l'enquête, dans ce cas précis.
- Speaker #0
Exactement. Et donc, c'est ça qui est intéressant aussi, parce que ça crée une fracture, encore une fois, entre l'enquête policière et le huis clos très lourd familial, où tu as l'impression que cette mère, et c'est un retour à la normale impossible, voudrait presque que, voilà, tant pis, on n'en parle plus. Vraiment en exagérant, parce que ce n'est pas du tout le cas. Pas du tout décrite comme une personne stupide, mais elle voudrait un retour à la normale en se disant qu'elle préfère ne pas savoir parce que je pense qu'elle s'est persuadée au fond d'elle qu'aucun de ses fils n'a pu commettre un tel crime. Donc il y a d'un côté la famille qui ne veut pas connaître le responsable et de l'autre le monde extérieur qui veut absolument qu'un des deux jumeaux soit reconnu comme coupable.
- Speaker #1
Mais parce que ça semble aberrant et tellement pas plausible que ce ne soit pas le cas. qu'on peut comprendre aussi.
- Speaker #0
Bien sûr, et en plus, on voit bien comment un discours peut très vite être servi de par cette situation qui vient de se produire. À savoir, on pourrait dire que ce sont deux jeunes gens, peut-être que l'un a été éconduit ce soir-là parce qu'il ne connaissait pas leurs limites, qu'il ne l'a pas supporté et que ça s'est très mal terminé, ou que les deux jeunes hommes se sont disputés pour cette histoire. C'est très rapide. Oui,
- Speaker #1
on peut écrire...
- Speaker #0
On peut écrire beaucoup de scénarii. avec ces trois jeunes gens enfermés dans une stoutga qui était, comme tu l'as dit tout à l'heure, clôturée de l'intérieur et donc que le coupable était nécessairement à l'intérieur. Toi, très rapidement, tu t'es dit que ce n'était pas l'un des deux qui avait commis ce crime ?
- Speaker #1
Il y a eu un moment dans le livre où je ne savais pas trop où elle voulait aller et où je ne savais pas si, en fait, la clé de l'intrigue, c'était de justement... vraiment trouver le coupable comme un polar classique ou si c'était d'expliquer justement la gangrène au sein d'une même famille. Et qu'il y a eu un moment où je me suis dit, bon, la porte était fermée, c'est forcément un des fils qui a fait le coup. Et après, je me disais, mais d'un côté, non, le polar serait bien court si on savait dès le départ qui était le coupable. Donc, je savais. Mais je trouve que c'est assez bien amené. Et il y a plein de petites graines qui germent dans ton cerveau au fil des pages où tu commences à avoir des sentiments un peu... certains personnages, parce qu'il y a aussi des amis de la famille qui sont là. Donc en fait, à plein de moments, ton cerveau, il essaie de se dire « Ah ben ça peut être lui, ça peut être lui » , et de faire toutes les possibilités.
- Speaker #0
Moi, je sais que vers les trois quarts du livre, j'avais une idée de qui était le véritable coupable du crime. Et malgré ça, et c'est pour ça que je recommande vraiment toujours cette lecture, j'ai pris beaucoup de plaisir et j'ai quand même pris une claque parce qu'il y a un véritable plot twist. Même si on peut sentir un petit peu qui est l'auteur, il y a quand même quelque chose d'extrêmement fort à la fin.
- Speaker #1
Oui, et ça te sort plein d'émotions. Alors moi, je me rappelle, il y avait des moments où vraiment j'étais émue aux larmes. Je pleure facilement dans tout ce qui est livres, séries, films. etc. Donc, vous n'allez pas forcément pleurer si vous lisez le livre. Mais j'ai trouvé qu'il y avait des scènes qui étaient tellement fortes qu'elles te sortent vraiment des émotions intenses.
- Speaker #0
Oui, je suis d'accord. Je trouve qu'on est traversé par tout un panel d'émotions quand on lit ce livre et que la fin n'y échappe bien évidemment pas.
- Speaker #1
Et ce que je trouve hyper appréciable aussi, c'est la manière d'écrire. Tout est écrit et décrit très simplement. il n'y a pas de tournure alambiquée et en fait je trouve que dès les premières pages dès les premières lignes, on est vraiment parachuté dans l'histoire et on a envie d'en savoir plus et de les accompagner tout au long du livre.
- Speaker #0
Oui et puis on est dedans immédiatement je trouve parce que c'est vrai que parfois on met un peu de temps à rentrer dedans et comme tu dis moi je suis pareille que toi j'ai tendance à pas forcément aimer les allers-retours dans le temps et là pour autant les allers-retours dans le temps ne m'ont absolument pas gênée dans ce livre Merci. J'ai trouvé que tu rentrais toujours dans la période, tout était toujours très clair pour toi. Et même si, par moment, par exemple, moi ça m'est arrivé, puisque quand je l'ai lu, mes enfants étaient quand même globalement petits, donc ça m'est arrivé parfois de devoir lâcher un moment vraiment...
- Speaker #1
À contre-cœur.
- Speaker #0
Exactement, où j'avais envie de continuer, et que malgré moi, un peu de temps se passe entre le moment où je le lâchais et le moment où je le récupérais. Et quand même, c'est un livre qui marque, qui reste bien en tête, et t'es tout de suite dedans.
- Speaker #1
Oui, et pareil, parce qu'il y a à la fois des allers-retours dans le temps, temps à la fois des changements de perspectives. Puisqu'on passe de la mère au policier qui mène l'enquête et on fait un peu ses allers-retours et je trouve qu'à aucun moment ça casse le récit. Au contraire, ça joue pour nous maintenir en haleine et garder le suspense à son compte puisqu'il y a des moments où on sent qu'on approche du dénouement mais on nous change de personne juste au bon moment pour qu'on continue à avoir envie de le lire.
- Speaker #0
Et à qui tu offrirais ce livre ? Toi, dans quel contexte, quel profil et à qui tu conseillerais, par exemple, aux auditrices et aux auditeurs d'offrir ce livre ?
- Speaker #1
Pour moi, c'est vraiment le livre parfait de vacances. Donc, à glisser dans sa valise, dans son sac, que ce soit... Il faut quand même avoir un peu de temps devant soi parce que je trouve ça dur de le lâcher.
- Speaker #0
Oui, puis il est relativement long. Il fait 565 pages dans l'édition poche. Donc, il faut quelqu'un qui aime lire quand même.
- Speaker #1
Oui, mais moi, globalement, je pense que je l'ai conseillé à absolument tous mes proches. Donc, j'espère que certains vont finir par le lire.
- Speaker #0
Oui, moi aussi, je l'ai beaucoup conseillé autour de moi. Et d'ailleurs, tous les livres que je choisis de présenter, c'est quand même globalement que je les ai adorés.
- Speaker #1
Et je trouve aussi que c'est pour les personnes qui sont peut-être un peu réfractaires à l'univers du polar. C'est un livre qui n'est pas sombre, qui n'est pas gore. On a pu lire des livres qui sont difficiles pour certaines scènes. de crimes, etc. Et celui-ci reste dans beaucoup de pudeur, je trouve. Et c'est vraiment concentré sur l'intrigue et la psychologie.
- Speaker #0
Oui, exactement. C'est plus un polar psychologique. La violence est toujours suggérée. Il n'y a pas de scènes extrêmement difficiles qui sont décrites. Alors, bien sûr, difficiles émotionnellement. Mais, en tout cas, on n'a pas de moment où on souhaite lâcher le livre tellement c'est insoutenable.
- Speaker #1
En fait, on est tellement embarqués avec le personnage de la mère qu'on a plus de la stupeur qu'autre chose.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Tout au long du livre. Et un peu, on s'identifie beaucoup à elle et on l'accompagne un peu dans ses émotions.
- Speaker #0
Oui, et on aimerait un dénouement heureux pour cette femme qu'on a un peu sous-estimée au tout départ aussi, parce que l'autrice nous a amené à ça. Mais c'est vrai que, comme tu dis, elle semblait un peu se reposer sur son mari, alors que finalement, c'est tout l'inverse. Et du coup, nous aussi, on se prend sa force en pleine figure.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Tu as quelque chose à ajouter sur le livre ? qu'on n'aurait pas balayé ?
- Speaker #1
Je crois qu'on a déjà dit pas mal de choses tout en gardant en tête qu'on se concentre ici sur un peu la construction psychologique de certains personnages qui nous ont marqués. Encore une fois, c'est pas pour effacer la victime et le combat pour trouver justement quand on dit que la mère se refuse à savoir qui a fait le coup,
- Speaker #0
c'est vraiment parce que elle est persuadée qu'ils sont innocents.
- Speaker #1
Et qu'elle veut aussi que du coup le vrai meurtrier soit trouvé. et que justice soit faite.
- Speaker #0
Exactement, elle est persuadée que ce n'est aucun de ses fils, et encore une fois, la victime reste évidemment la victime de féminicide. On l'a répété tout le long, et c'est important de le redire, mais en tout cas, c'est hyper, hyper prenant comme livre, donc je vous recommande d'embarquer dans vos valises l'énigme de la Stuttgart. Merci beaucoup Constance.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
A bientôt.
- Speaker #1
A bientôt. Voilà, le moment est venu de se quitter.
- Speaker #0
J'espère que vous avez apprécié cet épisode. Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir un nouvel invité, un nouveau parcours et se faire embarquer dans un nouveau virage. En attendant, prenez soin de vous et bonne semaine.