- Speaker #0
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Si face à un problème, vous vous êtes déjà dit, j'ai tout essayé, je ne sais plus quoi faire, vous êtes au bon endroit. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique. Aujourd'hui, je suis avec Cathy Anchini. Les mamans ont vu deux enfants et aussi la directrice opérationnelle de Virage, elle va me challenger pour un épisode adressé spécifiquement aux parents. Bonjour Cathy.
- Speaker #1
Bonjour Marina.
- Speaker #0
On se retrouve et c'est pour parler toujours de la famille, puisque c'est un peu notre sujet ensemble. Et aujourd'hui, on a choisi de parler, c'est la demande d'une maman en réalité. Elle demandait un peu s'il y avait des pistes. Pour aider des parents qui se retrouvent dans la situation où leur enfant, ici c'est un garçon de 15 ans, se retrouve avec une copine, une première petite copine, quelque part la première fois que c'est un peu sérieux, que les parents la rencontrent, etc.
- Speaker #1
Et que faire, que dire, comment se conforter,
- Speaker #0
et puis ça peut être aussi compliqué quand on n'aime pas trop. Voilà, voilà.
- Speaker #1
Ça va pas piquer. Comment faire pour gérer la situation de notre petit garçon qui n'en est plus un ?
- Speaker #0
C'est ça, déjà il y a cette première étape.
- Speaker #1
qui nous présente une petite amie et avec qui on va devoir quelque part composer dans un premier temps parce que c'est ça.
- Speaker #0
En fait, il y a cette étape déjà pour les parents, c'est un peu notre enfant grandit, il y a quelqu'un qui devient plus important que nous à ses yeux, c'est comme pas rien en fait de s'en rendre compte. Et puis, du coup, ça peut être un espèce de focus. Et ici, la maman, elle dit, voilà, il passerait bien toute sa vie avec elle. Il est scotché sur son téléphone pour échanger avec elle tout le temps, etc. Et donc, ce n'est pas forcément facile à gérer. Et en plus, quand on apprécie à moitié la personne, c'est encore plus compliqué. Et donc, c'est important, je me dis peut-être, de commencer par se dire, d'abord, il y a un travail un peu personnel de deuil. de notre petit enfant, d'acceptation du fait qu'il grandisse et d'acceptation qu'il aille vers quelqu'un d'autre. Ça, pour certains parents, c'est facile. Certains sont même pressés, qu'il y ait une petite amie qui arrive ou un petit ami qui arrive dans le circuit. Donc ça, à la limite, c'est une première étape qui peut être compliquée pour certains, mais moins pour d'autres. Et donc, on peut s'autoriser, si c'est plus compliqué, se dire « j'ai le droit de pleurer, j'ai le droit de vraiment vivre » . avancer, la tristesse nous fait avancer, en fait, c'est pas agréable à ressentir, mais elle nous permet d'accepter justement des choses auxquelles on doit renoncer.
- Speaker #1
C'est aussi de pouvoir évacuer,
- Speaker #0
culpabiliser,
- Speaker #1
etc. Je me pose la question, est-ce que c'est une bonne idée de le verbaliser avec son fils, de dire, ben voilà, tu as une petite amie, je suis super contente pour toi, mais pour maman, c'est peut-être un peu compliqué, où c'est déjà 31, 15, 16 ans et je suis à côté de la plaque.
- Speaker #0
Moi je pense que ça dépend de la relation qu'on a avec son enfant, de comment on parle facilement de ses émotions avec son enfant, où ce n'est pas du tout le cas. Donc il ne faut pas que ça devienne un pataquès, mais si c'est dans la relation qu'on a habituellement avec son enfant, d'exprimer les choses, etc., je trouve que ça peut être une bonne idée. Oui,
- Speaker #1
on peut presque en rire.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, tout à fait. On peut dire « oui, c'est dur pour moi quand même, une autre femme dans ta vie, enfin voilà. » Oui, tout à fait. Ça peut être un jeu,
- Speaker #1
ça peut être justement un verbaliser pour sortir quelque part l'émotion, tout en en faisant quelque chose, même peut-être une connivence.
- Speaker #0
Oui Oui, exactement. Et ça va être ça, le travail, ça va être quand même de pouvoir garder le lien qu'on a avec son enfant. Et donc, évidemment, le risque, quand on n'apprécie pas trop l'autre, ce serait d'essayer de les séparer. Et là, on a vraiment le risque, en essayant de les séparer, de créer, en fait, une opposition de notre fils ou de notre fille qui va défendre ce nouvel amour qui prend toute la place. Et donc, c'est vrai que ça va être important de pouvoir, parce que finalement, Si on essaie de les séparer mais que ça fait l'effet exactement inverse, c'est-à-dire que ça les renforce entre eux et que ça nous éloigne, ce qui est souvent une des situations qui arrive quand même assez souvent. Je me rappelle d'une de mes patientes qui était venue me consulter, même pour ça, tellement elle avait du mal. Sa fille était avec un homme plus âgé, donc elle ne l'appréciait pas, ça la faisait paniquer. Et elle essayait de mettre des limites tout le temps, de cadrer tout le temps. ça ne faisait que précipiter sa fille dans les bras de l'autre, en fait. Et donc, c'est vraiment ça le risque en s'opposant. C'est qu'alors, on perd vraiment tout à fait l'oreille de son enfant, puisqu'on devient un peu l'ennemi. L'ennemi de cette histoire d'amour qui commence, l'ennemi de ce... Voilà. Et donc, ça va être important, et ce n'est pas facile pour les parents, de pouvoir, quelque part, accepter le choix de son enfant. De ne pas tout de suite se dire, et ça, moi, je me rappelle l'avoir vécu aussi avec une de mes filles, de ne pas tout de suite se dire, ça y est, ça va être pour autant... toute sa vie, elle va être avec ce gars-là. Ah oui,
- Speaker #1
c'est le fait que ça pourrait être une période.
- Speaker #0
En fait, c'est ça, il a 15 ans. C'est ça. Il y en a quand même peu qui restent, mais ça peut être paniquant de se dire, elle a choisi telle personne, ça ne me convient pas. Et c'est un peu le cas de la personne qui consultait chez moi, qui disait, mais si elle passe sa vie avec ce type, c'est pas possible, c'est pas possible. Mais bon, l'histoire n'avait que six mois, et puis en plus, l'histoire s'est terminée. Et donc voilà, mais effectivement, pour les parents, c'est ne pas se projeter tout de suite comme si ça allait être. Alors même si on l'aime beaucoup, c'est un risque. Parce que si on se projette trop, on va coincer aussi un peu l'enfant dans ce soir-là, on va mettre une pression. Donc c'est important de rester en fait assez extérieur. Et ce n'est pas facile du tout, et ça d'expérience, je le sais, parce qu'on s'attache en fait aussi. Alors on pourra parler dans un autre épisode de ce qu'on fait quand nos jeunes rompent. la relation, et qu'on s'est attaché soi-même, c'est pas facile pour les parents non plus, ici on est dans le début de la relation, et... C'est vrai que ça va être important de porter une attention particulière sur le fait de garder notre relation avec notre enfant. Et ça, ça ne passe que par le respect de l'autre relation.
- Speaker #1
Et je me pose la question par rapport à cela également. Je me dis, voilà, ils sont en couple. C'est un drôle de mot, je trouve,
- Speaker #0
à quel point ils sont en couple.
- Speaker #1
Comment est-ce que je dois réagir ? Est-ce que je dois inviter la personne pour avoir un œil ? Qu'est-ce que tu en penses ? Comment on réagit ? quand son enfant a sa première petite amie, qu'est-ce qu'on met en place ? Est-ce qu'on doit favoriser des moments où on laisse venir son enfant ?
- Speaker #0
Oui, moi, je laisserais plutôt venir parce que c'est lui qui va gérer un peu est-ce que j'ai envie qu'elle ou il vienne à la maison ? Et je pense qu'il ne faut surtout pas mettre des interdits parce que l'interdit renforce l'envie, parce qu'on va avoir des choses qui vont se passer en cachette. Et donc, ça, c'est un des gros risques. Aujourd'hui, c'est quand même, je me rappelle une amie qui ne voulait pas que sa fille est en train Pas sa nuit avec son copain, mais la retrouver le copain quand même dans le lit de sa fille, chez elle, qui était entrée par je ne sais pas quelle porte. Et donc, effectivement, je pense qu'en mettant des interdits, on risque de renforcer. Je pense que l'idéal, évidemment, mais c'est toujours la même chose, c'est de garder le dialogue qui fait qu'on garde l'oreille de notre enfant et qu'on peut donner des avis qui sont écoutés et entendus par l'enfant. Mais s'il a l'impression que c'est systématiquement négatif, il ne nous écoutera plus et au contraire, il va se braquer. S'il a l'impression que c'est systématiquement interdit, limité, il va chercher à contourner les limites, ou il ne va même plus demander les choses, en se disant de toute façon, maman dira non. Et donc l'idée, c'est vraiment une ouverture, en fait, qui n'est pas facile, donc de se dire, voilà, s'il veut la ramener plus, ben oui, elle est bienvenue, etc. Et en même temps, de pouvoir dire, voilà, non, pour les vacances, là, par exemple, on a prévu de partir en famille, c'est en famille. Et bien c'est vrai que ça va être difficile pour toi. Voilà.
- Speaker #1
cadre dès le départ, anticiper un peu cela ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si je l'anticiperais, mais en tout cas au moment où la question se pose par l'enfant où il dit « Oh, mais je n'ai pas envie de partir avec vous à Toussaint, à la mer » , et on sent bien qu'en fait il n'a pas envie, parce qu'il a surtout envie d'être avec elle, alors ça peut être, elle peut venir passer une journée, ça dépend comment c'est jouable aussi, si je pars à l'autre bout de la France, c'est plus compliqué que si on part à une heure d'ici et qu'en train elle peut rejoindre pour une journée. Donc, je pense qu'il y a vraiment une souplesse à avoir, un côté hyper adaptatif d'essayer d'entendre notre enfant, de garder nos valeurs quand même présentes et notre cadre. Et donc, de pouvoir, et c'est justement pour ça que c'est important de garder son oreille, pouvoir maintenir notre cadre tout en reconnaissant que ça va être dur pour toi. Ouh là là, cinq jours sans la voir, c'est vrai que ça va être terrible, je m'en rends bien compte, etc. Bon, heureusement, tu as ton téléphone. Et pouvoir essayer de trouver un compromis, mais même comme avec les petits-enfants, moi j'ai souvent gardé le cadre tout en reconnaissant les émotions difficiles que notre enfant peut traverser.
- Speaker #1
C'est ça, ne pas lâcher prise sur le cadre qui est mis, parce que si on laisse une porte ouverte après…
- Speaker #0
Après oui, alors ce n'est plus nous qui sommes dans le cadre, alors ça peut être une décision de se dire, voilà, moi il a 16 ans, il décide exactement ce qu'il veut, ça peut être cette position-là. Mais donc, notre cadre, c'est qu'il décide ce qu'il veut, quelque part. Mais donc, c'est important de savoir ce qui est OK pour nous ou pas. Et puis, c'est important aussi parce que si on ne le fait pas, si, imaginons, on avait décidé de partir à la mer en famille, puis on se dit, bon, on accepte d'emmener la petite copine avec, en fait, elle risque de nous déranger tout le temps et ça risque de créer une animosité.
- Speaker #1
Une tension.
- Speaker #0
Oui, une tension, parce qu'on se dit, je m'en sors ma chic, je l'ai pris, j'ai pas envie. On a déjà parlé, Cathy, rappelle-toi, avant les vacances, comment les vacances sont déjà pas simples en famille. mais si on rajoute un élément extérieur, source de tension, parce que parfois ça peut être très chouette de rajouter un élément extérieur. Mais c'est vrai que rajouter un élément extérieur alors qu'on n'en voulait pas, on se complique déjà les vacances à l'avance.
- Speaker #1
Et pour sortir un peu des vacances, je me demandais si les études s'en ressentent. Comment pourrait-on réagir en tant que maman sans cristalliser tout cela et pouvoir favoriser un peu de souplesse ?
- Speaker #0
Oui, c'est une très bonne question, parce que ce n'est pas facile et qu'effectivement, ça peut prendre tellement une place énorme qu'on peut voir les résultats scolaires chuter, etc. Je pense que, de nouveau, en fait, on va devoir responsabiliser notre enfant. De toute façon, on ne peut pas travailler à sa place, même si parfois, on aimerait bien. Et parfois, on va être derrière, etc. Et je pense que plus on va pouvoir garder une relation chouette avec lui, plus il va pouvoir entendre. Alors après, ça va dépendre. Il y a des enfants pour qui ça va être important de réussir à l'école. et donc ou si on les met en garde en disant « mais regarde un peu tes poings, ils vont faire attention » , parfois je trouve que, étonnamment, le fait d'avoir une petite amie pour un garçon peut faire quoi monter les côtes ? Parce que par orgueil… Par fierté. Donc, on peut utiliser cette carte-là aussi, comme parent. Oui,
- Speaker #1
comme levier.
- Speaker #0
C'est ça, rappeler que peut-être elle serait plus fière de lui que s'il double. Bon, ce serait... Peut-être qu'il y a un risque qu'elle soit déçue ou qu'elle se dise... Après, ça dépend des jeunes, mais c'est quelque chose qui peut quand même fonctionner aussi. Mais je pense que, de toute manière, c'est vraiment important de lui donner... l'autorisation de moments avec elles pour pas qu'ils doivent les voler. Parce que s'il doit les voler, quelque part, on risque alors qu'il les prenne sur le temps de travail scolaire, sur les moments familiaux. Et puis ça peut tourner très vite aussi aux mensonges, aux cachotteries. Puisque c'est interdit, je le fais en cachette.
- Speaker #1
Il va mettre une situation dans laquelle il ne voudrait pas être, dans laquelle quelque part il se retrouve coincé puisqu'il n'arrive pas à gérer les différentes facettes.
- Speaker #0
Exactement. Exactement. Et donc, on risque de le mettre plus en difficulté qu'autre chose. Et finalement, nous, on en voudra à la personne extérieure qui le tire vers le mal, entre guillemets, alors qu'on fait partie du système et que quelque part, notre manière d'agir va évidemment avoir de l'impact sur comment il gère cette relation-là.
- Speaker #1
Tout à fait. Et donc, si on devait résumer, si on essayait de résumer en quelques mots ?
- Speaker #0
Alors, je dirais l'ouverture, la souplesse, donc vraiment se dire, voilà. après avoir fait le deuil peut-être de notre enfant juste à nous, peut-être l'ouverture, la souplesse, le dialogue, évidemment. Alors ça paraît bateau, je trouve, de le dire comme ça en quelques mots.
- Speaker #1
Ça paraît facile.
- Speaker #0
Ça paraît…
- Speaker #1
En quelque part.
- Speaker #0
Je ne suis pas sûre, oui, peut-être, peut-être.
- Speaker #1
Mais comme ça, justement, on peut le faire.
- Speaker #0
Ah voilà, on peut le faire. Mais du coup, je pense vraiment que ce qui est vraiment important, c'est quand je dis ouverture et souplesse, c'est vraiment cette souplesse d'actualité. accueillir leurs émotions et de vraiment pouvoir les rejoindre et dire, « Oui, c'est vrai que c'est dur pour toi. Oui, maintenant, tu as cet examen de maths. Ce week-end, c'est mieux de ne pas l'avoir. » Et parfois même de dire, je me vois dire encore aussi aux enfants, « Stop ce week-end, moi, je te l'interdis. » Et tu lui dis, « C'est stop. » Et c'est parfois plus facile pour eux d'avoir des parents qui mettent un cadre que d'avoir une ouverture complète. donc il y a aussi des choses Je pense que c'est important de dire qu'on reste les parents. Ils n'ont que 15 ans. Ils ne peuvent pas toujours tout gérer. Et donc, c'est important qu'on les aide à mettre des limites aussi à cette relation, tout en accordant de la place à la relation, du respect pour cette relation, et pas non plus la mettre complètement de côté, parce que là, on va en tout cas tout perdre.
- Speaker #1
Tout cristalliser.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Merci Marina pour toutes ces bonnes pistes.
- Speaker #0
Avec grand plaisir et à très bientôt Cathy.
- Speaker #1
Belle journée.
- Speaker #0
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