- Speaker #0
Sarah, on a enregistré un épisode ensemble, un épisode dans lequel on a parlé de ton histoire et du livre que tu es en train de défendre, qui est sorti aux éditions HarperCollins, qui s'appelle « Les hommes non plus n'aiment pas les cons » , un livre dans lequel tu invites les hommes à prendre part au combat féministe. J'avais envie, dans ce petit épisode bonus, de te demander, parce qu'il y a aussi une part dont on n'a pas vraiment parlé dans l'épisode principal, qui m'a passionnée, et tu parles beaucoup aussi de la culpabilisation. de la famille des victimes de violences et à quel point il y a de manière insidieuse le fait de faire peser sur leurs épaules l'idée qu'ils n'ont pas vu les choses et qu'ils n'ont pas su protéger. Tu expliques, toi, puisque tu as créé cette association, c'est ton travail aujourd'hui d'accompagner les victimes, à quel point c'est difficile de sortir de cette relation. Comment on pourrait, quand on a de la violence autour de soi, quand on constate, je pense que tout le monde... a déjà été témoin de la violence dans son entourage, comment faire en sorte d'être un bon allié pour ne pas justement affoler la personne victime tout en essayant de...
- Speaker #1
Écoute, en fait, ça part de son rapport de soi à soi. On est dans un monde de l'efficacité. On a besoin d'apporter une solution à un problème et que ça fonctionne et que ce soit réglé. Donc moi, la question que je pose toujours, c'est mais pourquoi vous faites ça ? Parce qu'il y a une question d'ego, et je suis très tranquille avec ça, on a tous de l'ego, c'est ce qui fait qu'on ne se détruit pas. Mais si votre objectif c'est de sauver cette personne, il vaut mieux renoncer, parce que ça n'arrivera pas. En revanche, vous pouvez faire partie d'un système d'aide. Et pour ça, il faut adopter ce que moi j'ai appelé une double posture, qui est une posture de non-jugement. En fait, plus vous allez donner votre avis, plus vous allez renvoyer à la personne qui est victime et qui souffre qu'elle n'a pas été capable, ou qu'elle n'est pas à la hauteur. Donc étant donné que c'est un problème d'estime de soi d'accepter la violence, là en fait vous la plongez encore plus. Donc vous la jugez pas, vous donnez pas vos conseils, vous jugez pas non plus la personne maltraitante, parce qu'en fait quand vous faites ça, vous lui donnez raison. Souvent les personnes maltraitantes elles vont dire « mais ta famille ne m'aime pas, personne ne nous comprend, personne ne voit le côté unique de notre relation » . Donc forcément si toi t'arrives avec tes gros sabots et que tu dis « tu vois bien qu'il est nul, nien nien nien nien » , en fait la victime va se dire mais... C'est fou, il a tout compris. Bon ben en fait, moi vraiment décidément, j'y capte rien. Donc, non-jugement. En revanche, il y a des phrases un peu magiques comme « En fait, parfois j'ai peur pour toi » ou « Je m'inquiète pour toi » parce que je vois qu'il y a des moments où tu n'as pas l'air bien.
- Speaker #0
Mais j'ai totalement confiance en ta capacité à réagir le jour où tu le voudras.
- Speaker #1
Et je serai là. Je ne suis pas pressée, je suis là pour toujours. Ça aussi, pas de notion de limite de temps. Et puis la deuxième posture. C'est ce que moi j'appelle la posture de non-efficacité active. Ça veut dire qu'il faut accepter que tu ne vas pas sauver cette personne. Donc tu ne dois pas apporter une solution à son problème. En revanche, il va falloir que tu acceptes que cette conversation, si vous l'avez, peut-être qu'il faudra que tu l'aies 25 fois sur 7 ans, parce que ça va durer longtemps. Donc, accepter que tout ne repose pas sur toi, mais qu'être un tuteur... au sens des plantes, etc., ça veut dire rester droit et tenir le temps qu'il faudra. Et la phrase un peu qui, moi, je trouve, guide souvent les proches, c'est que tu ne dois pas donner une solution à une victime, tu dois être là pour lui donner confiance et qu'elle soit capable de trouver sa solution.
- Speaker #0
Merci beaucoup. C'est vraiment passionnant et j'espère que ça donnera des clés à des personnes qui nous écoutent et qui se sentent concernées. Et d'ailleurs, tu as créé un outil aussi si jamais les personnes qui nous écoutent se sentent éveilleuses.
- Speaker #1
Déjà, il y a plusieurs choses. Si vous vous interrogez, j'ai créé des tests qui ont reçu le soutien de l'Ordre des médecins, dont j'ai créé des QR codes pour afficher dans les entreprises, etc. Quand même, en deux ans, il y a 48 000 scans, donc ils fonctionnent. Donc il y a un test qui s'appelle « Suis-je victime de violence ? » et un autre « Ai-je un comportement violent en couple ? » Ils sont sur notre site internet, 125etaprès.org. Ils sont bien sûr gratuits, donc vous pouvez les scanner ou vous pouvez tout simplement les faire. Il y a aussi un guide, justement, pour les proches. Tout ce que j'ai résumé, là, c'est présent dans un guide sur plusieurs pages. Il y a aussi un guide pour les hauts l'immeuble, pour les voisins témoins. On a essayé comme ça de créer des outils. Et si vous êtes victime et que vous n'avez pas la force de vous en sortir, ou que vous vous en êtes sortie mais qu'en fait ça continue même après le départ, ça arrive quand même assez souvent, moi je considère que les relations toxiques sont des relations de dépendance. Mais d'ailleurs le vocabulaire est sensiblement le même. J'ai peur de replonger, je suis accro, c'est le vide si je m'en vais, etc. C'est ce qu'on entend chez les gens qui n'arrivent pas à arrêter de fumer, de boire. Donc tout est là. Toutes les victimes sont capables de trouver la solution. En revanche, la question c'est comment je gère la solitude, comment je gère le manque. Et donc je me suis dit qu'il fallait que je m'inspire de ce qui fonctionnait pour les dépendances. Et j'ai créé une sorte d'alcoolique anonyme pour les victimes de violences conjugales. C'est une communauté qui s'appelle les Veilleuses. alors on peut tout à fait faire le programme d'éveilleuse sans être dans l'éveilleuse c'est un programme en douze actions de reconnexion à soi parce que finalement se battre pour soi-même c'est une question d'énergie donc comment je fais en sorte de pas replonger, de travailler mon estime de moi,
- Speaker #0
de travailler mon énergie pour être mon meilleur allié sur le temps long c'est formidable je te remercie beaucoup et je te dis à bientôt merci à bientôt