- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous dans le podcast de Virage. Je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Karim, prénom d'emprunt. Karim a 30 ans et il souffre de crise de peigne.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courante. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit... dans la lignée de sel de Palo Alto se réveillent de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, tu as reçu Karim, qui est venu te voir pour d'importantes, voire de violentes, crises de panique.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Karim vient me voir et il m'explique qu'il a, depuis quelque temps, des symptômes vraiment physiques qui viennent le prendre. Donc, le cœur qui s'accélère, les mains qui... Il transpire des picotements dans les bras. Enfin voilà, il m'explique que c'est tout d'un coup une espèce d'angoisse, de panique qui monte. Et il ne comprend pas bien pourquoi. Ça se passe plutôt au boulot. Et il ne comprend pas en fait ce qui lui arrive. Donc ça lui arrive déjà depuis un petit temps. Alors il a commencé par faire ce qu'on fait souvent, regarder sur Internet, qu'est-ce qu'on peut faire, etc. Et il a essayé de respirer plus calmement. En fait, il a mis en place toutes des choses pour essayer, assez logiquement d'ailleurs, d'apaiser les crises de panique, de calmer ses battements cardiaques, son rythme cardiaque, etc. Et il a, j'ai envie de dire, plus ou moins de succès, mais plutôt moins, parce qu'il vient me voir, donc il n'a pas vraiment tout à fait réussi. Il a l'impression que parfois ça calme un peu, parfois ça marche un peu. Alors ce qui marche pas mal, dit-il, c'est quand ils quittent. le boulot, mais bon, il a 30 ans, il ne va pas commencer à partir du boulot, si ça arrive le matin, il ne va pas revenir. En fait, le fait de partir est une pseudo-solution.
- Speaker #0
Ce n'est pas viable à terme. Ce n'est pas viable à terme.
- Speaker #1
Et puis, ça n'empêche pas, c'est ça le problème, c'est que ça n'empêche pas que la crise revienne. Et c'est souvent ça que j'explique aux patients, quand les gens me disent « oui, ça, ça m'aide » , la question c'est « ça vous aide sur le moment, mais est-ce que ça aide vraiment finalement ? » à ce que vous ne souffriez plus ou est-ce que le problème revient aussitôt que vous avez... Par exemple, typiquement, en crise de panique, j'ai déjà eu quelqu'un qui me dit « Moi, je regarde une série, ça me calme. » Sauf que quand la série s'arrête, soit ça revient, soit ça ne revient peut-être pas tout de suite, mais ça revient un peu plus tard. Je n'ai pas résolu le problème. Donc pour nous, comme thérapeutes, ce n'est pas une solution vraiment. Et même, j'ai envie de dire, et c'est là qu'on vient toujours avec cette logique de l'approche de la thérapie systémique, bref, du modèle de Palo Alto, c'est que ce qui ne fonctionne pas malheureusement a tendance à même maintenir et devenir, il y a une phrase un peu célèbre qui dit le problème c'est la solution, c'est que ces solutions mises en place, c'est-à-dire que Karim, je vais revenir à Karim, part du boulot, donc en partant du boulot, Il se confirme qu'il n'est pas capable de gérer l'angoisse. Et donc, finalement, c'est encore plus anxiogène. Et dès lors qu'il va sentir son cœur battre un peu plus vite, qu'il va sentir ses mains, il va se dire « ça revient et je ne sais pas la gérer » . Et donc, s'il part, à chaque fois qu'il part, il est en train de renforcer la puissance de la peur.
- Speaker #0
Ce qui est terrible, comme tu dis, c'est que lui, il applique la solution logique.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Donc, il y va, ça fonctionne, c'est là que c'est subtil. Dans son premier temps, pour lui, a priori, ils ne se rendent compte qu'à long terme, non. comment est-ce qu'on... change ça.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est en temps de continuer ce qui fonctionne, sauf que ce qui fonctionne a un prix qui n'est pas prêt à payer, il n'est pas prêt à perdre son boulot. Et puis, la respiration, pour moi, c'est aussi une tentative de régulation, c'est-à-dire que c'est aussi une manière dont il essaye de calmer le jeu, qui de nouveau peut fonctionner, parce que moi je connais des gens qui ont des très bons résultats avec de la sophrologie, des choses comme ça, qui apaisent. Mais quand ça n'apaise pas, on est de nouveau dans un truc où je lutte contre l'angoisse et c'est comme si j'amenais l'angoisse à crier plus fort. pour montrer qu'elle est plus forte, pour gagner. Et donc, plus j'essaye d'apaiser, plus je me sens anxieux de perdre le contrôle sur ce qui m'arrive.
- Speaker #0
Donc, il faut faire quoi ? Il faut lâcher le contrôle et laisser cette angoisse arriver ?
- Speaker #1
Un peu, en quelque sorte. En fait, quelque part, oui, il y a un travail à faire sur... accueillir cette angoisse qui vient. C'est-à-dire que pour nous, en fait, plus on va lutter contre, plus on va être perdant, et plus le moindre symptôme va, quelque part, amplifier la résonance qu'on va sentir. On va se dire, ça vient, je ne suis pas capable de la gérer. Et bon, l'angoisse se nourrit de l'angoisse, en quelque sorte. Souvent, je compare l'angoisse à un monstre tapis. Et donc, c'est ce que j'ai fait avec Karim. Je lui dis, c'est un peu comme si vous aviez un monstre dans une caverne qui est tapis là et qui... de temps en temps, vous ne savez pas trop pourquoi, sort et apparaît, et vous, c'est la panique, et donc vous avez juste envie qu'il rentre, mais en fait, il est plus fort que vous, et il monte et il prend toute la place. Et donc, les gens acquiescent, parce que ça correspond assez bien à ce qu'ils ressentent, et du coup, je leur dis, en fait, le problème, c'est qu'on ne pourra jamais faire en sorte que, toute votre vie, vous n'avez plus l'air d'avoir d'angoisse ou de panique, parce qu'il va arriver des choses, etc. Donc, vous savez qu'en plus, ça peut venir comme ça, sans raison, mais ça... ça pourrait être déclenché, la vie n'est pas en fleuve tranquille. Et donc, je vais lui proposer d'apprivoiser ce monstre, et donc de vraiment prendre le temps et donc, quelque part, d'être capable de l'accueillir. Et puis, souvent ce que je dis, c'est que vous essayez de la contrôler, la crise de panique, en luttant contre, mais malheureusement, plus vous luttez contre, plus elle s'amplifie, et donc, pour avoir un meilleur contrôle, ce serait plus intéressant de... la faire venir, etc. Et c'est vous qui décidez. Vous reprenez le lead.
- Speaker #0
Admettons que Karim comprenne la logique, la demande, la métaphore aide. On imagine que le travail reste quand même extrêmement difficile. Comment est-ce qu'on amorce ce mouvement-là ? Comment est-ce qu'on travaille justement pour amener la personne à changer d'approche ?
- Speaker #1
Souvent, ce que je propose d'abord à la personne, c'est d'observer simplement cette crise. Je vais demander d'ici la fin prochaine, je vais me demander, puisqu'on donne toujours des choses à faire dans les séances, On pense que le changement passe par l'action. Et donc j'ai demandé d'observer et de noter comment ça se passe. Donc justement, c'est comme ça que je peux exactement dire, accélération cardiaque, transformation des mains, des picotements dans les bras. La personne m'explique vraiment. Et j'essaie d'observer comment ça se passe et de faire durer la crise déjà au moins 20 minutes, plutôt que de lutter contre. Donc on est déjà dans un changement de posture. Plutôt qu'être en train de lutter contre, j'observe, parce que comme ça je donne des informations à mon thérapeute. Donc moi, j'ai besoin après, quand je parle de sa crise de panique, d'être certaine que je parle de la sienne. Parce que j'ai vu Karim, mais j'en ai déjà lu beaucoup, beaucoup des personnes qui ont eu de la crise de panique, et ce n'est pas toujours exactement la même chose. Et donc, c'est important que je sois vraiment bien au clair sur ce qui lui arrive. Et du coup, on revient à ces observations-là. Et en général, c'est déjà intéressant, parce qu'il ne les a plus vécues tout à fait de la même manière, pas forcément en tout cas, puisque au lieu de lutter, il était en observateur, il était un peu en position méta, je dirais, par rapport à... à ce qui se passait.
- Speaker #0
Le fait de s'observer, quelque part, dédramatise ce qui se passe ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si ça dédramatise, mais en tout cas, je ne suis plus à fond dans la lutte de la lutte, puisque je sais que je dois ramener des infos à mon thérapeute. Donc, au lieu de me dire qu'il faut que ça s'arrête, je leur dis d'essayer que ça dure au moins 20 minutes, ça dépend un peu, de nouveau, des situations et de ce que ça dure d'habitude, mais pour avoir vraiment les infos de toute la crise et ce que vous faites, et si d'autres réagissent. Au contraire, vous vous isolez, enfin, je veux savoir comment ça se passe à tous les niveaux, au niveau émotionnel, à ce moment-là, vous avez peur, vous êtes en colère, d'abord vous vous demandez qu'est-ce que vous ressentez, qu'est-ce que vous vous dites, etc. Donc j'essaie vraiment d'avoir un tableau, comme si j'y étais, de la crise, parce qu'en général, je n'y suis pas, de la crise d'angoisse de mon patient. Et puis du coup, dans un deuxième temps, je vais alors travailler avec vraiment cette image du monstre, et dire voilà, mais ce que je vais vous demander de faire, c'est de vous mettre tous les jours, un moment, assis dans un fauteuil. ou sur votre lit, un endroit où vous êtes bien, en sécurité, et d'essayer de faire venir le monstre. Parfois, on lui donne un petit nom aussi, ça me fait régulièrement, il y a des patients. Et donc, je vais vous demander de l'appeler et de le faire venir. Alors, c'est intéressant, soit le monstre vient et le patient a repris du contrôle, et donc il gagne quelque chose, soit le monstre ne vient pas. Et alors, c'est souvent le cas, souvent ils disent, ben voilà, j'étais dans un endroit sécure, j'étais bien, etc. le monstre n'est pas venu. Et donc, à ce moment-là, je lui ai demandé, alors c'est la fois prochaine qu'il vient, que je vais lui demander de le faire venir. Parce que si, à froid, il ne vient pas, je vais lui demander de le faire venir dans un contexte où il vient. Et donc, pour Karim, c'est au boulot.
- Speaker #0
Donc, on lui demande carrément, s'il n'arrive pas à le faire venir chez lui, d'aller au travail, et quand il est au travail, de générer cette crise d'angoisse.
- Speaker #1
D'attendre que ça se manifeste. Donc, je dis, dès que le monstre va pointer le bout de son nez, vous sentez votre cœur. qui s'accélèrent, vous sentez que vous commencez à avoir un peu chaud, vous sentez les symptômes que vous connaissez bien et que moi je connais un peu puisqu'il me les a donnés mais dès que vous sentez un de ces trucs-là vous vous dites, il arrive et là vous vous dites, j'arrête de faire ce que je fais et vous lui dites, vas-y viens Vas-y, viens, envahis-moi. Et donc là, c'est vraiment intéressant, parce qu'il change complètement sa relation à sa crise d'angoisse. Et donc, ça va vraiment permettre que, soit de nouveau, l'angoisse vient, mais il est en train de la contrôler, puisque c'est lui qui l'a demandé, soit l'angoisse ne vient pas. Parce que comme il nourrit moins d'angoisse d'être angoissé, elle vient moins. Donc en fait, on peut avoir l'un ou l'autre, mais dans les deux cas, en fait, Karim est gagnant.
- Speaker #0
Merci, Marilla.
- Speaker #1
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