- Patana
Bonjour à tous et bienvenue chez WePotes, le podcast où on papote entre potes. Parce qu'après mes parents, ce sont mes amis qui m'inspirent le plus dans la vie. Ici, nous partageons sans filtre des histoires personnelles et nos réflexions sur la vie de trentenaire. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir l'une de mes meilleures amies d'enfance, celle que j'appelle ma grande sœur, pour vous dire notre bande de copines s'appelait les Rayons de Soleil. Pour ce nouvel épisode, je reçois celle qui est une source d'inspiration, une amie solaire, fidèle et généreuse. Il s'agit de Melissou. Melissou, comment vas-tu et comment tu te sens ?
- Melissa
D'accord, je vais bien. Il fait beau, alors je me sens très bien.
- Patana
Et ouais, du coup, on tourne sur Paris à l'extérieur, il fait super beau. Et j'avoue que le cadre est plutôt apaisant. On sent plus les oiseaux que les voitures pour dire que c'est plutôt pas mal. En tout cas, merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation à ce podcast. Et avant de démarrer, j'aimerais te proposer un petit Icebreaker des familles. Est-ce que déjà tu peux te présenter en quelques mots ?
- Melissa
Oui, je m'appelle Mélissa, je suis rwandaise, en France depuis maintenant 23 ans. Je réalise que j'ai passé plus d'années en France que dans mon pays d'origine, et je travaille dans le marketing digital.
- Patana
Très bien. Est-ce que tu te rappelles comment on s'est rencontrées et la première fois qu'on s'est vues ?
- Melissa
On s'est rencontrées au collège. Et je dirais, je pense que pour moi, c'était en quatrième, parce qu'on a fait classe européenne ensemble, quatrième, troisième. Et j'avoue, la première fois qu'on s'est vues, je ne le revois pas. Mais tout ce que j'ai en mémoire, c'est comment on aimait tous les deux le rock, moi avec Tokio Hotel. C'est vraiment ça qui me vient en tête.
- Patana
J'avais mis ça aussi, j'avais mis ton classeur avec Tokio Hotel. Et alors... C'est vrai qu'on n'était pas ensemble en 6e, mais je me rappelle de toi en 6e avec tes tresses, ta béquille aussi. Oui, c'est vrai. Et moi, je te voyais plutôt réservée, pleine de vie. Et j'ai ce souvenir-là, et du coup, ça me fait penser un peu à la tectonik avec ton gilet gris avec des étoiles. Des grosses étoiles noires. C'est vraiment tectonik à fond. Donc ouais, c'est aussi le souvenir que j'ai. Et puis, voyage en Angleterre, plein de trucs. J'avoue que la 4e, c'était pas mal. Comment tu décrirais notre relation en un mot ?
- Melissa
Je dirais vraiment bienveillance. Parce que je trouve que malgré la vie, on est toujours là l'une pour l'autre. On est toujours dans la compréhension. On est toujours présentes. Je trouve qu'on est bienveillantes l'une envers l'autre. Un peu comme tu disais, comme des sœurs finalement.
- Patana
Et ça, je trouve ça vachement chouette d'avoir une relation comme ça.
- Melissa
On se dit, si j'ai besoin, je sais qu'elle est toujours là pour moi et je serai toujours là pour elle. Et même si on ne se parle pas tous les jours,
- Patana
on sera toujours bienveillantes.
- Melissa
On s'accueillera mutuellement avec respect et compréhension.
- Patana
Oui, c'est clair. Et c'est vraiment, on refait le monde quand on se revoit. Parce que du coup, avant de tourner, là, on a passé, on a fait un brunch ensemble, on a discuté pendant trois heures de tout et de rien. Et ouais c'est vachement agréable de se dire que malgré la distance même si géographiquement on n'est pas assez loin que ça, mais bon la vie fait qu'on a chacune nos occupations, c'est compliqué de se voir mais ouais ça ne change pas quoi. J'avoue c'est vachement précieux. Je suis d'accord avec toi. Et écoute aujourd'hui on va aborder un thème qui nous me tient à cœur par nos origines c'est la double culture. Et l'occurrence toi avec la culture rwandaise, l'héritage et comment tu t'es construite ta propre identité.
- Melissa
Ah oui !
- Patana
Et du coup pour commencer et comprendre tes origines, est-ce que tu peux nous raconter d'où tu viens ?
- Melissa
Oui, alors je viens du Rwanda qui est un tout petit petit pays à côté du Congo. Mais même si je suis rwandaise, je suis née en Belgique puis après j'ai grandi par contre au Rwanda. jusqu'à l'âge de mes 10 ans. Puis après, je suis venue en France. Donc, le Rwanda, c'est un pays qui n'est pas connu positivement. Aujourd'hui, de plus en plus, heureusement. Mais c'est vrai qu'avant, je me rappellerais toujours que quand je suis arrivée en France, dès que je disais que j'étais rwandaise, la première question qu'on me posait, c'est « Oh, waouh, du coup, tu as vécu le génocide du Rwanda. Du coup, tu es Hutu ou Tutsi ? » Et ce n'était pas… Ce n'est pas toujours facile. Aujourd'hui, maintenant qu'on sponsorise le PSG, etc., au moins les gens voient le Visit Rwanda et commencent à connaître un peu plus positivement comme étant le pays le plus propre d'Afrique et puis pour plein d'autres choses. Et c'est plutôt agréable d'être connu pour ça que pour une histoire qui est tragique.
- Patana
Alors justement, si tu es OK d'en parler parce que tu parles du génocide. Est-ce que tu peux me dire comment ça t'a impacté toi et ta famille ?
- Melissa
Alors, nous, ça nous a beaucoup impacté parce que moi, j'avais déjà deux ans. Et je n'en parle pas beaucoup, mais il faut savoir que j'ai un problème de jambe. Et en fait, c'est venu justement pendant le génocide. Parce qu'en gros, j'ai vu forcément des images choquantes. Suite à ça, je suis tombée dans le coma. Et du coup, pour me sortir du coma, on a dû… m'injecter, me faire une piqûre d'un produit. Et suite à ça, j'ai réagi. Et du coup, aujourd'hui, je vis chaque jour les conséquences de ce que j'ai vu pendant le génocide. Jusqu'à présent, je les porte. Et puis même au-delà de moi, pour ma famille, c'est vrai que ça a été un changement radical parce qu'après le génocide, tu dois te reconstruire. Tu perds ta maison, tu te retrouves séparée. Ma mère s'est retrouvée séparée de son mari parce que chaque personne doit fuir à droite, à gauche pour des raisons différentes. Donc du coup, c'est vrai que ça chamboule un équilibre et du coup, on se retrouve avec une vie qui n'est pas classique parce qu'après ça, tu dois te reconstruire.
- Patana
J'imagine que ce n'était pas évident, en effet. Donc, tu dis que tu es née en Belgique avec des racines rwandaises, tu es allée en Rwanda et tu arrives ensuite en France. Oui. À quel âge tu arrives en France et quel genre de petite fille tu étais ?
- Melissa
Quand j'arrivais en France, alors, j'ai, je crois, 10 ou 11 ans. Un des deux, parce que je sais que je suis arrivée et justement, c'est très drôle parce que je suis arrivée, du coup, j'ai envie de dire, on s'est direct presque rencontrées parce qu'après, je suis arrivée au collège. et du coup quelle petite fille j'étais, j'étais genre une petite fille trop contente d'être, bon pas en France parce que de base moi je voulais qu'on aille en Belgique, mais ma mère a décidé de venir en France mais dans ma tête je connaissais plus la Belgique du fait de l'histoire de la Belgique et le Rwanda, au Rwanda on connait plus la Belgique en tout cas que la France. Mais j'étais contente quand même parce que j'avais un peu l'image de l'Europe comme on a dans les films Genre, je me disais, wow, trop bien, je vais aller au collège, j'aurai un casier comme dans les films américains.
- Patana
Là au campus.
- Melissa
Voilà, au campus. Alors que pas du tout. Je mangeais des céréales. Donc, je pense que la première année, en tout cas, j'étais tellement heureuse d'être en France que j'ai très mal mangé. J'ai très mal mangé, donc j'ai pris beaucoup de poids parce que justement, j'étais contente d'avoir les céréales, le chocolat, les machins. Et donc, j'ai pris beaucoup de poids. Et après, j'ai été une fille un peu mal dans ma peau parce qu'en sixième, les gens ne sont pas des plus gentils, surtout quand tu as une béquille, un peu de poids, donc que tu ne sens pas bien dans ta peau. C'est dur. C'est finalement dur de trouver ma place en arrivant en France. Plus la langue, en fait, que tu dois apprendre à connaître, toi.
- Patana
Ouai.
- Melissa
Une jeune fille pas épanouie, en tout cas.
- Patana
Ok. On verra justement dans la suite comment tu évolues. Je voulais m'arrêter sur les prénoms.
- Melissa
Oui.
- Patana
Parce que du coup, moi, quand je t'ai connue au collège, tu prénommais Melissa.
- Melissa
Oui.
- Patana
Et je crois que dans le contexte du travail, c'est plutôt Imelda.
- Melissa
Oui, tout à fait.
- Patana
Donc, c'est quoi les significations de ces prénoms ? Et toi, pour toi, ça signifie avoir deux identités ? Enfin, voilà. Qu'est-ce que ça signifie pour toi et comment on t'appelle aujourd'hui ?
- Melissa
C'est une très bonne question. En fait, oui, effectivement, pour moi, c'est deux identités. Parce qu'effectivement, du fait que je suis née en Belgique, je pense que tout comme tous les autres pays en Europe, c'est vrai que c'est ton nom de famille et le prénom de l'acte de naissance qui te définit. Sauf qu'après, vu qu'on est partie au Rwanda, mes parents, ils ont dit, voilà, on vous présente Melissa, Imelda. Enfin, ils ont dit tous mes prénoms. Et pour les gens, ils ont choisi de m'appeler Melissa parce que sûrement c'était plus facile pour eux. Et c'est vrai que j'ai grandi avec tout le monde qui m'appelait Mélissa. Donc, c'est quand je suis arrivée en France que limite j'ai découvert que j'avais un nom de famille parce que du coup, au Rwanda, on n'a pas… Aujourd'hui, ça commence à se faire d'avoir un nom de famille commun. Mais sinon, c'est vrai que chacun a son nom propre parce que généralement, c'est comme ça, on te donne un prénom et un nom. Donc, du coup, c'est ça qui est bizarre parce que c'est très compliqué parfois de se dire… que deux sœurs sont de la même famille parce que finalement, elles ne vont pas avoir le même nom. Chacun va avoir son nom propre et son prénom propre. Et donc, du coup, c'est vrai que quand j'arrive en France et que je découvre que sur l'acte de naissance, il n'y a pas écrit Melissa et qu'il faut m'appeler Imelda, je n'étais pas prête. Moi, je ne savais pas qu'il était Imelda. Je voulais qu'on m'appelle Melissa. Donc, c'est pour ça qu'au collège, tout le monde devait m'appeler Melissa, même si c'était écrit officiellement Imelda. Quand je pouvais, je rajoutais Melissa et je disais à tous les profs, à toute personne que je raconterais de m'appeler Melissa. Mais en grandissant, je me suis rendue compte qu'effectivement dans le monde professionnel quand on commence à faire les petits jobs d'été, tu ne vas pas arriver au travail et dire, non, il y a écrit Imelda, mais je ne veux pas qu'on m'appelle Imelda et qu'on m'appelle Melissa. Là, on va dire, si tu n'es pas content avec ton prénom, il faut aller faire une demande de changement officielle et puis tu reviens. Donc de là, j'ai commencé petit à petit à connaître Imelda. Et j'avoue, c'est comme si je me suis construit deux identités finalement et que j'ai réussi à séparer ma vie pro de ma vie perso. Parce qu'en plus, au début, j'étais un peu de la team, on ne mélange pas les deux. Et du coup, je me disais, la Imelda, c'est la personne qui est au travail, que les gens vont rencontrer. Et la Mélissa, c'est celle que connaissent ma famille, c'est celle que connaissent mes amis. Petit à petit quand même au travail on se fait aussi des amis qui commentent pour intégrer son cercle perso et du coup c'était très drôle parce que quand j'organisais des anniversaires, t'avais ceux qui disaient je viens à l'anniversaire d'Imelda et ceux qui disaient je viens à l'anniversaire d'Imelda donc j'étais un peu en mode ouais bon, il est peut-être temps d'arrêter d'avoir deux identités et de te trouver donc c'est vrai que pendant un moment je me suis posé la question du coup aujourd'hui j'ai envie qu'on m'appelle comme on veut et je pense qu'en grandissant aussi. J'ai fini finalement par me dire que j'aimais beaucoup Imelda, je ne voulais pas l'enlever parce que vraiment, à un moment donné, moi, je voulais juste qu'on m'appelle Melissa. Mais c'est vrai que je me suis dit, mais en vrai, Melissa, c'est commun. Je veux dire, je pense qu'on connaît plus de personnes qui s'appellent Melissa qu'Imelda. Donc, j'ai appris petit à petit à aimer ce prénom Imelda. Et en fait, à me dire, je suis OK avec les deux prénoms et je n'ai pas envie que ça change. Parce que d'un côté, j'ai l'impression que si je dis à tout le monde qui m'appelait Melissa de m'appeler Imelda, Je dis au revoir à une partie de moi à laquelle je n'ai pas envie de dire au revoir. Mais en même temps, Imelda aussi, elle existe. Imelda, c'est celle qui est connue professionnellement. Imelda, c'est mon identité pro. Donc, je n'ai pas envie non plus qu'elle renonce. Donc, c'est vrai que je suis arrivée à la conclusion que pour moi, je m'appelle Imelda, Melissa. Et un jour, quand je n'aurai pas la flemme de faire les papiers, j'irai demander à ce que sur ma carte d'identité, je puisse ajouter Melissa en espérant que j'aurai gain de cause.
- Patana
Donc finalement tes deux identités que tu avais un peu séparées, tu les fais cohabiter ensemble. Exactement voilà aujourd'hui ils cohabitent ensemble en paix. Et est-ce que ça te fait écho aussi justement avec ta double culture du fait de cohabiter avec les deux cultures, qu'est-ce que ça t'inspire ? Ah ouais carrément parce que c'est vrai que ouais
- Melissa
Tu cohabites avec les deux cultures quand je suis arrivée en France. Pour moi au début c'était très dur de m'adapter à la culture française finalement, à la conception des choses parce qu'au Rwanda, il y a des choses qu'on voit tellement différemment. Même aujourd'hui, je dirais que j'apprends encore parce qu'un exemple tout bête c'est que chez nous, quand on t'invite, les gens t'invitent. Ça ne se fait pas, par exemple, de dire à mes potes « Ouais, je vous invite chez moi, mais ramenez à boire, ramenez à manger. » Si tu invites les gens, tu vas faire à manger. Si tu as invité 30 personnes, c'est que tu as les moyens de donner à manger, à boire à 30 personnes et donc... Donc du coup, c'est vrai que dans la culture rwandaise, tu as une charge finalement, j'ai envie de dire mentale, qu'il n'y a pas dans la culture française. Dans la culture française, tu peux un peu t'alléger la charge et tout le monde peut comprendre de dire « Ok, j'amène une boisson, j'amène un truc. » Donc, il y a deux cultures aussi qui doivent cohabiter et ce n'est pas toujours évident. Ce n'est pas toujours évident, mais en grandissant, tu te rends compte que c'est bien parce que tu peux tirer le meilleur de ces deux cultures-là.
- Patana
Et c'est quoi, du coup, pour toi, le meilleur des deux cultures ?
- Melissa
Le meilleur des deux cultures, je dirais que ce que j'aime beaucoup dans ma culture rwandaise, c'est la place de la famille. La place de la famille est très importante. que tu n'es... Tu ne te sens jamais seule, tu ne te sens jamais isolée, tu es toujours entourée, parfois peut-être un peu trop.
- Patana
Le village.
- Melissa
Voilà, le village. Si tu ne sais pas tes limites, tu peux même être un peu trop entourée, mais en tout cas, tu n'es jamais seule. Et ça, c'est super agréable. Et en plus de jamais être seule, on est vraiment présents les uns pour les autres. Donc, il y a vraiment une solidarité. Si tu dis demain, je ne sais pas moi, tu as une bonne nouvelle comme une mauvaise nouvelle, Tu sais qu'il y aura toujours des gens avec toi. Si tu dis j'organise une fête à la dernière minute, il y aura des gens. Si tu arrives en malheur, il y aura des gens. Donc tu te sens vraiment...
- Patana
Entourée.
- Melissa
Oui, tu te sens toujours entourée, donc jamais seule. Et puis c'est vrai que tu es bien reçue quand tu vas chez les gens aussi. Donc c'est vrai que ça m'inspire aussi de me dire que quand j'ai mes amis, je les reçois bien, qu'ils sont un peu comme à la maison, qu'ils ne viennent pas en se disant... Je vais leur rendre visite, mais il faut aussi quand même que je passe dans le magasin, acheter ci, acheter ça. J'ai juste envie qu'ils se disent qu'on vient juste passer un bon moment et qu'en fait, finalement, ils n'aient pas à penser à ce qui m'amène. Donc ça, j'aime beaucoup. Mais en même temps, le fait d'avoir grandi en France, ça m'a ouvert notamment sur le fait aussi de se prioriser, de dire OK, la famille, c'est important, mais il faut aussi des moments pour soi. Il ne faut pas que chez toi, ça soit toujours le village. Tu as le droit de vouloir être seule. Tu as le droit de vouloir un peu penser à toi, penser à tes projets, imposer tes limites. Parce que c'est vrai que c'est plus compliqué, je trouve, dans la culture rwandaise d'imposer ses limites que dans la culture française. Donc ça, c'est quelque chose que j'ai beaucoup appris. Et puis, je dirais aussi que ce que ça m'apprend, c'est cette partie de faire des sorties. Parce que c'est vrai que dans notre culture, Je crois que parfois... Parfois, on est dans rendre visite aux gens, être avec les gens, mais pas, je ne sais pas, on peut se retrouver dans un restaurant et profiter du beau temps. On peut aller au musée, intégrer les sorties et une dynamisme finalement d'une vie qui n'est pas juste tournée autour des gens. Donc, oui, pour moi, c'est ça le meilleur des deux.
- Patana
Et justement, tu parlais de limites, de doutes. Qu'est-ce que ça t'a apporté aussi ça, le fait d'avoir justement cette double culture ? Est-ce que tu as eu un poids à porter à un moment donné dans ta vie ? Bon, je connais la réponse, mais…
- Melissa
Oui, oui, oui, quand même. Mais il y a un poids à porter, ne serait-ce que même du point de vue de tes choix, en fait. Parce que parfois, tu as ce double dilemme des choix que tu as envie de faire pour toi, mais en même temps, de ce que la famille attend de toi. Donc, typiquement, rien que si tu prends les études, tu as effectivement le schéma que la famille a décidé pour toi, l'école qu'ils ont envie que tu fasses, le travail qu'ils ont envie que tu aies plus tard. Et tu as toi tes désirs. Donc, c'est vrai que parfois, je sais qu'à un moment donné, je m'oubliais un peu. Je faisais les choix plutôt en fonction de ce que ma famille attendait de moi parce que tu as cette crainte de décevoir. Tu as ce poids de dire, ma famille s'est beaucoup sacrifiée pour que j'en sois là. Il faut que je les rende fiers. En fait, il faut que, il faut que. Et en fait, c'est toujours le « il faut que » pour les autres, pas pour toi. Et c'est vrai que plus tu baignes dans la culture, plus tu t'entoures de personnes qui ont grandi ici. Et puis, ça t'apprend aussi à te dire… Et à voir d'autres modèles, en fait. À ne pas avoir que des modèles de gens qui se sacrifient et qui pensent aux familles, mais de voir des amis qui se choisissent eux. Ça t'apprend petit à petit à te choisir, à dire… Est-ce que je suis vraiment ok avec ce choix-là ? Ou est-ce que je le fais pour ma famille ? Et si je le fais vraiment pour ma famille, est-ce que je vais être heureuse in fine ? Est-ce que je ne ferais pas mieux de prendre un risque, même si c'est un risque, mais qui finalement va m'apporter du bonheur ? Donc finalement, au début, tu es plein de doutes et tu choisis en fonction de ta famille. Et puis, petit à petit, cette culture française, j'ai envie de dire, et ces amis que la France m'a offerts, m'apprend à... A penser à moi aussi, à tourner vers moi.
- Patana
Est-ce qu'à l'inverse, avec tes amis peut-être plus français, t'as senti des décalages ? Et lesquels ?
- Melissa
Ah oui, Beaucoup de décalages ! L'intégration était très compliquée. Parce que déjà, quand t'es jeune, moi, je me rappellerais toujours qu'au collège, j'avais une meilleure amie et qui était tellement avancée sur... Ne serait-ce que qu'est-ce qu'être une jeune fille. Elle était au courant de ce qu'il attendait en tant que jeune fille, comment son corps allait changer, comment ça ira. Parce qu'elle avait sa belle-mère, effectivement, qui était française, avec qui elle en parlait et tout. Alors que moi, ça, c'est des sujets, t'abordes pas avec ta mère.
- Patana
Oui, je suis d'accord.
- Melissa
Tu n'en parles pas, tu ne vas pas parler de quand tu auras un petit copain. Non, non, non, c'est les études. Ça, on ne veut pas entendre avant que tu termines les études. Quand tu finis les études, c'est que tu te maries quand ?
- Patana
C'est clair.
- Melissa
Du coup, il y a un peu une contradiction où tu te dis, il fallait que je me focalise sur les études. Maintenant que j'ai fini les études, il faut que je me marie. Mais du coup, si je n'avais pas le droit de penser aux garçons, à quel moment je vais trouver quelqu'un avec qui me marier ? Alors que c'est vrai que mes amis très jeunes, ils commençaient à avoir des petits copains je me rappelle qu'au collège, même mes amis ils en avaient, alors que moi j'étais tellement dans cette culture de j'ai pas le droit d'avoir un petit copain, je sais pas si j'ai le droit de rentrer et de le dire à ma mère que j'aimerais avoir un amoureux que du coup, ça crée un décalage parce que t'as toujours l'impression d'être la fille peut-être pas cool si je peux dire ça comme ça parce que les autres, ils sont là, ils peuvent se maquiller, ils sortent, ils sont hyper à l'aise avec leur corps. Alors que toi, ta culture t'inculque plus la pudeur, inculque plus de ne pas t'intéresser aux garçons. Donc j'avoue que tu te sens super en décalage en fait et que c'est compliqué finalement de t'adapter. Et que du coup, je me rappelle même que je pense que parfois... Maintenant, avec du recul, je peux même être honnête avec moi, je pense que je devais mentir juste pour me fondre dans le moule. Quand ils parlaient des garçons, dire « Ah non, moi aussi, peut-être que bientôt j'aurai un copain. » Alors qu'en fait, tu sais qu'il n'y a rien du tout. Mais tu te sentais un peu plus acceptée, plus comme les autres.
- Patana
Dans le moule. Oui,
- Melissa
Plus dans le moule.
- Patana
Je trouve que c'est ça le plus compliqué pour vivre aussi la double culture. Tu dois contenter tout le monde, mais du coup, au final, tu ne te trouves pas. Oui. C'est que, du coup, avec ta famille, tu te sens en décalage parce que pour eux, tu es français. Et puis, avec tes amis français, tu es rwandaise ou laotienne, pour moi. Et du coup, en fait, à quel moment tu te sens compris et accepté dans le monde ?
- Melissa
Oui, oui, oui.
- Patana
Et surtout, quand tu es jeune, je trouve que c'est compliqué. Parce que c'est là où tu crées ton identité, tu poses plein de questions et personne ne te donne des réponses, en fait.
- Melissa
Oui, c'est ça. et c'est là où c'est dur et moi je me rappelle que En plus, quand je suis arrivée en France, par exemple, la musique rwandaise, il y avait vraiment de la musique culturelle, mais il n'y avait pas la musique, on va dire, que vont écouter les jeunes. Oui, tu pouvais faire écouter ça comme musique, la personne allait dire, oui, mais ça se danse comment ? Et tu pouvais lui montrer comment ça se danse. Mais ce n'était pas une musique qu'elle pouvait mettre dans sa playlist et dire, ah oui, cette musique, elle bouge, il y a un rythme et tout ça. Et c'est vrai qu'au début, c'était compliqué pour moi aussi de... De finalement même faire découvrir ma culture à mes amis parce que j'avais l'impression qu'elle était, on va dire, un peu limitée. Aujourd'hui, ça va, ce n'est plus le cas. Donc, je peux plus facilement, parce que je pense que moi aussi, j'ai appris à vivre avec ces doubles cultures, je peux plus facilement trouver comment les amener dans ma culture. Mais c'est vrai qu'au début, tu te cherches, tu essaies de contenter tout le monde et j'ai l'impression qu'à la fin, toi-même, tu te perds juste. Tu te dis, mais où est ma place ? J'appartiens où ?
- Patana
Et justement, qu'est-ce qui a changé aujourd'hui dans ta vision ? Est-ce que tu as trouvé ton identité finalement ?
- Melissa
Oui, aujourd'hui je trouve que j'ai trouvé mon identité parce qu'en fait j'ai eu le temps de voir, comme on disait juste avant, j'ai eu le temps de trouver mon équilibre des deux cultures. Parce que quand je suis arrivée, je voulais tellement m'intégrer que j'avais beaucoup d'amis français. Et puis finalement, à un moment donné, je me suis dit J'ai été confrontée à l'autre sens parce que quand tu t'intègres beaucoup et que tu as des amis français, que tu manges français, que tu écoutes que la musique française, etc. En fait, tes amis, eux, ils voient quand même que tu as une double culture. Donc, ils te posent des questions sur ta culture. Mais du coup, toi, tu n'as pas de réponse tellement tu as voulu, entre guillemets, mettre de côté cette culture-là. En fait, ils te disent chez toi, on mange quoi ? Tu es là en mode, tu peux me faire un plat chez toi ? Comment on fait déjà ? Et du coup, là aussi, ça... tu commences à t'interroger, tu commences à réaliser que ça a mis de côté ta culture et donc tu retournes aussi vers ta culture donc là tu commences à avoir aussi des amis de ton âge mais de ta culture donc d'une autre génération et donc là tu arrives je trouve à trouver un bon équilibre entre les deux à dire ok bah Le fait d'avoir des amis français et des amis rwandais, ça m'aide à me dire partout où je suis à ma place. Je n'ai pas besoin de choisir entre le Rwanda et la France.
- Patana
Et puis si c'est tes amis, ceux que tu as choisis, normalement ils acceptent.
- Melissa
Oui, c'est vrai.
- Patana
C'est clair. J'aime bien poser la question de... Parce que j'ai justement, le podcast avant, notre copine Cassandre qui parlait de la transition entre la vingtaine et la trentaine. Pour moi, ça a été transparent, voire même assez épanoui. Tu disais justement que toi, tu ne te sentais pas comme une petite fille épanouie au temps du collège. Comment ça s'est passé, toi, ta vingtaine ?
- Melissa
Bonne question. Comment s'est passée ma vingtaine ? Alors, la vingtaine, je trouve que j'étais beaucoup dans ce qu'on disait, vouloir être la petite fille parfaite toujours pour ma famille. parce que les choix des études, non, non, non, si tu es dans cette université-là, il faudra que tu restes là. Non, mais il ne faut plus faire ce métier-là. Non, mais reste dans le CDI. Donc, dans la vingtaine, j'avais beaucoup de mal à prendre des risques. Finalement, je voulais vraiment suivre un peu le schéma qu'on attendait de moi. Et je pense que j'ai eu un premier électrochoc à 25 ans parce que je me suis rappelée qu'à 15 ans, je me disais, quand j'aurai 25 ans, je serai une grande personne, j'aurai déjà une maison, j'aurai un travail, j'aurai un mari. Je serai sûrement en train de lancer le bébé numéro un. Et en fait, 25 ans sont arrivés et je n'avais rien du tout. C'est-à-dire que j'avais fait cette fac que ma famille voulait que je fasse, mais je n'avais pas de plan. Je ne savais absolument pas même où je voulais aller dans ma carrière. Je n'avais pas de copains. Donc, pas de projet enfant, je vivais encore chez maman. Donc franchement, c'était un électrochoc de te dire, oh waouh, genre, t'as rien quoi. Et je pense qu'à partir de là, c'est là où j'ai commencé petit à petit à me dire, ok, maintenant on va faire les choses selon moi. On va arrêter de vouloir plaire aux gens, là ça y est, tu as assez donné, maintenant pense à toi. Et c'est là où j'ai commencé à faire des choix en fait finalement qui ont fait que, l'arrivée dans la trentaine, je l'ai genre super bien vécu finalement. Genre j'étais un peu en mode trop cool j'ai 30 ans, j'ai un métier qui me plaît, j'évolue professionnellement, j'ai acheté mon appartement et en vrai je me rappelle que 30 ans j'étais célibataire et je me souviens toujours avoir dit ok maintenant j'ai tout ce qu'il me faut, maintenant il me fait un mec donc je savais où j'allais, j'étais vraiment bien par rapport à la vingtaine.
- Patana
C'est vrai que t'étais plutôt à l'aise, ouais, t'as 30 ans, je me rappelle, parce qu'on a un an d'écart, donc t'as fêté 30 ans avant, on avait fait ça en Italie, c'était super bien. Et c'est vrai que t'étais plutôt en mode chill, apaisée. Je pense qu'on est un peu pareil sur le être organisée, avoir des étapes, des plans. Tout à l'heure, on est partis dans les magasins pour chercher des planners et des manuels de gratitude. Ouais, c'est vrai qu'on est un peu dans le même mindset, et c'est vrai qu'avec le recul, c'est vrai que tu l'as... Tu as bien passé le cap en tout cas.
- Melissa
Oui, non franchement, j'étais même par rapport à ma jambe, parce que je n'en parle pas assez, mais j'étais vraiment en paix avec ça. Alors que, oh waouh, au collège c'était dur. Parce que quand tu as deux béquilles, que tu es au collège, et que rien qu'à la cantine, il faut que tes amis acceptent de te porter le plateau, je pense que tu t'en souviens, on portait mon plateau. Rien que ça, parfois pour certains, enfin je sais qu'il y a certaines amitiés qui se sont arrêtées là, parce que pour elles c'était... une corvée que de devoir porter deux plateaux quoi tu vois. Donc quand tu passes du collège ou c'est comme ça, du lycée effectivement ou pareil t'as encore ta béquille et voilà... alors que c'est vrai qu'au début de la vingtaine j'avais plus de béquille, j'ai commencé à trouver mon sport parce que aujourd'hui, les petits jeunes, ils peuvent aller à la salle de sport à partir de 15 ans, mais nous, tu ne pouvais pas t'inscrire avant 18. Donc du coup, c'est vrai qu'avant mes 18 ans, je ne pouvais faire aucun sport parce qu'avec ma jambe, à part la natation, aucun sport n'était adapté. Alors qu'à 18 ans, j'ai découvert que je pouvais m'inscrire à la salle, que je pouvais faire un peu de musculation. Donc j'ai été un peu en paix aussi avec mon corps, ma jambe. J'ai trouvé des solutions pour mes chaussures. En fait, je trouve que ça aussi, c'est... Mine de rien, ça te conditionne parce que, bon, peut-être que là je me suis éloignée de notre sujet, mais ça me conditionne parce que je me rends compte que quand t'es jeune, c'était, comme on disait, ta famille attend beaucoup de toi, mais c'est eux aussi qui choisissent tes vêtements, parce que c'est clairement ta mère qui achète tes vêtements pour toi. Donc, si tu veux un truc et qu'elle trouve que t'as pas l'âge de le porter ou quoi, elle va pas t'acheter. Alors qu'en fait, une fois que tu commences des jobs... que tu as une bourse, tu peux un peu t'acheter des trucs. Donc là, c'est toi qui choisis. Forcément tu te sens plus en confiance donc ouais je pense que tout ça, tout ce travail là contribue que t'arrives dans ta trentaine pour moi en étant bien quoi,
- Patana
En ayant confiance en toi. Alors moi je sais qu'il y avait aussi un moment entre ma vingtaine et ma trentaine où j'avais ce goal de voyage et je sais que tu partageais exactement la même chose. Comment justement est-ce que dans ta trentaine et dans ton bilan tu t'es dit ok j'ai fait euh... J'ai fait beaucoup de voyages, je suis ok. Est-ce que tu as toujours cette envie de voyager, découvrir le monde ? Tu en es où par rapport à ça ?
- Melissa
Alors, je trouve qu'aujourd'hui, je me dis quand même, j'ai fait des voyages, mais pas assez à mon goût. Après, je ne sais pas si on aura vraiment fait assez de voyages dans sa vie. Mais je trouve que le goal, il s'est même un peu transformé dans le sens où j'ai un peu ce sentiment de... J'ai vécu maintenant genre 23 ans en France. Et du fait d'avoir connu d'autres pays avant, Je pense qu'il y a ce goal maintenant de vouloir vivre dans un autre pays, qui était là dans la vingtaine. Je me rappelle que quand j'avais fini mes études et que j'étais au chômage, j'avais cette envie, comme tout le monde, d'aller en Angleterre, de faire un job, de maîtriser l'anglais. Et je ne l'ai pas fait par peur, encore comme on disait un peu, peur de dire « et si j'y vais, que ça échoue, et puis qu'est-ce que ma famille pensera ? » Et puis je reviendrai, même le peu d'argent que j'ai mis de côté, je repartirai de zéro. Donc, cette peur avait fait que je n'avais pas franchi ce cap. Et c'est vrai que de plus en plus, ça revient. Parce que j'ai un peu l'impression d'être restée dans ma zone de confort et de ne pas être sortie. Alors qu'en fait, le fait, finalement, même si je suis née en Belgique et qu'après, j'ai vécu au Rwanda et que je suis venue en France, j'ai l'impression d'avoir bougé dans ma vie à des instants. Et là, c'est comme si j'avais l'impression que je suis bloquée un peu en France et que j'ai envie. Aujourd'hui, quand quelqu'un me dit « waouh » , j'ai mes amis qui vont au Canada, je me dis « oh waouh » . Parfois, j'aimerais tellement être celle qui dit « moi aussi, ça y est, je vais faire ma valise, je vais mettre mon appart en location et je pars au Canada » . Je pense qu'il y a toujours cette envie de voyager, mais il y a même l'envie d'aller s'installer dans un autre pays et de voir ce que ça me ferait. Est-ce que j'ai envie de revenir en France et en fait c'est là où j'ai envie de faire ma vie pour de manière définitive ?
- Patana
Et qu'est-ce qui te freine aujourd'hui du coup ?
- Melissa
Je crois que c'est un peu la peur en vrai. C'est toujours cette peur de l'échec. Je trouve que, comme on disait, c'est un truc que tu intériorises tellement que ça te suit. Que même si tu t'en défais, même si tu disais j'ai changé, mais la peur de l'échec est toujours présente. De se dire, mais attends, là t'as la stabilité, t'as un taf, t'as un toit, t'es à côté de ta famille, t'as tes amis, est-ce que t'es sûre que tu veux prendre le risque de tout mettre de côté pour aller vers l'inconnu dans un autre pays où peut-être t'arriveras à trouver du travail, peut-être t'arriveras pas à trouver du travail, bref. En fait, j'ai une petite voix qui me dit ça et qui fait que je me dis ok, garde ça dans un coin de ta tête.
- Patana
Est-ce que tu trouves que la peur de l'échec, ça a aussi un lien avec la double culture au final ? Ou en tout cas avec ta culture rwandaise ?
- Melissa
Moi je trouve que ça a un lien parce que, en fait, comme je disais, tu grandis et on a tellement d'attentes envers toi que chaque choix que tu fais, même si t'es grand et même si là j'ai 30 ans passé, il faut le justifier. Chaque choix... Je sais qu'il y a des gens qui vont dire « Ah ok, j'ai décidé de quitter mon CDI et d'aller au Canada » et puis les familles vont dire « Oh trop bien, ça va être cool, chouette, j'ai hâte pour toi » . Alors que moi, je sais que si mon choix c'est ça, alors j'ai intérêt à être armée de réponses parce que ça va être « Pourquoi t'as fait ça ? » « Qu'est-ce qui te pousse à ? » et plein d'autres questions en fait. Et du coup, je pense que ça, ça n'aide pas toujours à prendre des décisions en fait. Donc il y a toujours l'effet de la double culture de dire on attend beaucoup de moi, on va me poser beaucoup de questions, je dois me justifier, je dois prouver par A plus B que mon projet est viable pour pouvoir foncer quoi et donc ça c'est vrai que c'est... je travaille toujours dessus quoi on va dire.
- Patana
Je pense que c'est constant. Moi je... J'essaie d'apprendre à vivre avec, c'est pas toujours évident. Si t'as le relent, c'est un peu ancré en toi en fait. C'est ça. C'est dans tes origines au final. On t'a tellement incluqué qu'il fallait faire mieux que les parents, que nous on avait la chance d'être là, qu'il fallait qu'on saisisse notre chance, qu'il fallait créer notre chance. Il fallait réussir à l'école, faire des études longues.
- Melissa
Et puis tu vois aussi ce que tes parents ont vécu en fait. Et je pense qu'inconsciemment, il y a cette peur de... Et si tu quittes là où tu es bien et que tu te retrouves dans ce que tes parents ont vécu ? Parce que je me dis, ma mère un jour, elle a quitté son pays d'origine. Elle est venue ici pour nous. Elle a dû se battre pour en être là où elle est et pour qu'on en soit où elle est. Et aujourd'hui, moi, je suis bien. Et si moi en allant dans cet autre pays, je me retrouvais comme elle quoi. Je me retrouvais à devoir recommencer et à ne pas retrouver la situation que j'ai aujourd'hui. Je pense qu'au fond de moi, il y a cette peur aussi en fait. Au lieu d'avancer, limite c'est comme si tu retournes sur le schéma que tes parents ont connu. Je pense que j'ai un peu cette peur et que cette peur fait que je me dis... C'est peut-être bien là où t'es en fait. T'as fait mieux que ce qu'on attendait de toi, donc reste là. Va pas chercher le diable comme on dit.
- Patana
Prends pas de risques.
- Melissa
Voilà, prends pas de risques. Mais c'est dommage de penser comme ça. Y'a pas de raison que si t'as réussi ici, tu n'y arrives pas là-bas.
- Patana
C'est clair. T'es allée souvent au Rwanda du coup ? T'étais en France ?
- Melissa
Non, pas souvent. Je suis partie... Trois fois, parce que déjà au début quand je suis arrivée, j'avais... On était réfugiés politiques, donc quand t'es réfugié politique, tu retournes pas dans ton pays vu que...
- Patana
Et toi aussi t'avais le statut ?
- Melissa
Ouais, moi aussi j'avais le statut et...
- Patana
Est-ce que t'es... Oui, parce que t'es pas née là-bas mais t'as vécu...
- Melissa
Ouais, exactement, j'ai vécu là-bas parce qu'en gros je suis née en Belgique mais je suis partie très jeune. Donc vu que je suis partie très jeune de la Belgique, bah je n'ai pas eu la nationalité en fait. Donc quand on est venues en France... J'étais avec ma mère, on était, on va dire, tous réfugiés politiques. Et c'est vrai que je n'en parlais pas beaucoup au collège. Parce que je me rappelle, tu sais, quand on avait fait le voyage en Angleterre. Par exemple, moi, j'ai dû demander un papier spécifique. Et je me rappelle que la carte d'identité, ce n'est pas la même carte d'identité que quand tu es Français. Donc, elle est orange. Enfin, elle est rose, pas orange. Donc, j'ai essayé de la cacher. C'est le titre de séjour. Voilà, le titre de séjour, tu vois, pour ne pas qu'on voit... que j'avais un titre de séjour parce que tu as peur que les autres enfants disent pourquoi tu as un titre de séjour, pourquoi tu n'as pas une carte que nous ? Parce qu'ils ne connaissent pas, donc ils ne comprennent pas. Donc je me cachais un peu. Donc en gros pendant je pense 10 ans, on ne pouvait pas y retourner. Puis j'y suis retournée je pense 15 ans après. Et là c'était un peu le choc pour moi parce que j'avais qu'en mémoire ce que j'ai laissé. J'avais le pays comme je l'ai laissé. Et en fait quand je suis arrivée, tout avait changé. Je ne reconnaissais rien. J'étais incapable de quitter l'aéroport et de dire je retourne là où on habitait avant. C'est en mode tout a changé. Et je pense que pour mon frère ça a encore dû être un gros choc parce qu'il est parti que l'année dernière. Donc lui il y a 20 ans qu'ils sont passés. Pareil il me disait qu'il ne reconnaissait rien, que ça a changé. Mais ça l'a... comment dire... Ça l'a réconcilié encore plus avec son pays. Parce que tu vois là aujourd'hui, il se dit mais plus jamais je ferai 5 ans sans y aller. Parce que maintenant en plus il a un enfant, donc il a envie que l'enfant connaisse ce pays-là. Donc là il se dit, maintenant plus jamais je ferai autant d'années sans y aller. Alors qu'avant, je pense que quand tu as grandi ici, il y a tellement de pays que tu as envie de visiter. Parfois même ton pays d'origine, quand tu as de la chance d'être avec ta famille, tes parents. Tu te dis que ce n'était pas grave si tu n'allais pas finalement, parce que le plus important est avec moi. Et du coup, lui, c'est comme ça qu'il avait mis de côté, il mettait plus de côté à aller découvrir d'autres pays. Et là, quand il est descendu, il a dit, mais j'ai attendu aussi longtemps. C'est vrai que moi aussi, là, je commence à ressentir le manque, de me dire, ça fait 4 ans que je ne peux pas retourner au Rwanda, j'aimerais bien aller voir comment ça a changé, un peu être dans la culture, voir comment ça se passe pour les gens sur place, etc. Et en fait, on n'en parle pas aussi, là ça ne fait pas ça un truc, mais tu sais qu'il y a une triple, je trouve, culture. Enfin, triple culture, je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça, parce que, donc, il y a la culture que j'ai acquis en France, il y a la culture rwandaise que j'ai, mais des gens qui sont en France. Mais si je vais au Rwanda, pour eux, je n'ai pas la même culture rwandaise qu'eux. Donc ça, c'est ça qui est, je trouve, dingue. De me dire que même si je parle la langue, demain si j'y vais, la culture qu'ils ont... Vu que eux, ils ont... Enfin, parce que moi, j'ai évolué finalement dans la culture rwandaise, mais importée ici. On va dire que ma mère est là de l'époque, etc. Mais les jeunes qui grandissent aujourd'hui, ils n'ont pas du tout la même culture. Et parfois, ce qui est dingue, c'est que moi... Par exemple, je parle mieux ma langue que certaines personnes sur place. Parce que là-bas, il y a plein de familles qui sont dans... Je veux que mon enfant parle anglais et français. Donc comme ça, s'il va à l'étranger, il s'habituera plus que moi qui suis ici et qui me dit, en fait non, si je vais au Rwanda, il faut que j'arrive à parler qu'il y a Rwanda. Parfois, tu peux descendre dans ton pays et ne même pas parler ta langue et juste utiliser ton français et ton anglais.
- Patana
C'est fou.
- Melissa
Oui, c'est fou. C'est comme s'il y a trois cultures finalement.
- Patana
C'est super intéressant ce que tu dis, parce que c'est vrai que même ici, en France, on parlait de génération, notamment par rapport à la parentalité, l'éducation. Et c'est vrai que même les parents, les grands-parents d'ici ou de là-bas, c'est vrai qu'ils ne disent pas du tout les mêmes choses.
- Melissa
Pas du tout.
- Patana
C'est super intéressant ce que tu disais. Ok. Je voulais parler aussi de ton expérience dans l'entrepreneuriat. Tu as une belle parenthèse là-dessus. Et j'en suis très admirative d'ailleurs. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ton projet et nous décrire un peu comment tu en es venue à justement te lancer dans l'entrepreneuriat ?
- Melissa
Ah oui. Là, tu me rends un peu nostalgique parce qu'il y a des fois, je me dis qu'est-ce que ça me manque. Mais oui effectivement pendant le Covid, je pense qu'on était tous à la maison, on avait le temps de penser. Et c'est vrai qu'au fond de moi j'ai toujours voulu travailler dans l'entreprenariat. Au début c'était justement pour des chaussures. Je me rappelle qu'au début je voulais lancer ma marque de chaussures.
- Patana
Trop bien.
- Melissa
Pour mon problème de jambes, les chaussures pas assez adaptées pour des gens qui ont des problèmes de jambes. Et donc du coup je me disais je vais lancer ma marque de chaussures etc sauf que je me suis rendue compte que vu que moi il fallait que je travaille avec des orthopédies etc bref c'était compliqué. Donc j'ai un peu mis le projet de côté et puis donc pendant le Covid j'ai une de mes copines qui était ma voisine à cette époque-là, qui me dit que elle voudrait se lancer dans le fait de faire des gâteaux de mariage etc et qu'elle y a pensé parce que quand elle essaie d'organiser des séjours avec son chéri, elle ne trouve pas quelqu'un pour garder les enfants. Elle me dit qu'elle aimerait trop lancer un truc. Je lui dis que je suis une amoureuse de l'amour, que j'aimerais tellement contribuer au bonheur des gens, ne serait-ce qu'en organisant des demandes en mariage, etc. Ensemble, on se dit pourquoi on ne se lancerait pas. Moi, je suis créative, toi pareil, on habite à côté, on n'a qu'à lancer notre projet. Donc, tous nos temps de Covid, c'était ça, c'était brainstorming, faire notre business plan, se poser la question de comment on se lance et tout. Et puis, ce qui nous a aidé, c'est qu'il s'avère qu'elle avait un couple d'amis où le garçon voulait demander en mariage sa copine de l'époque. Et donc, du coup, ils ont naturellement fait appel à nous. Donc nous aussi on s'est dit, bah trop bien, on a les premiers clients, ça va être les clientes, là il faut qu'on se lance, on investit, on trouve un photographe, on achète de la déco, etc. Donc on se lance comme ça pour faire leur demande en mariage. Finalement on y prend goût, on se dit, c'est trop bien, c'est incroyable. Donc de là, vu qu'elle en plus, elle avait son truc d'auto-entrepreneur de base pour faire les gâteaux. Pour l'instant, elle se dit que je ne suis pas prête à lancer les gâteaux. On peut le transformer et faire l'événementiel, organiser les demandes en mariage, les surprises romantiques pour les couples, et puis les EVJF pour ne pas être que fermé. Le seul truc où on s'était dit non, c'était les mariages. Parce qu'on s'est dit que les mariages, c'était trop de taf, trop de responsabilité d'organiser le jour J de quelqu'un. Pour l'instant, on s'aventure pas dans ça, on reste que sur la partie romance comme ça. Et donc, on se lance comme ça et franchement, c'était incroyable. On organisait des EVJF, des demandes en mariage. Donc franchement, au moment où ça prenait, où je commençais même à me dire tu sais quoi, est-ce que je ne quitterais pas mon taf pour qu'on se mette à 100% dessus ? Eh bien, mon associée a dû quitter la France parce qu'elle avait eu l'opportunité d'aller vivre en Côte d'Ivoire. Et c'est vrai que quand je me suis retrouvée solo, je me suis dit, ah ouais. Est-ce que là toute seule je vais y arriver donc il y a un peu la peur de ce que l'entrepreneuriat représente et dont on ne parle pas assez c'est l'instabilité. Parce que c'est à toi de trouver tes clients, c'est à toi de démarcher les personnes donc je me suis dit là je suis solo, les journées je ne vais parler à personne si je ne trouve pas des clients, donc je ne me sentais pas assez prête et du coup j'avoue j'ai mis ça de côté. Mais parfois ça reste dans un coin de ma tête et je me dis peut-être un jour le projet renaitra qui sait...
- Patana
Parce que du coup on ne dit pas forcément mais tu faisais ça en parallèle de ton travail à plein temps.
- Melissa
Oui voilà, je faisais ça en parallèle de mon travail à plein temps donc en gros j'avais plus de vie sociale. Mes week-ends, mes soirées c'était organiser l'événement du week-end quoi. C'était assez prenant quoi donc c'est pour ça que quand elle est partie je me suis dit... Est-ce que je ne profiterais pas pour souffler ? Malheureusement, parfois, quand tu t'enlèves du rythme de l'entrepreneuriat, y retourner, quand tu es solo et que tu n'as personne qui te dit « allez, on se motive » , parfois, c'est dur et tu te dis « bon, en vrai, pour l'instant, je mets ça de côté » .
- Patana
Oui, je comprends. Justement, quand on parlait toutes les deux là au brunch, on parlait du fait d'être freelance. Et ce que je te disais, c'est que plein de fois, ça m'est traversé l'esprit où on m'a parlé en disant « vas-y, tu peux te faire… » . Deux ou trois fois ton salaire en étant indépendante, tu as exactement le même taf. Mais ce n'est pas pareil parce que tu travailles solo. Tu es à ton compte et tu n'as pas d'équipe. Je trouve que c'est dur. J'avoue que je suis encore attachée à mon travail en équipe.
- Melissa
Je suis d'accord avec toi. Mentalement, c'est trop dur. Je me rends compte que ce qui m'aidait à tenir, c'est le fait qu'on était deux. Se retrouver seule et me dire que c'est moi qui vais tout gérer toute seule, je crois que je ne suis pas prête.
- Patana
Je comprends. Est-ce que tu peux nous dire justement, tu disais que tu es arrivée dans ta trentaine célibataire, mais épanouie dans ta vie. Et donc, comment ton chéri arrive dans ta vie ?
- Melissa
On s'est rencontrés, très drôle, parce que je pars avec toi et d'autres copines fêter mes 30 ans. À mes 30 ans, là, je n'ai aucune honte, je suis tellement épanouie que je dis à mes copines, écoutez... Là franchement si vous avez quelqu'un à me présenter, n'hésitez pas, moi ça y est, je suis dans la démarche de trouver quelqu'un. Et deux semaines après je me rends à un mariage et là je le rencontre. Donc je me dis, c'est dingue quand même comme quoi parfois tout part du mental, du fait d'être disposée, d'être prête. Et pourtant je ne m'attendais pas du tout à la rencontrer parce que je pars au mariage avec ma cousine. Ma cousine elle me dit... Ah tiens, je crois qu'à ce mariage-là, il y aura un mec, franchement, ça peut trop être ton style. Est-ce que je te laisse chercher et quand tu le trouves, tu me dis. Et si vraiment, c'est la personne que tu penses, je saurais que je connais tes goûts et j'irais me renseigner s'il est célibataire et vous mettre en contact. Sauf qu'en fait, vu qu'à ce moment-là, elle avait son bébé, donc elle a dû partir et en fait, le moment où elle s'est absentée pour aller allaiter son bébé, c'est le moment où cette personne-là est venue me parler. On a passé toute la soirée ensemble, après, derrière, et qu'elle m'a dit, à la fin, donc elle nous a laissé, elle nous a rien dit. Et à la fin, elle m'a dit, la personne à qui tu parlais, c'est celle à qui je pensais se présenter. Je me suis dit, ah, wow.
- Patana
Destin.
- Melissa
Destin, ouais.
- Patana
Je me rappelle quand tu m'as raconté ça, c'était un film Netflix, quoi. Ah ouais, vraiment. Parce qu'après, tu l'as recroisé à un autre mariage.
- Melissa
Exactement. Deux semaines après, on se revoit à un autre mariage. Ah oui, parce qu'il faut savoir, la rencontre était effectivement digne d'un film, mais la fin était genre, ok, il me dépose à ma voiture. Je rentre, je me dis trop bien, j'ai rencontré un mec trop bien, demain il va m'écrire, rien du tout. Plus de nouvelles, je me dis ok, je ne sais pas à quoi on pensait, mais peut-être que c'était juste sur le moment. Donc là, je l'oublie totalement et deux semaines après, on se recroise à un autre mariage. Et là, effectivement, après ce mariage-là, c'est là qu'on a commencé vraiment à parler. Je pense que nous deux, on a dû se dire, ce n'est quand même pas une coïncidence si en deux semaines, on se voit à deux mariages.
- Patana
Et du coup, quand tu disais que tu cherchais quelqu'un, est-ce que tu cherchais tout de suite la personne ? Tu t'attendais à ce que ce soit la personne ?
- Melissa
Ah, pas du tout. Franchement, je voulais trouver, oui, la personne, mais je ne m'attendais pas à ce que ça soit aussi évident, finalement. Sur un plateau, un peu, quand même. Oui, voilà. De base, on galère à chercher. Alors que là, il est arrivé comme ça. En plus, il remplissait les critères parce que, comme on disait, le fait d'avoir la double culture... Et le fait que j'ai pris aussi le temps de me réconcilier avec ma culture rwandaise, dans l'idéal, je voulais quelqu'un qui vienne de la même culture que moi. Donc là, le fait qu'on partage finalement la même culture, on parle, on se rend compte qu'on partage les mêmes valeurs, et qu'en fait, il soit là, je me suis dit, trop beau pour être vrai.
- Patana
Parce que du coup, il avait aussi vécu en France, c'est ça, avant. Il avait vécu à peu près la même situation que toi, en France en France.
- Melissa
Non, non, non, non, lui, du coup, il est arrivé plus tard que moi.
- Patana
D'accord.
- Melissa
Donc, par contre, contrairement à ce qu'on peut penser, donc, moi, je me disais, même culture égale, pas de décalage, mais finalement, le fait d'avoir passé autant d'années en France versus lui qui est arrivé nettement plus tard que moi, ben, ça crée totalement un décalage. Tu te rends compte que oui, vous parlez la même langue, oui, vous partagez la même culture, mais vous ne voyez pas du tout les choses de la même manière. Parce qu'en fait, finalement, toi, tu as intégré la culture française que lui, il est en train de découvrir. Parfois, je me dis, j'ai l'impression que c'était moi quand je suis arrivée en France. Donc lui, il est un peu dans ce processus-là encore de s'acclimater à la culture française pendant que moi, en fait, je me rends compte que je l'ai intégré.
- Patana
Tu as des exemples, du coup, dans ta vie quotidienne de décalage ?
- Melissa
Alors, quels décalages ? Déjà, le truc que je disais de constamment se dire que c'est le week-end, il faut qu'on fasse un truc, il faut qu'on sorte à Paris, il faut qu'on profite. En vrai, je ne sais pas si je dirais que c'est un truc parisien, mais en tout cas, c'est un truc à intégrer. Alors que lui, on pourrait très bien aller rendre visite à des gens. Pour lui, on a fait quelque chose. Alors que moi, aujourd'hui, si on a été rendre visite à quelqu'un, c'est cool. On a vu des amis ou quoi, mais... Ce n'est pas pareil que le fait de dire je suis venue sur Paris, j'ai fait un brunch. Pareil, les voyages ou l'importance des vacances, je dirais. Ça aussi, c'est un truc sur lequel on a un décalage parce que je pense que quand tu grandis en France, je me rends compte que les vacances, c'est important.
- Patana
C'est précieux.
- Melissa
Oui, c'est précieux. Et quand tu prends des vacances, c'est pour bouger, ce n'est pas pour rester à la maison. Aujourd'hui, oui, plus tu grandis, plus tu apprécies un peu une semaine ou deux, mais tu ne vas pas prendre trois semaines pour rester à la maison.
- Patana
Oui c'est vrai.
- Melissa
Tu vas dire non il faut que je voyage. Donc ce goût du voyage je pense que c'est un truc que j'ai intégré et que lui il voit pas forcément pareil que moi. Mais petit à petit il commence aussi à intégrer, à se dire bah trop bien ouais elle a raison on peut partir en week-end, on peut partir en vacances. Tiens je vais chercher des sorties qu'on peut faire, des trucs comme ça. Mais au début ouais c'est un décalage total pour lui de se dire faut chercher des sorties, faut diversifier ses sorties.
- Patana
Question un peu bête du coup, vous parlez quelle langue à la maison ?
- Melissa
Ta question est très drôle parce que de base, en vrai je ne m'en rendais pas compte, mais la dernière fois c'est vrai que c'est lui qui m'a sorti. Mais toi tu ne me parles jamais en français, tu ne me parles tout le temps qu'en Kinyarwanda. Et j'étais en mode un peu, c 'est moi qui te parle dans cette langue-là, t'es sûre ? Donc je dirais que c'est un mélange, mais je pense que le Kinyarwanda domine, donc notre langue d'origine domine.
- Patana
Donc en famille aussi.
- Melissa
Ouais, donc en famille aussi, plus que le français, parce que lui, il me disait, mais comment je peux faire partir justement l'accent ? Je lui disais, ben, il faut que tu parles que français pour faire partir l'accent, il n'y a pas d'autre secret, quoi. Et du coup, il me disait, ben, toi alors, parle-moi français, tu vois. Et je me rends compte que c'est vrai que depuis qu'on est ensemble, parfois, même quand je suis avec mes amis, c'est vrai que maintenant, parfois, je réfléchis dans une autre langue et je dois traduire, tu vois. La réflexion commence à aller dans l'autre sens. Alors qu'avant, c'était que le français qui me venait en tête en premier.
- Patana
D'accord.
- Melissa
Alors que là, c'est vrai que je me rends compte que oui.
- Patana
Oui c'est intéressant. Et pourtant, au collège, tu avais quand même un petit accent belge marqué.
- Melissa
Oui, c'était marqué.
- Patana
Je me rappelle que les amis se moquaient toujours de toi quand tu disais huit.
- Melissa
Ah oui, les huit. Les fameux huit. Mais oui, mais oui, justement, c'est pour ça. Et c'est pour ça que quand je suis arrivée, et c'est très drôle, Petite parenthèse parce qu'à un moment donné, j'avais perdu ma langue natale. Tellement je voulais apprendre le français et tellement je voulais faire partir mon accent et que je ne voulais pas qu'on se moque de moi que finalement, à un moment donné, je te jure, je ne parlais plus, je comprenais, mais j'étais incapable de répondre dans ma langue. Et c'est quand, comme je te disais tout à l'heure, tu dis, en fait, tu as mis de côté ta culture. Finalement, tes amis te demandent de ta culture. Ils te disent comment on dit bonjour, comment on dit ça. Tu commences à te dire à quel moment j'avais décidé de vouloir se cuiser totalement une partie de moi.
- Patana
Je vois ce que tu veux dire.
- Melissa
Là, j'ai recommencé à vouloir parler, à vouloir écrire, à faire l'effort d'eux. Maintenant, c'est revenu. C'est très drôle parce que même si tu vois des gens de ma famille, aujourd'hui, ils sont choqués de voir à quel point je parle bien. Donc le Kinyarwanda parce qu'ils me disent à un moment donné tu avais tellement oublié qu'on pensait pas et ils sont choqués. Même quand je rencontre des Rwandais, de savoir que ça fait 23 ans que je suis en France parce qu'ils me disent mais comment tu fais pour parler autant ? Et je leur dis parfois c'est la volonté et puis c'est ma mère aussi qui nous a beaucoup aidé parce qu'elle nous a toujours elle parlé dans la langue. Donc ça ça aide aussi.
- Patana
Ouais c'est clair. Moi j'étais la petite fille insupportable qui répondait toujours en français alors que mes parents ils parlaient laotien. Et en fait, ce qui m'a forcée à justement parler laotien, c'est quand ma grand-mère maternelle est venue en France. Et pour le coup, elle ne parlait que laotien. C'est zéro français. Le seul mot qui est dit en français, c'était Carrefour. Pour te dire, tu n'allais pas aller très loin là-dessus. Et du coup, ça m'a forcée à me remettre dans la langue. Par contre, je regrette de pas avoir appris à lire et écrire pour le coup. Parce que pareil, je pense que mes parents n'ont pas assez insisté et moi clairement j'ai mis zéro volonté à apprendre et je regrette énormément aujourd'hui. Mais comme je te disais tout à l'heure, j'ai du mal à faire inculquer à mon bébé. Vu que c'est plus ma langue maternelle, c'est le français que je pratique tout le temps. Du coup, je n'ai pas encore le réflexe de faire des mots. Il faut que j'arrive à lui apprendre quelques mots. J'ai beaucoup de mal. Et même mes parents, pour le coup, je leur ai dit, je leur ai mandaté pour qu'ils ne parlent que laotien à Clément. Et même eux, tu vois, ils ont du mal. Comme ils se disent, c'est un petit bébé, il ne comprendra que le français. Alors que, bon, les bébés, en fait, c'est des éponges, ils comprennent tout.
- Melissa
C'est vrai.
- Patana
Mais ouais, du coup, j'aimerais bien qu'ilait encore cette culture. Et c'est pour ça que le livre, ça m'aide beaucoup aussi pour ça. Je me replonge, du coup, dans une culture que je connais peu, au final. Même si j'ai été élevée dedans, comme tu dis, je pense que naturellement, on ne s'éloigne pas. C'est juste que notre quotidien, tu passes 8 heures par jour au collège, au lycée, avec tes amis. Donc, en fait, de facto, comme tu dis, tu t'acclimates à la vie que tu as. Donc, c'est compliqué après de revenir dans tes racines. Et en plus, ton pays, aujourd'hui, là où tu vis, c'est la France.
- Melissa
C'est vrai, je suis d'accord avec toi.
- Patana
C'est pas évident, je trouve, de concilier. Je pense que toute ta vie, ça va être un peu comment t'arrives à trouver le bon équilibre. Il faut que tu trouves des équilibres partout.
- Melissa
Ouais, exactement, trouver des équilibres partout.
- Patana
Yes. Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter alors, du coup, pour cette année ?
- Melissa
Qu'est-ce qu'on peut me souhaiter ? Beaucoup de bonheur.
- Patana
Ouais.
- Melissa
Beaucoup de bonheur. Je dirais le bonheur de finalement continuer à être... je pense, épanouie, alignée avec moi-même. Je pense que c'est ça qu'on peut me souhaiter, d'être alignée avec soi. Je me rends compte que tout part de là, finalement. Le bonheur part du fait d'être alignée avec soi. Tout part du fait d'être alignée avec soi. Je me souhaitais de continuer à être alignée avec moi et de réussir à toujours me mettre en priorité, à toujours faire des choix. Typiquement avec les années qui avancent parfois on a du mal à dire même au revoir à certaines amitiés, même quand on sait que ils sont plus bien pour nous quoi. Mais le fait de dire oh je connais cette personne depuis 20 ans parfois, ça peut être assez pour qu'on reste dans une relation quoi. Ouais. Et du coup parfois on peut s'oublier dans ça. Donc de me souhaiter de toujours réussir à penser à moi.
- Patana
Ecoute c'est une belle conclusion, donc merci. Je voudrais finir du coup avec la tradition chez WePotes, c'est trois questions flash personnalisées. La première question, tu parlais tout à l'heure du fait que tu as eu la chance de trouver un chéri avec qui tu partages les mêmes valeurs, la même culture. Est-ce qu'à ton avis, c'est compatible deux personnes en couple avec des religions différentes ?
- Melissa
Oui. Ok. Donc oui, c'est compatible. Juste l'ouverture d'esprit et je dirais le degré de pratique de chaque religion. Donc c'est sûr que si les deux sont à fond, ça risque d'être compliqué, mais si c'est juste une question d'ouverture d'esprit et de comprendre l'autre, c'est compatible.
- Patana
Toi, ça ne te faisait pas du tout peur, pour le coup, ça ?
- Melissa
Ah si, par contre, ça me faisait peur. Enfin, moi, ce n'est pas ce que je voulais.
- Patana
D'accord, ok.
- Melissa
Non, parce que pour moi, dans mes valeurs, je voulais quelqu'un avec qui je partage la même religion.
- Patana
D'accord.
- Melissa
Mais j'ai beaucoup d'amis autour de moi, c'est des religions différentes et ça le fait.
- Patana
Ok. Deuxième question. Pour avoir un cercle d'amis proche et parfait, il faut un ami d'enfance, un ami qui te fait toujours rire et un ami à qui tu peux tout confier. Sur cette base-là ? Est-ce que tu as des personnages ou des célébrités qui pourraient, selon toi, faire partie du cercle d'amis parfait ?
- Melissa
Attends, donc il me faudra un ami qui est quoi ?
- Patana
Un ami d'enfance, un ami qui fait toujours rire et un ami à qui tu peux tout confier.
- Melissa
Ah, bonne question. Alors là, je suis en train de regarder dans les séries et finis que j'ai regardé. Oh, c'est dur. Attends, qui me fait toujours rire ? Alors tu vas pas me croire mais je suis devenue la personne qui n'a plus de personnalité. Tu sais genre en mode série, film, L'autre fois on m'a dit quelle est ta musique préférée, j'étais en mode j'écoute quoi comme musique. Et tu vois, là, dans ma tête, je me dis, je suis d'accord avec cette affirmation. Tu te trouves vraiment un ami qui te fait rire, un ami à qui tu peux confier, et un ami d'enfance. Parce qu'il faut quelqu'un qui t'a vu grandir et tout. Mais tu vois, là, quand je réfléchis, genre... Ah si, peut-être célébrité, enfant, je dirais Matt Pokora. Parce que j'étais vraiment amoureuse de Matt Pokora. Donc, je pense qu'il m'aurait vu évoluer. Qui me fait rire ? A l'époque, Gad Elmaleh me faisait rire. Mais à l'époque...
- Patana
Il date.
- Melissa
Ouais, tu vois, ça date. En fait, c'est là où... Tu veux dire que j'ai pas de personnalité ou quoi ? C'est qui la dernière personne qui m'a fait rire ? C'est ouf, ça !
- Patana
En vrai, je saurais même pas te répondre, je pense.
- Melissa
Franchement aucune idée, quoi.
- Patana
C'est marrant parce que Matt Pokora... je racontais ça justement à une copine ce matin en vocal justement c'est Margaux, c'est celle que j'ai au podcast précédent et je disais, j'assumais pas d'aimer Matt Pokora. Ah pareil, pareil. Mais tu sais, t'as un package comme ça Matt Pokora, Lorie et tout, j'ai aimé mais en cachette. Mais par contre je connais toutes les chansons par coeur je sais pas, je pense que je trouve ça plus stylé de dire je kiffe Kyo, Evanescence, machin. que Matt Pokora et Lorie que tout le monde aimait, je pense que c'est un truc comme ça de genre je voulais pas être comme tout le monde. Ouais. Force est de constater que finalement tu as des goûts universels quand même. Ouais c'est ça. Non celui qui me fait rire en tout cas je crois. Et le dernier à qui tu peux tout confier ?
- Melissa
Tu vois là dans ma tête je me dis mais quelle est ta série préférée et qui est ton personnage préféré ? Et franchement genre il n'y a rien qui me vient. Ah si qui me fait rire je pense que j'aurais dit Ma famille d'abord.
- Patana
Ah oui Michael.
- Melissa
Exactement.
- Patana
C'est vrai.
- Melissa
Donc qui me fait rire je dirais ça. Maintenant à qui je peux tout confier ? Oh ouais parce que du coup là... Mon fiancé regarde Smallville.
- Patana
Oh, ça date ça aussi ! Voilà,
- Melissa
Ca date. Et en vrai, tu vois, je me dis, Chloé, tu peux tout lui confier.
- Patana
C'est vrai.
- Melissa
Tu vois. Et fais vraiment preuve, quand tu vois tout ce qu'elle fait pour Clark, tu dis ouais, tu peux tout lui confier.
- Patana
Moi, tu vois, à tout confier, j'aurais dit Lucas Scott dans Les Frères Scott.
- Melissa
Ah oui ! Il donne grave confiance. Ça ne m'est pas venu en tête, Les Frères Scott, alors j'adorais ça. Ce qui me fait rire ouais c'est vrai c'est pas évident qu'il fait rire. J'adorais Malcolm. Ah ouais ah oui pas mal. Par contre est ce que j'aurais voulu en ami, je suis pas sûre. Il y a des gens ils font rire mais tu dis de loin.
- Patana
Mais ouais j'avoue pas mal pas mal. Et dernière question du coup que dirais tu à ton moi du futur, dans quelques années ?
- Melissa
J'espère qu'on sera heureuses. Oui, j'espère vraiment qu'on sera heureuses, qu'on sera toujours, c'est bizarre à dire, mais alignées à nous. Parce que je sais que la moi de maintenant, elle a plein de projets. Donc j'espère qu'on arrivera à les concrétiser, on arrivera à les mettre en place.
- Patana
C'est quoi tes projets du coup ?
- Melissa
Quels sont mes projets ? Déjà, j'en ai tellement. toujours l'entreprenariat en vrai. Vraiment il y a toujours dans un coin de ma tête, cette marque de chaussures mais à chaque fois justement vu que c'est médical, c'est tellement gros que j'ai peur de me lancer dans le sens où je me dis, il faut que je trouve un podologue et que je me fasse sûrement certifier etc. Mais en même temps c'est vraiment limite une nécessité de trouver une solution pour d'abord moi, et puis après les autres parce que je me rends compte qu'il y a plein de gens qui ont des problèmes de pied. Donc ça, c'est vraiment un projet. Et la dernière fois, c'est très drôle parce que pour la petite anecdote, mon Master 2, j'avais postulé un Master 2 entrepreneuriat et je devais écrire mon projet. Et la dernière fois, je suis tombée sur ce que j'avais écrit sur cette marque-là de chaussures.
- Patana
C'est trop bien.
- Melissa
Et après, je me dis que j'ai déjà le nom, mais je n'ai pas...
- Patana
T'as le nom, t'as les idées.
- Melissa
Ouais, mais j'arrive juste pas à me lancer, à savoir où est-ce que je peux trouver le podologue, à savoir machin, mais bref.
- Patana
Ouais.
- Melissa
One day, quoi.
- Patana
Ouais.
- Melissa
Et il y a toujours aussi l'événementiel qui me tient à cœur. À un moment donné, je voulais décliner en boîte pour mariée. Quand ma pote est partie, je me suis dit que j'avais envie de continuer à faire des boîtes cadeaux. Parce que je trouve qu'en tant que mariée, parfois on pense beaucoup aux autres. Nos amis pensent à nous, parce qu'on organise notre EVJF, donc on ne va pas dire qu'on est solo. Mais parfois, tu n'as pas de souvenirs palpables, si je peux dire. Alors que quand tu as une boîte cadeau, je ne sais pas, avec des lettres de toutes tes copines, avec des objets, genre quand tu es nostalgique de ton mariage, c'est comme si là-dedans, dans cette boîte-là, tu peux ranger tout ce qui te rappelle ton mariage et le sortir et les voir aussi. Donc, je voulais faire ça à un moment donné.
- Patana
C'est vrai qu'en plus, on est allées dans les magasins tout à l'heure et tu cherchais quelque chose comme ça. C'est vrai que ça n'existe pas. Ça existe pour les grossesses, beaucoup, ou justement journal de gratitude un peu en mode, c'est un peu le mood du moment, de self-care, etc. C'est vrai que le mariage, ça n'existe pas, non ?
- Melissa
Oui, tu vois, ça n'existe pas beaucoup. J'y pense, mais bon, un jour. Et le troisième projet, et en vrai, c'est toi qui l'as inspiré, c'est forcer mes parents à me parler de mon histoire. Les forcer à l'écrire pour l'avoir sur un bout de papier, juste pour moi, mais avoir quelque part un livre qui retrace vraiment mon histoire. Tellement important. Tellement important et ça c'est grâce à toi, c'est toi qui m'as vraiment inspiré cette idée-là de me dire tu dois tout connaître en fait, je ne veux pas ne pas avoir de réponse à certaines questions. Alors que tu te projettes en tant que maman plus tard.
- Patana
Oui. Ben oui. On parlait dans l'introduction de l'héritage. Et en fait, l'héritage, ce n'est pas que l'argent.
- Melissa
Voilà, exactement. C'est la culture,
- Patana
C'est ce que tu veux transmettre à tes enfants.
- Melissa
Et puis c'est pour qu'ils te comprennent. Parce que je pense que plus on grandit, plus on comprend nos parents. Et je me dis que si tu as un enfant, moi j'aimerais qu'il me comprenne et qu'il sache aussi d'où ça vient de moi. Il y a des choses qui... Il y aura aussi mon histoire à lui écrire.
- Patana
Pour lui transmettre, mais il y a aussi une histoire qui a fait qui je suis, donc ça aussi c'est un projet. J'avoue que l'écriture tu peux transmettre tellement de choses par exemple quand j'ai eu mon accouchement c'était assez traumatisant, et la fin de ma thérapie ça a été d'écrire une lettre à mon bébé pour lui expliquer ce qui s'était passé. En fait, ça m'avait fait un bien de fou, mais j'ai dû passer par tout un cheminement avant d'y arriver. Mais je me dis que c'est cool parce que ça va laisser une trace et potentiellement, ça fera un livre plus tard aussi. Mais oui, je pense que l'histoire de tes parents, c'est aussi une part de ton histoire. Ça fait partie de tes origines, de ton passé, ce qui te constitue aujourd'hui, même si tu ne connais pas toute l'histoire. Mais ça va peut-être t'expliquer des choses que tu ne maîtrisais pas avant.
- Melissa
C'est vrai. Totalement.
- Patana
C'est sur ces belles paroles qu'on va arrêter ici. En tout cas, merci beaucoup pour ta présence. Je te souhaite le meilleur pour cette année. Merci à tous d'avoir écouté ce nouvel épisode de WePotes. N'hésitez pas, comme d'habitude, à me suivre sur ma page Instagram wepotes_podcast et liker sur les plateformes d'écoute. Je vous souhaite à très vite. pour un nouvel épisode entre potes.
- Melissa
Merci.