- Patana
Bonjour à tous et bienvenue chez WePotes, le podcast où on papote entre potes. Parce qu'après mes parents, ce sont mes amis qui m'inspirent le plus dans la vie. Ici, nous partageons sans filtre des histoires personnelles et nos réflexions sur la vie de trentenaire. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir le prince de la Team Yolo, partenaire de shots et Tonton claquettes chaussettes, un de nos témoins de mariage. La famille et la patrie, comme dirait Vincent. Il s'agit de Steph. Comment tu vas, Steph ?
- Stephen
Très bien, et toi, Patana ?
- Patana
Ça va. Comment tu te sens ?
- Stephen
Très serein.
- Patana
On ne peut pas lui dire qu'il était hyper stressé.
- Stephen
Pas du tout. Non, parce que je ne sais pas dans quoi je vais être embarqué. Mais sinon, c'est avec plaisir.
- Patana
C'est cool. En tout cas, merci beaucoup d'avoir accepté mon invitation à ce podcast. Et avant de démarrer, comme tu connais, j'aimerais te proposer un petit icebreaker des familles. Est-ce que déjà, tu peux te présenter en quelques mots ?
- Stephen
Quelques mots ? Tu veux savoir quoi ?
- Patana
C'est libre, donc ça. Ah, c'est libre, ok.
- Stephen
Du coup, moi, c'est Stephen, j'ai 32 ans. Je suis marié à la plus belle femme du monde, qui est Raquel. J'ai une petite fille, elle a deux ans et quatre mois, on va dire. Elle s'appelle Lara. Je suis infirmier anesthésiste à l'hôpital, au bloc opératoire. J'aime le sport, j'aime la vie, des choses banales.
- Patana
La vie est belle.
- Stephen
Exactement.
- Patana
Merci. Est-ce que tu te rappelles comment on s'est rencontrés la première fois ?
- Stephen
Alors si je ne me trompe pas, ça devait être dans un bar à la Garenne-Colombes. C'était avant ? Oui. Pour moi, la première fois, c'était avec Walid dans un bar à la Garenne-Colombes. Ah non, non, non ! Non, non, je me souviens. On devait avoir 17-18 ans, je pense que c'était à Châtelet. C'était une soirée dans un bar. Je ne sais plus quel était le... Pourquoi on s'est retrouvés là ensemble, je ne sais plus pourquoi.
- Patana
C'était un bar australien.
- Stephen
Ah, c'était le Café Oz ?
- Patana
Oui.
- Stephen
Ah, à Châtelet.
- Patana
Le fameux.
- Stephen
Oui, ça je me souviens. Ah, c'était une bonne soirée.
- Patana
Oui, il me semble que tu étais arraché, non ?
- Stephen
On était tous, il n'y a pas que moi. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.
- Patana
C'est vrai.
- Stephen
Mais oui, on était tous arrachés, je me souviens. On avait 17-18 ans, je pense.
- Patana
Mais oui, c'était Walid, du coup, qui t'avait amené, je pense.
- Stephen
Ouais, mais je sais pas s'il y avait un sujet...
- Patana
Non, mais je pense que c'était juste on s'était retrouvés... Ouais, c'était juste pour faire la fête, quoi, comme ça. Ouais.
- Stephen
Ouais, parce qu'il y avait Walid, Marie-Hélène, toi, Mélanie aussi.
- Patana
Ouais
- Stephen
C'était une bonne soirée. Il y avait Philippe ? Ah, je me souviens pas.
- Patana
Je pense que c'était cette soirée-là où il y avait un renoi qui voulait me coller en mode... Ah oui, c'est possible. C'est possible.
- Stephen
Ça, c'est une possibilité. C'était une très bonne soirée, en tout cas.
- Patana
Mais écoute, c'était ça. Et j'avoue, je crois que je te l'avais déjà dit, je pense que je n'avais pas des atomes crochus avec toi au début.
- Stephen
Oui, clairement.
- Patana
C'est à force que Walid insiste pour qu'on se voit, justement, notamment à la Garenne, etc. Et je pense qu'il y a eu un déclic, une soirée où je pense qu'on était bien arrachés. Je me suis dit, en fait, il est fun.
- Stephen
Ouais, clairement. Non, mais tu me l'avais déjà dit. C'était pas compliqué, mais que... En fait, je parais un peu froid, déjà, de base, avec des gens que je connais pas.
- Patana
Complètement. Tu parais un peu froid.
- Stephen
Ouais, c'est ça. Mais ça, c'est une image que j'ai depuis toujours, en fait. À chaque fois, on me le dit, c'est pas la première fois.
- Patana
Et tu penses que maintenant, on a encore cette image de toi ?
- Stephen
Aujourd'hui ? Les gens qui ne me connaissent pas, oui. Oui, parce qu'on me l'a déjà dit. Je me rends compte maintenant,
- Patana
Je pense qu'on est depuis hyper longtemps.
- Stephen
Si, si, parce que je parais froid. En fait, je pense que je cache le fait que je ne suis peut-être pas à l'aise avec les gens que je ne connais pas en me fermant. Et du coup, ça n'invite pas au contact. Ou tu as des gens qui sont naturellement à l'aise avec les gens inconnus. Là, il faut un truc qui permet de casser les a priori ou casser la glace tu vois. Du coup je suis fermé jusqu'à ce que soit tu vas me parler,
- Patana
soit qu'il y a une soirée soit qu'il y a un truc qui fait étincelle quoi. Ouais mais c'est marrant parce que du coup dans notre bande de potes, c'est pas du tout l'image qu'on a de toi un mec fermé et tout. Ouais bah pourtant moi je le ressens comme ça tu vois quand je suis d'extérieur
- Stephen
À l'extérieur, avec des gens majoritairement que je ne connais pas, je sais que je vais avoir tendance à me refermer sur moi.
- Patana
C'est intéressant.
- Stephen
Oui.
- Patana
Et dernière question. Comment tu décrirais notre relation en un mot ?
- Stephen
En un mot ?
- Patana
Oui.
- Stephen
Longévité. Parce que ça fait quasiment 14 ans qu'on se connaît, qu'on se côtoie. Et c'est quand même assez rare de maintenir des relations longtemps comme ça. Plus on avance, moins il y en a. Et puis je pense que j'ai la prétention de dire que ça a apporté des choses plutôt bonnes mutuellement à travers tous les événements qui se sont passés entre nous, même avec Philippe et Raquel et tout ça. Donc non, ça a eu du positif.
- Patana
Yes, j'aime bien. Et du coup, aujourd'hui, on va aborder le thème de la famille, car tu es l'aîné d'une famille de 7 enfants. Et du coup, à travers ce podcast, j'aimerais savoir, ou en tout cas approfondir, parce que effectivement, on s'est rencontrés dans la vingtaine, mais finalement, je connais peu ton enfance, comment tu as grandi dans ce schéma familial, et comment ça t'a influencé ou permis d'évoluer. Et donc, du coup... avant de démarrer, sachant que j'ai mon anti-sache à côté.
- Stephen
Qui n'a pas du tout été faite la veille.
- Patana
Est-ce que tu peux nous décrire de qui est composée ta famille ?
- Stephen
Déjà, j'ai un papa et une maman.
- Patana
C'est pas mal,
- Stephen
C'est bien. Non, qui ont la cinquantaine d'années, on va dire. Je suis l'aîné, du coup. Notre famille, elle est organisée pas comme une famille nombreuse ordinaire, on va dire, parce qu'elle est étalée sur 25 ans. Chose où, généralement, on a plutôt tendance à faire ça sur peut-être 14, tous les 2-3 ans.
- Patana
Ouais, rapprochés.
- Stephen
Ouais, plus rapprochés. Et du coup, moi, j'ai 32 ans, par exemple, ma sœur, elle a avoir 3 ans de moins, ce qui est assez classique, on va dire. Et après, j'ai déjà un gap avec l'autre de mes petites sœurs, avec 7 ans d'écart. Et après, on passe au premier petit frère, donc du coup, le quatrième de la bande, entre guillemets, qui a 14 ans d'écart. Et après, j'ai quasiment 20 ans d'écart avec le cinquième. Donc, c'est vraiment sur une génération entière, les sept.
- Patana
Et justement, je vais te poser la question, comment tu perçois tes liens avec ces écarts d'âge qui sont très différents suivant tes frères et soeurs ?
- Stephen
Déjà, j'ai des relations qui n'ont rien à voir. ce qui est normal parce que t'as pas le même âge, t'as pas le même écart d'âge et puis il y a parfois des trop grosses différences pour avoir la même relation. Avec ma sœur, j'ai vraiment une relation, la première de mes sœurs, j'ai vraiment une relation très fusionnelle parce que j'ai quasiment tout connu avec elle, avec des potes en commun, les soirées, un peu briser l'interdit, je l'ai fait entre guillemets avec elle aussi. Et chose que j'ai pas connue avec le reste de mes frères et sœurs. Et on a eu beaucoup plus de discussions sur la vie, sur des choses comme ça. Avec ma deuxième sœur, c'est un peu différent. On discute, on cultive cette relation, mais c'est encore une autre échelle parce qu'il y avait vraiment un écart d'âge. Et puis après, moi, j'ai fait ma vie entre guillemets. J'avais déjà un travail pendant qu'elle était au lycée. On ne grandit pas pareil. Et après, il y a eu... Donc du coup, j'ai Hayden avec 14 ans d'écart. Et là, c'est encore autre chose parce que t'es plus dans le fait d'être un oncle. L'accompagner un peu ou guider ou conseiller quand il a besoin, quand il demande. Et là, t'es plus du tout dans faire des conneries ensemble ou dans ces choses-là. Même si j'en ai fait, mais c'est pas pareil. Et après, les derniers, l'oncle là qui ont 11, 9 et 7 ans, je peux me tromper dans les âges. Là, t'es plus dans une relation limite de second papa, je dirais. Et du coup, t'es vraiment en dehors du champ de la relation frère et sœur, comme on peut le voir de manière classique. Là, c'est plus accompagner, mes parents dans le cadre, parce qu'aussi, quand t'en as sept, t'es surbooké sur tous les fronts, donc tu gères comme tu peux. Donc voilà, mais c'est hyper intéressant, parce que j'ai vu d'autres facettes même de moi-même, sur plein d'aspects dans la relation, et puis... Et puis d'appréhender des gestes moi en tant que futur père à l'époque. Les soins de base, faire la couche, le bain, des choses comme ça. Il y a des choses que du coup, je connaissais, que j'avais déjà fait et que c'était assez naturel pour moi au final. Et c'était naturel. Et surtout, mes parents, pour le coup, ils ont cultivé ce lien. Vraiment, le fait d'être en famille, le fait que la famille était importante et de partager des bons moments ensemble.
- Patana
La tribu, quoi.
- Stephen
Exactement.
- Patana
Et justement, c'était un choix de tes parents d'avoir une famille nombreuse, du coup ?
- Stephen
C'est plus un choix de ma mère, pour le coup.
- Patana
D'accord.
- Stephen
Elle a voulu des enfants très tôt, elle a toujours aimé les enfants. Mon père, il n'a pas voulu, en tout cas les 4-5 premiers, il ne les a pas vraiment voulu, entre guillemets.
- Patana
D'accord.
- Stephen
C'était plus pas pour faire plaisir à ma mère, mais c'est un peu ça aussi. C'est un peu ça. Mais je pense qu'il a aimé, mais il ne nous l'a jamais vraiment dit comme ça.
- Patana
D'accord.
- Stephen
Mais après, moi, je ne l'ai pas ressenti comme si j'avais été rejeté ou pas aimé. J'ai toujours été très aimé de mes parents. Mais ouais, ma mère, c'était vraiment sa passion. Elle voulait beaucoup d'enfants. Donc elle m'a eu à 19 ans, ce qui aide. Et après, elle en a « enchaîné » . Et puis elle a toujours voulu avoir des enfants à la maison, vouloir transmettre quelque chose. Donc voilà, c'est pour ça qu'on arrive à 7.
- Patana
Assez facilement.
- Stephen
Assez facilement, oui.
- Patana
Je reviendrai après sur ton rôle de grand frère, mais avant ça, est-ce que tu peux nous raconter comment t'as vécu ton enfance, du coup, dans cet environnement, et quels souvenirs te viennent en premier quand tu penses à ton enfance ?
- Stephen
Je dirais, il y a pas mal, beaucoup d'amour. Ça, là-dessus, je me suis toujours senti aimé, j'ai jamais eu... On va dire cette faille-là, de ne pas à un moment donné ressentir de l'amour ou de me sentir délaissé. C'est une grande chance, entre guillemets, parce que je sais qu'il y a des familles où ça ne se passe pas forcément comme ça. Mais on a vraiment construit cette confiance en moi grâce à ça. Je le ressens comme ça. Et après, moi, je n'ai pas vraiment vécu le fait d'être en famille nombreuse. C'est un peu un paradoxe. Parce qu'on est sept. Mais il y a tellement d'écarts. Et vu que mes relations, comme je t'ai dit avant, elles sont si différentes. Moi, je suis arrivé, je suis tout seul, déjà. Mais mes frères et sœurs, quand ils arrivent, je suis déjà dans l'adolescence. Donc j'ai déjà mon univers, je vais avoir ma chambre. Je n'ai pas vécu en doublon ou en triplette comme ont pu vivre Hayden ou mes deux petites sœurs. par exemple. Donc, je l'ai vu un peu de loin, on va dire.
- Patana
Tu avais un peu cultivé ton indépendance déjà, en fait.
- Stephen
Ouais, ouais, c'est ça. J'étais dans une famille nombreuse, mais en même temps un peu indépendant. Alors que je pense qu'Hayden, lui, il a vraiment vécu en pivot autour des deux groupes, frères et sœurs. La position bâtard... Ouais, c'est ça. Bâtard, aussi, t'es peut-être plus dans la famille nombreuse. dans l'organisation, dans les choses. Alors que moi, en vrai, j'ai quitté la famille autour de 20 ans. Donc, on était peut-être 5. Et encore 5, le dernier, il venait de naître. Donc non, j'ai plus vécu dans une famille à 3-4, avec beaucoup de femmes. Parce que j'étais entouré de ma grand-mère, qui nous a élevés quand même une bonne partie du temps. Il y a eu ma mère et mon père qui travaillaient beaucoup. C'était un peu le schéma familial un peu à l'ancienne, avec le père qui travaille. Ma mère travaillait aussi, mais c'est elle qui s'occupait de l'éducation, tout ça, globalement. Et mon père, un peu plus dans le travail, plus dehors, plus à faire autre chose.
- Patana
Et tu penses que ça t'a influencé, du coup, le fait d'être entouré de femmes, comme tu dis ?
- Stephen
Ça m'a forcément influencé. Je pense peut-être dans mon caractère, mais je pourrais peut-être pas dire quoi, ça serait trop compliqué. Et peut-être plus je suis plus sensibilisé à tout ce qui va être égalité homme-femme, des choses comme ça qui me tiennent plus à cœur.
- Patana
Mais c'est vrai que tu me disais tout à l'heure que tu te battais en tant que syndicat sur ces causes-là notamment.
- Stephen
Oui c'est vrai que je ne l'ai pas dit quand je me suis présenté. Oui, je suis syndiqué dans mon hôpital. Il y a des choses que j'essaie de négocier avec la direction, notamment sur tout ce qui est égalité homme-femme, le congé menstruel, des choses comme ça, à mettre en place, et d'avancer un peu dans la position de la femme dans la société pour qu'on mette les choses pour promouvoir une certaine égalité. Même si aujourd'hui, on a les mêmes droits et tout ça, il y a quand même des handicaps et des freins à la vraie liberté de choix de la femme. Notamment sur le fait de faire des enfants, il y a une pression qu'elles subissent beaucoup plus sur le fait de faire des enfants, des choses comme ça. La manière de se vêtir, il y a plein de pressions que la société met. Ca tend vers le mieux, mais c'est quand même assez perfectible aujourd'hui.
- Patana
Ça marche. Et tu disais que tes parents, ils t'avaient eu jeune, du coup. Et est-ce que toi, t'as senti un lien particulier avec tes parents du fait qu'ils aient un écart d'âge assez faible finalement avec toi ?
- Stephen
Ouais, parce que déjà quand t'es jeune, t'as plus d'énergie, globalement. Donc mes parents, ils ont fait énormément d'activités avec nous. En tout cas, les souvenirs que j'en avais, c'est qu'on a fait beaucoup de choses à l'extérieur. Ils m'ont accompagné énormément quand on allait au sport, par exemple, des sorties scolaires, tout ça. Et en plus ma mère travaillait de nuit. Ce qui lui permettait parfois le jour de nous accompagner pour les sorties. Donc elle était vraiment à côté de nous, en tout cas des trois premiers. Et surtout, je suis le premier, donc tu as forcément plus de temps. C'est pour ça que je dis qu'il y a vraiment une vision qui est un peu contradictoire avec le fait d'être dans une famille nombreuse, mais en même temps, vu que je suis l'aîné, j'ai eu beaucoup plus de temps, je ne l'ai pas vécu comme tel.
- Patana
Oui, tu n'as pas eu un poids particulier par rapport à ça au final ?
- Stephen
Ça, c'est plus mes parents qui l'ont mis dans l'éducation, je pense, où on m'a dit que j'étais... Mais c'est un peu aussi à l'ancienne, où je l'ai travaillé après, plus tard, où je devais être... Déjà, je suis un homme, donc il fallait être celui un peu qui soit entre guillemets le chef de la famille, qui porte un peu... qui défende ses frères et ses sœurs, parce qu'en plus j'ai eu deux sœurs justement, qui défende ses sœurs, qui soit fort, entre guillemets, mais c'est un peu le schéma global à l'époque. Et si ça c'était plus le poids que j'avais et que je ressentais et du coup il fallait que je sois exemplaire. Ca t'a pesé ça du coup ?
- Patana
A un moment donné ?
- Stephen
Ca m'a construit donc forcément ça m'a pesé par moments. J'ai eu beaucoup de mal à admettre l'erreur, très longtemps jusqu'à je pense la faculté où t'apprends plus à te connaître.
- Patana
Oui.
- Stephen
Mais quand tu te construis et qu'on te donne des idées comme ça, surtout quand ça vient des parents, forcément tu te construis autour de certaines choses. Et moi, je me suis vraiment construit autour du fait d'être exemplaire, de toujours être dans la perfection. Donc il y a des choses que je ne supportais pas, l'erreur et tout ça. Donc oui, ça te pèse un poids. Après, plus tu grandis, plus tu prends du recul, plus tu fais abstraction à certaines choses, notamment quand tu deviens papa. Tu fais un peu ton introspection et tu vois qu'il y a des choses qui sont plus ou moins bonnes, tu prends plus de recul et tu t'avances.
- Patana
Tu penses que c'est quand tu es devenu père que tu disais que tu avais travaillé ça à l'âge adulte ?
- Stephen
Oui, je l'ai travaillé déjà depuis l'adolescence, le lycée, où tu apprends vraiment à te connaître. Et après, comme vous avez discuté au podcast précédent, quand tu arrives à la trentaine, tu te connais, tu fais un peu ton état des lieux. Et puis tu prends du recul et tu fais « Ah ouais, en fait, je suis peut-être comme ça et je vais me construire dessus. » Et c'est un peu cette idée-là. En plus, moi, j'ai eu Lara à 30 ans. Et c'est un peu une bombe nucléaire quand tu as un enfant. En tout cas, moi, je l'ai vécu comme ça. Psychologiquement, tu fais une grosse introspection. Au-delà du fait d'avoir 30 ans, j'ai fait une grosse introspection à ce moment-là sur pourquoi je voulais vraiment un enfant, qui je suis vraiment, qu'est-ce que je peux améliorer et qu'est-ce que je veux vraiment transmettre comme chose à ma fille ou à mon fils et du coup j'ai pris vachement de recul sur le fait d'être exemplaire, même si je sais que ça me suit mais j'ai pris beaucoup de recul.
- Patana
C'est top. Justement, tu parlais du fait que jeune, tu savais plus ou moins que tu voulais être parent. Toi, c'était quoi le schéma de vie que tu t'imaginais ? Est-ce que toi aussi tu voulais une famille nombreuse ? Ou tu étais plutôt détaché par rapport à ce que tu avais vécu dans ton enfance ?
- Stephen
J'ai toujours voulu avoir plusieurs enfants. Je ne savais pas le nombre parce que je me rendais compte de la charge que ça incombait d'avoir des enfants. Et du coup, je suis toujours parti dans l'idée de j'en ai un et puis après, on voit ce qui se passe. Et aujourd'hui, je pense que deux, trois, ça serait bien. Mais plus après, je ne sais pas si j'ai l'énergie ou en tout cas la volonté de transmettre aussi bien au premier qu'au troisième ou au quatrième ou au cinquième. C'est plus ça qui va me limiter. Le fait de vouloir vraiment transmettre quelque chose de positif. et de faire des adultes plus libres et plus heureux globalement. Ce n'est pas forcément le fait qu'ils fassent des bonnes études ou quoi, mais c'est juste qu'ils soient plus libres de leurs choix et que je leur donne les mécanismes, les connaissances pour qu'eux-mêmes, ils fassent leurs choix qui vont les rendre heureux et pas les limiter. Chose qu'on va faire en tant que parents. Je suis conscient que tu limites forcément tes enfants de par ton éducation, tes peurs et tes craintes et tout ça. Mais essayer de donner vraiment le maximum d'autonomie pour qu'ils réfléchissent vraiment par eux-mêmes. Je pense que c'est une des clés du bonheur, c'est vraiment d'apprendre à savoir ce qui te rend heureux.
- Patana
Et toi, tu te sens-tu limité ?
- Stephen
Ouais. Dans quel sens ? Oui et non. Oui, parce que la société, elle était peut-être plus fermée et plus cloisonnée qu'aujourd'hui. Par exemple, dans le schéma maman-papa, le schéma aussi garçon-fille. Avant, je trouve que tu étais vraiment assigné à un rôle, ce que je te disais, le garçon, il devait être fort et la fille, elle pouvait montrer ses sentiments. Il y a plein de choses où tu étais limitée, mais pas que par mes parents, c'est je pense par la société. Et je te dirais non, parce que mes parents, ils m'ont quand même laissé une grande liberté de pouvoir être heureux, tout simplement. Et quand même faire mes choix par moi-même. Je n'ai pas senti une pression, même s'ils auraient voulu que je fasse une grande école ou des choses comme ça. Mais au fond, ils étaient vraiment habités par l'idée que je voulais être heureux. D'être heureux par moi-même. Et ça, c'est plutôt une bonne chose, c'est plutôt quelque chose de simple.
- Patana
Je m'étais demandé, du coup, ton métier d'infirmier, tu t'es inspiré de ta mère, du coup ? Parce que ta mère, elle travaille dans le...
- Stephen
Oui, infirmière péricultrice. Oui, globalement, c'était ma mère, parce que, comme je t'ai dit, c'est elle qui m'a éduqué en partie au début, et elle me donnait plein de connaissances. Je me souviens qu'elle me donnait plein de petits squelettes en jouets avec des corps humains, avec les organes et tout ça. Elle m'apprenait plein de choses, donc... Puis j'avais vraiment envie d'apprendre ça, en tout cas j'étais attiré par ça. Et ça m'a poursuivi toute ma scolarité. Donc au début j'avais fait médecine, je foirais médecine. Et là j'ai eu aussi un autre choc, un peu d'introspectif. Je pars sur des... souvent c'est des événements qui m'amènent à me questionner sur moi. Et le fait d'avoir raté médecine, ça m'a questionné sur la place que je mets dans le travail dans ma vie. Est-ce que je vais en faire toute ma vie ? Ou je veux trouver un équilibre entre ce que j'aime faire, mais en même temps, le temps que je veux donner, par exemple, à ma famille. Et à ce moment-là, du coup, je me suis dit, j'ai envie de faire quelque chose dans le médical, mais sans que ça me prenne trop de temps, parce que quand je voyais les études de médecine, c'était un truc de dingo, même encore aujourd'hui. Et je ne voulais pas sacrifier tout ce qui était aspect familial, tout ça que j'aurais pu mettre de côté un certain temps. L'infirmier, c'était vraiment l'équilibre parfait. Et après, j'ai fait de la spécialité anesthésie au bloc opératoire. Et aujourd'hui, je suis très heureux.
- Patana
C'est top. Et après, tu as fait un tatouage sur le bras.
- Stephen
Oui.
- Patana
Est-ce que tu peux nous dire ce que ça signifie ?
- Stephen
Le tatouage que j'ai fait, ce n'est pas compliqué. C'est six initiales WJHLDS. C'est en référence à mes six frères et soeurs, du coup, que je ne me trompe pas. On l'a fait parce que j'ai... Du coup, j'ai Lowen qui a eu un gros problème autour de deux ans, je crois, parce que les souvenirs sont un peu flous au niveau des dates exactes. Mais c'était en 2015, et il a fait un purpura fulminans à méningocoque, comme ça, ça parle pas grand monde. Oui,
- Patana
je te confirme.
- Stephen
Mais en gros, c'est des méningites foudroyantes qui tuent dans 90% des cas. Et lui, ça lui est arrivé un jour où je travaillais. En gros, on m'a dit... Ma mère m'a appelé pour me dire que le Samu venait le chercher, qu'elle savait ce que c'était, parce qu'elle, en étant infirmière, elle avait tout de suite reconnu les symptômes. Ce qui a permis de le sauver, parce que sinon, il était... En une heure, deux heures, ça te tue, quoi. Donc, il a été pris en charge immédiatement. Ça te fait un choc, parce que j'étais au travail à ce moment-là, je m'en souviendrai toujours. Et du coup, la cadre ce jour- là m'a été super vraiment à l'écoute. De toute façon, je n'étais plus capable de travailler à ce moment-là. Mais elle m'a permis d'y aller. Et je me souviendrai toujours que je suis arrivé dans la salle d'attente de la réanimation. J'ai pu voir mon petit frère qui était intubé, ventilé. Tout ce qu'on peut voir d'une réanimation vraiment quand tu pousses au bout. Et surtout que pour moi, on m'avait dit que c'était la dernière fois que je le voyais. Donc quand tu te prends ça dans la tronche, « J'avais quel âge du coup ? J'avais 23, 22 ans ? » Tu te fais « Ah ouais, ok. Ok, ça peut aller vite la vie. » Surtout qu'à 20 ans, généralement, tu es plus dans l'âge où tu es invincible. Et là, tu te prends ça sur l'insouciance. Et tu te prends ça avec ton petit frère de deux ans qui n'a rien demandé à la vie et qu'on te dit clairement qu'il y a une grande chance qu'il ne passe pas la nuit. Donc voilà, tu remets un peu ton monde en question. Et c'était quoi la question déjà ? Ah oui, c'était le tatouage. Parce que j'ai débordé, excuse-moi.
- Patana
Non, c'est pas grave.
- Stephen
Et ouais, non, c'était quelque chose de compliqué à vivre. Et on s'était toujours dit avec ma sœur, du coup, que s'il survivait, on ferait un tatouage pour un peu... Je sais pas comment dire. Pour marquer l'événement, quoi. En tout cas, l'importance qu'a la famille chez nous.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Et qu'on sera toujours liés, quoi, qu'il arrive, quoi. Et pour nous, c'était vraiment important.
- Patana
Tu penses que cet événement, ça a resserré tes liens avec tes frères et sœurs, même si, malgré l'écart d'âge...
- Stephen
Je pense que ça n'a pas eu forcément beaucoup d'impact. D'accord. Parce que j'ai quand même un lien assez fort avec mes frères et sœurs. En tout cas, peut-être pas ceux qui sont plus petits. Et ceux qui sont plus petits, justement, n'ont pas forcément connu ça. Ouais. Mais dans l'idée générale, en fait, à ce moment-là, je me suis vraiment dit que la famille, c'est hyper important. Quand ça t'apporte quelque chose de positif, il faut vraiment le garder, le cultiver, ces liens. Et que la vie, en fait, ça te met face à la fragilité de la vie. Tout peut arriver en une journée, ta vie peut basculer. En tout cas, les êtres qui sont chers à tes yeux, ils peuvent partir du jour au lendemain.
- Patana
Donc heureusement, du coup, Lowen sort.
- Stephen
Exactement. Au bout d'une semaine de réanimation.
- Patana
Et est-ce qu'il a des séquelles de ça, du coup, encore aujourd'hui ?
- Stephen
Il a eu pas mal de séquelles. Il a récupéré sur plein d'aspects, notamment... Il a fait... On va partir de la base. C'est que cette maladie-là, elle envoie plein d'embolies un peu sceptiques, donc des sortes de caillots, un peu partout dans tous les organes. Donc tous les organes vont être touchés d'une certaine manière. Et c'est ça qui tue très vite. C'est qu'en fait, ça fait plein de nécroses partout. Le corps disjoncte complètement. et du coup il a fait pas mal d'AVC en tout cas sur les images donc il savait pas dans quel état ils allaient le récupérer. Et au final c'est un garçon qui développe très bien, tu pourrais pas dire qu'il a un retard quoi que ce soit. Mais par contre au niveau physique il a été touché gravement au niveau des os notamment une des deux jambes où là il est obligé de subir des opérations toutes les X années pour faire raccordir son fémur, parce que le cartilage de croissance a été touché. Et du coup, sa jambe ne peut pas grandir d'elle-même. Donc ils sont obligés artificiellement de la faire grandir à un peu plus ou moins le même niveau que sa croissance. Donc c'est quand même des séquelles qui sont lourdes, mais qui ne sont rien comparées à ce qu'on peut connaître dans ce type de maladie. Donc il a plutôt eu de la chance dans son malheur. Et ce que tu ne sais peut-être pas, par contre, ce qui m'a aussi nous a fait un peu réfléchir sur l'importance de la famille, c'est que pendant qu'il était en réanimation, il est resté un peu moins d'une semaine, je crois, dans un service. Et en fait, à J2 ou J3 de l'entrée en réanimation, je me souviendrai toujours, parce que j'étais chez ma grand-mère, et je me dis, ma grand-mère me dit, et la nuit, ah, va voir ta sœur, parce que ma sœur n'était pas bien, chez ma mère, et du coup, c'était la trottoir d'en face. On habite à côté. Ouais. Donc, j'y vais. Et le lendemain, genre, ma grand-mère m'appelle en pleurs, genre, ça devait être 7-8 heures du matin, je pense. Et elle me dit, viens vite, viens vite, ta tante a fait un arrêt, tu vois. Et en fait, bah, j'ouvre, j'arrive vite. Au début, je croyais... Au début, je croyais que c'était pas aussi grave que ça. Et en fait, bah, je rentre. Et je vois ma tante morte par terre, quoi. Avec les pompiers qui la massent et tout. Avec mes petits frères à côté, je demande à ma sœur de gérer les petits frères et de les prendre pour les écarter parce que c'est compliqué quand tu as 10 ans ou même moins. Même quand tu as 20 ans, c'est compliqué. Quand tu as 10 ans, je n'imagine même pas l'impact. Et du coup, on se retrouve avec ma grand-mère tous seuls dans la salle à manger chez elle. Et en gros, la médecin nous dit écoutez, vu ses antécédents, ma tante... La durée de la réanimation et tout ça, en fait, je pense qu'il vaudrait mieux arrêter. Mais en gros, je ne sais plus si elle nous avait dit qu'est-ce que vous en pensez ou ça ne vaut pas le coup, en gros.
- Patana
Oui.
- Stephen
Et ma grand-mère était incapable de répondre et je me souviendrai toujours. Moi, je lui ai dit OK, arrêtez, quoi.
- Patana
Oui. En fait, on ne t'a pas demandé, mais tu t'es sentie... On ne m'a pas demandé,
- Stephen
mais je me suis senti responsable, entre guillemets.
- Patana
Oui.
- Stephen
De ça. Et surtout que derrière, deux jours avant, j'ai mon petit frère qui est toujours pas sorti d'affaire, tu vois. Donc tu te prends tout ça dans la tronche, et puis après, il laisse, tu sais, ma tante, il la réinstalle sur le lit, après tu vois son cadavre et tout. T'es vraiment dans un mood de « je suis sur une autre planète cette semaine-là » , tu vois. Dans une année, c'est déjà dur. Alors sur une semaine ou trois, quatre jours, c'est hyper compliqué à vivre.
- Patana
C'est presque une dissociation.
- Stephen
Ouais, c'est un truc qui était compliqué à vivre, ouais. Mais du coup, ça te remet complètement... Tu fais une grosse introspection sur ce que tu veux dans la vie, tu vois.
- Patana
Ouais.
- Stephen
À partir de ce moment-là. Et ça a mis du temps, oui, à faire ce travail-là. Donc voilà.
- Patana
Est-ce que tu penses que tous ces événements-là, ça a aussi influé sur le fait que tu as toujours voulu rester proche de ta famille géographiquement parlant ?
- Stephen
Oui. Peut-être moins aujourd'hui, mais avant je ne me voyais pas concevoir, je concevais vraiment la famille comme un bloc et rester dans la même ville. Aujourd'hui, moins, parce que j'ai grandi et je fonde ma propre famille aujourd'hui. Et ça c'est ma deuxième introspection autour des 30 ans, c'est vraiment là où je me suis dit, quelque part ma famille c'est bien, j'étais très bien avec eux, mais je fonde une autre famille et il faut en prendre autant soin, voire plus. et aller vers l'avant.
- Patana
Écoute, ça fait la bonne transition, je trouve, avec la deuxième partie du podcast. Ah bah nickel ! Arrive la rencontre avec Raquel, la femme de ta vie. Est-ce que déjà tu peux nous raconter ou re-raconter comment t'as rencontré Raquel ?
- Stephen
Ou elle m'a rencontrée, c'est pas pareil ! Du coup, c'était un nouvel an. C'était Bondoufle, la salle de fêtes ! Ah ça c'était de votre côté, c'était le ter-ter. Le ter-ter des potes du 9-1. On était dans la salle des fêtes à Bondoufle et moi je crois que ça faisait deux ans que j'étais célibataire. C'était une soirée en plus où vraiment je me suis dit, vas-y je fais la fête mais je voulais vraiment faire la fête avec mes potes.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Donc j'y vais comme ça en mode un peu YOLO, petit YOLO. Et on souhaite la bonne année à minuit, bon on avait déjà un peu bu mais... J'étais encore à peu près correct à ce moment-là. Et genre, il y a une fille que j'avais remarquée au cours de la soirée, mais je n'avais pas plus que ça, et qui vient vers moi et qui me fait « Ah, bonne année, machin et tout, je fais bonne année. » Et genre cinq minutes après, elle me refait « Bonne année. » Et là, dans ma tête, je me dis « Ok, soit elle est très très bourrée, soit elle veut parler. »
- Patana
C'est intentionnel.
- Stephen
Soit c'est intentionnel, exactement. Vu que je ne savais pas bien, je lui fais la remarque en fait. Et je ne sais plus ce qu'elle me dit à ce moment-là. Et après, je ne sais pas, ça enchaîne sur une conversation. Et du coup, à ce moment-là, je me dis, bon, OK, c'est peut-être intentionnel. Parce que si on discute là, et on discute de tout à rien, on se met même à parler de physique ou je ne sais pas quoi pendant la soirée. Et puis après, voilà, arrive ce qui arrive. Après, on s'est revus pas mal de fois durant le mois. Et puis, on s'est mis en couple.
- Patana
Et c'était un peu particulier parce qu'elle avait déjà un voyage programmé aux États-Unis. Oui, carrément. Un début presque de relation à distance au final.
- Stephen
Oui, c'était... Je pense que ça devait être avril, peut-être. D'ailleurs, il ne faut pas qu'elle m'engueule, parce que si les dates, je ne les connais pas par cœur, qu'elle ne m'en veuille pas. Mais je crois que c'était avril. Donc oui, c'était en janvier qu'on s'est rencontrés. On a eu trois mois de relation. Et on partait vraiment dans l'idée de ne pas se prendre la tête. Parce qu'elle devait partir pour six mois. Et puis, on ne savait pas comment la relation allait devenir. Et quelque part, ça nous a permis de nous libérer. C'est un peu comme tu dis, tu as une maladie incurable et c'est la fin. Et puis, c'est là où tu te libères un peu parfois. Là, on était libérés dans le sens où peut-être qu'il fallait profiter de ces trois mois. Et après, on ne savait pas ce qui allait se passer. Et ça a grave matché, en tout cas sur les caractères et sur la philosophie de vie, des choses comme ça. Et on ne s'est pas lâchés. Du coup, j'ai vidé mon compte en banque. J'ai fait trois allers-retours pendant les six mois. Et ça a toujours été aussi bien. Et après, on a continué. Elle est revenue en France, ça devait être à la rentrée. Elle a directement habité chez moi à l'époque, entre guillemets, parce que j'étais dans un studio étudiant. Et après, de fil en aiguille, on en arrive à un petit être de deux ans et demi aujourd'hui.
- Patana
Oui, c'est clair. Un joli petit être. Et justement, par rapport à la famille, est-ce que pour toi, c'est important qu'elle soit acceptée dans ta famille ?
- Stephen
Au début, ouais. Ouais, carrément. C'était important qu'elle... Pas qu'elle convienne à ma famille, parce que j'aurais pas aimé ça. Mais qu'elle soit pas...
- Patana
Qu'elle soit intégrée.
- Stephen
Ouais, intégrée ou... Mais ça va avec la vision qu'elle a elle-même de la famille, je pense. D'accord. L'importance qu'elle a.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Parce que si c'était quelqu'un qui était trop détaché ou un peu solitaire ou des choses comme ça, ça ne l'aurait peut-être pas fait.
- Patana
Toi, tu voulais que vos valeurs autour de la famille matchent.
- Stephen
Oui, c'est ça. Plus le fait que la famille, c'est central dans la vie. Tu vois, j'aurais eu quelqu'un de très carriériste ou ça ne l'aurait peut-être pas fait parce qu'au fond, je ne suis pas quelqu'un de carriériste. Je veux juste trouver un équilibre et avec au centre la famille et les gens que j'aime bien.
- Patana
Et du coup, dès le début de votre relation, vous aviez parlé de la famille, que vous vouliez avoir ? Je crois,
- Stephen
je ne suis pas sûr. Mais ce n'était pas le moment, parce que vu qu'on avait trois mois à kiffer, on n'a pas parlé de choses comme ça, parce qu'on ne savait pas vraiment ce que ça allait devenir. Donc c'est peut-être plus après qu'on en a parlé, ou peut-être quand je suis allé aux Etats-Unis. Mais en tout cas, c'est des sujets qui arrivent assez rapidement. Parce que moi, j'aime bien parler de tout, de tous les sujets. Et j'aime bien tomber au-delà d'un physique, j'aime bien tomber amoureux de la manière dont quelqu'un réfléchit. Et je trouve ça important de voir qu'elle a une vision ou quelque chose, ça, ça m'attire beaucoup.
- Patana
Et donc du coup arrive le mariage.
- Stephen
Ouais. Quelle symbolique ça a pour toi ? Toi le fait que ce soit ton père qui organise un mariage, qui fasse le discours à la mairie, etc. Comment tu as perçu justement le rôle de ta famille dans l'organisation de ton mariage ? Ben ça, c'était vraiment important pour moi et je l'avais toujours imaginé. Mon père, du coup, il est maire adjoint de la Garenne-Colombes et c'est quelque chose que je me disais, si un jour je devais me marier, je me suis toujours dit j'aurais envie que mon père me marie. Et ça s'est fait. Et je suis vraiment trop content. C'était hyper émouvant. Ça rajoute quelque chose des vraies émotions et pas juste un discours civil. Je trouvais ça vraiment extraordinaire. C'était vraiment un très beau souvenir.
- Patana
Et donc ensuite, effectivement, arrive la conception de la famille. Justement, quand vous parliez de ça avec Raquel, tu disais que toi, tu t'imaginais déjà avec plusieurs enfants, peut-être pas beaucoup, mais en tout cas plusieurs. Est-ce que vous êtes tombé rapidement d'accord là-dessus ? Comment vous êtes amené à discuter de ça et comment vous êtes lancé ?
- Stephen
Pour faire un enfant ? Je pense que d'office, ça s'est fait assez naturellement. Je ne me souviens pas qu'on se soit mis une pression pour dire qu'absolument, à ce moment-là de notre vie, il fallait qu'on ait un enfant. Mais que c'était dans la continuité de la relation. Et puis, on avait acheté ensemble un appartement, un truc pour le faire, parce qu'il est un peu plus grand que pour nous deux. Donc, on a vraiment construit quelque chose avant. Et ensuite, on s'est dit, là, c'est peut-être le bon moment. let's go quoi et t'avais une autre question je crois dans tes questions non ?
- Patana
Non je t'avais juste demandé comment tu concevais la famille et comment vous êtes lancés. Et bah là du coup c'est là où tu je me suis pas mis la pression pour faire un enfant mais je me suis mis la pression pour savoir ce que je voulais vraiment transmettre,
- Stephen
donner qu'est-ce qui était important pour moi. Et je me suis beaucoup renseigné sur comment marche un enfant, tout simplement. Et j'ai vraiment beaucoup appris. Parce que la personne que j'étais dix ans plus tôt, peut-être que je n'aurais pas été assez mature, ou peut-être pas la bonne vision des choses, ou peut-être pas les bonnes raisons non plus. Et là, aujourd'hui, je me sentais vraiment prêt, même si je pense que tu ne te sens vraiment jamais à 100% prêt.
- Patana
Complètement.
- Stephen
Tu es dans un inconnu incroyable. Mais chaque moment, c'était vraiment du pur bonheur. Et puis, chaque moment est différent. C'est quand même au cours de la grossesse. Je me suis senti vraiment évolué là-dessus. Sur le rôle que je voulais me donner en tant que père. Et même, l'avantage avec Raquel, c'est qu'on discute énormément sur tous les sujets. Et on débat beaucoup, même si parfois on ne peut pas être d'accord. Mais on parle toujours dans le respect de l'un et de l'autre. Et au final, on arrive à... Moi, je trouve que ce qui est le plus beau, c'est d'avancer tous les deux. Dans une direction un peu commune, quoi.
- Patana
Oui.
- Stephen
Et je me suis jamais senti en doute là-dessus. Et ça, je trouve ça trop bien. Oui. En tout cas, pour avoir un enfant, c'est hyper sécurisant, je trouve.
- Patana
C'est ce que j'allais dire, oui. C'est clair. Et justement, tu parlais de la grossesse. Donc toi, du coup, t'as forcément un biais avec ton métier d'infirmier.
- Stephen
C'est plus un biais. Parce qu'en plus, je travaille au bloc et en maternité. Donc tu vois tous les bons moments, tu vois aussi tous les mauvais moments.
- Patana
Oui. Et comment tu l'as vécu justement sa grossesse ?
- Stephen
Beaucoup trop stressé.
- Patana
Ouais. Et tu me disais même, je me rappelle à l'époque, tu me disais que tu étais plus stressé qu'elle, quoi. Ouais. Tu étais presque stressant, toi.
- Stephen
C'est là où tu reviens au biais dont je parlais tout à l'heure, c'est que j'avais pas le droit à l'erreur. Et c'est là où ça fait un peu écho, c'est que tu te dis, bah, j'ai envie que tout soit parfait, c'est le premier, que tout soit bien cadré, que t'arrives à contrôler le plus de trucs. Et c'est là où tu te le prends dans la gueule, les trucs de l'enfance. Et c'est là où après, je fais un travail dessus, pour prendre du recul là-dessus. Et j'étais beaucoup trop stressé. Je pense que pour le deuxième, je serais beaucoup trop stressé aussi, mais peut-être un peu moins, on ne sait pas.
- Patana
Oui, tu verras bien.
- Stephen
Mais oui, sur le plan médical, je surveillais beaucoup de choses. Et puis, j'aurais aimé ne pas savoir, en fait, quelque part.
- Patana
Est-ce que tu as réussi quand même à contenir et pas trop communiquer ton stress à Raquel ?
- Stephen
Ça, c'est quelque chose... Je pense que c'est plus elle qui m'a déstressé. Est-ce que moi, je l'ai stressé ? Je pense pas.
- Patana
Je pense qu'elle avait peut-être le recul nécessaire pour se dire bon...
- Stephen
Ouais, puis être... Moi, je la trouvais pas stressée.
- Patana
Ouais. Tant mieux.
- Stephen
Même si je sais qu'elle était stressée à certains moments et tout ça, mais globalement, je la sentais pas angoissée ni paniquée. Elle était assez sereine.
- Patana
Oui.
- Stephen
Tant mieux parce que tu étais stressé pour deux déjà. Oui. Non, mais du coup, je ne pense pas que j'ai rejailli beaucoup de stress sur elle.
- Patana
Ok.
- Stephen
Parce que je ne suis pas quelqu'un non plus qui exprime beaucoup les émotions.
- Patana
Oui.
- Stephen
Encore un écho par rapport à ce que je te disais au début.
- Patana
Oui.
- Stephen
Mais elle, elle va le voir parce qu'elle me connaît vraiment énormément. Mais sinon, je ne vais pas transmettre beaucoup de choses. En tout cas, je vais garder au maximum dans ma tête.
- Patana
Ok. Et donc tu disais que l'arrivée de Lara, ça a été une bombe.
- Stephen
Ouais.
- Patana
Du coup, est-ce que tu peux expliciter dans quelle mesure ça a été ?
- Stephen
Je pense que tu dois le savoir aussi, mais c'est une bombe nucléaire sur tous les aspects de ta vie. Déjà physiquement, c'est beaucoup de bonheur, mais c'est beaucoup de fatigue. Surtout les premiers temps. C'est une organisation où tu changes complètement ta manière de fonctionner. Parce que là tu t'organises plus pour toi ou pour ton couple, mais tu t'organises pour un être qui est juste là, qui a rien demandé et qui veut juste qu'on l'aime entre guillemets. Et qu'on le nourrisse aussi.
- Patana
Oui, accessoirement, c'est pas mal.
- Stephen
Et t'es dans le flou total, psychologiquement, on va dire, parce que t'apprends à construire une nouvelle relation. Tu sais pas, c'est quelque chose que t'as jamais connu, d'avoir un enfant. Et tu sais pas, si tu te poses plein de questions, tu sais pas si tu vas l'aimer, comment montrer, comment t'apprends vraiment tous les jours, au cours des interactions et tout ça. Et c'est vrai que quand on te dit, il n'y a que vous qui connaîtrez vraiment votre enfant 100%, petit à petit, tu le construis ça. Et tu as des petits signaux, des petites choses comme ça, où tu vois vraiment que tu es vraiment expert de ton enfant. Et je trouve ça trop beau parce que c'est une relation que tu ne connais pas. Et après, moi, j'ai travaillé beaucoup sur toutes mes craintes, tout ça, de par l'enfance et tout ce que je m'étais construit dans ma tête, pour essayer de chaque jour, en tout cas... Quand il y a des choses que je faisais peut-être pas bien, où je passe beaucoup de temps dans ma tête, dans ces cas-là, à me dire qu'est-ce que j'aurais pu faire de mieux, ou qu'est-ce que je peux améliorer, ou quel est le but de l'enfant en fait. Quel est pour lui son but ? Pour devenir toujours un être « autonome » et libre le plus possible. Et c'est là où je me suis beaucoup renseigné, et puis j'ai vu que tu as différentes manières d'éduquer, en tout cas de comprendre l'enfant en tant que tel. Et pas forcément imposer ta vision d'adulte. d'un monde qui est un peu limité par tout ce que tu sais et tous tes biais à un enfant qui n'a rien demandé, il veut juste l'amour et c'est tout.
- Patana
Et du coup, ton travail sur toi, tu l'as fait vraiment seul ou tu as quand même beaucoup discuté avec Raquel ?
- Stephen
J'ai beaucoup discuté avec Raquel sur la vision de l'éducation, sur ce qu'on veut donner à l'enfant. Mais je passe aussi beaucoup de temps dans ma tête à discuter avec moi-même ou à savoir ce que je veux lui donner. Et Raquel m'a apporté un truc qui est vraiment important, je pense, c'est peut-être plus d'empathie. Ce que je pouvais manquer, je pense. Et vraiment, elle m'a donné une qualité que je trouve vraiment importante, c'est penser les choses en te mettant vraiment à la place de l'autre. Ce qui revient aussi à l'empathie, mais vraiment, quand je fais quelque chose pour Lara ou tout ça, je me dis, est-ce que ça lui sert vraiment ? Ou est-ce que là, je peux la laisser libre ? Quel est l'intérêt pour elle ? Et là, je pense beaucoup plus pour elle là-dessus.
- Patana
Et sur l'aspect sentiment, tu sais, tu disais que tu te contenais par rapport à tes sentiments, etc. Comment toi, tu vis ta relation avec ta fille par rapport à ça ?
- Stephen
Je pense que je n'ai jamais autant pleuré de ma vie.
- Patana
Ah ouais ?
- Stephen
Ouais. Je pense que... Tu vois les histoires que j'ai pu connaître avec Lowen, du coup, petit frère malade et ma tante. Je pense que j'ai dû pleurer peut-être une fois, et puis c'est parti, quoi.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Et après, je me suis coupé. Alors que là, depuis que j'ai Lara, pas une dizaine, mais peut-être en dessous, vraiment, ça n'a rien à voir. Je suis beaucoup plus sensible et il y a les choses qui me tiennent beaucoup plus à cœur pour elle. Parce qu'encore une fois, je pars vraiment dans l'idée qu'elle, elle n'a rien demandé et que je dois vraiment lui donner tout ce que je peux lui donner pour qu'elle soit le plus heureuse possible. Et ça, c'est vraiment ma ligne directrice pour l'éduquer. Juste de l'amour.
- Patana
Et je me rappelle, vous étiez les premiers à nous parler de Baby Clash avec Raquel. Comment tu as vécu ce tourbillon avec elle ?
- Stephen
C'est vrai que tu as des phases où tu... Je ne pourrais pas dire que j'ai eu des embrouilles graves où tu te remets en question sur ton couple, mais c'est plus des... t'as la fatigue, le stress de l'enfant, et forcément il y a des choses où parfois tu vas t'embrouiller sur des choses auxquelles tu ne te serais pas embrouillé naturellement. Mais c'est plus qu'il y a la fatigue à tout ce qui est autour plutôt que ton couple qui prend un coup.
- Patana
Ouais, je suis d'accord.
- Stephen
Moi je ne l'ai pas vraiment vécu négativement, mais juste que oui, t'as plus d'engueulades, t'as plus de conflits, mais au final t'en ressors grandit je trouve. Parce que tu es obligé de communiquer beaucoup plus, différemment, et parfois d'aller plus à l'essentiel, plus vite, et je trouve ça bien au final.
- Patana
Moi, ça m'avait beaucoup aidé, justement, que vous en parliez avant, pour me dire que c'est une phase, la fatigue c'est une phase, et je ne sais plus qui m'avait dit, il ne faut pas que tu te sépares dans les deux ans de l'enfant, parce qu'en fait, t'es pas du tout dans une situation classique.
- Stephen
Oui, carrément.
- Patana
T'as tout qui est chamboulé, t'apprends plein de choses. Comme tu dis, t'as la fatigue qui prend 90% de ton énergie. Et du coup, fais pas de conneries pendant cette période-là.
- Stephen
Et puis t'as le stress du premier. Je pense que c'est comme vous, vous avez envie de bien faire. Et tu te mets une pression quand même.
- Patana
Peut-être que tu ne te mettras pas pour le deuxième et tout ça fait que c'est une petite bombe à tête sous cocotte minute en permanence. Je me rappelle avec la fatigue tu es plus aigrie, tu es plus frustrée et comme tu ne veux pas transmettre à ton enfant la seule
- Stephen
personne que tu as devant c'est ton conjoint. Je suis d'accord avec toi mais c'est des choses qu'il faut parler parce que ça passe. Il faut toujours communiquer la clé c'est la communication. Tant que tu communiques et que t'es toujours dans le respect, y'a pas de soucis. Et du coup, moi je me sens vraiment beaucoup plus fort maintenant, avec Raquel.
- Patana
Et qu'est-ce que ça a changé du coup ? Est-ce que d'ailleurs ça a changé les liens par rapport à tes parents ? Le fait de toi être père. Comment ça a influencé ton rapport avec tes parents ?
- Stephen
Avec tes parents, même avec tout le monde, c'est que globalement, t'as moins de temps. Donc, t'épures un peu les gens où t'as des relations un peu moins saines et tu gardes ceux avec lesquels vraiment t'as envie de passer du temps et qui t'apportent du bon. Donc, tu fais le tri naturellement dans tes amis parce que ceux auxquels t'avais pas le temps d'accorder et qui n'ont pas envie de t'en accorder, tu les vois plus. Et tes parents, après, c'est là où tu fais l'introspection sur ton enfant, ce qui s'est passé. En tout cas, moi, c'est ce qui m'est arrivé. Et puis, tu fais le tri aussi, quoi.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Sur ce que tu veux pas de l'éducation. Et aussi, ce que t'as aimé. Tu fais vraiment une prise de recul.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Et du coup, je me suis plus éloigné de ma mère et j'ai gardé des liens avec le reste de ma famille. Mais ouais, tu fais le tri.
- Patana
Et justement, si tu fais ton introspection, c'est quoi, du coup, que t'as aimé ou que tu veux pas retenir, toi, de ton enfance ?
- Stephen
Ce que j'ai aimé, comme je t'avais dit au début, c'était le fait d'être sentir aimé. Je trouve que c'est vraiment quelque chose de fondamental. Parce que tu peux donner de l'amour, mais vraiment, si tu ne le montres pas en permanence, ou si tu as peur de faire des câlins et tout, il ne faut pas avoir peur, parce que la vie va trop vite. Et deux, pour moi, c'est vraiment ce qui construit une personne de manière saine. C'est juste de lui donner de l'amour. Il n'y a personne qui va mourir parce qu'il a reçu trop d'amour ou qui va lui arriver quelque chose de mal parce qu'on a reçu trop d'amour. Donc, il faut juste donner. Et ça, j'ai reçu beaucoup quand j'étais plus petit, même dans mon adolescence. Et ce que je ne retiendrai pas, c'est peut-être plus dans... Il faut peut-être que je réfléchisse un peu plus. Mais c'est dans des choses peut-être un peu plus toxiques ou entre guillemets dans un environnement peut-être un peu moins sain et que tu ne te rends pas compte quand tu es dans cette situation-là, en tout cas en étant enfant. Mais c'est plus les éducations un peu... Les cris, tu sais, un peu plus violentes, mais qui étaient normales à l'époque, tu sais, quand tu te faisais engueuler, crier dessus, tu te faisais punir. Et ça, je n'ai pas envie de lui donner ça, tu vois. Parce que, encore une fois, je comprends pas l'intérêt que ça a sur l'enfant.
- Patana
Oui.
- Stephen
Tu peux engueuler un enfant cent mille fois, c'est comme... En fait, tu remets toujours dans la perspective d'un adulte.
- Patana
Oui.
- Stephen
Si moi je t'engueule parce que t'as fait renverser ton verre d'eau, qu'est-ce que ça va t'apporter au final ? Ouais. Tu veux juste renverser, à part dire, ah ouais, au final je suis une grosse merde, ça va rien t'apporter de positif.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Alors que, ok, t'as renversé le verre d'eau, très bien, bon... Ça me saoule parce que je suis fatigué aujourd'hui, mais comment on résout ça, tu vois ? Et je trouve ça plus intelligent de voir de cette manière-là. Et avant, on n'avait pas toute cette manière d'éduquer. Et je trouve que c'est assez limitant après dans ta conception du monde, et pour en sortir, il faut vraiment faire un travail sur soi, je pense. Et même pour l'empathie, ça t'apprend à te mettre à la place de l'autre. De comprendre que tu peux faire une erreur, un enfant, il peut tomber, il peut casser un truc. C'est la vie, en fait. Je casse des trucs aussi. Tout le monde fait des erreurs.
- Patana
Moi, j'aimais bien faire l'analogie entre un bébé et un grand-père ou une grand-mère. Un vieux, justement, quand il tombe ou quand il fait une bêtise, tu dis qu'il est vieux, c'est normal. Alors qu'un bébé, quand il fait une bêtise, naturellement, tu dis que tu vas lui gueuler dessus pour qu'il ne le refasse plus. Alors qu'en fait, c'est comme un vieux.
- Stephen
Et au final, tu avais beaucoup de cris, beaucoup de punitions pour des choses bêtes et au final ça fait pas avancer les choses.
- Patana
Ouais, c'est comme tu dis, c'est des générations d'avant, l'éducation.
- Stephen
Donc ouais, il y a beaucoup de choses que je mets de côté sur ça.
- Patana
Et tu penses que c'est ça qui t'a éloigné de ta mère aujourd'hui ? Je pense que c'est une différence de perception sur la façon d'éduquer.
- Stephen
Parce que c'est pas évident aussi la place qu'elle a, pour le coup. C'est que t'es déjà... Elle est encore dans l'éducation des enfants.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Chose qui est quand même assez rare aujourd'hui dans les familles, d'avoir une grand-mère qui éduque ses propres enfants.
- Patana
Oui. Parce que le plus petit, il a quoi, 7 ans ? Bah il a 7 ans, ouais. Donc... Avec ton enfant, en fait, ils ont un écart d'âge très faible.
- Stephen
Moi, de ma perception, quand je vois le cadre qui est donné, moi, ça ne me convient pas. Et du coup, ça me générait chez moi du stress. Et au final, tu t'éloignes forcément parce que tu n'es pas raccord sur la manière d'éduquer, le cadre général. Et je n'ai pas envie de juger ou critiquer parce que ce ne serait pas une bonne chose. Je pense juste que ça ne coïncide pas.
- Patana
Oui, ce n'est pas compatible.
- Stephen
Oui, et puis c'est générateur de stress. Donc au final, petit à petit, tu t'éloignes. Et c'est une place qui n'est pas facile à avoir, d'être grand-mère et en même temps éduquer ses enfants. Parce que déjà, parfois les grands-mères ont envie de s'immiscer dans l'éducation, mais alors là, tu es en plein dedans, donc c'est impossible. C'est une place, pour le coup, qui n'est pas facile.
- Patana
Et par contre, ce que tu disais, c'est qu'inversement, ça t'a rapproché de ta grand-mère.
- Stephen
Oui, pour le coup, pour la même chose, c'est qu'elle, elle n'a plus personne à éduquer. Donc elle a vraiment cet espace de liberté pour Lara. pour juste lui donner de l'amour. Du coup, c'est son arrière-grand-mère. Et elle a tout le temps avec elle pour faire des activités et tout ça. Je trouve que dans ce cadre-là, en tout cas, moi, je me sens plus en sécurité pour elle. Et elle, j'ai l'impression qu'elle profite encore plus. Mais ouais. C'est pour ça que tu fais vraiment le tri dans tes relations quand tu as un enfant. En tout cas, moi, ça a été mon cas.
- Patana
Du coup, parce que tu disais au tout début du podcast que tu ne ressentais pas trop le fait d'être dans une famille nombreuse parce que tu étais dans un cocon à 3-4, mais au final, la situation aujourd'hui fait que ça t'influence quand même, même dans la vie d'aujourd'hui, parce que le fait justement d'avoir ta mère qui est encore dans l'éducation, comme tu dis, ça fait que les places dans la famille, elles sont un peu différentes.
- Stephen
Oui, carrément, oui. Puis même moi, par rapport à mes petits frères, ils me voient pas de la même manière non plus.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Surtout que quand tu deviens père et tout ça, c'est encore autre chose.
- Patana
Et justement, comment ils sont tes frères et tes sœurs par rapport à Lara ?
- Stephen
Bon, ils sont très bien, c'est juste que je pense qu'ils s'en rendent pas compte.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Parce que t'as juste un enfant qui est là, c'est leur... Tu sais, c'est un peu obscur à cet âge-là, quand t'as 7 ans. Neveu, tonton, cousin, tout ça. Surtout quand t'as à peu près, pas le même âge, mais c'est à peu près le même ordre de grandeur, quoi.
- Patana
Ouais. Je ne sais pas comment ils le perçoivent, je ne leur ai jamais demandé à vrai dire. Moi, j'ai vécu le cas inverse. Mes parents, ils ont 13 ans d'écart. Et comme mon père, du coup, il a eu sa vie, il a fait ses années en prison, etc., quand il était au Laos. Du coup, ce qui fait qu'il a rencontré ma mère tard. Ils se sont mariés tard. Et donc, du coup, je crois que mon père, il avait 43 ans, du coup, quand il m'a eu. Donc, j'étais la première. Et donc, ce qui fait qu'avec notre écart d'âge, en fait moi j'ai eu peu de cousins et cousines avec qui je suis restée en contact parce qu'on avait des écartages tellement énormes du coup pareil t'es censé être tonton ou tata alors que t'as 5 ans c'est complètement ridicule. Et puis on a quasiment le même âge c'était trop bizarre tu vois. T'as du mal à percevoir les... tu te positionnes et en même temps tu te dis mais on est censés jouer ensemble en même temps on n'est pas dans les mêmes générations.
- Stephen
Tu as vraiment un mélange des générations différentes dans la même famille. Oui, je comprends.
- Patana
Pour avoir vécu dans ce truc-là, c'était très bizarre.
- Stephen
Oui, je comprends.
- Patana
J'avais des cousins qui avaient 5 ans de plus que moi et à l'inverse, j'avais ma cousine, notamment Alexia, qui a 5 ans de moins que moi. Du coup, quand tu es... C'est con, mais quand t'es en primaire et que tes cousins commencent à rentrer au collège ou au lycée, qu'ils ont leur premier flirt et tout, en fait, ils te ghostent un peu. Parce que du coup, t'es plus du tout... Avec 5 ans d'écart, quand t'es petite, t'as plus du tout les mêmes préoccupations. Ouais, carrément. Et donc moi, je m'étais toujours dit, moi, avec ma cousine, c'est hors de question que je gâche la relation. Du coup, j'ai essayé de garder le lien qu'on a gardé jusqu'à aujourd'hui. Mais c'est pas facile. Je m'en souviens, à l'époque, je leur en avais voulu à mort... Je pense qu'aujourd'hui, j'ai un peu plus de recul. Mais sur le moment, quand t'es petit, en plus, c'est que justement, tu te construis, tu te développes et que tu te fais bazarder par ta propre famille.
- Stephen
Ouais, ça peut être parfois des situations compliquées.
- Patana
C'est un peu compliqué. Du coup, c'est intéressant de savoir les relations qu'il y a dans ta famille par rapport à...
- Stephen
Mais surtout, quand t'es petit, parfois, t'as du mal à mettre des mots sur le fait que ça soit bizarre. C'est bizarre, mais tu sais pas pourquoi.
- Patana
En plus, c'est pas le genre de choses dont tu discutes avec les copains.
- Stephen
Ouais, c'est ça.
- Patana
Quand t'es en primaire, tu joues à cache-cache.
- Stephen
C'est pour ça que souvent, les enfants, je pense, ils ont des comportements... Ils régressent un peu quand il y a un petit frère, une petite sœur qui arrive ou des choses comme ça parce qu'ils n'arrivent pas à mettre des mots, je pense. Et du coup, ils réagissent d'une autre manière.
- Patana
Ouais, c'est clair. Et donc, du coup, dernière question, mais... Je pense que tu en as déjà un peu parlé, mais c'est plus en guise de conclusion. Tu parlais beaucoup de transmission par rapport à ta fille. Qu'est-ce que tu veux transmettre aujourd'hui à ta fille, Lara ?
- Stephen
Comme je t'avais dit, je veux lui transmettre tous les éléments. Je veux lui transmettre un peu un moyen de réflexion, en tout cas une manière de fonctionner, pour qu'elle puisse réfléchir seule au maximum. Et qu'elle arrive à être heureuse par elle-même. Oui. Et qu'elle soit libérée du plus de contraintes possibles qu'on peut avoir. Parce que la société va te mettre beaucoup de contraintes. On voit les défauts qu'elle a. Elle va vers le mieux, tant mieux. Elle a encore plein de défauts. Et même toi-même, tu vas parfois, au cours de ta vie, des événements dans la vie, tu vas te mettre toi-même des contraintes.
- Patana
Oui.
- Stephen
Moi, je me positionne plus dans le fait d'essayer de la construire. de lui donner les éléments pour qu'elle se construise d'elle-même, en lui donnant le plus d'amour possible, pour qu'elle arrive à avancer dans la vie le plus sereinement, et avec le plus de confiance possible.
- Patana
Et ce que fait que ce soit une fille ? Est-ce qu'il y a des choses sur lesquelles tu es plus sensible ? Notamment, tu disais que par rapport à ton activité de syndicat, tu te positionnais pas mal par rapport à l'égalité homme-femme, etc. ou toutes ces choses de société. Toi, est-ce que tu as... Tu as des réflexions particulières sur le fait que ce soit une fille dans la société d'aujourd'hui et comment tu as influer son éducation ? Parce que c'est des choses... Une fille.
- Stephen
C'est sûr que ça... J'aurais pas évolué de la même manière si j'avais eu un garçon. Pour la simple et bonne raison, c'est que je me rends compte d'encore plus des problématiques qu'ont les femmes, notamment avec le consentement, tout ce qu'on a d'actualité. Et c'est vraiment aujourd'hui un stress pour moi de lui donner tout le vocabulaire, toute la manière de réfléchir pour qu'elle comprenne qu'une situation n'est pas normale, même le plus petit possible. C'est quelque chose qui doit être construit dès le début. Et bien nommer les choses, bien nommer les organes génitaux, bien expliquer qui a le droit de toucher et qui n'a pas le droit. Donc il y a toute cette histoire de consentement qui est hyper important. On est obligés de passer par là parce que ma position, c'est que globalement, l'homme est un être violent, que ce soit physiquement ou sexuellement, tout ça. Et que la seule manière d'aller vers le mieux, c'est l'éducation. Et on a encore du chemin à faire, en tout cas pour la population.
- Patana
C'est clair.
- Stephen
Et du coup, pour essayer de parer à ça, il faut absolument éduquer déjà les filles au maximum pour qu'elles puissent nommer les choses au moment où ça se passe.
- Patana
Ouais.
- Stephen
Et qu'elles soient dans un environnement de confiance pour en parler. Et le problème, c'est que si en la famille, t'es pas en confiance, à qui tu vas en parler ?
- Patana
C'est clair.
- Stephen
Donc c'est des choses qui restent souvent et j'ai pas envie que... J'aurais trop honte, moi, qu'elle puisse pas m'en parler ou que j'ai loupé ça. C'est pour ça que je travaille beaucoup plus le fait d'être plus empathique, de mettre à la place de l'autre. Et ça, ça m'a aidé beaucoup aussi là-dessus, de me renseigner. Et même Raquel, où c'est un sujet important pour elle, je le comprends d'autant plus aujourd'hui où j'ai une fille. Avant, c'était pas un sujet nébuleux, mais je me mettais peut-être moins à la place. Et un de mes gros défauts, c'était celui-là. Et c'est un sujet que je porte à cœur aujourd'hui.
- Patana
T'avais sûrement envie de dire que ça ne te concerne pas, que tu ne te renseignes pas plus que ça.
- Stephen
Ouais, je pense. Je pense que j'avais... J'étais sensible à ça, mais en même temps, je me renseignais. Il y avait des choses que j'avais du mal à comprendre. Et en ayant une fille, ça m'a ouvert les yeux. C'est vraiment un déclencheur.
- Patana
Et puis comme tu dis, ça a été l'éducation aussi. Tu disais dans ton enfance, c'était je suis un mec, je dois être responsable, je suis père de famille, et les sentiments, c'est pour les femmes.
- Stephen
Oui, ça aussi, ça m'a fait travailler là-dessus. C'est pour ça que je dis que c'est une bombe nucléaire, ça peut te changer. Moi, je sens que ça m'a changé énormément, en positif. Donc, c'est tout ça que je veux lui donner.
- Patana
C'est un beau package.
- Stephen
J'essaie de faire au mieux.
- Patana
Comme tous. C'est top. Écoute, on arrive quasiment à la fin du podcast. Comme tu connais, la tradition chez WePotes, c'est trois questions flash pour finir le podcast. La première question qui m'intéresse, c'est quel est ton avis sur l'euthanasie ou le droit à l'aide de mourir ?
- Stephen
C'est ça, ta question flash ? C'est dur. Bon, je vais essayer de faire vite.
- Patana
Non tu peux développer, bien sûr.
- Stephen
Je suis pour la liberté de tout un chacun de mourir quand il le veut. Je ne fais pas la vie du... La vie, elle doit être sacrée, entre guillemets. Il ne faut pas que ça soit un acharnement non plus. Donc quand il y a trop de souffrance, je ne vois pas l'intérêt à ce qu'a la société, à vouloir perdurer des vies qui sont déjà mortes. Au final, entre guillemets. Après, la question, c'est où tu trouves l'équilibre ? Et ça, c'est une grande question. Je pourrais pas y répondre. Mais en tout cas, moi, je suis pour l'euthanasie. C'est une liberté fondamentale pour moi.
- Patana
Et du coup, toi... Parce que du coup, en France, nous, aujourd'hui, on n'est pas très avancés là-dessus.
- Stephen
La France n'est pas très avancée sur beaucoup de sujets.
- Patana
Oui, c'est vrai.
- Stephen
On est assez conservateurs.
- Patana
Tu penses que ça mériterait qu'on soit plus progressiste là-dessus ?
- Stephen
Oui, entre autres, oui.
- Patana
Ok. Deuxième question, parce qu'on est dans l'actualité de la Coupe du Monde.
- Stephen
Oui.
- Patana
Il y a le match Brésil-Maroc qui arrive.
- Stephen
On passe de l'euthanasie à la Coupe du Monde, j'aime bien tes questions.
- Patana
Qui c'est qui va gagner à la Coupe du Monde ?
- Stephen
Bah Il y a la France.
- Patana
Ok.
- Stephen
Je ne me développerai pas plus. Si l'Espagne gagne, je serai très content.
- Patana
Oui, parce que du coup ta fille elle est franco-espagnole. Ok, donc la France, je note. J'avoue que je ne suis pas du tout à la Coupe du Monde, je ne sais pas du tout le niveau de la France.
- Stephen
Ah ben c'est les favoris, dans mon cœur c'est les favoris.
- Patana
Dernière question du coup. Que dirais-tu à ton moi du futur ? Celui dans quelques années.
- Stephen
Alors, que dirais-tu à ton moi du futur ?
- Patana
Elle n'est pas facile, celle-là.
- Stephen
Elle n'est jamais facile, cette question.
- Patana
Tu vois, elle est moins flash que la question 2.
- Stephen
Tu m'as fait deux questions pas très flash et une question flash. Qu'est-ce que je dirais à mon moi du futur ?
- Patana
Ouais. Pour ceux qui n'entendent pas, du coup, il hoche la tête.
- Stephen
C'est une question compliquée, mais je pense que globalement, je suis assez positif sur l'avenir. Et je dirais, j'espère que tu auras gardé cette mentalité et toujours aller vers l'avant dans le mieux. Et j'espère que tu auras gardé cette énergie de vouloir toujours transmettre les choses, en tout cas aux enfants, à la famille que j'ai et que je suis en train d'avoir aujourd'hui, peut-être qu'il sera plus grande dans le futur. Et je lui dirais toujours de garder cette énergie de donner le maximum d'amour aux gens que tu aimes. Et même si je sais que je n'aurais pas été parfait d'avoir donné le meilleur de moi. Et surtout, l'élément central, c'est de donner toujours de l'amour aux gens que j'aime. Que ce soit la famille ou même les amis. Les amis, c'est quand même la famille qu'on choisit.
- Patana
C'est clair.
- Stephen
Et c'est eux qui te font grandir. Je dis continue comme ça.
- Patana
C'est une belle conclusion. Merci beaucoup pour ta présence, Steph.
- Stephen
Merci.
- Patana
Je te souhaite le meilleur aussi. Tu apportes le meilleur de toi. Merci à tous d'avoir écouté ce nouvel épisode de WePotes. N'hésitez pas à me suivre sur ma page Instagram wepotes_podcast et liker sur les plateformes d'écoute. Et à très vite pour un nouvel épisode entre potes !