- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous sur le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler cette semaine de Sophie, prénom d'emprunt. Sophie a deux enfants de 6 et 9 ans. Ça fait deux semaines maintenant qu'ils ont repris les cours, qu'ils ont repris l'école et Sophie sent déjà que ça ne va pas aller du tout.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Valentin.
- Speaker #0
C'est la rentrée pour tout le monde et tu as reçu une maman sur ce thème, Sophie, 42 ans, qui a donc deux enfants de 6 et 9 ans. ce fit qui... chaque année appréhende un petit peu sa période de l'année et qui se rend compte une fois plus cette année que la situation devient déjà complexe à gérer.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc, elle réalise qu'elle est repartie un peu dans les mêmes travers. Enfin, elle ne voit pas vraiment ses travers à elle, mais en tout cas dans les mêmes problèmes, dans la même lourdeur, dans le même sac à dos énorme à porter. En fait, à partir du moment où les enfants reprennent l'école. Et voilà, chaque année, elle se dit « ça va aller mieux cette fois, ils grandissent, ils vont être plus autonomes, etc. » Et elle se rend compte qu'en fait, non, elle est tout le temps derrière eux, elle doit tout le temps gérer, etc. Donc en fait, c'est entre le pique-nique, le sac de piscine, de gym, les affaires, les devoirs à faire, le fait des activités scolaires qui, en plus, n'ont pas encore tout à fait repris, en tout cas pas toutes. mais déjà, elle se rend compte qu'il y a eu un sac de piscine oublié, etc. Et que si elle n'est pas tout le temps en train de rappeler à ses enfants ou à son mari, elle dit que son mari est hyper de bonne composition, il a envie de faire aussi, il essaye de vraiment participer, mais elle dit qu'il n'a pas l'idée. Et donc, si je ne lui rappelle pas, il ne va pas penser. Si je ne lui dis pas « tu peux faire des pique-niques ce matin » , une fois que je lui demande, il les fait, etc. C'est super, mais elle dit que si elle ne le demande pas, il ne les fait pas. Et donc, c'est elle qui doit tout le temps. tout penser, tout déléguer ou faire. Et finalement, aux enfants, elle n'arrive même pas vraiment à déléguer parce qu'elle n'a pas tout à fait confiance sur le fait qu'ils vont le faire, etc. Et donc, elle est en train de courir, elle recourt à midi, il faut acheter un petit sandwich pour ramener à sa fille, puis oublier le sandwich, enfin voilà, c'est un peu infernal. Elle est sans arrêt, donc en train de courir derrière le temps. et de courir derrière ses enfants et sur leur dos, elle a l'impression.
- Speaker #0
On s'entend bien, on imagine bien quand tu racontes tout ça qu'elle est en train de s'épuiser physiquement, énerveusement. Est-ce qu'elle arrive avec une demande spécifique te concernant ?
- Speaker #1
Oui, en fait, ce qu'elle demande, c'est de l'aider à se protéger elle-même parce qu'elle dit qu'elle ne va pas tenir si jamais ça repart comme l'an dernier. En plus, elle est plus stressée parce que sa plus jeune est en primaire maintenant, et donc a des devoirs, etc. Donc c'est un truc en plus pour qu'elle la gère. Et alors qu'elle s'était dit, je vais essayer d'être cool, de reprendre ça de manière… ça roule de manière plus fluide, elle ne parvient pas en fait à tenir cette espèce de promesse qu'elle s'était faite, de lâcher un peu prise, etc. Mais moi, les devoirs doivent être faits, c'est incontournable. Quand ils sont engagés à une activité extrascolaire, il faut qu'ils y aillent, il faut qu'ils aillent leur matériel, etc. Et donc, voilà, elle a une espèce de pression permanente qu'elle se met et que la société, je pense, aussi lui met, parce que là, ce sont des attentes de la part des profs qu'effectivement, elle doit reçoit faire. Et quand un enfant de 6 ans fait passer de voir, c'est vers les parents qu'on se retourne, évidemment.
- Speaker #0
Donc, elle se dit, si moi, je ne suis pas disponible et présente et dans l'anticipation à 200%, tout ça ne sera pas fait. Ou en tout cas, pas possible.
- Speaker #1
C'est ça, c'est ça. Et c'est un peu là que moi, je vais commencer à lui recadrer. D'abord, je vais un peu utiliser ce qu'on appelle une peur plus grande en lui faisant prendre conscience que si elle continue à faire tout comme ça, jamais, quelque part, ses enfants ne s'y mettront. Parce qu'ils n'ont pas de raison de s'y mettre, puisqu'elle est là, puisqu'elle y pense. Et donc, on va réfléchir ensemble à comment elle va pouvoir lâcher. Et si sa fille oublie son pique-nique, il n'y a pas de pique-nique. Elle ne va pas mourir de faim, elle est nourrie de tous les autres repas, etc. probablement un enfant va lui partager, mais peut-être qu'elle aimera moins ce que l'enfant va lui donner. Mais c'est justement ça qui est peut-être bien. Tandis que je lui disais, si en fait la fille sait que le pique-nique, il arrive quand même quoi qu'il advienne, elle n'a pas besoin d'y penser. Et donc, on a travaillé pour se protéger elle-même, parvenir à construire ses enfants, amener ses enfants vers plus d'autonomie. Vraiment essayer que tout doucement, on est au tout début, je viens de la voir, etc. Mais l'idée, le chemin, ça va vraiment être de se dire, sur quoi est-ce que je peux lâcher si je rappelle qu'une fois le sac de piscine et qu'ils n'ont pas le sac de piscine et puis peut-être à un moment donné, le problème ne sera plus du tout. Mais l'idée, c'est qu'elle ne soit pas en train tout le temps, comme elle en a l'impression, de répéter, de répéter. Et ce qu'on a vu ensemble, c'est qu'évidemment, quand elle répète, qu'elle rappelle, ça fonctionne bien. Son mari fait, ses enfants plus ou moins ont leurs affaires parce qu'elle est derrière, elle est derrière. Mais ça fonctionne bien à court terme. Et puis, elle se retrouve en joint sur les genoux et voir, voir, je craque plus tôt, puisque ici, c'était sa crainte, c'était de dire, je ne vais pas tenir le trimestre. Et donc, effectivement… L'idée, c'est de trouver quelque chose qui va fonctionner à moyen et long terme et qui va en plus être un peu, j'ai envie de dire, la base de l'éducation. On vise quand même à rendre nos enfants autonomes. Et donc, ça rentre aussi dans ses valeurs à elle. D'ailleurs, elle le dit. Elle dit, comment est-ce qu'ils ne pensent pas ? Je voudrais commencer à y penser. Mais ce dont elle ne se rendait pas compte, je pense, c'est que plus elle fait à leur place, plus elle comble les troubles, les manquements. moins ils vont commencer à prendre et y penser. Et en fait, son objectif, elle le sabote elle-même en voulant bien faire, en voulant évidemment bien faire.
- Speaker #0
C'est très intéressant parce qu'on imagine que quelqu'un qui vient en sachant qu'elle a déjà eu des problèmes par le passé, finalement une situation est en train de se répéter, on imagine qu'elle ait pu prendre des bonnes résolutions pendant l'été en disant « allez, c'est rentré ici, je l'apprends plus cool » . Ça montre aussi, j'imagine, que se lâcher prise est difficile. Comment est-ce qu'en cas de résistance, Je ne sais pas si c'était son cas, elle, mais comment est-ce qu'on peut essayer d'amener ça, de travailler ça progressivement pour qu'à terme, effectivement, elle puisse accepter un matin de se dire, ben voilà, s'ils ne font pas leur partie, ou si mon compagnon ou mon époux ne le fait pas, tant pis, c'est un risque que je peux prendre. On imagine que ce n'est pas quelque chose, peut-être que si, qui se développe facilement pour Sophie dans ce cas-ci.
- Speaker #1
Alors, ce n'est pas forcément facile. Ici, elle est assez prête à l'entendre parce que c'est dans la peur. de se dire « je ne vais pas tenir » . Et donc, évidemment, tout dépend de, j'ai envie de dire, du degré de souffrance, ce n'est pas très drôle à dire, mais de la personne. Plus la personne souffre, quelque part, plus elle est prête à changer ce qu'elle fait, à prendre des petits risques sur d'autres choses. Et ici, elle se rend compte qu'elle préfère que finalement sa fille, de temps en temps, peut-être n'ait pas à manger, ou que son mari soit confronté au professeur tout de suite, parce qu'elle fait toujours tampon aussi quand il y a un problème, que de se retrouver, elle, effondrée à la fin du trimestre. Et on a vraiment beaucoup travaillé là-dessus. C'est pour ça que j'utilise un peu une peur plus grande, c'est de dire, si vous êtes effondrée, vous ne serez plus là pour rien du tout. Or, il y a des choses basiques, peut-être, que vous ne voulez pas lâcher pour l'instant. Et donc, on va à la fois travailler pendant la séance sur le fait qu'elles prennent conscience que le risque, en fait, est beaucoup plus grand de continuer comme elle fait que de changer, pour que, du coup, elle bascule vers « je suis prête à changer » . Et en plus, bien évidemment, quand on lui propose des choses en fin de séance, je vais lui proposer des petites choses à lâcher. Je ne vais pas tout d'un coup lui dire de laisser ses enfants cuisiner quand ils ont 6 et 9 ans. Enfin voilà, ce n'est pas possible. Donc, on va aller sur des petites choses, genre le sac de piscine, le pique-nique. Alors, il faut aussi aller voir en fonction de chaque maman. Ici, on parle d'une maman, mais il y a des mamans pour qui le pique-nique, ça va être impensable, alors que la piscine, voilà, c'est imaginable. d'autres mamans où ça va être l'inverse, des mamans où tout ce qui est école, c'est intouchable, alors que les activités parascolaires, on peut commencer là à prendre l'autonomie à leurs enfants là-dessus parce que, au fait, l'idée, ça va être de permettre l'erreur et de laisser un enfant ou l'autre enfant ou le papa vivre des conséquences d'une erreur. Et donc, il faut que ces conséquences soient acceptables pour la maman. En fait, c'est là qu'on doit aller, et c'est du sur-mesure, bien évidemment, avec chaque maman. Et si, je dirais, des auditeurs qui nous écoutent, Maintenant, on se dit, moi, je suis un peu comme Sophie, réfléchissez à ce que vous êtes prêts, vous, à lâcher pour faire grandir vos enfants, pour les rendre plus autonomes. Mais ne vous dites pas, voilà, c'est pas parce qu'ici, on a parlé comme exemple des piqueniques, qu'il faut se dire le piquenique, parce qu'on peut se dire, non, mais ça ne ment jamais, le piquenique, jamais, c'est pas pensable. Et donc, voilà, il faut que ce soit vraiment adapté à la personne. Et chaque personne doit pouvoir, du coup, choisir. Mais c'est une manière de progresser soi-même. puisque je progresse du coup vers le lâcher prise, et de faire grandir ses enfants, donc j'ai envie de dire que c'est un peu double gain.
- Speaker #0
On parle beaucoup des enfants, si on parlait un petit peu de son, je ne sais pas si vous avez parlé de son mari, son époux. Là, dans ce que j'entends, je n'étais pas avec toi en séance quand tu as reçu ce film, mais on va se rendre un petit peu seul par rapport au nombre de tâches à affronter. Comment ça se passe avec son compagnon ? Comment est-ce qu'on explore justement ? Est-ce que tu as exploré dans ce cas précis la façon dont il y a éventuellement un partage ou vraisemblablement pas de partage de tâches ? Et quel rôle elle joue aussi dans cette répartition ou non-répartition des tâches ?
- Speaker #1
En fait, il y a une répartition des tâches. Le seul truc, c'est qu'elle continue toujours à rappeler. En fait, elle me dit, on fait autant l'un que l'autre. Mais elle, elle a tout dans la tête. C'est cette fameuse charge mentale dont on parle beaucoup. Et elle, elle porte cette charge mentale-là. Et donc, pour elle, ce qui est lourd, c'est de rappeler à son compagnon. Mais voilà, je lui ai montré que, plus elle rappelle, moins lui a l'obligation de s'en rappeler tout seul comme un grand. Parce qu'ils ont justement réparti à deux les tâches. tâches et elle trouve que c'est très équitable mais voilà, elle garde n'oublie pas de faire les courses, n'oublie pas ceci, n'oublie pas cela et donc elle porte quand même, pas l'action mais oui, la charge mentale on ne peut pas le dire autrement et donc là-dessus, évidemment, oui on va travailler aussi de la même manière en disant, ben voilà, il ne fait pas les courses il ne fait pas les courses, qu'est-ce qui se passe ? il va être désolé etc, oui, ok, et puis ? et puis, qu'est-ce qui se passe ce soir ? On a besoin du lait pour la petite. Et donc, on va aller travailler vraiment avec elle sur le fait qu'elle puisse, comme pour les enfants, prendre le risque de la conséquence pour que la conséquence, idéalement, devienne pénible pour l'autre qui se rend compte qu'il n'a pas fait sa part de contrat.
- Speaker #0
Oui, d'autant que dans ce cas-ci, il est probable qu'il l'efface, les courses. En plus, c'est quelque part pour elle qu'il peut prendre le risque que...
- Speaker #1
Et dans ce cas-ci, en plus, elle me dit... il va être mal s'il ne l'a pas fait, parce que c'est quelqu'un qui est tout à fait bien. Ce n'est pas un gars qui essaie de s'accouler douce, elle dit, il essaie de faire. Donc elle m'a dit, s'il verrait déjà qu'il n'est pas fait, il ne serait déjà pas bien. La question derrière, c'est qu'il ne peut pas être inconfortable. Il pourrait se dire, je ne fais pas les courses, c'est pas grave. Mais ici, ce n'est pas le cas, en tout cas, dans ce cas-ci. Si c'était le cas, c'est vrai qu'alors, il faudrait aller chercher où on peut le mettre quelque part dans l'inconfort lui, pour qu'il ait des... conséquences, parce qu'on revient toujours à ces fameuses conséquences qui font bouger les gens, qui font évoluer, qui font changer.
- Speaker #0
Merci beaucoup Marina, à la semaine prochaine.
- Speaker #1
Avec plaisir. Si vous avez aimé cet épisode, mettez-nous des étoiles, elles permettront à d'autres personnes d'entendre ce podcast et de découvrir également des pistes pour avancer autrement.