- Sidonie
Ce projet, moi j'aime le dire, c'est un projet de 100 ans. Irma, c'est un projet de 100 ans. Je veux laisser ce projet, je veux mourir, je veux le laisser. L'objectif vraiment, c'est de créer une chaîne de valeur, un écosystème qui va devenir une base qui va permettre à d'autres acteurs de pouvoir se greffer. C'est pour ça que chez nous, chez Irma, qu'est-ce qui se passe ? C'est qu'on va trouver des acteurs culturels et créatifs. On se dit, ces espaces sont les vôtres. Venez, commencez à entreprendre ici, créons des... créant des collaborations qui vont permettre à chacun de se retrouver. Parce que le vrai problème des entrepreneurs en Afrique, et moi j'accompagne les entrepreneurs depuis une dizaine d'années, c'est qu'on est contraints à tout faire.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa, éthiques et performants. Je suis Amata Dialo, je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes. Je suis également consultante en marketing et communication. J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique. Et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique. Au-delà de la mode, je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Sidonie Latter. Sidonie est la fondatrice de Kobo Hub, une association indépendante basée en République démocratique du Congo, dont l'ambition est d'accompagner les entrepreneurs dans le développement d'initiatives qui valorisent les savoir-faire locaux. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours et de Kobo Hub. Bienvenue Sidonie, comment vas-tu ?
- Sidonie
Bonjour Amata, je vais très bien, merci pour cette belle invitation.
- Ramata
Merci à toi d'avoir accepté mon invitation. Je suis ravie qu'on ait l'opportunité d'échanger ensemble dans le cadre du podcast Africa Fashion Tour. On va commencer cette interview comme je le fais toujours, je vais te demander de te présenter.
- Sidonie
Je suis fondatrice de Kobo Hub, qui est un incubateur accélérateur basé à Kinshasa. Depuis une dizaine d'années, nous accompagnons des entrepreneurs en RDC, mais aussi dans la sous-région Centrafrique. Nous avons un focus dans les industries culturelles et créatives, ainsi que la tech et aussi la formation des entrepreneurs en termes de management de création de modèles économiques de leur business. Nous avons aussi des espaces coworking à Kinshasa. Et depuis deux, trois ans, nous étendons un peu nos activités dans d'autres pays, tels que le Congo, Brazzaville, le Cameroun, le Gabon, la Centrafrique. Et donc voilà, je suis également la fondatrice de l'Institut Régional de la Mode IRMA, basé à Kinshasa, qui a pour objectif d'accompagner les créateurs de mode de la sous-région.
- Ramata
Très bien, écoute, merci pour cette belle introduction. Ça présage énormément d'informations intéressantes pendant cette interview. Donc moi, j'aimerais bien, comme je le fais toujours, j'aimerais bien un petit peu revenir sur ton parcours, tes études, comment tu as démarré avant de créer cet incubateur et puis ensuite cet institut régional spécialisé dans la mode. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de tes études et de ta carrière ?
- Sidonie
Ok, super. Alors moi, à la base, je suis une artiste dans l'âme et j'ai toujours aimé créer. C'est vrai qu'aujourd'hui, dans le positionnement que j'ai de chef d'entreprise, de CEO, les gens ne savent pas forcément mon parcours créatif. Alors j'ai fait des études en art visuel et publicité à Saint-Luc-Liege, en Belgique, et j'ai toujours évolué dans l'univers. un peu créatif, publicité, production, depuis maintenant plus de 15 ans, presque 20 ans maintenant. Et après, à un moment donné, j'ai voulu expérimenter l'Afrique. J'ai commencé à aller à Kinshasa en faisant des allers-retours. Et là, j'ai redécouvert le pays qui m'a vu naître. Et j'ai compris en fait que... que la RDC était un pays dont l'une des plus grosses richesses était vraiment sa créativité. On le voit partout dans les rues de Kinshasa, etc. Mais il y avait un gros problème de création d'écosystèmes en fait. Parce que le talon c'est bien, mais comment transformer ce talon en quelque chose de monétisable ? Et c'est là qu'est née l'idée de mettre en place Kobo Hub, qui est un hub en fait qui a... qui a pour objectif de former, d'accompagner et surtout d'aider les talents à développer un produit, un service et surtout un modèle économique pour eux, pour générer du revenu. Et donc très vite, je suis passée de l'autre côté. J'ai quitté la posture d'artiste, de créatrice à une posture de chef d'entreprise. de coachs, de mentors, pour pouvoir un peu fédérer ce petit écosystème et créer en fait des entrepreneurs culturels qui arrivent à mettre en place un modèle économique et à en vivre. Et au fur et à mesure des années, on a eu des partenaires qui ont commencé à nous accompagner. On a eu un premier partenaire avec le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas qui a financé, je pense, deux ans de nos activités. Et puis nous avons mis en place des co-working, des espaces vraiment de collaboration. Nous avons créé des programmes d'accompagnement. La grosse difficulté, c'est qu'à Kinshasa, on est parmi les premiers incubateurs et il n'y avait pas de modèle pareil à Kinshasa. Donc la plupart des programmes viennent de Paris, de Belgique et tout. Et donc notre gros challenge, c'était de pouvoir mettre en place des programmes qui sont pensés, conçus. pour notre système local. Et après, voilà, ça a bien fonctionné, ça a bien marché, et on a une grosse visibilité de plus en plus de partenaires internationaux qui nous ont accompagnés. Jusqu'au moment où on a signé un partenariat aussi avec le gouvernement français, et on a décidé en fait de devenir très sectoriel, parce qu'un écosystème, avant d'être physique, avant d'être immatériel, il doit être aussi physique. Comme j'aime le dire, c'est un peu le modèle de la Silicon Valley. Où est-ce qu'on trouve les talons ? Où est-ce qu'on trouve le matériel de qualité ? Où est-ce qu'on trouve les formations ? Où est-ce qu'on trouve en fait un écosystème d'investisseurs, etc. ? Nous avons donc décidé nous-mêmes de créer notre propre écosystème par filière, par secteur d'activité. C'est là qu'est née l'idée de mettre en place en fait l'Institut Régional de la Mode, qui est vraiment en partenariat entre... La France et nous, donc l'ambassade de France et nous, nous avons conçu ce projet, ce programme qui a été d'ailleurs annoncé par le président Macron parce qu'il y a plus de 3 millions de dollars qui a été investi dans ce projet pour faire de Kinshasa vraiment un centre, un pôle concernant la mode en Afrique centrale et même influencer l'Afrique francophone. Et c'est là qu'aujourd'hui on y est. Donc l'Institut Urgenal de la Mode a ouvert ses portes l'année passée. En septembre, nous accompagnons des designers de cinq pays d'Afrique centrale et nous avons un centre de recherche et développement. Nous avons une bibliothèque, nous avons des espaces co-working, des ateliers industriels. Nous avons des espaces aussi pour les événements et nous ouvrons prochainement le 25 septembre. une expo permanente dédiée à la SAP.
- Ramata
Très bien, donc c'est très intéressant de voir comment tu es à l'origine en fait de la création d'un véritable écosystème d'accompagnement des entrepreneurs. Et j'aime bien le parallèle que tu fais avec la Silicon Valley. C'est vrai qu'à un moment donné, on a besoin d'un lieu bien spécifique avec, en sachant que les experts d'un certain domaine sont présents dans ce lieu. Et ça devient du coup une référence qui va attirer les experts du monde entier. Quand on parle du hub... Au départ, tu parles d'un programme d'accompagnement d'entrepreneurs. Comment est-ce que tu fais la sélection des entrepreneurs ? Est-ce qu'il y a un jury ? Est-ce qu'il y a une session un peu de pitch comme les nouveaux boss ou comme on peut voir dans les émissions du type qui veut être mon associé ? Est-ce que tu peux nous expliquer le processus de sélection des entrepreneurs ?
- Sidonie
Il faut savoir que lorsqu'on est un incubateur, la partie la plus sensible et la plus importante, les profils qu'on recrute dans un programme. Parce que la majorité des programmes sont gratuits pour les entrepreneurs parce qu'ils sont subventionnés. C'est le modèle de fonctionnement des incubateurs. C'est le modèle de subvention par des bailleurs ou des corporettes. Donc la partie de recrutement est très très importante. Et voilà pourquoi nous avons mis en place un critérium qui est assez compliqué. Parce qu'on se dit que lorsqu'on accompagne des entrepreneurs, c'est des personnes qui ont une vraie réflexion, qui relèvent les challenges. Donc si déjà lorsqu'on lance un appel à candidature, ils ne sont pas capables de répondre correctement à un appel à candidature, c'est déjà qu'il y a un problème. Donc nous lançons un appel à candidature sur les réseaux sociaux, sur nos sites et c'est un peu du bouche à oreille aussi qui circule. Et là, on a un critérium déjà. en termes de profilage, ils se présentent et tout, et c'est quand même assez long. Et certaines questions sont très détaillées. Donc, généralement, 50%, on n'arrive pas à remplir le critérium. Donc, ce qui fait qu'on arrive déjà à épurer pas mal de personnes. Et après ça, en fait, il y a la partie présentation de son projet, de sa structure. Quand les gens se présentent, Là, on a déjà un minimum de contenu et ça reste déjà intéressant pour nous. Et après ça, on a une sorte de vidéo de présentation, comment ils se présentent eux-mêmes. Et après, nous avons une sorte d'interview. Et c'est là que ça nous permet de sélectionner les meilleurs profits.
- Ramata
Très bien, c'est important que tu précises ce point d'un incubateur, ça va fonctionner sur la base de subventions et donc l'objectif pour vous, c'est d'avoir les meilleurs profils. Donc, c'est intéressant ce que tu expliques par rapport à ces différents critères qui sont clés pour pouvoir choisir les bons profils. Ensuite, en termes de secteur d'activité, alors tu as évoqué un focus industrie culturelle et créative et ensuite tu as parlé d'IRMA. avant cela Est-ce qu'il y avait en fait des secteurs de prédilection ou est-ce que l'idée c'était justement d'essayer d'avoir 10 entrepreneurs qui vont représenter 10 secteurs d'activité différents ?
- Sidonie
Au départ, c'est ce que nous faisions. C'était vraiment 10 entrepreneurs qui vont représenter différents secteurs d'activité. Mais on s'est rendu compte que ce n'était pas forcément efficace. Pourquoi ? Parce que notre Afrique, surtout l'Afrique francophone, est un peu moins développée que l'Afrique anglophone en termes de... de start-up, de nouvelles PME, etc. On s'est rendu compte en fait que le niveau des entrepreneurs qu'on accompagnait était déjà un problème. Donc il fallait plus de temps en termes d'accompagnement. Donc qui dit plus de temps, dit plus de ressources, qui dit plus de ressources, dit plus de besoins financiers. Voilà pourquoi très vite on s'est dit, non, on ne va plus développer ce modèle de programme d'accompagnement, mais on va les... par filière. Parce que lorsqu'on est sectoriel, ça veut dire qu'en interne, on a déjà le personnel qui a les compétences d'accompagner un entrepreneur dans son secteur d'activité. La plupart des incubateurs, qu'est-ce qu'ils font ? Ils sont un peu généralistes. On va accompagner un projet dans la tech, un projet dans la logistique, un projet dans l'agriculture, un projet dans l'énergie, etc. Et vous allez voir que les coaches sont souvent les mêmes. Et qu'est-ce qui se passe en fait à la fin du programme ? Il y a beaucoup de théories, c'est vrai qu'il y a une base en gestion d'entreprise que les entrepreneurs ont pu acquérir, mais réellement sur le marché déployer et développer une entreprise, c'est difficile en fait. Quasi 60, 70% d'entre eux... après deux ans disparaissent. Et moi, je ne voulais pas ce modèle-là, parce que notre souci à nous, c'était de créer des pépites qui vont venir standardiser notre écosystème. Voilà pourquoi très vite, on a switché dans un modèle très sectoriel. Ça veut dire que nos accompagnateurs, nos formateurs, nos coachs viennent du secteur ou sont formés à accompagner dans ce secteur-là. Parce qu'à la fin de la journée, en fait, les entrepreneurs doivent pouvoir vivre de leur entreprise. Quand ils sortent d'un programme d'accompagnement, ils se disent, « Ok, j'ai développé un produit ou j'ai amélioré mon produit. Avant le programme d'accompagnement, je faisais 1 dollar par mois et maintenant, je fais 10 dollars par mois. » Donc nous, c'est comme ça que l'on mesure un peu l'accompagnement qu'on offre à nos entrepreneurs.
- Ramata
C'est très intéressant que tu précises ce point parce qu'effectivement, il y a eu toute une période... de la, que j'appellerais en tout cas en Europe, la Startup Nation, où il y a énormément de porteurs de projets qui se sont positionnés en potentiels fondateurs de startups. Et derrière, effectivement, comme les statistiques que tu évoquais, après deux ans, il n'y avait pas forcément de suite. Et donc, effectivement, il y avait une forme de remise en question de tous ces incubateurs. et de tous ces prétendus porteurs de projets et de solutions innovantes. Donc c'est intéressant de voir comment toi tu as analysé ces éléments-là et tu as proposé finalement une organisation et un suivi qui permet véritablement d'aller plus loin qu'un simple effet d'annonce. toi aujourd'hui Quelles sont les structures, si tu peux en citer, en tout cas les entrepreneurs accompagnés qui aujourd'hui constituent des belles réussites et vraiment les références de Kobo Hub ?
- Sidonie
Ok, alors nous on a plusieurs niches d'entrepreneurs. On a eu vraiment ceux qui commençaient avec une idée ou ceux qui avaient déjà une entreprise mise en place qui avait un peu de difficultés ou ceux qui avaient déjà une entreprise. Excusez-moi. qui avaient besoin de repositionner leur modèle économique ou de lancer un nouveau produit, etc. Ou simplement lever les fonds. Il y a des entrepreneurs qui viennent nous trouver parce qu'ils sont dans une étape, ils ont besoin d'une croissance et nous, on leur permet tout simplement de structurer très rapidement leur entreprise et d'aller lever les fonds. On est en contact avec plusieurs fonds d'investissement ou des business angels de manière privée, surtout issus de la diaspora. Donc, c'est aussi un de nos modèles économiques. Donc nous, on a accompagné il y a quelques années une startup qui s'appelle SchoolUp, dans un programme qui s'appelait les pionnières, c'est un programme de l'OIF. Cette startup, après le programme, elle a pu aller à Dubaï, elle a pu rencontrer des investisseurs là-bas, et maintenant leur head office se trouve à Dubaï. Ils ont pu, après tout cela, se développer dans d'autres pays, la Côte d'Ivoire, le Bénin, le Togo, et même le Kenya aujourd'hui. Et ils font maintenant plus de 2 millions de dollars de chiffre d'affaires. Donc ça, c'est vraiment une super réussite pour nous. Ils sont dans l'EDTEC, l'éducation avec un soubassement de l'EDTEC. Et puis on a une boîte qui est dans le design textile qui s'appelle Kilibu Kila. Ils sont basés à Kinshasa. Ils ont pu retravailler le tissu Kuba, parce qu'à la base, le tissu Kuba, c'est un tissu très brut, et ils l'ont adouci. C'est un savoir-faire que possèdent des femmes en RDC qui se transmet de génération en génération. Donc ils ont pu l'adoucir, ils ont même pu transformer ce tissu en velours, qu'on appelle le velours du Kassai. Et en fait, aujourd'hui, ce qui leur permet de pouvoir devenir fournisseurs auprès de designers de mode, ils ont même pu, il y a deux ans, signer avec Monoprix en France. Ils ont vendu en fait certaines de leurs productions parce qu'ils fabriquent avec ce tissu des housses de coussins et des produits dérivés. Ils sont en train de grandir à l'international, ils exportent aux Etats-Unis, en Europe, dans d'autres pays d'Afrique. Et c'est vraiment une belle expérience et surtout une belle réussite en termes de dizaines de textiles en RDC.
- Ramata
Ok, c'est super d'avoir de belles réussites comme ça au niveau d'un incubateur. Et c'est vrai que quand on a des belles réussites à mettre en avant, ça donne aussi envie à des entrepreneurs. qui sont qualifiés, compétents, qui ont des belles initiatives, des beaux projets, de venir se présenter au niveau de l'incubateur. En termes d'organisation et de session d'accompagnement, quel est le rythme au niveau de Cobeub ? Est-ce que c'est tous les ans à partir de janvier ? Et quelle est la période d'incubation ? Est-ce que c'est un an ? Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu comment se passe une incubation pour un entrepreneur une fois qu'il a passé les critères et qu'il a été sélectionné ?
- Sidonie
Ok, alors au niveau des programmes d'incubation, on a en fait deux types de fonctionnement. On a nos programmes chez nous qui sont en interne, qui sont prédéfinis. Et généralement, on a par exemple deux cohortes. Là, je prends par exemple la cohorte au niveau de tout ce qui est mode. Donc on a un programme qui s'appelle Entreprendre dans la mode à impact. C'est un programme de six mois. Et puis on a un programme qui s'appelle Lancer sa marque et là c'est un programme de trois mois. On a d'autres programmes dans d'autres filières qui sont par exemple d'une année ou douze mois. Ces programmes sont des programmes signature chez nous en interne et là on en lance deux par an. Donc on fait un appel à candidature et puis le programme prend son chemin. Après, nous avons le deuxième modèle, c'est un partenaire ou un bailleur de fonds qui vient vers nous, qui nous dit, OK, nous, on aimerait lancer un programme à Kinshasa ou dans trois villes en RDC. Et l'objectif, c'est soit de stimuler l'entreprenariat ou soit de structurer des entrepreneurs existants. Et là, on fait un programme sur mesure. Et donc, ça peut durer trois mois, quatre mois. mois ou six mois. L'année passée, on a fait un programme avec l'AFD. C'est un programme sur 18 mois, par exemple. C'est un peu les modèles que nous avons. Nos programmes signatures et les programmes designés avec un partenaire.
- Ramata
Très bien, c'est très clair. En plus, c'est bien de voir la variété des programmes. Ce qu'on comprend, c'est selon le profit de l'entrepreneur et où il en est, il va avoir un programme qui va véritablement être adapté. Maintenant, on va en venir à Irma, puisque l'impression que j'ai, c'est toute l'expérience acquise avec Kobo Hub, à un moment donné, elle a presque naturellement mené à la création d'Irma. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu la genèse d'Irma et aujourd'hui, quelles sont les principales missions et ambitions de cet institut ?
- Sidonie
Effectivement, tu l'as bien dit. Tout cet expérience que nous avions eue, nous a permis de comprendre que si on doit dynamiser notre écosystème local ou même la sous-région de l'Afrique centrale, il était important de créer des écosystèmes physiques. Voilà pourquoi on s'est dit, ok, par quoi on peut commencer en fait ? Les industries culturelles et créatives aujourd'hui, beaucoup l'ignorent en Afrique, mais c'est un secteur à fort potentiel qui est sous-exploité en Afrique. Aujourd'hui, l'Occident le dit très bien, c'est un secteur qui a généré le plus de revenus et qui a employé le plus de personnes par rapport à l'industrie, par exemple, automobile. Et l'Afrique a un potentiel énorme parce que son narratif, ses histoires, sa créativité n'est pas encore complètement exploitées. Alors nous avons décidé d'abord de faire une étude de marché, on l'a fait au niveau de la RDC, et on s'est rendu compte en fait qu'un des potentiels énorme, étaient focalisées sur la mode. Parce qu'en fait, chez nous, dans tous les quartiers, il y a un couturier, il y a un tailleur, etc. Et donc, voilà, on s'habille dans les vêtements de nos traditions pour les mariages, pour différentes fêtes, etc. Alors, on s'est dit très rapidement, si nous devons créer un prof of business d'espace physique, qui reposent en tout un écosystème, ce serait la mode. Mais pas simplement la mode, mais la mode avec des connexions, avec d'autres filières. Parce que dans la mode, par exemple, la mode touche aussi le cinéma. Ça touche aussi la musique. Parce que dans les clips vidéo aujourd'hui, les gens s'habillent d'une certaine manière, etc. Ça touche aussi d'autres filières. Donc on a fait très rapidement un lien entre la mode et la musique, parce que nous déjà, la sape et la rumba vont ensemble en fait. Parce que pendant des années, les plus grands ambassadeurs de la SAP, ça a été en fait les musiciens chinois, qui s'habillaient d'une certaine manière pour leurs concerts, soit localement, soit à l'étranger. Donc la SAP, elle a un lien fort. Voilà pourquoi, lorsque vous venez chez Irma, vous avez en fait deux espaces qui sont très distincts. C'est l'espace fashion, mode, et puis au-dessus, nous avons un studio d'enregistrement. Et ça, c'est un partenariat avec Planet Jupiter. Et donc, voilà. Donc, du coup, en créant ce projet, on voulait vraiment remplir tout un écosystème. Parce que vous venez chez Irma, vous avez une bibliothèque, un focus sur l'industrie créative. C'est la première. La première bibliothèque focus avec l'Institut Créatif en Afrique. Nous avons des espaces de coworking, ateliers, on a un Fab Lab textile. Nous avons aussi un espace justement pour les petits événements et tout. Nous avons la partie studio d'enregistrement, salle de répétition aussi avec du matériel de musique. Nous avons aussi un espace podcast, nous avons un espace shooting, photo et vidéo. Nous avons des salles de formation. Et en fait, les entrepreneurs, les acteurs culturels, quand ils viennent chez nous, ils découvrent tout un écosystème. Donc, lorsque généralement quelqu'un vient chez nous pour simplement enregistrer un son, par exemple, il va découvrir en fait qu'il peut se faire habiller, on peut lui créer un vêtement pour son clip. Et puis, son compte, il y a un studio avec du matériel et son clip peut être tourné avec nos équipes. Et en fait, tu peux aussi avoir un shooting photo, etc. Et puis voilà. Et donc c'est tout un écosystème. Donc ce projet, on l'a conçu comme ça, pour que ça soit un petit, un mini écosystème. Et lorsqu'on est en train de construire ce projet, on s'est rendu compte que l'ambassade de France était en train de développer aussi un projet autour de la mode, parce qu'il y avait un potentiel énorme. Et vu qu'on travaille déjà avec l'ambassade de France depuis quelques années, sous d'autres programmes justement dans les industries créatives, on s'est décidé de se mettre ensemble et on a finalisé ce projet. Et on l'a monté à Paris et le gouvernement français l'a accepté. Et donc, lors même du sommet Afrique-France-RDC, il y a deux ans à Paris, lorsque mon président, le président Tshisekedi, va rencontrer le président Macron, le président Macron fait cette annonce-là, que la France va accompagner la création d'un institut régional de la mode en Afrique et qui est en fait ce projet que l'on avait conçu il y a deux ans en fait. Donc voilà un peu la genèse de ce projet. Et pour nous, l'objectif, c'est vraiment de s'étendre au fur et à mesure. Donc là, on est en train d'ouvrir une filière à Nairobi pour pouvoir couvrir l'Afrique de l'Est, mais aussi l'Afrique francophone. Et aussi, un des objectifs le plus important, pas le plus important, mais qui est quand même important, c'est la partie recherche et développement. On l'a adossé vraiment au projet. Actuellement, nous avons six doctorants à Paris qui sont intégrés dans une université pour faire des recherches dans tout ce qui concerne la mode africaine, nos tissus traditionnels, comment les faire évoluer. On a un focus sur le tissu Kuba, par exemple, et aussi la sape, parce qu'aujourd'hui, la sape est un patrimoine annexé à la rumba qui a été reconnue par l'UNESCO. Donc on est en train de travailler sur la création, comment développer tout un écosystème autour de la SAP. C'est quelque chose que nous n'avons pas fait en fait. Donc comment aujourd'hui des sapeurs ou des personnes qui souhaitent entreprendre dans la SAP peuvent développer en fait des entreprises qui deviennent lucratives. Donc c'est toute cette partie un peu recherche scientifique que nous sommes en train de faire et qui est aussi en fait en parallèle justement avec l'inauguration. d'un mini-musée, mais pour le moment on va appeler l'Expo Permanente de la SAP. Et en marge de ça, on est en train de mettre en place un colloque scientifique justement sur les questions de la mode en Afrique.
- Ramata
Donc c'est un projet qui est très ambitieux et j'entends dans ce que tu évoques le fait de solliciter des chercheurs, le fait de pouvoir formaliser l'histoire des tendances et notamment l'histoire de la SAP pour se la réapproprier et pour poser des concepts. Est-ce que dès le départ, dans l'association avec l'ambassade de France au Congo, vous aviez cette ambition-là d'aller plus loin que le côté peut-être superficiel de la mode et de se dire on va poser les choses pour pouvoir préserver ses savoir-faire et aussi expliquer d'où ils viennent et expliquer en quoi ils font partie du patrimoine ? Est-ce que ça, dès le départ, c'était inscrit dans la mission d'IRMA ?
- Sidonie
Oui, clairement, parce qu'aujourd'hui, le positionnement, Irma est un projet qui est adossé dans Kobo Hub. Notre positionnement aujourd'hui, c'est de créer des écosystèmes. Et lorsqu'on parle d'écosystème, c'est-à-dire qu'on a une chaîne de valeur qui est mise en avant. Et donc, quand on a conçu Irma, on a d'abord découpé la chaîne de valeur pour savoir, en fait, Comment la chaîne de valeur aujourd'hui est développée en Afrique et surtout chez nous, dans notre pays ? Et l'objectif est vraiment de créer une industrie. Je sais que beaucoup n'aiment pas le mot industrie créative et culturelle, mais pour moi c'est très pertinent en fait, parce que lorsque les créateurs ou les structures d'accompagnement dans justement le secteur culturel et créatif pensent industrie, ils vont penser chaîne de valeur. ils vont penser process, ils vont penser logistique ils vont penser modèle économique, ils vont penser formation, ils vont penser en fait entreprise, etc formalisation, la partie légale, la partie développement, etc, nous on l'a intégré dès le départ en fait, ce projet moi j'aime le dire, c'est un projet de 100 ans, Irma c'est un projet de 100 ans tu veux laisser ce projet, je veux mourir je veux le laisser, l'objectif vraiment c'est de créer une chaîne de valeur, un écosystème qui va devenir une base non qui va permettre à d'autres acteurs de pouvoir se greffer. C'est pour ça que chez nous, chez IRMA, on va trouver des acteurs culturels et créatifs. On se dit, ces espaces sont les vôtres. Venez, commencez à entreprendre ici, créons des collaborations qui vont permettre à chacun de se retrouver. Parce que le vrai problème des entrepreneurs en Afrique, et moi j'accompagne les entrepreneurs depuis une dizaine d'années, c'est qu'on est contraints à tout faire. Et nous, c'est ce que nous ramenons à notre niveau. Non, lorsque quelqu'un lance sa marque, on va lui dire, OK, c'est très bien, tu es un entrepreneur dans l'univers de la mode, mais tu n'es pas un technicien, tu ne sais pas coudre. Donc, ne perds pas ton temps à les coudre. Associe-toi ou travaille avec un atelier. Donc, on pousse les gens à penser à une chaîne de valeur. pour pouvoir en fait arriver très rapidement à créer un produit, une entreprise qui devient rentable. Donc la partie recherche-développement aussi était très importante, parce qu'aujourd'hui on ne peut pas parler de mode africaine si aujourd'hui on n'arrive pas à exploiter le plus possible nos tissus africains. Donc par exemple le Kuba chez nous, tu le connais, le tissu Kuba il est très brut comme ça, c'est beau, c'est tendance. mais il faut aller plus loin en fait. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, il est important de pouvoir développer, faire grandir nos tissus africains. Et voilà pourquoi le département recherche et développement, pour moi, semble être très, très important et pour l'ambassade aussi. Et ces partenariats avec les universités en France sont très stratégiques pour nous parce que là, je pense qu'on va pouvoir set-up une belle dynamique. qui va permettre en fait à plusieurs experts de s'associer à nous et de pouvoir créer une dynamique au niveau afrique. Parce que même quand on parle de la sape aujourd'hui chez nous, les sapeurs portent des marques étrangères, occidentales, qui ont bien fonctionné, etc. Mais aujourd'hui, notre tendance, on l'appelle même la sape de demain, c'est que nos sapeurs portent des marques locales et surtout valorisent en fait nos tissus africains. Et pour ça, Il faut qu'on travaille sur nos tissus et surtout que l'on pousse des designers locaux à mettre en avant nos designs et nos tissus locaux. Donc voilà.
- Ramata
Très intéressant. Et donc ce que tu évoques, c'est la création d'un musée au sein d'Irma, il me semble, et également le fait de poser un colloque. Donc bien souvent, quand on parle de mode, l'un des premiers événements qu'on va mettre en avant, c'est le défilé. C'est vraiment l'idée de réunir un certain nombre de créateurs qui vont défiler. Là, vous faites le choix d'un colloque, vous faites le choix plutôt d'un musée. Est-ce que tu peux expliquer ce choix ?
- Sidonie
Oui. Alors, en fait, la réflexion pour nous, elle est vraiment 360 degrés. L'objectif pour nous, comme je te l'ai dit, c'est vraiment créer un écosystème autour de la mode. et donc euh La SAP est un patrimoine, tout le monde connaît la SAP, elle a été très valorisée à l'étranger, etc. Voilà pourquoi IRMA aujourd'hui, nous par exemple, les apprenants qui sortent de nos programmes d'accompagnement, ils ont un seul thème, c'est la SAP de demain. Comment faire évoluer cette sape-là ? Parce qu'il ne faut pas qu'elle reste un peu de manière caricaturale, c'est des gens qui mettent des costumes un peu extravagants avec plein de couleurs, etc. Non, c'est toute une philosophie, il y a tout un univers derrière. Aujourd'hui, on dit même que le Congolais a la sape dans l'ADN, etc. Mais comment faire évoluer tout ça ? Donc voilà pourquoi la première démarche pour nous, c'était de mettre en place une expo permanente slash un petit musée parlent de la sable. Parce qu'en fait, en réalité, localement, pour beaucoup, la sable est mal vue. Mais à l'extérieur, c'est quelque chose de formidable. Papa Wemba a fait évoluer la sable. Les grosses marques ont repris un peu le concept de la sable, etc. Donc aujourd'hui, la première des choses, c'est que si on veut faire évoluer notre mode, c'est que notre patrimoine, notre richesse, doit être d'abord adoptée localement. Donc les écosystèmes qui grandissent, qui créent des modèles économiques stables et viables, c'est parce que d'abord, localement, il y a des consommateurs. Et c'est ça aussi une des difficultés du secteur des industries culturelles et créatives en Afrique, c'est que des fois, on produit pour le marché extérieur. On produit, les artistes, les peintres, tout a produit pour les touristes blancs qui vont arriver à Kinshasa, etc. Donc, notre processus, c'est là. Donc, on s'est dit, on attaque la SAP parce que c'est un patrimoine fort. pouvoir créer un modèle économique derrière, valoriser, et que nos enfants trouveront que la SAP, c'est quelque chose d'extraordinaire. Derrière tout ça, il y a une philosophie, il y a un style de vie, etc., au-delà du vêtement. Et puis l'Ocologue scientifique, c'est vraiment arriver à développer une approche scientifique. et surtout une approche philosophique de la mode africaine. Par rapport à l'Occident, il y a très peu d'écrits sur nos styles africains, etc. Il y en a de plus en plus et on aime énormément ce que vous faites avec ce podcast, etc. Et l'objectif vraiment, c'est de créer plusieurs dynamiques autour de la mode africaine, autour de la SAP, autour de... autour des matières premières, etc. Des difficultés aussi de la mode en Afrique. Donc le colloque veut aussi être cette rencontre qui accueille plusieurs acteurs en Afrique qui vont venir à Kinshasa se réunir et pouvoir travailler, philosopher, théoriser sur la mode en Afrique, les tissus et notamment la sable.
- Ramata
Très intéressant et de voir comment effectivement il y a une volonté d'aller se créer une forme de bibliothèque de contenu pour formaliser une histoire de la mode africaine et particulièrement celle du Congo et de la SAP pour se réapproprier finalement un sujet qui est 100% africain mais dont beaucoup ont parlé. mais ceux qui en parlent, ils sont parfois basés en Occident, parfois issus de la diaspora. L'idée, ce qui est intéressant ici, c'est que ça part du continent. Toi, comme tu le disais tout à l'heure, ce que tu veux, c'est un projet sur son temps et c'est un projet qui doit rester bien après toi. La mode, ce n'est pas toujours considéré comme un objet scientifique. Parfois même, on va considérer d'abord la tech, la agriculture, la finance, plein de sujets extrêmement importants et pas forcément la mode. Toi, quand tu rencontres des investisseurs, quand tu es en discussion justement pour essayer de lever les fonds par rapport à ton incubateur ou par rapport à Irma, est-ce que parfois tu t'es retrouvée à devoir expliquer le potentiel de la mode ?
- Sidonie
Oui, mais tout le temps. Nous, on est un des premiers incubateurs spécialisés. On est le seul incubateur spécialisé dans les industries culturelles et créatives en RDC et même, je pense, en Afrique centrale. second. Et au départ, même localement, les gens me disaient « mais pourquoi ? » Les gens ne comprennent pas en fait. Tout le monde pense qu'il n'y a pas d'argent, il n'y a pas forcément d'avenir dans cet univers-là, et encore moins dans la mode. Mais en fait, on se rend compte aujourd'hui avec l'étude de marché qu'on a pu faire. Et ça, ça nous a permis de pouvoir avoir des arguments auprès de différents partenaires. On s'est rendu compte, on a peut-être sourcé une centaine de tailleurs, de couturiers au niveau de Kinshasa, connaître le revenu minimum qu'ils avaient par an. Et en fait, beaucoup sont étonnés de se dire, ah oui, ok. Donc, en fait, si on arrive à sourcir l'univers de la mode slash des tailleurs, surtout la RDC, mais ça représente par an des centaines et des centaines de milliers de dollars. Donc pour ne dire que ça. Et on se dit voilà, il y a un potentiel en fait, rien qu'au niveau de la mode. Et il ne faut pas penser mode juste habillée, la maman, le papa du quartier, ça va au-delà. La mode se trouve dans le cinéma, la mode se retrouve dans la musique, la mode se retrouve partout en fait. Et lorsqu'on parle de mode, on ne parle pas juste de création pour faire des... des défilés de mode. Il y a aussi simplement, aujourd'hui, par exemple au Congo, la majorité des écoles portent de l'uniforme. Il y a aussi la création de vêtements dans l'industrie et ce genre de choses. Toutes ces déclinaisons-là, en fait, on a construit le projet pour qu'ils comprennent que l'univers du textile et de la mode se retrouve partout. Et voici le potentiel que ça représente. Il faut savoir que la majorité des produits que nous consommons ne sont pas produits chez nous. Donc, qu'est-ce qui arrive si on arrive ne fût-ce qu'à 10%, 20% à rediriger en fait cette industrie avec une production locale ? Et la RDC, c'est plus de 140 millions d'habitants. Donc, il y a une industrie, par exemple, minière, etc., qui est énorme, en fait. Donc, en termes de chiffres, le potentiel est juste impressionnant. Et je pense qu'aujourd'hui, cette narration-là, ce narratif-là commence à plaire aux gens. Ils y voient un potentiel. Voilà pourquoi je pense aussi que la France, l'Ombassade de France, a trouvé en cela une opportunité. Mais pour ça, le vrai défi, c'est d'abord former les talents. Parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas parler d'industrie si nous n'avons pas des techniciens. Voilà pourquoi au sein de l'Académie, je ne l'ai pas précisé, nous avons une Académie... où en fait, nous ne formons que des techniciens. Parce qu'il y a beaucoup de marques qui veulent exister, mais en fait, le concept est bon, mais dans la finition, c'est des fois très mauvais. Donc l'objectif pour nous aujourd'hui, c'est de former une armée de techniciens. On forme des gens au patronage, on forme des gens juste à la couture basique, aux finitions de qualité, ce genre de choses. On fait aussi du patronage digital, parce qu'on... On apprend à nos techniciens comment ne pas gaspiller le tissu. Et aussi, je l'ai un peu cité rapidement dans un programme, on fait aussi du upcycling. Parce que comme tu le sais, beaucoup d'Africains s'habillent avec des friperies. Comment retransformer le vêtement, etc. Donc pour nous, le potentiel en termes de chiffres, lorsqu'on a fait l'analyse, on a fait le business model, etc. En termes de chiffres, c'est énorme. Mais le travail est immense à faire parce que c'est vraiment parler de subdiviser la chaîne de valeur, mais qui va d'abord commencer par les talents. Comment on forme et on équipe les talents qui, eux, vont produire pour toute cette chaîne de valeur.
- Ramata
Très bien. On sent qu'avant même que de parler de valoriser la créativité, toi, tu as un point focus industrie, supply chain, vraiment mettre en place les différentes étapes qui font une industrie de la mode à succès ? Parce que bien souvent, comme tu le disais tout à l'heure quand tu évoquais l'exemple d'un créateur, en disant qu'il ne faut pas qu'il cherche à tout faire, lui, il peut se concentrer sur la créativité et il va faire appel à un tailleur, il va faire appel à un atelier pour pouvoir produire en série, il va en fait s'appuyer sur différentes expertises pour pouvoir construire une entreprise à part entière et finalement ne pas faire de bricolage. Est-ce que c'est ton... background, on va dire, scolaire ? Ou est-ce que c'est à force d'analyser des parcours des différents entrepreneurs ? Comment tu expliques ce focus sur la partie supply chain industrie que tu as dans le développement d'Irma et les différentes initiatives auxquelles tu peux penser par rapport à Kobo Hub également ? Ce focus industrie, ça m'intéresse de savoir toi comment tu l'as initié.
- Sidonie
Je pense que c'est au fur et à mesure des projets que j'ai initiés qui ont magnifiquement échoué. J'ai toujours voulu savoir pourquoi autour de nous, s'il y a des super projets en Afrique, super concepts, etc., marchés potentiels, mais qui échouent en fait. Et donc au fur et à mesure, moi personnellement, j'ai voulu comprendre qu'est-ce qui n'allait pas. et j'ai pris pas mal de formations aussi. pendant tout mon parcours, je veux dire, entrepreneurial. Et en fait, c'était simplement s'asseoir et réfléchir et comprendre les écosystèmes ailleurs, comment ils ont réussi. On a un partenariat avec BPI France qui nous accompagne maintenant en Nukogo depuis 2-3 ans. Donc on a pu, grâce à eux aussi, comprendre l'écosystème des startups, des institutions créatives. en France et nous permettre de comprendre en fait qu'est-ce qui nous manquait localement et c'est sur ça qu'on a travaillé. Et moi j'ai compris une seule chose, aujourd'hui l'Afrique a besoin de deux choses, en tout cas mon écosystème en RDC, les autres pays je ne connais pas forcément, a besoin d'abord de deux choses, c'est une infrastructure physique qui permet aux talons de venir apprendre, s'exprimer etc. et tout. Et puis de deux, pour moi, le vrai challenge n'est pas forcément l'investissement, mais ce sont les compétences et les skills. Donc, on a vu, lorsque un jeune, on lui donnait les compétences et les skills dont l'écosystème avait besoin, il trouvait un job rapidement ou il arrivait à faire développer son entreprise très rapidement. Donc aujourd'hui, pour nous, les deux challenges, c'est de créer vraiment des écosystèmes physiques où les talents trouvent. Un maximum ou un minimum de choses qui leur permettent d'évoluer. Et de deux, c'est de former. L'Afrique aujourd'hui a besoin de techniciens qui arrivent à déployer ou à répondre à des besoins très rapidement. Et c'est vraiment le positionnement que nous aussi on veut avoir au sein de IRMA. Lorsqu'on parle des industries culturelles et créatives, c'est d'abord les techniciens. Il y a des productions aujourd'hui, lorsqu'on parle de la partie par exemple cinéma, il y a des productions qui se font sur le continent africain, qui sont financées par des organismes internationaux ou des corporate. Et vous allez voir que la majorité des personnes qui exécutent ces projets viennent souvent de l'Occident, quelques-uns viennent de l'Afrique. Donc on a toujours un problème de compétence. Voilà pourquoi c'est vraiment un focus. Moi, je le dis même pour ceux qui veulent investir en Afrique, il faut investir dans des centres de formation, mais centres de formation qui donnent directement des compétences dans un secteur, en fait. Et c'est vraiment clé pour l'Afrique. Et c'est le positionnement et c'est notre vision au sein d'IRMA.
- Ramata
Très bien. Dans le cadre de la préparation du colloque qui aura lieu en septembre, en fait, il y a un appel. à différents profils afin qu'ils proposent un petit peu leur vision de la mode africaine. Est-ce que tu peux nous parler de cet appel ?
- Sidonie
Oui, alors, on a lancé un appel à candidature pour des chercheurs, des scientifiques, des professeurs, des acteurs dans les industries culturelles et créatives. Pour ce colloque qui aura lieu le 24 et 25 septembre à Kinshasa. L'objectif, c'est de réunir différents acteurs qui ont une expertise et aussi un savoir-faire qu'ils peuvent partager. Parce que pour nous, la démarche est simple. Structurant un écosystème, nous avons besoin de comprendre les challenges et les défis de l'écosystème. Et surtout, nous avons besoin d'identifier les acteurs. Parce que c'est sur base de ça, en fait, qu'on peut faire des recommandations, c'est sur base de ça qu'on peut faire des programmes, c'est sur base de ça qu'on peut faire des académies, c'est sur base de ça qu'on peut faire des programmes d'incubation, etc. Et le challenge de certains pays, la RDC par rapport au Sénégal ou à la Côte d'Ivoire ou encore à Nairobi est un peu différent. On a une base, on va dire, on a un socle de... de challenges qui sont les mêmes, mais les écosystèmes évoluent un peu différents. L'objectif, c'est de réunir ces différents acteurs pour pouvoir avoir une sorte de vue globale, un cahier des charges de ce que peut être la mode de demain. Et ces recommandations, pour nous, doivent être après étudiées pour savoir comment on arrive à... à fédérer un écosystème au niveau de la mode, mais en Afrique. Parce que si nous n'avons pas l'information, il est très difficile de créer des produits. Et c'est le gros problème de l'Afrique aussi. Je vois beaucoup d'entrepreneurs qui arrivent, qui veulent créer un projet dans tel secteur, etc. Mais ils n'ont pas l'information sur ce secteur-là, même en termes de chiffres, etc. L'objectif, vraiment, c'est à la sortie de ce colloque, c'est faire des recommandations pour nos gouvernements, mais aussi pour les bailleurs de fonds. Et on espère qu'avec le document que nous allons produire, ça pourrait diriger certains acteurs à prendre une certaine direction. Donc c'est un premier essai. On espère que ça va pouvoir créer une dynamique pour la suite.
- Ramata
Et est-ce que dans ta démarche, aujourd'hui tu te mets en relation, tu cherches à voir, Je sais que... Omo Yemi Akarele, la fondatrice de la Legos Fashion Week, en collaboration avec d'autres personnalités du secteur de la mode, elle vient de poser un manifeste de la mode africaine et de son impact éthique, notamment dans le cadre du prix qu'elle a récemment gagné. Est-ce que toi, tu es dans une démarche où c'est différent ? Autre personnalité du secteur de la mode qui sont dans les réflexions qui peuvent être similaires aux tiennes, est-ce que tu as une volonté de te rapprocher de ces initiatives-là et de voir comment vous vous fédérez et vous apporter de la force mutuellement ? Est-ce que toi, ça fait partie de ta réflexion aussi de te rapprocher ? Alors, j'ai cité Omo Yemi Akarele, mais ça peut être d'autres profils. Elle, elle est la fondatrice de la Lagos Fashion Week. très influente au Nigeria et dans toute cette région-là. Et elle a travaillé sur le manifeste, notamment avec Adama Pari, la fondatrice de la Dakar Fashion Week. Est-ce que, voilà, toi, ces initiatives-là, tu les regardes et tu te dis, voilà, il y a un moment où, à travers ce colloque, il serait intéressant de réunir différentes parties prenantes. Est-ce que ça fait partie des réflexions que tu peux avoir ?
- Sidonie
Oui, clairement, c'est même l'objectif du colloque. Maintenant, Irma, c'est déjà un mastodonte que je suis en train de gérer au quotidien. Faire ce colloque avec l'ambassade et même les instituts français, c'était ça l'ambition, c'est de pouvoir attirer différents acteurs. Oui, clairement, on est en besoin. Et on sait que pour dynamiser encore plus de manière globale l'Afrique, avec sa mode, il faut des acteurs comme la fondatrice de l'Ecos Fashion Week, etc. Donc nous, on est vraiment dans cette démarche-là. On est même en demande de partenariat stratégique. Parce que nous, on se positionne vraiment comme étant un acteur local qui est en train de structurer avec des ambitions en Afrique. Et on a besoin d'avoir cette dynamique Afrique et même diaspora africaine qui se trouve en Occident. Clairement, c'est un besoin criant pour nous et ça fait partie de nos stratégies. Donc toute connexion possible et c'est même la raison de ce colloque.
- Ramata
Très bien, c'est très clair. On sent qu'il y a énormément d'ambition pour structurer la mode africaine au niveau du Congo et également de l'Afrique centrale et également au-delà. Parce que l'idée, c'est effectivement... La mode africaine, c'est trois mots, mais derrière, il y a 54 pays et il y a d'innombrables savoir-faire. Et c'est important de pouvoir formaliser, raconter, écrire, poser des moments de réflexion qui vont ensuite transformer cette mode en une véritable industrie qui va créer des emplois, qui va créer du chiffre d'affaires et qui va créer de la croissance et de la croissance qui sera générée. sur le territoire et qui pourra en plus être exportée. J'imagine qu'à terme, toi, l'idée, c'est que ça devienne un véritable élément, non pas seulement que de soft power, mais également de pouvoir économique.
- Sidonie
Oui.
- Ramata
Très bien. Écoute, on arrive à la fin de cette interview. Moi, j'ai été ravie qu'on ait pu échanger en détail sur tes différentes initiatives dont l'ambition, c'est vraiment de promouvoir et d'accompagner le développement des industries culturelles et créatives et particulièrement de la mode africaine. On se retrouve, je l'espère, très vite en Afrique ou ailleurs. Et j'ai envie de dire à Kinshasa pour le colloque de septembre.
- Sidonie
Avec plaisir. En tout cas, on espère que tu seras des nôtres pour ce colloque de septembre.
- Ramata
Avec plaisir. Je te dis à très vite en Afrique ou ailleurs.
- Sidonie
Merci.
- Ramata
Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast. Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis. Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcast ou Spotify. Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force. Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.