- Speaker #0
En France, on n'a pas le droit à l'erreur. Quand on échoue, on se sent mal, on culpabilise, on pense qu'on n'est plus bon en rien et qu'on n'est capable de ne rien réussir. Et pourtant, c'est la mentalité inverse aux Etats-Unis ou en Angleterre. Avec WeTalk, je prends les choses à rebours. Je donne la parole à des personnes au parcours atypique qui assument leurs erreurs, les rebondissements de leur vie et qui viennent nous partager avec fierté les échecs qu'ils ont pu... comment ils ont pu transformer les échecs de leur vie en réussite. Si toi aussi tu te reconnais dans cette histoire, laisse-moi un message sur Instagram, sur TikTok ou sur LinkedIn pour pouvoir venir partager ton histoire avec tout le monde. Mon invité du jour, c'est une femme exceptionnelle, inspirante, audacieuse. Bonjour et merci Solène, boucillon logo As You, d'avoir accepté mon invitation. Avec plaisir, bonjour. Alors, sur ma liste du top 5 des personnes que je voulais inviter cette année, tu en faisais partie. Donc, je peux faire un check dessus. Je vais te laisser te présenter aux auditeurs de WeTalk.
- Speaker #1
Alors, je suis Solène, j'ai 45 ans, je suis mariée, j'ai trois enfants. Et après une carrière de DRH à l'international, en Europe, Asie, Afrique, j'ai décidé de m'attaquer à l'éducation et de remettre les compétences humaines, qu'on appelle aussi les soft skills, sur le devant de la scène. dans un monde tout digital, parce que je pense que le digital, l'intelligence artificielle, c'est bien. Mais il faut aussi que les humains prennent confiance en eux et sachent qu'ils ont plein de compétences humaines valorisables qui peuvent leur permettre de réussir et de se sentir bien au quotidien dans leur vie.
- Speaker #0
C'est une très belle manière de se présenter. En tout cas, moi, j'adhère à 100% à ce que tu viens de dire. Et d'ailleurs, je pense que les premières choses que j'ai lues, quand j'ai lu ton tabio, et ton livre, je me suis posé une question, mais vraiment fondamentale. Comment une femme qui réussit finalement dans un milieu d'hommes, parce que tu as dit que tu as été DRH dans une entreprise internationale, et ensuite aujourd'hui tu es à la tête de cette plateforme Soft Kids, on en parlera un petit peu plus tard. Comment une femme qui réussit dans un monde d'hommes, est-ce qu'elle fait peur ? Voilà, c'est la question que je me suis posée.
- Speaker #1
Est-ce qu'elle fait peur ? Peut-être, je ne sais pas, je n'ai pas eu cette impression-là. Par contre, c'est vrai que dans... tout mon parcours. Pendant des années, j'ai été la seule fille avec plein d'hommes. Ça a commencé en fait, quand j'étais étudiante, j'étais élue au niveau national. Donc en fait, représentante étudiante au niveau du ministère de l'Éducation nationale, dans une des quatre organisations reconnues par le gouvernement. Et j'étais un peu la caution féminine. On disait toujours, on va emmener Solène, comme ça au moins on aura une fille.
- Speaker #0
C'était déjà un peu le porte-voix. Voilà,
- Speaker #1
le porte-voix. Et je ne me laissais pas démonter. Et mes potes de l'associatif étudiant, ils savaient qu'il ne fallait pas me chercher. Et puis après, j'ai eu des postes, comme je disais, de responsable RH et DRH, d'abord en France, puis en Europe, puis à l'international. Chez Shell, le pétrolier, c'est une boîte d'ingénierie. Et c'est vrai que, par exemple, quand j'étais au comité de direction des activités commerciales Europe, j'avais 30 ans et j'étais avec neuf directeurs commerciaux qui avaient entre 40 et 55 ans.
- Speaker #0
Et comment on fait pour survivre ? Comment on fait pour y arriver et tenir 30 ans ?
- Speaker #1
Moi, je pense que tout est une question d'assertivité. L'assertivité, c'est arriver à imposer son point de vue sans étant agressif. D'ailleurs, je pense qu'aujourd'hui, on a un gros problème. Il faudrait cultiver l'assertivité plutôt que l'agressivité. Je suis complètement d'accord. Et donc, j'ai appris à prendre la parole. Alors, c'est vrai que je pense qu'il y a énormément de stéréotypes de genre et surtout à l'époque. parce que c'était, quand je parle de ce poste, c'était dans les années 2000. Et je me rappelle, on m'avait collée une coach parce que mes collègues, donc dans un comité de direction, on était 15. J'étais la seule femme, la plus jeune en plus. Et j'avais deux autres trentenaires avec moi qui avaient un an de plus que moi. On avait à peu près le même âge. Et donc, ce que j'avais fait, c'est 1 Je m'étais liée avec les trentenaires et on avait décidé qu'à chaque fois qu'on avait nos trois jours de comité de direction, on faisait un debriefing tous les trois sur nos interventions. Qu'est-ce qu'on pourrait améliorer ? Comment est-ce que... Et en fait, il y avait peut-être une coalition des jeunes, on va dire. Et la deuxième chose, c'est qu'on m'avait collé un coach parce que ces messieurs avaient dit que j'étais un peu trop Madame Non. Et je pense que ça ne leur plaisait pas d'avoir quelqu'un qui leur disait « Non, on ne va pas faire ça » .
- Speaker #0
Et tu disais tout le temps « Non » en vrai ?
- Speaker #1
Pas tout le temps « Non » , mais sur certains trucs, j'hésitais pas. Je me rappelle, il y avait un directeur commercial. Une fois, on était en comité de direction et évidemment, il y a des after-work parce qu'on part 4-5 jours. Je ne sais plus, on était en Angleterre. Et puis, je le vois, on est à table et je le vois, il appelle un de ses collaborateurs. Il devait être, je ne sais pas, à 21h. Nous, on était à table parce que c'était une réunion. Et je lui dis, je lui dis, mais en fait, Eric, là, tu fais quoi ? Ton collaborateur, il est chez lui. Il est peut-être avec sa femme. Ils sont tranquillou en train de regarder la télé, passer un bon moment en famille et toi, t'appelles. pour débriefer de la journée, parce que toute la journée t'étais en réunion, donc t'appelles tes équipes à la fin je fais bah non t'attends.
- Speaker #0
Mais d'où te vient cette audace ?
- Speaker #1
Alors je pense que l'audace c'est parce que j'aime pas l'injustice et pour moi il faut faire preuve de bon sens dans la vie et j'aime bien tordre le cou à tous les trucs qu'on fait parce que ça a toujours été comme ça et je pense qu'il faut faire évoluer la société pour faire évoluer la société, il faut dire à un moment donné quand les choses ne vont pas. Et je le dis souvent parce que effectivement, j'ai ce militantisme depuis toujours. J'ai toujours été déléguée de classe du CP jusqu'à...
- Speaker #0
Une femme de réseau.
- Speaker #1
Jusqu'au master. Et je pense que j'ai été déléguée de classe parce que ma mère était représentante des parents d'élèves et elle n'hésitait pas à monter au créneau quand elle voyait des injustices à l'école. Et je me suis dit, moi aussi je vais faire la même chose. Et donc, c'est marrant parce qu'on n'en... parler cet été, j'étais en vacances avec des potes qui sont d'anciens collègues et ils me disaient, ouais quand même t'étais un peu la grande gueule de service et je leur disais mais pour moi c'est pas être grande gueule que de dénoncer des choses qui ne sont pas acceptables.
- Speaker #0
Wow, mais ça c'est hyper important, c'est hyper important en société en tout cas, surtout parfois dans les entreprises de pouvoir prendre position, c'est souvent très complexe quand on est salarié d'ailleurs de pouvoir prendre position Merci.
- Speaker #1
Bah moi en fait ce que j'ai fait, parce qu'on parlait par exemple, il y a des décisions qui me paraissaient injustes de la part de la direction. Et donc je me rappelle une fois j'étais dans le bureau avec ma chef et je lui avais dit ok tu me demandes de faire ça, je vais le faire. Mais sache que ça va à l'encontre de toutes mes valeurs.
- Speaker #0
Et tu étais RH ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Je suis RH, je travaille dans la RH. Et tu as réussi à dire à ta responsable, je suis pas d'accord.
- Speaker #1
Ouais, je lui ai dit je vais le faire. Parce que c'est un ordre, tu es ma chef, mais ça va à l'encontre de mes valeurs.
- Speaker #0
Il faut avoir des valeurs, c'est hyper important. Il faut être guidé par ces valeurs. Je vais faire une espèce de rebond sur un petit peu un grand écart sur quand tu étais beaucoup plus jeune. Parce que j'ai lu dans ton bouquin, il paraît que tu étais nulle en maths.
- Speaker #1
Oui, nulle en maths, c'est un peu, on va dire que c'est mon premier échec dans la vie. C'est ce que j'appelle ma blessure d'enfance. C'est en fait, moi en quatrième, j'étais... passionnée de littérature. J'allais tous les jours au CDI, je prenais un livre le matin, je le lisais toute la nuit et je l'enlève en main. J'avais lu tous les Zola, j'étais passionnée d'histoire, la Révolution française. Et en fait, réunion avec mes parents, là, ma prof principale, qui était ma prof de maths, dit à mes parents, écoutez, Solène, elle est trop nulle en mathématiques, si elle redouble pas... elle aura des difficultés à faire une filière généraliste après au lycée.
- Speaker #0
Mais comment on se sent ?
- Speaker #1
Et en fait, je ne m'y attendais pas. Parce que j'avais des notes pas dégueulasses en histoire géo. Je devais avoir 14 de moyenne. J'étais très très bonne en rédaction. Pas bonne en orthographe, mais j'avais des 14 en rédaction, parce que j'ai toujours adoré écrire.
- Speaker #0
Tout le monde allait lire tes articles sur LinkedIn.
- Speaker #1
J'adore écrire, donc je fais des fautes d'orthographe. En plus, j'avais toujours un moins un ou moins deux sur mes rédacs, mais j'avais des souvent 13, 14, ce qui pour moi n'est pas mauvais. Et en fait, parce que j'étais nulle en maths, et parce que ma prof principale, c'était la prof de maths, on a décidé que je redoublerais. Sauf que moi, pendant toutes ces années, j'ai eu un peu deux problèmes. Au collège, c'était les mathématiques et au lycée, c'était les langues. Et c'est marrant, c'est pareil, prof principale. prof d'anglais, qui avait décrété que j'étais nulle en anglais. Mes parents m'avaient fait faire le CNED tout l'été. Donc, tout l'été, j'avais dû rendre des exercices d'anglais. Je rentre du CNED entre la première et la terminale et j'avais toujours la même prof principale, prof d'anglais. Et je lui dis, ah, mais j'ai bien travaillé mon anglais. J'ai réussi à avoir des 13 et des 14 dans mes devoirs rendus du CNAD. Et là, elle me dit oui, mais bon, le CNAD, c'est facile.
- Speaker #0
Wow, c'est dur quand même.
- Speaker #1
Et donc, en fait, j'ai quand même eu l'impression, alors c'est peut-être parce que c'était mes preuves principaux et moi, j'apporte énormément de valeur à la figure d'autorité. Mais pour moi, c'est des gens qui m'ont cassée. Et donc, en mathématiques, je me suis dit, t'es nulle, tu vas rester nulle. toute ta vie.
- Speaker #0
Et c'est ce que tu t'es dit à ce moment-là ? Voilà.
- Speaker #1
Et en anglais, je me suis dit, t'es nulle et tu vas rester nulle toute ta vie. Et donc, ils ont réussi à développer chez moi ce qu'on appelle l'état d'esprit fixe, qui est quelque chose qui a été théorisé par la psychologue Carol Dweck à Stanford, qui s'est dit, quelle est la différence entre un enfant qui réussit en exercice de maths et un enfant qui ne réussit pas ? L'enfant qui réussit, c'est celui qui va dire chouette ! je vais m'amuser, j'ai un exercice et il va falloir que j'essaye de trouver des résultats, des solutions en passant par différentes choses peut-être que je vais faire des erreurs, des échecs peut-être que ça va être long, ça va être dur mais ça va être amusant de le faire et ça va être un moment où je vais être stimulant et si je fais des erreurs et si j'y arrive pas tout de suite, c'est pas grave et la différence avec un élève qui va dire j'y arriverai jamais Et ce que j'essaye d'expliquer un petit peu dans mon livre quand je parle de Gross Mindset, c'est que moi, j'avais cet état d'esprit fixe où, comme j'ai entendu des enseignants prononcer la phrase « elle est nulle en maths » Oui,
- Speaker #0
et que tu l'as fait tienne.
- Speaker #1
Elle n'y arrivera jamais en anglais. Je l'ai fait mienne. Et donc, je me suis dit, bah ouais, en fait,
- Speaker #0
jamais j'y arriverai. Et pourtant, aujourd'hui, tu es à la tête d'une plateforme. qui s'appelle SoftKids, qui sensibilise les parents et les écoles, les enseignants, sur les soft skills, donc les capacités socio-comportementales des enfants, à développer justement ce potentiel humain qu'ils ont.
- Speaker #1
Oui, parce que quand on a cet état d'esprit de développement que j'ai appris, en fait, la chance de ma vie, c'est d'avoir été dans une entreprise qui n'était pas française, d'avoir été dans une entreprise internationale.
- Speaker #0
Qui n'était pas française, parce que finalement... Je l'ai dit en intro, la France ne donne pas le droit à l'erreur.
- Speaker #1
Non, et la France est dans cette culture où pour pouvoir faire telle ou telle chose, il faudrait avoir des diplômes. Sauf que ce qui a été profondément transformateur chez moi en intégrant Shell, c'est que ce n'était pas nos diplômes qui faisaient notre carrière, c'était nos compétences socio-comportementales. Et en fait, quand un jeune cadre arrive chez Shell, il va passer des tests et on va lui dire... OK, on a des jobs au marketing, à la finance, à la logistique. Par quoi veux-tu démarrer ?
- Speaker #0
Ah non, mais c'est une blague. Ça existe, ça ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il y a des entreprises qui font ça ?
- Speaker #1
Oui. Parce qu'en fait,
- Speaker #0
ce qui est important,
- Speaker #1
c'est ce qu'on teste dans les entretiens chez Shell. C'est la persévérance, la volonté d'aboutir. C'est la capacité d'analyser et de synthèse. Comment je prends un sujet, je le décortique. Et la capacité relationnelle. Est-ce que j'arrive à travailler avec des gens différents de moi ? Et donc, l'entreprise part du principe que si tu sais collaborer, Si tu as une bonne capacité d'analyser et de synthèse, et si tu as envie d'aller au bout des choses, tu peux réussir.
- Speaker #0
Mais moi, sachant que j'étais tombée sur une entreprise comme celle-là, au tout début de ma carrière, je pense que j'aurais vécu les choses différemment. Parce que moi, au départ, après mes études, malheureusement, on nous forme à avoir des diplômes, mais on ne nous forme pas à évoluer dans un grand groupe, dans une entreprise. Et quand on n'a pas les codes, moi je n'en avais pas, moi je me suis complètement... euh... ramassé. Je n'avais absolument pas les codes. J'étais totalement... J'ai eu le malheur, pour le coup, de tomber sur quelqu'un qui n'était absolument pas bienveillant et qui me reprenait sur tout. Sur tout ce que j'écrivais, sur tous les mails. Et qui, oui, d'une certaine manière me ridiculisait, m'infantilisait énormément. Et à la fin, ça m'a replié sur moi-même. Et finalement, ils se sont séparés de moi parce qu'ils ont estimé que je n'étais pas aux attendus. Et pourtant, je suis quelqu'un qui a énormément de potentiel. Et je suis... passé complètement au début de ma carrière parce que j'ai eu finalement un entourage pas du tout bienveillant, pas du tout dans la patience, pas du tout dans les... dans l'encouragement. Et ça aurait été tellement différent si j'avais été dans un environnement comme celui-là. Et puis surtout,
- Speaker #1
ce qui manque énormément en France, et moi je travaille sur ces sujets au niveau de la recherche, mon entreprise est adossée au laboratoire en neurosciences et sciences de l'éducation du CNRS. Et moi, le premier programme que j'ai fait chez SoftKids, c'est la confiance en soi. Parce qu'en fait, on a un énorme souci en France sur la confiance. d'une manière générale. Et donc, juste pour vous donner des chiffres, si je prends juste les enfants, on a plus de presque 60% des enfants qui disent « mes parents ne me font pas confiance » . Ensuite, les enfants, en France, on est classé 62ème sur 65 des pays de l'OCDE sur la confiance en soi des élèves en leur capacité à réussir. Donc si tu n'as pas confiance en toi pour réussir,
- Speaker #0
c'est loin derrière.
- Speaker #1
Et enfin, 80% des Français n'ont pas confiance dans les autres versus 54% dans le reste de l'OCDE. Donc en fait, il est très compliqué, un, de réussir dans la vie, et deux, de faire société si on n'a pas confiance les uns envers les autres. Pour avoir confiance les uns envers les autres, il faut qu'on vous fasse confiance, il faut que vous ayez confiance en vous.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Et moi, ce qui m'a vraiment aussi marquée dans mon aventure chez Shell, c'est que... on te faisait confiance tout de suite en profonde autonomie.
- Speaker #0
Mais c'est mis dans une société française, c'est quasi impossible.
- Speaker #1
Et c'est impossible. Et moi, je sais que j'ai fait une énorme réorganisation à 28 ans. On m'a confié la réorganisation au niveau RH des stations Shell. Donc en fait, Shell avait décidé de vendre toutes les stations de service. C'était en 2000. En 2008, toutes les stations-service qui n'étaient pas sur autoroute, donc il y avait à peu près 300 stations-service qui étaient vendues, des gens qui allaient être licenciés. J'ai dû aller sur une estrade, expliquer aux gens qu'ils allaient perdre leurs emplois, etc. Et j'avais été chassée par Total. Et quand j'avais, en entretien, expliqué que j'avais géré toute la réorganisation au niveau RH des stations, Et bien, la recruteuse m'a dit, à votre âge, c'est impossible. Et donc, ça montre très bien, en fait, l'état d'esprit qui est totalement différent. Parce qu'en France, on est dans la supervision. On est dans le micro-management. Voilà, il faut regarder, être sûr. C'est tout le débat qu'on a avec le télétravail. Mais d'où est-ce que, parce qu'on est chez soi en pyjama, on est moins performant qu'au bureau en cravate ? Mais c'est ridicule ! Et donc chez Shell, pareil, j'ai commencé le télétravail en 2009.
- Speaker #0
On n'en parlait pas beaucoup.
- Speaker #1
Voilà. Et j'ai toujours été en totale autonomie. Sur mon dernier poste, ma boss, elle était à Singapour. Mes direct reports, ils étaient à Manille, ils étaient à Cracovie.
- Speaker #0
Impossible de vous voir en présentiel. Et donc, en fait,
- Speaker #1
tu n'as pas d'autre choix que de faire confiance aux gens. Voilà,
- Speaker #0
exactement.
- Speaker #1
Et moi, j'ai appris à faire confiance aux gens. Et c'est en faisant confiance aux gens qu'ils ont leur plein potentiel, qu'ils se développent, qu'ils apprennent de leurs erreurs. Et il faut juste leur dire, si tu as besoin de moi, tu me le dis, mais je te fais confiance pour faire ça.
- Speaker #0
Il faut faire confiance. Il faut apprendre à faire confiance. J'aime... On a commencé cette interview, tu t'es présentée, on a un petit peu parlé de ton parcours. Et... Moi aussi, j'aime pouvoir présenter mes invités. En fait, un petit peu mon regard sur comment je t'ai vue. J'écris un conte rien que pour toi, sur ton parcours. Et puis après, on pourra redébattre. D'accord. Ensuite, rebondir sur Soft Kids. Je suis curieuse. Voilà. Alors, il était une fois. Tu aimes écrire des... Tu écris facilement. Moi, j'adore les contes. Il était une fois une jeune fille à qui on a prédit un avenir catastrophique au prétexte qu'elle était nulle. en maths et en anglais. Solène Boukian-Loguazio va pourtant trouver la recette miracle pour déjouer les pronostics de ceux qui l'ont sévèrement jugée. En effet, Solène naît dans une famille modeste où les injonctions sont communes. Ce n'est pas assez bien, tu peux faire mieux. Et à l'école, les profs sont plus sentencieux. Tu n'auras jamais ton brevet car tu es nulle en maths ou tu n'iras jamais loin à cause de ton niveau en anglais. Jeune, Solène se sent bridée, incomprise. Elle est convaincue que ce qu'on dit d'elle est la vérité. Et pourtant, au cours de sa carrière, Elle va se découvrir un super pouvoir, la résilience. Cette capacité à surmonter les difficultés et à s'épanouir dans l'adversité. Solène va apprendre à désapprendre et à relever les défis de son enfance. La flexibilité, l'adaptabilité sont des perles qu'elle accroche à sa couronne de femmes courageuses. Ils lui permettent de tenir face aux changements et autres bouleversements de sa vie. Aujourd'hui, la nulle en maths et en anglais est une ancienne DRH qui s'est déployée dans un environnement international pendant plus d'une décennie. Fraîchement nommée parmi les 40 femmes françaises les plus influentes, Solène a réussi à effectuer une levée de fonds à hauteur de 300 000 euros pour son projet Soft Kids. Fortes de ses expériences, Solène s'est donné pour mission d'accompagner les parents à révéler et développer le potentiel humain de leurs enfants. Car le saviez-vous, 65% des écoliers aujourd'hui exerceront des métiers qui n'existent pas demain. Merci. Ça, c'est ma manière à moi aussi de rendre hommage un petit peu à ton parcours et de dire effectivement, cette nulle en maths a réussi une levée de fonds. Tu m'as dit en aparté, la deuxième d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
De quasiment 300 000 euros. Comment on fait pour tenir ferme et réussir un tel projet ?
- Speaker #1
C'est la niaque et la ténacité. De toute façon, aujourd'hui, moi, je le vois dans les levées de fonds. C'est très difficile de lever des fonds pour tout le monde en France. C'est très compliqué et à l'international. Pour les femmes, c'est encore plus compliqué parce qu'il n'y a que 2% du montant d'élevés de fonds qui est capté par les femmes. Donc en fait, si tu regardes les chiffres, tu te dis je ne vais jamais y arriver. Et en fait, c'est le fait de te dire je vais le faire jusqu'à ce que j'y arrive. Et c'est un peu ce dont je parle dans mon livre quand je dis... Quand vos enfants vous disent « j'y arrive pas » , vous leur dites « tu n'y arrives pas encore » . Et vous rajoutez ce petit « encore » . « Encore »
- Speaker #0
change tout.
- Speaker #1
Et donc moi, sur la première levée de fonds, je n'ai pas eu la somme que je voulais. La première levée de fonds, c'était 100 000 euros. Et donc, je n'avais pas encore atteint le truc. J'ai repris un peu d'énergie.
- Speaker #0
Et comment on fait pour reprendre de l'énergie ? On a plein de choses. Moi,
- Speaker #1
je me ressource déjà avec la littérature. Je médite à peu près tous les jours. J'essaye aussi de prendre énormément de recul. Par exemple, aujourd'hui, je dis mon plus gros échec, c'était l'enfance. Mais aujourd'hui, je dis j'ai peur de rien.
- Speaker #0
Comment on fait ? Pardon, je pose une question à une autre alors que j'en ai posé.
- Speaker #1
en fait je n'ai peur que d'une seule chose c'est de tomber gravement malade mais le reste par exemple quand je vais investir dans des boîtes parce que j'ai aussi une activité de business angel et que mes copines me disent mais t'es complètement folle de mettre de l'argent dans des boîtes garde l'argent pour les études de tes enfants je leur dis un au pire cet argent aura servi à créer de l'emploi puisque j'ai investi dans des entreprises à impact avec des choses qui me remblaient des valeurs et je leur dis en fait donc au pire ça aura servi à développer de l'emploi et puis mes enfants est-ce qu'ils auront vraiment besoin de faire une grande école etc moi je suis dans un mode où je me dis aujourd'hui La plupart des parents vont dépenser des milliers de cents pour les études de leurs enfants. Et ce qu'on voit, c'est que par exemple, si on prend juste les écoles de commerce, au bout de trois ans, il y a entre 60% des étudiants en école de commerce qui disent après trois ans de sortie, finalement, je vais aller faire autre chose. Et nos enfants vont faire plusieurs métiers. Donc moi, je veux qu'ils soient curieux, qu'ils apprennent à apprendre et à désapprendre et qu'ils soient débrouillards.
- Speaker #0
Il ne faut pas oublier, et moi c'est pareil, on fait souvent des études pour les parents. On suit souvent certaines filières pour faire plaisir aux parents. Et c'est plus tard qu'on décide de faire des choses pour nous. Quel est le conseil que tu donnes à ce moment-là ? Moi, je pense qu'il faut que les parents déconstruisent.
- Speaker #1
tout ce qu'ils ont connu, ce qui est difficile. Oui,
- Speaker #0
ce qui est très difficile.
- Speaker #1
Quand ils étaient enfants, quand moi je suis en réunion par an d'élèves, j'hallucine. Par exemple, normalement, en primaire, maintenant, il n'y a plus de notes. C'est acquis, en cours d'acquisition, ou pas encore acquis. Et il y a plein de parents qui disent, mais comment est-ce qu'on va savoir ? Parce qu'en fait, ils ont connu les notes et on a peur, dès que ça change, on n'est pas très bon dans la gestion du changement. et accueillir les changements et les comprendre. Et donc, on va toujours essayer de se raccrocher à ce qu'on a connu. Et c'est vrai que nous, on est dans une... Enfin, moi, je suis dans une génération. Parce que je dis, il y a eu la génération « Passe ton bac d'abord » . Donc, moi, c'était cette génération-là. Et aujourd'hui, c'est la génération « Mais quelle école vas-tu faire ? » Le bac n'est plus suffisant, c'est quelle école vas-tu faire pour pouvoir mettre tout le monde dans des cases et ensuite avoir des problèmes énormes de chômage parce qu'on nous explique qu'il faut avoir bac plus 12 pour faire le moindre truc. Alors oui, il faut des compétences techniques, oui, il faut avoir des experts, etc. Néanmoins, toute la génération de nos parents, c'est des autodidactes qui ont appris leur métier sur le tard. Et je ne vois pas pourquoi... Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas avoir des autodidactes dans le monde d'aujourd'hui ? Et en fait, on se crée des barrières pas possibles sur plein de sujets. J'ai un exemple. Mon frère, il est coach sportif depuis 15 ans. Il a passé toutes les certifications de coach sportif en salle. Il s'est renseigné pour devenir prof de sport en école primaire. Et on lui a dit, non, ce n'est pas possible, vous n'avez pas le diplôme.
- Speaker #0
Alors qu'il est coach sportif depuis 15 ans.
- Speaker #1
Mais il y a un diplôme spécifique pour pouvoir...
- Speaker #0
On a besoin d'un bon coup de modernité dans l'éducation nationale française.
- Speaker #1
On s'enferme dans des rigidités. On ne donne pas la chance aux gens. Parce qu'il faut tel diplôme, telle nomenclature. Alors effectivement, pour les médecins, pour les chirurgiens, je suis d'accord.
- Speaker #0
Il y a un cadre.
- Speaker #1
Il y a un cadre. Pour certains jobs d'ingénierie, etc. Il y a un cadre. Mais ce n'est pas le cas pour tout. Et donc, on pourrait être un peu moins rigide et essayer de développer ça pour que chacun puisse faire ce qu'il veut. Et votre enfant, en fait, à un moment, il va avoir une appétence pour quelque chose. Et surtout, ce qu'il faut faire, c'est qu'il aille vers quelque chose qui lui procure du plaisir au quotidien. Parce que pourquoi est-ce qu'on ne réussit pas à l'école souvent ? Il y a la confiance en soi. Il y a les émotions que nous procurent les choses qu'on fait.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
Et il y a le fait de voir pourquoi est-ce qu'on fait quelque chose.
- Speaker #0
Donc le fait de donner du sens.
- Speaker #1
Du sens et d'avoir un but.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et beaucoup d'enfants ne réussissent pas parce qu'ils ne voient pas le but. Et quand on regarde aujourd'hui, moi je travaille...
- Speaker #0
Le fameux, je fais les maths, mais ça va me servir à quoi les maths ? Voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Tout le monde cherche encore à quoi va servir le théorème de Peter Gord dans sa vie quotidienne.
- Speaker #0
Je suis la première à me poser la question.
- Speaker #1
On se pose la question, je ne sais pas, peut-être quand on va refaire notre cuisine et encore, maintenant il y a des logiciels, mais il faut apprendre. Donc effectivement, ça développe l'esprit, la pensée critique, etc. Mais bon, moi je travaille sur les décrocheurs scolaires, puisque SoftKids a gagné un appel d'offres pour accompagner 500 000 décrocheurs dans 8 académies. Et la typologie des décrocheurs scolaires a énormément changé. Avant, un décrocheur scolaire, c'était quelqu'un qui était issu d'un milieu défavorisé, qui n'avait pas forcément le bon bagage culturel, qui n'était pas aidé par sa famille. Aujourd'hui, on a beaucoup de décrocheurs scolaires qui tout simplement disent « je ne vois pas l'intérêt d'aller m'asseoir dans une salle toute la journée pour écouter quelqu'un » .
- Speaker #0
Il faut pouvoir faire quelque chose pour ça. Voilà. Et dis-moi, quelle est ta définition de l'échec aujourd'hui, avec tout ton bagage ? Pour moi, l'échec aujourd'hui... Enfin, pour moi,
- Speaker #1
il n'y a pas d'échec, il n'y a que des apprentissages. Donc, c'est un peu difficile de répondre à cette question. Moi, je vois l'échec comme quelque chose de positif qui va nous permettre d'avoir des apprentissages et de rebondir. Et pour moi, le vrai échec aujourd'hui, c'est peut-être de penser que ça s'arrête là et qu'il n'y a pas d'après.
- Speaker #0
Waouh, je pense qu'il faut retenir. Le vrai échec, c'est de dire que ça s'arrête là et qu'il n'y a pas d'après. Alors qu'il y a toujours un après. Quel est l'échec le plus cuisant, mais vraiment, de ta vie ?
- Speaker #1
Je réfléchis, mais je n'en ai pas. Mis à part quand j'ai redoublé en quatrième. Parce que pour moi, c'était la honte absolue.
- Speaker #0
En plus, on t'a fait redoubler. C'est ce que j'ai cru comprendre. Pour moi,
- Speaker #1
je pense que c'est le seul échec de ma vie. C'est d'avoir redoublé. Et pour moi, c'était la honte. Parce que moi, j'ai redoublé deux mémoires. On devait être en 1992. Et franchement, c'était la grosse nullose. C'était les redoublants. C'était la peste différée. Donc pour moi, c'était la honte. Et c'est au-delà de l'échec, c'est la honte. Après, c'était un mal pour un bien, parce que c'est là où j'ai rencontré mes meilleurs amis.
- Speaker #0
Ah, comme quoi ! Mais parfois, ce qui est difficile, ce qui est compliqué, il peut en être des choses très, très belles.
- Speaker #1
Parce que dans la classe où j'ai redoublé, c'est là où j'ai encore mes meilleurs amis.
- Speaker #0
C'est une bonne manière de voir les choses. Finalement, c'était un mal pour un bien.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
J'aime à dire qu'on ne se fait pas seul, justement, quand on réussit, en tout cas dans la vie. Il y a des détracteurs, ceux qui viennent nous mettre un peu les bâtons dans les roues et qui nous mettent dans des situations compliquées. Il y a des rencontres fortuites. On ne s'en souvient peut-être plus nécessairement, mais... C'est une personne qui va nous dire une parole, une circonstance qui va changer un petit peu le cours de notre vie. Et puis, il y a la personne de Providence qui vient, qui nous donne une opportunité, là où personne d'autre ne l'aurait fait. Quelle est la situation, la pire situation dans laquelle un détracteur t'a mise ?
- Speaker #1
J'ai eu, à un moment donné, quelqu'un avec qui j'ai travaillé qui n'était pas bienveillant.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
et qui me disait mais c'est pas possible tu peux pas bien travailler en étant aussi rapide et ça c'est un moment qui a été très difficile pour moi parce que en clair j'avais quelqu'un qui avait un niveau hiérarchique supérieur à moi mais j'étais meilleure que cette personne et donc la personne ne comprenait pas et donc elle me cassait Et donc, ça, c'était assez complexe, assez dur, parce que les mots étaient durs. Tu ne peux pas y arriver. C'est sûr que tu fais des erreurs. Ce n'était que des trucs comme ça.
- Speaker #0
Et comment tu l'as vécu après ? Tu as dû patienter ?
- Speaker #1
Oui, j'ai dû patienter, mais j'ai fait preuve de passion. Je pense que ça a duré neuf mois avant que j'arrive à avoir une porte de sortie. J'ai pris mon mal en patience.
- Speaker #0
Et la rencontre fortuite ?
- Speaker #1
J'en ai eu plusieurs, mais ça a été beaucoup mes managers. On va dire que j'en ai eu trois qui me viennent à l'esprit. Il y a eu tout d'abord Vireur, mon manager hollandais.
- Speaker #0
On lui dit merci.
- Speaker #1
On lui dit merci, qui un jour m'a dit, mais Solène, tu as tout le potentiel pour réussir.
- Speaker #0
C'est beau ça.
- Speaker #1
Et ça, ça te fait... ouvrir tes chakras. Tu te dis, il y a un mec qui me dit que j'ai tout le potentiel pour réussir, pour être jusqu'à vice-présidente.
- Speaker #0
Donc là, tu te dis,
- Speaker #1
ok, le champ des possibles s'ouvre. Ce n'est pas la même chose quand on te dit vous êtes nul. J'ai eu Trace, qui était un manager américain.
- Speaker #0
On lui dit aussi merci.
- Speaker #1
Qui me disait, même par exemple, par rapport à l'anglais, J'ai quand même fait une carrière internationale.
- Speaker #0
Oui, la nuit dans l'anglais aujourd'hui est bilingue.
- Speaker #1
J'ai un accent, comme je dis, j'ai un accent de base espagnol, mais j'en ai rien à foutre parce que tout le monde me comprend. Et en fait, les seules personnes qui m'ont toujours fait des remarques sur mon anglais,
- Speaker #0
c'est les Français.
- Speaker #1
Et Trace m'avait dit, toi au moins, tu parles de langue, ce qui n'est pas mon cas.
- Speaker #0
Donc, don't worry.
- Speaker #1
Et il a toujours été hyper bienveillant. Et lui, en fait, pareil, il m'a ouvert le champ des possibles. Et je pense que c'est aussi peut-être grâce à lui que j'ai été dans l'entrepreneuriat. Et grâce, après, je parlerai de la troisième. Mais parce qu'en fait, il m'avait proposé de devenir directrice commerciale.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il m'avait dit, ouais, Solène, tu ne veux pas être directrice commerciale. Et je disais, mais attends, en fait, je n'ai pas le background. Et c'est là où, voilà, culture américaine, champ des possibles, tu n'as pas besoin d'avoir fait une école de commerce. et on va être juste... j'ai dit non à la fin, mais juste le fait qu'il ait pensé à moi, qu'il m'ait proposé. Le mec, il était américain, il était general manager pour l'Europe, etc. Tu te dis bah en fait, le mec, il voit du potentiel en toi et il se dit que tu peux aller gérer un business. Et la dernière, c'est Lynn, ma boss singapourienne. Merci Lynn aussi. Qui m'a dit, quand je lui ai dit écoute, voilà, j'ai cette idée, je veux partir. Elle me dit, tu me demandes de te dire que tu peux partir, mais tu sais déjà au fond de toi que tu vas partir. Et donc... Ça fait la différence. Ça fait la différence. Et donc, comme vous pouvez le constater, il n'y a pas de Français.
- Speaker #0
C'est pas grave. Le plus important, c'est que tu les rencontres. Voilà,
- Speaker #1
et c'est pour ça que je dis que j'ai eu une chance extraordinaire.
- Speaker #0
Et peut-être parmi les trois personnes, il y a la personne Providence, celle qui a vu le grain de foulée à l'intérieur de toi. t'as donné ta chance là où personne d'autre ne l'aurait fait ?
- Speaker #1
Peut-être Lynn, mais après j'avais énormément travaillé pour avoir ce job.
- Speaker #0
D'accord. Donc, on va se dire, la personne pour évidence, c'est toi-même.
- Speaker #1
Peut-être, je ne sais pas. Merci à toi-même.
- Speaker #0
Peut-être merci à moi-même. C'est important de se dire ça aussi de temps en temps. Est-ce que, Solène, on est quand même dans une société où les femmes souffrent beaucoup du syndrome de l'imposteur et on y arrive un peu moins, malheureusement, que les hommes. Est-ce que c'est justement à cause du syndrome de l'imposteur ? Est-ce que... C'est par manque de sororité ? Pourquoi on n'y arrive pas ?
- Speaker #1
Alors moi, je suis à contre-courant sur le syndrome de l'imposteur.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Dis-moi tout. Voilà. Donc alors déjà, il faut remettre les choses en perspective. Le syndrome de l'imposteur, c'est la femme qui y arrive, qui est au sommet, et qui se dit, oh punaise, ils vont voir en fait que je suis nulle, c'est une erreur.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc, ça a été théorisé par deux chercheuses américaines qui ont pris des femmes qui ont, par exemple, qui ont fait des doctorats, qui ont fait des thèses, etc. et qui ne se mettaient pas en avant parce qu'elles se disaient non, je ne suis pas légitime. Parce que pendant des années, c'est énormément de femmes qui ont travaillé sur des recherches. Et c'est les hommes qui ont publié les thèses et c'est eux qui ont eu les...
- Speaker #0
Ok. Le monde d'aujourd'hui. C'est eux qui ont eu les prix Nobel.
- Speaker #1
Et donc, par exemple, quand on parle du syndrome de l'imposteur dans l'entrepreneuriat, pour moi, c'est un peu... En fait, on va tellement dire, les femmes dans l'entrepreneuriat, elles n'y arrivent pas parce qu'elles ont le syndrome de l'imposteur, que c'est la prophétie autoréalisatrice et où on va trouver des excuses. Or, moi, je dis, dès l'instant où tu as décidé de créer ta boîte, tu n'as pas un syndrome de l'imposteur. Tu vas là-bas, tu vas à la préfecture, au tribunal de commerce, pardon, et tu vas déposer les statuts de ta boîte. Donc, tu as décidé que tu allais être entrepreneur, que tu serais le boss de ta boîte. Par contre, ce que tu vas avoir, c'est le syndrome de la bonne élève. Parce qu'il faut que tout soit parfait et que tu maîtrises tout. Or, il est impossible de tout maîtriser quand tu es... entrepreneur et que tu as toutes les casquettes. Donc, tu as juste une courbe d'apprentissage qui est normale. Et il faut que tu apprennes à gérer cette courbe d'apprentissage. C'est pas de l'imposture. C'est que tu veux être bonne partout. Parce que tu ne sais pas faire du 80-20.
- Speaker #0
Oui, alors qu'il faut juste se laisser le temps d'apprendre et de faire ses erreurs et de grandir.
- Speaker #1
Voilà. Donc, moi, je pense qu'on a plus le syndrome de la bonne élève que de le syndrome de l'imposteur. Après, j'ai rencontré quelques femmes qui m'ont dit « mais non, je ne peux pas prendre ce poste, je ne suis pas assez bonne » , etc. Mais c'est plutôt de la légitimité, asseoir sa légitimité. Et c'est le fait qu'elles n'étaient pas sûres d'être légitimes pour le job. Mais ce n'était pas quelque chose de « je ne vais pas y arriver » .
- Speaker #0
D'accord. Est-ce que tu penses qu'il y a un manque de sororité entre les femmes ?
- Speaker #1
Ça dépend, je trouve que c'est assez générationnel. J'en ai déjà parlé dans d'autres interviews. Moi, ce que j'ai constaté, c'est que pendant plusieurs années, les femmes qui ont... En fait, moi, quand j'étais trentenaire, il y avait beaucoup de ce qu'on appelle les queen bee. Je ne parle pas de Beyoncé.
- Speaker #0
On ne parle pas de Beyoncé.
- Speaker #1
Je parle de la reine des abeilles, qui en fait, étaient des femmes. qui avaient 50-60 ans et qui avaient dû faire énormément de sacrifices pour leur carrière. Des fois, elles n'avaient pas eu d'enfants ou si elles avaient eu des enfants, elles ne les avaient pas vus. Et en fait, toi, tu arrives et tu es en mode, je veux tout. Les enfants, le work-life balance,
- Speaker #0
etc. Ça ne se passe pas comme ça.
- Speaker #1
Et du coup, elles ne sont pas cool. Je trouve que ces dix dernières années, ça s'est énormément atténué et il y a de moins en moins de femmes comme ça. j'entends de... de temps en temps, dans des grands groupes, des comportements qui peuvent y avoir comme ça. Mais moi, j'ai trouvé énormément de sororité dans l'entrepreneuriat, dans l'éducation. Je me suis fait plein de nouvelles amies les cinq dernières années.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, toi, tu as tendu la perche à d'autres femmes. Oui,
- Speaker #1
moi, en fait, alors là, je le fais beaucoup moins parce que j'ai moins de temps. Mes premières années d'entrepreneuriat, je faisais le Giving Friday. Je donnais des heures le vendredi pour aider des entrepreneurs. Et aujourd'hui, par exemple, je suis marraine de la CCI 92, de la promo tech.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, en fait, il y a 12 entrepreneurs. Je me rends disponible pour elles si elles ont des questions.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et je pense que, juste par exemple, en faisant ce podcast. Je fais preuve de sororité parce que j'ai fait beaucoup d'interviews. Je suis sans filtre. Je partage énormément de choses. Et donc, je pense que ça va aider d'autres femmes. Et d'ailleurs, si je le fais et si je témoigne, c'est pour que les autres femmes, elles arrivent à se dire. Ah bah oui, c'est possible. Je peux appliquer telle ou telle chose, faire telle ou telle technique.
- Speaker #0
Les conseils que tu m'as donnés aujourd'hui, là, moi, je suis... Voilà. je suis sûre que ça va faire la différence Pour plus tard et même juste après. Est-ce que tu as eu des rôles modèles féminins ?
- Speaker #1
Oui. Dans les rôles modèles que j'ai eus, il y a eu toujours chez Shell. C'est eux qui m'ont quand même pas mal formatée. Il y avait Carole qui était... En fait, j'ai eu de la chance en 2009. Donc, c'était il y a longtemps. Shell organisait déjà ce qu'ils appelaient le Woman Career Development Programme. Donc, tu partais trois jours à Londres et tu étais 20 femmes pour qui il y avait du potentiel. Et pendant trois jours, tu apprenais à gérer ta carrière. Par exemple, tu devais faire, OK, vous rentrez dans l'ascenseur et vous tombez sur le CEO de Shell. Comment vous vous présentez ? Elevator speech en 30 secondes. Plein de choses comme ça. Et là, j'avais rencontré Carole, qui était vice-présidente RH Monde. Et elle commence à nous dire, ben voilà, moi, je suis mariée, j'ai trois enfants. Et alors, moi, je m'étais dit, mais quand t'es vice-présidente, t'as pas d'enfants,
- Speaker #0
quoi. Tu te disais ça ?
- Speaker #1
Ouais, je me disais ça, ouais.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et en fait, elle commence à nous expliquer tout son équilibre de vie, etc. Et en fait, de voir cette femme qui avait ce poste-là, qui avait une vie de famille, etc. Je me suis dit, ben, waouh, c'est possible.
- Speaker #0
C'est important d'avoir des rôles de modèle. C'est très important. Et donc, pour moi,
- Speaker #1
c'était clairement...
- Speaker #0
Dégommer des pensées limitantes, c'est hyper important. On arrive à la fin. Est-ce que tu penses que... Quelle est ta définition du leadership au féminin ? Est-ce qu'il y en a d'abord ? Est-ce qu'il y a du leadership au féminin ? Parce que...
- Speaker #1
C'est marrant parce que j'ai lu un article dans le Harvard Business Review là-dessus hier.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je pense... Je pense qu'au départ, il n'y en a pas de leadership au féminin.
- Speaker #0
Il y a juste du leadership.
- Speaker #1
Il y a juste du leadership. Et je pense qu'on nous enferme dans des rôles. Et je pense que c'est la culture, l'éducation, qui fait qu'on va voir que les femmes sont peut-être plus bienveillantes au travail, vont faire plus attention. Mais c'est parce que, en fait, la société a des attentes vis-à-vis de nous. Et nous, on va essayer de se... conformer aux attentes pour faire plaisir aux gens. Et tu vois, c'est pour ça qu'avec mon comité de direction, au début, ça se passait pas bien parce qu'ils étaient en modèle, c'est Madame Non. Mais en fait, quand j'y repense, si j'avais été un mec, je pense que ça serait passé mais crème. On aurait dit il a de la poids, il a du charisme. Il a du leadership et tout, machin. Et après, en fait, tu travailles, tu expliques. Et j'étais extrêmement contente parce qu'il y avait un des directeurs commercial. Donc, comme je l'ai dit, avec ce coach, moi, j'ai travaillé mon assertivité. Je ne voulais pas qu'ils aient l'impression que j'étais mal amenée, pas sympa et agressive. Et un des directeurs commercial, quand il passait à la retraite, à son discours de départ, il m'a dit, Solène, avant toi, je pensais que... L'ERH était la fonction la plus inutile de l'entreprise.
- Speaker #0
Eh bien, dis donc.
- Speaker #1
Et depuis toi, je pense que c'est la plus utile. Et donc, je m'étais dit, waouh, j'ai réussi à...
- Speaker #0
Et justement, ma dernière question, ça allait être, quel est le stéréotype que tu as réussi, le plus grand stéréotype que tu as réussi à dégommer ? J'ai presque envie de dire, pour moi, c'est peut-être ça, mais tu as peut-être autre chose.
- Speaker #1
Ben oui, il y a ça sur les ERH qui sont inutiles, mais... Après, les stéréotypes que j'essaie de dégommer, c'est... Par exemple, sur l'empowerment des femmes vis-à-vis de leur argent, de dire, bah ouais, en fait, on peut gérer notre argent. 75% des femmes gèrent le budget familial mensuel, donc elles peuvent bien gérer le reste. Et voilà, et me dire que je suis une femme et que je peux être business angel, je peux être entrepreneur et qu'en fait, il n'y a pas de stéréotypes de genre. Les stéréotypes de genre, c'est juste ceux que la société nous met. Moi, je travaille beaucoup sur les biens inconscients et je veux que les gens déconstruisent ces pensées limitantes qui font qu'on est tous à essayer de rentrer dans des cases. Je déteste les cases.
- Speaker #0
Moi aussi, je déteste les cases. Et c'est pour ça que je donne la parole à des gens comme toi qui sont hyper inspirants. Quel est ton plus grand rêve, Solène ?
- Speaker #1
Mon plus grand rêve, aujourd'hui, ce serait que SoftKid soit une boîte internationale, worldwide, et que tout le monde de... parlent autant des compétences humaines et se disent que oui il faut cultiver la curiosité l'esprit critique, la persévérance la confiance au soi autant que lire, écrire,
- Speaker #0
compter c'est ce que je te souhaite c'est tout le mal que je peux souhaiter à SoftKids on est arrivé à la toute fin, c'est terminé aujourd'hui pour WeTalk si vous souhaitez retrouver cet épisode inspirant avec cet invité juste extraordinaire Ça se passe sur les plateformes d'écoute au podcast, Disney, Spotify, Apple Podcasts, YouTube, et bien sûr, rejoignez la communauté WeTalk sur Instagram, sur LinkedIn, sur TikTok, WeTalk TV. Je vous souhaite une très très bonne journée et à très vite !