- Doris
J'ai remarqué que ces marques sont toujours pressées de commencer tout de suite à définir un logo, avoir quelque chose de beau ou qui reflète le beau, sans pour autant avoir travaillé sur l'essence même de ce qu'elles voudraient faire et de la mission de cette marque. Ce qui fait qu'on arrive à avoir une communication qui n'est malheureusement pas toujours très cohérente.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et à la rencontre d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour représenter un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa, éthiques et performants. Je suis Ramatha Diallo. Je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes. Je suis également consultante en marketing et communication. J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique. Et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de celles et ceux qui font la mode en Afrique. Au-delà de la mode, je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Doris Vélocastel. Doris est la fondatrice du cabinet de conseil L'Ecran Luxe, dont la mission est d'accompagner les marques dans leur stratégie de branding. Elle est également productrice de la websérie Héritage, dont l'ambition est de mettre en avant des savoir-faire made in Africa. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours et de ses activités de promotion de l'excellence des marques. Bienvenue Doris, comment vas-tu ?
- Doris
Je vais très bien, bonjour Anata, je vais très très bien.
- Ramata
Je suis ravie de t'entendre et de faire cette interview avec toi. Il me semble qu'on est sur un direct Paris-Madagascar, c'est bien ça ?
- Doris
Tout à fait, avec deux heures de décalage en ce moment. Donc ça va, on est dans le bon timing.
- Ramata
Très bien, c'est parfait. Pour commencer, je vais le faire comme je le fais toujours au début des interviews. Je vais te demander de te présenter.
- Doris
Déjà, merci Ramatha pour cette initiative. parce que ton projet est vraiment top, de vraiment mettre en lumière des parcours dans notre secteur. Et je suis convaincue que ce type d'échange va vraiment faire avancer l'industrie aujourd'hui. Donc je suis Doris Bello-Castel, je me définis comme un produit 100% Made in Africa parce que je suis née au Congo-Brasa, j'ai une mère nigérienne et un père béninois. Mais mon cœur reste la Côte d'Ivoire. Je dirais que je suis ivoirienne parce que ma culture est vraiment partie de ce pays. J'ai grandi en Côte d'Ivoire, j'ai fait mes études en Côte d'Ivoire, donc je suis ivoirienne.
- Ramata
Très bien, c'est intéressant que tu nous parles dès le début de cette interview du Bénin, du Nigeria et de la Côte d'Ivoire. Ça montre bien cette logique de l'Africa Fashion Tour qui est vraiment une volonté de faire un tour des différents pays. pays d'Afrique et de parler de créativité. Je pense que ça va être un épisode super intéressant. Ce que je voulais te demander, c'était que tu nous partages un petit peu tes débuts en termes d'études et de premières expériences professionnelles.
- Doris
D'accord. Aujourd'hui, je réside à Madagascar déjà depuis 5 ans. Je suis arrivée à Madagascar de par mon conjoint, qui est mon mari aujourd'hui, et qui a eu une opportunité. en termes d'un job à Madagascar. Et donc, c'est comme ça que j'atterris ici. Mais avant de venir à Madagascar, j'ai un parcours, je dirais, qui n'est pas linéaire, mais qui s'est construit comme un puzzle parce que ça tourne vraiment autour de la stratégie, de la gestion de projet, du marketing, de la publicité et de la communication. Parce que j'ai commencé mes premières années dans un cabinet de marketing opérationnel. et en organiser essentiellement des événements B2B, qu'ils soient à portée nationale et internationale. Et ensuite, quelques années plus tard, j'ai dirigé une start-up qui était spécialisée dans des outils de communication. Donc de manière plus concrète, je dirais, ce qu'on appelle aujourd'hui des photobouffes. mais avec un prisme vraiment plus marketing, parce que l'objectif, c'était d'amener des personnes à fournir le maximum d'informations pour que les entreprises sachent comment adresser un message et leur stratégie de marketing communication. Et après, malheureusement, la start-up a duré quatre ans. Je dirais aujourd'hui qu'on était un peu avant-gardiste sur le projet parce que le public était plus intéressé sur le volet ludique. de cet outil que sur le volet un peu plus business stratégie. Et donc, mon parcours par la suite, j'ai intégré une agence de publicité, puis des agences de communication. Et donc, ça m'a vraiment permis de comprendre vraiment ces différentes notions-là. Parce que c'est vrai que quand on est dans la communication, au départ, on ne sait pas vraiment, c'est tellement large que c'est important vraiment de connaître les différentes complémentarités. Et donc ça, ça a duré en tout, sur ces différentes expériences, je dirais, 3-4 ans, jusqu'à ce que j'arrive à Madagascar. Et donc à Madagascar, j'ai intégré un grand groupe qui s'appelle Action, qui travaille, qui exerce dans différents secteurs comme télécom, l'énergie, la finance, l'immobilier. et j'étais à la direction communication du groupe. Et donc, par la suite, j'ai décidé de faire une pause. Beaucoup de femmes connaissent et choisissent. Donc, c'est un choix assumé de faire une pause à ce moment-là et d'accueillir en premier fils. Et j'ai profité justement parce que c'était un objectif aussi de faire un MBA en management du luxe parce que j'avais toujours été attirée par ce secteur.
- Ramata
Très bien, assez impressionnant que tu nous partages en fait tout ce parcours et cette expertise que tu as développé dans le secteur de la communication et de la stratégie. peu marketing des marques avec un côté mode au début mais pas que. Tu as toujours eu un intérêt finalement pour la mode, le luxe ou c'est venu un peu sur le tard ?
- Doris
C'est bien que tu me dises ça parce que j'ai tendance à occulter que j'ai exercé pendant près de 12 ans dans la mode en en tant que mannequin, donc principalement en Afrique. C'est aussi et certainement un des premiers accès à ce secteur qui m'a donné envie de faire ce que je fais aujourd'hui. Parce que justement le secteur de la mode est tellement divers. Le fait de rencontrer différents acteurs, designers avec des styles, des modèles différents, des cultures différentes, ça m'a aussi construit vraiment aussi dans cette notion mode. avant véritablement de parler de luxe.
- Ramata
Très bien, super intéressant. Je ne savais pas du tout que tu avais un... En fait, la mode, ça a toujours fait partie quelque part de... Je ne vais pas dire ton ADN professionnel, mais en tout cas, ça ne t'a jamais vraiment quitté, en fait.
- Doris
Non, et puis je pense que ce sont des notions qui, comme elles ne sont pas palpables, on ne le voit pas tout de suite, mais certainement que ça m'a influencée positivement. à vouloir vraiment exercer dans un secteur qui est beaucoup plus large aujourd'hui, mais qui est axé vraiment sur des volets type mode et plus encore aujourd'hui par rapport au cabinet que j'ai lancé.
- Ramata
Très bien. Et du coup, ce que j'ai trouvé intéressant aussi dans ta présentation, c'est que tu évoques le fait de la naissance de ton premier fils et le MBA. Donc toi, tu t'es dit, on va faire les deux en même temps. On va s'accorder une pause, puis on va gérer le côté maternité et reprise d'études en parallèle.
- Doris
C'est ça. Et en fait, j'avais envie de faire une formation, j'avais envie de faire ce MBA qui était pour moi important, dans le sens où, de par les différentes expériences professionnelles, j'avais le sentiment qu'il me manquait cette notion. C'est quoi le luxe ? C'est quoi l'expérience luxe ? Qu'est-ce qu'il faut apprendre pour... enrichir vraiment mes connaissances et mes compétences. Donc, c'était plutôt, je veux faire une formation, je veux me former davantage, me spécialiser. Et je suis tombée enceinte aussi à ce moment-là, donc de manière bien organisée, bien entendue. Et donc, je me dis, écoute, une pierre deux coups, je fais une pause et je me concentre vraiment sur mes études qui ont duré un an, qui me permettaient aussi de travailler en parallèle parce que c'était une formation en ligne. Donc, j'avais aussi cette possibilité d'attitude. de pouvoir me former et lancer mon agence en parallèle, mais quand même quelques mois plus tard.
- Ramata
Donc là, ce que tu évoques, c'est que finalement, le fait d'avoir pris un temps, en fait, par rapport à la maternité et également la reprise d'études pour le MBA, ça t'a conduit directement après à créer ton agence, en fait, Écran Luxe ?
- Doris
Oui, oui, je dirais dans le sens où, donc déjà, j'avais envie de faire cette formation. J'avais aussi envie de prendre un petit... un petit temps de césure pour vraiment orienter et me spécialiser dans un secteur. Et comme, bien entendu, c'était vraiment un domaine qui m'attirait, ça faisait vraiment sens. Premièrement. Ensuite, ce que je pourrais dire, c'est que étant un produit africain, comme j'aime le dire, j'avais aussi envie de pouvoir contribuer au développement de mon continent. Donc, si c'est ce secteur qui m'intéresse, Et surtout quand j'ai étudié vraiment tout ce qu'il y avait à faire et le potentiel qu'on a dans les différents pays en Afrique, ça faisait sens pour moi de contribuer de cette façon-là, tout à fait.
- Ramata
Très bien, super intéressant. Donc, dès le départ, tu avais vraiment une ambition de finalement créer ta propre structure, mais avec une volonté de contribuer, d'aider, d'accompagner des marques africaines. Ça faisait partie d'un peu la mission. de ton entreprise, c'était quelque chose qui était là dès le départ.
- Doris
Oui, surtout. Et je me souviens, quand je me suis inscrite pour ce MBA, parce qu'ils me posent quand même pas mal de questions par rapport aux critères de sélection, ils m'ont demandé pourquoi vous voulez faire cette formation. Au départ, c'est parce que j'étais en train de lancer une marque qui me tenait à cœur, parce qu'à Madagascar, il y a une richesse exceptionnelle en termes de produits, de matières. première d'huile essentielle et comme j'étais vraiment focus sur ce volet-là, je partais dans l'idée au départ de lancer ma marque. Mais à côté de cela, je me suis dit, ok, tu veux lancer ta marque, mais en même temps, tu as aussi envie de pouvoir contribuer de manière plus large. Et donc, ça faisait vraiment sens parce que j'ai toujours été attirée par les marques. Par l'idée de faire quelque chose pour une marque, par l'image de marque, l'expérience. Et donc, oui, on va dire que ça a été vraiment une réponse au départ de me dire que j'allais vraiment m'orienter pour lancer cette agence.
- Ramata
Très bien. Et donc, aujourd'hui, est-ce que tu peux nous parler des différentes missions que tu remplis avec cette agence ?
- Doris
Bien sûr. Alors, l'écran, on est spécialisé dans tout ce qui est stratégie de marque. Donc, quand on parle de stratégie de marque, ça intègre vraiment L'idée et l'envie d'accompagner les entreprises pour savoir comment définir leur identité. Quelle est leur mission ? Quelle est la vision ? Quel est le positionnement ? Quel est l'engagement que l'entreprise veut vraiment mettre en avant ? L'objectif, au travers d'Ecrin, c'est véritablement de révéler les marques et de sortir ce qu'il y a de meilleur en elles pour qu'elles arrivent à se positionner dans le marché dans lequel elle souhaite s'implanter.
- Ramata
Et dans ta manière de fonctionner au sein de cette agence, est-ce que tu travailles plutôt avec des chefs d'entreprise qui sont en lancement de leurs marques et du coup vous travaillez dès le début à vraiment poser les bases, les fondations de la stratégie de branding ou est-ce que tu travailles aussi avec des marques installées qui sont dans une logique de repositionnement, de refonte en fait ? de leur image de marque et donc du coup, qui vont te solliciter pour ça ?
- Doris
Donc, j'ai démarré il y a trois ans et c'est vrai que les entreprises pour lesquelles j'ai travaillé étant à Madagascar sont des entreprises qui sont quand même plus structurées dans le temps. Je dirais qu'elles existent déjà depuis plus de 25 ans, 30 ans et qui ont déjà un bon bagage en termes de ressources, mais qui... ont cette nécessité aujourd'hui d'avoir un positionnement qui soit révélé et qui arrive aussi à rayonner un peu plus de manière plus large. Donc dans mon panel, je dirais que j'ai à 80% des marques un peu plus accomplies en termes d'expérience, mais j'ai aussi des jeunes entreprises. Donc quand je dis jeunes, c'est des entreprises qui sont construites en moins de 5 ans. qui ont compris la nécessité d'être accompagnés pour construire leur branding, leur positionnement et leur stratégie marketing communication.
- Ramata
Et en termes de secteur, on a parlé du côté mode. Du coup, ça va être des marques de mode, de la beauté. Quels sont les différents types de marques que tu as pu accompagner, types de projets sur lesquels tu as pu intervenir avec ton agence ?
- Doris
Aujourd'hui, j'ai principalement des marques entreprises qui sont dans le secteur de la mode et de l'habillement, et aussi plus dans l'habillement textile, plus dans le textile. J'ai accompagné également des entreprises dans le secteur de la beauté. Et ensuite, il y a quelques entreprises qui m'ont sollicité, pour l'instant, qui sont plus sur des volets type hôtellerie. Donc, on reste toujours vraiment dans des domaines liés vraiment au secteur du luxe et premium aussi. Parce que l'objectif, c'est bien sûr, on parle de luxe, mais ce que j'aime dire c'est que Être une entreprise de luxe n'est pas une obligation et ce n'est pas une fatalité. L'objectif aujourd'hui, c'est d'avoir une structure, d'avoir une entreprise qui souhaite vraiment partager son récit, qui souhaite vraiment définir qui elle est et attirer le maximum, en tout cas sa cible, pour qu'elle puisse vraiment comprendre qu'est-ce qu'elle veut offrir. donc quand il y a des entreprises qui ne... ne savent pas encore comment se positionner, comment vraiment définir leur marque, on est en mesure de les accompagner, de repositionner leur marque, qu'elle soit de gamme différente, pour justement améliorer leur image. Donc aujourd'hui, dans des entreprises dans le secteur du luxe à Madagascar, il y en a quand même quelques-unes avec lesquelles on a pu travailler, et de Madagascar, avec d'autres entreprises, principalement dans la beauté. et dans la mode qui souhaite justement construire leur identité de marque. Donc encore assez jeune, je dirais.
- Ramata
Très bien, c'est intéressant que tu dises que le luxe n'est pas obligatoire, que ce n'est pas forcément... Il y a des marques qui réussissent, qui sont à l'entrée de gamme et qui sont très puissantes en étant positionnées sur l'entrée de gamme. Donc l'idée, c'est d'avoir un positionnement qui soit clair et qui soit pertinent par rapport aux produits que l'on veut vendre. Il n'y a pas une... obligation à choisir un positionnement luxe. Est-ce que toi, tu as pu voir des cas où il y avait pour le coup un produit qui n'était pas assez valorisé ? Un produit qui avait tous les codes du luxe mais qui ne les embrassait pas ?
- Doris
Oui, et je dirais même, avant de répondre, c'est que, pourquoi j'insiste vraiment sur ce volet-là ? c'est que surtout en Afrique, je dirais en Afrique francophone, parce que c'est ce que je connais le mieux, on a tendance à confondre luxe et mode. Quand on parle juste du secteur de la mode, beaucoup de marques se présentent comme des entreprises dans le secteur de la mode, comme des entreprises de luxe, alors qu'en fait, ce n'est pas du tout le cas. Bien que parfois, il y a quand même pas mal d'éléments qui sont rassemblés, il y a tout un travail à mettre en place au-delà de l'image de marque. Ne serait-ce que dans la structure du produit, dans la manière de valoriser et d'utiliser en ce cas les matières premières, le savoir-faire. Il y a pas mal de choses qu'il faut prendre en compte pour vraiment se positionner luxe. Et ensuite, ce que je pourrais dire, c'est qu'effectivement, il existe beaucoup de marques dans le secteur mode en Afrique qui ont tous les outils, qui ont tout ce qu'il faut. le savoir-faire, les matières premières, l'histoire, la culture, mais qui, dans leur récit, n'arrivent pas à exprimer ou à valoriser vraiment tout ce potentiel. Donc bien sûr, je ne pourrais pas en citer, parce que ça reste aussi de mon regard et que ça peut parfois aussi être un peu subjectif, mais il y a pas mal de marques, justement, je pense qui gagneraient à revoir vraiment quel est le positionnement qu'elles recherchent, qui va... attirer la clientèle qu'elle recherche aussi pour réussir à vendre. Parce qu'à la fin de la journée, l'objectif, ce n'est pas de se dire, je suis une marque de luxe, je suis une marque premium, je suis une marque haut de gamme, très haut de gamme. À la fin de la journée, on se vendre. C'est surtout ça qui est important.
- Ramata
Je suis complètement alignée avec cette analyse. Effectivement, l'idée, c'est d'aller être capable de définir un positionnement pertinent par rapport à un client que l'on souhaite viser. Et c'est surtout ça la priorité. Et si Merci. Et c'est parfois aussi d'oser se positionner luxe parce que parfois, on a de l'or entre les mains et on ne s'en rend pas forcément compte.
- Doris
Tout à fait, tout à fait.
- Ramata
Toi, quels sont les leviers en termes de stratégie que tu recommandes aux chefs d'entreprise, aux marques d'utiliser pour asseoir un positionnement ? On peut rester dans le domaine du luxe, mais même de manière générale, quels sont les leviers et les conseils que tu peux partager sur, à un moment donné, quand on veut poser les fondations d'une marque et qu'on réfléchit au branding, quels sont les trois leviers sur lesquels tu recommanderais de... d'insister, de travailler pour avoir un positionnement pertinent ?
- Doris
Ce que j'aime dire aux entreprises, aux entrepreneurs, quand je commence à travailler avec elles, avec eux, c'est véritablement définir sa plateforme de marque. Donc, ça donne un terme un peu cliché marketing, mais de manière terre à terre, c'est de définir véritablement qui est cette marque et qu'est-ce qu'elle veut en faire. et surtout et avant tout... Qui est la personne qui est derrière cette marque ? Quelle est la vision fondatrice ? Parce que lorsqu'on lance une marque, on lance un projet, et ça peut s'étendre effectivement, pas seulement dans le secteur du luxe, mais pour toute marque qui veut se lancer, c'est déjà de comprendre quelle est la mission, quelle est la vision de cette marque. Il faudrait qu'elle vienne répondre véritablement à un besoin, et pas je crée une marque de soins pour les cheveux, parce que je trouve que mes cheveux, à moi, sont d'une texture X et que je voudrais que ce soit Y, sans pour autant avoir fait des études de marché, sans pour autant comprendre que le produit, ce n'est pas à effet personnel, mais à un effet plus large. Donc, il faut véritablement comprendre pourquoi on lance sa marque et définir des points clés qui sont essentiels. Donc, le positionnement, les valeurs, la vision fondatrice. et par la suite ça nous permettra aussi d'avoir et de poser vraiment les bases d'un territoire de communication et d'expression en disant moi j'ai une marque de beauté mais je voudrais qu'au travers de cette marque des femmes puissent s'identifier, des femmes puissent s'apprécier des femmes puissent s'aimer donc vraiment faire en sorte qu'on soit une entreprise à mission et ça me fait sourire parce qu'aujourd'hui ce que je remarque Merci. C'est qu'on communique beaucoup sur des marques responsables, mais ça a toujours existé, ça a toujours été là. C'est juste qu'aujourd'hui, ça fait un nouveau levier important à mettre sur papier, mais qui doit émaner de manière puissante et forte dès le début de la création de sa marque. Donc, véritablement, pour moi, ce sont des leviers qui sont très importants, que je demande toujours aux entrepreneurs. Je leur dis, mais vous savez, vous les connaissez déjà, tous ces éléments-là. Vous les connaissez, c'est pour ça que vous voulez créer la marque. Donc l'objectif, c'est de faire ressortir. Parfois, je me dis peut-être que c'est un travail de psychologue, parce qu'il faut vraiment échanger, discuter avec les entrepreneurs, avec les entreprises, pour qu'elles arrivent elles-mêmes à mettre des mots sur ce qu'elles ont envie de construire au travers de cette marque.
- Ramata
Très bien, je comprends tout à fait ton point du côté un peu psychologue. Je pense qu'il y a vraiment ce sujet de quand on est le nez dans le guidon dans l'opérationnel du développement de sa propre marque, qu'on n'a pas toujours... on n'arrive pas toujours à prendre ce pas de recul, cette mise en perspective pour pouvoir se dire « Ok, je regarde un petit peu de loin et je vais venir poser mes ambitions, ma mission et ne pas rester que sur effectivement « J'ai souhaité résoudre un problème que moi je rencontrais, mais d'aller plus loin pour en faire vraiment une mission d'entreprise beaucoup plus large. » Et ça, effectivement, c'est à ça que vont servir... des agences comme la tienne, le fait de travailler avec des consultants experts en marketing, en stratégie et branding de marques, parce qu'il y a un vrai travail à faire sur ces sujets-là. Est-ce qu'une fois que vous avez identifié ces premiers points, est-ce que tu interviens aussi sur la partie communication, c'est-à-dire vraiment direction artistique, campagne ? Comment on retranscrit les éléments du positionnement à travers le packaging de la marque, à travers la communication sur les réseaux sociaux, à travers les affiches, à travers les différents éléments de communication de la marque ?
- Doris
Alors en fait, effectivement, on travaille du début de ce que j'appellerais, je dirais la genèse du projet qui est de définir vraiment ces éléments clés qui vont permettre de comprendre véritablement... qui est la marque, ce qu'elle fait, ce qu'elle doit faire, ses engagements, etc. Et ce que j'aime toujours donner comme exemple, c'est de se dire qu'on construit une maison et que ces éléments-là font partie vraiment des fondations. C'est la fondation. Une fois qu'on a fini de poser la fondation, une fois qu'on a fini de mettre les murs, on a envie maintenant de décorer sa maison parce qu'on sait à partir de ce moment-là, à partir de cette plateforme de marque, à quoi doit ressembler notre maison. Donc on a la fondation, on a la structure, on a les portes, les fenêtres, mais maintenant on doit savoir quelle est la couleur qu'on a envie de mettre. Est-ce qu'on veut mettre du blanc, du vert, du rouge ? Quel type de fauteuil on veut agencer ? Après, moi, j'aime bien rentrer dans les détails. Je ne sais pas si tout le monde est comme ça, mais en tout cas, prendre le temps de savoir vraiment comment agencer toutes ces couleurs. Et ça, c'est vraiment la deuxième étape qui est de définir vraiment toute cette notion d'identité visuelle qui soit en cohérence avec vraiment l'identité de la marque. Et en troisième point, c'est OK, très bien, ma maison, elle est prête. j'ai euh j'ai Ma maison, mon toit, mes fenêtres, mes portes, ma structure, mes couleurs, mon canapé, ma télé, tout ce qu'on veut y mettre. Et sauf que quand on a une maison, on a envie d'inviter des gens, on a envie d'inviter sa famille, on a envie d'inviter ses amis, on a envie d'inviter des personnes à qui ça ferait plaisir en tout cas et on a envie de recevoir des gens. Et donc là, c'est cette troisième étape qui est toute la partie définition, stratégie marketing, stratégie de communication. Parce que là, on appelle notre cible, on appelle des gens à venir chez nous, à s'y installer. Donc, on accompagne vraiment sur ces trois volets, plateforme de marque, identité visuelle, donc toute la direction artistique, comment on veut définir la marque, la charte graphique, le logo, les couleurs, etc. Et en troisième point, la stratégie marketing communication, les messages adressés à telle cible. les actions à mettre en place, pourquoi on le fait, est-ce qu'il faut faire un site internet, est-ce qu'il faut aller sur Instagram, TikTok, Facebook, LinkedIn, etc. Comment on le fait, le contenu qu'il faut mettre en place, qu'il faut rédiger. Donc, on a aussi un volet opérationnel, parce que je travaille avec des prestataires aussi externes qui sont spécialisés chacun dans ces domaines-là pour répondre clairement aux besoins du client.
- Ramata
Très bien, c'est justement ce que j'allais te demander. C'est comme en termes d'organisation, ça fait un champ de compétences assez large à aborder au sein de ton agence, puisque depuis la plateforme de marque jusqu'à des éléments opérationnels de contenu pour les réseaux sociaux ou pour la communication. Comment est-ce que s'organise ton équipe pour répondre à ces différents besoins ?
- Doris
Alors, c'est vrai que je travaille avec des équipes partenaires. Donc, je reste le chef d'orchestre du projet pour définir vraiment tous les éléments stratégiques. Et après, j'ai mes partenaires in crime, comme on dit, qui sont à la fois spécialisés dans la partie graphisme comme dans la partie production audiovisuelle. Et donc, l'idée, c'est... J'établis un brief sur les éléments qu'il faut mettre en place. Et ensuite, j'orchestre vraiment sur le rendu que recherche le client et qui répond vraiment à cette identité qui a été construite avec lui.
- Ramata
Très bien. Est-ce que tu nous partagerais des exemples de marques avec lesquelles tu as travaillé ?
- Doris
Alors, oui, il y a... Qu'est-ce que je pourrais citer ? Sans citer de nom, parce que je n'ai pas demandé l'autorisation, mais il y a une entreprise avec laquelle j'ai travaillé quand j'ai démarré à Madagascar, qui est une grande structure qui existe déjà depuis 30 ans, qui est spécialisée dans le textile et pour qui il fallait travailler sur... Donc des éléments en termes de contenu plutôt sur le site internet. Donc il fallait faire une refonte de textes, de structures. Donc voilà, on a été amené à travailler sur ces volets-là. Et notamment sur une stratégie de contenu, parce qu'ils ont un savoir-faire qui est juste exceptionnel. Et donc l'idée, c'était de définir une stratégie de comment... valoriser ces savoir-faire. Donc, on a fait une série de vidéos avec les six savoir-faire qu'ils proposent pour leur clientèle internationale. Et donc, voilà, c'était des vidéos avec des artisans, avec des focus vraiment sur le travail de la main, le travail du geste. Parce qu'en plus, ce qui est très, très beau à Madagascar, c'est cette force au sein du savoir-faire Heureux. des femmes à malgache, du geste qui était beau et important à valoriser. Donc on a eu quelques actions en termes de stratégie de contenu. Il y a une autre entreprise également dans le textile pour qui il fallait vraiment définir toute une plateforme de marques, toute une stratégie de communication, une identité visuelle. Donc voilà, on a fait le travail vraiment du début et on continue encore à faire de proposer en tout cas des stratégies sur l'année. Et enfin, ce dont je pourrais parler également, c'est une entreprise qui est basée en Côte d'Ivoire. Je pense qu'elle ne m'en voudra pas que je la cite parce que c'est ma petite chérie Carole, elle a une marque qui s'appelle Nayou. C'est une marque pour enfants qui confectionne tout ce qui est accessoire. Pour enfants, on a travaillé aussi sur la définition de la marque. On a également défini toute la charte graphique. Et aujourd'hui, je pense, sans parler pour elle, qu'elle est assez contente pour continuer l'exercice et raconter son histoire.
- Ramata
Très bien, merci de partager ces exemples concrets. On voit bien le côté... un peu pas l'africain de ton agence, en tout cas, tu parles d'un exemple en Côte d'Ivoire, à Madagascar, donc on sent bien que tu vas intervenir auprès de différents clients sur le continent. Aujourd'hui, je sais que tu travailles aussi avec des clients qui sont en dehors du continent africain. Aujourd'hui, est-ce que toi, tu identifies des problématiques qui seraient communes à... à des entrepreneurs basés en Afrique, à des marques basées en Afrique ? Est-ce qu'il y a des sujets sur lesquels, qui sont récurrents, sur lesquels plusieurs marques auraient besoin de progresser ?
- Doris
Alors, oui, je dirais, et je pense que je continuerai à gagner aussi en connaissance, mais ce que je peux dire aujourd'hui que j'ai remarqué sur les entreprises naissantes, c'est qu'on met très souvent la charrue avant le boeuf, c'est ça ? C'est la chargée avant les bœufs,
- Ramata
c'est ça l'expression ?
- Doris
Avant les bœufs, tout à fait. Pourquoi ? Parce que j'ai remarqué que ces marques sont toujours pressées de commencer tout de suite à définir un logo, avoir quelque chose de beau ou qui reflète le beau, sans pour autant avoir travaillé sur l'essence même de ce qu'elles voudraient faire et de la mission de cette marque. Ce qui fait qu'on arrive à avoir une communication qui n'est malheureusement pas... toujours très cohérente et pourtant les idées sont là. Parce qu'aujourd'hui, je dirais que grâce à toute cette digitalisation, grâce à l'accès à toutes ces informations qu'on peut avoir de partout, les marques comprennent vraiment quels sont les enjeux, quels sont les territoires de communication sur lesquels elles peuvent s'appuyer. Mais je trouve que parfois c'est un peu décomposé. parce que certainement qu'elles ont besoin d'un accompagnement, après peut-être pas forcément dans ce style-là, mais on a tendance à faire l'amalgame entre la communication, entre la stratégie, entre les actions à mettre en place, et donc ça se décompose. C'est vraiment ce que j'ai remarqué aujourd'hui, et quand on leur explique véritablement par quoi il faut commencer, en tout cas je pense que ça fait sens. pour eux, de définir vraiment ce qu'elles voudraient faire.
- Ramata
Très bien, intéressant, effectivement. Je te rejoins assez sur cette réflexion-là. Dans le travail de plateforme de marque et le travail sur la communication, tout ce qui est lié au RP et aux médias, ça fait aussi un maillon de la chaîne qui contribue à promouvoir les marques. C'est-à-dire qu'une fois qu'elles ont bien fait le travail de... de positionnement, bien fait le travail, qu'elles ont des contenus qui sont, comment dire, de bons révélateurs d'une plateforme de marque bien construite, le relais peut être fait à travers des médias et à travers des relations presse. Est-ce que tu interviens aussi à ce niveau-là ?
- Doris
Alors, oui et non. Ou je dirais oui, parce que ça reste toujours dans la même structure de présentation. C'est que pour une entreprise, dans la stratégie. qu'on leur présente. On leur dit justement s'il y a un réel besoin en termes de stratégie RP, on définit les actions et par la suite, je m'appuie de professionnels, justement pour ne pas chercher à tout faire parce qu'il y a des spécialisations, il y a des personnes et des profils spécialisés qui ont tout de suite l'accès aux médias de référence dont a besoin l'entreprise à un moment clé. On propose une stratégie RP en disant écoutez, par rapport au lancement de votre marque, vous devriez définir une stratégie RP. Voici comment il faut la mettre en place. Voici potentiellement les médias à associer, les personnes à rencontrer. Une fois que le client est OK, on définit maintenant d'un point de vue plus opérationnel. avec des spécialistes RP qui nous accompagnent.
- Ramata
Très bien. Et en termes de... Voilà, tu parles de spécialistes RP. Toi, le point, c'est de... Voilà, il y a un certain nombre aujourd'hui de médias comme Rolling Stone Africa ou El Codivoir qui vont vraiment être des médias africains qui sont des franchises de médias connus à l'international qui... vont se faire le relais de différentes initiatives qu'il peut y avoir sur le continent. Et puis, il va aussi y avoir, bien sûr, le fait que les marques, le rêve, c'est d'avoir une parution dans Vogue, dans ce genre de médias apportés à l'international. Donc, ça peut être Vogue, mais ça peut être Vogue Portugal, Vogue Italie. US étant peut-être le rêve ultime, mais il y a des chemins qui mènent aux US. Toi, ta position par rapport à ces différents médias, est-ce qu'il y a des médias que tu recommandes plus que d'autres ? Est-ce qu'il y a, selon les stratégies des marques, est-ce que tu comprends cette espèce de rêve ? Parfois, c'est un peu, j'aurais réussi quand j'aurais ma parution dans tel ou tel magazine.
- Doris
Alors, c'est vrai que déjà, ça dépend aussi de la... complexité du projet, ça dépend de l'objectif aussi du projet. Si on est sur un lancement pour une jeune marque qui a un budget... assez contrôlée, on ne va pas lui dire écoute, va faire une parution dans Vogue Italie parce qu'en effet immédiat, je ne suis pas sûre qu'il y aura un réel impact. Et donc, à partir de ce moment-là, on définit directement sans passer par un spécialiste une stratégie qui soit beaucoup plus ciblée avec 6 besoins, 5 ou 6 acteurs. locaux, voire internationaux. Encore, ça dépend vraiment du budget aussi de la marque. Après, quand on est sur des entreprises à taille, à échelle plus grande, oui, là, on s'appuie justement sur une expertise plus large avec du coup une définition qui se base à l'international. Donc encore une fois, ça dépend vraiment de la marque, de ses objectifs, de la stratégie qui a été mise en place pour se dire on reste vraiment sur un marché purement africain, si c'est une marque africaine ou afrique diaspora et où on l'appuie aussi avec des médias internationaux. Aujourd'hui, depuis la création d'Ecran, on n'a pas encore eu des entreprises qu'on a accompagnées dans ce sens. Toutefois, quand je travaillais encore en Côte d'Ivoire au travers des différentes agences de communication sur des marques et des produits différents, la manière de collaborer était pratiquement la même. Donc on est à même de pouvoir le faire aujourd'hui, mais ça dépendra vraiment des besoins de l'entreprise et de ce qu'elle recherche.
- Ramata
Après, mon point, c'est aussi que c'est important de préciser que parfois, en termes de com, on peut être face à des entrepreneurs qui ont ce rêve et finalement à qui il faut faire un travail d'éducation sur, il faut qu'on travaille l'image de marque, il faut qu'on travaille les contenus il faut qu'on travaille la plateforme de marque et quand tu auras tous ces éléments prêts, ce sera pertinent pour toi d'aller chercher une parution dans certains médias mais parfois il y a ce côté vanity matrix où on a envie d'avoir on va... le logo de sa marque ou la photo d'une pièce de sa collection en couverture d'un magazine ou à l'intérieur d'un magazine parce que c'est ou porté par telle ou telle célébrité ça a un côté vanity matrix mais parfois c'est pas forcément l'étape numéro 1 par laquelle il faut passer et pourtant parfois il y en a certains pour eux communication égale presque je veux voir ma là Je veux voir ma marque dans un magazine. C'est un truc un peu premier degré.
- Doris
Surtout qu'il faut se poser la bonne question. Est-ce que je veux être dans un grand magazine parce que ça va me faire vendre ? Parce que j'insiste toujours sur ça. Est-ce que ça va faire vendre ? Ou est-ce que ça va faire plaisir à mon égo ? Parce que si c'est pour faire plaisir à son égo, je ne pense pas que ce soit utile. Et c'est vrai qu'effectivement, il y a... Moi, je n'en ai pas rencontré beaucoup, ou en tout cas... d'entrepreneurs qui se pressent vraiment à avoir cette portée internationale. Mais ce que j'ai remarqué effectivement, c'est qu'il y a une définition de la réussite qui est de se dire que je suis une marque africaine, on reste vraiment dans le secteur de la mode, je suis une marque mode en Afrique. Pour réussir, pour dire que ma marque a réussi, il faut forcément... qu'elle soit une marque qui soit portée à l'international. Je dirais que oui, parce que c'est bien, mais ce n'est pas la finalité. La finalité, c'est de se dire, en termes de reconnaissance, c'est déjà avoir une reconnaissance apportée à échelle nationale, parce qu'en Afrique, ne serait-ce que pour parler de l'Afrique, je me rappelle, j'avais vu une étude où on disait que le marché mode habillement en Afrique, dans le secteur du luxe, pèse. plus de 31 milliards de dollars. C'est-à-dire qu'il y a un réel potentiel et il y a des vrais consommateurs qui aujourd'hui sont dans un sentiment de fierté de se dire qu'ils peuvent porter africain. Ce que j'aime dire à ces marques, c'est que avant de courir vers l'international, il faut déjà avoir cette réussite à une échelle en Afrique, qui est une échelle assez large. Il y a énormément de territoires à conquérir. Les marchés sont différents, les cultures sont différentes. Et cette reconnaissance internationale, elle se fera comme une conséquence et pas comme un but.
- Ramata
Complètement alignée, c'est vraiment intéressant. Je partage complètement ton point de vue sur ces sujets-là. Et je le vois aussi de mon côté, il y a une cherté du Made in Africa et il y a des belles réussites locales, régionales, Afrique de l'Ouest, Afrique de l'Est, sur plusieurs pays qui font que Il y a des exemples de marques qui sont présentes dans plusieurs points de vente dans plusieurs pays d'Afrique et qui sont tout à fait conscientes qu'elles ont une clientèle à conquérir, à fidéliser sur le continent et que c'est une vraie priorité et qu'elles peuvent travailler en parallèle. la notoriété à l'international et les opportunités à l'international, mais ça peut se faire dans un second temps. Et ça commence à vraiment s'envisager comme une vraie réalité terrain. Il y a des potentiels de chiffre d'affaires sur le continent et c'est aux marques africaines d'aller le chercher en fait.
- Doris
Tout à fait.
- Ramata
Donc maintenant, j'ai envie de parler de la web-série dont tu es la productrice, qui s'appelle Héritage. pour que tu nous expliques un petit peu quelle est la genèse de cette initiative et que tu nous racontes un petit peu où est-ce qu'on peut la regarder, déjà cette web-série, et puis qu'est-ce que ça raconte, quel était ton objectif avec la réalisation de cette web-série ?
- Doris
Alors, Héritage, c'est mon petit bébé qui a démarré en décembre 2025. C'est vrai que ce que je disais dans la continuité de choses qui m'inspirent, de projets qui m'inspirent, c'est vraiment d'aujourd'hui me dire que je pourrais aussi être une actrice dans l'ouvrage de ce qu'on peut produire en Afrique, dans les différents savoir-faire, dans notre culture. Et vu que c'est le domaine aujourd'hui dans lequel je me suis spécialisée, ça faisait sens pour moi de produire quelque chose. Et donc, c'est comme ça que m'est venu Héritage. C'est une émission que vous pouvez retrouver sur YouTube. Donc, Héritage Afrique. On a à ce jour deux émissions à notre actif. On a démarré essentiellement, je démarre essentiellement une série à Madagascar, par logique parce que j'habite à Madagascar, mais aussi par évidence parce qu'il y a un réel et un beau... une belle histoire à Madagascar dans le secteur du luxe. Je me souviens quand j'ai fait le MBA en management du luxe. À ce moment-là, je ne savais pas le potentiel qui existait dans le pays. Et du coup, j'étais très heureuse de voir qu'il y avait énormément d'acteurs, de savoir-faire, de matières premières qui devraient rayonner davantage. Et Héritage, c'est un projet qui valorise vraiment l'émergence de l'industrie du luxe, mais d'Inafrica, et qui s'inscrit, je dirais, dans une dynamique de transformation et de reconnaissance de l'existence d'une industrie qui est émergente, sans pour autant, bien sûr, occulter ou oublier ceux qui ont façonné ce secteur déjà des années auparavant. Et quand je dis ça et que je m'appuie dans la mode, je pense à nos... pères comme Pathéo, Alphadie, qui ont construit des choses juste extraordinaires. Et pour aller au-delà de la mode, il y a énormément de choses qui se font, qui sont magnifiques, parfois isolées, mais qui sont très très belles dans le secteur de la gastronomie, de l'hôtellerie, de l'art de vivre, de l'artisanat d'art. Et donc l'objectif, c'est vraiment de révéler tout ce qui se fait au travers d'acteurs, Merci. d'artisans, d'entrepreneurs, de marques, pour faire rayonner une Afrique fière et audacieuse et capable de faire des choses exceptionnelles.
- Ramata
Super, on comprend bien l'ambition de ce projet. Et du coup, l'idée, c'est de suivre des marques, de suivre des artisans. Comment un petit peu, si tu devais nous décrire un peu un épisode, comment tu pourrais le résumer sans tout dévoiler ? pour qu'on ait envie d'aller le voir en intégralité. Mais est-ce que c'est des interviews face caméra ? Est-ce que c'est plutôt la caméra qui suit la main de l'artisan ? Comment est-ce que tu as travaillé un petit peu la réalisation ?
- Doris
Aujourd'hui, on est dans un format de 15 minutes. Donc l'objectif, c'est de présenter chaque mois, ou chaque mois, oui, chaque mois, bien sûr. Un acteur, une marque, donc la première marque, sans en dire beaucoup, je vais essayer de faire la narration un peu en mode suspense, même si elle est déjà là, la vidéo. C'est, donc on avait fait une vidéo pour Made for Women, qui est une entreprise de mode dans le secteur du luxe, qui propose en tout cas des sacs et des accessoires pour des marques internationales, mais qui a aussi sa marque qui s'appelle Made for Women. Donc... L'objectif des vidéos, c'est d'avoir un format avec trois focus. On rentre dans l'atelier, on est en immersion dans l'atelier, on découvre vraiment comment se fait le travail, les artisans. On présente vraiment aussi la personne qui est derrière et la vision fondatrice du projet. On a par la suite vraiment un focus sur le savoir-faire pour vraiment montrer comment... Il est révélé comment les artisanes travaillent, comment elles confectionnent un sac. Ce sont des sacs en raffia, comment ça se fait, etc. Et c'est vraiment aussi d'échanger au départ avec... ces différents entrepreneurs, ces différentes marques, pour comprendre vraiment qu'est-ce qui doit être révélé. Et notamment pour Made for Women, c'est une entreprise qui est connue pour être une entreprise 100% engagée auprès de ses artisanes parce qu'elle travaille avec des femmes vulnérables. Et donc l'idée, c'est vraiment une entreprise à impact. Donc ça, c'était vraiment important aussi pour nous de présenter cette notion. On a ensuite une vidéo qui est sortie il y a 3-4 jours. Je suis contente puisqu'elle a déjà fait 10 000 vues. Je suis très, très, très contente. Je ne m'y attendais pas du tout. C'est un chef à Madagascar qui fait des plats extraordinaires, qui a un restaurant à Madagascar et qui propose des menus extraordinaires. Donc, c'était aussi de comprendre sa cuisine, de comprendre... vraiment la discipline qui opère au travers de sa cuisine, comment il arrive à former aussi toute l'équipe qui l'accompagne. Il a gagné des grands prix internationaux. Qu'est-ce que ça évoque véritablement pour lui ? L'objectif, c'est vraiment d'être en immersion totale et de comprendre les bases fondatrices de ses projets et également d'inspirer des personnes, des marques, des entreprises. qui, elles aussi, ont envie de se projeter dans ce secteur et apprendre aussi quelques rouages pour savoir comment le faire.
- Ramata
Très bien, je mettrai en tout cas le lien en note de l'épisode de la chaîne YouTube et des différents épisodes qui sont sortis. Et toi, par rapport à cette websérie, tu travailles en collaboration avec les marques pour... pouvoir sortir chacun des épisodes ?
- Doris
Alors, en collaboration, oui. Aujourd'hui, pour cette première série, c'était un choix sélectif et empirique de ma part parce qu'il y a vraiment des marques qui nécessitaient pour moi vraiment d'avoir ce rayonnement. Et après, bien sûr, l'objectif, c'est d'être en collaboration avec... des marques, des entreprises qui se souhaiteraient également faire la promotion de ce qui, pour eux, définit l'excellence. Héritage africain, toujours.
- Ramata
Très bien, c'est très clair. Merci beaucoup. On a fait un overview de tes missions avec ton agence, on a parlé du concept héritage. Je voulais parler un petit peu avec toi de personal branding dans la communication. Et la stratégie de branding des marques, le personal branding, c'est quelque chose qui est important maintenant. On va avoir des créateurs, notamment dans le luxe, on a pu avoir Karl Lagerfeld qui était très présent en tant que directeur artistique. Il se mettait énormément en avant et ça faisait partie de sa personnalité. Et quelque part, sa personnalité se confondait avec l'ADN de la marque Chanel à un moment donné. Et on va avoir aussi des marques où, par exemple, si je peux, je prends Hermès, en fait, on ne sait pas forcément qui il y a derrière, à part les connaisseurs, mais sinon, vous n'avez pas une figure d'un directeur artistique ou même d'une égérie que l'on pourrait, de façon systématique, associer à la marque. Toi, c'est quoi ton conseil, justement, par rapport au personal branding, sachant que certains réfléchissent aux stratégies de marque, de leurs produits, de leurs collections ? c'est quelque chose qu'ils entendent, mais ils se posent vraiment la question. Personal branding, je ne sais pas forcément comment me situer. Toi, c'est quoi les conseils que tu donnes par rapport à cette stratégie de personal branding ?
- Doris
Ce que je dis, c'est qu'il y a deux choses. C'est que déjà, il faut connaître la vision fondatrice. Pourquoi on veut créer la marque ? Tout ça, on l'a parlé tout à l'heure. Et ça dépend vraiment aussi... du profil de la personne. Parce que j'ai rencontré des entrepreneurs qui me disaient, je n'ai pas envie de me mettre en avant, je n'ai pas envie de parler de moi, je veux mettre l'accent sur ma marque, sur mon projet d'entreprise. Et ce que je leur ai dit, je leur ai dit oui, tout à fait, c'est très, très bien. Comme j'ai rencontré aussi des jeunes entrepreneurs qui me disent, moi, j'ai envie de parler, j'ai envie que ma voix porte et j'ai envie... Enfin, ils le disent... pas directement, mais en tout cas, c'est ce qui est retranscrit, que cette marque puisse avoir un visage. Donc, il n'y a pas de mauvaise stratégie de faire l'une ou l'autre. Il faut, dans tous les cas, travailler sur le personal branding parce que c'est ce qui est aux yeux qui donne envie. Il faut réussir à porter... son entreprise porter sa marque. Et en termes de communication, ce n'est pas du tout une obligation de vouloir se mettre en avant. Parce que dans les deux cas, il peut avoir des avantages comme il peut avoir des inconvénients. Une personne qui, je dirais, n'est peut-être pas très éloquente, mais qui derrière a une marque qui est juste exceptionnelle et qui pense qu'il faille qu'elle se présente ou qu'elle présente sa marque, eh bien, il peut avoir une certaine... dissonance de se demander est-ce que cette marque, elle a vraiment quelque chose d'exceptionnel. Et l'autre effet également, on peut avoir une personne qui sait s'exprimer, qui sait vraiment défendre ses projets, mais qui derrière a un projet d'entreprise où en fait quand tu creuses, il n'y a pas grand chose. Donc il faut toujours partir véritablement de ce qu'on a envie de faire et ça dépend vraiment... du profil de la personne et si véritablement elle veut le faire ou non. Et à partir de ce moment-là, on l'accompagne vraiment pour définir une stratégie. Personal branding qui peut être intégré dans la stratégie globale. Mais moi, j'ai toujours une nuance parce que je pense que c'est bien de parler pour sa marque, avec soi-même, mais il faut aussi lui laisser de la place. Il faut, au début d'une création de projet, que la marque parle d'elle-même et que ce soit le public qui recherche qui est derrière cette marque. Et à partir de ce moment-là, travailler vraiment sur ce personal branding pour que ça ne fasse qu'un avec cette vision sondatrice et le projet.
- Ramata
Très bien, merci de partager ce point. Effectivement, l'idée, c'est d'être aligné dans ce avec quoi on est à l'aise finalement au départ parce que ceux qui sont... Je veux dire, les meilleurs en personal branding, c'est aussi des gens qui sont très à l'aise. Après, j'avoue que pour faire beaucoup d'interviews de créateurs qui sont basés sur le continent, le côté storytelling, il y en a quand même énormément qui... Je trouve une aisance naturelle à raconter une histoire qui fait que ça peut être exploité, mais pas forcément en étant face caméra. Mais en tout cas, il y a toujours des belles histoires à raconter qui sont différentes, qui sont authentiques. et qui sont différentes d'un discours un peu commun de « j'ai fait mon école de commerce et puis j'ai décidé de lancer ma marque avec mes deux collègues d'école de commerce » . Moi, je les encourage à le faire parce que je trouve que c'est des histoires qu'on n'entend pas souvent, mais toujours en étant vigilant sur est-ce que c'est bien, en respectant l'alignement du créateur ou de l'entrepreneur. Mais en général, ils savent raconter des histoires, ils sont très doués pour ça.
- Doris
Oui, mais il y en a beaucoup qui savent raconter leur histoire. Et parce qu'ils la connaissent mieux que personne. C'est leur histoire, ça fait vraiment partie de leur essence. Et après, c'est vrai que parfois, je me dis, oui, sachez raconter votre histoire, mais de manière mesurée, de sorte à ce que tout ce storytelling n'efface pas vraiment le projet qui est à côté, qui dans tous les cas est censé justement être aligné. Parce que tout à l'heure, on parlait de... de psychologie. Et à chaque fois, aujourd'hui, quand je travaille avec des jeunes marques, je leur demande d'abord de définir leurs propres valeurs personnelles, de prendre un temps pour faire l'exercice et de se demander qui je suis, qu'est-ce que j'ai envie de faire, quelle est ma mission de vie. Après, la mission de vie, bien sûr, c'est une question qu'on se posera toute notre vie, parce que je pense qu'elle est aussi évolutive. Mais à un stade X, de se poser les bonnes questions, parce que c'est ce que vraiment je définis comme la vision fondatrice qui va amener à construire tout ce storytelling, amener à construire toute cette identité de marque, pour que justement, ça ne fasse qu'un seul discours.
- Ramata
Très bien. Écoute, ce sera le mot de la fin. On arrive à la fin de cette interview. Moi, j'ai été ravie d'échanger avec toi et d'avoir ton retour d'expertise et d'expérience sur la gestion d'une agence, en voilà, experte en stratégie de marque et également sur ton travail en tant que productrice, réalisatrice d'une web-série. Donc, j'espère avoir l'occasion. Alors, je ne sais pas si ce sera à Madagascar, mais bon, comme je le dis toujours, on se verra en Afrique ou ailleurs. donc moi j'avais été invitée mais finalement l'événement a été annulé à la c'est une fashion week qui a lieu à Madagascar mais qui ne s'appelle pas la Madagascar Fashion Week je ne sais plus comment elle s'appelait et finalement suite aux événements qui ont eu lieu en fin d'année 2025 à Amada l'événement la Fashion Week a été reportée mais bon si jamais je me décide à faire un voyage à Madagascar ce sera avec plaisir que je te contacterai on est l'occasion de se voir en vrai Merci. En tout cas, ravie d'avoir pu passer ce moment avec toi.
- Doris
Eh bien, tu pourras te dire que tu as un pied de ta terre, je serai très contente. Et je pense qu'ils vont l'organiser à nouveau. Dans tous les cas, il y aura toujours des occasions, comme tu dis, à Madagascar, à Abidjan ou à Paris. Ce sera avec grand plaisir.
- Ramata
Écoute, je te dis à très vite en Afrique moyenne.
- Doris
Merci beaucoup. Au revoir.
- Ramata
Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort. pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast. Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis. Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify. Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force. Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.