- Speaker #0
Donc Chloé, on a enregistré un épisode ensemble, un épisode dans lequel on s'est interrogé sur ton rapport à ta lignée maternelle, puisque c'est le sujet dont parle ton spectacle Mon Côté vers ta mère, que j'ai adoré et que je vous recommande d'aller voir puisque tu pars en tournée avec ce spectacle. On a parlé de généalogie, de psychogénéalogie, de l'héritage de tout ça. Est-ce que tu penses qu'avoir fait tout ce travail, ça te permet justement d'avoir une relation plus apaisée et de trans... pètre moins d'angoisse à ton fils puisqu'aujourd'hui, aujourd'hui, t'es mère. Et c'est vrai que c'est un peu l'ambition qu'on a toutes. De se dire qu'en parlant davantage, peut-être qu'il y ait moins de non-dits. On espère qu'on va...
- Speaker #1
Évidemment que j'espère. Est-ce que j'y arrive ? J'en sais rien. Mais évidemment que j'espère du plus profond de mon âme qu'il dépensera un peu moins d'argent que moi en psychothérapie.
- Speaker #0
Non, mais pas dans le sens responsabilité maternelle, mais dans le sens que tu sais, quand on donne toutes les clés d'une histoire, parfois, Inconsciemment, on dit que les enfants portent moins de choses. Oui,
- Speaker #1
bien sûr, c'est l'idée. Après, le problème, c'est que souvent, ce qui n'est pas à parler, ce qui est un pensée, par définition, nous échappe. Donc, il y a sans doute des choses que je lui transmets. Par exemple, il n'est pas venu voir ce spectacle. Et j'avoue que je n'ai pas hyper envie qu'il vienne le voir parce que ça parle aussi de ma dépression postpartum et qu'il a 12 ans et que je me dis que est-ce que j'ai vraiment envie qu'il n'entende pas ça, etc. À la fois, je me dis que c'est son histoire, que notre relation au début, elle a été compliquée. Donc, c'est intéressant aussi. de mettre des mots dessus. Donc j'ai commencé à lui en parler, à lui dire, tu sais, quand t'es née, j'allais mal, mais c'était pas à ta faute. C'était moi qui allais pas bien, etc. Ça a été un tel bouleversement pour moi. J'ai essayé de lui en parler, à sa hauteur, quoi. Mais c'est hyper compliqué. Et à un moment, je lui dis, mais toi, t'as envie de voir le spectacle ? Il m'a dit, non, pas trop. Mais pourquoi ? Il me dit, bah, parce que, je sais pas, tu parles de tes trucs de dépression, mais il était, je trouve, un peu exagérément indifférent. Et je me suis dit, donc, t'as beau vouloir mettre des mots sur les choses, en faire un truc et tout ça. Je sens que mon fils, il est presque un peu dans la répétition de « on ne va pas en parler » . Donc en fait, ce n'est pas facile.
- Speaker #0
Et justement, on t'interroge beaucoup sur ta relation avec ta mère et sur les relations différentes, un petit peu selon les générations, puisque tu parles aussi de ta relation avec ta grand-mère, sa relation avec sa mère et la relation de ton arrière-grand-mère et ta mère. Est-ce que tu constates, parce que tu as parlé aussi d'une relation un peu difficile que tu as pu avoir avec ta mère, même si le spectacle l'a restaurée ? Est-ce que tu constates une relation différente qu'elle peut entretenir avec ton fils ?
- Speaker #1
Oh oui, tellement ! C'est incroyable, c'est une mamie extrêmement affectueuse, bisouteuse, calineuse, tout ce qu'elle n'était pas avec moi. D'ailleurs, dans le spectacle, je le dis, à un moment, je dis qu'avec moi, elle n'était pas très chaleureuse, elle avait peur d'être une maman dévorante. Alors ça, c'était la raison qu'elle se donnait. Et je pense qu'elle avait aussi beaucoup de pudeur et qu'elle ne savait pas faire. Et en fait, je me suis vraiment rendue compte que c'était une grand-mère dévorante, parce que Mon fils, elle lui grignotait les cuisses sans aucun problème, sans aucune pudeur. Donc, c'est incroyable la différence.
- Speaker #0
Et ton fils adore sa grand-mère ?
- Speaker #1
Oui, il s'adore, ils se font des câlins. Elle n'a pas du tout ce rapport-là avec ses petits-enfants.
- Speaker #0
Et pourquoi tu penses que ça t'a plus intéressé de faire des recherches sur ta lignée maternelle que paternelle ?
- Speaker #1
Oh là là, je ne sais pas. Je pense que la lignée maternelle, il y avait aussi... Moi, je suis féministe et je travaille sur ces questions-là depuis longtemps. Donc, il y avait quand même ce truc de parler de femmes, de femmes prises dans leur époque aussi. Ce qui est bien dans ce truc de psychogénéalogie, c'est que ça permet de cartographier un peu les femmes à chacune des époques dans lesquelles elles ont évolué, vécu, etc. Donc, mon arrière-grand-mère, ça parlait vraiment des années 30, des années 40. Qu'est-ce que c'était qu'être une femme à l'époque ? Elle, elle a eu un mariage arrangé carrément. Elle s'est mariée en 1921. C'était un mariage arrangé. Ça nous paraît fou maintenant. Après, ma grand-mère, c'est vraiment les années 40-50, femmes au foyer. Dans ces années-là, on a vraiment tout de suite en tête, c'est ça, les femmes au foyer, dans les banlieues américaines. Enfin, on a des images comme ça de pubs pour des machines à laver. Et puis, ma mère, c'est vraiment les années 80, les premières générations de femmes, avoir fait des études, avoir choisi de travailler, etc. Mais à s'être en même temps fait complètement arnaquer parce qu'elles avaient quand même la charge domestique, la charge mentale, la charge éducative pour la plupart. Donc en fait... C'est vrai que de faire cette recherche et d'écrire comme ça, de femme en femme, en descendant jusqu'à moi, ça me permettait aussi d'ouvrir à c'était quoi la condition des femmes à chacune de ces époques-là.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Je te remercie beaucoup. Avec plaisir. Et je te dis à bientôt. À bientôt.