- Speaker #0
Bienvenue à tous dans le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Quentin, 27 ans, qui souffre d'un énorme problème de jalousie.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, nous avions parlé la semaine passée de Maria, 28 ans, qui est la compagne de Quentin. Maria est venue te consulter parce qu'elle souffre et souffrait de la jalousie excessive de son compagnon qui, comme on l'a vu la semaine passée, elle passait son temps à vérifier son téléphone, à vérifier le kilométrage de sa voiture, etc. Aujourd'hui, on va aborder la question du point de vue... du principal intéressé à savoir le jaloux.
- Speaker #1
Voilà, et souvent les jaloux d'ailleurs consultent, ça arrive régulièrement, ou sont envoyés en consultation par leur conjoint qui dit j'en peux plus sinon le couple va être mis à mal quoi. Donc effectivement le jaloux c'est de la peur souvent qui motive le fait qu'il contrôle puisque c'est tentative de régulation, c'est d'essayer de contrôler, c'est de savoir ce que l'autre fait etc. Et il met tout ça en place en espérant se rassurer. Et malheureusement, ça ne rassure pas. Typiquement, il pose des questions. « T'étais avec qui ? » « Ah, il y avait un tel et un tel. » Et donc quand l'autre répond à un tel et un tel, « Ouh là là ! Il y avait un des deux, Pierre, Paul ou Jacques. Et alors, tu l'as beaucoup vu ? Vous avez mangé ensemble ? Vous avez fait quoi ? Vous avez parlé de quoi ? » Et donc en fait, plus la personne répond, plus elle alimente le fait de pouvoir poser des questions et donc plus lui pose des questions. Et donc le fait même de poser des questions, en fait... augmente son angoisse alors qu'il croit que ça va l'apaiser.
- Speaker #0
Comment expliquer cette sorte de fin insatiable ? Parce que logiquement, on peut se dire d'un point de vue extérieur, quand on ne souffre pas de ça, tu as la réponse à tes questions, c'est censé t'apaiser. Là, on voit que ce n'est pas du tout le cas. Qu'est-ce qui se passe ? Comment ça se fait que cette réaction logique et plutôt sympa de la partenaire de Quentin aggrave le problème ?
- Speaker #1
Pour moi, il l'aggrave. Alors ça dépend... Bon, ici, quand on a pris l'exemple de Marie et Quentin, qui était un exemple réel de ma patientèle, Quentin s'était déjà fait tromper et donc il était plus... Il a une blessure. On pourrait presque parler d'un traumatisme, éventuellement. Donc on pourrait travailler le trauma quand c'est arrivé. Ça peut tout à fait avoir du sens. Bon, parfois, il n'y a pas eu ça. Parfois, simplement, c'est dans les veines de la personne. Il y a la jalousie... son tempérament, enfin voilà. Et donc effectivement, ce qui explique que ça nourrisse, c'est qu'en fait plus l'autre répond, en fait presque, c'est un peu dur de dire ça, plus l'autre répond gentiment, c'est comme s'il y avait quelque chose qu'il cachait et que c'était bizarre. Et étonnamment, si l'autre dit assez rapidement « Stop, tu me fais chier, tu me saoules, désolé pour les grands mots » , ça va beaucoup plus bloquer le principe Mais là, on a quelqu'un qui est consensuel, qui va aider et donc qui permet, qui envoie le message « tu as le droit » . Parce qu'en fait, en répondant, le message sous-jacent c'est « tu as le droit » . Tu as le droit,
- Speaker #0
tu as peut-être même une raison.
- Speaker #1
Tu as le droit, oui voilà, c'est ça, c'est ça. Donc je me justifie gentiment, mais sauf qu'on dit qu'il justifie, il s'accuse. Et donc en fait, pour le jaloux, plus j'ai le droit d'aller voir loin, plus je vais aller voir loin. Donc si on ne me met pas de limite, au fond, il n'y a pas de raison, je m'arrête.
- Speaker #0
Comment est-ce qu'on aborde le problème avec la personne qui souffre de cette jalousie ? c'est aussi quelque chose qui est subi par la personne, c'est impulsionnel, on a un truc un peu incontrôlé. On imagine la personne jalouse venir chez toi et te dire « j'aimerais bien arrêter d'être jaloux » .
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est exactement ça.
- Speaker #0
C'est plus complexe que ça.
- Speaker #1
Oui, c'est-à-dire que c'est surtout... Du coup, on va transformer un peu cet objectif d'arrêter d'être jaloux en gérer autrement ma jalousie. Et donc, moi souvent je valorise quand même d'une certaine manière la jalousie en disant « c'est une preuve d'amour, vous tenez à elle, vous tenez à lui » . Ici c'est à elle, vous tenez à elle et le problème c'est que la manière dont vous vous y prenez est en train de l'éloigner. Puisqu'elle vous a dit que si vous ne consultiez pas, si ça ne changeait pas, elle vous quitte. Donc en fait ce qui est malheureux c'est que votre peur de la perdre vous amène à vous comporter de manière à la perdre. Et donc souvent je propose d'être un peu plus stratégique et d'utiliser cette peur. En fait la peur elle vous dit quoi ? Elle vous dit il y a un danger, il y a un danger de la peur. Typiquement, vous êtes à une soirée, elle est en train de causer avec un autre mec, ça commence à brûler à l'intérieur, à monter vraiment à l'intérieur. Pour les jaloux, c'est vraiment quelque chose de très difficile à vivre. Et donc qu'est-ce qu'ils font ? un escandre, ils vont en disant ça va ? Ils disent, oui ça va, il y a une série de réels. Et donc ils font quelque chose qui est juste contraire à, enfin qui ne va pas du tout dans le sens d'apaiser le danger de la perdre, mais qui au contraire la nourrit. Et donc moi je vais leur dire ce qui serait intéressant c'est qu'à ce moment-là vous allez lui dire tout bas dans l'oreille je me réjouis tellement ce soir quand je pourrais te prendre dans les bras. Ou que vous lui disiez un truc qui va lui faire plaisir dans l'oreille peut-être c'est tellement joli. Utiliser cette peur, puisque ce signal est là, la jalousie vous dit attention du bruit à la perle, pour nourrir la relation.
- Speaker #0
C'est l'idée que la peur de toute façon arrive, on n'a pas de contrôle d'emprise sur cette peur, l'émotion est là. Mais donc quelque part quoi, décaler la réaction, ou d'arriver à contrôler...
- Speaker #1
D'utiliser de manière plus intelligente la peur qui est là, pour réagir d'une manière qui va être plus stratégique, plus utile et plus efficace. En fait je leur dis souvent Vous avez, votre relation c'est comme un élastique, une ficelle tendue entre vous et Maria. Ici je dirais à Quentin, ici j'ai payé Quentin. Voilà, la relation, vous tenez un bout de la ficelle, vous pouvez jouer là-dessus. Mais vous ne pouvez pas jouer sur toutes les autres ficelles que Maria tient avec ses collègues, etc. Et votre ficelle, il faut que ce soit la plus chouette à tenir. Or là ce que vous êtes en train de faire, c'est que vous pourrissez cette ficelle-là. vous tirez dessus, et donc vous abimez la relation, et donc vous faites en sorte que Maria va regarder les autres ficelles en se disant qu'il y en a peut-être une qui serait plus sympa. Et donc l'idée c'est que le pouvoir que vous avez il tient sur la relation que vous avez avec Maria et c'est tout, et donc il va falloir utiliser ça de la manière la plus sexy, sympa, positive, plutôt que de mettre du contrôle, des... des anglaises, de la colère, enfin voilà, des choses qui au contraire abîment.
- Speaker #0
On voit qu'en thérapie brève stratégique on se focalise sur le "maintenant", le problème tel qu'il existe aujourd'hui, l'interaction, donc vraiment ce qui se passe dans la relation entre Quentin et Maria. Est-ce que dans un cas comme celui-ci avec quelqu'un qui arriverait en disant : "Voilà c'est parce que j'ai effectivement été trompé et de toute façon je sais que toutes les femmes sont infidèles, d'ailleurs ma mère a trompé mon père etc.", ça ce sont des exemples fictionnels.
- Speaker #1
Est-ce qu'on s'attaque quand même d'une façon ou d'une autre à l'origine de cette peur ? Je revis encore ce moment, ou ce moment est encore présent, etc. Oui, alors ça vaut la peine d'aller travailler un traumatisme.
- Speaker #0
J'imagine que l'intérêt est de dissocier ce qui s'est passé avant de la situation actuelle.
- Speaker #1
Oui, et surtout l'intérêt de travailler le trauma, ça va être de transformer ça en un souvenir, mais qui ne génère pas aujourd'hui une émotion aussi puissante que si c'était encore d'aujourd'hui, en fait. Parce que c'est comme si la personne... En fait, le problème d'un traumatisme, c'est que des situations similaires à la situation de trauma vont générer l'émotion de danger ou de colère, l'émotion va être ravivissée, ravivée d'une manière comme si c'était encore aujourd'hui, alors que ce n'est plus du tout aujourd'hui et il n'y a plus de raison d'avoir cette émotion-là. Et donc il faut remettre le passé au passé. Comme disait Milton Erickson. Oui,
- Speaker #0
parce qu'on voit dans le cas de... Ici, dans ce cas-ci, quand un est dans une relation, On peut imaginer tout à fait une situation de quelqu'un qui a eu le cœur brisé.
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. Et qui,
- Speaker #0
à l'inverse, s'empêche d'aller dans de nouvelles relations parce qu'il reste bloqué sur son trauma initial et du coup, bousille un peu sa vie sentimentale.
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. C'est pour ça que ça vaut la peine d'aller travailler sur le passé s'il y a quelque chose du passé qui... Voilà. Maintenant, si c'est pas le cas et c'est pas toujours le cas, ça vraiment, l'expérience de patient, c'est pas toujours le cas, parfois, il n'y a pas de raison, ils ne savent pas pourquoi. Enfin, il n'y a aucune raison, en tout cas expliquée dans le passé. Et donc, on va plutôt les aider à gérer autrement, vraiment aujourd'hui. Souvent, je prends cette image aussi de l'oiseau qui est enfermé dans sa cage. Dès que la porte va être entre-ouverte, il va s'envoler. Alors que l'oiseau qui a une cage ouverte et où c'est chouette dans la cage, il y a des bonnes graines, etc., il n'a pas besoin. Il rentrera lui-même dans sa cage à un certain moment. Et donc, voilà, l'idée, c'est vraiment de comment je peux... Nourrir, améliorer ma relation avec la personne que j'aime, plutôt qu'être en train d'essayer de contrôler ses relations extérieures sur lesquelles je n'aurai jamais de contrôle. Et si elle veut échapper, elle échappera.
- Speaker #0
Merci
- Speaker #1
Marina. Avec plaisir, à bientôt.