- Eric
On est dans un monde, en tout cas pour ma marque, ce qu'on appelle aujourd'hui le slow fashion. Donc cette mode un peu lente, mais je trouve que c'est ainsi qu'on arrive vraiment à voir des merveilles. Et je veux absolument garder en fait finalement ce mode de fonctionnement avec l'équipe, puisque quelque part les tendances vont tellement vite, on ne peut pas vraiment les suivre. Et avec mon équipe, quelque part, on se dit mais en fait, c'est super parce qu'on a l'impression qu'on crée nous-mêmes nos tendances, voilà, quelque part.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa, éthiques et performants. Je suis Ramata Dialo. Je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes. Je suis également consultante en marketing et communication. J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique. Et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique. Au-delà de la mode, je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique. Aujourd'hui, je suis en compagnie d'Eric Fesina. Il est le fondateur de la marque Ecloline, Eric Fesina. À travers ses collections, il valorise le travail fait à la main et il développe ses propres tissus. Je l'ai invité aujourd'hui pour qu'il puisse nous parler de son parcours et de sa marque. Bienvenue Eric, comment vas-tu ?
- Eric
Bonjour Rabata, je vais très bien et toi ?
- Ramata
Je vais très bien, je suis ravie d'organiser enfin avec toi cette interview. Moi, ça fait un moment que je te suis et du coup, je m'étais toujours mis, moi j'ai ma liste des créateurs que j'ai envie de rencontrer, avec lesquels j'ai envie de faire une interview et toi, tu en fais partie. Donc, je suis vraiment ravie qu'on se retrouve ici aujourd'hui. Donc, on va commencer cette interview comme je le fais toujours, je vais te demander de te présenter.
- Eric
Écoute, avant tout, je te remercie aussi pour... Cette séance que j'attendais avec impatience, parce que c'est toujours intéressant de développer un peu les histoires autour de notre marque. Je suis Eric Rezina, je suis de Madagascar, je suis créateur pour ma propre marque. Eric Rezina, je suis avec mes histoires, mes matières. Donc, je pense qu'on aura un peu plus de temps pour développer un peu tout ça ensemble.
- Ramata
Avec plaisir, c'est tout le but de cet échange. Alors, pour commencer, moi, j'aime bien un peu savoir comment tu as démarré dans la mode. Donc, j'aimerais bien que tu nous expliques un petit peu quel a été ton parcours au niveau scolaire et comment est-ce que ta carrière a commencé avant la création de la marque Eponyme ?
- Eric
Écoute, alors, c'est une longue histoire. déjà il faut savoir C'est que je viens de Madagascar, cette grande île qui fait partie intégrante du continent africain. J'ai grandi là-bas et j'avais une enfance effectivement touche-à-tout. Je pense que j'étais très curieux de pas mal de choses depuis que j'étais enfant. Et en fait, je pense que de très petit, je me suis intéressé un peu tout de suite à l'habillement. Mais c'est arrivé comment ? C'est que je voulais surtout avoir un peu mes... propres vêtements par rapport aux autres. Et effectivement, j'ai commencé à faire des vêtements. Pour moi, après, la famille, les amis, ont vu ce que je faisais. Ils étaient un peu intéressés aussi d'en avoir... Et c'est vrai que pour être honnête, je n'avais pas forcément compris que j'allais faire la mode et je n'avais pas non plus une obsession par rapport à la mode. Mais j'avais cette enfance où j'aimais bien dessiner, j'aimais bien faire des trucs avec mes mains, mais sans trop savoir vers où ça va aller. Et c'est vrai que ces vêtements m'ont permis de comprendre un petit peu comment ça a été construit, les vêtements qu'on porte. Donc c'était une curiosité. Et en fait, moi j'avais plutôt une passion vraiment pour l'art culinaire. Je tiens à l'expliquer parce que quand on est enfant, on n'est pas très très sûr de ce qu'on veut faire. Mais je savais que c'était un peu ce que je voulais vraiment faire. Et puis en fait, au fil de temps... Il y a de plus en plus de gens autour de moi, surtout la famille, mes soeurs, mes frères, les amis qui me demandent en fait tout le temps « mais où est-ce que tu as trouvé ces vêtements que je fais moi-même pendant le week-end ? » Et donc finalement, on m'a poussé ainsi et on m'avait présenté en fait un festival qui a eu lieu dans la capitale de Madagascar, Talanarive, et donc c'était un festival en fait de la mode et du textile. Et bon, j'avais pas forcément comme ça une idée de ce que j'allais faire, mais on m'avait vraiment poussé, on m'avait aidé, même financièrement. Et j'ai réussi en fait à monter une collection. Donc là, ça c'était après le bac déjà. Et en fait, quand j'ai présenté cette collection, pour la première fois de mon existence, et à ma grande surprise, j'ai eu en fait le prix des jeunes talents de cette année-là. Et la grosse surprise que j'ai eue, c'est qu'effectivement, ce prix était l'équivalent d'une bourse d'études pour partir à Paris. Voilà, donc je suis parti, j'ai dû laisser tomber ma première passion qui était l'art culinaire, où j'étais même d'ailleurs admis dans l'école hôtelière dans la capitale de Madagascar la même année. Et donc je suis parti à Paris, voilà, et c'est comme ça que tout a commencé finalement.
- Ramata
Super intéressant d'avoir ce retour sur tes débuts et le fait que, effectivement, comme tu le dis, tu avais un intérêt pour tout ce qui était lié à la cuisine, un intérêt également à un côté créatif. Tu as été poussé par ton entourage. Donc, qu'est-ce qui se passe après être arrivé à Paris ? J'imagine que tu intègres peut-être une école, une formation. Et quelles sont les compétences que tu acquiers à Paris ? Et comment est-ce que tu décides de créer ta marque ? Est-ce que d'abord, tu travailles pour d'autres ? Ou est-ce que dès le départ, tu as cette envie de créer ta propre marque ?
- Eric
Et en fait, c'est vrai que Paris, c'était vraiment une plaque tournante absolument incroyable pour moi. J'arrive là, je connaissais déjà la France avant, mais là, pour venir à Paris pour les études, c'était autre chose. Donc, j'ai eu la chance vraiment d'intégrer cette école absolument incroyable qui est du Perret. Donc en plein centre de Paris où j'ai fait quasiment 5 ans d'études. Et en fait c'était assez drôle parce que je crois que mon enfance avec le fait d'aimer toucher à tout et vraiment aussi j'avais la famille qui nous a permis de faire ce qu'on a envie de faire. Et c'est vrai que j'arrive dans cette école, alors maintenant je dis je viens ici pour la mode, donc c'est ce que je voulais faire. Mais bon, comme dans cette école, il faut que... Il faut absolument faire la remise à niveau. Donc, c'est ce que j'ai fait. Et en fait, pendant ces neuf mois, les premiers neuf mois d'études à Paris, on m'a plutôt soufflé à l'horaire, en disant, mais en fait, toi, on ne comprend pas très bien pourquoi tu veux faire la mode, parce que tu es vraiment excellent avec toutes les matières, les couleurs, des choses comme ça, en fait, touche à tout. En fait, mon enfance revient. Et c'est vrai que j'étais un peu perturbé parce que je me dis ça y est je suis venu ici pour la mode et puis on me dit que j'étais plutôt excellent dans d'autres choses et en fait il s'agissait du secteur du textile et que je ne connaissais pas très bien et effectivement après la première année donc j'intègre cette fois-ci le BTS une spécialisation pour soit la mode pour autre chose et après les vacances de l'été je me dis mais je suis peut-être le seul à... pas trop comprendre vraiment où je vais. Et je vais donc alors suivre tout le monde et je me dis, bon, je vais commencer par le textile parce qu'on m'avait permis d'être dans les deux sections et je me dis, je vais commencer par le textile et comme ça, au bout d'une semaine, je vais dire au revoir à tout le monde pour rejoindre finalement le stylisme là où je pensais vraiment faire une langue étude. Et en fait, j'ai commencé au textile et puis au bout d'une semaine, effectivement, j'ai dit Merci. Par contre, j'ai dit au revoir à la sélection stylisme. Parce que tout d'un coup, j'ai compris pourquoi on m'avait dit ça pendant toutes ces années, enfin, tous ces mois de la remise à niveau. Donc, je pense que là, à partir de ce moment-là, je commençais à comprendre que finalement, j'avais plus d'ouverture dans ce secteur que juste dessiner les robes ou les concevoir. Et donc, pour résumer... j'ai excédé vraiment dans ces études de création textile jusqu'au master européen, en passant par l'IFM, voire même une école en Belgique qui est la Cambre. Parce que pour faire à l'époque un master européen, il fallait sortir la France. Donc on m'avait proposé la Cambre, je suis parti quelques mois. Je suis revenu à l'IFM à Paris pour terminer mes études. Et donc voilà, je... Donc finalement, je me retrouve avec le diplôme de création textile. Et j'étais vraiment très bien avec ça, puisque ce qui m'a permis effectivement de travailler d'abord pour les grandes maisons de couture, comme La Croix, comme Saint-Laurent, à proposer mes maquettes textiles, à vendre même mes tissus qui sont conçus aussi bien à Madagascar qu'au Cambodge où je vis aujourd'hui. Et donc je pense que c'est comme ça que je commençais à réaliser que finalement, Être styliste, quand on a la capacité de créer ses propres matières, c'est un atout vraiment. Donc je vois qu'aujourd'hui, pour moi, ma marque, c'est vraiment tout est autour du textile finalement. Je les crée d'abord et c'est ensuite que je vais vraiment vers la forme.
- Ramata
On voit que du coup, tu as un profil très complet en termes d'expertise textile et que tu as appris dans les plus grandes écoles françaises. Du Péreille FM, c'est le... le duo gagnant, plus en plus l'école que tu mentionnes en Belgique. Donc, tu as vraiment un profil extrêmement qualifié. Donc, toi, dès le départ, est-ce que tu sais quel tissu tu vas créer, utiliser pour ta marque quand tu obtiens ce diplôme ? Tu as déjà une idée de ce que tu as envie de faire ou c'est quelque chose qui se fait au fur et à mesure ? Et est-ce que dans ta tête, en étant en Europe, donc loin de ton île natale, Tu es déjà en train de te dire, j'ai envie d'intégrer les savoir-faire de Madagascar.
- Eric
Écoute, là, je dois dire que c'est une excellente question parce que ça va déterminer vraiment le cœur d'une marque. Et en fait, moi, j'ai toujours été fasciné par toutes les matières naturelles de mon pays. Pendant le parcours que j'ai eu avec Dupéré et voir les FEM pour mon dernier diplôme de ma sœur européenne en textile, Et j'ai toujours en fait privilégié d'utiliser les matières naturelles de mon pays parce qu'au fond, je ne savais pas tout de suite à cette époque-là, mais moi je pensais être vraiment fidèle avec mon origine. On a toujours du mal un peu à comprendre pourquoi je suis au Cambodge, mais enfin bon, pour moi le côté géographique n'a pas vraiment de sens parce qu'on peut être partout dans le monde et on peut créer. Mais tout ce que je sais, c'est que je ne savais pas, mais j'ai toujours été... très fidèle avec mon origine, Madagascar, mes inspirations qui ont commencé depuis mon île natale. Et en fait, pendant mes études, j'ai toujours valorisé inconsciemment parce qu'il faut savoir que Madagascar, c'est un pays vraiment où on a des mains talentueuses avec des matières absolument extraordinaires et dans la soie. Donc moi, j'ai toujours affectionné, en fait, j'ai toujours aimé la soie, mais à Madagascar, je n'avais pas forcément accès à cette matière et c'est C'est pendant mes études à Paris que je commençais à comprendre. Puisqu'en textile, on apprit aussi énormément les différentes techniques. Le tissage, la maille, toutes sortes de la broderie. C'est comme un atelier à sel ouvert. Ce qui nous a permis d'être à l'aise avec toutes les différentes techniques. Moi, c'est ce que j'ai aimé finalement. J'ai toujours intégré mes matières de Madagascar. Le cisa, les matières naturelles, le coton et la soie. Et en fait... Oui, donc du coup, c'était évident que j'étais déjà très proche du secteur artisanal. Mais c'est les études et aussi les expériences que j'ai eues avec les grandes maisons de couture, surtout dans le studio de Saint-Laurent-Haute-Couture, avec ces dames qui m'ont demandé plein de choses à faire. Et c'est comme ça que j'ai vraiment compris que vraiment, en fait le secteur de l'artisanat ne s'arrête pas pas jusqu'à une petite division des choses à faire, mais ça peut vraiment aller très très loin et voir dans le luxe. Et c'est ce qui se passe aujourd'hui. Donc quelque part, je ne le savais pas, mais je pense que j'étais déjà, dans ces années-là, j'étais déjà au cœur de quelque chose qu'elle est devenue aujourd'hui, qui est vraiment cette valorisation de l'artisanat, du fait main, des choses qui sont rares, qui ne sont pas forcément comprises. Mais c'est ce que le monde, finalement, cherche aujourd'hui. Donc je suis assez fier de mon parcours, quelque part, parce que j'avais contribué, vraiment, j'ai permis à Madagascar d'être connu dans le secteur du luxe à Paris, puisque quand j'ai proposé, en fait, le raffia crocheté à Monsieur Lacroix, à cette époque-là, pour faire un bussier pour la haute couture, moi, je n'étais pas très, très conscient, mais enfin j'avais... J'étais là en train de valoriser ce secteur artisanal de mon pays.
- Ramata
C'est super intéressant de t'entendre raconter ça avec beaucoup de simplicité et de voir qu'aujourd'hui, il y a énormément de revendications liées au fait de... mettre en avant les savoir-faire locaux, le made in Africa, et ça devient presque une mode du moment. Et toi, c'est intéressant de voir que ça a toujours fait partie de l'ADN de ta marque et de la manière dont tu as envisagé ton travail. Si tu devais décrire justement la marque Eric Rezina, quels sont les éléments clés ? Tu as parlé de soi, tu as parlé de Travesséma, tu as parlé de Raffia. Quels sont les éléments clés dont tu peux nous parler pour décrire ta marque ?
- Eric
Ma marque aujourd'hui, et ça a toujours été, c'est vraiment, je pense que l'ADN et la signature de ma marque, c'est vraiment les matières. Avec mon équipe que j'ai formée moi-même, nous sommes très à l'aise pour créer toutes sortes de matières dans cette maison. Et je crois qu'à travers ces années, je suis assez content quand les gens ne me rencontrent pas. mais ils voient porter les pièces quelque part dans le monde et disent, ah oui, on reconnaît ça, c'est du Eric Résilat. Donc, je crois que la définition de ma marque, c'est vraiment les matières avant tout, les couleurs, parce que ma grande île natale, en fait, nous avons la chance de voir cette île absolument incroyable avec les couleurs, les matières. Et donc, c'est vraiment, on crée les matières en amont et moi, je dessine évidemment comme tous les stylistes, mais ça m'ennuie quelque part parce que je suis... très, en fait, le fait main depuis que je suis né, ça n'a jamais changé et j'ai de la chance d'être ainsi. Donc moi, je suis plutôt dans les ateliers, c'est les matières qui me donnent envie d'aborder le dessin. Et quelque part, quand j'ai travaillé pour le Louvre-la-Falaise à distance, j'étais en freelance pour Saint-Laurent, surtout, et j'ai vu que finalement dans ces maisons, la naissance des volumes, c'était à peu près comme ça. C'est qu'ils travaillent, surtout ils vont. aller modeler les matières, ils vont aller chercher les couleurs et c'est ainsi qu'ils vont prédéfinir quelque part le volume. Et moi, je me sens bien dans ce cadre-là parce que je trouve que c'est magique de voir naître les robes à travers vraiment les matières, mais pas dans l'autre sens. Comme on dessine pendant des heures et après on va chercher les matières. Donc nous, la chance qu'on a ici, c'est que On a les matières, on se dit on va faire quoi avec celles-ci et ainsi on va aborder le volume et ainsi on va vraiment aborder le vêtement. Mais c'est vraiment, les matières sont très très importantes chez nous.
- Ramata
Je comprends bien ce point de la matière et effectivement c'est intéressant la manière dont tu décris ton processus créatif. Ça part de la matière et ce qui est intéressant de constater c'est que ça part d'une matière que tu vas créer toi-même dans ton atelier.
- Eric
Oui absolument et en fait alors il faut savoir que moi j'ai pris le temps vraiment de mettre en place ma marque contrairement à d'autres personnes où c'est possible vite. Moi j'ai pris le temps et de former mon équipe vraiment de long en large parce que je pense que c'était important en tout cas pour moi d'avoir vraiment des gens qui sont compétents et qui soient à l'aise avec ce qu'ils font. Et donc nous, nous avons ici... des ateliers de tissage, on fait nous-mêmes nos tissages, on fait nous-mêmes nos couleurs. Alors, il y a une équipe qui brode, il y a une équipe qui fait du crochet. Et ça paraît, en fait, quelque part, des fois, je me dis, mais mon Dieu, on est dans un monde, en tout cas pour ma marque, ce qu'on appelle aujourd'hui le slow fashion. Donc, cette mode un peu lente, mais je trouve que c'est ainsi qu'on arrive vraiment à voir des merveilles. Et je veux absolument garder, en fait, finalement, ce mode de fonctionnement avec l'équipe, puisque, quelque part, les tendances vont tellement vite, on ne peut pas vraiment les suivre. Et avec mon équipe, quelque part, on se dit, mais en fait, c'est super, parce qu'on a l'impression qu'on crée nous-mêmes nos tendances, voilà, quelque part.
- Ramata
Encore une fois, on revient sur ce principe de, dès le départ, le savoir-faire le fait main, ça faisait partie. de l'ADN de ta marque, ce n'est pas quelque chose de tendance que tu as intégré récemment. Et pareil, cette notion de slow fashion aussi, c'est un terme qu'on utilise beaucoup, dont les médias parlent beaucoup et on associe souvent la mode africaine ou certains savoir-faire, certaines matières issues du continent au slow fashion. Mais en réalité, c'est des choses qui existent depuis toujours dans la manière de faire et qui ne sont pas forcément liées à une tendance récente. 3. par rapport à ce processus créatif ? Qui sont les clients ? Qui sont les personnes qui, du coup, adhèrent à ton univers, adhèrent à tes marques ? C'est quoi le profil, en fait, des consommateurs de la marque Eric Faisina ?
- Eric
Écoute, alors, ça, c'est une superbe question dans ce monde, avec cette mode qui va tellement vite avec les tendances. Eh bien, moi, comme je venais de dire tout à l'heure, j'ai pris vraiment énormément de temps, en fait, à mettre en place ma marque. Et j'ai accepté de faire pas mal de défilés dans différents coins du monde. À chaque fois qu'il y avait une proposition, je suis parti. Et ce qui m'a permis réellement de comprendre les histoires de différentes femmes dans le monde et aussi qu'est-ce qu'elles veulent vraiment avoir. Et j'avais compris une chose, c'est que finalement, en étant dans cette tendance de la mode un peu lente, comme on fait, et finalement, les gens recherchent vraiment des pièces assez emblématiques. et avec une vraie histoire. Et donc du coup, au départ, c'était un peu une crainte. Je me suis dit, mais on n'arrive pas à fournir au bout de deux semaines, un mois. Des fois, on demande à nos clientes d'attendre deux mois pour avoir une robe crochetée. Et finalement, je me suis rendu compte que ça fait plaisir aux gens de savoir que ces pièces ont été réellement confectionnées pour elles. Ces pièces ont été vraiment confectionnées avec un vrai savoir-faire et avec une vraie exigence. Et donc du coup, ce sont des pièces qui deviennent un peu intemporelles. C'est-à-dire que les femmes qui achètent aujourd'hui une pièce, même si elles ont attendu quelques semaines, voire un mois ou voire deux mois avant d'avoir les pièces, elles sont contentes parce qu'elles se disent « je suis la seule à l'avoir et je peux porter cette robe pour quelques temps » . Du coup, aujourd'hui, ça devient une évidence. Entre-temps, évidemment, on a tout de même renforcé l'équipe. On peut aussi travailler un peu plus vite qu'il y a quelques années. Du coup, on n'a pas du tout ce gap. On ne sent pas vraiment comment la vitesse de la mode va parce qu'on arrive à suivre tout ce qui se passe. Moi, je suis un grand voyageur et je n'ai pas besoin d'aller dans les salons pour essayer de comprendre quelles sont les tendances. Mais pendant un voyage comme moi, j'observe beaucoup les gens, je regarde ce qu'il y a autour, je vais aller voir les expos, les salons, les musées, tout ça. Donc quelque part, c'est comme ça qu'on arrive finalement à capter, d'une certaine manière, qu'est-ce qui se passe dans la mode et qu'est-ce que les gens auront envie de nous-mêmes. Et donc voilà, je me positionne comme ça. Et c'est vrai que c'est une chance de parcours, mais euh Franchement, on arrive vraiment à cerner les couleurs du moment, les envies des clientes du moment. Donc j'espère que ça va nous permettre toujours d'avancer cette façon de travailler.
- Ramata
C'est un concept intéressant que tu évoques ici sur le côté. Quelque part, tu vas chercher à créer tes propres tendances plutôt que d'essayer de suivre les tendances qui sont un peu imposées, dictées. par les grandes marques de luxe à la suite des défilés, toi, tu as un vrai poste de directeur artistique qui va impulser les tendances à sa marque. Ce que tu évoquais, c'est que tu es basé au Cambodge et que tu as un atelier au Cambodge et que tu vas travailler avec des matières qui viennent de Madagascar. Est-ce que tu peux nous expliquer aussi ça, ton processus de fabrication et ta sélection des matières et ton choix d'être installé au Cambodge ?
- Eric
Oui, c'est vrai que oui. Souvent, on me pose la question quand je parle. parce que Je suis souvent en fait en Afrique et je suis à Madagascar quasiment tous les ans puisque j'ai besoin vraiment d'être dans mon pays, de voir ma famille, d'être inspiré de tout ce qui se passe là-bas, revoir un peu les paysages. Et c'est vrai que le Cambodge, je vis maintenant depuis 25 ans, ben c'était pas vraiment un choix, j'étais encore une fois la soie que j'ai toujours adoré depuis en fait mon enfance à Madagascar, mais comme j'avais pas accès, c'était pas encore le moment. Et en fait... Pendant mon parcours d'études à Paris, j'avais entendu parler de l'Asie du Sud-Est, de la soie du Cambodge. Et en fait, j'ai eu une opportunité pour venir ici il y a 30 ans de cela. C'était en 1996, alors que j'étais encore étudiant. Et je découvre ce pays, la culture ici, la ville où je vis maintenant depuis 25 ans à Siem Reap. Et franchement, ce n'était vraiment pas un choix, mais c'était un coup de foudre. Donc, comme j'avais visité les villages où en fait on tissait de la soie, je devenais fou de voir tout ça. Et comme si j'étais quelque part à Madagascar, dans ces villages, on tisse aussi de la soie. Et en fait, je visite un centre de la soie ici. Et puis j'avais demandé, je dis, est-ce que vous êtes intéressé d'avoir un stagiaire ? Donc voilà, je suis revenu au Cambodge en 98 pour ce stage. et de vivre en aiguille finalement Avec mes études, j'ai réussi à avoir les commandes chez Saint-Laurent. Et si tu veux, quelque part, ce n'était pas du tout planifié, mais c'était un coup de cœur qui s'est transformé en une espèce d'envie de revenir ici tout le temps. Parce que quelque part, j'avais aussi, ça c'est très important, j'avais aussi un peu les résonances de Madagascar dans ce pays que je ne connaissais pas. Je me sentais bien, j'avais l'impression que... que j'étais finalement un peu à Madagascar, mais tout en étant dans un autre pays. Et donc c'est comme ça qu'après mes études, comme il y a eu les commandes de Saint-Laurent qui ont quand même duré presque 4 ans à chaque saison, surtout de l'été. Et donc je me suis dit, je vais faire simple, je vais m'installer ici. Alors on m'avait proposé un travail, je travaillais pour une marque ici pendant quelques temps et quand j'ai terminé, mais en même temps... Au même moment, je formais aussi mon équipe. Et quand j'ai terminé, j'ai repris tout en main, j'ai installé mes ateliers. Mais ce qu'il y a, c'est que je suis très à l'aise à utiliser des matières de différents horizons. Ça peut être de la soie de la Chine, ça peut être de la soie de Madagascar, la soie d'ici. Donc moi, ce qui m'intéresse, c'est d'avoir le maximum de matières. Et c'est comme ça qu'à chaque voyage au Madagascar, Je me ruine en fait à acheter toutes les matières de mon pays, que je ramène dans mon atelier ici, notamment le raffia, parce que je n'ai pas forcément la possibilité d'être à Madagascar et de faire des choses. Donc je ramène ces matières et dans mes ateliers ici, alors on fabrique des choses absolument inuites. Malheureusement, des fois, on ne peut pas vraiment voir ça tout le temps sur mes pages, tout ça sur les réseaux sociaux, puisqu'il y a des commandes qui se font et ça part directement. On n'a même pas le temps des fois de photographier. Mais je tiens absolument à utiliser les matières de mon pays natal. Et surtout le raffia avec lequel on arrive à faire des robes du soie. Des choses absolument incroyables que je mélange avec d'autres fibres. Avec la soie d'ici, avec le coton qui vient de l'Afrique, surtout du Mali. Et voilà, c'est comme ça que je travaille. Quelque part, j'étais... assez malheureux à l'époque de me dire, ah, j'ai laissé tomber l'art culinaire. Au fond, j'ai trouvé finalement mon atelier de l'art de textile, si je puis dire. Dans ces ateliers, on a l'impression de faire une sorte de cuisine, des recettes pour le textile.
- Ramata
Oui, c'est ce que j'allais dire, c'est que tu gardes quand même un rôle de chef d'orchestre, de chef en fait, qui va mélanger différents ingrédients pour pouvoir ensuite à comment dire présenter une création. Donc, ça garde un côté créatif. Donc, tu évoques vraiment ton lien qui est resté très fort avec Madagascar et le fait que ce soit installé au Cambodge. Et tu parles notamment de commandes du Saint-Laurent. Donc, toi, dans ton travail, il y a une partie qui est une forme de sous-traitance, c'est-à-dire que tu allais fournir du tissu à un certain nombre de marques et en parallèle, tu allais proposer tes propres collections.
- Eric
En fait, oui, je fais ça il y a quelques années. Alors, j'ai dû arrêter à un moment donné, même s'il y avait encore des demandes, puisqu'en fait, on n'arrivait plus trop à produire pour nous-mêmes et à produire pour d'autres. Et comme moi, je suis tellement exigeant et je trouve qu'on n'a pas le droit de faire des erreurs quand il s'agit des commandes. Et donc, du coup, j'ai un peu arrêté de fournir pour les autres. j'avais gardé pour me... pour ma marque, les matières qu'on crée. Mais bon, ça fait des années maintenant que j'ai arrêté à fournir pour les autres. Mais aujourd'hui, s'il y a de nouveau des gens qui veulent faire une collaboration avec nous, ce sera une très bonne chose à faire. Mais ça fait quelques années que je n'ai fait plus des matières pour les autres. On a tout gardé pour nous, pour qu'on puisse vraiment les travailler à notre façon.
- Speaker
Je comprends le point et ce qui serait intéressant là, ce n'est pas forcément d'être en mode sous-traitant, mais c'est plutôt, comme tu le dis, d'être dans le cadre d'une collaboration où on va avoir vraiment ton nom qui sera au même niveau que celui d'une autre marque et que ce soit une opportunité de mettre en avant tout ton savoir-faire, mais aussi la marque en elle-même. Que ce ne soit pas finalement qu'on sache qui est derrière un certain nombre de tissus, parce que comme c'est souvent le cas, il y a énormément de... marques de luxe qui vont défiler, qui utilisent des matières qui peuvent venir du continent, et notamment de Madagascar, et en fait on ne le sait pas.
- Eric
Oui, en fait, quand moi je l'avais arrêté, je pense que c'était vraiment un bon moment. Tu sais à l'époque, tout ça, qu'on veuille ou pas, mais c'était vraiment une époque extraordinaire, quand on pouvait comme ça fournir des matières, des étoiles, des écharpes pour Yves Saint Laurent. haute couture, 5 avenues Marceau qui est devenu maintenant le musée c'était franchement, moi en fait je mesurais pas à l'époque mais c'était tout de même quelque chose d'assez incroyable et c'est vrai que j'avais arrêté à temps mais aujourd'hui oui je vois toutes les collaborations que les grandes marques de luxe ont avec des créateurs de différents horizons et je crois que oui, je pense que ça c'est plutôt une bonne chose parce qu'effectivement aujourd'hui ça permet Oui. d'authentifier les matières, leurs origines, et puis les gens qui font ça derrière. Parce que c'est vrai que dans ma démarche, j'ai un respect vraiment incroyable, je pense, envers mon équipe. Parce que ma marque ne pourrait pas exister comme ça si je n'ai pas ces équipes que j'ai formées, évidemment, mais qui sont vraiment loyaux, qui sont vraiment aujourd'hui devenues des professionnels. Et en fait... Et moi, j'aime bien cette idée, c'est que souvent on dit, mais oui, mais il faut être à Paris, à Londres, à New York pour faire la mode. Mais non, je ne suis pas d'accord avec ça. C'est qu'on peut être, en tout cas pour ma part, c'est que je peux être partout à partir du moment où on forme les gens qui deviennent professionnels et on sait exactement qu'est-ce qu'on a envie de faire. On n'a pas, voilà, le côté géographique ne compte plus en fait, quelque part. Et j'aime bien aussi cette, je ne dis pas que j'aime bien la mode nomade, et Je trouve que quand on est créatif, alors on peut être vraiment n'importe où et alors on peut créer.
- Speaker
Disons que j'entends ton point, son côté géographique. Le point, c'est qu'il y a des systèmes installés de la mode. Les capitales de la mode, c'est Londres, Milan, Miami, Paris. Et la haute couture, c'est Paris. Et donc, il y a quand même eu... Comme si il y avait une propagande d'effectivement, on associe... La mode et une certaine idée de luxe a un certain nombre de capitales européennes et toi quelque part ce que tu dis c'est finalement le talent, on peut le créer, le trouver, le développer partout. Et ce que j'ai envie d'ajouter, c'est que c'est à nous aussi, quand on veut valoriser la créativité et le savoir-faire africain, de pousser et mettre en avant d'autres capitales, d'autres lieux, et d'aller créer, d'aller bousculer un petit peu ces codes qui, quelque part, ont besoin aussi d'être mis à jour.
- Eric
Oui, parce qu'en fait, les mœurs changent, les façons de faire changent. Et moi, c'est que les... Les cinq dernières années où j'ai eu la chance vraiment d'être invité, par exemple dans des villes en Afrique, à Abidjan, j'ai beaucoup fait de défilés au Sénégal, à Dakar. J'étais l'année dernière au Nigeria, au Lagos. Et franchement, moi je suis trop fier d'être africain parce qu'il se passe vraiment plein de choses en ce moment et je crois qu'enfin le monde entier admet que bon ben... on est capable de faire des choses. Et c'est dans ce sens que je me dis finalement, cette idée d'être dans une grande capitale pour faire valoir une marque, je ne suis pas forcément d'accord avec ça. Et je crois que même quelque part, c'est que quand on voit des pièces qui arrivent de quelque part, par exemple, on imagine, je ne sais pas, un tissage extraordinaire qui vient du pays d'Ogon. et qui arrivent comme ça en plein fashion week de Paris, je trouve que c'est beaucoup plus valorisant ainsi que vouloir absolument... En fait, parce que quelque part, quand on est dans une capitale comme ça où il y a 300 personnes qui présentent leur collection pendant une semaine, je ne suis pas vraiment très très sûr d'être vraiment ainsi vu par tout le monde. Alors que par contre, aujourd'hui, on a quand même des outils, on a les réseaux sociaux qui nous permettent aussi de se démarquer autrement. Et moi, je crois que c'est aussi ça la force d'aujourd'hui, c'est qu'il y a toutes sortes de techniques qu'on peut utiliser pour, comme là, notre conversation aujourd'hui. Je trouve ça incroyable parce que tu es à Paris, moi je suis au Cambodge, mais en fait, on parle de... On parle de la mode, on parle du continent, on parle de savoir-faire. Et je crois que c'est important aussi de se mettre dans l'époque où nous vivons, finalement.
- Speaker
Complètement aligné avec ce point, à un moment donné, de créer des nouveaux standards, de se les approprier et de se dire, on peut aller créer de nouvelles choses. Tu as beaucoup insisté sur le fait que tu voyages énormément et que chaque fois que... On a pu t'inviter à aller participer à différents défilés dans différents endroits du monde. Tu as toujours accepté de le faire. Est-ce que tu peux raconter, justement, on va peut-être nous raconter certaines villes dans lesquelles tu as pu défiler. Et aussi, comment tu prépares un défilé ? Est-ce qu'à chaque fois, c'est une collection spécifique que tu vas travailler pour un défilé ? Comment est-ce que tu abordes ces participations à des événements et ces présentations de collections ?
- Eric
Oui, c'est que moi, j'ai toujours vraiment aimé voyager parce que je pense que ça construit vraiment un créatif. Puisque surtout quand on est vraiment curieux, comme moi je suis, j'aime les voyages parce que c'est très inspirant. Ça permet aussi un peu d'oublier nos galères dans les ateliers parce que ce n'est pas toujours facile tous les jours de faire ce travail. Et aussi pour nourrir ses ateliers. Parce que quand on revient, en fait, après ses voyages, eh bien, alors, voilà, il y a comme ça des idées qui arrivent, des aspirations qui émergent. Et donc, du coup, pour répondre à ta question, c'est que moi, évidemment, je n'accepte pas toutes les invitations, mais quand je sens que c'est vraiment un bon moment pour représenter ma marque et aussi un moment qui va me permettre d'échanger avec d'autres, de connaître d'autres personnes, de voir aussi ce que les autres font. Et pour ça, je suis prêt à partir. Et en fait, s'il s'agit d'une Fashion Week, évidemment, il faut arriver avec des choses vraiment... C'est une exigence d'ailleurs de la part des gens, de ceux qui nous invitent, c'est d'arriver avec notre dernière collection. Donc ça, c'est stimulant. Parce que ça permet de buster les ateliers, de faire des choses qu'on n'a pas pensé vraiment à faire. Et après, il y a aussi ce côté des invitations où on représente tout simplement notre univers. Et ça, j'aime bien. Parce que ce qui me permet quelque part de... de refaire surface comme ça, des pièces emblématiques de la marque qu'on a créées il y a quelques années, qu'on a mis un peu dans un coin. Et j'aime assez ce genre de défilé parce que du coup, ça montre vraiment un peu le parcours, mais pas forcément les idées qui sont arrêtées à la dernière minute pour faire une collection. Et donc, j'aime bien, j'aime bien. Et je trouve que... Je pense que cette année, si tout se passe bien, on va avoir quelques propositions pour revenir en Afrique. Je suis déjà très excité à l'idée de revenir sur ce continent parce que je trouve qu'il y a vraiment des trucs incroyables de plus en plus. Je suis trop content d'en faire partie de ce mouvement créatif du continent africain, bien que je sois loin de mon pays.
- Speaker
Pour toi, en tout cas, la présentation de collection d'enquête de défilé, ça fait clairement partie de ta stratégie de communication, de comment tu te fais connaître vis-à-vis de professionnels du secteur et également vis-à-vis de clients potentiels. Et il y a aussi les pop-up, parce qu'il y a la partie je défile, il y a aussi la partie je fais du commerce, je distribue ma marque. Est-ce que ça aussi, tu essaies d'intégrer les deux ensemble ? C'est-à-dire quand tu as l'opportunité de faire un défilé, tu essaies de voir s'il y a un pop-up avant ou après. Comment est-ce que tu organises la partie distribution de la marque aujourd'hui ?
- Eric
Comme je suis basé au Cambodge, c'est vraiment ici où je vends. C'est là où j'ai mes ateliers qui sont accessibles sur invitation pour que les gens puissent voir. J'ai une boutique ici. ici. Donc en fait... On a la chance d'avoir le monde entier qui visite ce site d'Encore, mais effectivement à chaque fois que j'ai une proposition de défilé, je veux surtout un peu savoir si j'ai la possibilité de rencontrer des clients potentiels, si on peut faire du pop-up, parce que je trouve que quand on regarde, on donne ce beau spectacle aux gens, de voir un défilé qui dure 15 minutes. Des fois, ça ne permet pas forcément de tout voir. Alors qu'un pop-up, les gens viennent, ils prennent leur temps, ils peuvent vraiment découvrir les matières, regarder de près les choses, et ainsi aussi comprendre un peu plus les techniques et la magie qu'il y a derrière tout ça. C'est vraiment les ateliers et les gens qui font ces pièces-là. Et je trouve que c'est important vraiment de pouvoir montrer, même si ça dure une après-midi, une journée, deux jours, trois jours, c'est encore mieux. Et donc j'essaie toujours de m'organiser dans ce sens parce que quand j'avais une boutique, alors je vends dans les 5 étoiles, les hôtels 5 étoiles en fait en Asie du Sud-Est. J'avais une boutique à Paris avant le Covid, bon malheureusement on a dû fermer parce qu'on sait ce qui s'est passé dans le monde. Et donc, moi, je... Je trouve intéressant aussi le pop-up dans le monde parce que non seulement ça me permet de voyager, j'adore ça, et ça me permet de comprendre réellement les envies des uns, des autres dans chaque ville où je vais. Et c'est toujours très nourrissant, c'est toujours très inspirant de voir aussi l'effervescence qu'il y a autour d'un pop-up. Là, je reviens de Paris, j'étais au Gare Lafayette pendant trois semaines. Avec d'autres créateurs du continent, je crois qu'on était neuf marques. Et franchement, c'était intéressant de voir. Et je crois que les gens étaient vraiment assez émerveillés de voir neuf créateurs au milieu de ce temple de luxe. Et je pense que c'est important quand on n'a pas la possibilité d'avoir des boutiques partout dans le monde. Et je crois que quelque part même, je ne sais pas si c'est toujours une idée pour des marques comme ça émergentes. d'investir autant, avoir des boutiques par-ci, par-là. Je vois que les gens cherchent vraiment une histoire authentique. Et finalement, un instant d'un pop-up permet aux gens de mieux comprendre vraiment les histoires derrière chaque marque. Et je privilégie vraiment aujourd'hui de pouvoir faire le pop-up dès que je peux, quand j'ai des nouvelles choses à présenter.
- Speaker
Alors, il faut préciser que nous, on s'est croisés en fait au pop-up derrière Villa Fayette. Et ce qu'il faut préciser, c'est que quand tu sers un pop-up, tu es présent pendant le pop-up. Donc, on peut échanger avec toi, tu nous parles des collections, tu les présentes. Quand on fait un essayage, tu es présent là aussi pour guider sur comment le bien aller en fait du produit. Donc, c'est aussi ça, je trouve, qui est intéressant dans la manière dont tu abordes en fait l'expérience pop-up et tu vas maintenir cette proximité. avec les personnes qui viennent découvrir ta marque.
- Eric
Oui, c'est important parce qu'en fait, quand on n'a pas la possibilité d'avoir des points de vente, de toute façon, quand on a des boutiques quelque part partout dans le monde, les créateurs n'est jamais dans ces boutiques. Donc quelque part, avec ce slow fashion, quelque part, je crois qu'il y a vraiment, quelque part dans le monde comme ça, je crois qu'il y a... Il y a une autre façon maintenant vraiment d'aborder la mode et je crois que quelque part les gens cherchent vraiment à quelque chose de très personnalisé. Et ça c'est du luxe alors parce que quand on va dans ces grandes boutiques de luxe, tout est personnalisé. Et quelque part quand on a la possibilité de faire du pop-up, moi quand je décide de faire du pop-up, c'est que je suis là. Je n'ai jamais fait un pop-up sans moi. Ça, c'est sûr, parce que je trouve que c'est important. tant que je puisse échanger avec les gens qui viennent, leur vraiment expliquer, pour ceux qui ne connaissent pas la marque. Et c'est toujours un moment en fait très précieux, très convivial. Et c'est là aussi, quelque part, après avoir travaillé durement avant d'aller à ces lieux, on se sent un peu plus léger de voir que tout le monde est super content de découvrir, d'acheter. d'essayer. Je trouve que toutes ces expériences font partie intégrante d'une vie, d'une marque de vêtements.
- Speaker
Si on en vient à la stratégie de communication, aujourd'hui, est-ce que dans la manière dont tu fais la promotion de ta marque, tu vas travailler avec des influenceurs, des créateurs de contenu ou des célébrités ? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui fait partie de ta stratégie pour pouvoir faire connaître ta marque ?
- Eric
Pour ce qui est stratégie pour ma marque, c'est vrai que j'ai appris depuis quelques temps d'être en relation avec les influenceurs, de voir comment les gens font pour promouvoir leur marque. mais je crois que moi avant tout j'aimais bien aussi l'idée d'avoir des relations très fidèles et très privilégiée avec mes clientes. Parce qu'au fond, quand on a des clientes qui sont heureuses, elles en parlent à leurs copines, elles en parlent à leur entourage en disant « j'ai acheté ça là-bas, allez-y si vous voulez » . Et quelque part, les Américains disent « word of mouth » . Et je pense que c'est vraiment vrai. C'est vrai que pour des gens qui sont heureux d'avoir acquéré des pièces quelque part, Ils vont évidemment en parler. Et moi, j'ai beaucoup joué sur ça, évidemment parce qu'on a eu cette possibilité dans cette ville où je vis, d'avoir le monde entier qui vienne dans cette ville. Et les gens qui sont super contents de découvrir les ateliers, d'avoir vu les gens travailler, ils ont compris que finalement la robe qu'elles achètent dans la boutique à certains prix, elles ont vu comment elle a été fabriquée. et bien je crois que toutes ces histoires font qu'elles en parlent vraiment. Ils vont en parler quand elles rentrent chez elles. Donc du coup, on a toujours ce fil conducteur quelque part avec les réseaux sociaux, l'Instagram, le Facebook. Les gens, en fait, on est quelque part bombardés de messages parce qu'il y a des gens qui ont vu sur une amie, quelqu'un qui a porté quelque chose. Et ça, c'est aussi un peu un outil que je trouve super intéressant. est super efficace, quelque part.
- Speaker
Effectivement, les réseaux sociaux, ça associe de magique, c'est de manière instantanée, c'est aussi, pour reprendre l'expression que tu as employée et que disent les Américains, c'est le word of mouth, mais qui va encore plus rapidement avec les réseaux sociaux, puisque une photo, un clic sur Instagram, et on arrive à toucher des personnes à travers le monde entier. Toi, aujourd'hui, dans la gestion des réseaux sociaux, Tu as évoqué le fait d'avoir une équipe, un atelier que tu as formé. Est-ce que sur la partie réseau social, tu as aussi une équipe, quelqu'un qui gère toi ou est-ce que tu le gères toi-même ?
- Eric
Écoute, pour faire simple, moi, je gère vraiment moi un peu tout seul. En fait, mes plateformes de communication, évidemment, j'ai tout de même une équipe. solide qui m'aide sur le catalogue, sur les textes, la biographie, les choses. Les jeunes, en fait, ils sont beaucoup plus efficaces et plus rapides que moi. Et à partir du moment où j'ai ces outils, les photos qui sont superbes, alors là, je peux diffuser moi très vite. Et d'ailleurs, souvent, les gens sont étonnés parce qu'ils demandent souvent, genre, ils ne savent pas que c'est moi qui réponde derrière. Donc, du coup, ils ont cette surprise quand ils comprennent que finalement, c'est moi. Pour l'instant, c'est moi. On va voir dans les années à venir comment les choses avancent. Mais j'essaie vraiment de faire ça un peu simplement. Évidemment, si j'ai l'occasion de rencontrer des influenceurs qui sont vraiment superbes, comme là au Gare Lafayette, où on a eu la chance de rencontrer vraiment des superbes influenceurs, je suis ravi de collaborer avec eux aussi. Mais je trouve que... ces outils simples, efficaces et authentiques, les gens finalement aiment aussi quelque part. Et donc, si ça peut durer un moment, écoute, je reste comme ça.
- Speaker
C'est ça que j'apprécie avec beaucoup de créateurs que j'ai pu interviewer, qui sont issus du continent, c'est qu'il y a une forme d'accessibilité que vous avez où effectivement, on va envoyer un message sur le compte Instagram en se disant ça va être quoi ? un assistant qui va nous répondre. Et en fait, c'est Eric Rezina qui nous répond. Et il y a toujours un moment de « non, mais ce n'est pas possible » . Et donc, c'est assez surprenant parce qu'en général, quand on va parler à des marques occidentales, on sait que soit c'est un robot ou une intelligence artificielle qui nous répond, mais on ne s'attend pas forcément à avoir un humain qui répond. Donc ça, je trouve que c'est plutôt à valoriser. Après, bien sûr, à un moment donné, si le flot d'activité devient trop important, Il faut aussi savoir, c'est-à-dire qu'à un moment donné, il faut pouvoir déléguer. Mais c'est vrai que ce que me confie Brian Fernandez, par exemple, c'est qu'il a divisé ses comptes. Et il y en a certains, ce n'est pas forcément lui qui répond, mais il y en a où c'est vraiment lui qui garde la main parce que c'est vraiment quelque chose aussi qu'il a pris l'habitude de faire, qu'il aime faire et ça crée un lien avec son audience et sa communauté, qu'il apprécie. Donc, comme il a toujours pris l'habitude de le faire, il aime bien continuer à le faire, en fait.
- Eric
Oui, oui, ça, c'est tout à fait vrai. Parce qu'au même titre que quand je suis dans les pop-up, c'est vrai que là, au Gare Lafayette, pendant les trois semaines, quand j'étais, moi, en fait, là, c'est vrai que les gens, ils regardent, ils admirent ce qu'ils voient. Ils tournent, tournent. Et puis, à un moment donné, ils demandent, mais il est où le créateur ? Je dis, je suis là. Et c'est vrai que ça crée une espèce de... Ben oui, finalement, c'est aussi simple que ça. Et moi, j'aime bien, quelque part, en fait, quand je suis venu au Cambodge, je m'installe ici, je ne me suis pas vraiment rendu compte, mais quelque part, je me dis, mais waouh, cette liberté que j'ai de ne pas être dans ces espèces d'emprises ou prises de tête, en fait, parce qu'au fond, quand on aime ce qu'on fait, on a envie de le faire tranquillement et en fait, dans un environnement où on est bien. Et je trouve que c'est très, très important de... Et c'est un luxe même, mais pas être bousculé par des... codes, pas être bousculé par des manières de faire. Je trouve que une marque, en fait, doit être dans cette philosophie de bien-être. Et c'est comme ça qu'on arrive vraiment à mieux créer, à être bien avec nous-mêmes et pas sentir trop la vieillesse.
- Speaker
Le fait d'être bien dans son activité au quotidien, ça a un impact sur son bien-être. Je suis d'accord avec toi. Je réalise qu'il y a une question que je ne t'ai pas posée. Aujourd'hui, la marque Eric Rezina, c'est du prêt-à-porter phare. Est-ce que tu fais du prêt-à-porter et du sur-mesure ? Et est-ce que tu fais également du prêt-à-porter, des accessoires, des chaussures ? Est-ce que tu peux nous parler des différents périmètres de la marque ?
- Eric
Écoute, ma marque, finalement, j'ai un peu de tout. Je dois dire qu'il y a certainement 80, on va dire 98% pour la femme, inclus les accessoires parce qu'on fait beaucoup d'étoiles, les écharpes en soi. En fait, j'aime bien... Je pense que je suis toujours avec mon pays natal parce qu'à Madagascar, on porte énormément d'écharpes et ça fait partie intégrante de notre culture. Et je trouve que les étoiles, les écharpes embellissent très facilement une silhouette sur une femme. Et donc, oui, ma marque offre quand même pas mal de choses. Alors, on fait du sur-mesure pour des clientes vraiment du monde entier. et en fait des pièces on va dire presque couture parce que Elles sont les seules à avoir ces pièces-là, ça prend du temps, comme j'ai évoqué précédemment. Mais elles sont vraiment patientes d'attendre leurs pièces. On a aussi des sacs, des pochettes. Alors moi, je ne suis pas un grand spécialiste d'accessoires, tout ce qui est sacs. On a quand même une petite ligne, le minimum nécessaire pour une femme, les petites pochettes, les sacs. les petites bourses. Et évidemment, j'ai une ligne de prêt-à-porter, mais toujours avec la soie, ou alors des petits mélanges avec d'autres matières. Et j'ai également, en fait, une ligne homme, et qui marche très bien d'ailleurs. Et où on fait aussi, quelque part, certaines surmesures pour certains hommes, parce qu'ils veulent vraiment avoir des choses uniques. Et voilà. et c'est vrai que Moi, je n'ai pas trop de frontières. J'aime bien habiller tout le monde. J'aime bien... Je trouve que les différentes femmes inspirent. Et en fait, comme je suis dans ce monde très coloré, je n'ai pas non plus ce côté genre il ne faut que faire du noir. Et je trouve que finalement, on est là aussi quelque part pour, si je puis dire, éduquer un peu les gens. à... à porter des couleurs qu'ils n'osent pas porter. Parce que, en fait, souvent, j'entends les gens « Ah oui, non, non, je ne porte pas le rouge ou l'orange, je n'ai jamais porté. » Mais je dis « Mais regardez la nature ! » La nature nous offre toutes les couleurs. Vous allez dans une forêt, vous allez vous promener dans un parc, vous allez avoir les différentes couleurs. Donc, j'estime que cette mode où on a un peu de tout, je pense que c'est pas mal. Au lieu d'être spécialisé vraiment dans quelque chose de spécifique que j'aime bien. Et je reviens un peu à mon enfance. C'est que j'ai toujours aimé un peu mélanger les choses, faire pas mal de choses. Et ma marque aujourd'hui est comme ça. C'est que je fais les robes du soir, je fais du prêt-à-porter, je fais du sur-mesure. On fait des robes de mariée. Là, je suis en train de dessiner une silhouette pour une cliente à Paris. Et on fait du sur-mesure pour homme. On fait même... Je pense que c'est le seul domaine, mais on ne peut jamais dire non, que je n'ai pas vraiment abordé. J'ai fait du sur-mesure pour les enfants, mais je n'ai pas encore vraiment intégré l'enfant dans ma ligne. Mais bon, voilà, je suis à l'aise avec tout ça. Je trouve que pour notre garde-robe, on a besoin de tout ça, en fait. Surtout pour une femme que j'aime vraiment habiller avant tout. Bien que maligne homme plaisent énormément aussi.
- Speaker
Donc aujourd'hui, ce que tu es noqué, c'est que tu as donc un atelier, c'est un atelier boutique, il me semble, au Cambodge, dans lequel on peut retrouver, j'imagine, l'univers homme, l'univers femme, les accessoires, le prêt à porter, et venir passer des commandes coutures. Et après, si on n'est pas au Cambodge, via Internet, en fait, on peut avoir accès aux informations de tes différentes escales à travers le monde. pouvoir vraiment savoir où est-ce qu'on peut aller apprécier des collections, aller les voir, aller les regarder. Sinon, on peut bien sûr passer une commande à distance. On enregistre cet épisode, on est à plein été. Est-ce que, quelles sont les prochaines, comment on dit, c'est quoi la prochaine actualité ? C'est quoi le prochain événement ? Où est-ce qu'on va pouvoir te retrouver ? Alors, si l'information n'est pas encore officielle, je ne t'oblige pas à parler. Mais s'il y a des choses que tu peux partager avec mon audience, ce sera avec plaisir.
- Eric
En tout cas, oui, je pense que là, les mois à venir s'annoncent assez bien. Moi, je suis assez content, surtout pour mon équipe qui travaille vraiment durement chaque jour. Et je crois qu'on a une proposition pour revenir au Nigeria. J'ai une proposition pour en fait être dans ce salon Tranoï en octobre à Paris. Je suis très content. Il y a certainement là aussi, je pense, peut-être revenir encore une fois. sur le continent et certainement à Dakar cette année. Ça fait des années que je ne suis pas revenu à Dakar, alors que c'est la ville que j'ai vraiment beaucoup aimée, où j'ai fait presque dix défilés dans les années passées. Et donc oui, il y a quelques bonnes idées qui vont venir. Donc il ne faut surtout pas rater de s'informer sur nos plateformes, Instagram surtout. et le Facebook. Et aussi, on essaie d'avoir, parce qu'il y a beaucoup de demandes, de plus en plus de demandes, et on essaie vraiment de finaliser ce projet d'avoir un site de vente en ligne, certainement au début de l'année prochaine.
- Speaker
Très bien, c'est super. Entre Dakar, le Nigeria et Paris, sur les mois qui arrivent, il va y avoir plein d'opportunités. de découvrir ou de redécouvrir ta marque. Écoute, on arrive à la fin de cette interview. J'ai été ravie d'avoir l'opportunité de découvrir ton profil. Il y avait un certain nombre de choses que je savais, mais d'autres que je ne connaissais pas. Donc, ça a été vraiment un plaisir pour moi d'en apprendre davantage sur la marque. Et je suis sûre que ce sera un plaisir qui sera partagé avec mon audience. Donc, merci beaucoup. Et je te dis à très vite en un truc loyer.
- Eric
Merci beaucoup à toi pour ton temps. Vraiment, j'apprécie beaucoup que tu m'aies proposé cette interview aujourd'hui. Et j'espère que ça va inspirer aussi les autres. Et franchement, merci infiniment.
- Speaker
À très bientôt, au revoir.
- Eric
Au revoir, à matin.
- Speaker
Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast. Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis. Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify. Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force. Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.