- Speaker #0
Cet épisode est soutenu par le Courtiard by Marriott à Bienne. C'est un lieu qui compte particulièrement pour moi. C'est là que nous avons travaillé sur le festival Let Go Mama et fait le shooting pour le Femina Magazine avec Cléo. Et c'est aussi là que se déroulera la résidence business du mois de novembre. J'aime particulièrement les lieux qui racontent une histoire et qui donnent envie de ralentir, de créer et de se retrouver. Le Courtiard fait donc partie de cela. Situé au cœur de Bienne, à quelques pas de la gare et du lac. Il accueille aussi bien les familles, les entrepreneurs ou les gens de passage. Et bien sûr, si tu passes dans la région, je te recommande aussi leur délicieux brunch du dimanche au restaurant Bluma. D'ailleurs, j'en avais parlé dans un de mes podcasts solo. Je t'invite à aller l'écouter. Et parce que tu écoutes Zéro Filtre, j'ai le plaisir de t'offrir un avantage exclusif, un lieu de réservation dédié ainsi qu'un tarif préférentiel. du court-yard à Bienne. Je te mets tout en description. Bref, et maintenant, place à l'épisode. Aujourd'hui, je reçois Maureen. En 2024, un diagnostic de cancer du sein vient tout remettre en question. Ses priorités, son rapport au corps, son travail, ses relations. Et surtout, sa façon de vivre. A cette époque, Maureen travaille pour un grand groupe. Elle occupe un poste à responsabilité en marketing stratégique et coche toutes les cases de la réussite professionnelle. Puis la maladie s'invite dans son histoire. Aujourd'hui, Maureen est photographe, maman d'un petit garçon, et accompagne les femmes à retrouver confiance en elles à travers leur image. Dans cet épisode, nous parlons de ce que l'on fait quand la vie nous oblige à ralentir, de l'après-cancer, des choix que l'on n'aurait jamais osé faire autrement, du regard porté sur son corps et du courage de changer de voie et de vie. Et cette question que beaucoup d'entre nous repoussent, faut-il attendre qu'un drame nous réveille pour commencer ? à réfléchir à sa vie.
- Speaker #1
Être une femme, c'est terriblement compliqué. Les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes droits.
- Speaker #2
Zéro filtre, un podcast qui t'invite à explorer des sujets dits tabous en toute simplicité.
- Speaker #1
Le jour où les femmes diront la vérité, les journées n'auront pas la même saveur.
- Speaker #2
Dans chaque épisode, plongée dans des témoignages honnêtes, de la confiance en soi à la maternité.
- Speaker #1
Tu as une vraie plateforme. Ce que tu dis a de l'importance. Je ne me suis jamais permis de souffler, ne serait-ce que 15 jours !
- Speaker #2
Zéro filtre, présenté par Isaline Ackermann.
- Speaker #3
Votre capacité à changer tout ce qui est, démarre ici.
- Speaker #0
Coucou Maureen ! Coucou Isaline ! Merci d'être là pour partager ton histoire. Merci d'être dans ce studio aussi, d'être venue jusqu'à moi.
- Speaker #4
Merci à toi.
- Speaker #0
On va commencer cet épisode avec une question, je dirais, simple, enfin j'imagine, pour toi. J'aimerais que tu te présentes, même si je l'ai fait un petit peu en intro, j'aimerais que tu te présentes avec tes mots à toi.
- Speaker #4
Alors, je m'appelle Maureen Fliélaire, mariée Bernard. J'ai parfois du mal à savoir quel nom utiliser. J'ai deux casquettes, finalement, dans deux vies. Je suis aujourd'hui à la tête de mon entreprise. Je suis photographe avec une approche un peu particulière de la photographie. On en parlera plus, je pense, tout à l'heure. Parce que je photographie les femmes pour les aider à retrouver leur confiance en elles quand elles l'ont perdue ou à se voir parfois autrement. Et j'ai aussi une deuxième casquette puisque je fais de l'accompagnement auprès de thérapeutes. qui montent leur cabinet, ou de femmes indépendantes qui ont envie de développer une activité. Et puis je suis maman d'un petit garçon de 6 ans. Voilà. Que dire de plus ? Je suis multi-passionnée. Je suis quelqu'un qui s'investit à fond dans ce qu'elle entreprend. J'aime aller vraiment au bout des choses. Et c'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur. Quand je commence quelque chose, j'ai beaucoup de mal à le finir.
- Speaker #0
mon mari m'en veut beaucoup le soir quand je commence une tâche un peu trop tard ça ça me parle beaucoup j'ai envie de rebondir sur le fait que tu accompagnes des thérapeutes c'est hyper intéressant aussi du coup en marketing c'est ça ? oui j'ai envie aussi de te placer ici mais on en parlera comme tu l'as dit à la fin je suis allée voir ton studio et je suis tombée en amour déjà du lieu et effectivement tu as des robes tellement magnifiques des tenues donc s'il y en a qui nous écoutent on en parlera encore à la fin c'est vrai que c'est un lieu vraiment à part pour des photos je trouve pour redonner confiance Mais comme toutes mes invitées, je leur pose une seule question. Parce que là, tu t'es définie par tes rôles, ce qui est normal, parce que je t'ai demandé de le faire. Qui es-tu, Maureen, sans rôle ni casquette ? Tu as déjà commencé un peu, mais...
- Speaker #4
Oui, j'ai déjà commencé un petit peu. Alors, je te disais, je suis quelqu'un de vraiment passionnée. Je suis passionnée par l'humain, je me rends compte à travers mes dernières aventures que j'ai beaucoup de plaisir à accompagner les femmes à aller au bout de leurs rêves, à se découvrir autrement. à retrouver cette confiance en elle que beaucoup de femmes ont perdu ou n'ont parfois jamais eu. Et c'est quelque chose qui me hérisse le poil quand j'en parle, c'est vraiment quelque chose qui me tient à cœur et je me suis trouvé, je pense, une vocation aujourd'hui en faisant ça dans mon travail de tous les jours. Je suis quelqu'un qui aime découvrir de nouveaux environnements, qui aime se former continuellement. J'ai à cœur de découvrir sans arrêt de nouvelles choses. Là, je suis en train de me former en neurosciences, je suis passionnée par l'IA. les neurosciences c'est passionnant effectivement je te rejoins donc tu es quelqu'un de passionné je suis quelqu'un de passionné je suis quelqu'un je pense qui a une forme d'empathie j'aime beaucoup écouter les histoires des autres et puis les guider, les aider à évoluer dans cette histoire-là à travers ma propre expérience, ma propre histoire.
- Speaker #0
Quand tu repenses à ta vie avant le diagnostic, parce que c'est ce qu'on va parler pendant l'épisode, on va parler de ton cheminement, on va parler de tes prises de conscience, parce que je pense que je n'ai pas la même maurine que celle qui était avant le diagnostic, tu me diras si je me trompe. Comment tu étais justement avant ce diagnostic ?
- Speaker #4
Alors, j'ai un parcours, je pense... J'ai évolué, j'ai fait toute ma carrière dans un milieu d'hommes. J'ai suivi les traces de mon papa qui était négociant dans les matériaux de construction. Il était chef d'entreprise depuis trois générations. Cette entreprise était dans la famille. Puis je m'étais préparée à reprendre cette entreprise, honnêtement. J'ai fait une école de commerce en France. J'ai toujours fait tout pour être dans les meilleurs de la classe, pour performer. Je suis quelqu'un d'ambitieuse qui avait envie de réussir. Et puis, de l'autre côté, j'ai une maman psychologue qui m'a inculqué beaucoup de choses sur les aspects thérapeutiques de l'accompagnement que j'utilise. C'est rigolo, maintenant. Je m'étais toujours interdite de partir dans cette voie-là. Ça me faisait un peu peur. Et je laissais ça à ma maman. C'est hyper intéressant. Et comme quoi, c'est revenu plus tard, après ce gros traumatisme que j'ai eu. Donc j'étais quelqu'un qui se levait le matin, qui partait bosser, qui était passionnée dans son travail parce que je l'ai toujours été, je me donnais à fond, toujours dans un besoin de performer et d'avoir des feedbacks positifs, d'être considérée comme un bon élément pour l'entreprise. Je travaillais dans un grand groupe international français installé en Suisse. Donc j'ai démarré ma carrière en France et puis on a eu une opportunité avec mon mari, on est venu s'installer en Suisse et j'ai été mutée, je suis restée dans le groupe. J'ai eu une belle opportunité. J'ai appris à manager une grosse équipe. J'étais toujours dans des avions à voyager en classe business à l'autre bout du monde. J'étais une fois aux Etats-Unis, ensuite j'étais en Asie. Je continuais dans toute l'Europe. J'étais toujours avec ma valise, en train d'aller accompagner et coacher des dirigeants des différentes filiales dont j'avais la responsabilité. pour améliorer leur marketing, rester au fait des dernières tendances, etc. Donc, une autre vie de celle que je mène aujourd'hui. En 2020, j'ai eu un petit garçon. Et à ce moment-là, comme beaucoup de femmes pendant la maternité, grosse remise en question. Je pense que ça a été le premier déclic. Et là, je me suis rendue compte, en faisant une séance photo de grossesse, que c'était mon truc, que j'ai eu un vrai déclic ce jour-là. Je me suis rendue compte que la photo que j'avais jamais quittée, parce que depuis toute petite, je suis celle qui fait toutes les photos de famille, qui a toujours un appareil photo avec moi quand on partait en voyage de classe, etc. J'étais celle qui faisait les albums de tout le monde, qui documentait tout. Et puis, à ce moment-là, pendant mes mois de congé maternité, j'ai commencé à me former en ligne pour la photographie de studio.
- Speaker #0
Donc en fait, tu avais en parallèle ton activité professionnelle, enfin juste quand tu étais employée.
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #0
Et tu te formais. Et tu étais enceinte.
- Speaker #4
Exactement. Et bien voilà. Je n'ai jamais bossé à 100%. Moi, j'ai toujours explosé le quota largement.
- Speaker #0
Oui, tu es faite pour être entrepreneur, en fait.
- Speaker #4
De père en fils. De père en fille, du coup. Oui, c'est vrai. Oui,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #4
Je suis de la quatrième génération.
- Speaker #0
Oui. Et ce que je retiens, c'est que tu étais dans un environnement très masculin. Tu l'as dit toi-même. Et alors, tu dirais que tu es dans quel genre d'environnement ?
- Speaker #4
totalement féminin, 100% c'est fou à se revirer et c'est rigolo parce que j'ai toujours eu de la difficulté à être dans un environnement féminin quand j'étais plus jeune parce que j'avais cette énergie très masculine finalement à vouloir toujours Je dirais pas écraser les autres, mais en tout cas être bonne dans ce que je faisais et être très déterminée.
- Speaker #0
J'ai l'image d'un bulldozer dans l'action, dans l'avance.
- Speaker #4
Exactement. Et du coup, j'avais du mal à m'entendre dans des équipes de femmes parce que l'énergie collait pas. Et puis, j'étais beaucoup critiquée. J'ai eu des manageuses féminines qui m'ont beaucoup écrasée au début de ma carrière.
- Speaker #0
Ça fait mal à la sororité, ça.
- Speaker #4
C'était très difficile, ouais, au tout début. et puis finalement j'ai évolué super vite dans ce milieu là parce que être une femme dans un milieu d'hommes ça a des avantages parfois oui c'est vrai et j'ai su les utiliser à bon escient exactement je pense et quand tu regardes cette Maureen d'avant,
- Speaker #0
qu'est-ce que tu ne voyais pas à l'époque justement que tu as vu après le diagnostic une question
- Speaker #4
Je pense que je m'interdisais de voir que... En fait, je pense que je m'interdisais... d'être pleinement moi-même. Je pense que j'avais du mal à... Je m'étais prise tellement de remarques négatives dans cet environnement d'hommes avec quelques femmes qui se battaient pour exister dans ce milieu, je pense, que je fuyais un peu les femmes et que j'avais du mal à être pleinement moi, pleinement alignée.
- Speaker #0
Tu le voyais déjà à l'époque, ça ?
- Speaker #4
Oui, parce que j'étais en conflit intérieur, souvent dans pas mal de situations. à faire trop pour exister, plus que ce qui était nécessaire. Et du coup, j'avais souvent le retour de la monnaie de ma pièce. Donc je me suis pris des grandes claques régulièrement dans ma vie, dans le milieu professionnel essentiellement, dans le milieu amical aussi, ça m'est arrivé. Mais je pense que ça m'a appris et le fait d'avoir un cancer et d'avoir ce gros traumatisme dans cette vie-là, ça m'a permis de faire un gros travail d'introspection, de revenir aux priorités essentielles dans ma vie. et de me réaligner en fait, et d'accepter pleinement la personne que je suis.
- Speaker #0
C'est justement ce qu'on va parler, parce que je trouve que c'est la question que j'ai dit aussi en intro, qu'est-ce qui fait qu'on attend ce moment-là, que personne n'imagine vivre un jour, ce diagnostic, pour faire cette intro. introspection, mais on va en discuter avec toi. Et justement, quand on t'a annoncé ça, tu te souviens de ce moment-là ?
- Speaker #4
Ah oui, je me souviens comme si c'était hier, parce que le jour où je l'ai appris, ça a été un choc. Je ne me suis pas tout de suite effondrée, quoique. Mais le premier jour et la nuit qui a suivi, j'ai pleuré non-stop, je pense.
- Speaker #0
Excuse-moi, je peux t'interrompre. Au niveau de la chronologie, c'était quand ? C'était quand tu étais enceinte, avant ?
- Speaker #4
Alors, c'était avant. C'était après. Pardon, c'était après. C'était quatre ans après. C'était le 23 mai 2024 que j'ai eu l'appel du gynécologue. J'avais senti une petite boule une semaine avant, ici. Et puis, à ce moment-là, on était en train d'organiser nos vacances au Canada politique. qui suivait. Et au moment où je boucle le premier hôtel, ça faisait des mois qu'on reportait l'organisation de ce voyage. On avait les vols depuis des mois, mais on n'arrivait pas à s'y mettre pour réserver les hôtels.
- Speaker #0
C'est drôle.
- Speaker #4
Et donc, je clique sur le premier hôtel pour réserver. Et là, je mets la main ici pour me toucher le collier que j'avais là. Et je sens cette boule. C'est un endroit qu'on touche quand même régulièrement en tant que femme. Et puis, je suis sûre qu'elle n'était pas là quelques jours, quelques semaines avant. C'est venu très vite. C'est un peu le problème quand on est jeune. C'est que souvent, les cancers sont plus agressifs.
- Speaker #0
Tu es à quel âge ?
- Speaker #4
J'avais 30 ans.
- Speaker #0
35 ans. Ah oui, c'est jeune.
- Speaker #4
C'est jeune. On ne s'y attend vraiment pas à ce moment-là. Je n'ai pas d'antécédents familiaux. Personne n'en a jamais eu dans ma famille. Et puis, du coup, tout de suite, le lendemain, c'était un dimanche, donc le lundi matin, j'ai appelé le gynéco. Il m'a vue dans la journée. Et puis là, le processus s'est mis en marche très rapidement et on a de la chance d'être en Suisse et d'être super bien pris en charge. Une semaine plus tard, j'avais le diagnostic qui tombait. Et en fait, tu me demandais comment je l'avais pris. Et même si le premier jour, c'est un choc, toute la famille s'effondre, c'est compliqué. En fait, toute la nuit, j'ai de la chance, j'ai de la famille en Australie et aux Etats-Unis. Donc ils ont pris le relais. Quand ma famille en Europe est allée se coucher, mes proches, c'est eux qui ont pris le relais. Je les ai appelés les uns après les autres. Et en fait, toute la nuit, j'ai pu vider mon sac, j'ai pu pleurer, j'ai pu parler de mes peurs. Et puis j'ai pu avoir des oreilles attentives qui m'ont soutenue en fait.
- Speaker #0
Tu l'as fait tout de suite, tu ne l'as pas gardé pour toi.
- Speaker #4
Moi, je ne suis pas quelqu'un qui garde. J'exprime tout de suite et je pense que c'est une vraie force. pour moi parce que du coup je garde pas sur le coeur les choses et je mets en place des choses très rapidement et grâce à ça j'ai eu plein de tips de gens qui avaient soit vécu le cancer soit des proches qui m'ont aidé à mettre en place la machine et dès le lendemain j'étais en mode action le bulldozer était revenu j'ai créé une communauté sur Instagram sur Whatsapp pardon avec tous mes proches et proches éloignés vraiment une communauté étendue avec toutes les personnes qui pouvaient m'être utile dans ce processus en fait Merci. Mais j'ai 100 personnes dans cette communauté, j'ai activé tout le monde. Mais je me suis dit, autant que les gens sachent ce qui m'arrive, parce que de toute façon, ils l'apprendront d'une manière ou d'une autre. Et au moins, ceux qui ont des ressources, des idées, des envies pourront les activer. Ceux qui ont juste envie de savoir, ils éviteront de me poser la question, tous la même question au même moment, parce que c'est très pénible de répondre 20 fois la même question sur un sujet douloureux. Là, au moins, tout le monde était on the same page. Et puis, ben... Tout s'est mis en place, mais hyper bien. T'as vécu ça comme un projet de... Mais moi, c'est un projet d'entreprise, quoi. Vraiment. C'était un projet pro. J'avais mon petit planning et tout. Et ça a été super, parce que, je le dis depuis le premier jour, en fait, pour moi, ce diagnostic, ça a été une délivrance. Parce que ça faisait des mois que je sentais des trucs bizarres. J'étais fatiguée anormalement et personne ne me croyait, personne ne m'écoutait vraiment. Tout le monde me disait son idée, mais ça n'avait rien à voir. et j'étais hyper émotive je me mettais à pleurer en plein milieu de réunion alors qu'il y avait zéro raison je pétais un câble contre mon fils alors qu'il avait rien fait et je comprenais pas ce qui m'arrivait donc là enfin j'avais un mot et j'avais la possibilité de devenir actrice de
- Speaker #0
ma guérison en fait c'est fou comme tu as j'ai été témoin ici d'un autre témoignage d'une femme qui a eu le cancer et vous avez deux approches complètement différentes et toi vraiment tu l'as j'appelle diffusée à tout le monde, comme j'ai dit, faite comme un projet, en fait. Je trouve ça vraiment hyper intéressant, hyper inspirant. Et puis, je me demande, mais qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête à ce moment-là ? Toute la nuit, tu t'es dit quoi quand t'as eu le diagnostic ? Parce que t'as quand même moins de...
- Speaker #4
Je me suis dit qu'il y avait un risque que je meurs.
- Speaker #0
C'était de tes plus grandes peurs ?
- Speaker #4
Ça a été ma plus grande peur, et ça l'a été longtemps. Plus aujourd'hui. Mais ça l'a été longtemps, parce que quand on annonce un diagnostic comme ça... Sur un cancer du sein et ce type de cancer...
- Speaker #0
Parce que t'as dit agressif, t'as dit toi.
- Speaker #4
Oui. C'est un cancer où personne ne parlera jamais de guérison, personne ne parle de rémission. C'est un cancer où on ne nous dit pas ce qui va nous arriver après, parce qu'aucun médecin ne peut se prononcer, chaque femme est différente, chaque femme tolère le traitement de façon différente. Et puis c'est comme ça.
- Speaker #0
Donc en fait, c'était au jour le jour, tu ne savais pas de quoi demain serait fait.
- Speaker #4
Non. Je ne savais pas. Et puis, on ne sait pas si on va tolérer la chimio. On ne sait rien, en fait. Tout le monde... Et c'est pour ça que moi, j'ai à cœur de montrer mon histoire et de l'exprimer parce que je l'ai vécu. Je sais que j'ai cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, mais en fait, tout le monde peut sortir dans la rue et se faire écraser. C'est juste qu'aujourd'hui, je l'ai conscientisé. Je l'ai vraiment vécu. Je sais que c'est une réalité. Et du coup, ça change entièrement ma perception de la vie aujourd'hui. Et c'est une force, je pense.
- Speaker #0
Oui, c'est beau. Qu'est-ce qui est mort ce jour-là, quand on t'a dit que tu avais un cancer ? Qu'est-ce qui est mort ?
- Speaker #4
Je pense une partie de moi, en tout cas toute la partie de moi qui se posait beaucoup de questions et qui voulait toujours être bien perçue par le monde et porter des masques pour s'adapter à ce monde. Ce jour-là, clairement, ce masque-là est tombé et aujourd'hui, je suis moi. Et puis, ceux qui ont envie de m'aimer, ils m'aiment et puis ils ne les souhaitent pas. Tant pis, j'ai pas besoin de deux.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui est devenu essentiel du coup ? Parce qu'on entend que tu l'as laissé tomber.
- Speaker #4
Ce qui est devenu essentiel, je pense que c'est de laisser une trace dans ce monde, de faire ma part, apporter ma contribution utile à l'humanité. Je crois que c'est ma vocation aujourd'hui.
- Speaker #0
Tu parlais dans ton questionnaire, tu me fais part qu'il y a des choses que tu ne tolérais plus ou que tu as vraiment changé en termes de relation aussi. Donc, y a-t-il des personnes ou des situations qui, à partir de ce moment-là, tu n'as plus du tout toléré ?
- Speaker #4
Oui, je me suis rendue compte que l'environnement de travail dans lequel je travaillais depuis 15 ans... n'était plus du tout alignée avec la nouvelle femme que j'étais devenue, ou celle que j'avais peut-être toujours été, mais que je reniais depuis longtemps. Et ça m'est devenu très, très difficile d'y retourner. J'avais des nausées quand je partais, quand je prenais la voiture le matin, c'était hyper compliqué. C'était physique ? C'était physique. J'avais de l'eczéma. En fait, du moment où on m'a dit que j'avais fini les traitements et que je pourrais bientôt reprendre le travail, j'ai de l'eczéma qui a démarré sur mes mains, mais violent. enfin j'en avais J'avais sur les mains, à l'arrière des bras, j'avais des plaques énormes. Et pendant huit mois, je n'ai pas pu m'en débarrasser. Et jusqu'à ce que je prenne la décision, jusqu'à ce que ça se fasse, que je quitte cet environnement de travail-là. Et ça a été une délivrance pour moi. pour moi, à tel point que j'ai eu la lettre comme quoi j'étais licenciée et le lendemain, j'avais plus d'eczéma. Tout est parti, je te jure, du jour au lendemain. Je me suis levée le lendemain matin, je n'avais plus rien.
- Speaker #0
raconte, c'est que là, Maureen, qui s'épanouissait dans ce travail en mode action, build-as-air, etc., à partir de là, c'est devenu carrément quelque chose, c'était plus possible pour toi, cet environnement-là, en fait. C'est ça.
- Speaker #4
D'un côté, je m'y épanouissais, mais d'un autre côté, je m'y épuisais, en fait. Et je ne me rendais pas compte que j'étais en mode survie depuis de nombreuses années. Je me souviens d'une séance qu'on a faite avec mon équipe et mon manager, mes deux managers, et ce jour-là, ils m'ont dit, mais Maureen, comment tu fais tout. pour gérer autant de tâches et de responsabilités en même temps, comment tu fais pour vivre en mode stress comme ça ? On n'a jamais rencontré personne dans cet état-là capable de livrer autant de choses en si peu de temps. Et moi, fièrement, je leur ai dit, mais moi, je suis comme ça, j'ai besoin d'être sous stress, c'est ma dope, c'est comme ça que je fonctionne, je suis trop heureuse là-dedans, ça marche, quoi. Mais je ne m'étais pas rendue compte que c'était une illusion. Mon corps ne pouvait pas suivre au niveau de mon niveau de stimulation intellectuelle. C'est une drogue en fait, je crois. Plus on est stressé et à fond dans ce qu'on fait, fait au niveau intellectuel, dans le travail, moins on se rend compte que le corps s'épuise et puis une fois qu'on a utilisé toutes nos cartouches, la maladie s'enclenche et c'est trop tard. Enfin, ça peut être trop tard.
- Speaker #0
C'est le masque que tu parlais avant qui est tombé. J'ose une question, tu me diras si j'ai trop l'air. Qu'est-ce que tu voulais prouver avant ce cancer ?
- Speaker #4
C'est une question facile à laquelle répondre. Je pense que j'ai des parents qui m'ont énormément donné et qui m'ont... qui ont mis, sans le vouloir, la barre haute, sans me la mettre en fait, c'est jamais eux qui m'ont imposé quoi que ce soit, mais j'ai toujours voulu être à la hauteur de leurs attentes, ils avaient réussi dans leur vie, et j'étais l'aînée, j'ai pas repris l'entreprise familiale, et quelque part c'était quand même une forme peut-être, pas d'échec parce que c'était vraiment mon choix, on a eu beaucoup de discussions et c'était mon choix. Mais il y avait certainement un système de loyauté familiale inconscient. Il y avait ça. Et puis, il y avait aussi le fait que je pense... Moi, je m'intéresse beaucoup à la transgénérationnelle. Et puis, je suis née femme, alors que... Toute ma famille, en tout cas mes grands-parents, mes parents, espéraient un homme, un garçon, pour reprendre l'entreprise familiale. Donc c'était très inconscient à ce moment-là, mais ce qui est ressorti dans toute l'analyse de moi-même que j'ai pu faire en thérapie, c'est ça. Et je pense que c'est un ancrage qui était là et qui m'a driveée pendant toutes ces années.
- Speaker #0
Donc le cancer, il t'a donné cette permission-là, c'est ça que tu dirais ?
- Speaker #4
Exactement.
- Speaker #0
Permission d'être une autre Maureen.
- Speaker #4
Vraiment.
- Speaker #0
C'est beau, j'ai dit moi là, oh shit ! Ton métier tourne autour de l'image et je pense que ton corps a dû changer avec cette maladie. Comment tu as vécu cette transformation ?
- Speaker #4
J'ai une belle histoire à te raconter là aussi. En fait, le lendemain du diagnostic, je n'ai pas seulement créé le groupe WhatsApp, j'ai aussi appelé ma copine photographe Régine Jacou et mon amie make-up artiste, qui est ma partenaire avec qui je fais tous mes shootings, ou la plupart aujourd'hui. Jeanne... Julien et je leur ai demandé qu'on fasse un projet ensemble qu'on a appelé le projet Phoenix et donc on a documenté chaque étape de la thérapie et de soins et donc on a commencé avec un premier shooting dans la semaine qui a suivi le diagnostic j'avais un énorme bleu lié à la ponction qu'on avait faite pour chercher des cellules pour vérifier qu'elles étaient cancéreuses Donc j'ai un beau premier shooting, on en a refait un deuxième quand j'ai coupé mes cheveux pour en faire une perruque. Et puis on en a fait un dernier après les chignots, quand j'avais plus du tout de cheveux, pour montrer l'étape de renaissance. Et ça en fait, ça m'a fait un bien fou, parce que je me suis vue belle à chaque étape. Même quand j'étais au fond du seau, que j'avais plus de cils, plus de sourcils, plus de cheveux, que j'avais perdu vachement de poids et que j'avais le teint gris, elles m'ont rendue belle, et ça, ça a été surpuissant.
- Speaker #0
Je sens une émotion en filigrame de ton discours là, ça doit être très puissant comme processus.
- Speaker #4
Pour moi ça m'a tellement accompagnée, d'aller à ces étapes là, aller couper mes cheveux c'est une étape difficile même si c'était quelque chose que j'avais déjà vécu. Parce qu'à 19 ans, c'est rigolo la vie. J'avais déjà fait ça.
- Speaker #0
Tu avais déjà rasé ta tête ?
- Speaker #4
J'avais coupé tout court. J'étais allée au Canada et c'est marrant. J'avais besoin d'une transformation.
- Speaker #0
Et tu avais tout à la brise d'aspirer sans mettre ça ?
- Speaker #4
J'étais allée... même une histoire plus farfelue que ça, j'ai rencontré, je visitais la ville et j'ai rencontré un coiffeur dans une rue et on a discuté et il m'a coupé les cheveux.
- Speaker #0
Alors, vraiment, il y a beaucoup de choses que je suis capable de faire, mais toi, les cheveux, je ne sais pas pourquoi, il y a une empreinte, je suis admirative. Ah, waouh !
- Speaker #4
Je n'aurais jamais cru que je pourrais faire ça, mais je l'ai fait. Je ne sais pas si c'était un contexte, j'ai suivi mon intuition sur ce jour-là.
- Speaker #0
Quand tu as dû le faire, ça t'a rappelé ce moment-là de ta vie ?
- Speaker #4
J'ai été super reconnaissante de l'avoir fait à 19 ans parce que ça a rendu l'épreuve vachement plus facile. Je savais ce à quoi je ressemblais avec des cheveux courts, je savais que ça m'allait bien. J'avais déjà eu plein de retours d'autres femmes et d'autres personnes, et même d'hommes, qui m'avaient trouvé belle avec les cheveux courts. Et ça, ça m'a beaucoup aidée.
- Speaker #0
Il y a eu un moment dans ton parcours où tu ne t'es plus reconnue ?
- Speaker #4
Oui, il y en a eu. Je pense que les jours où les chimios sont les plus difficiles et qu'on est vraiment fatigué, triste, que la peur de la mort revient quand même souvent. Ces jours-là, moi qui suis tout le temps hyper optimiste, hyper enjouée, hyper dans l'action, et que là, je n'arrivais plus à me lever le matin, ces jours-là, ils vont être difficiles. Et les autres jours qui ont été difficiles, c'est quand j'avais ces sauts de tumeur où vraiment je ne tolérais plus le bruit et que je m'énervais fort contre mon fils qui était petit.
- Speaker #0
Ça,
- Speaker #4
c'est les jours difficiles.
- Speaker #0
Justement comment... Comment tu as géré ça, la maternité ? Est-ce qu'il a compris ? Comment tu lui as parlé de cette période de ta vie ?
- Speaker #4
Là aussi, j'ai la chance d'avoir ma maman psychologue qui nous a beaucoup conseillé, aidé, accompagné, qui a beaucoup parlé à Albin aussi. donc moi je lui ai jamais rien caché depuis le premier jour il est même rentré en fracas dans la pièce parce que j'avais fermé la porte de mon studio ce jour là pendant que le gynécologue m'appelait pour m'annoncer le diagnostic et il est rentré à ce moment là bruyamment donc j'ai déjà commencé par lui crier dessus au mauvais moment et après ça tout de suite je suis sortie et il était là quand j'ai annoncé à tout le monde ce que j'avais Donc on a pris le temps de lui expliquer. expliquer ce que ça voulait dire. On lui a rien caché, on a acheté des livres pour lui expliquer ce que ça allait être que la chimiothérapie, que j'allais perdre mes cheveux, etc. On a toujours communiqué énormément avec lui pour qu'il comprenne, en tout cas qu'on essaye de lui faire comprendre à sa hauteur, en adaptant le discours, bien sûr, à son niveau de compréhension de son âge.
- Speaker #0
Oui, c'est essentiel. Je me demande toujours comment tu fais. Il y a plusieurs possibilités, mais c'est vrai que le dialogue, je pense que c'est une des meilleures solutions. De toute façon, ils ressentent les choses, les enfants.
- Speaker #4
Ils ressentent tout et ça vaut le coup de le dire aussi. La Ligue contre le cancer propose des personnes qui peuvent venir chez vous. pour vous aider à parler à vos enfants. Donc ça, c'est quelque chose que je ne savais pas à ce moment-là, que mes médecins n'avaient pas parlé de ça. Ils ont trop de choses à dire, ils ne peuvent pas tout traiter, mais sachez que ça existe.
- Speaker #0
Ah bah merci, ça serait important de le diffuser. Merci Brune. As-tu eu l'impression que, parce que tout allait bien dans ta vie, as-tu eu l'impression que ton corps t'a trahi à un moment donné ?
- Speaker #4
Non, je n'ai jamais eu ça. Je pense que mon corps m'a donné plein de signaux avant-coureurs, qu'il a essayé de me prévenir de plein de manières et que je n'avais pas envie de l'entendre. Et c'est vraiment un apprentissage. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus vigilante aux signaux qu'il m'envoie.
- Speaker #0
Tu parles aussi dans ton questionnaire, quand tu réponds en amont, du regard des autres. Pendant la chimiothérapie, ça m'a marquée. Est-ce que tu veux nous en parler un petit peu ?
- Speaker #4
Oui, j'aimerais beaucoup parce que c'est un message que je voulais passer à toutes ces femmes qui vivront ça ou qui vivent d'autres maladies qui peuvent avoir un impact sur leur corps ou d'autres transformations. Ça peut être un handicap, ça peut être plein de choses. Mais moi, ce qui m'a frappée, c'est que j'ai observé une très grosse différence entre les jours où je me maquillais, je me faisais belle, je m'apprêtais, je me mettais une belle tenue, où je me sentais bien et je me sentais belle, et les jours où je faisais aucun effort et je sortais comme ça. Et en fait, c'est dingue la réponse des autres à l'énergie qu'on dégage.
- Speaker #0
Quand on prend le temps de s'apprêter, de se faire belle et de se sentir belle, on rayonne d'une manière qui a un impact sur l'énergie des autres. Et je voyais vraiment que quand j'étais dans cette image-là, belle, bien, j'avais des réponses, je pouvais obtenir tout ce que je voulais, honnêtement. C'est imposé de dire ça et c'est pas vrai. Mais je me sentais vraiment dans une position de force où je pouvais négocier des choses, je pouvais J'ai discuté et surtout j'avais l'attention et l'écoute des gens. Ils n'étaient pas focalisés sur mon mal-être, mais ils étaient focalisés sur l'envie de m'aider, de m'accompagner, de me tendre la main ou juste de faire ensemble quelque chose. On n'a pas parlé de l'association Femmes Courage, mais j'étais beaucoup dans cette démarche-là à ce moment-là. Et les jours où j'y allais en étant victime, vraiment, sans maquillage, sans coiffure, juste avec très simple, naturel, en me levant le matin comme ça, ces jours-là, j'avais beaucoup de regards fuyants. On ne me demandait pas comment j'allais parce que les gens se doutaient de la réponse. Ou alors, ils disaient « ça a l'air d'aller » , mais pour fuir la discussion. Donc beaucoup de fuites et d'inconforts et de maladresses ces jours-là, que je ne ressentais pas du tout quand j'étais apprêtée, et bien dans mes baskets en fait. Et je pense que c'est important de comprendre que vous pouvez avoir ce pouvoir-là sur l'autre, parce que ça vous rend actrice de votre vie et ça vous permet d'influencer, mais positivement, dans le bon sens je veux dire, d'avoir des réactions qui sont peut-être plus alignées avec celles que vous attendez. et dont vous avez besoin.
- Speaker #1
Parce que tu as été déçue des fois des réactions quand tu n'étais pas apprêtée ?
- Speaker #0
Oui, j'ai pu être déçue. J'ai pu recevoir des réflexions. Je n'ai pas d'exemple qui me viennent en tête, mais j'ai pu avoir des réflexions qui m'ont peut-être blessée. Moi, je n'aime pas qu'on m'évite ou qu'on ait un regard fuyant quand je suis là. J'ai envie d'avoir des discussions sincères et profondes avec les gens que je rencontre.
- Speaker #1
Tu avais l'impression que quand tu n'étais pas apprêtée, les gens étaient dans la pitié ? Quelle impression ça te donnait ?
- Speaker #0
La pitié et le malaise. Les gens ne savent pas. Je pense que c'est important de comprendre que la plupart des gens qui n'ont pas vécu cette expérience-là, ils ne peuvent pas imaginer ce qui se passe dans la vie d'une femme qu'ils vivent. C'est impossible. Il y a trop de femmes qui attendent des autres, trop de femmes malades qui attendent de l'autre de réagir d'une manière qui est appropriée, sauf que l'autre ne peut pas. Il n'a pas vécu, il ne sait pas ce que c'est que vous vivez. Et c'est pour ça que c'est, je pense, important de lui expliquer et de dire, quelqu'un qui vous croise dans la rue et qui vous dira, ça va, t'as bonne mine aujourd'hui, t'as l'air d'aller bien, c'est une solution de fuite finalement. Ils ne savent pas quoi dire d'autre et c'est OK d'accepter. Et puis, si ce n'est pas le cas, de dire, non, je ne vais pas bien et je vis ça et ça et ce n'est pas facile, mais je fais ça pour aller mieux. Je pense qu'il y en a... de positive, montrer que vous êtes quand même actrice ça te permet à l'autre de sentir un peu mieux et puis de pouvoir vous accompagner et d'oser dire aussi quand vous avez besoin d'aide parce que les gens ils attendent qu'une chose la plupart du temps c'est de vous aider mais ils savent pas comment et ils oseront pas vous le demander.
- Speaker #1
Oui t'as raison de relever aussi la maladresse des gens et puis de faire tu as raison aussi de relever le fait que moi qui n'ai jamais vécu je ne sais pas et j'aurais envie tu vois d'aider mais je pense que je serais très maladroite aussi dans peut-être mes paroles donc autant verbaliser être explicite avec... Je serais très agréablement surprise que quelqu'un vienne vers moi et me dise « J'ai besoin de ça, ça va pas, etc. » Et là, à partir du moment, il peut avoir un vrai dialogue. Oui,
- Speaker #0
je l'ai fait avec mes voisins. Et c'était rigolo parce que je ne pensais jamais que j'oserais demander de l'aide à mes voisins parce que je ne leur avais jamais parlé avant. Et ça peut choquer des gens, mais en fait, ces voisins-là, aujourd'hui, on a une relation qu'on n'aurait jamais eue sans ça. Ça les a hyper valorisés. que je leur confie une partie de ma vie, ma fragilité à ce moment-là. Et aujourd'hui, ils sont hyper reconnaissants finalement.
- Speaker #1
Ce qu'on entend, c'est que tu pousses à avoir confiance en notre vulnérabilité, c'est-à-dire oser être simplement, oser être transparente en fait.
- Speaker #0
Vraiment.
- Speaker #1
Est-ce que tu osais faire ça avant ?
- Speaker #0
Pas autant qu'aujourd'hui,
- Speaker #1
non. Donc ça t'a changé plus que physiquement cette maladie. Elle a même changé, je trouve... La façon dont tu te regardes.
- Speaker #0
Oui. Et puis, avant, j'étais très critique chez les gens. Et aujourd'hui, je considère vraiment l'humanité comme bonne. Et ça, c'est quelque chose qui a vraiment changé en moi.
- Speaker #1
Vraiment, ça t'a retourné comme une crêpe.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
J'adore les crêpes. Voilà. Il y a un fameux livre que j'adore là-dessus. Et j'aurais dû... Tiens, je ne savais pas qu'on allait en parler. C'est le... De Ruth Brickman. Je crois que c'est... Il parle d'un monde A ou d'un monde B. Il a fait un sondage pour demander est-ce qu'on pensait vivre dans le monde A ou le monde B. Donc le monde A, c'est le monde où les gens ne s'aident pas, sont retus, etc. Et le monde B, où les gens s'entraident. Et tous les gens ont dit qu'on vivait dans le monde A, parce que les médias nous font croire ça, effectivement. on grandit dans un système qui nous fait... qui abonde dans cette croyance-là. Mais en fait, non, on vit dans le monde B. On vit dans un monde où les gens ont envie de s'entraider, en fait. Donc, ce livre est vraiment fabuleux. Je le recommande à chaque fois. Et c'est un peu ce que tu me dis... Exactement. autrement en fait.
- Speaker #0
Je pense vraiment que l'humanité est profondément bonne mais très maladroite et que en fait...
- Speaker #1
Et je suis la première à être maladroite.
- Speaker #0
Et moi aussi et c'est ok.
- Speaker #1
C'est joli cette douceur et bienveillance que tu as acquis aussi avec le temps qu'on sent. Tu dis souvent que le cancer est à forcer à choisir. Dis-moi concrètement ce que ça a... Ça t'a forcé à choisir justement ?
- Speaker #0
Eh bien, ça m'a forcé à choisir ma voie, à me focaliser sur ce qui me faisait profondément du bien et à laisser de côté tout le reste, je pense. Et donc, pour être plus précise, j'ai décidé de me lancer... pleinement dans l'entrepreneuriat aujourd'hui.
- Speaker #1
Est-ce que ça, excuse-moi, je peux te couper, est-ce que ça, tu y pensais avant quand même, quand tu allais travailler, ou c'était genre une idée un peu folle que tu avais par là de temps en temps ?
- Speaker #0
Ça faisait cinq ans que ma thérapeute me disait « Mais Maureen, qu'est-ce que t'attends ? T'es prête ? Go ! »
- Speaker #1
Coucou la thérapeute.
- Speaker #0
Coucou Nelcy. Ça faisait très longtemps que c'était là et que je le savais qu'il fallait que je prenne cette décision-là et qu'il fallait que j'ose. Voilà. On a tous nos croyances limitantes et elles sont bien ancrées chez certaines. Et certains. C'était mon cas.
- Speaker #1
Le cancer les a...
- Speaker #0
Oui, il les a balayées. D'un coup. La décision s'est faite comme ça derrière. C'était fou. Et puis tout s'est enchaîné. C'est ça qui est chouette de voir. Quand on est aligné sur un objectif. je crois beaucoup, la sérendipité et quand on y croit et qu'on sait où on va tout s'articule, les opportunités elles se présentent à nous mais partout il suffit de les prendre au vol tout est facile donc qu'est-ce que tu me disais,
- Speaker #1
t'as changé concrètement ta manière je dirais d'aborder ta vie professionnelle clairement et qu'est-ce que t'as changé d'autre concrètement ?
- Speaker #0
Je pense que tu l'as vu, ma façon de voir la vie en général, de voir les... Les relations humaines en général, je pense que c'est ce qui a le plus changé en moi. Mes priorités avant, je continuais à m'accrocher au voyage, à l'argent, à tout ça. Et aujourd'hui, j'ai qu'une envie, c'est d'être locale chez moi. J'ai acheté un chien, c'était mon rêve depuis hyper longtemps. Et ce n'était pas compatible avec la vie que je menais où je n'étais jamais à la maison. Et aujourd'hui, je l'emmène partout avec moi. Elle vient au studio quand c'est possible. Et puis, voilà, je me suis adaptée à ce rythme-là. Et elle me sort, elle me fait faire des belles balades. Et c'est chouette.
- Speaker #1
Il y a quelque chose qui te manque de ta vie d'avant ?
- Speaker #0
Ben non. Non ?
- Speaker #1
Alors justement, cette question que j'ai posée en intro. Qu'est-ce qui fait qu'on attend une catastrophe ? J'ai envie de l'appeler comme ça. Tu peux l'appeler autrement. Pour, j'ai envie de dire, commencer à vivre vraiment.
- Speaker #0
J'ai envie de vous dire, ne faites pas les mêmes erreurs que moi. Ça fait des années que je savais quel était le bon chemin pour moi. Je m'interdisais de le vivre à cause de ces croyances limitantes. C'était une bêtise. Aujourd'hui, je me rends compte qu'en sautant le pas, tout est possible, tout s'articule, tout est facile. Je pense qu'il faut faire son bout de chemin, c'est sûr. Faire suffisamment de travail en amont pour que nos projets soient viables et puissent fonctionner. Mais ce n'est pas la peine d'attendre le déclic ultime. Sautez le pas, essayez, puis vous verrez bien. Et en fait, dans la vie, il y a toujours des solutions pour se retourner. On a toujours des moyens de s'en sortir, je crois.
- Speaker #1
Oui, je suis d'accord avec ça. C'est vrai que ça fait peur. Tu sais, j'entends souvent les femmes que j'accompagne, c'est ce fameux saut dans le vide, en fait. Toi, t'as eu des peurs ? Oui,
- Speaker #0
j'en ai eu plein des peurs. J'en ai toujours aujourd'hui, mais j'ai la chance. C'est sûr que j'ai la chance d'avoir une famille qui est derrière moi. Je n'ai pas de problème financier. J'ai ce bagage-là qui fait que je suis quand même en sécurité pour oser me lancer, clairement. c'est important de le poser aussi prenez pas des risques inconsidérés construisez votre projet je pense que c'est important pour qu'il soit viable je pense que c'est important mais au moment où il vous semble l'être arrêtez de vous chercher des excuses pour ne pas le faire osez tenter et vous verrez bien on est en Suisse on trouvera toujours du travail quoi que ça se complique en ce moment mais t'as raison
- Speaker #1
Je crois qu'on a des fois tendance à penser que c'est un choix irréversible.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Et je pense aussi, ça ça m'appartient, tu me diras si tu es d'accord avec moi, que l'échec en Suisse, dans d'autres continents j'ai la sensation... que quand on est entrepreneur, on peut monter une, échouer, c'est pas grave, tu recommences. C'est des leçons. Ensuite, j'ai la sensation que c'est un peu catalogué après. C'est plus lourd à porter, j'ai cette sensation-là.
- Speaker #0
Je ne sais pas si c'est catalogué ou si c'est une image qu'on a. dans l'éducation qu'on a reçue peut-être.
- Speaker #1
Peut-être. Comme je dis, ça m'appartient peut-être aussi. Aujourd'hui, Maureen, tu photographies des femmes, tu travailles avec elles, donc j'adore voir que tu as complètement changé aussi de... d'environnement, très masculin, très féminin, avec une énergie aussi beaucoup plus douce, j'imagine. Qu'est-ce que tu vois dans ces femmes quand elles passent la porte chez toi qu'elles ne voient pas encore ?
- Speaker #0
J'adore cette question parce que moi, ce que je vois, et j'en discutais encore avec l'une d'elles hier, c'est que je vois leur beauté tout de suite. Même si elles ne rayonnent pas, même si elles ne sont pas bien dans leur vie à ce moment-là. Moi, je vois leur beauté chez chaque femme. Vraiment toutes, quoi. Je vois toujours l'étincelle, je vois toujours quelque chose, un potentiel. Et ça stimule ma créativité parce que des fois, ça sera plus facile à leur prouver avec certaines femmes que d'autres. Mais j'adore ce challenge-là, en fait. Ça m'anime vraiment parce que moi, la beauté, je la vois et je... Je n'ai pas envie de dire que je sais, mais j'ai des idées pour la révéler. Et ce que je fais aujourd'hui dans mon studio, c'est que j'aide les femmes en transition à devenir audacieuses en incarnant leur féminité, leur confiance et leur puissance pour rayonner. C'est vraiment une mission qui me tient à cœur et qui résume bien mes trois activités au studio. Puissance,
- Speaker #1
authenticité.
- Speaker #0
Donc féminité, confiance et puissance. J'ai du mal à les dire en une seule fois. Je les incarne un peu plus encore. Mais non,
- Speaker #1
non, c'est tout bon.
- Speaker #0
Mais parce que j'ai trois activités au studio. Je suis photographe, du coup, de femmes en transition. Et pas que, je fais aussi des photos de famille, des photos de mariage, etc. Mais ce qui m'anime le plus aujourd'hui, c'est la femme en transition.
- Speaker #1
On peut juste préciser en transition, qu'est-ce que tu peux dire par là ? Parce qu'on est beaucoup de transition dans la vie.
- Speaker #0
En fait, toutes celles-là. Que ce soit à l'étape de l'adolescence, que ce soit après un divorce, une séparation, que ce soit après une maladie, comme j'ai pu vivre, un accident, ou bien, qu'est-ce que ça peut être d'autre ? Un deuil, j'imagine. ça peut être aussi la phase de la ménopause la quarantaine aussi j'ai fait une super séance il y a 15 jours de femmes qui fêtaient leurs 50 ans ensemble c'était magique avec les Louboutins j'ai adoré, c'était génial et c'est aussi, je ne l'ai pas dit et c'est un des plus importants parce que c'est par là que j'ai commencé la grossesse pour moi la grossesse c'est une vraie transition dans la vie d'une femme et ça chamboule la vie professionnelle de beaucoup de femmes et Et en fin de grossesse, beaucoup de femmes ne se sentent pas bien dans leur corps. Et en fait, moi, je les trouve sublimes. Et je leur redonne un petit coup de boost pour attaquer leur dernier mois parce que je leur permets de se voir avec ce ventre rond, belle. En fait,
- Speaker #1
tu fais les shootings vraiment au dernier moment de...
- Speaker #0
Je le fais idéalement fin de sixième, début de septième mois.
- Speaker #1
Ah oui, oui, donc vraiment dans le dernier trimestre.
- Speaker #0
Oui, dernier trimestre. Pour qu'il y ait un beau bidon. Il faut que ça soit avant les dernières semaines parce que c'est quand même une heure et demie de shooting. Ça demande beaucoup d'énergie de poser. Donc, il faut encore être en forme.
- Speaker #1
Ça, c'est des transitions que tu fais. Ça, c'est tout ça.
- Speaker #0
Ça, c'est toutes les transitions que j'accompagne.
- Speaker #1
Et tu m'avais dit donc féminité, confiance et...
- Speaker #0
Féminité, confiance et puissance.
- Speaker #1
Puissance. Vas-y, raconte-moi puissance.
- Speaker #0
Alors, la puissance, pour moi, elle se révèle... puissance. On parlera après des deux autres activités que j'ai parce que la puissance, elle est aussi dans les autres. Mais je pense qu'une femme qui se trouve belle et qui se voit autrement grâce à la photographie que je lui propose, ça crée un ancrage. Et cet ancrage, il va lui permettre de se reconnecter à cette confiance qu'elle a ressentie en voyant cette photo. Cette photo ou cette galerie de photos. Et quand on est en confiance, on est puissant, on est magnétique. On rayonne une énergie qui est convaincante pour le reste du monde.
- Speaker #1
Qui attire.
- Speaker #0
Qui attire. Et ça, pour moi, la puissance, elle est là.
- Speaker #1
Pourquoi c'est si difficile pour les femmes de se trouver belles ?
- Speaker #0
Je pense que déjà, dès l'enfance, on ne leur dit pas assez, pour la plupart des femmes. Il y a beaucoup de comparaisons qui sont faites entre les femmes. Et ça, c'est dans l'éducation, c'est partout sur Instagram, c'est dans le monde dans lequel on vit, dans les films. Je pense vraiment que c'est l'environnement entier qui est contre ça et qui renforce ce doute de la confiance en soi qu'on peut avoir.
- Speaker #1
C'est quoi la plus grande blessure que tu vois chez les femmes, même chez toi ?
- Speaker #0
La plus grande blessure ? Je pense que c'est difficile à dire. Il y a des femmes qui ont été abusées physiquement, corporellement, moralement. Il y a des femmes qui n'acceptent pas leur corps et le regard qu'elles se portent dans le miroir, qui focalisent sur leur complexe. Il y a tout en fait, je vois énormément de blessures différentes à chacune. à la sienne et c'est ça qui est beau en fait c'est que chacune vient avec son histoire, son bagage et quelle que soit son histoire le fait de travailler sur cette image ça peut avoir un impact vraiment grand, important dans sa vie futur.
- Speaker #1
Tu parlais de tes autres activités justement, parce que c'est lié. Est-ce que tu peux nous en dire un mot bref ? Parce qu'après, on va parler d'un battement d'aile.
- Speaker #0
Absolument. La deuxième activité que j'ai, c'est j'accompagne les entrepreneuses qui se lancent dans la vie d'entrepreneuse. Notamment, j'ai lancé J'ose mon business, une première cohorte. J'accompagne trois femmes depuis un mois. Dans le lancement de leur cabinet, ce sont des thérapeutes et des consultants. il y a un mix dans ce groupe là et je les accompagne déjà à travailler sur leur raison d'être la raison profonde qui les anime et qui leur donne envie de se lancer le fameux pourquoi le fameux pourquoi et ça prend déjà plusieurs journées de réfléchir et de comprendre et de mettre des mots parce que souvent on sait pourquoi on le fait mais on l'a jamais rédigé en fait, on l'a jamais écrit et plonger au coeur de ce pourquoi c'est hyper puissant Merci.
- Speaker #1
et puis ensuite je les accompagne de la création de leur business plan jusqu'à leur stratégie marketing et au lancement pour trouver leur première cliente ou leur premier client ouais donc t'as vraiment un double casquette et je comprends que le mot puissant prend tout son son sens en fait autant tu travailles sur l'image et
- Speaker #0
sur les choses concrètes ouais pour moi l'un va pas sans l'autre je suis convaincue,
- Speaker #1
tu sais que tu viens à la résidence donc on parlera brièvement à la fin mais effectivement pour moi l'un ne va pas sans l'autre comme tu le dis justement écoute avant qu'on enchaîne sur un battement d'ailes, ton projet que tu es en train de mettre sur pied, j'aimerais te proposer un petit exercice avec un miroir si tu es d'accord de t'y prêter je viens m'installer si tu as regardé les autres épisodes tu sais de quoi on va faire j'ai même pas regardé cette partie là je crois alors c'est très bien comme ça j'ai la surprise Bon alors Maureen, je t'intéresse à te regarder que toi et à m'oublier, à part pour répondre à mes questions bien sûr, mais sinon c'est tout. Alors aujourd'hui, qui est-ce que tu vois dans le miroir ?
- Speaker #0
Je vois une femme qui a un vécu, une histoire et qui est courageuse.
- Speaker #1
De quoi es-tu le plus fière ?
- Speaker #0
D'avoir survécu à cette grosse épreuve qu'est le cancer. Et d'en avoir fait quelque chose de positif qui aide d'autres personnes aujourd'hui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu vois que les autres ne voient pas encore ?
- Speaker #0
J'aime à dire que je vois mes rides et je les aime. Parce que chaque nouvelle ride qui se forme sur mon visage, ça veut dire que je suis en vie. Et que je continue d'évoluer dans ce monde. Donc ça m'émeut de le dire. Je... Ça me fait toujours sourire quand j'ai des femmes dans le studio, je leur demande leur complexe, puis elles me disent « Ah, j'aime pas cette ride-là, j'aime pas celle-là. » Puis moi, je leur réponds que « Mais vous avez tellement de chance, vous ne me direz pas la chance que vous avez d'avoir ces rides-là, quoi. » Moi, j'ai envie de leur dire, mais essayez de changer votre perception si vous en avez le pouvoir, parce que vous voir belle et vous voir vivante chaque jour, c'est le plus beau cadeau que vous pouvez vous offrir, en fait.
- Speaker #1
Oui, tu as entièrement raison. Et je comprends l'émotion. Y a-t-il quelque chose, quand tu te regardes, que tu as arrêté de te prouver, de vouloir te prouver ?
- Speaker #0
Moi, je le disais tout à l'heure, j'ai arrêté de vouloir me prouver que j'en valais la peine, que j'étais à la hauteur, que j'étais la meilleure. Ce n'est plus mon objectif aujourd'hui. Je veux juste être moi, être bien, être vivante et être en forme. Et ça me suffit.
- Speaker #1
C'est beau. Je t'invite à fermer les yeux, Maureen. Je te dirai quand les rouvrir. Tu peux rouvrir les yeux. Je t'ai mis une photo de toi avec ta petite sœur, c'est juste ? Oui. Prends quelques secondes pour regarder cette image, cette petite Maureen. Et j'aimerais te demander qu'est-ce que tu aurais envie de lui dire à cette petite Maureen, si elle était en face de toi.
- Speaker #0
J'ai envie de lui dire, ben t'as fait un beau chemin. T'en as vécu des aventures et t'as grandi, ça n'a pas été facile tous les jours. T'as eu de la chance d'avoir eu la famille que t'as eue pour t'accompagner. Et ça t'a emmené là où t'es aujourd'hui. J'ai ma petite sœur avec moi qui a été super présente pendant les étapes difficiles, qui est devenue maman pendant cette étape difficile aussi. Et je me rends compte de la force que c'est, la chance que c'est d'avoir une sœur dans sa vie.
- Speaker #1
Je suis d'accord.
- Speaker #0
C'est un cadeau que je n'ai pas pu offrir à mon fils, mais j'espère qu'il trouvera son frère ou sa sœur de cœur quand il sera prêt.
- Speaker #1
Qu'est-ce que cette petite Maureen avait besoin d'entendre que personne ne lui a dit ?
- Speaker #0
Tu es assez. Je pense qu'on me l'a dit, mais que je ne l'ai pas cru.
- Speaker #1
Et j'ai une dernière question. Si elle était là en face de toi, qu'est-ce qu'elle penserait de la femme que tu es devenue ? Qu'est-ce qu'elle te dirait, elle ?
- Speaker #0
Elle dirait « Waouh ! » Tout ça.
- Speaker #1
Est-ce qu'elle serait fière de toi ?
- Speaker #0
Oui. Je suis fière de moi. Pas tous les jours. Il y a des choses que je fais que j'aimerais faire différemment. Mais je suis quand même fière de la majorité des choses que je suis devenue aujourd'hui.
- Speaker #1
Est-ce que tu as envie de dire encore quelque chose à cette petite Maureen ? Qui est là, en papier, mais en toi. Avant que j'enlève le miroir et que je te laisse la photo d'ailleurs.
- Speaker #0
À la petite Maureen. J'ai envie de lui dire, fais-toi confiance.
- Speaker #1
Tu manquais de confiance à cette époque-là ?
- Speaker #0
Oh oui !
- Speaker #1
Jusqu'à quel âge ?
- Speaker #0
Je pense jusqu'à ce que je quitte le domicile familial et que je vive de mes propres ailes. Seule, indépendante, libre.
- Speaker #1
Et libre. Merci Maureen pour ce partage. Je vais lui dire enlever le miroir.
- Speaker #0
J'ai choisi celle-ci parce qu'elle a beaucoup de sens pour moi, parce que c'est la première photo que j'ai de moi prise par un photographe. C'est une photo, c'est drôle, qui a été agrandie, encadrée, et qui a toujours été chez moi, toute ma vie en fait. Chez mes parents et maintenant chez moi. Et c'est aussi pour ça que mon métier de photographe prend tout son sens aujourd'hui, parce qu'offrir des souvenirs comme celui-ci... ça n'a pas de prix en fait. C'est ma grand-mère qui nous avait offert cette tenue qu'elle avait achetée, qu'elle avait choisie avec soi en Espagne. Ma grand-mère qui n'est plus là, mais qui prenait beaucoup de place dans mon cœur et qui en prend toujours beaucoup. Et je trouve ça important d'immortaliser l'enfance, la famille et de garder ça précieusement chez soi.
- Speaker #1
Donc une image choisie pleine de signification en fait.
- Speaker #0
Vraiment. Et on a été dans la vitrine de ce photographe pendant deux ans. de nombreuses années.
- Speaker #1
J'adore. En tout cas, elle dégage quelque chose de très très doux. Je ne sais pas si c'est la manière de prendre la photo ou de... En tout cas, oui, très doux. Merci Maureen pour ce partage. J'aimerais qu'on enchaîne maintenant sur ton exposition que tu prépares et que tu nous dises pourquoi ce projet est aussi important et qu'est-ce que c'est comme projet aussi ?
- Speaker #0
Alors, je travaille sur une exposition photo qui s'appelle D'un battement d'ailes avec toute une équipe à mes côtés. et l'idée c'est d'organiser une exposition photo au bord du lac en extérieur idéalement on cherche un lieu, on cherche des sponsors pour qu'ils puissent voir le jour pour Octobre Rose en octobre on verra si ça sera cette année ou l'année prochaine mais l'idée c'est de réaliser des portraits 6 à 12 femmes qui sont en train de suivre un traitement contre le cancer ou qui viennent de terminer et déjà de leur faire vivre, de leur offrir une expérience transformationnelle. qui leur permet vraiment de se reconnecter à leur corps. Et puis, j'ai envie de leur offrir l'expérience que j'ai vécue moi, en fait.
- Speaker #1
Celle que tu as vécue avec ton ami ?
- Speaker #0
Avec mes amis, oui. Et puis, c'est un processus, c'est une séance photo qui dure trois heures. Donc, on les met en beauté avec mes make-up artistes partenaires pendant une heure et demie. On leur prête des vêtements qui les mettent vraiment en valeur. On leur dit aussi de venir avec un certain nombre de vêtements et d'accessoires. je fais mon petit shopping parmi tout ça et je les sublime et puis ensuite il y a une heure et demie de séance photo et ce que j'ai pas dit c'est que en fait c'est plus que ça ça commence avec un café un café chaud ou une boisson froide le but c'est de leur faire générer de l'ocytocine l'hormone du lien de créer un premier lien avec ces femmes qu'elles se sentent en confiance, qu'elles soient rassurées parce qu'elles arrivent toutes avec la peur au ventre Merci. La peur de ne pas être à la hauteur, la peur de décevoir, la peur de ne pas se trouver belle. Et puis, on a ensuite une conversation profonde ensemble qui se passe en même temps plus ou moins que le maquillage. L'intention, c'est vraiment de poser une intention à cette séance photo et puis d'activer le cortex préfrontal, les sécuriser et d'écrire une histoire à travers cette séance photo-là. Et puis pendant la mise en beauté, là aussi c'est pas pour rien, la mise en beauté c'est pas seulement une coquetterie, ça va bien au-delà, on active le circuit de récompense via cette expérience sensorielle, on prépare ainsi le cerveau à recevoir une nouvelle image d'elle à ses femmes. Tout ça c'est très chimique, ça se passe dans le cerveau. Et puis ensuite on choisit les tenues ensemble, on déballe ensemble leur valise, je regarde ce qu'il y a dedans, Et puis... C'est ce que Timothy Wilson appelle un stimulus d'amorçage. En fait, on préconditionne leur cerveau à se voir autrement, à s'imaginer dans des tenues qu'elles n'auront jamais portées, qu'elles ne porteront plus jamais. Je fais des voiles qui volent, je les transforme en déesses le temps de cette séance photo. Ensuite, je passe à des photos très mode, de la lingerie. Vraiment, je les fais explorer plein d'univers qu'elles n'auraient jamais explorés autrement.
- Speaker #1
Comme des avatars en fait.
- Speaker #0
Comme des avatars. Mais ce que je cherche vraiment, c'est qu'elles se retrouvent elles-mêmes malgré ou grâce aux vêtements qu'elles portent. Et elle découvre des nouvelles facettes d'elle-même à travers ces images qu'elle n'aurait peut-être même pas imaginées possibles. Il y a plein de femmes qui arrivent en me disant « moi, je ne poserai jamais en lingerie » . Alors, je ne le propose pas à toutes les femmes, parce qu'il y en a où c'est vraiment leur limite, on n'ira pas au-delà et je respecte ça. Et il y en a d'autres qui, au fur et à mesure de la séance, se rendent compte que peut-être elles se sentent à l'aise et qu'elles ont envie d'essayer. Et puis, quand elles voient ces photos, c'est l'effet « waouh » , elles se découvrent autrement. Avec. J'ai pas envie de dire malgré parce que j'aime pas ce mot dans ce contexte, mais c'est avec leur rondeur, avec leur trace de la vie. Ça leur donne notre image. Et puis après, il y a la séance photo, donc une heure et demie d'expérience émotionnelle intense. Et là, le but, c'est de créer un ancrage cognitif. Donc, on modifie ce que le cerveau croit de nous. À travers le posing, le guidage que je fais à chaque étape de la séance, elles ne sont jamais laissées seules. Je leur parle tout le temps, je les valorise, je les rassure, je leur dis comment poser leurs bras, leurs jambes, leurs têtes. Je les guide tout le temps pour que le cerveau débranche. Le but, c'est de vraiment leur créer des thématismes pour qu'elles vivent l'expérience dans le corps. Et puis, d'un seul coup, il y a un déclic. Et c'est là que j'ai les plus belles émotions. Et c'est là que j'ai mes images préférées parce que ça devient naturel, ça devient automatique. Et là, elles peuvent vraiment rayonner, en fait. Et ça, c'est trop beau. Et puis finalement, à la remise de leurs images, lorsqu'elles reçoivent leur galerie d'images retouchées, là, c'est un super moment parce que ça consolide l'ancrage qu'on a créé en séance. Ça leur laisse un souvenir à aller consulter quand elles ont un petit... petit coup de mou et puis ça reboost leur confiance en elles quand elles en ont besoin donc c'est un vrai outil je pense transformationnel thérapeutique et basé sur les neurosciences en fait l'efficacité est prouvée Et là, t'en es où dans ton projet ? Tu cherches des modèles ? J'ai entendu que tu cherches des sponsors. Donc, où t'en es là ?
- Speaker #1
Alors, j'ai déjà photographié cinq femmes. La sixième sera la semaine prochaine. Donc, j'en ai six. J'ai besoin de sponsors, clairement. Donc, si le projet vous parle et que vous avez envie de contribuer, contactez-moi. Et puis, je cherche aussi un lieu. On a des pistes. On va faire des rencontres dans les semaines qui viennent, là. Mais si ça vous dit d'accueillir ce lieu, c'est pas exclu qu'on fasse une tournée aussi, si ça peut intéresser plusieurs personnes.
- Speaker #0
Oui, mais c'est bien que tu les placées comme ça, si jamais tu trouves quelqu'un. Je mettrai toutes les infos en description pour te contacter.
- Speaker #1
Génial.
- Speaker #0
Comme ça, qui sait ? En tout cas, c'est un magnifique projet et je me réjouis qu'il voie le jour, ne serait-ce que pour ces femmes qui viennent poser pour toi.
- Speaker #1
Avec beaucoup de courage.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et après de se voir exposée en plus, c'est vraiment... encore un autre effet parce que tu le gardes pour toi mais après quand tu le mets publiquement ça va être d'autant plus important pour elle c'est un gros défi bravo d'avoir lancé ça on n'a pas parlé de ton association, est-ce que tu veux en toucher un mot avant qu'on conclôtire gentiment ?
- Speaker #1
oui, alors au tout début de mes chimiothérapies j'ai été un peu surprise de voir qu'il n'existait pas de site qui référençait en fait toutes les ressources qui existent à Bienne et dans les alentours pour supporter les femmes qui... vivent un cancer. Et en fait, je discutais avec plein d'infirmières, d'infirmières du sein, de médecins, et puis ils nous donnent deux, trois flyers, mais il n'y a pas l'expérience complète, et puis on se rend compte qu'il y a plein de trous dans ce discours qu'ils nous donnent, en fait, qu'il est très incomplet, faute de temps. Et puis, moi, j'ai commencé à rassembler tous les flyers que je pouvais récolter, à noter toutes les bonnes adresses que les infirmières me donnaient. Et puis au mois d'août, mon oncologue était fermé, son cabinet. Du coup, il m'a envoyé faire toutes mes chimios toutes les semaines chez tous les oncologues de la région. Et c'était génial parce que ça m'a permis de rencontrer beaucoup de monde et de consolider l'annuaire que j'étais en train de constituer. Et puis, pendant les chimios, j'avais 8 heures de chimio sur les versions longues, donc j'avais le temps. J'ai créé un site internet que j'ai appelé femmecourage.ch sur lequel j'ai créé un annuaire où j'ai référencé tous les thérapeutes et professionnels Toutes les marques aussi de produits qui peuvent être soutenants pour les femmes qui ont reçu un diagnostic de cancer. Créer des cafés rencontres aussi qui ont toujours lieu le deuxième vendredi du mois à mon studio. Donc on partage un thé, un café et puis pour rassurer celles qui vont se dire peut-être « Ah non, moi je ne vais pas à ces trucs-là, c'est des gens hyper ternes, gris qui parlent de leur mal-être. » Rassurez-vous mesdames, non. C'est vraiment tout l'inverse. Je viens avec ma bonne humeur, mon énergie, tous mes tips et mes astuces. Et l'idée, c'est vraiment de vous donner une image totalement différente de cette maladie et de vous rendre actrice de cette maladie. Vraiment, vous donner les clés pour le vivre le mieux possible. Parce qu'on peut super bien le vivre. Moi, je suis restée hyper active. J'ai créé cette association. J'ai fait plein, plein de trucs pendant mes chimios. Donc, la vie ne s'arrête pas. Au contraire, elle redémarre. Et c'est une opportunité de renaître telle que vous vous êtes jamais vue. C'est plus aligné.
- Speaker #0
C'est magnifique, comme ça tu vas pouvoir me dire justement qu'est-ce qu'il faudrait retenir de ton épisode, si on doit retenir deux ou trois choses, qu'est-ce que tu aimerais passer comme message ? Là tu en as déjà dit un, mais j'imagine que tu as d'autres choses à dire sur ce parcours, parce qu'on voit très bien que tu es venue aujourd'hui parler du cancer, entre autres, mais que ça a vraiment été une étape de vie pour toi transformatrice, tu n'es plus la même Maureen qu'il y a... Deux ans en arrière. J'ai 2020 en tête. Oui voilà, c'est ton fils, ça m'a marquée. Deux ans en arrière. Peut-être parce que j'ai l'impression que tu as vécu mille vies. Tu as bien rempli ces deux ans. Qu'est-ce que tu aimerais qu'on retienne de ton épisode ?
- Speaker #1
J'aimerais qu'on retienne que même un choc comme un diagnostic de cancer, ça peut être une opportunité de se réinventer et de se réaligner. d'accéder à un niveau de bonheur et de bien-être supérieur, en fait. Je pense vraiment que... Alors, j'ai eu la chance d'avoir cette chance, parce que, voilà, c'est pas le cas de tout le monde. Non, on peut pas le dire comme ça, mais...
- Speaker #0
Mais si, vas-y ! C'est ton épisode. Tu vas leur dire ce que tu veux. Je trouve ça très beau, justement. Parce qu'à ma place, je me dis, waouh, c'est puissant. La chance d'avoir cette...
- Speaker #1
Tu vois ?
- Speaker #0
Et toi, tu l'as vécu comme ça.
- Speaker #1
J'ai eu la chance d'avoir cette chance. Honnêtement. Et je pense que j'ai eu aussi... Le courage, je ne suis pas sûre que ce soit du courage, je suis comme ça en fait. Encore une fois, ça m'appartient de vivre de cette manière-là. Je suis quelqu'un qui rebondit tout le temps, qui voit le positif dans chaque chose. ayant envie d'en faire quelque chose de bien et de bon pour moi. Et ce que je fais, je le fais sans doute d'abord pour moi, en fait. J'ai l'honnêteté de dire que tout ça, je le fais pour moi. Et si ça peut aider d'autres personnes, génial, quoi.
- Speaker #0
Merveilleux. Si t'avais Morine de 2024 en face de toi, ou 2023, tiens, avant le diagnostic, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #1
Prends les décisions maintenant, arrête d'attendre. Qu'est-ce que t'attends ? Arrête de repousser. Et en même temps, je ne regrette pas parce que je n'aurai pas la légitimité que je ressens aujourd'hui grâce à l'histoire que j'ai vécue. Et je n'aurai pas fait l'accompagnement que j'offre aujourd'hui. Je pense que j'ai gagné en profondeur et en légitimité grâce à cette histoire-là.
- Speaker #0
Donc merci Maureen d'être venue partager un bout de ta vie, parce que je sais que tu n'as pas tout partagé. Bien sûr, on peut te retrouver où en dehors de l'épisode d'aujourd'hui ?
- Speaker #1
On peut me retrouver sur Instagram, arrobase maureenflieller. J'imagine qu'on retrouvera les noms quelquefois. Tout à fait,
- Speaker #0
en description, oui.
- Speaker #1
Super, c'est un peu difficile à appeler. J'ai aussi un site internet, maureenflieller.com. Ça, c'est mon site de photographie et d'accompagnement pour les entrepreneuses. Et puis, on me retrouve encore sur femmes-courage.ch.
- Speaker #0
Et oui, et on va te retrouver pendant ma résidence Business à Bienne. Tu seras l'heureuse élève qui va justement faire le shooting pour ces femmes entrepreneuses. Je suis ravie d'ailleurs que tu aies ouvert ce studio et que j'ai été trouvée, parce que vraiment, je trouve qu'on partage des valeurs communes. Je suis très heureuse pour les futures participantes, que tu sois là pour les accompagner pour ce moment si particulier. Donc voilà aussi, on va te retrouver.
- Speaker #1
Je me réjouis beaucoup de les rencontrer, de faire ça avec toi.
- Speaker #0
Moi aussi. Merci à tous d'avoir écouté cet épisode. S'il t'a parlé, s'il a suscité en toi une réaction, pense à nous mettre une petite étoile ou un petit cœur selon où tu écoutes cet épisode. Pense aussi à nous mettre un commentaire, moi ou Maureen, on sera ravis de les lire et d'y répondre. Parce que là, on est en train de registrer en studio, mais on sait que derrière tout ça, il y a des vraies personnes. Je te dis surtout merci d'être là, de m'écouter. Et je te dis à bientôt pour un nouvel épisode. Bravo, Madry ! Très bien, j'adore faire ça !