- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, vous êtes sur le podcast de Zélie, où vous découvrez des conversations avec des femmes inspirées et inspirantes. Zélie est quant à lui un magazine numérique féminin et chrétien que vous pouvez télécharger sur magazine-zélie.com. Est-ce que vous êtes abonné à la newsletter de Zélie ? Chaque semaine, nous vous envoyons soit le nouveau numéro du mois, par exemple pour les derniers c'était sur l'attention ou sur les deuils de nos vies. Soit on vous envoie des articles en lien avec un thème, mais aussi des podcasts ou des appels à témoignages. Donc pour s'abonner gratuitement, rendez-vous sur notre site magazine-zeli.com. Aujourd'hui, pour ce nouvel épisode du podcast, nous vous proposons une conversation avec Anne-Charlotte Larocque, illustratrice. Nous allons parler de dessin, de beauté, de Londres, de foi et de bien d'autres choses. Anne-Charlotte, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Solange, merci pour votre accueil.
- Speaker #0
Alors, quels étaient vos rêves de petite fille ?
- Speaker #1
Merci Solange pour cette question. Alors, mes rêves de petite fille étaient très clichés. Je rêvais d'avoir un jour une grande famille, et avant ça, je rêvais d'être artiste. Je rêvais d'être artiste, je dessinais beaucoup dans mes cahiers, dans les marges de mes cahiers. Plutôt des robes, plutôt des robes de princesse, mais voilà, j'ai toujours dessiné, j'ai toujours eu un crayon à la main.
- Speaker #0
Vous êtes catholique, et vous avez illustré de nombreux livres religieux pour enfants. Comment est-ce que vous avez rencontré le Christ ?
- Speaker #1
Alors je ne sais pas si je l'ai rencontré, j'ai l'impression qu'il a toujours été avec moi. J'ai toujours le souvenir qu'il était à côté de moi, que je pouvais lui parler. Et je me souviens particulièrement d'une veille de nuit quand j'étais guide, le soir près du feu, dans la nuit, dans la forêt, seule, ou d'avoir vraiment eu l'espace pour vraiment lui parler de tout mon cœur.
- Speaker #0
C'est amusant parce que j'avais interviewé aussi Menou de Dreuil, tante Menou que vous connaissez sûrement. qui m'avait dit pareil que c'était autour d'un feu de guide, au guide qu'elle avait pris la décision de vraiment embrasser sa foi personnellement. Ça doit être un petit moment intéressant et propice à ce genre de décision. Qu'est-ce qui vous a amenée à devenir illustratrice ?
- Speaker #1
Je vous ai dit, j'ai toujours beaucoup dessiné. Je voulais d'abord voyager dans le monde de l'art et m'en prendre plein les yeux. Puis en fait, la famille est venue en premier parce que je me suis mariée très jeune. Et finalement, l'illustration a été très vite un moyen de m'épanouir à la maison avec mes petits-enfants, assez rapidement, depuis les premières années du mariage où j'ai tout de suite eu plaisir à dessiner et en fait eu besoin de dessiner pour mon équilibre mental, pour que la créativité puisse sortir. J'avais besoin que chaque jour quelque chose soit produit et donc l'illustration était finalement un moyen accessible au fond de la campagne de pouvoir vivre de mon art. J'ai commencé par dessiner pour moi, puis pour mes amis, et très rapidement les commandes sont venues. L'illustration est très accessible quand on est maman, puisque des crayons, des carnets, ça se sort dès qu'on a un moment pendant une sieste, et on peut les ranger quand les enfants ont besoin de nous. Aujourd'hui, assez rapidement, c'est devenu une activité professionnelle rentable, en tout cas rémunérée, et très épanouissante. Donc ça fait 20 ans maintenant que je dessine et que j'y prends toujours beaucoup de plaisir.
- Speaker #0
Et au niveau des études, je crois que vous aviez fait plutôt des études de mode, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, j'ai fait des études de mode, ce qui était peut-être un peu spécifique. Toujours est-il que moi, la mode m'avait toujours plu. J'ai toujours dessiné des robes de princesse ou des robes de manière générale. J'inventais des collections de mode quand j'étais petite pour mes poupées. Je collectionnais les pubs de parfums. Donc voilà, la mode c'était un univers qui me plaisait beaucoup et après mon bac j'ai eu l'occasion de choisir mes études et donc j'ai tout de suite voulu faire de la mode et finalement l'illustration était ce qui me plaisait le plus dans ce domaine là. Donc c'est vrai que c'était peut-être un peu spécifique, je me demande si j'aurais pas dû faire les beaux-arts ou alors encore l'école du Louvre pour mieux connaître l'histoire de l'art. Mais bon, la vie est comme ça, j'ai fait des études de mode et ça m'a toujours plu. Aujourd'hui je suis plus orientée illustration que stylisme. mais avec cette appétence pour la couture et la mode, puisque, je ne vous l'ai pas dit, mais j'ai une maman qui fait beaucoup de travaux d'aiguilles, une grand-mère aussi, qui elle-même a fait des études de stylisme, et donc voilà, j'ai vraiment cette appétence pour la mode, pour le costume, pour le costume ancien aussi, qui a été directement hérité de ma maman et de ma grand-mère.
- Speaker #0
Alors Anne-Charlotte, en fait, en novembre 2017, il y a 9 ans, je vous avais déjà interviewée pour un article portrait dans le magazine Zélie. Du coup, je me disais que ce serait amusant de voir ce qui a changé 9 ans plus tard. Alors, dites-nous un peu ce qui a changé ou non. Il y a des choses, on se sent doute un peu. Par exemple, vous aviez 30 ans.
- Speaker #1
Voilà, j'ai 39 ans aujourd'hui. Bientôt 39.
- Speaker #0
En 2017, vous habitiez dans le Côte-Antin, donc en Normandie.
- Speaker #1
Nous avons déménagé en 2018 pour Tours, nous avons vécu 5 ans et maintenant nous sommes à Londres depuis 3 ans.
- Speaker #0
En 2017 aussi, vous veniez d'accoucher de votre quatrième enfant.
- Speaker #1
Donc nous avons 5 enfants aujourd'hui, le dernier a bientôt 7 ans.
- Speaker #0
Il est né à quel âge du coup ?
- Speaker #1
Il est né à 17 ans.
- Speaker #0
D'accord. Alors à l'époque vous travailliez entre autres pour le média Maman Vogue et pour les éditions Teki.
- Speaker #1
Alors j'ai eu l'occasion de collaborer avec de très belles maisons d'édition, comme les éditions MAM, l'Espérance, les Manuels, récemment les éditions Michel Laffont et Brajlon qui est une maison dans le groupe Flammarion.
- Speaker #0
Vous aviez créé, pareil à cette époque, avec votre sœur, la marque Bathem Box.
- Speaker #1
Ah oui c'était de très belles années, nous faisions des objets personnalisés pour le Bathem. Et avec ma soeur, on pouvait répondre à tous les besoins. Mais voilà, cette époque est révolue, la marque a fermé, puisque ma soeur a souhaité reprendre une activité salariée. Et moi, de mon côté, j'ai dû faire des choix. Et donc, pour l'instant, à ce moment-là, j'ai décidé d'arrêter les projets personnalisés pour des particuliers, puisque je manque de temps. Aujourd'hui, je me consacre donc à l'édition, à la gestion de ma marque personnelle qu'on retrouve sur ma boutique en ligne, qui est une marque de papeterie, à mon nom. Et puis, je me dégage du temps pour des marques, et spécifiquement des marques de mode, pour des collaborations d'illustrations de mode pour des marques aujourd'hui.
- Speaker #0
Quelle marque, par exemple, de mode ?
- Speaker #1
J'ai collaboré avec Atelier Camille, par exemple, ou une marque de foulard qui s'appelle Place Saint-Michel, que vous connaissez sûrement. Et là, mon objectif cette année à Londres est de travailler avec des grandes marques de luxe cette fois et de proposer mes services d'illustration pour des événements, d'illustrations en direct. Je dessine les clientes ou les invités d'un événement, je les dessine en direct pour représenter leur tenue et pour leur laisser un petit souvenir à l'occasion de cet événement.
- Speaker #0
D'accord, oui, c'est original comme proposition, en tout cas, je ne connaissais pas. Alors, le principal trait de votre caractère en 2017 était selon vous l'enthousiasme, est-ce que c'est toujours le cas ?
- Speaker #1
Alors oui, c'est toujours le cas. Je pourrais affiner un peu en disant que je me suis rendu compte que ma force, c'était vraiment la capacité d'émerveillement. qui est très lié à l'enthousiasme. Mais je m'émerveille tous les jours devant une jolie façade, un arbre, un ajustement de couleur que je trouve intéressant, ou un de mes enfants qui va faire son travail sans râler, très gentiment. C'est quelque chose qui me nourrit beaucoup et dont j'ai besoin et que j'aime beaucoup partager parce que je pense que l'émerveillement est comme la gratitude, quelque chose qui nous fait du bien et qui nous permet de nous ressentir. de nous recentrer, par exemple, sur ce qui est beau et dont on a besoin. Parce que si on ne se concentre que sur ce qui va mal, c'est très difficile de tenir. On a tous des épreuves et des quotidiens pas forcément faciles. Donc voilà, l'émerveillement, moi, me fait beaucoup de bien. Je vais chercher l'émerveillement, je vais dans les musées. Mais aussi, je me réjouis beaucoup de ce qui m'émerveille et je le partage autour de moi.
- Speaker #0
La pièce préférée de votre garde-robe était à l'époque un sac à main en cuir doré à franges. Donc déjà, je trouve ça assez original. Alors à vous, est-ce que ça a changé ?
- Speaker #1
J'ai toujours ce sac que je chéris beaucoup. J'aurais du mal à dire qu'elle est la pièce préférée de mon dressing. Mais il se trouve que récemment, on a été évacués cet été pendant les incendies, alors que nous étions chez mes parents. dans leur maison principale. J'ai vu ma maman en deux secondes et demie devoir choisir quelque chose à prendre. Ma maman est partie avec ses foulards Hermès. J'ai trouvé ça très beau. À la fin de l'évacuation, quand nous sommes rentrés chez nous, elle nous a permis de choisir un foulard parmi sa collection. Je dirais qu'aujourd'hui, ce que je préfère dans ma garde-robe, c'est ce foulard qu'on a choisi à cette occasion-là lors de cet événement particulier. Je sais déjà que j'aurai énormément de plaisir à l'offrir à une de mes filles plus tard.
- Speaker #0
Un moment privilégié en couple, c'était la promenade quotidienne du soir dans votre jardin. Est-ce que c'est encore le cas ?
- Speaker #1
Alors c'est plus difficile aujourd'hui parce qu'on est en appartement. Donc c'est plus ce moment-là qu'on vit ensemble. Mais je trouve toujours que le moment du soir est un moment très apaisant. Quand on a fait toutes ces petites tâches de la journée, quand on se retrouve. Maintenant on a des grands qui restent avec nous le soir au salon, mais c'est toujours un moment très apaisant. où nous lisons avec de la musique douce, avec une tisane, et quand les grands vont se coucher, où on se retrouve avec mon mari pour pouvoir vraiment échanger et se raconter nos journées, ça reste toujours un même moment préféré de la journée.
- Speaker #0
Est-ce que ça vous arrive de retravailler le soir ?
- Speaker #1
Ah non, plus jamais, ça c'est terminé. Ça c'était les années où j'avais encore beaucoup d'énergie, où j'ai beaucoup travaillé le soir. Mais maintenant le soir, je refuse de retravailler le soir parce que j'ai vraiment besoin de débrancher aussi un peu et de ne pas me mettre trop la pression. Parce que quand on est à son compte, on veut toujours en faire plus, on a toujours mille idées, enfin moi en tout cas j'ai toujours plein d'idées, plein d'envies, plein de projets, et qu'en fait ça pourrait ne jamais s'arrêter et j'ai besoin d'avoir un équilibre où le soir, je débranche. Ou alors, éventuellement, je peux faire un dessin qui est vraiment pour le plaisir, qui est vraiment pour moi, qui n'est pas une commande, qui n'est pas pour un projet avec une deadline. Donc non, je ne travaille plus du tout le soir, c'est vraiment extrêmement rare. Au contraire, j'en profite pour lire ce que j'ai pu abandonner pendant quelques années où j'avais vraiment beaucoup de travail, beaucoup de missions, où j'étais aussi engagée dans une activité bénévole. Donc j'avais vraiment très peu de temps et la lecture m'a beaucoup manqué. Donc maintenant, le soir, je garde ce temps vraiment pour la famille, la lecture.
- Speaker #0
Et du coup, qu'est-ce que vous lisez le soir ?
- Speaker #1
Je lis un peu de tout, mais je privilégie les livres qu'on m'a recommandés. Je n'ai pas le temps pour tester. J'ai lu dernièrement « Coeur » de Thibaut de Montaigu, que j'ai beaucoup aimé, où il fait une recherche sur sa famille. Il accompagne son père en fin de vie, ce qui lui permet de faire une recherche sur sa famille, et ce qui est très éclairant sur sa vie, sur la vie de son père, et sur sa relation avec son propre petit garçon. J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Et là, je lis Timothée de Fombelle, son livre pour adultes qui s'appelle Neverland, qui vient de sortir, et qui rejoint un petit peu Thibaut de Montaigu dans cette recherche finalement de l'enfance, qui en fait raconte notre histoire. C'est vraiment ce genre de livre qui m'intéresse beaucoup. J'ai aussi lu le livre de la psychologue, j'espère que je vais bien dire son nom, Anne Ancelin-Chuntaberger, sur la psychogénéalogie. Donc ça, c'est le genre de livre qui me plaît énormément. Parce que je trouve que ça nourrit à la fois notre besoin de s'évader, parce que ça raconte des histoires, et notre besoin de comprendre qui on est, nos origines, notre héritage, parfois notre héritage lointain, issu de plusieurs générations avant nous. J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ces livres-là dernièrement.
- Speaker #0
Le dimanche après-midi aussi, pareil, il y a neuf ans, vous aviez un rituel en famille, l'apéro déjeuner, composé de baguettes au lardon, chips, pâtés, crudités, de tout en musique, en disant que c'était votre jour de repos. Alors est-ce que c'est toujours comme ça ?
- Speaker #1
Là aussi, ça a un peu changé parce que maintenant, on est des plus grands. Donc, on privilégie le vrai dimanche à table, dans la salle à manger. Mais je suis très bien aidée puisque j'ai des enfants qui se sont autoproclamés. J'en ai un qui est responsable des frites, l'autre qui est responsable du poulet. Donc, ce n'est pas du tout fatigant. En revanche, un rituel que j'aime énormément, qui me fait beaucoup de bien, c'est lors de nos anniversaires. Chacun de nos anniversaires en finit toujours en mettant la musique à fond et en dansant en famille au salon. C'est devenu un rituel et que j'aime beaucoup.
- Speaker #0
Et enfin, vous nous disiez que l'illustration est une activité dans laquelle vous devez chercher à vous dépasser car vous avez des problématiques à résoudre. Est-ce que c'est toujours vrai et pourquoi ?
- Speaker #1
Alors oui, c'est toujours le cas. Mais je trouve toujours que je dois encore m'améliorer. J'ai toujours l'impression que je peux mieux faire. Je suis toujours en recherche d'apprendre, de nourrir ma culture graphique. Je cherche toujours à me nourrir de musées, de peintures, d'exemples, de grands maîtres, d'améliorer ma technique. Et puis, quelque chose sur lequel je dois toujours travailler, c'est de rendre mon travail dans les temps, parce qu'en fait, je veux toujours faire mieux. Je ne sais pas si c'est un côté perfectionniste, mais en tout cas, c'est un côté de vraiment être au maximum de mes capacités. Je suis toujours en recherche pour être efficace, faire de mon mieux dans un temps raisonnable.
- Speaker #0
Alors on revient aux questions je dirais classiques et non plus en rapport avec cette interview qu'on avait fait il y a quelques temps. Alors quelle technique vous utilisez en dessin ?
- Speaker #1
J'ai beaucoup travaillé à l'aquarelle mais j'ai trouvé que c'était extrêmement difficile parce que moi je suis une vraie artiste, j'ai besoin de tester pour voir si ça va me plaire, si ça correspond à l'idée que j'ai dans la tête. Je trouve qu'à l'aquarelle, j'étais très limitée, puisqu'on ne peut pas reprendre une couleur indéfiniment, sinon le papier s'abîme. Et qu'après, il faut scanner, retoucher, enlever le grain du papier. Donc j'ai trouvé que, d'une manière technique, l'aquarelle était très frustrante pour moi. Quand j'ai découvert le dessin numérique, grâce à mon amie Claire Salé-Dechoux, qui m'a initiée, c'était vraiment une découverte passionnante. Je trouve qu'aujourd'hui, le dessin numérique me correspond bien. J'ai vraiment embrassé ces techniques avec beaucoup de joie et beaucoup d'intérêt. Je trouve que ça nous permet d'aller plus loin, pour moi ça me permet de tester plein de choses avant de parvenir vraiment à un point où je me dis « Ah là ça commence à devenir intéressant, là ça commence à être pertinent » . Donc aujourd'hui je travaille en numérique, qui a aussi ses limites, que je connais, et ses facilités dans lesquelles il ne faut pas tomber. Et mon rêve un jour est d'avoir un atelier de peinture et de retrouver la joie de la toile et des pinceaux. Pour l'instant ce n'est pas possible puisque je trouve qu'avec une vie de famille c'est plus compliqué, et puis encore une fois on est en appartement. Mais un jour, j'aurai grande joie à retrouver la vraie peinture, la peinture à l'huile et les pinceaux.
- Speaker #0
Du coup, au niveau du dessin numérique, c'est vrai que peut-être que tout le monde ne connaît pas exactement comment ça marche. Donc vous avez une espèce de tablette et un espèce de stylet, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, j'ai un iPad et j'ai un stylet connecté et c'est vraiment très bien fait. Les outils sont vraiment très performants. On choisit si on veut donner un effet crayon-papier, un effet pinceau, un effet stylo-encre. On choisit l'effet qu'on veut et en fonction de la manière dont on oriente le crayon, le stylet. ou de la pression qu'on va donner, ça va donner vraiment un effet très proche de la réalité. Donc en fait, on ne réfléchit même pas, on choisit juste son crayon, son pinceau, on y va et c'est vraiment comme si on était sur une feuille de papier, c'est vraiment très intuitif. L'outil est très puissant, moi je pense que je n'utilise que 10% de ses capacités, de ses options, mais je me régale beaucoup et j'invite tous les illustrateurs à tester, c'est vraiment très puissant. J'ai commencé au début avec une tablette graphique qui était connectée à mon ordinateur, mais c'était une tablette aveugle, c'est-à-dire que je dessinais avec les mains, mais je ne voyais le résultat sur mon écran, devant mes yeux, je ne pouvais pas regarder ma main. Et ça, j'ai trouvé ça très difficile, beaucoup plus difficile que l'iPad, que la tablette, où on voit ce qu'on dessine et qu'il y a un temps de réactivité quasiment instantané. Donc en fait, on dessine, c'est vraiment comme le crayon. On n'a pas le plaisir de coucher du grain du papier, mais le résultat est vraiment très proche de la réalité.
- Speaker #0
Et comment vous définiriez votre style de dessin ?
- Speaker #1
J'ai un univers qui est très féminin, qui est très élégant. Ça rejoint mon amour de la mode et mon amour du costume ancien. Mon style de dessin est plutôt féminin, qui fait un lien entre l'illustration. L'illustration pour enfants m'a beaucoup nourrie. Je pense à Nicole Lambert des Triplés, à Manon Yessel qui a illustré les trilbis, et les illustrateurs de mode comme Gruau ou Pierre Brissot. Et donc cet héritage des illustrations ou des illustrations de mode m'habite beaucoup aujourd'hui. J'ai un style de dessin qui est assez figuratif, assez féminin, assez élégant, et assez doux et qui se veut aussi assez léger, puisque on vit dans des temps difficiles, avec des actualités qui peuvent être un peu stressantes, très stressantes, on a tous nos difficultés, nos souffrances, croix à porter et particulièrement dans mon entourage j'ai une soeur et une belle soeur qui ont des croix difficiles à porter et je trouve que le dessin, l'illustration et ce que je fais c'est futile et en même temps ça peut apporter un peu de légèreté, un tout petit peu de douceur donc j'essaie d'avoir un style qui se veut doux, qui se veut joyeux juste pour apporter une petite étincelle de joie dans le quotidien des gens pour moi mais pour les gens autour de moi aussi
- Speaker #0
Oui c'est vrai que je crois que vous mettez un peu des petits points dorés dans certains de vos dessins ou même dans votre logo je crois Merci.
- Speaker #1
Oui, c'est un peu ma signature. En fait, je n'y avais même pas pensé, mais quelqu'un m'a fait remarquer que je mettais toujours des poids dorés. Je me suis dit, ça veut dire que quelqu'un associe les poids dorés à mon compte. Il faut que je le garde. Je n'avais pas forcément associé immédiatement, même si je les mettais parce que c'était le petit côté paillette que je trouvais sympa. Et je trouvais que ça donnait une signature à un dessin. Aujourd'hui, c'est vraiment devenu la signature de ma marque. Effectivement, je l'ai intégré dans mon logo et je le mets un peu partout. Et j'essaie de le mettre même en dorure. Après, avec mon imprimeur, je travaille pour avoir des points dorés en dorure numérique ou en dorure à chaud sur mes impressions.
- Speaker #0
Alors, vous aimez, comme vous le disiez, dessiner des femmes élégantes. Vous avez même dessiné un abécédaire des élégantes. Donc A comme Audrey Bird, B comme Bérénice Bégeau, C comme Coco Chanel, etc. Et en même temps, je remarquais que c'était que des femmes plutôt minces, la taille cintrée. Alors, je me disais, est-ce que c'est votre définition de l'élégance ou alors qu'est-ce que l'élégance selon vous ?
- Speaker #1
Alors, elles ne sont pas toutes minces. on peut être très élégante même avec des rondeurs mais il faut les assumer, il faut aimer son corps tel qu'il est et se réjouir des qualités qu'il a, ne pas seulement voir les défauts et on peut tout être élégante c'est vrai que la taille cintrée peut aider à donner une silhouette élégante, si on a des rondeurs on va juste remonter un petit peu la taille pour mettre la ceinture plutôt sous la poitrine façon taille empire, mais oui j'aime beaucoup l'élégance, je trouve qu'en France en plus on a un héritage dans la mode, en premier lieu évidemment avec Coco Chanel, mais aussi avec Givenchy, avec Dior, qui nous ont donné un héritage et pour lequel la France et Paris sont connus dans le monde entier, donc qui moi m'émerveille beaucoup, et c'est un domaine dans lequel j'aime beaucoup travailler, que j'aime beaucoup représenter et illustrer. Et oui, l'élégance est quelque chose qui est important pour moi. Au quotidien, je sais toujours d'avoir un détail élégant dans ma tenue, même si je ne fais qu'emmener mes enfants à l'école et ensuite travailler chez moi. si j'ai personne à voir je trouve que l'élégance nous fait du bien à nous aussi personnellement ça nous permet de nous respecter de faire honneur à la personne que l'on est et que l'on veut être aussi c'est aussi une marque de respect pour les personnes qu'on va voir avec qui on a rendez-vous avec notre mari, nos enfants en tant que femme on a vraiment un rôle à jouer mais voilà on a besoin d'être bien dans sa tête je trouve qu'une femme il faut chercher ce qui nous fait du bien Et je trouve que l'élégance répond bien à ce besoin de se sentir bien tous les jours.
- Speaker #0
Et alors vous, comment est-ce que vous choisissez vos vêtements ? Et peut-être vous pouvez nous partager votre dernier achat.
- Speaker #1
Alors ce n'est pas facile parce que moi j'aime la mode. Donc j'ai un peu tendance à trouver tout beau et avoir envie de tout acheter. Donc je me discipline beaucoup. Je ne regarde pas les nouvelles collections. Je ne regarde pas les grands magasins, les grandes chaînes. J'achète beaucoup en seconde main. J'ai toujours un oeil sur Vinted pour voir avec les marques que j'aime, ce qui sort et ce qui serait un peu plus niche. J'achète plutôt d'occasion. ou éventuellement quand j'ai une grande occasion comme un mariage ou un événement où là je vais m'autoriser un achat un peu plus privilégié et dans ce cas-là je vais choisir des marques avec de belles valeurs comme Atelier Camille, Maison Guimette ou Rosaé des marques qui proposent du fabriqué en France des petits ateliers, des événements un peu plus privilégiés un peu plus recherchés et j'essaie de faire attention à ce que j'achète et ce que ce sera compatible avec le reste de mon dressing Puisque j'ai acheté une paire de bottines brodées absolument sublimes, mais que je ne mets jamais, puisque c'est un peu trop exclusif, que je n'ai plus l'occasion de porter. Mon dernier achat, je pense que ce sont des robes pour l'été, que j'ai achetées cet été. J'ai renouvelé un peu ma garde-robe. L'été, je ne porte quasiment que des robes, des grandes robes longues. En plus, on a la chance aujourd'hui d'avoir une mode qui est particulièrement élégante. Je trouve, après les années 2000, qu'elle n'était pas terrible. Je trouve qu'en ce moment, la mode nous permet de trouver de très belles choses. Notamment de belles robes longues qui sont très flatteuses pour la silhouette féminine. Mon dernier achat, ce sont des robes d'été, des robes longues qui vont bien en toute occasion, en journée, au quotidien ou le soir avec un peu plus de bijoux. Des robes joyeuses, des robes d'été.
- Speaker #0
C'est vrai que j'ai remarqué aussi que c'était la mode depuis plusieurs années déjà, des jupes longues et des robes longues, ce qui est effectivement plutôt joli. Je me dis que j'espère que ça va durer, parce qu'effectivement, il y a 15 ans, ce n'était pas le cas. Vous déclarez chercher la beauté. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ?
- Speaker #1
Ça rejoint l'émerveillement dont j'ai parlé tout à l'heure. Cette capacité à s'émerveiller, moi qui me nourris beaucoup, mais je pense que chacun d'entre nous doit pouvoir retrouver, parce que c'est en fait une des caractéristiques de l'enfance. Tous les enfants s'émerveillent. Et c'est quelque chose qu'on perd peut-être un petit peu quand on se laisse embarquer dans son quotidien et dans ses soucis qui arrivent à tous, qui arrivent à tout le monde. Et je pense que chacun devrait garder cette capacité d'émerveillement qui nous fait du bien encore une fois, qui nous permet de garder cette légèreté et ce bonheur, ces petites doses de bonheur qu'on peut tous attraper au quotidien, ces petites paillettes de bonheur qu'on peut saisir au quotidien. Quand je dis chercher la beauté, qui est un de mes slogans il y a quelques années, c'est pour dire, en fait c'est à portée de chacun d'entre nous, attraper cette... petite touche d'émerveillement, cette beauté qui se trouve sous nos yeux, cette jolie façade, cette jolie plante, cet enfant qui va parler gentiment à son frère ou à sa sœur. Je trouve que s'accrocher à cet émerveillement, à cette petite touche de beauté, cette petite paillette de beauté au quotidien nous fait beaucoup de bien, de la même manière que les gratitudes nous aident à nous concentrer sur ce qui est beau et ce qui est bien et ce qui nous fait du bien et nous permet de tenir Merci. Quelles que soient nos vies, et particulièrement quand elles sont douloureuses.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, c'est amusant, vous avez des paillettes là sur le visage. Est-ce que c'était parce que vous étiez hier au concert de Céline Dion ?
- Speaker #1
Ah oui, c'est tout à fait parce que j'étais au concert de Céline Dion, qui était un moment merveilleux, je dois le dire, que j'ai vécu avec mes deux sœurs. Et donc Céline, c'est très cliché, en tant que Française, on aime beaucoup Céline, mais moi, en fait, Céline, c'est mon enfance. Moi, j'ai reçu chacun de ses albums étant enfant. Céline, c'est la bande-son de ma vie. J'ai vécu ce concert avec mes deux sœurs, c'était un moment merveilleux. On avait des super t-shirts faits par ma sœur Astrid et on avait des paillettes et on a vécu ça en communion. C'était vraiment un très très beau moment, c'était vraiment un très beau concert.
- Speaker #0
Vous avez dessiné des affiches de villes avec à chaque fois une habitante et puis des monuments de la ville, des spécificités, des spécialités de cette ville. Pour ma part, j'ai votre affiche de la ville de Chartres dans ma chambre par exemple, où j'ai habité. J'aime beaucoup ce style doux et poétique. Racontez-nous l'histoire de cette série de villes. Comment vous en êtes arrivés à faire cette série-là ?
- Speaker #1
Alors j'ai commencé cette série à l'occasion de notre première vraie mutation professionnelle. Nous avons quitté Cherbourg après dix ans pour arriver à Tours. Et pour moi c'était difficile, j'ai dit au revoir à mes amis, nous avions vécu dix ans, c'était les dix premières années de notre mariage, on avait vécu des années merveilleuses au bord de la mer. C'était difficile de partir de Cherbourg et d'arriver à Tours, qui était une ville qui m'inspirait beaucoup, que je trouvais déjà merveilleuse, mais qu'il fallait que je m'approprie. Donc assez rapidement, au bout de quelques semaines, j'ai dessiné une affiche de Tours. en me disant, ok, Tours, ça ressemble à ça, voilà comment je le ressens, voilà comment je veux me l'approprier. Et de manière symétrique, j'ai aussi dessiné l'affiche de Cherbourg en même temps, à ce moment-là, qui était aussi une manière de dire au revoir à cette ville qui nous avait procuré tant de bons moments. Et en fait, tout de suite, ces deux affiches ont eu un grand succès, tout de suite, on me les a demandées en commande. Il y avait un groupe Facebook de l'époque qui s'appelait les Mamons de Tours qui m'ont dit, mais en fait, c'est nous, cette affiche de Tours, c'est nous, c'est la Maman de Tours, typique, c'est elle. Est-ce qu'on peut la voir en couverture de notre groupe Facebook ? Et comme moi, je vous l'ai dit, je travaille dans l'univers de la mode. J'aime beaucoup représenter la femme qui est un autre sujet d'inspiration pour moi. Donc finalement, cette affiche de ville me permettait de rejoindre tous les univers qui me plaisent. La féminité, la beauté, la mode, mais aussi l'héritage, l'histoire, le patrimoine. Je vous l'ai dit, moi j'aime beaucoup ce qui nous raccroche au passé. J'aime beaucoup l'héritage qu'on a reçu de nos familles, mais aussi en France, qui est un pays extrêmement riche, avec une histoire extrêmement intéressante. Et donc ces affiches de villes me permettaient de rendre hommage à l'histoire de France, à l'histoire du patrimoine, mais aussi à l'histoire des savoir-faire, des artisanats, de la gastronomie. La gastronomie française est évidemment très riche. Et donc une affiche de ville me permettait de personnifier chacune de ces villes en leur donnant un visage. Chacune des femmes représente la ville, personnifie la ville. Et voilà, aujourd'hui j'ai dessiné une cinquantaine de villes. Je ne sais pas encore quand de nouvelles villes seront prévues, je fais de mon mieux. Je dirige aujourd'hui mon entreprise avec ma boutique en ligne où je vends ces affiches de villes. Mais voilà, il faut être son propre patron, donner des échéances et s'y tenir. Et j'ai beaucoup de demandes pour les maisons d'édition qui m'obligent parfois à mettre entre parenthèses ma boutique en ligne. Mais j'espère bien vite reprendre cette boutique et proposer vraiment de nouvelles huiles parce que ça reste un des produits qui est le plus demandé et qui marche très bien dans ma boutique.
- Speaker #0
D'ailleurs, cette boutique en ligne, c'est vous qui faites tout. Par exemple, c'est même vous qui préparez les commandes, emballez, etc.
- Speaker #1
Alors non, comme je vous l'ai dit, j'habite à Londres, donc j'ai laissé le stock en France. Mais déjà, avant même de partir à Londres assez rapidement, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout faire et que ce ne serait pas bien fait en plus. Donc j'ai très vite laissé la partie logistique à une assistante qui fait ça très bien, qui prépare les colis tous les jours, qui répond aux mails, qui gère le service après-vente, qui répond à toutes vos questions par mail. Merci à elle. J'ai aussi délégué récemment la photographie, puisque j'ai toujours fait mes propres photos de mes produits. Mais en fait, je me suis rendu compte que même si j'étais artiste et si j'avais mon idée sur la question, qu'en fait, il y avait des gens qui étaient aussi très doués dans ce métier-là et que c'était intéressant aussi d'avoir un échange créatif. Donc depuis l'année dernière, je confie mes photos à une créatrice qui s'appelle Anaïs Dulac, que j'ai rencontrée à Londres. Et j'ai tellement aimé travailler avec elle que je lui ai même confié le graphisme de ma marque. Donc elle m'a refait mon logo et mon site internet. Parce que jusque-là, j'avais toujours géré par moi-même. Et j'ai trouvé ça génial. J'avais l'impression de travailler avec des vrais pros. Parce que moi, j'aime illustrer et dessiner. Mais en revanche, gérer un site internet, c'est quand même un autre métier. Et donc j'ai beaucoup aimé confier, déléguer cette partie-là. Et encore une fois, avoir cet échange créatif. avec une autre artiste, d'avoir une autre vision, une vision de l'extérieur de ma propre marque. Donc j'ai trouvé que c'était très enrichissant d'échanger avec elle. Aujourd'hui maintenant j'apprends et je sais m'entourer pour les parties que je ne saurais pas forcément bien gérer et pour me garder vraiment la partie dans laquelle je m'épanouis et je m'éclate, c'est-à-dire le dessin.
- Speaker #0
On l'a dit, vous vivez maintenant à Londres. Alors quelles ambiances, quelles couleurs, quelles odeurs ? Vous pourriez nous rapporter de cette ville ? Nous avons beaucoup de chance parce que Londres est une ville merveilleuse. J'ai un énorme coup de cœur pour cette ville. Tout est beau, c'est propre, les musées sont gratuits. On y va très souvent, sans la pression du ticket rentabilisé. Comme on est en pleine ville, on peut y aller une demi-heure, une heure en famille. Moi, j'y vais évidemment beaucoup la semaine. J'essaie de ne rater aucune exposition dans les domaines qui m'intéressent, comme la mode de la peinture. Les musées, l'art, je me régale beaucoup à Londres. Une autre chose que j'aime beaucoup à Londres, c'est la musique. Il y a énormément de concerts, de comédies musicales, il y a tous les styles. Et alors ça, on en profite beaucoup, comme Mamma Mia, la comédie musicale que j'ai vue plusieurs fois, ou des concerts de Noël, évidemment, qui est une des plus belles choses à faire à Londres. Il faut aller voir un concert de carols à Londres, c'est vraiment merveilleux, au Royal Albert Hall. Et enfin, quelque chose que j'aime beaucoup à Londres, c'est le breakfast, ou l'afternoon tea avec les scones, les scones et le cream cheese. de l'après-midi, c'est quelque chose qui est vraiment merveilleux à Londres.
- Speaker #1
Notre numéro de Zélie d'octobre à la 2026 évoque le thème « vivre avec nos pertes » et c'est vrai que justement quand on ne vit pas dans le pays où on a grandi, on peut se sentir un peu en exil parfois. Est-ce que c'est votre cas ou pas ?
- Speaker #0
Alors c'est un projet qu'on a eu depuis toujours, depuis jeune mariée, on savait qu'un jour on partirait en expatriation, qu'on voulait vivre une aventure en famille. Donc voilà, c'était la bonne, c'était l'année où il fallait partir. On est parti en 2023. On est arrivés là-bas, on a été très bien accueillis, plutôt par les Français de Londres, parce que les Anglais sont un milieu un peu plus difficile, un peu plus inaccessible, qui prend peut-être un peu plus de temps à découvrir. En tout cas, on a été extrêmement bien accueillis par les Français. Mais assez rapidement quand même, on s'est sentis un petit peu exilés, même si c'est tout près, même si avec l'Eurostar, on a l'impression que l'Angleterre est vraiment tout près. Ça reste quand même une île, ça reste quand même en dehors de l'Europe, donc c'est quand même une traversée à faire à chaque fois. Et puis, le temps passant, j'ai ce sentiment de rater quelque chose quand même en France, et notamment de rater des moments précieux avec ma famille et mes amis, qui nous manquent beaucoup quand on est là-bas, et que j'ai hâte de retrouver à chaque fois qu'on revient en France. Et voilà, on se sent effectivement un peu en exil, on se sent un petit peu privé de ces moments-là, et on voit le temps qui passe, et ces moments qu'on aurait dû vivre avec eux. Par exemple, on n'a pas pu faire forcément tous les mariages, les baptêmes, les communions. Et juste ces soirées en famille, ces soirées entre amis, improvisées, si précieuses et si ressourçantes. Donc c'est quelque chose que j'ai hâte de retrouver à notre retour en France. Je ne sais pas quand est-ce qu'il sera, mais c'est vrai que quand on est en expatriation, on a ce sentiment de passer à côté de ces moments-là. Il y en a d'autres. Il y a de très bons moments en expatriation et on essaie de nous créer de très beaux moments en famille. C'est pour ça qu'on est partis, pour vivre cette aventure en famille. Mais voilà, j'ai déjà hâte de ce retour et de pouvoir chérir à nouveau cette famille et ses amis.
- Speaker #1
Pourriez-vous évoquer un projet d'illustration qui vous a particulièrement touchée ?
- Speaker #0
Alors je dirais que chaque projet me touche. Mon côté artiste fait que je suis assez entière dans chaque projet. Je me plonge à 200% et j'essaie toujours de faire de mon mieux et souvent je suis déçue parce que je me dis mais j'aurais dû faire mieux, j'aurais dû donner encore plus pour ce projet. Donc chaque projet m'enthousiasme beaucoup, j'ai toujours tendance à être ravie de mon dernier projet parce que c'est celui pour lequel j'ai le plus de souvenirs d'avoir vibré. J'ai été très honorée cette année de collaborer à de nombreux projets d'édition comme... J'ai travaillé pour un guide parental qui vient de sortir aux éditions Michel Laffont, qui s'appelle « Les petites phrases à leur dire, parler pour mieux les aimer » avec mon ami Louise Cardoncuff. J'ai travaillé aussi, j'ai eu l'occasion de collaborer pour un magnifique livre qui sort bientôt sur Jane Austen, qui est un atlas, où j'ai apporté ma touche d'illustration du costume ancien. Mais chaque fois que je suis contactée pour un projet, je suis toujours très honorée, qu'on pense à moi. Aujourd'hui aussi, j'ai appris à dire non malheureusement quand les projets ne me correspondent pas parce qu'en fait je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout faire et je ne pouvais pas tout bien faire. Et encore une fois, je veux faire attention à mon temps de famille et ne pas trop me mettre la pression, à faire attention à garder un équilibre professionnel et personnel juste. J'ai appris maintenant à dire non aux projets qui ne me correspondent pas ou dans lesquels je sens que je ne vais pas être à la hauteur ou je ne vais pas apporter quelque chose d'intéressant. Mais je pense qu'au fond de tout ça, Le projet qui me touche le plus, ça reste ma boutique en ligne, parce que c'est ma signature, parce que ça parle de moi vraiment, et parce que ça rejoint vraiment qu'est-ce que moi je trouve beau, qu'est-ce que moi j'ai envie de partager, et où là finalement je suis le propre commanditaire de ces projets. Et donc en fait à chaque fois que je conçois un nouveau produit, que je mets une boutique, et que je vois que ça plaît, et que les gens achètent, c'est vraiment ce qui me touche le plus.
- Speaker #1
Vous avez participé, je crois, à des journées Jane Austen il y a quelques mois. C'est assez atypique, je trouve. Racontez-nous.
- Speaker #0
Alors, Jane Austen est un auteur que j'aime beaucoup depuis toute petite. Ma maman nous a initiés d'abord par les films. Je pense notamment à Raison et Sentiment de Ang Lee et Emma Thompson, qui est une merveille et qui est pour moi la meilleure adaptation cinématographique des romans de Jane Austen. Quand j'étais un peu plus grande, j'ai eu l'occasion de les lire et ça a toujours été un de mes auteurs préférés. Pour son humour d'abord, je tiens à le dire, Jane Austen a énormément d'humour dans sa capacité à croquer les caractères et à décrire les personnages. Pour la justesse des sentiments, sans trop en faire. Finalement, ce sont des romans qui sont assez faciles à lire, beaucoup plus accessibles que les romans d'Emilie Bronté ou d'autres romans du XIXe qui peuvent être quelquefois un peu plus sombres. Jane Austen, c'est léger, ça nous fait du bien, c'est agréable, c'est drôle. Donc c'est un auteur que j'ai toujours beaucoup aimé. que j'ai eu l'occasion de dessiner puisqu'en 2025, c'était les 250 ans de l'anniversaire de Jane Austen. Donc un événement très important forcément en Angleterre. J'y étais et en fait, je me suis dit, moi je vais faire, moi j'aime la mode, j'aime le costume ancien, j'aime Jane Austen, allons-y. Donc j'ai créé une collection de papeterie autour de Jane Austen en représentant les héroïnes de ses romans. Et ça a tout de suite plu à une femme qui s'appelle Claire Sem, qui est une des spécialistes de Jane Austen en France. qui a beaucoup travaillé sur Jane Austen et qui a écrit plusieurs livres sur Jane Austen, qui m'a contactée, on s'est rencontrées, on est allées chez Liberty à Londres pour déguster un afternoon tea avec des scones. Et à ce moment-là, on a eu un coup de cœur vraiment dans notre affection et dans notre émotion pour Jane Austen, un coup de cœur réciproque. Et c'est elle qui m'a invitée à participer à cette journée de Jane Austen qu'elle organisait pour la première fois en juin dernier au Collège Franco-Britannique à Paris, dans la Cité Universitaire. Et donc j'étais une des partenaires de cet événement, il y avait plusieurs créateurs. Et à l'occasion de cet événement, il y avait des conférences et un bal d'époque avec des spécialistes de la danse qui nous ont initiés. Et j'ai trouvé que c'était vraiment formidable. Encore une fois, j'aime quand on transmet des choses anciennes, quand il y a un héritage qui est conservé, qui est transmis. Je trouve ça très émouvant. Donc c'était un très beau week-end. Et puis avec une bienveillance, c'est ce qui m'a énormément touchée à l'occasion de ce week-end. C'est la bienveillance entre toutes ces fans de Jane Austen, la gentillesse de toutes les participantes. Il y avait vraiment cette joie d'être là ensemble et de partager notre amour de Jane Austen.
- Speaker #1
D'ailleurs, c'est vrai que je dois dire que concernant Jane Austen, j'avais vu pas mal d'adaptations cinématographiques, mais il y a quelques mois, j'ai enfin ouvert un livre de Jane Austen, qui était l'Abbaye de Norsinger, en français quand même. Et en fait, j'étais très étonnée parce que le style de Jane Austen est complètement différent de... de tous les autres, c'est-à-dire qu'effectivement elle dit, bon, allez, j'envoie mon héroïne au lit, enfin, il y a une énorme, effectivement, une sorte d'auto-dérision, d'humour, de distance et tout, qui est complètement atypique, je trouve, et qui ne peut pas être vraiment rendue dans les films.
- Speaker #0
D'ailleurs, je tiens à dire que si on pouvait ne pas juger Jane Austen juste sur ses films, je pense que ce serait bien, parce que malheureusement elle a été trop, très romantisée ces dernières années. Il y a une sorte d'Austin Mania qui s'est créée depuis les années 95, évidemment depuis la version, la mini-série de 1995, Orgueil et préjugé, qui est pas mal, qui a beaucoup de qualité, qui est assez fidèle, mais pour les raccourcis de scénario, qui a créé une Austin Mania et dans lequel je trouve aujourd'hui qu'il dessert un peu Jane Austen et qui fait que certaines personnes que j'aime beaucoup... et pour lequel j'ai beaucoup d'admiration, peuvent me dire mais vraiment, c'est un peu cul-cul à praline quand même. Mais pas du tout, on ne juge pas Jane Austen sur les films. S'il vous plaît, lisez un peu d'abord. Tout comme on ne jugerait pas Balzac sur une version cinématographique hongroise des années 2000. Voilà. Il faut rendre à César ce qui est à César. Donc, il y a aujourd'hui, évidemment, l'Austin Mania explose dans le monde entier. L'Angleterre fait rêver. Cette Angleterre pré-industrialisation fait énormément rêver. Un peu comme Bridgerton, évidemment. Mais voilà, moi, je prends un tout petit peu de recul de cette Austin mania. Voilà, la chemise mouillée ou la main de Darcy dans la version 2005 avec Karen Atlet. Ce n'est pas du tout ce que j'aime dans Jane Austen. Moi, j'aime vraiment la vraie Jane Austen avec son humour, avec son autodirision. Je rappelle aussi que Jane Austen était un écrivain quasi anonyme de son époque. qui est morte avant 40 ans de maladie, qui s'est battue pour terminer son dernier roman avant de dépérir. Donc on ne peut pas comparer Jane Austen avec un balzac qui a été encouragé, qui a été payé pour écrire, qui a été soutenu par les éditeurs. Donc il faut faire attention à ne pas tomber dans le panneau de romans d'amour, d'amourettes, de l'Austen Mania d'aujourd'hui très américanisé, très Netflix, duquel je me sépare. complètement. Je ne veux pas du tout être associée à ça.
- Speaker #1
Quels sont les défis que vous rencontrez dans ce métier d'illustratrice ?
- Speaker #0
J'ai évoqué tout à l'heure, pour moi j'ai la difficulté de savoir m'arrêter, de savoir m'arrêter au bon moment, j'ai toujours envie de faire mieux, de retoucher. C'est aussi l'inconvénient, c'est aussi la limite de l'outil numérique, c'est qu'on peut... retoucher sans arrêt, sans arrêt, recommencer, alors que le papier nous oblige à nous arrêter. Donc finalement, la limite de l'outil numérique, c'est qu'il n'y en a pas. Pour moi, ma difficulté, c'est de savoir m'arrêter, de ne pas chercher toujours à la perfection. Une autre difficulté que je trouve dans ce métier d'illustratrice, c'est de savoir se vendre. Je vous l'ai dit, j'ai deux pôles dans mon activité. Un pôle maison d'édition, où je travaille pour des livres qui seront... qui seront édités plus tard, où là je suis contactée régulièrement, je n'ai pas besoin d'aller chercher les projets, les projets viennent à moi, et je choisis les projets qui m'intéressent. Et je remercie beaucoup les maisons d'édition pour leur confiance pour ça. Et la deuxième partie de mon activité, c'est ma boutique en ligne où je vends mes illustrations. Mais là, tout est difficile. La compta est difficile, la gestion des collections, qu'est-ce qui va plaire, qu'est-ce qui vraiment aura du succès, puisque je n'aurai pas la prétention de dire que tout a du succès, il y a des produits que je sors et qui ne marchent pas forcément. Et puis, en fait, il faut bien que cette collection soit rentable. Il faut que je rembourse mon assistante, mon imprimeur, mon site Internet, ma plateforme bancaire. Donc, tout ça, ce sont des frais qu'il faut que je rembourse. Donc, il faut que ma collection se vende. Donc, il faut être rentable. Et donc, il faut que je me vende. Il faut que j'apprenne. Et donc, se vendre, je trouve que c'est extrêmement difficile. Donc, on aura l'occasion de en reparler peut-être. Mais voilà, moi, j'utilise Instagram comme vitrine. Puisque même si c'est un réseau social qui a ses défauts, qui a ses limites, qui a ses dangers, Instagram reste une vitrine virtuelle, gratuite, dans laquelle on peut partager son art et partager ses collections. Donc il faut réussir à se vendre sans en avoir l'air. Je ne le dis pas comme ça. Merci à Londres qui me permet d'avoir une activité Instagram régulière, parce que ne serait-ce que partager Londres est intéressant et me permet de faire vivre mon compte. Mais je trouve que se vendre est extrêmement difficile et c'est vraiment la partie de mon métier que j'aime le moins.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'on a l'impression qu'être artiste, d'un côté, et le côté commercial de l'autre sont complètement opposés. Donc c'est vrai que moi, je vous comprends très bien parce que ce que j'aime, c'est écrire et communiquer et tout. En fait, je n'aime pas du tout. Donc voilà, je vous comprends. Alors, est-ce que du coup, il y a une certaine... précarité au métier d'illustratrice parce que finalement, vous n'avez pas forcément un salaire qui tombe tous les mois.
- Speaker #0
On peut tout à fait vivre de son métier, on peut avoir un salaire qui tombe tous les mois, ce n'est pas du tout inenvisageable. Moi, je mets beaucoup de limites parce que je veux me garder du temps pour ma famille et pour profiter aussi de mes amis, de l'endroit où j'habite. Je mets beaucoup de limites physiques et matérielles à mon activité, ce qui fait que ce n'est pas un temps plein. Et donc ce n'est pas un vrai salaire, mais ça pourrait l'être tout à fait. Et j'encourage tous les artistes et tous les illustrateurs à se lancer, évidemment s'ils le souhaitent et si c'est là leur voie. Je ne pense pas qu'il y ait de précarité, mais il faut faire attention à bien se faire payer, à demander un juste prix, à savoir justifier son prix, évidemment, à poursuivre les factures impayées. Et si quelqu'un est surpris par le montant de son devis, à avoir aucun état d'âme pour le justifier. en montrant les recherches, l'expérience qu'on peut avoir, même si on sort de ses études, on a quand même une expérience, on a quand même travaillé, donc on peut justifier ces prix. À plus long terme, peut-être une précarité qu'il pourrait y avoir, et bien sûr l'arrivée de l'IA dans ce domaine-là. Alors je ne vous cache rien, tout le monde a vu ces innombrables affiches d'événements créés par intelligence artificielle, qui sont reconnaissables pour moi, mais à 20 mètres. et qui pourraient faire peur, mais pas du tout. Je trouve que ça ne fait pas du tout peur parce que ces besoins-là que comble l'intelligence artificielle, ce sont justement les besoins pour lesquels les gens n'ont pas de budget et pas de temps. Si les gens veulent une affiche pour leur événement, leur brocante de village pendant deux semaines, ils n'ont pas de budget, tant mieux, les illustrateurs pendant ce temps-là, les graphistes ont d'autres temps pour mener à bien leur projet à plus long terme et pour répondre à des vrais appels d'offres. de marques, de professionnels et de maisons d'édition. Donc c'est très bien, allez-y, faites des affiches par l'IA, ça répondra à un besoin immédiat de personnes que ça ne dérangera pas et laissez les vrais illustrateurs vivre de leur art et proposer leur art. Les illustrateurs qui n'ont pas de projet, ce n'est pas grave. qu'ils continuent à travailler, qu'ils aillent dans les musées, qu'ils continuent à apprendre et à montrer leur travail sur Instagram pour commencer, en faisant un beau portfolio et en parlant d'eux. Il y a toujours dans son village, il y aura toujours quelqu'un qui aura besoin. Il faut déposer les cartes de visite, déposer les flyers. Si on a du temps, c'est le moment justement de parler de soi, de vaincre la timidité pour parler de soi. Par exemple, une difficulté que j'ai eue moi à Londres, c'est que je ne parle pas très bien anglais, que j'avais fait cette collection de Jane Austen Mais je me disais, il faut qu'elle se vende en Angleterre, ce n'est pas possible. Donc, je suis allée au culot, où je n'étais pas connue, où je parlais mal anglais. J'ai été au culot dans toutes les boutiques de souvenirs et j'ai laissé des cartes postales de mes dessins. J'ai été rappelée. On m'a rappelée, au moment du festival Jane Austen des 250 ans, mes badges Jane Austen, mes pins que j'avais dessinés pour l'occasion, étaient vendus à basse en Angleterre. Donc, il faut s'accrocher à ses rêves, il faut s'accrocher à sa vocation. S'il y a... va supplanter une petite partie des projets, ce n'est pas grave, il y a tellement de choses à faire dans l'illustration et dans l'art en général. Et puis le jour où peut-être, je n'y crois pas, mais le jour où peut-être l'IA nous aura remplacé totalement et par exemple répondra aux besoins des maisons d'édition, ce qui m'étonnerait, mais imaginons que ça arrive, mais ce n'est pas grave, moi je reprendrai mes toiles, mes pinceaux, la peinture à l'huile et je serai ravie.
- Speaker #1
Effectivement, ces affiches IA sont assez, je les trouve assez... énervante, enfin pas énervante mais en fait je trouve ça horrible qu'elles se ressemblent toutes j'ai l'impression qu'il y a une espèce d'uniformisation je sais pas, je me sens en dictature je sais pas, parce qu'en fait c'est complètement tout se ressemble, c'est très banal et puis en plus du coup on sait que c'est personne qui l'a fait enfin personne, quelqu'un a écrit prompte mais c'est vrai qu'en fait il y a personne au bout du stylo comme on dit et c'est vrai que je trouve ça un peu triste en fait
- Speaker #0
Oui je suis d'accord avec vous, ça se reconnaît tout. Tout le monde a les mêmes, c'est souvent très criard. Et en plus, l'IA va continuer dans ce marasme à proposer toujours la même chose. Donc on va tout à fait aller dans une forme d'uniformisation. Mais ce n'est pas grave. Retournons dans les musées, recherchons ce qui nous émeut, les vieilles éditions, les vieux livres anciens. Recherchons, ça j'aime bien, ça c'est intéressant, pour continuer à nourrir notre créativité. Et en plus, en tant qu'artiste, ce qui est un... va intéresser les vrais clients qui ont du budget, c'est notre unicité. Et nous continuons à répondre aux vraies commandes des gens qui ont un peu de budget et du long terme et qui ont une visibilité et qui, eux, vont chercher quelque chose qui est unique, qui est indépendant et qui raconte une histoire et qui est issue d'un héritage, d'une expérience.
- Speaker #1
Est-ce que ça arrive que vous manquiez d'inspiration ou de motivation ?
- Speaker #0
D'inspiration, jamais. J'ai vraiment... J'ai toujours des idées. toujours envie de dessiner, quand je ne sais pas quoi faire j'ai envie de dessiner, quand je sais quoi faire j'ai quand même envie d'aller dessiner, quand j'ai des choses à faire, quand je dois gérer ma maison, j'ai toujours envie d'aller dessiner, donc d'inspiration, je dirais que je ne manque jamais d'inspiration, de motivation pour le dessin, évidemment non dans mon quotidien, quand il faut faire de la compta, oui je dois reconnaître que c'est moins drôle quand il faut faire des lessives, oui c'est moins drôle mais je me mets un petit podcast ou un livre audio J'ai parlé de lecture tout à l'heure, que j'aime beaucoup lire et j'aime beaucoup avoir repris la lecture ces dernières années, qui m'a beaucoup manqué les années où j'avais arrêté de lire. Et donc, pour les mamans qui peuvent me dire « mais moi j'ai pas le temps de lire » ou les personnes qui ont des vies très présentes qui disent qu'elles n'ont pas le temps de lire, mais en fait aujourd'hui on a accès à des livres audio qui sont vraiment très bien faits, ou des podcasts évidemment, mais ça tout le monde est déjà au courant. Donc, par exemple, j'étais un peu piquée au vif quand quelqu'un de mon entourage a comparé Jane Austen et Balzac. Ça m'a un petit peu agacée. Donc, je me suis dit, je vais relire Balzac. Et en fait, je me suis régalée parce que quand même, il faut le dire, Balzac, c'est quand même une merveille. Je ne l'avais pas lu depuis le collège où j'avais gardé un souvenir un peu traumatisant quand même, disons-le. Et donc, je me suis régalée. Et en fait, Balzac, je l'écoute en livre audio pendant mon ménage, mon repassage. Et en fait, ça passe très, très bien. C'est vraiment un régal. Donc, j'arrive à pallier. si jamais j'ai un manque de motivation, Je mets un livre audio ou de la musique motivante et de l'inspiration. Si vraiment je manque d'inspiration, j'ouvre ma galerie de photos qui est pleine de copies d'écran ou de photos d'exposition. Et là, ça me démarre au quart de tour. Mais c'est assez rare que je manque d'inspiration.
- Speaker #1
Vous en parliez, vous avez un compte Instagram, donc Asselarock Illustration. Et c'est vrai qu'Instagram se prête très bien aux publications visuelles ou artistiques. Mais c'est vrai que c'est aussi un réseau social qui est très addictif. Alors, est-ce que vous avez mis des choses en place pour gérer au mieux les écrans ?
- Speaker #0
Oui, je vous l'ai dit, Instagram est ma vitrine virtuelle dans laquelle je peux présenter mon art, mes inspirations et mes actualités. Et qui est aussi évidemment très addictif puisque l'outil est très bien fait et nous oblige à rester le plus longtemps possible. Donc moi aussi, j'ai dû mettre toutes les barrières que je pouvais. Déjà, j'ai enlevé Instagram de mon téléphone. Je ne l'ai que sur mon iPad. Comme je vous l'ai dit, l'iPad est mon outil de dessin. Donc c'est en fait mon outil professionnel. Quand je sors mon iPad, c'est pour travailler. Et donc quand je sors, quand j'ouvre Instagram, c'est un moment où je dois travailler. Ce n'est pas un moment où je suis avec mes enfants par exemple. avec mon mari. Donc j'ai enlevé Instagram de mon téléphone. Il m'est arrivé de le remettre quand j'en avais besoin vraiment pour des événements où là c'est quand même plus pratique de ne pas avoir à passer d'un outil à l'autre. Je mets aussi régulièrement une limite de temps, évidemment, et sur l'iPad et sur le téléphone, j'ai mis une limite de temps, j'ai programmé une limite de temps. Ça m'arrive très régulièrement de mettre mon téléphone en noir et blanc aussi, de mettre un filtre noir et blanc pour moins être happé par l'écran. Et puis aussi quelque chose qui est important pour nous les artistes, c'est de ne pas se comparer. Et ça Instagram pour ça est un vrai piège, puisqu'on a accès forcément à des images et des vidéos qui cartonnent. Instagram nous montre des choses qui cartonnent, des choses merveilleuses, de personnes qui sont extrêmement douées, bien plus douées que nous, et donc on a vraiment tendance à se comparer et à se dire « Ok, je suis nulle, je vais jamais y arriver, en plus je sais pas faire des vidéos, donc oh là là là là ! » on arrête de se comparer, on ne scrolle pas surtout, on peut faire un il faut faire un petit peu de veille quand même pour voir ce que font les autres et voir ce qui plaît voir l'actualité mais il faut vraiment faire attention à ne pas se laisser happer ne pas tomber dans la comparaison et à faire attention à rester concentré je surveille un petit peu ce que font les artistes, si possible pas des artistes proches de nous parce que sinon on fait tous la même chose, donc plutôt des artistes d'autres pays, d'autres milieux, d'autres univers peut-être même d'autres techniques donc ça il faut suivre 5 minutes, 10 minutes, 20 minutes maximum. Et ensuite, on se reconcentre sur son compte Instagram. Aujourd'hui, on a accès à plein de conseils, plein de tutos, beaucoup trop d'ailleurs. Mais bon, on en garde quelques-uns. On essaie de développer, de faire attention à développer son compte Instagram et en gardant toujours à l'esprit, ok, ça reste un outil, ça reste un piège. Ce n'est pas la vraie vie. On en a parlé tout à l'heure, peut-être que c'était en off. Ça peut paraître très lisse. Forcément, les gens partagent les réussites. Attention, les artistes à ne pas trop se comparer, à savoir prendre du recul, garder Instagram comme un outil. Un petit peu, ça reste quand même le meilleur moyen de faire connaître son art aujourd'hui quand on n'a pas les moyens d'avoir une boutique physique. Ça reste un outil. Il faut le prendre comme tel, en connaître les limites, l'utiliser à bon escient, le prendre comme un outil. Mais faire attention à ne pas tomber dans ces pièges.
- Speaker #1
Et en tant qu'artiste, comment être à l'écoute de son monde intérieur, tout en restant également à l'écoute de celui des autres ?
- Speaker #0
Alors moi, en tant qu'artiste, il y a une chose qui me ressource énormément, c'est les musées, je vous l'ai dit. J'essaie de faire le maximum d'expositions à Paris ou à Londres. La nature aussi. On a l'occasion le week-end d'aller se promener dans la campagne anglaise, ce qui est très belle. En fait, moi, la journée, mes enfants sont à l'école, je travaille depuis la maison. Souvent, je commence à travailler dans le silence et ça me fait beaucoup de bien. Après la tornade du matin, quand il faut déposer ses enfants à l'école, on revient et là, on souffle. Un thé, du silence, je m'assois. Une fois que toutes mes petites tâches dans la maison sont faites, je m'assois et je commence à travailler. Et là, ça me fait beaucoup de bien. Et là, je peux... Je peux faire attention à me recentrer et à écouter mon intérieur et mes projets, mes envies et ce qui m'intéresse aujourd'hui. Une manière de rester à l'écoute des autres, c'est de prendre le temps. Moi, je vais souvent au musée accompagner avec mes amis ou avec ma famille. Mais je vous l'ai dit, pendant quelques années, je rentabilisais mon temps au maximum. Je travaillais beaucoup, y compris le soir. Aujourd'hui, je travaille un peu moins parce qu'en fait... J'ai besoin aussi pour moi de prendre du temps, le soir plutôt pour ma famille, mais maintenant aussi en journée, je prends beaucoup plus le temps de prendre des cafés avec les mamans de l'école que j'aime beaucoup. Je fais partie d'un groupe de prière des mères. Donc je veux garder ce temps pour être à l'écoute de mon entourage, que ce soit ma famille, mes frères et sœurs, mes sœurs particulièrement, ou mes amis, au téléphone pour mes amies françaises, ou avec des cafés pour mes amies de Londres. Donc, nourrir son intérieur artistique, mais garder du temps pour les autres, garder du temps pour des moments de qualité avec ses amis ou avec sa famille.
- Speaker #1
Est-ce que vous pouvez nous raconter un moment où vous avez dû rééquilibrer votre articulation vie professionnelle, vie de famille ?
- Speaker #0
Par exemple, on en revient encore, mais l'arrivée à Londres n'a quand même pas été simple, comme toute expatriation. Je ne rentre pas l'eau chaude, mais ce n'était pas forcément évident. Mes enfants ne parlaient pas anglais, ils sont arrivés à l'école anglaise. Pour mon mari, c'était la première fois qu'il travaillait dans une entreprise anglaise. En fait, ma famille a été confrontée tout de suite à la difficulté de la langue, d'une autre culture quand même, parce qu'on a beau dire que l'Angleterre et le pays d'à côté, c'est quand même une autre culture, assez issue du monde anglo-saxon, de la culture saxonne, alors que nous, nous sommes des latins, beaucoup plus proches des italiens, des espagnols. Donc en fait, on s'est confrontés à une forte différence de culture auquel on ne s'y tenait pas forcément. Et en fait, moi, la première année, j'ai porté à bout de bras ma famille pour qui ce n'était pas forcément évident. et j'ai l'impression que j'étais un peu le... Je recevais toutes les émotions, alors c'est la force mais aussi la difficulté de la maman, c'est qu'elle doit porter les émotions et les états d'âme de chacun des membres de sa famille. Donc ça c'était assez lourd et puis en fait l'administratif était extrêmement compliqué, c'était vraiment très difficile. À l'arrivée à Londres, toutes les démarches administratives étaient très longues, j'ai passé beaucoup de temps, ma famille avait besoin de moi, les démarches administratives me prenaient beaucoup de temps et donc mon travail en apathie, puisque j'ai pris du retard dans mes projets, C'était extrêmement difficile. Bien sûr, les maisons d'édition étaient très compréhensives, mais c'était vraiment très difficile pour moi de devoir admettre que j'étais en retard et que je devais décaler certains des projets. Je n'ai pas du tout aimé. Mais j'ai dû prendre ce temps-là pour installer ma famille. C'était le plus important à l'époque. Ensuite, j'ai dû rattraper mon retard. Je me suis mis beaucoup de pression pour rattraper mon retard et pour répondre à toutes mes échéances. Ça m'a pris trois ans. Ça m'a pris trois ans pour rééquilibrer. Revenir à un état normal, aujourd'hui ça y est, je ressouffle un petit peu, ma famille est bien installée quand même, j'ai répondu à tous mes projets, j'ai rendu tous mes projets et maintenant enfin je peux reprendre une vie un peu plus calme et à nouveau être dans cet état de je peux à nouveau choisir mes projets pour lesquels j'ai envie de me donner du temps, je peux à nouveau réfléchir à une collection à long terme pour ma boutique et je peux à nouveau profiter un petit peu, je vous l'ai dit. des cafés avec mes amis et prendre le temps et ne pas être sous pression permanente.
- Speaker #1
Alors pour finir, à chaque question courte, vous pouvez répondre par une phrase courte ou non. Complétez cette phrase, la personne humaine est...
- Speaker #0
Une merveille. La personne humaine est belle, c'est la beauté de la création et la personne humaine est si riche dans ses pensées, dans son unicité. Pour moi, la personne humaine est une merveille.
- Speaker #1
Une femme qui vous inspire ?
- Speaker #0
Alors je suis beaucoup les créatrices de mode d'aujourd'hui qui ont créé des empires comme Morgane Césalori, Lisa Gachet ou en Angleterre Jade Holland Cooper. D'un point de vue plus intime, j'admire énormément mes sœurs et mes belles sœurs. C'est vraiment des trésors, des femmes si inspirantes, si courageuses. Je leur rends hommage aujourd'hui. Et d'un point de vue plus spirituel, j'aime énormément les femmes de la famille Martin, que ce soit Zélie, Thérèse ou même Léonie. J'ai lu beaucoup de biographies et à chaque fois que je lis une biographie de la famille Martin, je trouve toujours quelque chose qui va me nourrir ou m'aider au quotidien. C'est vraiment une famille extraordinaire.
- Speaker #1
Un moment qui vous ressource ?
- Speaker #0
Chanter. On n'a pas eu l'occasion d'en parler. J'aime beaucoup chanter. Ça rejoint mon besoin de m'émerveiller et mon besoin de rejoindre, de toucher le beau. J'ai toujours chanté, j'ai beaucoup chanté en chorale et je rejoins à nouveau une chorale à Londres cette année. Et à chaque fois que je sors de la chorale ou d'avoir pu chanter, d'avoir eu l'occasion de chanter, je me sens vraiment très épanouie. Le chant me ressource énormément.
- Speaker #1
Que direz-vous à Dieu quand vous le verrez ?
- Speaker #0
Je dirai pardon et merci.
- Speaker #1
Merci beaucoup Anne-Charlotte. Et merci à toutes et à tous de nous avoir écoutées. Nous espérons que cette conversation vous a plu. Et nous vous donnons rendez-vous sur le site de Zélie si vous n'êtes pas encore abonné à la newsletter et souhaitez la recevoir. Le lien est dans la présentation du podcast. Et à bientôt pour un nouvel épisode.