- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous sur le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui veut nous parler cette semaine de Claire, prénom d'emprunt. Claire a 45 ans, elle vient te voir Marina parce qu'elle a des difficultés avec une collègue un petit peu plus jeune qui s'appelle Judy.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, c'est une dame claire, 45 ans, est donc venue te voir parce que ça a été la rentrée pour tout le monde, elle a retrouvé le travail il y a quelques semaines, et notamment sa collègue Julie, un petit peu plus jeune, 30 ans, les deux étant bien entendu des prénoms d'emprunt. avec qui elle travaillait relativement bien quand elle était arrivée, Julie, en janvier, et qui la relation s'est un petit peu tendue au fil des mois. L'été est passé par là, et Claire fait beaucoup pour essayer d'apaiser les choses, mais manifestement, ça ne fonctionne pas comme elle le voudrait.
- Speaker #1
Oui, elle est déçue, vraiment, parce qu'elle a l'impression qu'elle fait tout ce qu'elle est. doit tout ce qu'elle peut pour que Julie soit à l'aise, soit bien informée et se sente bien en fait dans la boîte, puisqu'elles travaillent ensemble. Et elle a l'impression que c'était le cas avant l'été et que ça recommence maintenant depuis son retour de vacances. Julie est plutôt distante, plutôt sèche. Elle lui dit « Oui, c'est bon, j'ai compris » , etc. Elle a l'impression vraiment qu'il y a quelque chose qui ne se passe pas bien. Et donc, elle demande de se faire coachée un peu pour cette relation-là.
- Speaker #0
Comment elle réagit pour l'instant, Claire ? C'est-à-dire qu'elle est revenue de vacances. Pour l'instant, qu'est-ce qu'elle fait concrètement pour essayer justement d'améliorer la relation ?
- Speaker #1
Alors, bon, elle explique qu'elle écrit des mails à Julie ou des assez longs mails où elle essaie d'être le plus complète possible, le plus claire possible et qu'elle essaie vraiment d'aller dans les détails pour Julie. qu'il se sente bien informé, bien au courant de tout. Parce qu'elle a le sentiment que, quand elle a démarré, elle était un peu perdue. Et donc, elle veut vraiment que Julie se sente bien, en fait. Et donc, elle lui écrit des longues mails. Elle lui explique, quand elle doit lui expliquer quelque chose, elle lui explique une fois, deux fois. Elle lui rappelle. Elle lui dit, oui, si tu as besoin d'aide, n'hésite pas, je suis là, etc. Et Julie lui dit, non, non, ça va, je me débrouille. Je ne suis plus nouvelle. Enfin, voilà. Elle a l'impression à chaque fois que c'est un peu mal pris, alors qu'elle est souriante avec Julie, elle lui a ramené un petit cadeau de vacances. Voilà, elle fait vraiment tout ce qu'elle peut pour nourrir cette relation, mais elle sent que de l'autre côté, elle n'a pas du tout de répondance à ce niveau-là et elle se prend plutôt de l'agressivité, à la limite, de la part de Julie.
- Speaker #0
Est-ce qu'elle est comme ça ? Est-ce qu'on a des infos sur le reste de l'équipe ? Est-ce qu'elle est comme ça ? Est-ce qu'elles sont juste à deux ? Est-ce qu'il y a d'autres personnes avec qui cette façon d'aborder les choses fonctionne ?
- Speaker #1
Oui, il y a d'autres personnes. Donc, c'est une petite équipe. C'est une équipe dans une grosse boîte, mais c'est une petite équipe dans la boîte. Elles sont six. Enfin, ils sont six, parce qu'il y a des hommes aussi. Et elles trouvent que, justement, ça se passe bien avec les autres. Mais elles travaillent plus avec Julie, en fait, que les autres. Donc, elles sont plus en proximité, vu leurs fonctions à chacune. Il n'y a pas de hiérarchie entre elles deux. mais elle dit que Julie est sympa avec tout le monde et qu'avant elle était sympa avec elle aussi et que c'est maintenant que ça se détériore qu'elle ne comprend pas et puis avril,
- Speaker #0
mai surtout et puis juin j'ai vraiment senti qu'elle n'est pas et donc voilà elle ne comprend pas ce qui se passe ce qui est compliqué c'est qu'il n'y a pas de problème c'est à dire qu'elle agit comme elle a toujours agi et donc quand elle vient te voir qu'est-ce qui... qu'est-ce qu'elle attend quelque part du coaching ?
- Speaker #1
Elle attend de voir comment elle peut réagir différemment parce qu'en fait elle est vraiment de très bonne volonté par rapport à cette relation et de trop bonne volonté si on peut dire parce qu'en fait assez vite j'essaye de lui montrer comment le fait de donner de l'info en redonner, lui rappeler etc c'est un peu infantilisé Julie, ou ça peut en tout cas être vécu par Julie qui est nouvelle qui essaye de faire ses marques, qui essaye de faire ses preuves comme je ne te fais pas tout à fait confiance, comme tu ne comprends pas très vite, et donc je te fais des très longs mails, parce qu'au fait, tu n'es pas très maligne. Évidemment, elle me dit, mais non, ce n'est pas du tout ça. Ce n'est pas du tout ça que je veux. En même temps, moi, si on me fait des longs mails qui m'expliquent, qui me réexpliquent, qui reprennent les choses plusieurs fois, j'aurai cette impression-là à la place de Julie. Et là, évidemment, ça lui fait prendre conscience. Et je pense que c'est quelque chose qui peut être retenu de ce podcast, cet épisode, c'est qu'on ne doit pas se mettre toujours dans la peau des messages qu'on envoie, enfin de nous qui envoyons, mais de celui qui reçoit le message. En fait, quand on voit qu'une relation s'est détériore, va moins bien, on peut se demander comment la personne en face... prend les messages qu'on lui envoie. Qu'est-ce qu'elle entend à travers des messages qui pourtant sont bienveillants, ils sont vraiment super bienveillants, mais vraiment, en fait, elle a vraiment, elle est un peu, oui, elle est hyper maternante et presque un peu intrusive pour Julie en disant ça a été, ça t'as pu le faire, etc. Et on sent, enfin, assez vite, on arrive à mettre en lumière ensemble que pour Julie, c'est peut-être, en fait, désagréable. alors qu'elle essaie d'être agréable.
- Speaker #0
Est-ce qu'il faut, dans ce cas-là, on peut imaginer qu'il soit nécessaire aussi dans ce cas-là d'aller vers un dialogue ou est-ce qu'au contraire, ça pourrait être vu comme étant encore plus intrusif aller vers l'autre et dire, voilà, est-ce que j'ai senti qu'il y a quelque chose qui n'allait pas, qu'est-ce qui se passe ? Bonne ou moyennement bonne idée dans un cas où on est déjà accusé d'en faire un peu trop ?
- Speaker #1
Alors j'ai envie de dire que pour moi, il n'y a jamais de mauvaise idée, donc les choses peuvent être tentées et puis on voit ce que ça donne. Donc c'est quelque chose qui peut être tenté, voir ce que ça donne. Ici, comme on est déjà à un stade plus loin, puisqu'on a perçu ensemble ce qui faisait le malaise de Julie ou l'agressivité de Julie, moi je lui ai plutôt proposé de moins communiquer en fait, de dire les choses en disant voilà, tu sauras t'en sortir. De dire voilà, il y a ça à faire, moi je prends cette partie-là, toi tu fais celle-là, je pense tu sauras t'en sortir, sinon tu me demandes. Et donc, de davantage responsabiliser Julie, la laisser un peu voler de ses propres ailes, si on peut dire. Et donc, j'ai pété dans cette direction-là, mais ce ne serait pas une mauvaise idée. Et d'ailleurs, dans certaines situations, la personne, elle l'a déjà elle-même tentée, et ça n'a pas marché, ou bien ça a un peu marché. Parce qu'ici, dans ce cas-ci, le problème, c'est que si elle lui demande qu'est-ce qu'il y a, alors effectivement, soit Julie lui répond, mais en fait, j'ai l'impression que tu crois que je suis incapable, etc. est chouette, cadeau, quelque part, puisque alors elle peut rectifier le tir, pourtant qu'elle le prenne bien et qu'elle ne se surjustifie pas et que de nouveau, on rentre dans la même chose. Soit Julie lui dit, mais il n'y a rien, je ne fais pas des films ou je ne sais pas quoi. Et souvent en entreprise, je trouve que les gens minimisent un peu en mode, il n'y a rien. Maintenant, je trouve que ce n'est pas une mauvaise idée de l'amener à le faire, puisqu'elle ne l'a pas fait. Et donc, j'ai envie de dire, moi j'ai envie un peu de dire, toute chose est bonne à être essayée. comme je disais,
- Speaker #0
il faut voir ce que ça donne. Est-ce que dans ce cas-ci, tu t'es penché un petit peu sur les causes ou les sources éventuelles de ce comportement ? Ça peut être une tendance à tout vouloir contrôler ou à réagir aux pressions de ses supérieurs. Ça peut être une tendance à effectivement vouloir s'assurer que la Julie en question va absolument tout faire tout le temps. Ça peut être une réaction au stress, je ne sais pas. Est-ce que ça vaut la peine de l'explorer ici ou est-ce qu'on est un petit peu hors sujet de leur relation à elle-même ?
- Speaker #1
Alors, moi, je pense que c'est intéressant à explorer. Ici, d'emblée, en fait, elle m'a beaucoup expliqué qu'elle avait eu du mal quand elle est arrivée, elle avait eu des difficultés, parce qu'elle trouvait qu'elle était trop laissée elle-même. Et donc, la cause, elle me l'a un peu donnée d'emblée elle-même en disant, c'est parce qu'effectivement, enfin, voilà, elle a dit, moi, j'ai vécu ça, j'étais seule, je trouvais que je n'avais pas de support, que les gens n'étaient pas dispo. Et donc, elle a voulu mettre Julie à l'aise et donner ce qui lui a manqué, mais elle l'a donné trop, en fait. Donc c'est ça qui est important aussi, c'est de lui dire, en fait, c'était bien. Et d'ailleurs, la preuve, c'est que jusqu'à avril-mai, la relation était bonne. Et puis, à un moment donné, Julie, en fait, elle prend de l'assurance. Et là, c'est un peu, ça me fait penser un peu aux ados et aux enfants. Des choses qu'on prend en charge pour son enfant, à un moment, si on continue à les prendre en charge, mais l'ado, il nous envoie complètement pété. Donc, il y a une adaptation à faire en fonction de l'âge de notre enfant, ce qui est logique. Et il y a cette même adaptation, en fait, à faire avec des collègues qui changent de poste ou qui prennent simplement, comme ici, de l'assurance dans leur propre poste, etc. Et donc, c'est vraiment une question de s'adapter différemment à la personne qu'on a en face de soi.
- Speaker #0
Tu parles d'enfants et d'ados, est-ce que ça m'inspire une autre question qui est peut-être un peu hors sujet dans le cadre de l'entreprise, mais qui se pose en tout cas dans les familles avec les enfants et les ados, c'est est-ce que, quelque part, à un moment, il ne faut pas aussi travailler sur l'acceptation, la gestion du conflit ? ou des relations, d'accepter une relation qui soit un peu conflictuelle ? Est-ce que ce n'est pas aussi en partie intégré dans le monde de l'entreprise et que tout ne peut pas toujours être apaisé ?
- Speaker #1
Oui, je pense que oui, tout à fait. Je pense que c'est tout à fait juste. Ici, je ne pense pas que ça avait vraiment lieu d'être parce qu'en fait, en changeant… Donc moi, je lui ai demandé en fait concrètement de moins communiquer, de dire juste à Julie ce qu'il y a à faire ou de dire voilà comment on se répartit. Et quand elle écrivait un mail, je lui ai demandé d'enlever 30 % du mail, donc d'écrire son mail spontanément et puis d'enlever du contenu pour alléger. Et du coup… Ça a évolué très vite, en fait, parce que, je pense, enfin voilà, ici, il n'y avait pas une source de conflit autre que ça. Mais effectivement, c'est quelque chose qui m'a déjà marquée souvent, c'est de travailler avec des gens avec qui on travaille sur l'acceptation. Moi, je dis souvent, les chiens et les Ausha ne s'entendent pas. Dans une équipe, on n'est pas toujours avec des gens qu'on aime. Et dans la famille, idem, en fait. Et dans la famille, même avec des parents, ça m'arrive souvent de dire qu'ils veulent que leurs enfants s'entendent. peut-être qu'ils ne s'entendront jamais, et peut-être qu'il y a plutôt un travail d'accepter qu'ils ont des caractères qui sont trop différents ou trop semblables, et qui fait qu'ils sont en perpétuel conflit ou tension, plutôt que d'espérer que ce soit la famille où tout le monde s'aime tout le temps, etc. Et bon, ce n'est pas facile, parce que voilà, en plus je pense que toutes les familles ont des phases comme ça, enfin moi j'ai quatre enfants, j'ai vu bien des moments où pendant X années, deux ne s'entendaient pas du tout, et c'était vraiment… et puis ça évolue, et donc c'est plus… tout le cas maintenant. Donc, en fait, je pense que vraiment, il y a une acceptation du conflit et je pense que si on ne l'accepte pas et qu'on essaye de recoller constamment des gens qui ne s'entendent pas, on risque d'accentuer justement le conflit. Et
- Speaker #0
Dieu sait que ça arrive dans le monde de l'entreprise également.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Il y a un épisode, d'ailleurs, là-dessus, je ne pourrais pas dire le numéro, mais que j'ai fait avec Bruno Cernon et qui parle de la gestion des conflits et qui explique comment, effectivement, On en parle du point de vue du manager et du point de vue de la personne qui a le conflit. Et comment c'est vrai que les managers doivent aussi accepter le fait que les gens se disputent plutôt que de vouloir les apaiser et faire en sorte que tout le monde s'aime. C'est effectivement quelque chose de compliqué, malheureusement.
- Speaker #0
Merci Marina.
- Speaker #1
Merci de votre écoute. Ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine. Donc, nous vous remercions du fond du cœur. Et nous espérons vous retrouver très bientôt.