- Speaker #0
Parlez-moi d'ailleurs, un podcast Voyages Gallimard. Bienvenue ! Aujourd'hui, laissez-vous raconter l'Alsace par celles et ceux qui la vivent.
- Speaker #1
L'Alsace, c'est plein de jolis clichés et c'est plein de pépites cachées. C'est une région à découvrir d'abord par les grands classiques et qui après va être très surprenante.
- Speaker #0
L'Alsace peut-elle surprendre ? C'est un grand oui pour Marcelle Ratafia, chroniqueuse culinaire qui se définit comme une aventurière du terroir. Elle est aussi l'autrice du guide de voyage Coups de cœur Alsace aux éditions Voyages Gallimard. Des colombages, des géraniums aux fenêtres et des nids de cigognes sur les cheminées, vous en verrez. Vous pouvez aussi vous éloigner des villages pour goûter une nature luxuriante, découvrir la beauté des lacs vosgiens et des forêts de sapins. En faisant une halte, bien sûr, dans l'un des vinstub alsaciens que vous ne manquerez pas de croiser en route pour goûter un plat typique, évidemment.
- Speaker #2
Quand on sort d'Alsace et qu'on parle d'Alsace, on nous parle souvent de choucroute. qui est quand même plutôt un plat de fête, en tout cas c'est quand même un petit peu plus rare. C'est des plats très riches avec des grosses prépas, alors qu'au quotidien, et toujours actuellement, je pense que les plats que les Alsaciens mangent le plus, des spätzle, des tartes flambées, c'est souvent aussi, on aime bien en manger quand on sort principalement, ou alors un petit peu dans le jardin.
- Speaker #0
Et après Marcelle Ratafia en première partie de ce podcast, c'est Julien Monteiro qui vous dévoilera les dessous de la gastronomie alsacienne en deuxième partie. Il est le chef du Schmoutz, un restaurant de tarte flambée alsacienne situé rue Saint-Maur à Paris. Enfin, ce podcast s'achèvera avec la lecture d'un extrait du roman de Véronique Ovaldé, « Personne n'a peur des gens qui sourient » . Bien sûr, il y a Strasbourg et son centre historique inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il y a Colmar, ses ruelles pavées et ses maisons renaissances qui côtoient les maisons au célèbre colombage. Mais il y a aussi toutes les autres villes et villages au passé industriel, accrochées à un rocher ou traversées par des rivières quand ils ne sont pas perchés dans la montagne. L'Alsace, c'est tout cela à la fois, relié par des vignes qui font la réputation de la région. Marcelle Ratafia parcourt le territoire en famille depuis son enfance. Et ses vignes, c'est notamment ce qui la séduit.
- Speaker #1
C'est une terre absolument incroyable de ce côté-là, puisqu'elle ressemble à tous les terroirs du monde entier dans un sol qui est extrêmement petit. Toutes les complexités géologiques sont présentes en Alsace, ça c'est très étonnant. Et c'est aussi des points de vue fabuleux, c'est-à-dire que si on prend l'Alsace sous l'angle du vin, toutes les balades, toutes les découvertes peuvent être absolument fascinantes. Et ça peut-être qu'on le sait un peu moins que la partie image d'épinal qui est aussi très très vraie de l'Alsace éternelle, des petits villages avec les maisons à colombages qui sont absolument charmants.
- Speaker #0
Parce que l'image qu'on a tous en tête de l'Alsace avec ses colombages, avec ses noms de villages aussi à rallongement imprononçable, c'est vraiment ce qu'on va trouver sur place. Le cliché ou l'image véhiculée est vraiment l'Alsace. Ce n'est pas surfé comme on peut le constater parfois sur d'autres destinations.
- Speaker #1
Non, ça n'a rien de surfait et c'est très vrai. Et peut-être que c'est aussi un vrai réconfort de savoir qu'en France, il y a une région comme ça où on arrive et où les petits villages sont absolument adorables. Et oui, il y a beaucoup de touristes, c'est vrai, dans des endroits précis comme Colmar par exemple. Mais on peut très bien arriver dans un de ces petits villages et se balader d'ailleurs entre les villages et profiter vraiment sans avoir les boutiques à touristes et les... Ce phénomène qu'on peut voir parfois qui est un petit peu pesant dans d'autres coins très visités eux aussi. En fait, c'est même étonnant de voir à quel point il est facile, par exemple sans voiture, de se balader en Alsace et de faire ce genre de découverte. C'est-à-dire qu'un simple voyage de Strasbourg à... À Colmar par exemple, où le TER suit le sillon de la plaine, de part et d'autre, il y a tout à visiter. Et c'est possible à pied, c'est possible à vélo, c'est possible avec des bus. Et ce qui est génial, c'est que, difficile de savoir exactement ce qui nous attend, mais une fois qu'on y est, on se dit, oh là là, comme c'est mignon. Et quand je sors du village, je fais deux kilomètres et j'arrive à un autre endroit et c'est fabuleux. On le sait sur l'Alsace, c'est effectivement comme ça, mais est-ce qu'on sait assez ? La diversité de tout ce qu'on peut découvrir en dehors des grandes villes et des pôles extrêmement connus.
- Speaker #0
Et toi, est-ce que tu as un village qui serait ton village préféré ?
- Speaker #1
C'est difficile de faire un choix, mais j'adore Mittelbergheim.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Mittelbergheim, c'est un petit village au milieu des vignes. Côté barin, ce n'est pas le plus visité, c'est particulièrement mimi. Mais pas seulement, c'est aussi une terre de caractère, parce que c'est le berceau du vin nature. Depuis quelques années, il y a une vraie communauté, il y a un vrai esprit de ruche du côté de Mittelbergheim qui est absolument fascinant.
- Speaker #3
Je suis contente que ce soit toi mon guide.
- Speaker #4
Bienvenue à Mittelbergheim. Merci beaucoup. Je suis un invité de l'IA.
- Speaker #3
Je pose mon vélo ?
- Speaker #4
Oui, je t'en prie. Ah bon ?
- Speaker #3
Vas-y. Alors, je veux tout savoir.
- Speaker #4
Figure-toi qu'ici, on concentre pas moins de 80 maisons datant de la Renaissance. C'est tout à fait exceptionnel en Alsace.
- Speaker #3
Où sont passés les colombages traditionnels ? les couleurs qu'on a vraiment l'habitude de voir en Alsace.
- Speaker #4
À partir du moment où les vignons ont fait fortune grâce à la même viticole, ils ont pu se permettre de démonter les maisons de colombage pour les remplacer par de somptueuses demeures tout en pierre. C'était pour exprimer l'opulence de leur propriétaire. Mais le plus intéressant, c'est sous nos pieds, chaque maison ici a sa propre cave creusée et dont a été extraite toutes les pierres qui ont permis en partie leur construction.
- Speaker #1
On a cet ancrage de la vigne très important. important, mais aussi d'une certaine convivialité. C'est-à-dire que tout est ouvert quasiment tout le temps sur la route des vins. Et ça, c'est aussi un des points très importants de l'Alsace. C'est-à-dire que moi, je me suis retrouvée parfois le 26 décembre ou un dimanche, ou là, où je pense que dans plein d'autres endroits de France, j'aurais trouvé porte-close, et bien pas en Alsace. Et ça, c'est particulièrement réjouissant quand on voyage.
- Speaker #0
Alors, je crois que ça fait plusieurs fois déjà que tu parles de la convivialité ou de l'ouverture des Alsaciens, c'est quelque chose qu'on peut entendre des gens du Nord souvent, mais l'Alsace, finalement, c'est pas ce qu'on entend rarement parler de leur personnalité, de leur ouverture. Toi, qu'est-ce que tu en dis ?
- Speaker #1
L'Alsace, c'est quand même biculturel. Et il y a ce côté très ouvert, justement, un peu à la saxonne, je ne sais pas comment dire ça, du fait d'avoir une parole très franche. Ça c'est très ancré dans la culture alsacienne, de dire les choses avec une certaine franchise, mais sans rugosité. C'est plutôt une bonne humeur assez abrupte. Et ce que je trouve intéressant, c'est que... Dans la culture alsacienne, effectivement, on met en œuvre tout ce qu'il faut pour accueillir, mais sans peser. On est effectivement les bienvenus en Alsace, mais jamais on a l'impression d'être dans quelque chose un peu de l'ordre de la carte postale qui serait complètement fabriquée.
- Speaker #0
Alors, on y va très souvent pour la route des vins, pour les villages, pour les paysages. À côté, que ce soit sur le patrimoine historique, industriel, toi, quelles sont tes préférences sur ces plans-là ?
- Speaker #1
Moi, c'est vrai que j'ai eu un énorme coup de cœur pour Mulhouse, que j'ai découvert sous l'angle du patrimoine industriel, puisqu'il y a des très grands musées, comme le musée de l'automobile qui est extraordinaire et le musée du train. Mais aussi, dans l'esprit de la ville, il y a la cité manifeste, qui est vraiment une utopie ouvrière, qui aujourd'hui est un lieu éclatant sur la création contemporaine, que je trouve vraiment passionnant.
- Speaker #5
Pierre Zemp a eu l'idée de bousculer les codes de la construction. Ce qui se construisait en logement social était très normé, à tel point que ça devenait invivable et pas du tout dans les attentes des futurs locataires. Il a imaginé de demander à un grand architecte, Jean Nouvel, de penser le logement, lui donner carte blanche pour imaginer un logement autrement, bousculer les codes,
- Speaker #6
tant dans la construction que dans les matériaux qu'on utilise. Quand je discute avec mes collègues, mes amis, beaucoup ne connaissent pas la Cité Manifeste.
- Speaker #3
C'est les maisons du lait de Tosca. ondulé assez l'acte habite et oui mais là de ce côté là ça fait un peu d'industrielles mais venait de l'autre côté c'est plus il ya plus de verdure c'est plus convivial et moi ma première réaction quand j'ai ouvert la porte c'est vrai mais c'est
- Speaker #6
fini quand mais c'est fini il regarde les sols c'est du béton moi j'ai ça au travail mais je travaille dans la hangarde Je suis vraiment brut, mais joli, mais brut. Et j'ouvre la porte du garage, et là, la lumière fut. J'ai dit, on le prend. Je n'ai même pas visité le reste, j'ai dit, on le prend.
- Speaker #1
Et d'autre part, on a plein de traces dans cette ville au passé de filature, au passé ouvrier, des quartiers entiers qui sont marqués par cette histoire-là et qui en font quelque chose qui a du sens, comme le quartier DMC par exemple.
- Speaker #0
Le quartier DMC étant le quartier de l'ancienne filature de la marque DMC.
- Speaker #1
Oui, oui. Mulhouse avait tiré sa richesse de son passé de filature et de... sur le tissu. Et DMC était l'entreprise qui fait tout ce qu'il faut pour coudre. Et donc, il y avait un quartier entier dévolu aux villes qui est devenu un quartier, vraiment, avec une identité à part dans Mulhouse. Qui, par ailleurs, a un cœur de ville tout à fait adorable, avec plein de bonnes adresses, qui gagne à être connu, par exemple, par rapport à des villes qui sont déjà archi-représentées dans les guides comme Colmar, par exemple, ou Strasbourg.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu mettrais dans ta valise en souvenir en revenant d'Alsace ?
- Speaker #1
Un peu de poterie. Vers Hagenau, il y a les villages de potiers. Et c'est vrai qu'il y a une tradition de la poterie qui est très jolie, très finement dessinée et très chaleureuse. Et d'autre part, j'aime beaucoup tout ce qui est tissé en kelch. Le kelch, c'est ce tissu à petits carreaux dans des couleurs assez douces qu'on trouve un peu partout et qui est vraiment emblématique de la production.
- Speaker #7
Deux tissus en Alsace. Chez nous, on est tisserands depuis sept générations dans la famille. La génération avant moi, ils ne tissaient absolument plus de tissus comme je fais moi maintenant. Eux, ils ont dû s'adapter à des fibres, à des cotons très fins ou des choses comme ça pour l'habillement. Moi, j'ai dû reprendre les tissus qu'ont fait mes grands-parents et mes arrière-grands-parents.
- Speaker #0
Et pour certaines étoffes, comme celle-ci 100% en lin, Michel préfère le mode manuel.
- Speaker #7
Je préfère en fait le tourner à la main parce que ça va quasiment aussi vite et je suis plus sûr du résultat.
- Speaker #0
On peut faire quoi avec ce tissu ? C'est pour faire par exemple des nappes ou des choses comme ça ?
- Speaker #1
Des nappes, des rideaux, enfin oui le kelch c'est vraiment très domestique.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et d'ailleurs c'est ça que j'aime bien aussi c'est qu'on retrouve beaucoup d'objets en Alsace artisanaux qui ont trait à la maison puisque traditionnellement c'est une région où il faisait quand même... Très, très froid l'hiver. Et donc, on a cette culture du foyer qu'on peut comparer, je pense, au hugue scandinave et qu'on sent quand on rentre chez les gens. Quand on a l'occasion d'aller dans la maison des autres, on se dit qu'effectivement, ce n'est pas quelque chose de tellement habituel dans les autres régions françaises.
- Speaker #0
Et justement, sur la question des saisons, est-ce que toi, tu as une saison préférée pour visiter l'Alsace ?
- Speaker #1
Moi, j'adore l'hiver. J'adore l'hiver et je dirais tout l'hiver. Parce qu'évidemment, il y a la période de Noël où chaque petit village a des fèves assez très chaleureux, très agréables. Mais aussi le reste de l'hiver, parce que peut-être il y a un peu moins de monde aussi et que ça n'empêche pas les balades. Moi, ça m'est arrivé très souvent de me retrouver en janvier, février pour profiter des spas où je reste toute la journée. Je peux même me baigner dehors ou je fais des balades à vélo. et après... De toute façon, il y a cette image de l'Alsace éternelle avec ses fleurs, ses géraniums, tout ça, au printemps. C'est la vérité. C'est vraiment une région où la nature exulte. Que ce soit les vergers, que ce soit les fleurs, les jonquilles, les tutibs, partout, c'est très gay.
- Speaker #0
Si l'on devait résumer l'essence de la gastronomie locale, on pourrait simplement dire qu'en Alsace, vous serez bien nourri. Des produits de qualité pour des plats qui, bien souvent, tiennent au corps. La cuisine locale, c'est une traduction de la générosité des Alsaciens. Julien Montero est originaire du Bas-Rhin. Il a choisi de la partager, cette cuisine, avec les Parisiens dans son restaurant Schmutz où il se fait un point d'honneur à respecter les recettes typiques pour ses tartes flambées en les confectionnant avec des produits locaux. J'ai commencé par le pain. par lui demander quels sont pour lui les marqueurs de la gastronomie alsacienne.
- Speaker #2
Alors c'est une cuisine plutôt, je dirais, un petit peu rurale, ou une cuisine un petit peu brute, des cuisines un petit peu d'antan. On n'est pas sur des cuisines très modernes, c'est des cuisines aussi assez riches. Et je pense que ça doit être en rapport aussi avec le climat qui est un petit peu rude là-bas l'hiver. Donc on a plutôt des plats assez costauds.
- Speaker #0
Qui tiennent au corps.
- Speaker #2
Ça tient au corps, oui.
- Speaker #0
Vous avez des exemples ?
- Speaker #2
Par exemple, des vedalas. Les vedalas, c'est des gros jambonneaux qu'on rôtit, qu'on laque des fois au miel ou au picon. C'est costaud. Il y a du gras, il y a de la viande. On a beaucoup de viande fumée aussi. Ça a ce côté toujours un peu réconfortant les viandes fumées.
- Speaker #0
Avec quoi on sert en général ces viandes fumées ou ces jambons ?
- Speaker #2
Alors, habituellement, on sert ça avec des patates sautées. On peut servir ça avec un petit peu de choucroute ou des spätzle aussi. Des pâtes aux oeufs pochées alsaciennes.
- Speaker #0
qui ont cette petite forme pas tout à fait
- Speaker #2
C'est un peu comme des gouttes de pâte, on fait une pâte et on la passe à travers un tamis. Il y a plusieurs méthodes, il y a aussi une méthode avec une planche à découper. Mais en tout cas elles sont pochées avant, et ce côté poché ça leur donne un peu une forme de goutte ou de petit tortillon très irrégulier.
- Speaker #0
Alors est-ce qu'il y a des plats qu'il faut goûter quand on va en Alsace ? Est-ce que vous avez votre liste de cases à cocher justement, de plats à déguster quand on y va ?
- Speaker #2
Un bon coq au riesling par exemple, c'est vraiment délicieux. Les Chpetzelöch.
- Speaker #0
C'est comme un coq au vin mais avec du riz.
- Speaker #2
C'est ça, c'est une sauce avec un roux blanc, avec un petit peu de riesling. On cuit le coq dans le riesling, ensuite on récupère le bouillon, on fait une sauce avec quelques petits légumes. Et sinon les Chpetzelöch, forcément c'est un des plats phares. On parle souvent en Alsace, en tout cas quand on sort d'Alsace et qu'on parle d'Alsace, on nous parle souvent de choucroute, qui est quand même plutôt un plat de fête. En tout cas c'est quand même un petit peu plus rare. C'est des plats très riches avec des grosses prépa. Alors qu'au quotidien, et toujours actuellement, je pense que les plats que les Alsaciens mangent le plus, c'est peut-être des tartes flambées. Assez souvent aussi, on aime bien en manger quand on sort principalement, ou alors un petit peu dans le jardin, quand on a la chance d'avoir un jardin et un four.
- Speaker #8
Toutes les semaines, on avait la tarte flambée, on faisait du pain, n'est-ce pas ? Et la tarte flambée venait avant les pains, n'est-ce pas ? C'est un autre dîner !
- Speaker #0
Je prends du fromage plein, j'ajoute des oeufs, du sel, je mélange ça, j'ajoute la crème, on met des oignons dessus, des lard. Au milieu du four, dégagé des braises et nettoyé avec un balai humide, la tarte flambée est léchée par les flammes.
- Speaker #2
Alors, les recettes un peu traditionnelles en Alsace, c'est vraiment la nature avec des lardons, des oignons, une gratinée, soit avec de l'alimental, soit avec une tomme alsacienne, et marster. Pareil, c'est gratiné, mais avec du marster. Celle-là, c'est celle qu'on retrouve le plus souvent. agrémenté ou pas de champignons, si ça se fait pas mal, le champignon de Paris. Mais quand on va dans les vins de ch'tubes traditionnels en Alsace, il n'est pas rare de trouver que 3, 4 recettes maximum de tarte flambée.
- Speaker #0
Donc on a le cocorisling, la tarte flambée, est-ce qu'il y en a d'autres encore à tester ?
- Speaker #2
On plaint un petit peu de Madeleine de Proust. C'est le rosebif alsacien. Je ne suis pas sûr que ce serait des recettes qui seraient encore très très à la mode aujourd'hui. C'est du rosebif de cheval qui est cuit dans une sauce au Pinot noir.
- Speaker #0
se mangent pareil, donc à peine cuits à l'intérieur ?
- Speaker #2
Non, non, pas du tout. Là, pour le coup, on laisse cuire la viande très longtemps. On la marine longtemps à l'avance, habituellement au moins trois jours à l'avance, voire plus. La viande est ensuite cuite assez longtemps dans le vin, puis tranchée très finement, parce que la viande de cheval, quand elle est très cuite, elle s'est un petit peu sec. Et c'est noyé dans une sauce, un petit noeud noir avec des petits spätzels. C'était un peu la recette phare de ma grand-mère.
- Speaker #0
Et est-ce qu'on peut trouver cette recette encore dans certains restaurants alsaciens ?
- Speaker #2
C'est de plus en plus rare. rare, mais on en trouve encore.
- Speaker #0
Vous avez des noms de restaurants ?
- Speaker #2
C'est une très bonne question. Ah, à la Cour des Chasseurs, qui est à la Vente-Zeno, c'est une petite ville au nord de Strasbourg. C'est une grosse vingetube traditionnelle.
- Speaker #0
Vous utilisez ce terme depuis tout à l'heure, mais il va falloir m'expliquer une vingetube.
- Speaker #2
C'est le restaurant traditionnel alsacien. C'est l'équivalent du bouchon lyonnais ou de la brasserie parisienne. C'est nos auberges alsaciennes, où on sert vin d'Alsace, bière d'Alsace et tous les plats alsaciens.
- Speaker #0
et en général, où on va trouver une déco à base de kelch ?
- Speaker #2
Oui, c'est ça. Souvent on fait un peu dans le cliché, beaucoup de bois, des assiettes accrochées au mur comme ici, les petites nappes à carreaux de temps en temps.
- Speaker #0
Du côté des fromages, quelles sont les spécialités locales ?
- Speaker #2
Alors on a quelques tomes, mais on n'a pas vraiment de grosse appellation, mais je pense que comme toutes les parties de France, on fait tous des fromages à pâte dure. Et sinon, oui, le fromage phare chez nous, c'est le munster, qui est produit tant côté alsacien que côté lorrain.
- Speaker #9
C'est le lait de ce matin qui a été chauffé à 32 degrés. Et puis on a mis de la présure après. Et une demi-heure après, on a pu le couper. Et quand ils l'ont taillé, on a pu le retourner. Après, tous les deux jours, je vais les retourner et les laver, les mouiller et les retourner. Pour qu'il n'y ait pas de moisissures et qu'ils se conservent bien. Il faut toujours être auprès du meurtre. Comme ça, les crues, il est quand même assez difficile à faire. à le travailler. Comme le munster, il vit, alors il faut aimer le faire, il le ressort aussi, je suppose.
- Speaker #2
Il y a aussi du munster blanc, donc c'est une appellation qu'on n'a pas le droit d'utiliser normalement, parce que munster, c'est vraiment réservé à l'affinage, mais c'est un munster en... En tout début d'affinage, avant l'affinage en fait, quand on a juste le caillé, et ça, ça peut se manger un petit peu en salade, ou alors dans certaines fermes ou certaines fromageries, il ne sale pas le caillé et ça peut se manger sucré.
- Speaker #0
Et ça se présente comment ce dessert ?
- Speaker #2
Ça ressemble à un caillé qui ne se tient pas tant que ça, c'est un peu entre la crème, le fromage blanc, et il peut être plus ferme aussi, certains le font vraiment ferme avec une consistance de mozza, ça, ça va dépendre des producteurs. habituellement on sert ça avec une confiture et pourquoi pas une petite goutte de kirsch.
- Speaker #0
D'accord, donc un peu comme une faisselle, c'est une variante locale. Oui,
- Speaker #2
un peu comme une faisselle, mais ça dépend. Là, la dernière fois qu'il nous en a ramené, le caillé avait un peu cette texture de faisselle, c'est pas toujours le cas. Nous, on a aussi des producteurs avec qui on travaille, on a une texture plus ferme, on le tranche, on met un peu de confiture dessus, un peu de kirsch.
- Speaker #0
Et alors, on arrive au dessert, justement, qu'est-ce qu'il faut découvrir ?
- Speaker #2
Chez nous, par exemple, la tarte flambée à la pomme, flambée, ça c'est un grand classique en Alsace. Tarte flambée à la pomme, à la cannelle, et on la flambe au calvados des fois, on le fait au Ausha à la vieille prune alsacienne. Sinon, en termes de dessert, c'est une bonne question. Qu'est-ce qu'on mange comme dessert ? Je connais des petits trucs sucrés, mais vraiment un dessert phare, on a un peu des forêts noires, comme on est à côté du Schwarzwald en Allemagne.
- Speaker #0
Il n'y en a pas tant que ça, en fait, finalement. On mange plus salé en Alsace.
- Speaker #2
Oui, mais après, on a beaucoup de recettes un peu boulangères, des streusels. Oui,
- Speaker #0
de ce côté-là, on va trouver dans les streusels,
- Speaker #2
il y a aussi peut-être les manelles, les petites brioches, un petit bonhomme de Saint-Nicolas, qu'on trouve aussi par chez nous un peu toute l'année, un peu la même pâte à brioche, mais ça s'appelle les Stollen. On a les Brezel, bon après Brezel c'est salé. Sinon on a un peu les gâteaux traditionnels de la période de Noël, comme les Christollen, qui sont du genre de cake à la pâte d'amande et aux fruits confits.
- Speaker #0
Et on va partir maintenant du côté des vignobles, parce que c'est aussi un gros marqueur alsacien. Vous, est-ce que vous avez des préférences de ce côté-là ?
- Speaker #2
Moi forcément, je préfère le vignoble côté Bas-Rhin, parce que je suis barinois. Même si les grands domaines connus mondialement et les plus prestigieux sont habituellement plus dans le Haut-Rhin. Forcément, il y a le roi des cépages, le Riesling. J'aime aussi beaucoup les petits cépages, comme du Pinot Serrois, Pinot Blanc, Sylvanere. C'est toujours des vins très frais, un petit peu moins alcoolisés, des vins un petit peu de soif, je ne sais pas si on peut dire ça.
- Speaker #0
On va le dire,
- Speaker #2
tant que c'est avec modération. Et sinon, moi j'ai un gros crush, mais c'est un vin qui n'a plus trop le vent en poupe, c'est les muscats alsaciens. Il y a un côté très confit, très exubérant, très aromatique.
- Speaker #10
Sous le nom à l'époque, il s'appelait le Muscateler, et vous voyez, on avait déjà peut-être une incidence alsacienne.
- Speaker #11
Et quel est le climat dont je ne sais pas j'ai besoin pour évoluer correctement ?
- Speaker #10
Il ne supporte pas l'humidité, donc il faut un climat sec, chaud et le moins humide possible. Comme à Colmar, du coup, vous disiez ? Alors voilà, Colmar est vraiment l'endroit idéal parce que c'est la ville plus sèche de France, donc le Muscat en Alsace se porte très bien.
- Speaker #0
Vous prenez plutôt en apéritif, du coup ?
- Speaker #2
Non, ça peut accompagner un repas, puisque comparé à pas mal de régions, c'est des vins qui sont vinifiés secs, donc qui gardent habituellement une belle trame d'acidité, qui balancent un petit peu avec le côté très expressif.
- Speaker #0
Et par exemple, vous privilégiez avec quel type de plat ?
- Speaker #2
Peut-être avec des produits de la mer ou des poissons par exemple. Ça pourrait être pas mal avec une choucroute aux poissons, ça pourrait être pas mal un vin très fruité comme ça.
- Speaker #0
Alors on en trouve des choucroutes aux poissons en Alsace ou pas ?
- Speaker #2
On en trouve des choucroutes aux poissons, la plus connue forcément c'est celle de la maison Kamerze d'Astrasbourg qui est un peu l'inventeur de la choucroute aux poissons. Et pour l'avoir dégustée un paquet de fois, c'est vraiment bon, c'est un peu moins lourd.
- Speaker #0
Et alors du côté des alcools forts, donc il y a la prune.
- Speaker #2
On a la prune, mais on a surtout la couette avant la prune, qui est un peu une prune mais sans le vieillissement en barrique. Et les eaux de vie phare quand même en Alsace, on a les mars, le mars de Gewürz qui est la seule à hopper sur les eaux de vie. Moi j'ai un gros coup de cœur pour la framboise. C'est vraiment un alcool traditionnel chez nous, l'eau de vie de framboise.
- Speaker #0
Qui se prend comme ça à la fin du repas ? Oui,
- Speaker #2
qui se prend à la fin du repas, habituellement un petit digestif. Ou ici on n'hésite pas à le servir aussi en entrée.
- Speaker #0
Et au moment de repartir, qu'est-ce qu'on glisse dans sa valise pour pouvoir soit refaire des recettes chez soi, soit pour agrémenter de manière alsacienne ses repas ?
- Speaker #2
Moi j'ai tendance à prendre des bretzels dans mes bagages, mais si on veut vraiment agrémenter d'une touche alsacienne tous ses repas, je crois qu'on a un petit problème en Alsace avec le maggi. Vous voyez cette sauce maggi ?
- Speaker #0
Vous en mettez partout ?
- Speaker #2
Ouais, on en met un petit peu partout, on a un petit problème avec ça. ça on en retrouve même dans son supermarché du coin ça se retrouve dans le supermarché du coin ah ou sinon ce petit produit alsacien qu'on galère à trouver quand on sort d'Alsace c'est le vinaigre Melfort il a quelle particularité ? c'est un vinaigre qui est préparé avec un La fusion de plantes, c'est un vinaigre un peu plus doux, c'est très spécifique à l'Alsace et à la Moselle parce que jusqu'à assez récemment, je crois que c'est début des années 2000, il était interdit à la vente dans le reste de la France parce que le degré du vinaigre n'était pas assez élevé et donc il ne pouvait pas être vendu comme un vinaigre, donc il n'était pas vendu dans le reste de la France. Mais pour autant, on ne le retrouve pas tant que ça, mais je sens que c'est un marqueur fort. Nous, on en met dans la vinaigrette des salades vertes, ici. très très récurrent d'avoir des Alsaciens qui viennent manger ici et qui nous demandent comment on a fait pour en trouver ici à Paris et qu'assez souvent c'est un des produits qu'ils prennent dans leur sac pour rentrer à Paris et pour survivre à la vie parisienne.
- Speaker #0
Gloria et ses filles vivent au bord de la Méditerranée. Mais alors que la fin de l'école approche en ce mois de juin, elles décident sans attendre de les embarquer pour l'Alsace. Les enfants découvrent la maison nichée dans la forêt de Kaiserheim où Gloria passait ses vacances à leur âge. Mais ce brusque départ ressemble plus à une fuite qu'à des vacances. Vous écoutez un extrait du roman de Véronique Ovaldé « Personne n'a peur des gens qui sourient » publié chez Flammarion et dans la collection de livres audio « Écoutez lire » .
- Speaker #12
Kaiserheim est loin de tout, sauf de la frontière allemande. La ville est minuscule, entièrement pavée. La toiture de la mairie est recouverte de tuiles vernissées bicolores. L'or rouge est celui des géraniums dans les bacs de la rue Piétonne. Un temple protestant et une église catholique ont été construits face à face, se défiant sur la petite place du marché. Dans les quelques boutiques de la rue commerçante, on parle alsacien, qui est une langue qui effrayait Gloria quand elle était enfant. Elle avait l'impression que les gens qui l'utilisaient ne s'en servaient que s'ils étaient en colère ou s'ils complotaient. Kaiserheim ressemble à un village en pain d'épices qui attendrait Noël, qui attendrait la neige. Rien n'a bougé. Le père de Gloria adorait le parfait anachronisme de Kaiserheim. Sa mère haussait les épaules et ne semblait trouver de satisfaction que dans la dévoration quotidienne de deux tartelettes à la myrtille de chez Sauchinger. Elle n'en mangeait jamais moins de deux, jamais plus. Il était très difficile de faire plaisir à cette femme. Elle s'en chargeait elle-même. Depuis qu'elles sont arrivées, les filles ont décidé qu'elles étaient en vacances. Alors elles ont pris leur rythme estival. Loulou se lève tôt, traque les lézards, joue avec les fourmis qui envahissent le perron, compte ses piqueurs de moustiques, parle toute seule une grande partie du temps en changeant de voix pour les dialogues, s'enthousiasme dès qu'elle aperçoit un oiseau dans un arbre, tente de le repérer dans le livre que Gloria lui a acheté afin de les identifier, et répète « on est bien ici » . Stella, de son côté, dort jusqu'à 13h. Dès son premier réveil, elle a fait le tour de la maison et lugubre, elle a dit « j'adore l'endroit » . Comme Gloria au début n'est pas prête à les laisser seules à la maison, elle attend l'après-midi pour faire les courses. Elle emmène les deux filles en voiture. Stella ne râle pas trop. De toute façon, elle préfère aller en ville, même s'il s'agit de Kaiserheim. Kaiserheim n'est en réalité ni un village, ni une ville, c'est un bourg. Il s'y tient un marché hebdomadaire. Donc Stella préfère aller en ville plutôt que de rester. toute la journée à débroussailler le jardin avec sa mère. Gloria achète des vélos, puis regrette d'avoir acheté des vélos, parce que Stella, en fin de journée, aime aller faire un tour toute seule dans les environs. Stella, qui sait de qui a peur sa mère, lui dit régulièrement, mi-moqueuse, mi-réconfortante, « Ne t'inquiète pas, il ne viendra pas nous chercher jusqu'ici. » « Qui ? » demande en général Loulou, mais personne ne lui répond. Et ça n'a pas grande importance, parce qu'elle est déjà occupée à autre chose. Quelques jours après leur arrivée, Gloria décide de rendre visite au vieux bourg, dont on entend les scies électriques découper le bois, et les chiens aboyés, convulsifs, quand un cycliste passe devant la scierie. Elle prépare une terrine de campagne avec Lulu. Stella entre dans la cuisine et les voit afferrer. Elle hausse les épaules. « Je suis sûre, dit-elle, qu'il préférait une bouteille de niol. » Gloria ne répond pas.
- Speaker #0
Aucune bouteille d'alcool ne rentre dans cette maison, même si c'est pour en repartir aussitôt. Stella les regarde s'activer. Loulou patouille dans les foies de canard en leur adressant de petites remontrances. Stella affiche un air désabusé, parfaitement étudié. Gloria lui dit « Ça fait plus d'une semaine que je ne t'ai pas vu sourire. C'est une expérience. À notre intention ? Je m'entraîne. Tu t'entraînes à quoi ? T'as pas remarqué qu'on nous demande de toujours sourire pour ne pas effrayer les hommes ? » Stella reste calée sur une hanche dans une posture qui mime la magnanimité. « Il suffit d'un sourire pour qu'on te croit neutralisée » , dit-elle. « Hier, quand je suis allée à vélo jusqu'au bled pour faire les courses, je n'ai pas souri une seule fois. Ça a mis tout le monde mal à l'aise. Je devrais d'ailleurs essayer plutôt que de sourire au monde entier comme une désespérée. C'est passionnant. » Elle sort de la pièce et monte s'enfermer dans sa chambre. Il faudrait surtout que Gloria explique à sa fille qu'il est souvent très utile d'avoir l'air débonnaire.
- Speaker #1
C'est la fin de cet épisode, merci d'avoir exploré l'Alsace avec nous. Le générique est signé Hélène Biziot, les interviews et la réalisation Marjolaine Corr. Au fil de ce podcast, vous avez entendu des extraits d'une archive INA de 1977 de FR3 Alsace sur les tartes flambées, un reportage de l'émission Midi en France sur le tisserand Michel Gander et un autre sur l'émission Le village préféré des Français sur Metal Bar Game. Enfin, un reportage de France 3 Grand Est sur le Monster. Parlez-moi d'ailleurs, un podcast créé sur une idée originale des éditions Voyage Gallimard. Si vous avez aimé ce contenu, n'hésitez pas à nous laisser un commentaire sur les plateformes et bien sûr, à le partager autour de vous. A bientôt et bon voyage !