- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans le podcast de Virage. Je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina, nous allons cette semaine poursuivre un cas que nous avons abordé la semaine passée, le cas de Zoé, 11 ans, qui souffre de harcèlement.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit... dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est la bulle de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, la semaine passée, nous avions parlé de Zoé, 11 ans, qui souffre de harcèlement à l'école. On a vu qu'elle avait un problème avec l'un de ses camarades, Hugo, qui l'embêtait en permanence, qui se moquait de son physique, alors qu'il a un physique tout à fait normal pour une petite fille de 11 ans. On avait abordé la question des parents. Et on va peut-être se pencher plus en profondeur aujourd'hui sur les réactions que Zoé pourrait avoir. quand elle se fait harceler, embêter par ce petit camarade de classe.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc en fait, effectivement, l'idée qu'on avait abordée la fois dernière, je ne vais pas la redévelopper, mais c'est qu'elle change la manière dont le jeu se joue entre Hugo et elle, dont la relation se passe, puisqu'il fallait arriver à ce que Hugo soit dans l'inconfort quand il vient l'ennuyer. Et donc pour ça, il y a pas mal de choses possibles. Alors on va essayer de, en tout cas, L'idée, c'est que Zoé arrête d'envoyer à Hugo le message « tu dois arrêter » . Parce que plus elle dit « tu dois arrêter » , plus c'est amusant pour lui de continuer. Et donc, il faut qu'elle puisse envoyer un message qui est, quelque part, « tu peux continuer à le faire » . Et voilà comment je réagis, et que la réaction derrière ne soit pas très confortable pour Hugo, pour que ça puisse arrêter ça. Alors, ce n'est pas toujours facile. J'aime bien de le dire quand même, parce que les parents... s'ils écoutent ce podcast, auront envie d'aider leur enfant à trouver la bonne réaction. Et parfois, ils peuvent tout à fait la trouver. Donc, l'idée, c'est vraiment de réfléchir à comment elle peut réagir en fonction de son tempérament à elle, parce que c'est important. En fonction, et moi souvent, je questionne l'enfant sur Hugo, sur l'ennemi, entre guillemets, parce que quand on veut vaincre un ennemi, c'est intéressant de le connaître. Et donc, vraiment savoir qu'est-ce qui le dérange, qu'est-ce qui est important pour Hugo, etc. Et du coup, pour pouvoir, pardon, du coup... construire avec Zoé quelque chose qui soit vraiment sur mesure pour qu'elle puisse avoir une répartie, à dire Hugo, une réaction face à lui. Alors, il y a des multitudes de réactions possibles.
- Speaker #0
Oui, parce qu'on imagine que... Alors, il y a Hugo, il y a évidemment Zoé, qui, elle, souffre aussi. On imagine que tout ça, évidemment, se fait sur plusieurs séances. Ça peut prendre un petit peu de temps. Est-ce qu'on a une forme de essai-erreur ? Par exemple, on sait que Zoé va peut-être tester quelque chose avec Hugo. Ça ne va peut-être pas fonctionner du premier coup. Comment est-ce qu'on travaille avec un enfant qui, du coup, ok, il va peut-être tenter quelque chose qui ne marche pas tout de suite. J'imagine que ça peut être délicat pour Zoé. Oui,
- Speaker #1
alors on va essayer de ne pas la faire tester, en fait, parce que sinon, elle ne va pas vouloir renouveler. Si elle fait un truc qui ne marche pas ou que c'est pire, c'est un peu dangereux pour elle et elle pourrait ne pas vouloir me suivre dans une nouvelle idée. Donc, si je prends plusieurs séances, ça va plutôt être pour... qu'elle observe Hugo, ce qui est important, si je n'ai pas suffisamment d'informations. Parfois, j'en ai suffisamment, parfois pas à la première séance, et donc parfois dès la première séance, mais parfois, on ne va pas lui faire réagir tout de suite parce qu'on va lui dire de s'exercer. Par exemple, avec les parents, si elle en a parlé aux parents, si elle est d'accord d'en parler aux parents, déjà avec moi en séance un peu, ou bien devant son miroir. Pour des adultes, ça peut être tout seul, simplement. Pour l'idée, c'est que la personne... Quand elle va sortir de la répartie, elle sera quand même solide dessus. Et donc, il vaut mieux prendre un peu de temps et ne pas lui dire, tu le dis demain à l'école. On la met déjà dans un rôle.
- Speaker #0
On la fait vraiment, on la fait revivre, rejouer la scène. Déjà, quelque part, faire ce 180° ou changer de posture.
- Speaker #1
Tout à fait. Mais le faire sans Hugo, a priori, au départ. Vraiment pour qu'il y ait une fluidité au moment où elle va devoir le faire. Et on va parfois travailler, alors moi je ne l'ai pas fait avec Zoé, mais parfois on va travailler aussi sur la posture. Si on a un jeune qui est tout le temps la tête penchée, les épaules voûtées, etc., on va déjà juste, par exemple, lui faire ça, entrer à l'école avec les épaules comme ça. Et pour pouvoir entrer à l'école avec les épaules ouvertes, parce que je le montre, mais ce n'est pas très intéressant dans un podcast, avec les épaules plus ouvertes, avec le menton plus relevé, on va lui faire exercer ça dans sa chambre, exercer ça dans la rue, aller faire une balade en se promenant comme ça. Et vraiment, j'ai déjà fait certains jeunes, je n'aurais jamais demandé de se filmer. pour voir la différence. Tiens, fais un peu comment tu étais avant, comment tu vas te posturer. Enfin, voilà, vraiment travailler là-dessus. Le physique change aussi,
- Speaker #0
quelque part, ou est un témoin de l'attitude et du ressenti de la personne.
- Speaker #1
C'est-à-dire que le physique envoie un message, en fait, aux autres, et donc va faire qu'on me parle différemment. Et d'ailleurs, ce qui est ultra intéressant avec ce travail, c'est que très souvent, je travaille une répartie avec le jeune. Et quand il se retrouve à l'école, il retourne à l'école, il me dit, en fait, Hugo n'est plus ennuyé. Alors, ce n'est pas forcément le cas de Zoé, mais je veux dire, l'autre ne m'a plus ennuyée. Il n'y a plus eu. Et je n'ai même pas dû le dire. Et parfois, ils sont même frustrés, parce qu'on a préparé quelque chose à dire. Et en fait, le fait qu'ils aient quelque chose à dire, en fait, sans le vouloir, ils arrivent différemment à l'école. J'ai même des parents qui m'ont dit, je l'ai vu rentrer dans l'école différemment. Elle ne marche plus ou il ne marche plus. plus de la même manière en rentrant dans l'école. Plusieurs fois, j'ai des parents qui me l'ont dit. Et en fait, c'est très intéressant. Et j'ai eu la même chose avec des personnes dans l'entreprise où quand on a travaillé une autre manière de réagir, la fois prochaine que machin me critique, je réagis différemment, eh bien, il y a vraiment... L'autre ne me critique plus. Et les gens sont frustrés. Ils disent, mais maintenant, je sais quoi faire.
- Speaker #0
J'aurais dû faire ça tout de suite.
- Speaker #1
Voilà, voilà.
- Speaker #0
Bon, là, c'est le cas où, évidemment, les choses fonctionnent très bien tout de suite. Il est tout à fait possible que dans d'autres situations, parce qu'on est toujours dans des cas spécifiques, les choses prennent plus de temps. Comment est-ce qu'on fait avec quelqu'un, que ce soit dans ce cas-ci, un enfant, où le travail a été fait, la personne change, et pour une raison ou une autre, il y a une résistance en face. Comment est-ce qu'on travaille avec un enfant qui dit j'essaye, j'essaye, mais pour l'instant, ça ne marche pas.
- Speaker #1
Je n'ai pas souvent eu, honnêtement. Parce que si on a trouvé vraiment la manière de réagir, vraiment dans du harcèlement verbal, en général, en réagissant autrement. et donc c'est J'ai envie de donner quelques pistes de comment on réagit autrement, peut-être pour que ce soit plus clair. Par exemple, avec Zoé, j'ai travaillé avec la méthode du compliment. Ça veut dire que j'ai travaillé avec elle sur... C'est un psychiatre, je lui remets ça, Philippe Aime, A-I-M, qui a vraiment développé cette approche. On change complètement la relation puisque l'autre nous traite en ennemis et au lieu de répondre en ennemis, On lui dit, et c'est ce que j'ai fait avec Zoé, donc elle a dit à Hugo, « Oui, toi, c'est vrai que t'es bien, t'as de la chance. » Et alors, il se moquait aussi de ses vêtements. En fait, justement, j'ai pas dit, il se moquait de ses vêtements et de sa ligne. Elle lui a dit, « T'as de la chance. En plus, t'es toujours bien habillée. » Et en fait, ça coupe la chic, si on peut dire. On dit ça en Belgique, peut-être pas les Français, j'espère qu'ils comprendront. Ça fait que Hugo se retrouve à pas savoir quoi dire. Et moi, j'ai déjà testé même...
- Speaker #0
Soir être en empathie.
- Speaker #1
Voir être en empathie, exactement. Ça peut tourner même. Il y en a qui deviennent amis avec la personne qui les harcelait. Et en fait, ça va dépendre de la manière dont on réagit. Et c'est pour ça que moi, j'adore cette méthode-là. Parce qu'il y a d'autres approches qui vont dire... Et c'est quelque chose que moi, j'ai utilisé aussi. Je l'ai déjà utilisé et je le réutiliserai peut-être. C'est plus ce qu'on appelle une flèche. Ça veut dire que quand je me fais agresser comme ça, je renvoie un truc. Donc, ce serait plus dire à Hugo... Ah oui, mais toi, t'adores... t'adores les grosses parce que tu me suis à chaque récré c'est que t'es amoureux de moi et c'est plus lui mettre la honte ou lui dire voilà et donc c'est vrai que il y a plusieurs possibilités de décliner sur ce mode de réveil et si tes parents écoutent ce podcast j'aurais envie de dire il y a un jeu qui s'appelle Tac à Tac et qui donne beaucoup le défaut du jeu mais qui a été corrigé c'est pour ça que j'ai un peu envie de le dire c'est à dire qu'il donnait que des attaques Merci. Et il était l'occasion d'exercer la répartie. C'est vraiment ça l'idée. Et la personne qui a développé ce jeu, qui a fait formation chez nous, développe même des ateliers de répartie, etc. Et elle propose différentes manières. Donc le fait de changer de sujet, faire une pirouette, comme elle dit, l'autodérision, oui c'est vrai que je suis grosse, tu as tellement raison Hugo, machin. Donc il y a moyen de faire différentes manières. Donc voilà, moi j'en choisis une en fonction du patient. Moi j'adore le compliment parce que je trouve que... Ça me paraît le plus écologique, en fait, dans la vie, de pouvoir répondre du positif à une agression. Je trouve que c'est une force vraiment intéressante. C'est difficile de le faire du tac au tac, justement, pour le coup, à moins d'être bien exercé.
- Speaker #0
On entraîne.
- Speaker #1
Du coup, on entraîne. On entraîne, voilà.
- Speaker #0
Évidemment, du jour au lendemain, difficile de prendre une telle hauteur par rapport à une attaque.
- Speaker #1
Et en fait, ce qui est intéressant, c'est qu'en entraînant, justement, comme je disais, quand je fais jouer, enfin, je le disais dans l'autre épisode, mais je fais jouer par Zoé. Hugo, quand je commence à balancer des compliments, elle se rend compte qu'elle ne sait plus quoi dire. C'est difficile de devenir agressive sur un compliment. Et même si elle est agressive et qu'elle dit « Oui, mais en plus, tes vêtements sont vraiment nuls. » Je dis « Mais les tiens sont tellement beaux. » Et c'est vrai, tu as de la chance, etc. J'avais un enfant qui avait un problème physique. Il avait dit aux autres « Oui, vous avez de la chance de ne pas l'avoir. » C'est vrai que quelqu'un qui bégaye, qui dit aux autres « Toi, tu as de la chance. » c'est plus difficile de continuer à l'agresser que quand il dit mais t'es méchant et que voilà les autres et donc il y a vraiment je trouve pas mal de moyens ce qu'il faut faire c'est mettre l'autre dans un jeu différent où il a plus les bonbons quand il met la pièce quelque part et où du coup il s'arrête parce que naturellement il a plus envie de continuer Merci Marina Avec plaisir Si tu aimes ce podcast, n'hésite pas à le partager sur les réseaux sociaux pour en faire bénéficier beaucoup d'autres personnes. À très vite !