- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous dans le podcast de Virage. Je m'appelle Valentin Dechaux et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Boris, prénom d'emprunt. Boris a 50 ans et il se remet très mal de la terrible agression qu'il a vécue dans le train qui l'amenait à Bruxelles.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard. Psychologue, formatrice et fondatrice de Virage, mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, tu as donc reçu un homme de 50 ans, Boris, qui a vécu une agression assez difficile dans le train lorsqu'il venait de Namur à Bruxelles. Ça fait déjà un petit peu de temps, mais les séquelles sont encore très présentes.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Il vient me consulter un mois à peu près après l'événement. Et voilà, il me raconte rapidement qu'il lisait son journal. Il a demandé, il y avait des jeunes qui ont eu de la musique, il a demandé de moins fort et ils sont tombés dessus. Il était passé à tabac, comme on dit. Et donc, voilà, c'était son trajet professionnel. On est juste un mois après. Évidemment, il explique qu'il n'ose pas reprendre le train pour le moment. Et il est très mal à l'aise dans la rue, déjà, simplement sortir de chez lui, dès lors qu'il s'éloigne de sa rue à lui. Tant qu'il est dans sa rue, il dit ça va, c'est vraiment un caractère que je connais bien, je suis tout à fait en sécurité. Mais dès qu'il s'éloigne, qu'il arrive dans des plus grosses artères, etc., il scrute, il est dans une espèce d'hyper-vigilance, avec la crainte. que quelqu'un lui tombe dessus. Et donc, il a eu 15 jours de congé, enfin, ça ne s'appelle pas congé, mais d'écartement de congé maladie.
- Speaker #0
Arrêt maladie.
- Speaker #1
Voilà, arrêt maladie, merci. Et il a repris le boulot où il est allé en voiture, parce que là, le train, il ne le sent pas du tout. Il est juste déjà entré dans une gare. Pour moi, ça me rendrait déjà malade. Il n'a plus fait, mais ce n'est pas imaginable pour l'instant.
- Speaker #0
C'est déjà un peu comme s'ils reprennent la voiture et qu'ils retournent au travail, parce qu'on peut imaginer qu'après un événement traumatisant et violent comme ça, le réflexe naturel, c'est de se protéger, de rester dans un cocon, donc effectivement chez soi ou dans sa vie.
- Speaker #1
Oui, alors il travaille dans une association, il y met tout son cœur, et je pense que ça fait partie des raisons, des bonnes raisons qui l'ont amené… à reprendre quand même assez vite. Il voit vraiment le sens de son boulot, il aime son boulot. Et donc, il me dit clairement, si je reste chez moi tout le temps, alors je vais encore retourner cette histoire dans ma tête, pour rien. Et à son boulot, il ne se sent pas du tout en insécurité. Donc, il est vraiment dans un truc où il se sent… Enfin voilà, il est des gens avec qui il travaille, il se sent bien, il ne se sent en aucun moment menacé. Et je pense que c'est un peu ça qui fait la différence. C'est sûr que s'il devait rentrer, s'il devait travailler dans une gare, par exemple… ou s'il devait rentrer dans un immeuble où il y a plein de bureaux différents, et où il y a des parkings souterrains avec sa voiture, des trucs comme ça, il ne serait pas du tout aussi à l'aise. Là, il le fait parce qu'il a sa place de parking. D'ailleurs, il me dit, à la limite, si je ne reprends jamais le train, je ne reprends jamais le train. Ce n'est pas grave pour moi. Ce qu'il en dit plus, c'est la sortie dans la rue. Parce qu'il dit ça, c'est incontournable. Je ne veux pas du tout rester cotter chez moi à cause de ces petits cons. C'est comme ça qu'il en parle, évidemment. et il dit voilà, ils ont... ils n'ont pas le droit de me prendre ma vie. Et aujourd'hui, j'ai un peu l'impression que c'est le cas. Je suis prisonnier chez moi ou dans mon boulot. Ou alors, il peut aller manger chez des amis. Ça, ça pose pas de problème. Mais il y a toujours cette vigilance quand même de savoir, de se dire, est-ce qu'il y aurait une place de parking ? Ça, il le dit clairement. Quand c'est en ville, à Namur, il dit, ou à Bruxelles, il va en partie à Bruxelles aussi, il dit, il faut que je sois certain d'avoir une place et pas devoir faire Merci. un kilomètre à pied. Oui,
- Speaker #0
on peut imaginer l'anxiété que ça peut générer et tous les effets secondaires de la situation où il se retrouverait en rue. Ça veut dire que, assez légitimement, sa demande, ce serait d'être aidé à pouvoir passer ces moments qui ressemblent à des épreuves, et donc marcher en rue, aller d'un point A à un point B, sans avoir à rester dans ce trauma et dans ce stress et être à l'affût.
- Speaker #1
C'est reprendre confiance par rapport à des lieux qui pour l'instant, là, c'est grise totalement. C'est vraiment ça, ça demande. Alors, c'est important parce qu'en fait, il vient la première fois, donc je l'ai vu plusieurs fois, il vient la première fois en disant « je suis traumatisée » , etc. Et donc, pour moi, c'est toujours important d'un peu relativiser ça. Je pense que ça, c'est un message important à entendre pour ceux qui nous écoutent. C'est que quand on a vécu un événement tragique, violent, c'est normal d'être mal après. Et ça, je pense que c'est vraiment quelque chose d'important, c'est de se dire qu'il y a une forme de réaction tout à fait légitime du corps. qui tremblent plus vite, qui se ressortent plus vite, qui font des cauchemars. Et tout ça, ça fait partie de la digestion de l'événement. Et donc, parfois, on a, enfin, ça arrive souvent comme thérapeute, d'avoir des personnes qui nous contactent et qui disent « Voilà, j'ai vécu ça, il faut que j'ai rendez-vous très, très vite. » Et en fait, oui, on peut les voir, on peut les entendre, les écouter, les laisser parler, etc. Mais, et c'est un peu étonnant par rapport à notre approche, la thérapie brève, où en général, on dit « On va faire des choses, on va… » Mais on doit aussi, je pense, avoir une posture comme thérapeute. Et donc, pour les personnes qui nous écoutent, c'est de pouvoir se mettre soi-même dans la posture de se dire « mais est-ce que ce n'est pas un peu normal ce que je ressens, ce que je vis, que je sois dans la frayeur, que je sursaute au moindre bruit, etc. » Et ça, c'est vraiment important parce qu'il ne faut pas rajouter au fait déjà de souffrir à cause de cette agression, si je reprends l'exemple de Boris, à rajouter au fait de déjà souffrir de ça. ajouter le fait de ne pas accepter d'en souffrir, si je peux dire.
- Speaker #0
Comment expliquer qu'il y ait une lutte un peu inconsciente contre le fait de souffrir et de se dire « Allez, je devrais… »
- Speaker #1
Parce qu'en fait, il a envie d'aller bien. Il dit tout le temps « Ces petits cons ne méritent pas que ça prenne du temps chez moi, il faut que ça aille vite, il faut que je m'en sorte, c'est eux qui devraient être mal et pas moi. » Donc, en fait, il y a un peu cette posture de « Je ne veux pas être mal, je veux aller bien, je veux rebondir. » J'ai eu il n'y a pas longtemps une... une personne qui consulte, sa maison a brûlé complètement et je crois qu'elle avait demandé un rendez-vous en urgence et je crois qu'on l'avait inséré huit jours après l'incendie mais au fait, alors c'est pas grave parce qu'il y a des choses à dire, à vider c'est tellement dur, c'est tellement difficile à traverser, mais on ne peut pas la soigner en fait, quelque part et je pense même qu'il ne faut pas trop vite intervenir parce que il faut que les ressources personnelles de la personne puissent se mobiliser Merci. pour rebondir, parce qu'on a des compétences pour rebondir en nous. On n'est pas égaux par rapport à ces compétences-là, mais on en a. Et je pense qu'une aide trop précoce parfois ne permet pas de mobiliser nos propres compétences et donc ne nous donne pas confiance en nous, en fait, diminue presque l'estime de nous.
- Speaker #0
Est-ce que dans le cas ici de Boris, est-ce que le fait justement de travailler sur l'acceptation, presque la légitimation de ce chagrin et de cette... de douleur et de ses peurs, est-ce que ça entraîne de facto une diminution de l'ampleur de trauma et de la douleur générée ?
- Speaker #1
Alors, oui, moi je pense que le fait d'accepter, le fait d'avoir peur dans un premier temps, et de se dire je vais donner du temps, et d'ailleurs une des questions que je pose souvent, c'est de dire, ici pour Boris par exemple, aujourd'hui ça fait, je crois que ça faisait 35 jours, qu'il était Après l'événement, vous êtes venu, est-ce que vous êtes mieux, moins bien, idem, par rapport à une semaine après ou par rapport au lendemain ? Pour que la personne se rende compte qu'en fait, il y a déjà une digestion qui se fait, qu'elle prenne conscience et confiance dans le fait que les choses se font naturellement. Comme pour une blessure physique, si je me blesse, je tombe, je me blesse le genou. Je ne peux pas attendre que deux jours après, il n'y ait plus rien à mon genou. Si je l'ai ouvert, je l'ai ouvert et il faut que ça cicatrise. Et en fait, autant on l'accepte pour une blessure physique, autant pour ce qui est psychologique, on a envie de tourner la page, que ça avance, de repartir et d'être comme avant. Et souvent, c'est ça que les gens disent. Ils disent « je veux de nouveau être comme avant » . Et donc, dans certains cas, ça revient tout seul d'être comme avant. Dans d'autres cas, bien évidemment, il faut se faire aider. Et il y a des outils. Et d'ailleurs, avec Boris, en partie, je travaille avec l'hypnose. Et donc, on peut utiliser des outils comme l'hypnose, la thérapie brève fonctionne aussi, pour travailler sur les traumas, pour aider la personne à dépasser cette expérience émotionnelle violente et la remplacer par des expériences émotionnelles qui vont être réparatrices. Par exemple, avec Boris, on a travaillé aussi sur retourner dans la rue, une rue pas trop anxiogène, et puis de plus en plus reprendre des petits risques qui font que… ils se sont de nouveau capables de le faire et plus ils se sont capables, plus c'est facile de continuer à avancer.
- Speaker #0
J'allais effectivement poser la question, dans le cas de Boris, s'il y a une agression dans un train, ça peut être plein de choses différentes, mais est-ce qu'il faut presque parfois se forcer à se confronter ? J'imagine que c'est le cas, mais avec des degrés et une progression.
- Speaker #1
Voilà, il faut vraiment prendre le temps et respecter des degrés. Mais oui, en fait, si on ne s'y confronte pas, évidemment qu'on va garder comme diabolique le lieu où s'est passé le problème. Je pense à ma fille qui était à Zaventem au moment des attentats de Bruxelles. Et si elle n'était jamais retournée à l'aéroport, aujourd'hui, on est dix ans après, elle aurait été incapable d'y retourner. Alors que le fait d'y être retournée assez vite, d'abord chercher quelqu'un à l'aéroport, etc., c'est aidant. Les premières fois, évidemment que c'est en tremblant, évidemment que ce n'est pas de guider de cœur, mais je pense vraiment qu'il y a une confrontation courageuse, je dirais, qui est un peu obligatoire. et qui va redonner à la personne de la force qui va la faire redevenir entre guillemets comme avant, même si la blessure reste là, le souvenir reste là. L'idée vraiment c'est de permettre à la personne de transformer cet élément traumatique en un souvenir qui fait partie de sa vie, qu'elle accepte qu'il soit dans sa vie et avec lequel elle peut vivre et bien vivre.
- Speaker #0
C'est l'idée de la cicatrice, la blessure a guéri, on voit la cicatrice qui est là, donc elle fait partie de nous. mais elle n'est plus merci beaucoup Marina, à la semaine prochaine avec plaisir,
- Speaker #1
à bientôt Valentin merci de votre écoute ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine donc nous vous remercions du fond du coeur et nous espérons vous retrouver très bientôt