- Speaker #0
Bienvenue dans Walkie Talkie, parce que je crois que c'est plus simple en marchant. On suit un chemin, on se perd un peu, et on se dit beaucoup. Bonne écoute. Bienvenue Érile, sur cet épisode de Walkie Talkie tant attendu pour toi et pour moi. Oui. Je suis trop content, je vais faire une mini intro pour expliquer un peu qu'est-ce qu'on va faire aujourd'hui, pourquoi tu es là. Donc je pars en balade avec toi aujourd'hui, parce que déjà tu es mon ami d'enfance et tu es très cher à mon cœur. Et au vu de ton histoire, pour moi c'était... Primordial de te laisser une place dans ce podcast aujourd'hui. En 2023, toi et ta femme Laetitia avez vécu ce qu'aucun parent ne devrait en réalité vivre.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est la perte de votre fils Noah, après 7 mois de grossesse, après un long parcours PMA. Aujourd'hui, tu as accepté de venir me raconter ton histoire. On va parler de maternité, de deuil, de couple, mais aussi d'amour, de spiritualité et de cette vie qui est revenue après. petit à petit. Donc merci d'être là.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
Et de me faire confiance pour cet exercice pas facile.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Je crois que tu es stressée à faire cet exercice. C'est normal. C'est normal. Oui. C'est une grosse partie de toi et se livrer, on en a beaucoup parlé de cet épisode ensemble et se livrer, c'est quelque chose qui n'est pas facile mais tu vas comprendre après l'épisode et après la détonation qu'il aura peut-être chez certaines personnes. À quel point cette vulnérabilité, elle fait ta force.
- Speaker #1
Elle fait avancer,
- Speaker #0
oui. Déjà, dis-moi où on se trouve et pourquoi tu as choisi cette balade aujourd'hui.
- Speaker #1
On est à Gréou, à Gréou-les-Bains. On est au plan d'Aurabelle, en Provence, bien sûr. On est au plan d'Aurabelle, au bord du centre équestre. Et j'habite juste dans le coin, là, juste à côté. Donc, c'était facile pour cette balade. Et en même temps, c'est ici que la reconstruction a démarré. À continuer et... Je ne vais pas tout dire maintenant, mais à repris en tout cas.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Donc, ça me tient à cœur. C'est la nature. C'est ce qui m'a sauvée, ce qui nous a sauvées. Et c'est un endroit merveilleux. On va être à l'ombre après, donc on sera encore mieux.
- Speaker #0
C'est du bien, c'est clair.
- Speaker #1
On est au bord du Verdon, on est en Provence. On est bien.
- Speaker #0
Oui. Trop cool. Tant que tu es bien, je suis bien. Moi, j'ai déjà une première question concernant la maternité.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je pense qu'on se fait beaucoup d'idées. sur la maternité de manière générale avant d'être maman ? Qu'est-ce que toi, tu t'imaginais avant d'être maman ?
- Speaker #1
Rien.
- Speaker #0
Rien ? Est-ce que tu t'imaginais à quel point ça allait être... En fait,
- Speaker #1
pas du tout. Non ? J'ai énormément sous-estimé ce que ça allait engendrer. En fait, j'étais focus sur, voilà, je veux être maman, en tout cas, je veux être enceinte, c'est mon combat, il faut que je donne la vie. C'était que ça. Mais du coup, j'ai laissé de côté toutes les questions que j'aurais pu me poser. Toutes les peurs, les doutes ? Rien.
- Speaker #0
T'es arrivée avec beaucoup d'innocence dans ce parcours de maternité ? Ok.
- Speaker #1
Entièrement.
- Speaker #0
Et est-ce que tu dirais que c'était pour toi une simple envie de devenir maman ou une nécessité ?
- Speaker #1
Non, une nécessité, c'était viscéral.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'était vraiment... On a tous des buts dans la vie. Moi, je crois que c'était celui-là. Je ne pouvais pas concevoir de... Alors oui, j'aurais aimé, dans le monde dans lequel on vit, ne pas en vouloir. Mais ce n'est pas le cas. C'était ancré chez moi et il fallait que je porte. Je donne la vie à un moment donné, et c'est ce qui s'est passé.
- Speaker #0
C'était un vrai appel intérieur.
- Speaker #1
Un vrai appel intérieur.
- Speaker #0
Plante-moi un peu le décor de cette envie commune avec Laetitia, qui est ta femme aujourd'hui. Oui. Parce que j'ai eu la chance d'assister à votre mariage bien avant tout ça. Quel a été votre processus pour devenir maman ensemble ?
- Speaker #1
Un long processus. Le parcours PMA. Comme beaucoup de couples homos ou non, d'ailleurs, le pass. Ce n'était pas dans nos plans directs du tout. Enfin, moi, c'était dans mes plans, dans ma tête. Mais avec elle ou non, sans savoir. Mais notre histoire a démarré. Elle ne voulait pas d'enfant de suite. Elle était quand même un peu plus jeune. Et on était saisonnière. C'est la fête, la brègue, machin. Mais ce n'était pas...
- Speaker #0
Ce n'était pas l'ordre du jour.
- Speaker #1
Ce n'était pas l'ordre du jour. Et un jour, en faisant la vaisselle, je ne sais pas, elle a eu l'illumination de dire, écoute, c'est OK, je veux un enfant, en fait. Et donc, en fait, le processus a démarré là. Donc, on s'est mariés à la suite de ça parce qu'on est un couple homo. Et sans être mariés, ça n'aurait pas été faisable. Donc, autour d'une bière à la maison, si on se mariait, tu nous connais. Et de là, tout a démarré. Le processus de la PMA s'est lancé. Ça a mis beaucoup de temps. Mais en tout cas, dans nos têtes, ça s'est lancé.
- Speaker #0
Ça s'est lancé, mais du coup, vous partez en Espagne ?
- Speaker #1
Pas de suite. Déjà, on se marie. On prend la décision de se marier parce qu'il faut être marié.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On prend la décision de se marier, un an se passe, on organise notre mariage champêtre, donc ça abrite du temps. Et après le mariage... On a décidé de rien dire à personne. D'ailleurs, même toi, tu n'étais pas au courant. On a pris notre camion aménagé. On s'est dit, on voyage de noces. On part en Espagne. On ne dit rien. Et on s'est fait toute l'Andalousie. Enfin, voilà, ça joignait les deux. Et sur le chemin, on est allé à la clinique.
- Speaker #0
Comme ça, tu sais, tu t'arrêtes au milieu de la route. Voilà. Clinique, tiens donc. Non,
- Speaker #1
c'était prévu. On avait posé nos rendez-vous. Un contact très facile avec eux à Barcelone. Je vais dire le nom de la clinique d'ailleurs, parce que c'est une clinique merveilleuse. C'est la clinique Eugène. Ils sont incroyables, une équipe merveilleuse.
- Speaker #0
Je remarque le nom sur la vidéo.
- Speaker #1
Comme ça,
- Speaker #0
les gens l'auront.
- Speaker #1
Vraiment une équipe merveilleuse. Et là, ça a démarré, les premiers rendez-vous. Il y a beaucoup de choses qui se passent pendant ce procès. Tu as plein d'examens médicaux. Pour moi, il y avait des trucs qui n'allaient pas. Il a fallu faire plein d'opérations, des examens. Bref, ça a été assez long. Et après, nous voilà dans les grandes lignes. Pendant, en fait, les piqûres, donc c'est des piqûres, c'est des traitements hormonaux de stimulation ovarienne. Pendant ce temps-là, on a pris notre camion, on est parti en Andalousie. Donc ça prend à peu près 10 jours, le temps des piqûres, tout ça, pour arriver au jour J du déclenchement. Et en Andalousie, on trouve une pharmacie perdue, il nous fallait des piqûres. Bref, c'était un gros bordel, mais on a réussi. Et on est remonté à Barcelone. Et là, l'insémination s'est passée. Et Laetitia, c'est elle qui a inséminé. Incroyable. En disant vers l'infini et l'au-delà.
- Speaker #0
C'est un vrai... Je ne savais pas. Et tu sais que ça allait l'un par l'autre. On pouvait le faire.
- Speaker #1
Voilà. Eh bien, si. C'est elle qui l'a fait dans un... C'est un bloc, comme un bloc opératoire.
- Speaker #0
Bien sûr, oui.
- Speaker #1
Mais elle, avec les médecins, t'emmènes la petite fiole et elle insémine. Donc, c'est un moment magique. Et là, après, tu retournes dans ta chambre parce que c'est des chambres très individuelles. Donc chacun a son coin, salon, cuisine, chambre. Tu ne croises personne.
- Speaker #0
Super.
- Speaker #1
Et la machine a été lancée et on a attendu de savoir si ça avait pris ou pas. Je ne me rappelle plus les détails. Ou si on est rentré direct. Je ne pourrais pas te dire, je ne me rappelle pas.
- Speaker #0
Pas de souci.
- Speaker #1
Et en fait,
- Speaker #0
ça a marché du premier coup.
- Speaker #1
Ça a marché du premier coup. Donc là, on s'est dit, youpi, premier coup. Mais quelle chance on a dans la vie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Première insémination, ça marche alors qu'il y en a qui mettent 10 ans à faire ce parcours et où ça ne fonctionne pas. Donc, on était hyper chanceuse. Oui,
- Speaker #0
tu reconnais à ce moment-là la chance de vivre ça et que ça fonctionne en direct.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Et c'est ce que tu me disais en off, comment se sont passés ces premiers mois de grossesse avec Nora en toi. Et tu m'as dit que limite tu ne te souvenais plus parce que c'était un peu l'insouciance aussi, je crois. En fait, tout se passe bien, je suis en process normal, tout va bien, je suis en bonne santé. Complètement,
- Speaker #1
tout est merveilleux. Mais quelle chance j'ai, ça marche du premier coup, je rentre chez moi, je suis enceinte. J'avais décidé de vivre cette grossesse pleinement, de ne pas travailler, donc j'étais...
- Speaker #0
Tu étais disponible à tout ça.
- Speaker #1
J'étais disponible et en même temps avec les hormones qui sont vachement difficiles à gérer.
- Speaker #0
Oui, ça c'est la vraie partie.
- Speaker #1
C'est la vraie partie qu'on dit en off.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Mais j'étais bien. Je ne me rappelle pas exactement parce que le temps a passé et ce qui a suivi, c'est plus ça qui a resté focus dans ma tête. Mais je sais que j'étais bien, malgré ces hauts et ces bas.
- Speaker #0
Bien sûr, hormonaux et normaux de n'importe quelle femme qui serait enceinte.
- Speaker #1
Mais j'étais bien et insouciante, juste heureuse en fait. Insouciante de la suite, un enfant en fait, qui se laisse porter.
- Speaker #0
Oui, j'adore. À quel moment cette insouciance s'envole ?
- Speaker #1
L'insouciance a basculé aux six mois de grossesse. Je ne sais plus en semaine, mais ça s'appelle l'éco-T2. Il y a trois échos pendant une grossesse, trois échos obligatoires du moins. La T1, T2 et T3. Et la T2, c'est un peu la plus importante, mais qu'on oublie de nous dire. Parce qu'on parle toujours de... On n'annonce pas une grossesse avant les trois mois, l'histoire de fausse couche. Bon, nous, on l'avait annoncé. par rapport à notre parcours et en fait on était complètement insouciants de se dire ok cet écho peut changer notre vie en fait donc on est hyper sereine, on est visité la maternité où on est allé je sais plus et l'écho se passe, on le voit l'écho et puis en fait on était heureuses comme tout, on apprenait que c'était un petit garçon, on l'avait appris avant mais ça se confirmait et en fait la sage-femme qui nous a fait l'écho à Manos s'est mise à ne plus parler Tchao tchao En fait, c'est une histoire d'énergie. Tu sens qu'il y a quelque chose qui... Il y a un truc qui ne va pas. Mais tu ne sais pas quoi. Ça va aller. Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête à ce moment-là. Tu ne penses pas du tout à un truc grave.
- Speaker #0
Bien sûr, oui.
- Speaker #1
Comme quoi, on était quand même encore dans l'insouciance à ce moment-là. Et en fait, elle fait l'écho et elle dit, voilà, il y a quelque chose que je ne vois pas. Donc, il va falloir aller à Marseille. C'est vrai que ça, tu le sais quand tu es enceinte, en tout cas dans notre région. Quand tu dois aller à Marseille, en général, ce n'est pas vraiment une bonne nouvelle. Donc, nous voilà.
- Speaker #0
Il y a une des phrases qui te marquent à ce moment-là, c'est cette phrase de...
- Speaker #1
Il y a quelque chose que je ne vois pas, que je devrais voir. Il va falloir aller à Marseille.
- Speaker #0
C'est ces deux phrases-là qui marquent un point peut-être de basse pour toi à ce moment-là.
- Speaker #1
Ça a marqué un point de non-retour en fait. On avait l'espoir, on se dit mais ça va aller, mais qu'est-ce qui se passe ? Parce qu'elle rentre dans les détails, mais sans trop entrer dans les détails. Ce n'est pas une cardiopédiatre, je vais te dire par la suite ce qu'il a eu, mais ça reste flou et en même temps, elle nous parle pendant une heure et là, tu comprends que c'est grave. La manière dont elle nous a parlé avec. énormément de bienveillance. Je l'ai revue d'ailleurs, je l'ai remerciée il y a quelques temps, par la suite. Son annonce a été faite d'une délicatesse incroyable. Mais voilà, de là, tu sors de ce rendez-vous, je me rappelle, j'ai appelé Camille, ma meilleure amie que tu connais. J'ai dit, rejoins-moi à la maison, rejoins-nous, il y a quelque chose, viens boire un café. Ouais,
- Speaker #0
je le sens pas.
- Speaker #1
Ça va pas du tout. Et voilà, et en fait, de là, prends vite le rendez-vous à Marseille, en urgence. L'urgence, ça a été quand même une semaine de délai. Donc pendant une semaine, tu t'imagines tous les scénarios possibles.
- Speaker #0
Ces temps d'attente, ils sont longs, je crois. Pour n'importe quel diagnostic qui serait posé sur n'importe quelle personne ou alors tierce personne quand il s'agit de ton bébé. Je pense que c'est meurtrier l'attente.
- Speaker #1
Oui, complètement. Une semaine, ça paraît, mais c'est comme si tu attendais des mois en fait. Parce que tous les scénarios se passent. Je vais perdre mon bébé, ça va aller. Tu ne sais pas. Donc de là, tu essaies de survivre. On est parti, je me rappelle, en camion, encore en nature. Se vider la tête. Tu essaies de te... Voilà, tu gardes l'espoir. Sinon, tu ne tiens pas. Et de là, le rendez-vous tombe, donc à l'hôpital Nord à Marseille, au service néonatalogie. Et donc là, on rencontre encore un autre médecin, un gynécologue obstétricien. Je ne sais pas si je peux dire le nom, mais en tout cas, c'était un homme merveilleux. dans ce service qui a fait... Enfin, je ne peux pas dire qu'il nous a sauvés, parce que quand tu vas savoir la suite de l'histoire, tu vas comprendre que ça ne peut pas être le cas. Mais en même temps, avec tellement d'amour, de bienveillance, d'empathie, d'humanité, que je suis obligée d'en parler. Et donc voilà, il refait une échographie et il confirme qu'il y a un problème au niveau du cœur. En fait, lui, il voit que dans notre cœur, il y a deux parties. Il y a deux ventricules, un ventricule gauche, un ventricule droit. Et lui, la partie gauche ne s'est pas développée du tout.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, il pouvait très bien vivre dans mon ventre jusqu'à terme, finir la grossesse. Mais par contre, à la sortie, il aurait vécu deux, trois heures, quoi, pas plus.
- Speaker #0
Ok. Et ça, c'est quelque chose que ce chirurgien-là te dit en direct à ce moment-là ? Oui,
- Speaker #1
en direct.
- Speaker #0
Les chances de vie, etc. C'est quelque chose qu'il te partage ?
- Speaker #1
Alors, il nous explique tout, mais il ne peut pas tout nous dire non plus, parce qu'il faut la confirmation d'un cardiopédiatre.
- Speaker #0
D'accord, oui.
- Speaker #1
Donc là, on est à l'hôpital Nord et on nous donne rendez-vous dès le lendemain. Donc, on a passé trois jours. On était chez toi, d'ailleurs. Mais on a eu rendez-vous avec la cardiopédiatre au Prado et qui, là, elle, pose réellement le diagnostic et en nous mettant vraiment les possibilités et les détails de tout ce qui va se passer.
- Speaker #0
J'ai déjà une première question par rapport à ça. Je trouve qu'à l'annonce de malheurs comme ça, il se passe... Il se passe quelque chose dans le corps à ce moment-là. Qu'est-ce que tu dirais qu'il se passe pour toi ? Ou du coup, tu fais de tes sensations à ce moment-là ?
- Speaker #1
Tu as bien fait de rebondir là-dessus parce que j'ai complètement oublié. Mais quand on est sortis du premier rendez-vous à l'hôpital Nord, le premier, le deuxième, tellement que... On est rentrés dans la voiture avec Laetitia, c'était tôt le matin. Et le seul truc qu'on s'est dit, c'est... Enfin, on se l'est dit, je ne sais même pas si on se l'est dit ou si c'était un ressenti. On voulait juste se foutre sous une voiture. C'était, c'est quoi ? Moi, on ne pourra pas vivre ça. Moi, je ne m'en sens pas. Je ne suis pas armée pour ça. On a vécu beaucoup de malheurs. Personnellement, il y a eu beaucoup de drames dans ma vie, mais pas comme ça. Pas là, pas ton enfant, pas... Non, c'est quoi ? On se jette sous une voiture et terminé,
- Speaker #0
quoi. Et comment la raison revient ? Je ne sais pas. L'espoir.
- Speaker #1
L'espoir.
- Speaker #0
L'espoir, OK.
- Speaker #1
L'espoir où tu te dis, OK, on va partir à l'étranger. J'ai une famille, j'ai de la chance tellement unie, tout le monde me dit, allez, on met des économies, on part au Canada, on se renseigne, et là, tu passes tes nuits, toutes tes journées sur le téléphone, malheureusement, mais en même temps. C'est l'accès à l'info.
- Speaker #0
C'est la partie battante en toi qui prend le dessus. Voilà,
- Speaker #1
exactement. C'est le combat. Allez, on y va. On va le sauver. Ça va être ça, notre vie. Ça va être notre combat. Après, la suite de l'histoire a montré que l'espoir n'a pas gagné, mais en tout cas, ça nous a fait tenir.
- Speaker #0
Donc là, le diagnostic est posé.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu repars chez toi.
- Speaker #1
Oui, je sais.
- Speaker #0
La mérite battante prend le dessus et Laetitia aussi, bien entendu. où on peut imaginer toutes les possibilités. Je crois même que tu avais imaginé la possibilité de partir de l'autre côté de l'Atlantique pour le sauver.
- Speaker #1
Ah ouais, ouais, tout.
- Speaker #0
Trouver un chirurgien. Mais là,
- Speaker #1
non.
- Speaker #0
Là, non.
- Speaker #1
Là, ça a posé, en fait, ce qui se passe sur une cardiopathie du style qu'on a eu. C'est qu'il y a des cardiopathies qui se soignent très bien. Mais nous, on a eu la forme la plus extrême, comme c'est marqué dans notre dossier.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
La forme la plus grave. Et en fait, il n'y avait pas que ça. Il y avait l'aorte aussi. Je ne suis pas médecin du tout pour détailler ce que c'est, mais en tout cas, elle faisait la taille d'un cheveu. Donc, il aurait fallu trouver un chirurgien dans le monde pour se dire, OK, j'ai fait cette opération dans ma vie, je vais le tenter. Mais inciser un cheveu, il aurait passé sa vie en réanimation dans les hôpitaux et ça n'aurait pas marché parce que la chance de survie était quand même de zéro par la suite.
- Speaker #0
Oui, c'est là que ta responsabilité de mère, je crois, intervient vraiment à ce moment-là. Quelles vies je veux offrir à mon enfant ?
- Speaker #1
Aucune. Ça, tu en as conscience ? Oui, complètement. Pour nous, on a fait un acte, on va rebondir sur ce sujet, mais on a fait un acte en tant que parents d'amour. C'est horrible parce que c'est l'IMG, parce qu'on parle quand même d'une IMG, pas une IVG. Une IMG, c'est une interruption médicale de grossesse. C'est une décision collégiale qui se prend entre médecins, enfin qui se prend... En fait, non.
- Speaker #0
Oui, j'ai une question. Voilà,
- Speaker #1
dis-la.
- Speaker #0
Donc, dans tout ça, moi, ce que j'ai compris quand on en a parlé, pardon, je rebondis parce que je crois que tu m'as dit que c'était un sujet important pour toi. Et moi, si je le dis peut-être pas de la meilleure des manières, je vais essayer d'utiliser la meilleure des délicatesses possibles. À ce moment-là, c'est une décision collégiale de se dire en fait que Noah ne pourra pas vivre et qu'il va falloir du coup pratiquer cette IMG. Ce qui se passe à ce moment-là, ce que j'ai compris moi, c'est qu'on te remet l'entière responsabilité de cette décision en tant que parent à toi. explique-moi ce qui se passe concrètement et émotionnellement pour toi à ce moment-là ce jour-là,
- Speaker #1
ça a pris un mois d'examen, de confirmation, de délai obligatoirement, tu as un délai d'attente quand même pour que ça mûrit pour que ça décante et en fait, au moment de prendre la décision quand tu rentres pour faire cette intervention on te donne un papier et on te dit à votre demande, on va interrompre la grossesse de votre enfant
- Speaker #0
Ça, c'est ce qui est écrit sur le papier ? Oui.
- Speaker #1
Alors, la phrase exacte, je serais incapable de te la dire. C'est le pire papier que j'ai signé de ma vie. Je lui disais, vous vous rendez compte pourquoi je signe ? Pour tuer mon enfant, en fait. C'est inhumain de faire ça. J'étais un peu folle ce jour-là.
- Speaker #0
Oui, alors qu'on se rend tous compte de la gravité et de l'impossibilité de poursuivre tout ça.
- Speaker #1
Tu ne peux pas demander ça à un parent. Je ne sais pas, c'est devenu flou dans ma tête.
- Speaker #0
Oui, je comprends.
- Speaker #1
On ne peut pas demander ça à un parent. Malheureusement, c'est ce qui se passe quand même.
- Speaker #0
Mais comment tu récupères ton pouvoir à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je ne sais pas.
- Speaker #0
Comment tu... C'est cette responsabilité-là de maman, cet amour que tu décris. En fait, je vais signer pour lui.
- Speaker #1
Oui, mais ça, tu te vis après. Des mois après.
- Speaker #0
Des mois après. Sur le moment, est-ce que tu es en mode... T'es en mode pilote automatique, en mode je vais signer parce qu'en fait...
- Speaker #1
Il faut.
- Speaker #0
Il faut.
- Speaker #1
Je fais confiance. Je fais confiance. À la médecine, en fait. Alors que... Oui, avant de signer, j'ai redemandé quand même une écho avec moi pour que je comprenne tout, qu'on me détaille tout.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Que je veux, moi aussi, ne pas voir cette partie. Donc, je suis venue obsédée du cœur. Pour comprendre à l'écho, je veux le voir de mes propres yeux, qu'on m'annonce pas ça en me disant après, putain, si on fait une autopsie, en fait, tout allait bien, quoi. Oui,
- Speaker #0
ça devient une obsession. Voilà, c'était obsessionnel. Il fallait qu'on comprenne par nous-mêmes,
- Speaker #1
pas juste vous faire confiance. On veut voir de nos yeux où est le problème. Et à ce moment-là, ok, on signera. Et ça s'est passé comme ça, donc ça a pris du temps. Mais je l'aurais fait.
- Speaker #0
J'aimerais qu'on revienne un tout petit peu en arrière avant de repartir en avant. Moi, ce qui m'intéresse ici et ce que j'ai envie de comprendre et où je trouve vraiment que ta force se constitue à ce moment-là, C'est le retour à la maison pendant ce mois où tu dois mûrir une décision. Mais est-ce qu'on peut réellement mûrir une décision comme ça ? Raconte-moi ce mois-là.
- Speaker #1
Je ne m'y étais pas replongée dedans. Ce mois-là, on a quitté notre maison. Enfin, on avait toujours notre maison, mais on est partis chez ma mère. Il fallait qu'on sorte de cette maison. On avait installé, on avait commencé la chambre, il y avait ses habits. Il y avait toute une vie qui allait démarrer à toi. La vie est déjà là, en fait. En fait, du moment que tu vois ton test enceinte dans ta tête, la vie est là.
- Speaker #0
Et je crois que c'est une vraie précision à apporter. Complètement. Peut-être pour les gens qui ne le vivraient pas et qui sont peut-être à des années-lumières de comprendre ce qui se passe en toi à ce moment-là. Il faut savoir que pour toi, là tu es à 6-7 mois de grossesse, mais la vie en fait justement elle est déjà là depuis la moitié d'une année.
- Speaker #1
Ah oui, elle est déjà là et puis tu vis avec. Oui, tu es connecté à 100%. Ton enfant il est déjà là, en tout cas dans ton cœur, il n'est pas là en physique. Il est dans ton cœur déjà et dans la vie d'un peu de chacun parce que tu prépares cette arrivée comme n'importe qui préparait l'arrivée d'un enfant.
- Speaker #0
Tout le monde est content.
- Speaker #1
C'est ton premier, après un parcours PMA, tu as fait cette surprise après le mariage, tout était tellement merveilleux. Donc, tu es déjà là-dedans et cette chambre n'était pas faite, mais il y avait déjà beaucoup de choses sur place, des habits, un lit, une table à langer. Il y avait déjà des trucs et on ne pouvait plus rester là-dedans. Donc, on est parti. Dans le même village, on était à Val-en-Sol à l'époque. Et on est allé chez ma mère se réfugier pendant un mois. Et là, ça a été des journées rythmées de... J'ai repris à fumer, bien sûr. De café-club. Des journées de pleurs, de hurlements, de discussions, de témoignages de tout le monde qui nous a porté. Parce qu'en fait, on ne le sait pas, mais il y en a plein qui le vivent.
- Speaker #0
Tu essaies de connecter avec des gens ou justement de... Tu parles des gens qui l'ont vécu, mais comment tu trouves ? Alors,
- Speaker #1
on me les a emmenés à moi. Je n'ai rien cherché. Il y a eu des assauts et tout, mais je n'ai pas pris contact avec des assauts. C'est vrai parce qu'en fait, les expériences autour de moi ont suffi.
- Speaker #0
Puis le moment, émotionnellement, tu n'es pas dans l'analyse, tu n'es pas dans le process, tu es dans la vague.
- Speaker #1
Tu es dans la survie. Donc, tu n'es pas du tout dans ça. Plus tard, tu y viens, mais pas pendant. Et donc, des témoignages, ça porte à moi, par ma famille, par des amis. Mais tu sais, un tel a vécu pareil et il s'est passé ça, il s'est passé ça. Et en fait, j'ai tellement eu de témoignages d'histoires et notamment d'une histoire où les parents, ça ne s'est pas décelé à l'échographie. Donc, cette cardiopathie, mais plus légère quand même, même si c'est dramatique parce que cette petite vit toujours avec ses problèmes et est hospitalisée tout le temps maintenant. par cette expérience, c'est où... T'entends ce qu'on te rapporte de dire, mais en fait, heureusement pour vous qu'on l'a détecté avant. Vous avez cette chance-là. C'est horrible à dire.
- Speaker #0
Et t'arrives à réaliser ça ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
À ce moment-là, consciemment ?
- Speaker #1
C'est ce qui nous a aidés à prendre la décision. Enfin, la décision. De toute façon, on n'avait pas trop de choix. Parce que t'as trois choix quand ça se pose à toi. T'as aller en soins palliatifs, donc finir ta grossesse pour l'accompagner en palliatif quelques heures, quelques jours, quelques semaines, personne ne le sait. Ou interrompre... ou tenter toutes les opérations du monde, mais qui étaient complètement incontestables. Je me suis perdue.
- Speaker #0
Moi, ce qui m'impressionne là-dedans, et là, je suis hors de mes questions déjà, mais ce qui m'impressionne, c'est qu'à ce moment-là, tu as un niveau tel de conscience, malgré la souffrance immense et inimaginable que tu ressens, de te dire, j'ai de la chance de l'avoir découvert à ce moment-là. Est-ce que tu arrives parfois à dézoomer sur ton cas ?
- Speaker #1
Sur le moment, pas trop. Tout le monde me le disait autour de moi, ma mère. Camille, qui était déjà maman.
- Speaker #0
Ouais, t'es forte.
- Speaker #1
Voilà. Alors, pas ça, mais qui avait un enfant vivant avec elle, me disait toujours, mais c'est horrible ce qu'on te dit. Et c'est encore horrible ce que je suis en train de dire maintenant, parce que l'amour était tellement puissant. Mais c'est vrai que d'avoir Malo maintenant, je comprends à l'heure d'aujourd'hui pourquoi elles m'ont dit ça. C'est ne n'attend pas de connaître cet enfant, d'entendre ses cris, d'entendre ses pleurs. Tu le connais, mais in utero.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et c'est horrible parce que sur le moment, je ne comprenais pas du tout. Je me disais, mais oui, mais c'est mon enfant quand même.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, carrément,
- Speaker #1
c'est ce qu'on disait. Et en fait, voilà, tout ça a aidé de me dire, OK, il vaut peut-être mieux qu'on prenne cette décision, qu'on accepte cette demande, parce que ce n'est pas notre décision, et qu'on le fasse pour lui, en fait, pour ne pas le faire souffrir.
- Speaker #0
Bien sûr, oui.
- Speaker #1
Pas qu'il y ait de souffrance. Oui,
- Speaker #0
donc c'est tout le paradoxe de cette histoire où en fait, On note la vie par amour.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Si je peux me permettre. C'est ça le...
- Speaker #1
C'est complètement ça. C'est un acte d'amour en fait que tu fais.
- Speaker #0
Oui, c'est toute la tragédie de ce...
- Speaker #1
Mais tu ne le comprends pas de suite. Cette histoire carrément. Au début, tu as la colère. Oui, bien sûr. Tu le fais par colère, par...
- Speaker #0
C'est justement cette colère en toi. Comment tu gères ce pourquoi moi, cette injustice ?
- Speaker #1
L'injustice, c'est ça, c'est le mot. Tu ne le gères pas parce que c'est injuste. Tu te dis mais qu'est-ce que j'ai fait dans ma vie ou celle d'avant, je ne sais pas, pour mériter ça en fait. Pourquoi ça nous tombe dessus ? Pourquoi nous ? Pourquoi ?
- Speaker #0
Donc ce n'est qu'un gros point d'interrogation pour toi à ce moment-là de te dire...
- Speaker #1
Non, je te coupe mais en fait... après des mois et que ça décante et que la vie passe et que j'ai de la chance d'avoir ce côté spirituel et bien tu te dis c'était mon chemin c'était notre chemin en tout cas,
- Speaker #0
il est venu reparti et je devais vivre ça en fait pour être aujourd'hui en cette résilience on va en venir parce que j'ai tout plein de questions concernant ton chemin spirituel qui était déjà mais qui s'est encore renforcé par la suite Donc tu passes ce mois chez ta mère complètement terrible, où les points d'interrogation sont là, où les sentiments horribles à ressentir sont là, la colère, l'injustice, la tristesse. Et l'écriture. Et l'écriture. À ce moment-là déjà. À ce moment-là.
- Speaker #1
J'ai commencé à écrire à ce moment-là.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu écris à ce moment-là ?
- Speaker #1
Tout.
- Speaker #0
Tout.
- Speaker #1
Tout ce qui se passe, tous les détails, les premiers rendez-vous, tout le processus, tout ce qu'on est en train de raconter. Ce que tu ressens. Dans les détails par contre.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et là j'écris. En fait, ce qui me tient, c'est que j'écris tout. Je lui parle à lui. Tu t'adresses à lui à ce moment-là. Je commence à écrire. Et sur toutes les journées, sur tous les procédés, tous mes ressentis, tout. Et pendant ce mois-là, j'écris tous les jours.
- Speaker #0
Et tu sens à ce moment-là que l'écriture te soulage ? Oui.
- Speaker #1
Tu déposes, en fait.
- Speaker #0
Pourtant,
- Speaker #1
je ne suis pas du tout une écrivaine. mais sur le moment tu déposes et il faut tenir jusqu'au jour où tu vas re-rentrer à la maternité pour accoucher donc il faut tenir ça se passe comme ça en tout cas pour moi et pour nous parce qu'on est deux dans ce
- Speaker #0
process donc là on se dirige lentement vers du coup cette entrée à la maternité où tu dois accoucher de Nora est-ce que tu acceptes du coup de me raconter ce qui se passe ce jour là ?
- Speaker #1
oui Oui.
- Speaker #0
Vas-y, t'en prie.
- Speaker #1
Ou je raconte. C'est dur de raconter parce que le cerveau, il...
- Speaker #0
Est-ce que ton cerveau, il sélectionne même au moment où tu parles aujourd'hui ?
- Speaker #1
Je saurais pas te dire. Je sais pas. Je dis ce qui me vient, mais je dois en oublier ou je dois... Je sais pas trop. En tout cas, je dis ce qui vient. Mais des fois, c'est vrai que le cerveau, quand on est dans une situation comme ça, il se met en mode... Il est automatique.
- Speaker #0
Oui. Oui, tu es en pilote automatique à ce moment-là.
- Speaker #1
C'est après, en en reparlant, que tu repenses à des choses,
- Speaker #0
mais ça se fait seul.
- Speaker #1
Donc voilà, on a rendez-vous à la maternité. Je crois qu'on te programme quelques jours, 3-4 jours sur place.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et donc, on était en chambre, tout ça. Et en fait, à ce moment-là, je ne sais même plus ce que je vais raconter, mais c'est tellement… Bref, en fait, j'ai accouché le 24 mai. C'était un 24 mai. Il pleuvait depuis des semaines et des semaines. Et après 36 heures de travail, ce n'était pas un travail comme on l'entend, parce que c'était très médicamenté. C'est la chimie qui fait ton accouchement, en fait. En tout cas, pour ma part.
- Speaker #0
C'est un accouchement, à ce moment-là, qui est déclenché par la chimie.
- Speaker #1
Par la chimie, comme on déclencherait n'importe quel accouchement à terme. par l'ocytocine, mais sauf que le corps à 7 mois, il n'est pas prêt. Déjà que même quand on déclenche à 9 mois par l'ocytocine, le corps n'est pas prêt. Mais là, à 7 mois, encore moins. Et du coup, ça a pris 36 heures. Et en fait, mon cerveau... En fait, comment ça se passe, c'est qu'on vient, on te fait une amiosynthèse et on interrompt la grossesse par injection, par le cordon ombilical. Donc déjà, il faut accepter ça. Et ça, derrière ton champ stérile... Ça y est, c'est le moment. Et encore, heureusement qu'ils ne te donnent pas la chronologie exacte parce que, pris de panique, tu pourrais bouger et mourir. Donc,
- Speaker #0
est-ce qu'être dans le flou à ce moment-là et te laisser porter et faire confiance, ça aide à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je ne peux pas te dire parce que j'étais complètement shootée. J'étais sous kétamine à ce moment-là.
- Speaker #0
La kétamine, ça sert à quoi à ce moment-là ?
- Speaker #1
Je ne pourrais pas te dire.
- Speaker #0
Je ne sais pas.
- Speaker #1
Ils m'ont tellement donné de trucs. Je me rappelle surtout de celui-là parce que c'est le plus connu.
- Speaker #0
Donc même ton état émotionnel, il est flou à ce moment-là.
- Speaker #1
Je pleure, je sais que je pleure, je suis paralysée en même temps. Mon corps ne répond plus de rien en fait. Des douleurs en moi se réveillent de certains accidents de la route que j'ai eus.
- Speaker #0
Mon corps se bloque entièrement.
- Speaker #1
Là, le corps prend le dessus.
- Speaker #0
Ils me font de l'acupuncture en même temps. Ils essayent tout. Et en fait, je leur dis à un moment donné, quand c'est le moment par rapport à la didactation, je dis là, par contre, je ne le dis pas comme ça. Je dis là, je ne pourrai pas pousser. Je suis incapable de pousser mon bébé qui est mort en moi depuis 24 heures. Je ne peux pas sortir cet enfant. Tu as l'impression qu'il n'est même plus le tien. Et donc, après grosses négociations, je ne sais pas ce qu'ils me remettent encore. Sûrement de l'achétanisme, je ne sais pas ce que c'était d'autre. Mais en tout cas, c'est la chimie qui m'a fait pousser. Je n'ai fait aucune poussée pour sortir. Ce qui est quand même incroyable parce que j'en étais incapable. Je n'y arrivais pas.
- Speaker #1
Bien sûr, oui. Le corps et même, je crois, la psyché, à ce moment-là, tu le retiens.
- Speaker #0
Ah, mais complètement. Parce qu'en fait,
- Speaker #1
c'est le dernier lien physique que tu as avec lui.
- Speaker #0
Tu ne veux pas le lâcher.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ton col de l'utérus cercle et c'est pas pour rien. D'où l'acupuncture. Laissez-le partir, lâchez-le. Mais tu peux pas parce que tu sais que c'est tes derniers instants avec. En tout cas en toi. Pas dans les bras mais en toi. Et ça se fait après 36 heures et on a eu la chance d'avoir une équipe aussi incroyable à l'hôpital Nord.
- Speaker #1
Ça compte l'équipe.
- Speaker #0
Je crois que c'est primordial. Tout démarre de, comme n'importe quel deuil, mais de l'annonce. de la manière dont on va le faire, de l'humanité qu'on y met dedans.
- Speaker #1
Et qui peut être du coup encore plus traumatique que ce que l'événement l'est si c'est mal fait. Ah,
- Speaker #0
complètement.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Complètement. Je pense que tout part de ça. De ton travail d'acceptation, certes, mais de l'équipe médicale, en fait. Beaucoup.
- Speaker #1
Et la couche-mange se fait.
- Speaker #0
Se fait. Et là, on te propose. Est-ce que vous voulez le voir ? Est-ce que vous voulez le garder avec vous ? Est-ce que vous voulez qu'il parte directement ? La morgue, c'est horrible de dire, mais c'est ça. Et nous, on avait dans l'idée, c'était non. On veut le garder avec nous, on veut rester le maximum de temps avec. Je veux le porter dans mes bras. Laetitia veut le porter dans ses bras. On veut porter notre enfant, en fait.
- Speaker #1
Tu veux le sentir et faire sa rencontre physique.
- Speaker #0
Faire sa rencontre physique. Et donc, faire notre pot à pot. Même s'il ne respire plus. Et donc, on le fait. Et c'est vrai qu'Avelette, donc Laetitia l'a fait, bien évidemment. Et à un moment donné, elle me l'emmène. Mais j'étais tellement foutée. Et puis, j'avais des infections en même temps. Donc, j'avais de la fièvre. C'était juste un cauchemar à n'en plus finir. Et je lui dis non, en fait, j'en veux pas. Et je l'ai complètement repoussé. Je dis non, je ne le veux pas. C'est horrible ce que je suis en train de dire. Avec le recul, mais non. Je dis lève-moi-le, je ne peux pas le voir. Et en fait,
- Speaker #1
elle m'a un peu fait violence. Parce que peut-être à ce moment-là aussi, je ne sais pas, je n'ai pas vécu, mais le mental, qui veut reprendre les rênes à ce moment-là, donc la partie qui veut survivre dans toute cette aventure-là, veut déjà passer à autre chose. Lève-moi le, c'est trop dur.
- Speaker #0
Oui, c'est trop dur. Je ne sais pas si c'est ça ou l'état de fatigue aussi, mais je pense que c'est les deux combinés où laissez-moi juste fermer les yeux, en fait. Je crois que c'est ça.
- Speaker #1
Il ne faut pas oublier non plus que toi, ça fait 36 heures où tu es allongé sur une table en mode... Puis surtout que tu as une équipe de gens au dos où ton corps t'appartient quasiment plus. Ah plus du tout. Parce qu'en fait il y a des injections par-ci, des piqûres par-là.
- Speaker #0
Mais depuis le début il ne t'appartient pas en fait. Depuis que tu démarres une PMA, ton corps ne t'appartient plus.
- Speaker #1
C'est ça. Ça démarre là. Et pour faire un bond aussi, on repart en arrière. Mais c'est vrai que, comme tu dis, dès le premier instant de la PMA, le corps devient une espèce de terrain expérimental en fait. où on va essayer de donner la vie, mais à quel prix parfois ?
- Speaker #0
Mais heureusement que ça existe, sinon...
- Speaker #1
Carrément, carrément.
- Speaker #0
Sans eux, franchement.
- Speaker #1
Sans eux, il ne se serait pas passé la suite après. Non,
- Speaker #0
ça ne marcherait pas.
- Speaker #1
Raconte-moi ce pot à pot. Du coup, Leti... Me fait un peu violente. Voilà, tu convaincs de... Oui, à me dire, Meryl,
- Speaker #0
c'était ta demande avant, parce que j'avais quand même dit, même si je ne le veux pas, force-moi. Parce que je sais que je vais le regretter.
- Speaker #1
C'est bien d'avoir discuté de ça avec lui avant.
- Speaker #0
Mais heureusement, sinon, écoutez, je n'aurais jamais mis dans mes bras. Et donc là, elle me force, et heureusement, et elle me le met dans les bras. Donc on avait prévu un petit linge avec un petit bonnet. Et donc là, les photos qui me restent, c'est ça, c'est qu'on est en peau à peau. Il est sur moi et sur les tirs, mais pas en même temps. Et je crois qu'on est restés trois ou quatre heures comme ça. Juste à pleurer, à avoir notre enfant sur nous, à rouler. Et après, dans le berceau, parce qu'ils te mettent quand même un berceau. On fait nos photos, les sages-femmes nous font des photos, des petites empreintes. Heureusement, d'ailleurs, qu'il y a tout ça, parce qu'après, il ne te reste plus que ça.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
Et après, vient le moment où ils viennent le chercher et disent, voilà, maintenant... Tu lui parles pendant ces trois heures ? Non, je ne lui ai pas parlé.
- Speaker #1
Non ?
- Speaker #0
Non. Par la suite, oui. On voyait venir, mais là, non, je n'avais pas la force.
- Speaker #1
C'était juste, physiquement, il est sur toi et tu absorbes ce qui se passe.
- Speaker #0
Juste ça. Et tu le touches, tu es en contact, c'est ton bébé, mais ça s'arrête là.
- Speaker #1
C'est comme si tu faisais un peu des photographies mentales de ce qui se passe. Complètement. Oui.
- Speaker #0
Complètement. Et émotionnelles.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qu'est-ce que je ressens ? Je n'oublierai jamais ces moments. Alors que tu es complètement shootée, mais je sais que ce temps-là, ou en pot à pot, c'était notre seul temps avec. Je sais juste qu'au moment où j'ai accouché, c'est l'étier qui était en contact avec ma famille, je ne répondais à personne. Pendant des mois, je n'ai plus touché mon téléphone, je n'ai plus donné de nouvelles.
- Speaker #1
Je n'ai aucune force pour ça,
- Speaker #0
aucune énergie à ça. Et je sais qu'à ce moment-là, on a contacté les gens en disant « Putain ! » Ça fait un mois qu'il pleut, tu viens d'accoucher, il est sorti, il fait soleil. Et ça, c'est vrai que c'est resté. Il y a eu un petit moment qui nous a réchauffé le cœur, c'est celui-là.
- Speaker #1
C'est celui-là ? Ok.
- Speaker #0
Pourtant, la maison, tout était inondé, il y avait les pompiers, il y avait... En fait, c'était la cata partout. Et au moment où j'ai accouché à 12h15, à 12h... Les minutes qu'on subit, ça a arrêté de pleuvoir, quoi.
- Speaker #1
Incroyable. Le soleil est sorti. Ça, c'est ouf. Je ne sais pas comment on peut le voir et chacun l'interprète à sa manière et avec la profondeur qu'il veut y apporter. Mais moi, je ne peux pas m'empêcher de... Qui connaît l'histoire du voir quelque chose de divin ?
- Speaker #0
Complètement. Qui nous dépasse un peu, mais qui est là.
- Speaker #1
Qui nous dépasse un peu, dont on n'a pas forcément le sens concret. Donc là, voilà, le noir repart.
- Speaker #0
Et voilà, il vient de chercher Noah dans les lits de bébé, en maternité. Nous, on nous remonte après en chambre et longtemps après. Et là, je crois que j'ai dormi. Je ne pourrais pas te dire parce que je pense avoir dormi.
- Speaker #1
Oui, c'est tellement flou. Le corps, l'esprit, tout est sauté.
- Speaker #0
Heureusement, les Tchis avaient un petit lit à côté. Rare sur le nombre de jours qu'on est restés, mais heureusement. Je sais que je me vois me réveiller parce que j'ai été pris de panique à un moment donné. C'était le lendemain matin. Et là, j'ai dit, mais je... Pris de panique, je lui dis « Aller, appelle quelqu'un, appelle quelqu'un. » Parce qu'en plus, du coup, on nous avait monté dans le service de grossesse à risque, donc avec des naissances quand même autour, des bébés qui pleurent. « Toi, t'as pas le tien ? » Horrible. Et je lui dis « Mais là, emmenez-moi voir mon fils, il est où en fait ? » Comme si le cerveau, d'un coup, réalise.
- Speaker #1
L'instinct, ouais.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Il est où mon enfant ? Et donc là, fauteuil roulant, on traverse tout l'hôpital de l'or. parce que bien sûr, j'étais dans un état pitoyable.
- Speaker #1
Comment tu arrives à raconter ça avec le sourire après couche ?
- Speaker #0
Je ne sais pas.
- Speaker #1
En t'imaginant en galère sur le fauteuil roulant.
- Speaker #0
Il faut quand même, après ça, tu prends la vie avec un peu plus de légèreté. Je pense que la résilience est arrivée.
- Speaker #1
Et tu arrives, je pense, et c'est là que je vois toute ta force. Je crois que la force, elle se situe parfois où on ne l'imagine pas forcément. Je trouve que voir un peu l'absurde dans tout ça, en mode, je suis sur le fauteuil roulant, tu vois, c'est... Et je me permets de se sourire avec toi parce que je te connais et je sais ta psychologie face à tout ça. Mais ça en dit long sur ce qui se passe en toi à ce moment-là et encore aujourd'hui. Oui,
- Speaker #0
bon, sur le moment, tu rigoles pas.
- Speaker #1
Sur le moment, carrément pas. Non, mais sur cet événement-là, très fou.
- Speaker #0
Complètement, c'est la résilience. Et quand tu es un peu plus dans le spirituel, tu sais que cette phrase m'a beaucoup aidée, mais on ne traverse que ce qu'on est capable de surmonter, en fait. et déjà une fois que tu as compris ça et que tu l'acceptes,
- Speaker #1
ça roule avec des débats parce que souvent j'ai eu entendu cette phrase mais j'ai aussi vu des gens qui rentraient en résistance face à cette phrase en mode, alors oui,
- Speaker #0
je peux vivre ça mais j'en ai marre c'est sûr le ras-le-bol il est là attention, je parle de ça il y a quelques années maintenant, et pas beaucoup d'ailleurs ça fait que 3 ans mais Sur le moment, tu ne l'as pas, ça. C'est vraiment après et on va y venir. Mais c'est dans tout ce chemin, en fait. En fait, tout le processus qu'il y a eu, je n'ai pas fait de déni. Je n'ai pas... J'ai voulu prendre tout ce que je pouvais prendre. C'est-à-dire que là, oui, OK, je vais aller le voir. Je vais aller le voir à la morgue. J'ai dit au revoir à la morgue. J'ai rempli son berceau de larmes. Je ne lui ai pas dit adieu. J'ai dit à bientôt. Enfin, j'y ai parlé pendant des heures sur ce berceau. Après, à la morgue, le lendemain.
- Speaker #1
À la morgue, OK. Oui, tu disais que tu ne l'avais pas parlé. Voilà. C'était trois heures en chambre. Mais la morgue après, oui, tu as commencé à rentrer en contact avec lui physiquement. Complètement. Verbalement.
- Speaker #0
Verbalement, physiquement. Enfin, j'ai tout déposé. J'ai livré mon cœur, en fait. Je n'ai rien retenu. Et après, il y a eu la suite où on va y venir.
- Speaker #1
Il y a une phrase que tu lui dis à ce moment-là qui justement, toi, t'a marqué ou qui t'a fait particulièrement du bien de lui partager ?
- Speaker #0
Il me demande des pardons. C'était la première chose. Et ce qui a fait que je réussisse à sortir de cette pièce, parce qu'à un moment donné, il faut partir.
- Speaker #1
Et tu t'accroches encore une fois. Tu t'accroches encore.
- Speaker #0
Et ce qui m'a... Après, on est resté des heures. Ce qui a fait que j'aurais réussi à partir, c'est que... Déjà, son berceau, ça allait être une piscine. J'ai pleuré et j'ai dit à bientôt. Parce que le adieu ne pouvait pas. Il ne signifiait rien à ce moment-là. Tu ne peux pas dire au revoir. C'est ton enfant.
- Speaker #1
Carrément.
- Speaker #0
Tu ne peux pas lui dire au revoir. Tu viens de le mettre au monde, en fait. On n'est pas conditionné à dire adieu à un bébé qu'on vient de mettre au monde.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui se trouve derrière ce à bientôt à ce moment-là pour toi ?
- Speaker #0
Aucune idée. Je ne sais pas. À l'heure actuelle, je ne le sais toujours pas. Est-ce que je ne me sentais pas capable ? Est-ce que je voyais la fin de ma vie ? Est-ce que je savais qu'on allait se retrouver un jour ? Je ne peux pas te dire.
- Speaker #1
Mais il sort du cœur.
- Speaker #0
En tout cas, je sais que c'est ce que j'ai dit.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Je ne pouvais pas sortir autre chose, en fait.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Je ne pouvais pas dire au revoir.
- Speaker #1
Et tu sais, ma psy, elle dit ça souvent. Elle dit que les choses les plus vraies sont celles qu'on explique le moins.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Et parfois...
- Speaker #0
Tout ne s'explique pas.
- Speaker #1
Oui, et en fait, parce qu'on vit dans une société très rationnelle et très mathématique, en fait, c'est qu'on a... baser notre société sur ça, sur des chiffres. On veut expliquer tout le temps. Alors que parfois, il y a des choses qui se ressentent et qui, du coup, se verbalisent comme ça naturellement parce qu'elles sont juste là à ce moment-là. Et en fait, pour toi, à ce moment-là, il y a un sens certainement pas mental, mais il y a un sens beaucoup plus subtil à tout ça, je crois. Subtil,
- Speaker #0
c'est le mot. Beaucoup plus subtil. Et beaucoup plus profond.
- Speaker #1
Carrément, oui, bien sûr.
- Speaker #0
Non, je ne t'explique pas.
- Speaker #1
Tu rentres à la maison et commences, enfin je veux dire que le deuil à ce moment-là se poursuit.
- Speaker #0
Se poursuit, oui.
- Speaker #1
Limite, parce que je crois qu'il ne commence pas là.
- Speaker #0
Et je crois qu'il ne termine pas.
- Speaker #1
Oui, c'est ça son expérience. Parle-moi de cette expérience de deuil. Qu'est-ce qui se passe ? Comment tu le ressens ? Qu'est-ce que tu...
- Speaker #0
Je ne sais pas si on fait vraiment un deuil d'une personne déjà, peu importe, qu'on perde un parent, un proche, un ami, un enfant. Je ne sais pas si, en tout cas, c'est ma vision, mais si on fait un deuil ou si juste on vit avec cette expérience qui fait qu'on est après, par la suite. C'est une cicatrice qui est là, qui se referme. Une cicatrice ne disparaît jamais. Elle est là. Alors oui, avec le temps, forcément, que la cicatrice, elle se referme, mais elle ne disparaît jamais. Donc, c'est comme la douleur, en fait. En tout cas, c'est ma théorie. C'est ton ressenti. C'est mon ressenti.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je ne pense pas finir ce deuil. J'aime pas ce mot, d'ailleurs. En tout cas, t'avances dans ton cheminement.
- Speaker #1
Comment ? Ouais, c'est plutôt... C'est plus ça. Je trouve que le mot deuil, il est moche, il est dur, il est froid. Ça veut dire, OK,
- Speaker #0
j'ai fait mon deuil, je passe à autre chose. Cette personne n'a plus compté. C'est dur, hein ?
- Speaker #1
Ouais, c'est un mot qui est très dur. Et je trouve que, comme tu parlais de cheminement, c'est un peu, ben là, tu vois, on est en train de marcher sur ce chemin. On ne sait pas trop où il va nous mener, mais on y va.
- Speaker #0
On y va.
- Speaker #1
Tu vois, et chacun y va à son rythme. Est-ce qu'on va vraiment arriver à la destination ? Je ne sais pas exactement où ça va nous mener, mais je pense que c'est une belle métaphore.
- Speaker #0
Et l'important, c'est ce qui se passe sur le chemin,
- Speaker #1
pas l'arrivée. Et justement, sur ce chemin, je crois qu'il y a eu une étape importante pour toi et pour Laetitia, c'est de décider d'aller marcher.
- Speaker #0
Ça a été la décision qui nous a sauvés, en tout cas personnellement, qui m'a vraiment sauvé la vie, je pense, avec tout ce cheminement qu'il y a eu. On s'était dit, on a des économies, on prend un billet d'avion, on fuit en fait. Mais c'est un peu ça.
- Speaker #1
C'était de la fuite selon toi ce moment-là ? Oui,
- Speaker #0
complètement. Il faut qu'on se sauve, il faut qu'on… Je ne sais pas, une besoin de vivre peut-être aussi. Et en fait, non, c'est le chemin de Compostelle qui est venu sur le sujet. Alors, pas pour le côté religieux du tout, mais plus le côté spirituel. Alors, ce chemin, ça aurait été un autre. On ne peut pas dire si on était pareil, mais en tout cas, ce n'est pas ce chemin-là qui a compté, c'est de marcher tous les jours. Donc, on est parti.
- Speaker #1
Après, quoi qu'il en soit, ce chemin-là n'est pas anodin.
- Speaker #0
Oui, et en plus, il n'est pas anodin. Il est bien chargé.
- Speaker #1
Qu'il soit d'une religion ou d'une autre, il a quand même une signification spirituelle où les gens viennent décharger, laisser des choses, partir à la rencontre de quelque chose aussi.
- Speaker #0
Et partir à la rencontre de quelque chose. Complètement. Et donc, on est partis. On attendait un prochain rendez-vous à Marseille pour confirmer que je puisse marcher quand même parce qu'on est partis en mode pas légit, sac à dos, tente, 15 kilos sur le dos chacune.
- Speaker #1
Tu n'es pas partie en hôtel 4 étoiles non plus. Voilà, pas du tout.
- Speaker #0
Donc, il fallait une décision médicale quand même si mon corps était apte. Donc, on a eu le feu vert. Et trois semaines après, on est partis. pendant trois semaines. Donc, ça a été très dur parce que tu as un corps qui vient quand même d'accoucher. Physiquement, c'est très dur.
- Speaker #1
Quel est ton rapport au corps ? Je te bombarde de questions qui me viennent et que j'avais déjà notées ou pas d'ailleurs. Parce qu'en fait, ça m'intéresse. Le corps,
- Speaker #0
c'est quoi ? Je ne peux pas te dire. Mon corps, je crois qu'il ne m'appartenait pas. Je dis ça parce que le temps a un peu passé. Mais mon corps était synonyme de... C'était un cercueil pour moi. Mon corps avait juste donné la mort. Je le détestais, en fait. C'était un corps horrible pour eux. Pour ne pas pouvoir donner la vie, en fait. Mon corps a tué mon enfant.
- Speaker #1
Je crois que je n'aimais pas du tout mon corps à ce moment-là. C'est une relation vraiment de colère, de haine, de dégoût envers ton corps. Complètement.
- Speaker #0
Pas d'amour, en tout cas. Et tu as l'impression qu'il est encore là. C'est très paradoxal.
- Speaker #1
Continue sur Saint-Jacques-de-Compostelle, je repars sur le corps dans quelques minutes parce que ça m'intéresse énormément. Mais je ne veux pas couper le récit. Mais vas-y.
- Speaker #0
Eh bien, que dire de plus ? Voilà, on marche. Donc, on a fait le départ du puits envelé. Donc, le papa de Laetitia nous dépose au puits envelé. Et on a démarré là. Et à un petit rythme, parce que je venais quand même d'accoucher. Et on avait quand même 15 kilos chacune sur le dos. C'était un peu trop. Et en fait, on a marché. Ce qui s'est passé, c'est que... à l'accouchement ou quelques jours avant cet accouchement, il y avait déjà des peluches dans la chambre et j'avais pris un petit panda que j'avais habillé avec des habits que j'avais prévus pour Noah. Je ne peux pas dire qu'il ne faut jamais faire parce qu'on fait tous comme on peut, mais ce n'était pas très bon. Sur le moment, c'était très bon, mais j'ai fait un transfert total.
- Speaker #1
Sur le petit panda.
- Speaker #0
Voilà, sur le petit panda. Tu rentres de ta maternité, et ça, on en parle dans beaucoup de bouquins sur le deuil périnatal et beaucoup de bouquins que j'ai lus. Et on parle de ce fameux syndrome des bras vides. Tu rentres dans la maternité, t'as les bras vides. Depuis qu'on est nés, on n'est pas conditionnés à penser ça. Tu rentres d'une maternité avec ton bébé dans les bras. Enfin, peu importe, mais en tout cas avec toi. Et donc, j'ai fait ce transfert sur ce petit panda que j'avais habillé. Et c'était mon bébé, il était toujours contre moi, je dormais avec.
- Speaker #1
C'était noir. C'était comment compléter ton besoin de présence à ce moment-là.
- Speaker #0
Alors ça, ça m'a fait du bien sur le moment. Mais je savais au fond de moi que ça ne pouvait pas durer.
- Speaker #1
Oui, c'était ta béquille.
- Speaker #0
Voilà, exactement. C'était ma béquille. Et donc, en plus de nos affaires, je l'ai chargé le petit pendrin avec nous. Et sur le chemin, je savais que j'allais le déposer sur le chemin, en fait. Je pleurais, je hurlais sur le chemin. Ça a été... Des moments merveilleux et des moments très durs. Et au plus, on marchait, on a fait 300 kilomètres. Et au plus, je déposais, je déposais. Et à un moment donné, on arrive sur un village no-haliaque. Je suis un peu peut-être barré dans ma tête, mais...
- Speaker #1
C'est bon. Voilà. C'est déjà dans l'histoire.
- Speaker #0
C'est déjà ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui s'écrit en plus no-h-haliaque après. Là, j'ai dit, voilà, il faut que je le dépose ici.
- Speaker #1
Le plus grand mathématicien pourra passer derrière cette caméra et regarder le podcast et nous traiter de fou.
- Speaker #0
Complètement !
- Speaker #1
Mais qui nous traite de fous parce que pour moi à ce moment là il n'y a rien de barré là dedans.
- Speaker #0
Ah bah non, en tout cas tu le vis et c'est là, ce village existe, c'est devant tes yeux.
- Speaker #1
Et tu ne prévois pas, tu ne t'es pas dit que tu allais marcher jusqu'à Noaliac ?
- Speaker #0
Ah bah non, je ne savais même pas que ça existait. On avait nos grands villages mais des fois tu passes par des endroits, des petits hameaux perdus, t'es en pleine campagne et là au fond de moi je ressens dans mon coeur, je dis à Laetitia, il faut que je dépose petit panda. Et alors je ne suis pas du tout religieuse mais j'ai trouvé une chapelle et... J'ai posé Petit Panda. J'ai levé les habits. Je les ai mis dessous et j'ai écrit un mot. Voilà, notre fils est décédé telle date. Et j'ai laissé Petit Panda.
- Speaker #1
Tu parles depuis tout à l'heure, quand tu dis que tu marches sur Saint-Jacques-de-Compostelle, que tu déposes, que tu laisses. Est-ce que tu sens vraiment ce poids en moins ? Sur le long du chemin ? Est-ce que tu sens de moins en moins lourde ?
- Speaker #0
Je ne pense pas. C'est difficile à dire, ça. Je ne sais pas si je le sens sur le moment. Parce qu'en même temps, ça reste un des plus beaux souvenirs, ce chemin, qu'on veut reprendre d'ailleurs, qu'on veut poursuivre. Et en même temps, le plus douloureux de ma vie. Mais je ne sais pas si j'avais cette conscience de comment on fait là, de marcher et de déposer. Je ne pense pas.
- Speaker #1
Oui, mais peut-être qu'après coup, tu lui apposes aussi cette expérience-là. Et c'est OK de se dire que tu vas. Et puis même physiquement. Après, ce qui se passe dans ta tête, et même là, physiquement, il y a aussi peut-être que tu ne le vis pas comme ça, mais physiquement, tu déposes petit panda dans une église. Tu lui enlèves les vêtements, tu écris un mot. Donc, il y a ce truc de vraiment poser. Oui, c'est vrai. Je pose le panda.
- Speaker #0
C'est vrai. En même temps, on le fait.
- Speaker #1
physiquement ça se fait matière est dans le réel c'est ce qui se passe après il y a tout le process derrière émotionnel qui se fait mais je crois que l'importance à ce moment là de déposer dans le réel pour qu'il y ait une résonance à l'intérieur il est important dans ce moment là je crois tu parles beaucoup d'acceptation dans ce cheminement là depuis la mort de Noah l'acceptation c'est un mot que j'arrive pas forcément à décrire Donne-moi ta définition de l'acceptation.
- Speaker #0
Je ne l'ai pas.
- Speaker #1
Tu ne l'as pas ?
- Speaker #0
Elle est dure. Elle est dure. Parce que chacun, c'est comme si tu me dis, donne-moi la définition du bonheur. Chacun a sa propre...
- Speaker #1
Oui, ou décris-moi le ciel bleu. Il est bleu, je ne sais pas.
- Speaker #0
Chacun a son propre descriptif et sa propre émotion envers ça. Mais moi, je pense que l'acceptation, pour moi, c'est synonyme de résilience. Alors qu'au début, avant de traverser ça, moi, je n'étais pas du tout dans la résilience. J'étais toujours... Dans la force.
- Speaker #1
Dans la résistance.
- Speaker #0
Dans la résistance, exactement. J'ai toujours été quelqu'un à aller dans la battante, dans le combat. En fait, la résilience, c'est toute autre chose.
- Speaker #1
C'est la première fois de ta vie où tu sens que tu peux déposer les armes ? Complètement.
- Speaker #0
C'est ce qui a changé totalement ma vie, c'est ce passage-là. Tu n'es plus du tout la même personne après. De la résistance, tu passes à la résilience. Donc, toute ta vie autour, après, change.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Tu vibres différemment dans le monde derrière.
- Speaker #0
La force n'existe plus.
- Speaker #1
Ta peine est immense à ce moment-là, mais Laetitia est là. Il y a sa peine aussi à considérer et à prendre en compte. Comment on accorde de l'importance à la peine de l'autre quand sa propre peine est déjà tellement insupportable ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, ça se fait tout seul. Enfin, pour nous, c'est... Pour nous, ça s'est fait tout seul. On a tellement été unis dans ce drame qu'il n'y avait pas forcément besoin de parler ou de se consoler l'une ou l'autre. Alors, les teams m'ont consolé énormément, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Mais c'était juste, on était nous. Notre force a été juste ensemble, sans forcément... et de croire en beaucoup de choses aussi. Mais ça a juste... On était juste soudés, mais sans ce... Je ne sais pas comment expliquer. Alors oui, elle m'a beaucoup tiré vers le haut, ça c'est sûr.
- Speaker #1
Plus que ce que moi j'ai dû l'aider, je pense. Mais il y a ce truc un peu naturel qui se fait de l'autre. En fait, ça s'est fait très naturel. Tu sais, après, je dis ça comme si c'était une évidence, mais ça n'est peut-être pas pour tous les parents. Depuis le début, vous étiez ensemble dans ce process. Cet enfant, vous l'avez fait à deux.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Et vous l'avez vécu à deux, du début à la fin, si je puis dire. Et c'est là que ça fait votre force, parce que je crois que beaucoup de... de parents aussi auraient pu se séparer dans ce genre d'étoile-là et ça se passe beaucoup.
- Speaker #0
Et en fait, on t'explique quand tu as la maternité et que, tu vois, les fameux psy de l'hôpital, mais on te dit pour que le couple tienne, et c'est vrai, c'est les deux autoroutes. S'il y en a un qui va trop vite ou que l'autre décélère, tant que vous restez au même niveau, ça va aller.
- Speaker #1
C'est génial qu'ils expliquent ça.
- Speaker #0
C'est une métaphore complètement, mais qui est tellement ouverte. Et on est resté, je pense, sur cette autoroute à la même vitesse. Et je pense que c'est ce qui a fait notre...
- Speaker #1
Où chacune a attendu l'autre.
- Speaker #0
Ça n'a pas du tout abîmé notre couple, au contraire.
- Speaker #1
Au contraire, ouais. J'aime ça.
- Speaker #0
Ça a solidifié notre couple bien plus que ce qu'on aurait pu l'imaginer même.
- Speaker #1
Bien sûr, ouais, carrément.
- Speaker #0
Unis complètement dans la souffrance, quoi. Et heureusement.
- Speaker #1
Où chacun aussi permet à l'autre de... de vivre sa souffrance à son rythme.
- Speaker #0
Oui, voilà, à son rythme.
- Speaker #1
En fait, moi, c'est comme si on passait, j'ai l'impression des paliers et on avance. Et en fait, ben voilà, moi, je suis là, mais je t'attends. Après, peut-être que c'est toi qui vas m'attendre. Exactement. Et là, j'ai besoin d'espace et là, j'ai besoin de temps. Et je crois que...
- Speaker #0
C'est exactement ça.
- Speaker #1
La communication, elle est importante à ce moment-là. Ah,
- Speaker #0
c'est la clé aussi.
- Speaker #1
Mais en même temps, quand c'est si fort, il y a ce truc de... Comme tu dis... Oui, des fois,
- Speaker #0
t'as pas besoin de communiquer, c'est vrai.
- Speaker #1
Tu vois, genre de... Et c'est là qu'on comprend la pu... Comment je la vois, la puissance de l'amour dans tout ça ? Qu'est-ce que cette histoire, elle t'a appris sur l'amour avec un grand A ?
- Speaker #0
Qu'on est plus unis dans le malheur que dans le bonheur. Je ne sais pas.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Ton expérience.
- Speaker #0
Par rapport à notre expérience de Noah, de Malo par la suite, c'est une équipe, en fait. Mais après, il faut garder le... Je ne saurais pas définir l'amour, en fait. Je crois que je suis très nulle en amour. C'est cette équipe pour moi. Un binôme est un disocial. J'ai été un peu formatée avec ça. Et c'est vrai, en gardant cet amour, mais on est une équipe pour un couple, c'est une équipe pour tout en fait. Un bon moment, une épreuve de la vie, un moment de joie. Oui, on vacante ensemble,
- Speaker #1
mais on va aussi... galérer ensemble.
- Speaker #0
En fait, c'est ça. C'est dans la galère comme dans le bonheur. Je n'ai pas du tout une définition de l'amour, d'ailleurs, à te donner. Je suis désolée.
- Speaker #1
Donc, toi, le mot que tu décrirais pour votre relation avec Laetitia, c'est ça, c'est le mot équipe. Ou elle est là, t'es là, vous êtes ensemble. Dans ce cheminement de vie. Le mariage.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est le mariage de deux êtres comme il devrait se passer en réalité. J'ai envie qu'on parle de... spiritualité parce que je crois que dans ce cheminement-là, elle a une place énorme. À quel moment tu te raccroches à plus grand ? Et quand je dis plus grand, tu le nommes comme tu veux, ça peut être la vie, ça peut être Dieu, ça peut être le grand tout, l'univers. À quel moment tu comprends que tu n'es peut-être pas toute seule ?
- Speaker #0
On le comprend parce que pour moi, il n'y a pas de rencontre au hasard dans la vie et ma mère, à ce moment-là, par le biais de son travail, elle est soignante, elle rencontre Pas une amie au démarrage, mais qui l'est devenue par la suite. Et qui est un peu connectée. Et en fait, qui nous a fait beaucoup de bien. Niveau spirituel et un peu sur l'au-delà surtout. Où ça fait énormément de bien. Et dans tous les cas, on était déjà nous dedans. Mais ce qui a fait qu'on y a un peu plus cru peut-être. Et en même temps, la vie nous montrait par A plus B qu'on pouvait y croire. Donc je pense que... Je ne me rappelle plus ta question.
- Speaker #1
À quel moment tu as compris qu'il y avait peut-être... plus grand et que tu n'étais peut-être pas toute seule dans cette vie.
- Speaker #0
Par la suite du parcours, je pense. Par la suite du parcours PMA où un autre enfant arrive et tu te rends compte que c'est bon de garder la foi. Je parle comme si... Mais en même temps, c'est vrai. C'est toujours avoir la foi. On l'oublie, moi, la première dans mon quotidien, mais juste faire confiance. Je pense que la clé, elle est vraiment là.
- Speaker #1
La confiance.
- Speaker #0
Dans le processus. et en la vie, en la vie au temps qui passe. Le temps est salvateur et le temps cicatrise sans les refermer, mais le temps nous sauve et avoir la foi.
- Speaker #1
Comment tu penses qu'on peut...
- Speaker #0
La foi pas chrétienne, je parle. La foi en la vie. La foi en la vie, exactement.
- Speaker #1
Avec un grand U ou Dieu, avec un grand D.
- Speaker #0
Pour ceux qui le veulent.
- Speaker #1
Pour ceux qui le souhaitent. Et quand je dis Dieu, je ne dis pas religion, c'est différent. Je pense que la nuance, elle est importante à faire. Ça, c'est un autre sujet. Comment tu penses qu'on peut vivre ce genre d'événement si on ne se raccroche pas à la vie, à plus grand ?
- Speaker #0
Je ne pense pas que tu puisses le vivre. Ou alors, tu es dans le déni ?
- Speaker #1
Ou alors, tu vis les choses de plein fouet, peut-être tout le temps, Oui, ou dans la force. Dans la force, dans la résistance. Dans la force,
- Speaker #0
dans la résistance, oui. Ou dans le combat, en fait, de dire, OK, ben... On est tous un peu conditionnés comme ça, on a une épreuve de vie, ok, on l'affronte, on y va. Alors que moi, je pense que...
- Speaker #1
Dans l'ego, en quelque sorte. Oui, aussi,
- Speaker #0
complètement. Alors que pour ma part, l'ego, on en a tous, c'est sûr, j'en ai un, mais si on traverse ça, ça fait partie de mon chemin, en fait. C'est que je dois comprendre des choses par ça. Je dois comprendre pour qui je vais être après. Je dois forcément tirer quelque chose de ça. Et tu vois, aujourd'hui, on fait un podcast là-dessus. Il y a quelque chose derrière. Dans chaque épreuve de vie, je pense qu'il y a un... Mais ça, tu vois, prie attention. Carrément. Dans le négatif, il y a toujours un positif derrière. Dans la vague, tu ne le verras pas.
- Speaker #1
Qu'est-ce que Noah est venu t'apprendre ?
- Speaker #0
La résilience.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je reviens sur ce mot, mais il est venu m'apprendre ça. Je n'étais pas du tout dans la résilience, donc sans lui, je crois que je serais encore dans la résistance, encore dans la force, dans le combat. Alors que non, pour pouvoir vivre en paix et léger.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Je pense qu'il nous a apporté la résilience. Nettie, je pense qu'elle avait beaucoup plus que moi.
- Speaker #1
Oui, et c'est là aussi que l'on peut apprendre. Complètement. Et c'est là que le couple devient fort. L'autre vit les choses différemment. Il nous apprend peut-être d'autres manières de voir, d'autres perspectives. Et c'est là que c'est la richesse du couple pour moi. Elle se trouve là-dedans.
- Speaker #0
On s'apporte tout à chacun du bon ou du moins bon.
- Speaker #1
Comment tu te sens dans ton corps aujourd'hui après tout ça ?
- Speaker #0
Je suis en pleine saison, donc bien.
- Speaker #1
Tu travailles beaucoup. Voilà.
- Speaker #0
Comment je me sens dans mon corps ? Mieux parce que j'ai réussi à redonner la vie derrière, donc je vais te dire beaucoup mieux. Mon corps n'est plus... n'est pas la morgue, n'est pas un cercueil, n'est pas tout ce qui est synonyme de mort.
- Speaker #1
Il y a une interrogation que j'ai moi là-dedans, dans ce process de refaire confiance en la vie et de vouloir redonner la vie derrière, puisque c'est ce que tu as fait. À quel moment tu comprends ça de te dire j'ai envie de redonner la vie, mais je n'ai pas envie non plus que ça devienne un pansement ?
- Speaker #0
Parce que tu t'informes. On s'est beaucoup informés et j'ai beaucoup bouquiné à ce moment-là. Donc tu apprends que c'est vrai que de faire un enfant de suite derrière, ou même des années plus tard. Ça devient vite des enfants pansements, il y a plein d'émissions qui se font là-dessus maintenant. Et on avait cette conscience avant de ne pas se dire, on ne veut pas que Malo soit le pansement de Noah. Malo sera Malo, Noah sera Noah, chacun son histoire. C'est juste que par contre, de reprendre ce parcours PMA, c'était personnellement, les petits je pense aussi, mais c'était plus de... c'était un peu de la survie en vrai. Et de, ok, on avait démarré ce combat-là, on va aller au bout de ce truc. Et on va avoir un autre enfant. parce que ça ne sera pas le remplaçant de Noah. Mais on va avoir un autre enfant et en bonne santé.
- Speaker #1
À votre bon vouloir.
- Speaker #0
Et à notre bon vouloir. On va arriver à donner la vie, en fait. Mon corps ne sera pas que cimetière.
- Speaker #1
Oui, donc il y a aussi cette notion de foi et d'espoir qui reprend le défi de « je vais refaire confiance » . Quand la vie revient. Oui,
- Speaker #0
ça a été chaotique. C'est ça.
- Speaker #1
Ma question, après, elle en découle de ça.
- Speaker #0
En Espagne, mais…
- Speaker #1
Quand la vie revient. c'est pas par A plus B je fais confiance donc tu repars en Espagne tu te remets dans un process on remet dans ce parcours qui ne fonctionne pas du tout les premières fois donc on reprend notre camion et là on se dit tu sais quoi on part et tant que je
- Speaker #0
ne reviens pas enceinte on ne rentre plus donc on avait nos économies on avait dit on ne travaille pas notre vie va être consacrée à ça de toute façon émotionnellement on avait retravaillé entre temps bien sûr mais le retour à la réalité a été plus chaotique autre chose Mais de ce moment-là, on part et tant que le test n'est pas positif, on reste en Espagne et on ne rentre pas. On ne rentrera pas avec. Ce n'est pas un échec, mais je crois qu'on n'était pas prête à affronter encore...
- Speaker #1
À revivre quelque chose de...
- Speaker #0
Je crois qu'on n'était pas prête à ça. Donc ça n'a pas marché.
- Speaker #1
Oui, mais à ce moment-là, justement, cette notion de... Désolé, je te coupe, mais j'ai tellement de questions. Moi aussi,
- Speaker #0
je me perds dans mes...
- Speaker #1
À ce moment-là, comment on chemine entre l'effort et l'acharnement ? Je me donne l'effort de recommencer, je me donne l'effort de redonner la vie, mais je ne m'acharne pas dans un truc qui pourrait devenir complètement mental à la mode et du coup résistant.
- Speaker #0
Eh bien alors, tu as bien fait de revenir parce que ça remet les choses en ordre. Je ne sais plus comment ça s'est passé, mais on a tenté une première fois, ça n'a pas marché. On est rentré en France, on a travaillé, c'est à ce moment-là qu'on a repris le travail. Et après cette fameuse saison, mais plus d'hiver. on a dit là on retourne et c'est là qu'on rentrera pas avec un échec mais entre temps on était revenu et c'était quoi ta question déjà ?
- Speaker #1
comment tu te balades entre effort et acharnement ?
- Speaker #0
et bien en prenant du plaisir ça fait plaisir à entendre de joindre le ok c'est un combat on y va mais à côté de ça on va joindre tout ça avec du plaisir avec ce qu'on aime avec notre camion on va se poser au bord de la mer et on Et on va prendre du kiff dans tout ça. Non mais...
- Speaker #1
Dans les grandes lignes.
- Speaker #0
Mais dans ce qu'on aime, dans ce qui nous fait du bien.
- Speaker #1
Ce que tu rapportes à ton expérience à ce moment-là, la... Je sais pas, je m'en rends compte. Regarde-toi dans le miroir et dis-le toi. Parce qu'en fait...
- Speaker #0
C'est un nouveau chômeur.
- Speaker #1
C'est un nouveau chômeur qui va commencer, qui a déjà commencé, mais qui va se poursuivre. Où en fait, tu arrives en fait à te dire... Ouais, là, c'est pas facile. Je dois refaire confiance. Je suis dans un cheminement de deuil. Et je vais retrouver du plaisir dans tout ça. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
Tu te rends compte ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Non ?
- Speaker #0
Pas du tout.
- Speaker #1
Non, non.
- Speaker #0
Pas du tout, parce que je pense que c'est instinctif.
- Speaker #1
Mets-toi en commentaire que c'est trop une warrior, en fait, cette fille. Ça,
- Speaker #0
n'importe quoi. Je pense que c'est instinctif à ce moment-là. Je ne sais pas. Là, c'est avec un peu de recul que je te dis de prendre du plaisir. Je ne me l'étais même jamais dit avant, mais c'est juste qu'on a fait ce qui nous a kiffés.
- Speaker #1
Encore une fois, dans le réel, tu retournes à ce qui te plaît. Matériellement, tu es à la mer, dans ton van, dans un espace qui te sécurise, dans lequel tu te sens bien, dans lequel tu t'épanouis. Et ça, c'est primordial dans ton expérience de redonner la vie, je crois.
- Speaker #0
Complètement. Et on a refait notre... Alors là, on n'a pas fait l'Andalousie, mais on est parti plus au nord et on n'a fait que de la montagne, des rivières. On s'est posé des fois 3-4 jours au bord d'un lac. à bouquiner, à dessiner. Je ne sais pas dessiner, mais je ne sais pas pourquoi le dessin est venu.
- Speaker #1
On deviendrait n'importe qui en réalisant.
- Speaker #0
J'étais complètement n'importe qui. Bon, ça va que ça m'a plu, je l'ai fait. Mais on s'est posé, je me rappelle, plusieurs jours. Au bord de ce lac, juste à vivre, te lever du jour et te coucher au soleil qui se couche. À bouquiner, à ne pas forcément parler. Franchement, je crois que c'est les trois plus beaux jours de ma vie. C'est très paradoxal.
- Speaker #1
C'est fou.
- Speaker #0
Mais c'était des moments tels, on était en osmose, c'était magique.
- Speaker #1
Et où je pense, en plus à ce moment-là, quoi que tu traverses, quand je traverserai, on n'écoute pas nos besoins dans la vie de tous les jours.
- Speaker #0
Mais non.
- Speaker #1
Qui se lève le matin en se disant « j'ai besoin de quoi aujourd'hui ? »
- Speaker #0
Moi-même, je ne le fais pas à personne.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Quand on est pris dans notre quotidien,
- Speaker #1
sur une vie journalière, on ne le fait pas.
- Speaker #0
C'est ça le combat de la vie, c'est d'arriver à le faire dans notre quotidien. C'est ça.
- Speaker #1
Et là, la force que tu as d'être là pendant ces trois jours au bord d'une rivière, en te disant « aujourd'hui, j'ai besoin de quoi ? Je vais dessiner. »
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Faire des choses un peu absurdes. Et où en fait, on se reconnecte vraiment aussi à qui l'on est au fond. C'est vrai. On se reconnecte aussi à notre part d'enfant. Peut-être à des choses beaucoup plus simples.
- Speaker #0
À peut-être reconnecter à l'insouciance que tu ne connais plus après.
- Speaker #1
Oui. Oui. Tu vois ? C'est tellement primordial de se reconnecter à la légèreté de la vie aussi. Parce qu'elle a tellement... Après,
- Speaker #0
tu ne la connais plus.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Ta base d'insouciance, une fois que tu vis quelque chose comme ça ou une autre épreuve de la vie. Je ne dis pas que c'est la plus dure du monde parce qu'à chacun ses épreuves. Mais l'insouciance, tu ne la connais plus après. Donc, tu es dans l'hypervigilance en permanence. Et bien, à ce moment-là, je pense que tu redeviens un peu. C'est ce petit laps de temps-là, tu redeviens insouciant, je pense.
- Speaker #1
Oui, ou tu redeviens toi-même. Oui, en fait, oui.
- Speaker #0
Tu arrives à écouter ton toi.
- Speaker #1
C'est tellement beau. J'avais une question qui m'est venue tout à l'heure quand on était au bord de l'eau. Si là, tu peux écrire un petit message à Noah, tu lui dirais quoi ?
- Speaker #0
Ah là, je ne sais pas.
- Speaker #1
Après ce qu'on vient de se dire.
- Speaker #0
C'est trop... Je ne sais pas si j'arriverai à répondre à cette question. Encore moins, fasse calme.
- Speaker #1
Oui, c'est très intime.
- Speaker #0
Oui, ça, je ne sais pas si j'arriverai à... À part que je l'aime et demander pardon, parce que ça a mis du temps, ça. Mais beaucoup de fois, je me réveille un matin en pleurs. Des fois encore, dans mes journées. D'un coup, une journée noire en toi. Ou juste, t'as envie de dire, putain, mais il faut juste que je lui demande pardon, en fait. Mais que je me demande pardon à moi aussi.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu vois ?
- Speaker #1
La finesse, elle est là.
- Speaker #0
La finesse, elle est là.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
je pense que qu'est-ce que je lui dirais ? C'est pardon et je t'aime. Je pense que j'aurais que ça à dire.
- Speaker #1
T'en es où de ton processus de pardon avec toi-même aujourd'hui ?
- Speaker #0
Ça avance.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
À son rythme.
- Speaker #1
À son rythme. Baby step.
- Speaker #0
Ouais, step by step. Step by step. C'est vraiment... Je sais pas vraiment où j'en suis. Un jour, je vais te dire, je me suis pardonnée. Le lendemain, je vais te dire pas du tout. Je ne peux pas répondre à cette question, je crois.
- Speaker #1
Et les journées noires, elles existent encore ?
- Speaker #0
Ah oui, beaucoup, beaucoup. Mais tu vois, on a beau parler comme ça, c'est très philosophique ce qu'on dit. Tu vois, mais c'est génial.
- Speaker #1
C'est pour ça que je te pose la question.
- Speaker #0
Alors qu'en vrai, dans la vie de tous les jours, c'est chaotique.
- Speaker #1
Oui. Qu'est-ce qui est chaotique ?
- Speaker #0
Pas forcément pour ça, mais la vie en elle-même, déjà, elle est... Elle est dure. Et puis, le deuil, c'est pas que t'as plus le temps d'être dedans, mais la maternité est arrivée. En fait, c'est un peu entre parenthèses, je pense, tout ça. Et aujourd'hui, on réouvre cette parenthèse. Mais je pense que c'est un peu pour se sauver aussi, mais ça se fait inconsciemment, mais peut-être mettre juste entre parenthèses cette histoire pour pouvoir la réouvrir un peu plus tard. Mais là, en tout cas, dans le malot à qu'un an et demi, je crois que la vie ne laisse pas vraiment le temps encore à... à réouvrir cette parenthèse pour de bon.
- Speaker #1
Puis t'as dû laisser aussi la place à Malo d'exister derrière. Comment on fait pour laisser Malo...
- Speaker #0
Je vais pas toujours pareil.
- Speaker #1
...exister dans tout ça. Ça se fait seul. Il est tellement beau. Il ne peut pas ne pas exister dans cette vie.
- Speaker #0
Ça se fait seul, c'est... Je pense que ça va qu'on avait cette ouverture d'esprit à dire ces deux individus à part entière, donc ne jamais faire un transfert. J'ai fait un transfert sur ce petit panda. Peut-être, en fait, heureusement.
- Speaker #1
Je suis en train de l'analyser aujourd'hui. J'allais le dire.
- Speaker #0
Mais peut-être que c'est que ça m'a permis de ne pas le faire sur Malo.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
En fait, en y pensant sûrement. Mais non, Malo est Malo et il a son histoire. Et on lui a retracé toutes les histoires de son frère par photo, par livre, par écrit, par...
- Speaker #1
Ça, c'est une richesse énorme. Plus tard, il aura l'historique de sa famille, en fait. C'est méga important.
- Speaker #0
Donc ça, il aura. Il aura sûrement cette vidéo aussi.
- Speaker #1
Ouais, c'est ouf.
- Speaker #0
Mais il aura cette histoire, mais ça ne lui appartiendra pas. Enfin, ça lui appartient, c'est l'histoire de sa famille.
- Speaker #1
Ça fait partie de sa famille.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas son histoire. Donc cette douleur-là de nous, on a perdu son grand frère. Alors forcément qu'à un moment donné ça va peut-être atteindre mais je crois que je m'évade d'ailleurs ta question mais c'est deux personnes à part entière
- Speaker #1
Je crois que tu mets vraiment un point de nuance ici, il y a l'histoire de Noa, il y a l'histoire de Malo il y a votre histoire commune de famille et c'est ça je pense qui représentera vraiment le bon développement de Malo dans tout ça J'espère en tout cas. Où lui, il va pouvoir comprendre qui est quoi, qui fait qui. Oui,
- Speaker #0
sans être pansement.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Parce qu'il est arrivé quand même rapide après. Et sans te dire plus tard, on voit tellement d'émissions là-dessus, de dire, ben voilà, mes parents ont perdu un enfant, ils m'ont fait derrière et j'ai pensé leur blessure. Alors que très honnêtement, c'est... Quand je prends ma loi dans mes bras, je ne pense pas à Noah.
- Speaker #1
Oui, ça c'est... Tu vois ? Oui.
- Speaker #0
Je ne pensais pas y arriver d'ailleurs, mais ça s'est fait... Très naturellement. Par contre, si dans la maison, il prend une photo de Noah et il a fait ça hier, la veille du podcast, c'est rigolo, il a joué avec le cadre, il a cassé le cadre, ça m'a ramené à un état de... Ah putain, là, ça me déchire le cœur, tu vois.
- Speaker #1
Oui. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là, quand il y a ces deux mondes qui se... En plus,
- Speaker #0
il lui a fait un bisou à la photo avant. Alors, je l'explique.
- Speaker #1
Oh,
- Speaker #0
mon cœur. Voilà, c'est Noah, c'est ton grand frère qui est parti au ciel. Mais sans... Sans trop en parler non plus. Carrément.
- Speaker #1
Je vois que tu le fais avec beaucoup de délicatesse.
- Speaker #0
C'est juste, tu le places dans ta vie, ça reste ton grand frère, mais il ne faut pas porter toute sa vie ce poids de... J'ai un frère pas connu. Ce n'est pas du tout notre vie. Et c'est vrai que ça a ramené un état à moi de... Je me suis fait pleurer. C'est le seul truc qui me reste de lui, avec sa petite boîte où j'ai tout gardé. Et après, j'ai pris Malo dans mes bras et je lui ai fait plein de bisous en me disant, c'est Malo.
- Speaker #1
C'est toi.
- Speaker #0
C'est toi.
- Speaker #1
Et je t'aime à part entière. Exactement.
- Speaker #0
Je t'aime toi pour qui tu es toi. Je ne pense pas à Noah à ce moment-là. Je ne sais pas comment le cerveau fait pour faire des choses comme ça.
- Speaker #1
Bien sûr. On arrive vers la fin de l'épisode, si tu le veux bien. Une question que je pose souvent aux mamans autour de moi, parce que moi, je crois que j'aurais toujours un rapport particulier à la parentalité de manière générale, parce qu'en étant un homme gay aujourd'hui, Je vois les obstacles qu'il y a pour moi de venir être père aujourd'hui. Ça ne veut pas dire que je suis défaitiste, mais je vois la réalité. Et je me pose aussi la question de, est-ce qu'un jour j'ai envie de me mettre dans ces process là en tant qu'homme ? Et du coup, les sensations de parents, enfants et notamment maman, enfant, moi en étant très proche de ma mère, c'est une question que je lui pose aussi beaucoup et que je lui avais posée sur le podcast. Qu'est-ce qu'on ressent quand on serre son enfant dans les bras ?
- Speaker #0
C'est indescriptible.
- Speaker #1
Vous vous dites toutes pareilles en fait, je comprends pas. Vous devez m'expliquer ce truc.
- Speaker #0
Je crois que c'est encore une chose qui ne s'explique pas.
- Speaker #1
Il faut le vivre.
- Speaker #0
Il faut le vivre.
- Speaker #1
Mais si je le vis pas... Désolée de te dire ça. Si je le vis pas, comment on fait ?
- Speaker #0
Mais tu le vivras par une autre manière. Tu prendras mal au nom de tes bras.
- Speaker #1
Je vais aller chercher à la crèche après, je vais le faire.
- Speaker #0
Voilà. Mais tu ressens un truc qui... Mais je pense que toi, homme gay ou un homme pas gay... Ouais, ouais, carrément. Ou un coparent... Carrément. Parce que l'étude a pas porté, mais je sais. qu'elle l'aime aussi fort que moi, quand elle le prend dans ses bras, je sais qu'elle ressent pareil. Parce que même si tu ne portes pas un enfant, on va dire, je ne sais pas quoi dire,
- Speaker #1
je ne sais pas.
- Speaker #0
C'est l'amour qui prime. Tu es là depuis le début, tu sers une partie de toi en même temps et peut-être que tu sers une partie de l'enfant que tu étais. Je n'en sais rien.
- Speaker #1
Oui, c'est tout aussi indescriptible ce que tu décris.
- Speaker #0
C'est complètement indescriptible. C'est que du bonheur en tout cas.
- Speaker #1
J'aimerais qu'on parle de Laetitia parce que tu m'as donné une info capitale au début du podcast en off par rapport à l'adoption. Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
Eh bien, ça y est, l'adoption a été prononcée un an et demi après.
- Speaker #1
Parce que Laetitia n'était pas le parent légal de Malo jusqu'à présent.
- Speaker #0
On peut refaire un tour parce que c'est un long débat. La France est bien faite, mais en même temps, il y a des choses qui sont très mal faites. Il y a eu le mariage pour tous, c'est bien. Je vais essayer de ne pas m'étaler, mais de faire très vite. en fait, qu'on aurait dû faire. complètement... Il faut le savoir avant. Nous, on ne savait pas du tout. On avait encore notre naïveté. C'est qu'on aurait dû faire une déclaration auprès d'un notaire d'une naissance anticipée, comme le ferait. Mais nous, on ne l'a pas fait parce qu'on ne savait pas. Et quand je l'ai suivi, j'ai dit, si ça ne marche jamais, tu déclares à un enfant que ton tante ne viendra jamais sur le rythme. Bref, dans tous les cas, on ne savait pas. Mais le jour où on est allé chez le notaire pour faire mon testament et démarrer la procédure d'adoption, En fait, elle nous dit que ce n'est pas faisable et qu'il faut... Elle ne peut pas le reconnaître comme ça, juste...
- Speaker #1
Je ne me rappelle plus comment c'est... Oui, bien sûr, c'est la loi qui est comme ça.
- Speaker #0
Qui prend un an et demi. Et nous voilà lancés dans ce parcours d'adoption, après ce parcours PMA. Donc, tout un dossier à construire, mais qui est plus léger au final que ce qu'on s'était fait dans nos têtes. Ou comme ça aurait pu se faire à l'époque. Les gendarmes ne sont pas venus à la maison.
- Speaker #1
Les réfécteurs avaient mis les coussins sous les portes.
- Speaker #0
Ça, on ne l'a pas eu. Ça a été très long, ça c'est sûr, ça a mis un an et demi. Mais ça y est, l'adoption est validée. Il peut enfin être inscrit sur notre livret de famille. Parce qu'on n'avait que Noah sur notre livret de famille. Parce qu'en fait, dans le deuil périnatal, je rebascule, mais en même temps, je suis obligée. Noah est un enfant né sans vie, donc il y a plusieurs sortes de naissances. Mais lui a été sur le lieu de famille parce qu'à un certain nombre de semaines, je crois que c'est 24 semaines améliorées, on considère qu'on peut inscrire à l'état civil son enfant. Ce qui est horrible parce que ceux qui le perdent avant ont peut-être besoin de l'inscrire aussi. Il en a fait partie.
- Speaker #1
On peut aussi lui donner une existence légale.
- Speaker #0
Voilà, ça c'est encore un autre débat. Donc lui était inscrit sur notre livret de famille. Mais pas Malo, parce que pour qu'il soit sur notre niveau de famille de mariage, il fallait faire cette adoption. Donc ça fait un an et demi qu'on n'a que Noah sur notre niveau de famille, Malo n'existe nulle part.
- Speaker #1
C'est incroyable. C'est incroyable,
- Speaker #0
alors que là, ça y est. Oui,
- Speaker #1
administrationment parlant.
- Speaker #0
Malo n'est nulle part.
- Speaker #1
Il n'était nulle part.
- Speaker #0
À part un acte de naissance. Quand on est venu te voir en Belgique, on a failli pas pouvoir venir d'ailleurs.
- Speaker #1
Ah mais oui, c'est vrai, c'est vrai, je me rappelle.
- Speaker #0
On était bloqués à l'aéroport parce qu'on n'avait rien. Il est à quiche. Il est à quiche, il a la même tête que moi.
- Speaker #1
Oui, j'avoue. Franchement, on aurait dû le prendre avec nous. Là, j'ai montré que c'est elle.
- Speaker #0
Donc, bon, ça va, on partait pas longtemps. On nous a laissé partir, mais... Merci d'ailleurs à eux, heureusement. En tout cas, maintenant, il est sur le lieu de famille. On a rendez-vous pour la pièce d'identité. On peut partir en voyage sereine. Et maman est officiellement au-dessus de la loi. La maman, il est né de mère et de mère.
- Speaker #1
De mère et de mère.
- Speaker #0
Et ça modifie l'acte de naissance, en fait, carrément. Il s'appelle Camille, d'ailleurs.
- Speaker #1
Lalo Camille en plus bien sûr il y a les deux noms ça change rien dans le coeur carrément demain matin il va pleurer pour le biberon ce sera pareil par contre je sais pas moi s'il y avait eu un truc plus grave il
- Speaker #0
nous aurait arrivé un accident de la route ou
- Speaker #1
Nettie n'avait pas de droit dessus donc là il y a aussi une forme de soulagement félicitations pour ça c'est trop cool il reste deux questions trois questions Merci. Pourquoi tu as décidé de venir parler avec moi aujourd'hui ?
- Speaker #0
Parce que tu m'as invitée. Pourquoi j'ai décidé ? Parce que ça a semblé, ça a résonné. Oui, en fait, c'était peut-être le moment où il fallait que je réouvre cette parenthèse et que je redonne du sens à ce qui s'était passé et que ça réouvre. Peut-être reprendre mes écrits après.
- Speaker #1
Voilà,
- Speaker #0
c'est le début de la réouverture.
- Speaker #1
Très moche ce que j'ai dit, mais c'est ça. C'est joliment dit. Un mot pour Laetitia ?
- Speaker #0
Merci. Je ne sais pas, j'en ai pas d'autres.
- Speaker #1
Un moment, je te dis un mot, ça peut être une phrase, quelque chose que tu aimerais lui dire quand elle va regarder cette vidéo.
- Speaker #0
Je lui dirai en face.
- Speaker #1
C'est déjà dit en plus.
- Speaker #0
Ça fait du bien de le redire. Mais non, non, heureusement que... Pensez toutes les deux.
- Speaker #1
Oui, et puis voilà, moi qui ai vécu cette histoire complètement en extérieur et en spectateur aussi de tout ça, je pense que c'est important aussi d'honorer la force de Laetitia dans tout ça.
- Speaker #0
Ah oui, mais sans Laetitia, je n'aurais jamais appris la résilience.
- Speaker #1
Parce que ce n'est pas elle qui l'a portée, mais elle a vécu tout ce truc à tes côtés. Et en fait, la douleur a été aussi immense pour elle.
- Speaker #0
Aussi immense.
- Speaker #1
Différente. Certainement, chacun vit les choses différemment. Mais je crois qu'il est important de parfois aussi reconnaître l'expérience et la douleur de l'autre parent. Mais carrément. Dans les couples lesbiens comme ça, on peut être parfois victime de maladresse concernant ce sujet-là. Elle, elle n'a pas porté. Et je trouve que c'est important de le souligner. Mais comme un père qui perdrait un enfant,
- Speaker #0
il aurait la même...
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
J'appelle ça coparent parce que c'est pas un père. Et ce n'est pas le rôle du père non plus parce que c'est sa maman. Il appelle maman. Mais je pense que la douleur est similaire.
- Speaker #1
En tout cas,
- Speaker #0
comme nous, on l'a vécu. C'était la même douleur.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
C'était la même douleur.
- Speaker #1
Et la partie que tu vas détester, la dernière question, c'est que je te tends un miroir.
- Speaker #0
Ah non, pourquoi tu fais ça ?
- Speaker #1
Ah si, tu n'as pas le choix que d'y répondre. Ça va, tu vas te faire un peu peut-être violence, mais...
- Speaker #0
Déjà !
- Speaker #1
Et tu te passes un message à la femme que tu es aujourd'hui. Non,
- Speaker #0
Camille.
- Speaker #1
Eh si, ça va te faire du bien. Ça va te faire du bien. Oh non. Et je te pousse là-dedans parce que je te connais et je sais que quand tu regarderas ce podcast dans dix ans, je te dirai, j'ai bien fait de me l'être dit.
- Speaker #0
C'est vrai ? Oh, qu'est-ce que je me dirais ?
- Speaker #1
J'aurais poussé aucun autre invité. dans ce genre de question.
- Speaker #0
Tu ne l'as jamais fait. Non,
- Speaker #1
je ne l'ai jamais fait. Mais parce que tu es mon ami d'enfance et que je te connais par cœur et je sais que ce sera bénéfique pour toi derrière. Ça ne peut être rien, c'est juste un petit mot que j'aimerais te dire aujourd'hui.
- Speaker #0
Je ne sais pas quoi te répondre.
- Speaker #1
Tu prendras un papier, un stylo. Chez toi, tu t'écriras un petit mot que tu mettras dans une enveloppe.
- Speaker #0
Enfin oui, l'acceptation, mais accepte qui tu es. Voilà, on va dire ça.
- Speaker #1
Ok. J'espère que cette phrase fera écho quand tu regarderas ce podcast, peut-être, dans quelques mois, dans quelques années, et que tu diras, c'était court, cette petite phrase de « accepte-toi » , mais ça a eu beaucoup d'importance en toi. Merci pour cette balade. Je suis très heureux d'avoir partagé ce moment avec toi. Merci pour toute la vulnérabilité dont tu as fait part. Je sais que ce n'était pas un exercice facile pour toi. Non. Mais quand je t'ai proposé de le faire, tu m'as dit que ça avait son importance. Et je sais que tu ne l'aurais pas fait si tu ne te sentais pas à l'aise avec l'exercice. Ah oui, si ça n'avait pas résonné, je ne l'aurais pas fait. Si ça n'avait pas résonné, tu ne l'aurais pas fait. Je crois que tu es arrivé ici avec beaucoup de sincérité et d'humanité. Je pense que les gens qui vont regarder ce podcast ou l'écouter vont... vont sentir tout ça aussi.
- Speaker #0
J'espère que ça se ressentira et j'espère surtout que ça donnera un peu de force à tous ces parents et tous ces accompagnants parce qu'il n'y a pas que les parents, il y a vous, les amis, la famille, tous ceux qui aident les parents à traverser ça. Je ne sais pas, moi, ce qui m'a aidée, c'est d'avoir des témoignages de personnes parce qu'on se sent moins seul et enfin compris parce que tu te sens compris que par ceux qui l'ont vécu. donc j'espère que ça aura son écho que ça sera perçu comme j'aimerais que ça le soit non mais ça le sera,
- Speaker #1
n'en doute pas et donc voilà, merci on va arrêter de se baser ici on va rentrer tranquillement vers la maison et je te fais quand même un gros câlin avant la chaîne de Spirits et attends, si tu as aimé cet épisode, n'hésite pas à l'envoyer à ta mère à ta meilleure pote, à ton frère enfin à qui tu veux et peut-être surtout à une personne à qui il pourrait faire du bien Et si tu souhaites me soutenir encore plus, abonne-toi à la chaîne, commente et partage sur les réseaux sociaux. A très vite pour le prochain Walkie Talkie.