- Rachel
En un mois, c'est sorti le 24 avril, quelques semaines après, il y a Olivier Servat, qui est le député Lyotte, qui nous contacte. Et on les avait déjà invités à la vingt-première, donc une partie de son équipe, mais il n'était pas présent. Et il nous contacte pour qu'on projette Cheveux Afro à l'Assemblée Nationale. Donc là, je me disais, mais waouh, c'est vraiment quelque chose d'inattendu, vraiment, il y a des choses à laquelle j'avais pensé. Moi, c'est bon, les médias vont en parler, des médias comme Marie-Claire et tout, mais l'Assemblée nationale, ce n'est pas quelque chose qu'on pense en fait.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour représenter un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. Je suis Ramata Diallo, je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique, et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Rachel Quarteng. Elle a réalisé une série documentaire intitulée « Cheveux afro » . Cette série est disponible sur TV5MONDE+, et elle a été projetée à l'Assemblée nationale pour évoquer la question de la discrimination capillaire. Vidéaste et réalisatrice, Rachel a eu l'idée de ce documentaire en 2019. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours et nous raconter l'histoire de ce documentaire. Bienvenue Rachel, comment vas-tu ?
- Rachel
Ça va et toi Amata ? Merci pour l'invitation déjà.
- Ramata
Je te remercie en tout cas d'avoir accepté, je suis ravie de pouvoir échanger avec toi aujourd'hui. Moi je vais très bien, je vais commencer en fait cette interview par la question habituelle, je vais te demander de te présenter.
- Rachel
Donc je m'appelle Rachel, Rachel Quarteng, j'ai 30 ans, je suis réalisatrice, je suis vidéaste, j'ai fait des études de journalisme et voilà, parcours classique on va dire. Ok, très bien.
- Ramata
Donc tu expliques que tu es réalisatrice et vidéaste et que tu as fait des études de journalisme. Donc toi, pour le coup, tu as suivi une voie finalement assez classique. Tu as fait des études qui sont complètement en lien avec ce que tu fais aujourd'hui.
- Rachel
C'est ça, mais en fait, c'est vrai que quand j'ai commencé mes études, je n'aurais vraiment pas pensé faire un documentaire là maintenant, parce que j'avais vraiment une vision du journalisme, ce qu'on voit à la télé, des présentateurs, TF1, France 2. Et en fait, plus j'avançais dans mon parcours, d'abord j'ai eu un faible pour la télévision, pour la caméra, etc. Et ensuite, j'ai fini par un stage où j'ai vu une femme qui était réalisatrice et qui faisait ses documentaires elle-même. Et je me suis dit, je peux faire ça, je ne savais pas, ce n'est pas ce que vous avez appris en études de journalisme. Et là, franchement, je pense qu'à ce moment-là, j'ai eu vraiment mon déclic et je me suis dit, mais en fait, moi aussi, j'ai envie de faire des documentaires. Et là, on est en 2017 et je n'ai pas du tout encore l'idée de Cheveux Afro. OK. Donc, du coup, une fois que tu finis tes études et que tu as en fait cette volonté d'aller plutôt que d'avoir un parcours de journaliste,
- Ramata
comme tu le disais, TF1 France 2, tu te dis que tu vas réaliser tes documentaires. Du coup, tu... commence déjà à faire des documentaires. Quelles sont les premières expériences professionnelles que tu as ?
- Rachel
Au départ, quand je finis ce stage, c'est mon stage de fin d'études, je commence à faire des missions un peu pour des marques de mode. Au départ, ça commence bien. Au fur et à mesure des mois, je commence à ne plus avoir de travail. Tout ce que j'avais postulé, je n'ai pas de réponse. Ça commence à devenir vraiment très compliqué. Et je vois autour de moi que tous les élèves qui étaient dans ma classe, qui étaient dans mon école, eux par contre ils avaient un travail. Donc je me suis dit en fait si personne ne me donne ce travail, je vais aller le chercher moi-même. Et j'ai des idées, donc je vais créer ces idées et je vais aller démarcher les gens avec les idées que j'ai. Et en fait en même temps, je me défrisais les cheveux etc. Et en fait à un moment j'en ai eu marre du défrisage parce que je mettais le relais, ça s'était mal passé. Et en fait, je commence à avoir plein de réflexions autour de ça, du défrisant, du pourquoi on s'est défrisé, pourquoi du coup on a arrêté le défrisant, il doit bien y avoir quelque chose derrière ça. Et du coup, en analysant, en faisant mes recherches, etc., je vois que le défrisant, c'est beaucoup plus qu'un produit, que ça rentre dans un contexte social, politique, économique. Et là, je me dis, waouh, en fait, il y a tellement de choses à dire. Moi, je m'étais arrêtée sur... sur les soins du cheveu, etc., les huiles. Mais en fait, il y a vraiment beaucoup de choses à dire et ça va tenir un documentaire. Donc là, à ce moment-là, je me dis, OK, je pense que là, je vais faire mon premier documentaire. D'accord, donc en fait, là, ce que tu expliques, c'est que finalement, sortie d'études, tu as quelques missions et tout de suite après,
- Ramata
tu as cette idée de documentaire qui vient et vraiment, Cheveux à pro, c'est vraiment la concrétisation de ton, de ta toute première expérience solo de création de documentaire.
- Rachel
C'est ça, enfin... Je pense que le fait d'avoir eu ces échecs au niveau du travail, de ne pas avoir eu de réponse, finalement ça a créé en moi, en fait je me suis dit, puisqu'on ne me donne pas ce travail, moi je vais créer le travail, je vais le proposer. Et en fait je me suis dit, de toute façon c'est des histoires en plus dont on ne parle pas souvent, qu'on voit peu, donc en fait je peux le faire, je peux le faire. J'ai eu de l'expérience au niveau de mes études, j'ai fait des stages, je suis capable. Donc, faire un documentaire à ce moment-là, pour moi, je me suis dit, ok, vas-y, tu peux parce que tu as tout en main. Ok, et donc à partir du moment où tu te dis, ok, je n'arrive pas à trouver de poste, moi, je vais créer le poste,
- Ramata
en tout cas, je vais créer le produit, je vais le présenter, je vais prendre les choses. presque à l'envers, en tout cas, tu as trouvé une autre perspective pour aller faire carrière dans ce secteur d'activité. Ça se passe comment, en fait, de créer un documentaire ? Parce que là, quand tu dis ça, quand on sait qu'aujourd'hui, ton documentaire, il est diffusé sur TV5, Monde Plus, qu'il a été projeté à l'Assemblée nationale, on a l'impression, du coup, je me lève un matin, je dis que je vais faire un documentaire, j'ai l'idée d'un sujet, et puis c'est bon, en fait.
- Rachel
En fait, avant d'avoir Cheveux Afro, j'avais une idée de documentaire sur le wax. Parce que j'avais fait pareil des découvertes sur le wax et tout. J'avais vu que ce n'était pas vraiment un tissu africain. Enfin, qu'il y avait toute une histoire derrière. Et je me suis dit, je vais faire le wax. Et en fait, j'avais trouvé une société de production qui voulait le produire, etc. Mais après, je n'ai plus de nouvelles. Ça veut dire qu'ils m'ont fait écrire, etc. Mais après, je n'ai plus de nouvelles. Je contactais, je relançais très souvent. Et je n'ai jamais eu de nouvelles, en fait. Et en fait, après, j'ai eu en parallèle mon idée sur les cheveux afro. Et là, je me suis dit, OK, il y a quelque chose à faire encore une fois. Donc, je suis partie vers une première société de production. Et donc, pareil, ils m'aident un peu à développer l'idée, etc. Et au final, ils finissent par me laisser tomber. Donc, je me dis, OK, déjà, ça m'a pris un temps. Donc, tout ça, un peu, pas pour rien, mais qui ne mène nulle part. Mais vraiment, j'étais déterminée. Donc, je fais mes recherches encore de société de production. Je tombe vraiment sur des sociétés de production, soit qui ne me répondent pas, soit qui ne veulent pas parce qu'ils n'ont pas le temps, soit sur des sociétés de production qui ne comprennent pas ou qui veulent faire autre chose en fait. Et là je me dis bon non, déjà tu ne comprends pas donc on ne va pas aller plus loin. Et après je contacte une société de production que je connaissais un peu de nom et du coup je les contacte et eux ils sont partants. Donc je me dis bon ok, déjà... ça c'est une bonne chose, ils sont partants et ils me disent ok, donc on est partants mais on va devoir d'abord vendre enfin donner envie aux acheteurs d'acheter ton documentaire donc il va falloir faire une vidéo etc donc là on a d'abord eu l'aide du CNC pour faire justement un pilote donc ce pilote on le fait, on le crée et en fait on le propose on l'envoie à toutes les chaînes qui nous intéressaient Donc ça a été TV5MONDE+, et d'autres chaînes. Et TV5MONDE accepte. Et là je me dis, ok franchement c'est vraiment une bonne chose. Et voilà en fait. Mais en fait l'idée je l'ai eue en... Tu vois comme tu disais, en 2018 j'ai arrêté de me défriser. Donc déjà en 2018 j'ai eu ma réflexion. Et en 2019 vraiment je suis en mode, ok je crois que je vais faire un documentaire sur les cheveux afro. Donc de 2019 à 2024, il y a 5 ans. Donc en fait, ça n'a pas été du jour au lendemain. Ça n'a pas été « Ok, j'ai un documentaire sur les cheveux afro » . En fait, ce qui m'a pris du temps, je pense, c'est vraiment déjà ma réflexion, faire mes recherches, et puis après j'allais en plus travailler à côté, donc il y a ça aussi. Et aussi d'avoir des sociétés de production qui ont d'autres choses à faire. parce qu'ils ont d'autres projets, etc. Donc, ils croient en votre projet, mais en même temps, ils ne sont pas à 100% là-dessus, parce qu'en fait, pour l'instant, ça ne leur apporte pas d'argent. Donc, je pense que tout ça, ça a mis du temps. Il y a eu le Covid, etc. Donc, en fait, au bout de cinq ans, j'ai pu faire une série documentaire. Mais je pense que là, si je veux faire une série documentaire demain, ça va être beaucoup plus simple pour moi, parce que la voie est un peu ouverte. Voilà, quoi.
- Ramata
Très bien. Écoute, en tout cas, c'est intéressant que tu racontes... finalement, toutes les étapes que tu as eues et tous les refus, en fait, ou les mésaventures, les déconvenus. Et on sent que toi, tu as été déterminée. Parce que je pense qu'on serait nombreux à se dire, bon, là, ça fait quand même trois fois que je me prends des noms ou des gens qui ont l'air intéressés. Donc, du coup, tu es motivée, tu te dis, tu as de l'espoir. Et puis, finalement, tu n'as plus de nouvelles. Donc, il y a eu pas mal d'étapes où tu aurais pu abandonner l'idée, en fait. Oui,
- Rachel
bien sûr. Après... Pour moi, les cheveux à trop, je me disais comment ça se fait qu'on soit en 2020, je me faisais des réflexions, en 2020-2021, il n'y a toujours pas de documentaire qui traite le mouvement Napini. Et je me disais, mais c'est pas possible. Je suis sûre qu'il y a d'autres personnes qui ont eu l'idée de démarcher des chaînes, etc. Mais je ne comprenais pas. Je me suis dit, mais franchement, les chaînes sont en train de passer à côté de quelque chose et elles ne le savent même pas. Je me suis dit, là, non, ce n'est pas possible. Il y a des documentaires aux Etats-Unis, il y a des documentaires à Londres qui traitent du sujet, il y a des documentaires au Canada. On peut aussi avoir, nous, un documentaire qui traite du mouvement d'Afrique sur une chaîne nationale. Je me suis dit, franchement, là, ils ne vont plus avoir le choix. J'étais vraiment déterminée. Sachant que, même le pilote, on était un peu contraints par le temps, parfois. Et du coup, ça mettait un peu des doutes parfois dans l'équipe. Mais moi, j'étais là genre non, mais c'est sûr qu'un documentaire, il va sortir. En fait, si ce n'était pas maintenant, après, ce n'est pas que ça aurait été trop tard, mais il faut qu'on parle aussi d'autres sujets. Parce que là, 2024, quand on y réfléchit, le mouvement d'appui, il a 20 ans. Il a 20 ans en France. Et je ne dirais pas que c'est qu'aujourd'hui, parce que je ne vais pas dire que mon documentaire, c'est le premier. Mais en tout cas, une chaîne nationale comme TV5, mon plus. Il n'y a pas d'autres chaînes qui traitent de ce sujet-là. Et je me suis dit, c'est même presque un peu trop tard. Mais voilà. Donc déterminée, clairement.
- Ramata
Pour aller au bout de l'idée. Est-ce que tu peux parler un petit peu de business model ? Parce que quand tu dis que tu as eu l'aide et que tu as évoqué le CNC pour pouvoir financer le premier pilote, j'imagine qu'au départ, comment ça se passe ? le fait de, je pense que moi j'ai plutôt une expérience mode, c'est un peu tu finances ton premier prototype, ton premier échantillon, et ça en général c'est à toi de trouver les fonds, ou tu peux éventuellement trouver des aides, mais en général pour qu'on puisse valider ton idée, tu es obligée de prévoir des fonds au départ qui sont un investissement personnel.
- Rachel
En fait je pense que ça aurait pu être, en fait j'aurais pu le faire avec la société de production, et on aurait pu ne pas avoir de fonds, et le faire vraiment sans fonds, entre guillemets. Mais là... comme il y a des bourses qui sont proposées et que la productrice en question qui est Jius Lalois elle se renseigne sur ce qu'on peut avoir comme financement donc elle a vu que le CNC proposait du coup à l'époque, je crois que c'est toujours valable je pense une bourse en tout cas pour aider les gens qui ont un projet et on a souscrit à la bourse et on a eu du coup cette aide Merci. Et après, on a eu la chaîne. Et quand on a eu la chaîne, on a eu les financements qui allaient avec. Mais tout le monde n'est pas obligé d'avoir un financement pour faire un pilote. Parce que là, c'était vraiment le pilote, ce n'était même pas le documentaire. Mais pour le pilote, on a pu quand même avoir des financements. En fait, Jairus, qui est la productrice, c'est elle qui va chercher des financements, qui va chercher les chaînes. Et elle, elle était au courant, en fait, en faisant ses recherches, elle était au courant que le CNC Talent proposait des aides pour les projets de telle ou telle production. Mais en fait, ce n'était pas dit qu'on ait vraiment une bourse pour faire le pilote, parce qu'on a eu quand même un financement pour faire le pilote, alors qu'on aurait pu ne pas en avoir. et vendre à la chaîne avec les moyens qu'on avait. Mais là, on a pu en avoir. Et après, le financement, on l'a eu au niveau de la chaîne qui a accepté de coproduire et de diffuser Cheveux Afro. Et là, du coup, ça nous permet d'avoir des financements, d'avoir des personnes, des créatifs qui vont matérialiser, on va dire, ma vision et de travailler en équipe plutôt que d'être seule. Parce que le montage, je peux le faire, je peux faire plein de choses, mais je voulais vraiment travailler en équipe parce que tout simplement, un film comme ça, on ne peut pas le faire tout seul. C'est beaucoup mieux d'être en équipe.
- Ramata
Très bien. Donc là, en fait, c'est la boîte de prod avec laquelle tu as travaillé, la manière dont vous avez monté et présenté le projet, ça a séduit et ça a fait que vous avez pu avoir, d'une part, les fonds nécessaires pour faire le pilote et ensuite séduire TV5MONDE+, pour qu'eux, ils aient envie de participer à l'aventure avec toi.
- Rachel
Exact. C'était vraiment en étape, parce qu'en fait, d'habitude, je sais qu'avant, c'était vraiment des dossiers écrits. Et maintenant, c'est beaucoup mieux de donner à voir aux gens. Vraiment un aperçu de ce que le documentaire sera, sans que ça soit vraiment ça, mais qu'ils aient vraiment l'idée en tête, le ton, l'image, les personnages, le montage. Vraiment qu'ils aient une idée, en fait, de vraiment les convaincre, qu'ils soient vraiment convaincus de l'intérêt, du potentiel du projet. Et ils ont été tout de suite convaincus, vraiment, sans avoir vraiment de commentaire, en fait. Donc voilà.
- Ramata
Et à ce stade-là... Quand tu dois convaincre, et d'une part une boîte de prod et ensuite une chaîne avec un pilote, est-ce qu'il y a des tests qui sont faits éventuellement auprès d'une audience pour se dire, nous notre chaîne, ça cible la ménagère de moins de 55 ans, donc on va faire des tests auprès d'une audience pour être sûr que ça va marcher. Est-ce que ça se passe comme ça ou pas du tout ?
- Rachel
Pour ma part, en tout cas pas du tout. Parce que les pilotes, déjà c'est vrai qu'on était un peu dans… On était un peu limités par le temps. Et en fait, après, chacun le regarde avec du recul. Parce qu'il faut savoir que quand on a fait le pilote, il y avait moi, il y avait le monteur, il y avait la productrice, il y avait son associé. Donc là, déjà, on a au moins quatre à regarder. Et après, il y a aussi nos familles et tout. Moi, je sais que je peux très facilement demander à ma soeur ce qu'elle en pense. Donc voilà, on était là pour aussi avoir un œil extérieur. On ne l'a pas fait tester à d'autres personnes, enfin, on ne l'a pas montré à d'autres personnes, et surtout qu'il y a aussi le souci de la confidentialité, parce que le pilote, jusqu'à aujourd'hui, on ne l'a pas diffusé, en tout cas, pour ne pas que ça flie, ou que ça soit repris de telle ou telle manière. Donc non. Voilà.
- Ramata
Ok, très bien. Donc du coup, c'est vraiment un comité restreint qui valide une idée, et puis ensuite, après... Après, quelles sont les étapes une fois que le pilote est validé ? Ensuite, tu travailles en coproduction avec TV5MONDE+, et la boîte de prod. Après, c'est quoi les étapes en fait ?
- Rachel
Alors après, moi j'ai été en juillet 2023, il me semble. J'ai su que TV5MONDE acceptait le projet. Donc c'était l'été. donc en fait comme c'est l'été bon On était un peu, pas en stand-by, mais dans une étape un peu de réflexion, sans être vraiment dedans. Et donc là, à ce moment-là, je me dis que j'ai une chaîne. Vraiment, je pose toutes mes idées, ce que je veux à l'image, ce que je veux au son, ce que je veux dans le décor. Vraiment, je pose tout. Je partage avec la production. On échange, en fait. On échange sur des aspects du documentaire. Et après, par contre, en octobre... En septembre, j'ai commencé à vraiment écrire. Ça veut dire écrire en sachant que même si j'avais déjà pris écrit, là, il fallait vraiment que je fasse des épisodes. Donc comme ils avaient accepté, je me dis, OK, il y a cinq épisodes, un épisode, ça va être ça, le deuxième épisode, ça va être ça, le troisième épisode, ça va être ça, etc. Donc là, c'était vraiment la phase d'écriture. Et comme on était limités aussi par le temps parce qu'on avait une date de diffusion, Il fallait avancer. Donc en octobre, c'était le tournage. Donc le tournage, on l'a fait de octobre à novembre, sur plusieurs journées. Et en novembre, en parallèle, on a commencé le montage. Et après, c'était vraiment écriture, réflexion, écriture, tournage et montage. Et après, c'était la diffusion en avril. Donc en fait, finalement, ça s'est vraiment plutôt enchaîné. Assez vite, quand j'en parle aux gens, ils me disent « mais franchement, ça a été super vite » . Et c'est vrai que finalement, c'était très long d'enchaîner parce qu'en juillet, j'avais déjà la confirmation que j'avais une chaîne. Et en avril, c'était déjà… C'était déjà diffusé, donc au final, tout s'est enchaîné de manière finalement assez rapide. Donc voilà. Et aussi, il y a des échanges avec la chaîne, bien sûr, qui font des retours sur tel ou tel aspect, etc. Et comme ça, on avance.
- Ramata
Ok. Donc c'est intéressant que toi, aujourd'hui, avec le recul, tu dis que ça allait très vite. Mais finalement, il y a eu quand même quelque part... À partir du moment où tu as eu le oui, c'est allé très vite. précédemment, en fait... Tu avais eu pas mal de déconvenus, mais le jour où la chaîne t'a dit oui, elle t'a donné une date de diffusion, c'était let's go. Est-ce que dès le départ, toi, tu souhaitais faire une mini-série ? Parce qu'il me semble que la série, c'est 5 épisodes de 10 à 15 minutes à peu près, c'est ça ? Toi, c'était déjà ça le concept que tu avais en tête ? Parce que parfois, les documentaires, c'est plutôt des 52 minutes. Donc toi, ce format-là,
- Rachel
c'est quelque chose dont vous avez discuté ? Alors au tout départ, moi, je voulais faire une série documentaire. Parce que je voyais déjà que c'était quelque chose d'assez actuel, que maintenant on pouvait traiter un peu les sujets comme ça. Et je trouvais que c'était une bonne manière de découper un documentaire. Ça veut dire qu'on a une thématique, mais on a des sous-thématiques. Et du coup, ça nous permet de mieux centraliser. Et du coup, la série documentaire, ça te permet d'avoir des sous-thématiques et de mieux les traiter, d'être focalisé sur cette sous-thématique. Et donc, quand j'ai eu la première société de production qui m'a lâchée, Elle par contre elle m'avait dit ouais série documentaire non c'est mieux de faire un documentaire unitaire donc un seul bloc donc je l'ai retravaillé comme ça même si je trouvais que bon c'était pas une très bonne idée parce que je voulais quelque chose vraiment de dynamique en fait et je trouvais que ça cassait un peu le dynamisme on va dire ça et après quand j'ai retrouvé une société de production elle m'a dit non c'est mieux une série documentaire et là j'étais genre ok. c'est mieux une série documentaire et en plus comme TV5 ils sont un peu friands de choses un peu jeunes, dynamiques bah finalement ça tombait bien quoi, une série documentaire c'est complètement actuel ça dynamise le propos donc voilà. Ok,
- Ramata
super et Donc là, moi, je voulais un petit peu insister sur le côté business model, comment créer un documentaire et en fait, les étapes par lesquelles tu es passé et quel était ton parcours. Maintenant, si on revient en fait au sujet, tu en as un peu parlé, le fait que le mouvement Nappy, le cheveu afro, il y a eu des documentaires aux États-Unis, au Canada, à Londres. C'est ce que tu évoquais, mais finalement, en France, il n'y avait pas de documentaire sur le sujet. Donc, toi, tu évoques ton expérience personnelle qui t'a donné envie d'aborder ce sujet-là. Si on parle un petit peu de ces questions de représentation, de visibilité, est-ce que toi, tu avais à cœur de traiter ce sujet-là parce qu'il était finalement peu visible et c'était quelque part un sujet qu'on pouvait considérer comme un sujet de niche ? Toi, tu avais conscience de ce finalement ? de cet apport que tu allais apporter en termes de représentation, c'est un truc dont tu avais conscience, ou c'est plutôt quelque chose, tu t'en es rendu compte après, mais au départ, c'était ton histoire personnelle que tu voulais raconter ?
- Rachel
Non, j'en avais vraiment conscience, et sachant que mon histoire personnelle, j'ai très vite vu que c'était l'histoire d'autres personnes, et en fait, je voulais vraiment que cette histoire soit racontée, qu'on parle de cette histoire, qu'on parle entre nous, ça veut dire que nous, on sait que c'est quelque chose de... de force qui arrivait au niveau des cheveux, etc. On sait, mais je voulais vraiment poser l'histoire, qu'elle existe, qu'on se sente nous-mêmes représentés, qu'on entende nos histoires, qu'on partage, qu'on entende tel ou tel témoignage et que ça nous fasse penser à notre histoire. Je voulais vraiment qu'on se sente représentés. Je voulais vraiment qu'on partage. Je voulais vraiment du partage, mais je voulais aussi qu'on ait du recul sur nos histoires, avec des spécialistes. pour que le défrisage, on l'a pris comme quelque chose d'anodin. Mais en fait, quand on le prend avec du recul, quand on le contextualise, on voit que ce n'est pas quelque chose d'anodin. Donc voilà, ça faisait partie de l'un de mes objectifs, en fait, d'avoir des femmes noires représentées et d'avoir que des personnes noires au casting. Parce que, par contre, ça, c'était une de mes craintes. C'était que, par exemple, la chaîne me dise « Ouais, par contre, ça serait bien d'avoir un spécialiste, peut-être blanc, tu vois. » pour un peu, que ce soit pas trop noir. J'avais vraiment peur que ce soit un sujet, ça n'a pas du tout été un sujet. Mais voilà, du coup, j'étais vraiment contente qu'à la fin, on ait 19 femmes noires dans un documentaire, ce qui était légitime. Mais c'était mon souhait, en tout cas la représentation, oui. Très bien, c'est intéressant que tu évoques ça et que tu évoques les craintes que tu avais. Est-ce que toi, tu peux expliquer d'où venaient ces craintes par rapport au fait de présenter,
- Ramata
de pitcher finalement ton idée de documentaire Cheveux Afro en disant, ça va être un documentaire où il n'y aura que des témoignages de femmes noires. Toi, c'était quoi les craintes que tu avais en fait ?
- Rachel
Ça avait des craintes parce que je me suis dit, tu vois, en France, on a... Peut-être pas trop l'habitude et tout. En plus, c'est un sujet qui va parler, tu vois, il y a de la politique et tout. Donc, je me suis dit, non, mais peut-être que ça va poser problème, en fait. Je me suis dit, peut-être que ça va poser problème. Ils ne vont peut-être pas me le dire spontanément. Mais peut-être que ça va poser problème. Et aussi, j'avais le fait de rencontrer parfois des sociétés de production. On avait rencontré une, justement, pour mon documentaire sur le wax. Et c'était une société de production. Et ils m'ont dit, ouais, c'est hyper intéressant, cette idée de documentaire sur le wax. Par contre, je pense que pour la chaîne française, c'est trop africain. Et je me suis dit, trop africain, c'est-à-dire ? Donc en fait, j'avais peur que d'avoir face à moi des gens qui me disaient « bon, c'est bien le sujet, encore une fois, mais peut-être qu'il y a trop de femmes noires » ou peut-être qu'on peut faire parler à un spécialiste de cheveux, mais qui n'est pas forcément noir. Tout le monde peut parler de cheveux, au final. Je pense que mes craintes venaient de cet entretien que j'avais eu. Et puis de ce qu'on voit à la télé, tout simplement, des documentaires qu'on peut voir à la télé, où parfois même, il se peut qu'il n'y ait que des Noirs, mais le sujet n'est pas très bien orienté, ou n'est pas très bien lié, donc je pense que ça venait de là, mais au final, vraiment, ça n'a pas été un sujet. Super, donc c'est intéressant que tu évoques, quelque part, cette crainte que tu avais, c'est aussi, il y a un certain nombre des refus que tu as eus, pour le coup,
- Ramata
tu as pu avoir une boîte de prod qui, quelque part, t'as dit, c'est peut-être un peu trop africain, mais parfois, il y a... Il peut y avoir de refus de gens qui t'ont rien dit, mais quelque part, c'était peut-être pour ça aussi, en fait.
- Rachel
Ouais, voilà, c'est ça, on ne saura pas, c'est clair.
- Ramata
Et on va dire que c'est peut-être pas ça, ça n'a rien à voir.
- Rachel
Mais c'est vrai que je pense qu'il y a des sociétés de production, par exemple, que j'ai contactées, qui étaient convaincues que ce que je proposais, de la manière dont je proposais, ça n'allait pas marcher. Surtout qu'il y en a qui m'ont dit, par exemple, ah ouais, mais c'est très bien d'avoir une femme noire connue, qui va incarner ton documentaire. C'est-à-dire qu'il va parler face caméra, etc. Par exemple, une star ou quelqu'un qu'on connaît, pour que ça donne envie aux gens de regarder. Et d'autres qui ont dit qu'il fallait qu'il n'y ait quasiment que des stars dans le documentaire, parce que sinon, pour que ça fonctionne, etc. Donc il y en a qui ne pensaient pas que ça allait marcher s'il n'y avait que des femmes noires pas trop connues dans le documentaire. Parce que... fond. Pourquoi ça intéresserait peut-être si ce qu'ils se sont dit en rentrée. Et après, il y a d'autres raisons. Je pense qu'ils n'avaient juste pas le temps et d'autres projets. Ok,
- Ramata
c'est intéressant que tu partages ça en fait. Donc, quelque part, quand tu pitches le projet, toi, dans le documentaire, il y a des personnalités célèbres dans les 19 femmes dont on voit les interviews, mais pas que. Comment tu as fait ton casting en fait ?
- Rachel
Alors, mon casting déjà... je savais ce que je voulais à peu près dire et surtout ce que je voulais dire et du coup j'ai fait d'abord un message sur les réseaux sociaux où je disais que pour une série documentaire, j'étais à la recherche des femmes noires et métisses qui pouvaient parler de leurs cheveux afros donc là j'ai commencé à recevoir plein plein de témoignages et je cherchais vraiment des gens qui aient quelque chose à dire Parce que, enfin, quelque chose à dire sur la durée. Parce qu'en fait, tout le monde peut parler de ses cheveux. Je pense que toutes les femmes noires ont quelque chose à dire sur leurs cheveux. Mais est-ce que tu as une histoire derrière ? Est-ce que tu as quelque chose à raconter ? En sachant que ça dure, voilà, ces cinq épisodes. Enfin, il faut qu'on le voit jusqu'à la fin, en fait. Donc, voilà, avoir des personnes qui pouvaient raconter quelque chose. Ensuite, au niveau des spécialistes, comme je voulais parler... Voilà, je voulais un peu parler de... de société, de cheveux afro à travers la société. J'ai cherché du coup une sociologue, et la sociologue qui a traité le sujet, et qui est l'une des seules à avoir traité le sujet, c'était Juliette Simeralda. Donc j'étais là, je me disais vraiment, il faut absolument que j'ai Juliette Simeralda dans un documentaire. Je savais qu'elle habitait en Martinique, mais je me suis dit non, mais là, vraiment, il faut vraiment qu'elle soit dans mon documentaire. Et après, pour toutes les autres personnes, il y en a... ou que je connaissais directement, que je connaissais par exemple Aïssé Ndiaye, je savais qu'elle, elle était vraiment à fond dans les cheveux, notamment les tresses. Donc je me suis dit vraiment, elle, elle aura forcément quelque chose à dire et il faut qu'elle soit dans mon documentaire. Et puis après, des stars comme Diddy Stone, ça a été vraiment un mail avec le pilote qu'on leur a envoyé et elle a répondu très simplement. Ça veut dire, si t'es pas... Elle a répondu, ok, d'accord, est-ce qu'on peut s'appeler ? pour que tu m'expliques le projet. Je lui ai expliqué le projet. Et en deux, trois minutes, je pense qu'elle avait déjà dit oui. Et voilà, ce n'était vraiment pas compliqué d'avoir, par exemple, Gittston dans ce documentaire-là. Donc voilà, c'était parfois des mails que j'ai envoyés et des annonces casting et ou des gens que j'allais voir directement parce que je savais qu'ils avaient quelque chose à dire.
- Ramata
OK, super intéressant. Parce que finalement, dans ce que tu racontes, ce qui va être... Et quand tu fais ton casting, il y a une question qui me vient. Est-ce que tu leur dis déjà à quel moment il se fait le casting ? Est-ce qu'il se fait pour pouvoir finalement présenter le projet et avoir l'accord de Maison de Production et de TV5MONDE+, ou c'est une fois que tu as l'accord de TV5MONDE+, que tu vas finalement commencer à discuter avec ? Parce que là, ce que tu dis, c'est que Didier Ston, tu lui as envoyé un message avec le pilote, mais tu en étais à quelle étape par rapport à... La date de diffusion, en fait. Tu savais déjà que tu avais un accord ou pas du tout ?
- Rachel
Par exemple, non, Dizzy Stone, je l'ai vraiment contacté quand j'ai eu TV5MONDE. Et par contre, pour le pilote, c'est là, à ce moment-là, que j'ai fait l'annonce sur les réseaux sociaux. Et après, quand j'ai eu l'accord de TV5MONDE+, j'ai « repioché » dans tous les témoignages qu'on m'avait partagés. pour voir s'il y avait d'autres témoignages peut-être plus forts ou d'autres personnages, on va dire. Parce que par exemple, au pilote, j'avais vu que finalement, cette fille était un peu timide ou n'était pas trop à l'aise. Finalement, je ne sais pas qu'elle n'avait pas autant de choses à dire, mais ça ne pouvait pas durer. En fait, sur cinq épisodes, ça aurait été compliqué d'aller plus loin, on va dire. Donc je suis reparti dans ces... dans le témoignage que j'avais reçu par mail. Et là, j'ai recontacté les filles en leur disant « Bon, ben voilà, j'ai créé le pilote, etc. » Par contre, là, il y a le documentaire qui va vraiment sortir. Est-ce que tu seras intéressée ? Si tu es intéressée, est-ce que tu peux m'envoyer une vidéo de toi où tu te présentes, où tu me réponds à une ou deux questions que je vais te poser par mail, là, et tu me réponds par vidéo pour voir un peu aussi comment elle se comportait devant la caméra, si elle était à l'aise aussi d'en parler, parce que c'est important. Et pour ne pas être surpris, je pense que c'est quelque chose que j'avais appris du pilote, c'est de voir vraiment les gens avant de leur donner rendez-vous. Et voilà, mais pour ce qui est des stars, c'était après, c'était pas pour le pilote.
- Ramata
Ok, très bien, donc c'est important d'avoir un petit peu toutes les étapes. Toi, dès le départ, dans le format, cette série en cinq épisodes, c'est vraiment différents portraits de femmes qui racontent un peu leur histoire et leur acceptation au niveau de leurs cheveux. Toi, dès le départ, c'était cette idée-là que tu avais d'avoir un face caméra avec quelqu'un qui raconte son histoire ? C'était ça que tu avais envisagé dès le départ ?
- Rachel
Oui, j'avais envisagé ça dès le départ. Mais je voulais vraiment quelque chose de dynamique, inclure de la musique, je voulais vraiment que ça soit vivant. Et je voulais aussi vraiment de la vie, c'est-à-dire montrer des moments de vie où il n'y a que du sonore, où les gens échangent, comme on a pu le voir par exemple dans l'épisode 4, où il y a Fanta qui reçoit deux personnages dans son institut et leur donne des conseils. Je voulais vraiment mélanger les témoignages, les moments de vie. La musique, vraiment faire quelque chose où les gens vont rester captivés. Ça veut dire qu'ils ne vont pas avoir trop le temps de s'ennuyer. En plus, c'est un épisode, c'est 10-13 minutes. Donc je voulais vraiment qu'ils soient captivés jusqu'à la fin. Mais le face caméra, oui, c'était quelque chose que j'avais envisagé depuis le début. Mais je n'avais pas envisagé, par exemple, sur les deux premiers épisodes, d'avoir que du face caméra. Mais en fait, je me suis rendu compte qu'un cœur de la vie, à ce moment-là, comme je le voulais, ça ne s'y prêtait pas. Parce qu'en fait, on avait besoin de poser le discours, de comprendre d'où vient ce rejet par rapport aux cheveux, de comprendre d'où vient le défrisant. À ce moment-là, en fait, je ne pouvais pas trop inclure de la vie parce que le défrisage, ce n'est plus trop d'actualité. Donc, inclure quelqu'un qui se défrisait, montrer le défrisage, ça n'avait pas trop de sens pour moi parce qu'au final, il y a beaucoup moins de personnes qui se défrisent. Donc, c'était important, en fait, je me suis rendu compte dans les premiers épisodes, de juste poser l'histoire, d'entendre, d'écouter, de retracer. Et d'après, d'être dans le moment actuel. Donc voilà, on met le mouvement à pied. dans les années 2000, 2020, 2024 maintenant, qu'est-ce qui se passe ? Et là, ça se traitait plus de mettre des moments de vie. Mais les faces caméras, en tout cas, c'était inclus dès le départ dans mon scénario.
- Ramata
Très bien, super intéressant. Et dans le reportage, dans la série documentaire, ce qu'il y a aussi, c'est un retour sur l'histoire. vraiment une volonté éducative. En fait, ce n'est pas que des femmes qui viennent parler de... Moi, je préfère les... Mais qui parlent de leur coupe de cheveux. Il y a vraiment des explications qui nous donnent des informations sur le pourquoi du défrisage, mais à travers l'histoire, quand est-ce que ça a commencé et comment. Toi, cette volonté d'intégrer cette notion de revenir sur le passé, de reparler de, finalement, quand a été créé le défrisage, et par qui ça a été utilisé au début et pourquoi. Ça, ça faisait aussi partie de ta volonté dès le départ de revenir là-dessus ?
- Rachel
Oui, bien sûr. Vraiment, quand je me défrise et que le défrisage se passe mal, je trouve une autre alternative. Au final, l'autre alternative qui est l'issage brésilien se passe mal. Et là, vraiment, je me demande pourquoi j'ai voulu vraiment me défriser les cheveux. comme ça pendant longtemps, j'avais vraiment ce désir d'avoir les cheveux lisses. Vraiment, je me pose des questions, je me dis que ce n'est pas normal. Je me dis vraiment que ce n'est pas normal, c'est sûr que ce n'est pas normal, on est trop nombreuses, il y a quelque chose qui n'est pas normal. Et quand je fais mes recherches, je vois qu'en fait, effectivement, ce n'était pas normal. Et en fait, je me suis dit que le défrisant, c'est fou parce qu'on l'a banalisé et on ne sait pas ce qui était derrière vraiment le défrisant. On ne s'est jamais vraiment posé la question de ce qui était derrière le défrisant, d'où vient le défrisant. Et en fait... Toutes nos pratiques, même capillaires, qui étaient par exemple le défrisant, ça a été banalisé, on n'avait pas de contexte. Mais quand on contextualise, et Juliette Smeralda l'écrit dans son livre « Peau noire, je ne veux créer plus » , elle dit que quand on prend le défrisage comme un fait social, on comprend beaucoup de choses. Et quand on prend du recul sur le défrisant, on se dit que ça nous dépasse. C'est une histoire qui est bien plus grande que ce qu'on pensait. L'esclavage, on ne l'a pas vécu. On n'a pas vécu tout ça. Et pourtant, ça a des répercussions encore sur nous aujourd'hui. Et vraiment, cette répercussion, c'est vraiment le mot répercussion. Voir que ça avait des répercussions encore sur nous aujourd'hui, pour moi, ça me fascinait, entre guillemets, parce que je me suis dit, c'est dingue qu'on puisse être en 2019, à ce moment-là, 2019, ouais, et que cette histoire a encore des répercussions sur nous. Enfin... Je trouvais ça vraiment... Ouais, vraiment... C'est pas fascinant, mais... Je sais pas quel mot je peux employer. Mais ouais, c'était important pour moi de revenir sur ça, quoi. De donner du contexte, en fait. De prendre du recul sur tout ce qui paraît anodin. Parce que c'est pas qu'anodin, en fait. Les cheveux, c'est pas que des cheveux. Et là, je l'ai vraiment bien compris. Très bien, en tout cas, pour avoir regardé le reportage, ce que je trouvais intéressant,
- Ramata
c'est que c'est vrai que... parfois on peut avoir tendance à se dire quand on va parler déjà qu'il y a un sujet de représentation par rapport à tout ce que peut toucher la communauté afro-caribéenne et que parfois quand on en parle c'est souvent à travers la musique les films, la danse et parfois ça peut être à travers effectivement le cheveu et la mode et ça a un côté parfois un peu superficiel c'est pas des sujets de fond c'est des sujets un peu les apparences, l'entertainment en fait. Et ce que je trouvais intéressant dans ton approche, c'est qu'on va beaucoup plus loin qu'une simple histoire de « je vais chez le coiffeur pour me faire belle » en fait. Il y a quelque chose qui est vraiment lié à c'est quoi l'identité de la femme noire, c'est quoi la beauté pour une femme noire et comment est-ce que ça a pu se construire cette notion de beauté quand on sait que les critères de beauté, ils ont été définis en fait par d'autres populations et... Quand on est diaspora et qu'on vit en Occident, on a accès à des images qui ne sont pas des images dans lesquelles on est représenté. Ça, on le retrouve aussi dans ton reportage. Tu reviens sur... Tu vas partager des magazines, tu vas partager un peu, en fait, à quel moment est-ce qu'on voit finalement des femmes noires en couverture de certains magazines et comment elles sont coiffées, comment elles sont présentées. Ça aussi, c'était important pour toi de raconter cette histoire-là.
- Rachel
Oui, et surtout que, par exemple, il y a Clarisse qui dit, à un moment dans le documentaire, en France, je ne voyais pas du tout de femmes noires en magazine. Mais par contre, quand elle allait aux États-Unis, quand elle voyait Essence, tous ces magazines-là, là, elle voyait les femmes noires, en tout cas dans les années 2000. Et en fait, je pense que... Ça a été vraiment un... Comment dire ? En France, je pense que c'était vraiment un sujet que je n'ai pas vraiment analysé à l'époque. Mais en tout cas, je sais que pour Clarisse Libène, par exemple, qui a 40 ans, mais pour elle, dans les années 2000, c'était vraiment un sujet de ne pas avoir de représentation en magazine. C'était toujours les mêmes femmes. Et si c'était des femmes noires, c'était des femmes claires. On connaît son histoire. Des femmes claires avec des cheveux lisses. La représentation en France, elle n'existait pas. On n'avait pas de représentation. Et Juliette Smeralda, que je recite, elle dit qu'en France, je pense qu'elle a dit que c'était l'un des pays où c'est vraiment le plus flagrant. Où le manque de représentation a été vraiment le plus flagrant. Donc voilà, j'avais en fait ce désir de... En fait, j'avais vraiment ce désir de vouloir retracer l'histoire de où on était partis. Et beaucoup... Enfin, je sais qu'il y en a qui m'ont dit « Mais pourquoi t'as parlé des États-Unis, etc. ? » En fait, j'ai parlé des États-Unis parce que c'est lié en fait à notre histoire. En tout cas au mouvement nappi français qu'on connaît aujourd'hui. Tout est lié. Ça veut dire que c'est pas que les Noirs afro-américains. C'est aussi lié... aussi aux femmes noires françaises en fait et là on voit que oui il y a des femmes noires françaises qui sont parties aux Etats-Unis donc forcément elles ont apporté ça ici et puis voilà j'ai pas vraiment répondu à ta question, je suis partie ailleurs si si tu as répondu t'inquiète je me suis dit que c'était pas la question si si ça m'a pas choqué, ça m'a parlé t'inquiète Du coup,
- Ramata
sur ces notions de représentation, aujourd'hui, en fait, un reportage comme le tien, ça ouvre la voie pour d'autres réalisateurs, pour d'autres vidéastes, pour d'autres finalement créateurs de contenu, d'aller traiter ces sujets-là. Est-ce que toi, du coup, tu as… tu as des demandes, tu as des gens qui viennent vers toi en te disant, moi, j'aurais aussi envie d'aborder tel ou tel sujet. Est-ce qu'il y a finalement, tu sens un engouement par rapport à ces sujets-là ? Et est-ce que tu penses qu'il va y avoir des suites ?
- Rachel
J'ai eu beaucoup de gens qui m'ont dit c'était vraiment super bien. Genre, en gros, ça s'était terminé trop vite. En gros, il fallait en faire plus et tout. Et d'autres personnes qui m'ont dit, franchement, à toi t'as vraiment posé le truc et ça va permettre de parler de d'autres sujets. Et moi, j'ai vraiment clairement envie de parler de d'autres sujets dans les cheveux afro. Et pour moi, oui, c'est vraiment que le début. Comme je te disais, le mouvement d'Api, il a 20 ans. Donc, il était temps que... Enfin, il était temps. Voilà, il fallait poser un peu les choses, dire voilà, le mouvement d'Api, il a existé. Il est sûrement encore là, je crois. Et par contre, maintenant qu'on a posé ça, il faut qu'on discute de d'autres choses. Et il y a plein de sujets autour des cheveux. Je pense qu'il y a tellement d'angles. Là, même avec tous les restes de rush qui me restaient, je pense que j'aurais pu faire encore un autre documentaire avec un autre montage. Vraiment, il y a tellement de choses à dire. Donc oui, moi, par contre, j'ai envie de traiter d'autres problématiques comme la perruque, par exemple. La perruque, pour moi, c'est quelque chose que j'aimerais aborder.
- Ramata
D'accord. Du coup, toi, l'idée, en tout cas dans ce vers quoi tu as envie d'avancer, c'est potentiellement de rester dans cette thématique du cheveu afro et d'aller raconter d'autres histoires, de créer d'autres miniseries qui vont nous permettre d'explorer finalement l'identité de la femme noire à travers le cheveu. Mais à chaque fois avec des angles et des perspectives différentes.
- Rachel
Pour moi, ça restera autour du cheveu, mais comme tu dis, avec des thématiques qui n'ont pas forcément été abordées dans Cheveux Afro, la tête qu'on connaît là maintenant. Mais voilà, d'aller un peu toujours plus loin dans la réflexion, de creuser, parce qu'il y a beaucoup de choses à dire. Il y a vraiment énormément de choses à dire. On peut aller en Afrique, on peut aller... On peut faire plein de choses encore. Donc oui, franchement, c'est vraiment que le début, en tout cas pour moi.
- Ramata
Ok, super. C'est intéressant de voir que tu resterais dans cette thématique-là. Et tu te dis que demain, ce serait de continuer à travailler avec un TV5 monde plus, ou tu ne sais pas encore quelle forme ça pourrait avoir à la continuité de cette première série ?
- Rachel
Franchement, là, j'aimerais continuer quand même avec TV5MondePlus. Après, je ne sais pas, tu vois, comment ça peut évoluer, si un jour je pourrais m'auto-financer, si j'aurais les moyens de m'auto-financer. Mais en tout cas, TV5MondePlus, pour l'instant, ça reste toujours une option. Mais voilà, je ne sais pas quel tournant, on va dire, ça va prendre, parce que même moi, en te disant, là, je vais explorer d'autres sujets autour des cheveux, avant de créer, enfin, quand j'ai créé Cheveux Afro, Je ne me disais pas, je vais faire une saison 2 ou une saison 3, ou j'aimerais... Enfin non, je ne pensais pas à ça. Mais après, j'ai vu qu'il y avait tellement de choses à dire que je me suis dit, ah si, en fait, je pense que je peux aller faire une saison 2. Donc à voir, vraiment à voir de comment ça évolue, et s'ils sont partants, sinon je prendrai une autre voie, on verra. Ok, super intéressant. En tout cas, que...
- Ramata
que ce soit possible et envisageable de continuer avec la même team et de pouvoir aller encore plus loin dans l'exploration de ces sujets-là. Toi aujourd'hui, est-ce que tu penses que tu as choisi le cheveu ? Après, je l'évoquais tout à l'heure, tu as la mode, tu as le cinéma, tu as plein de sujets sur lesquels la question de la représentation de la femme noire et de l'homme noir aussi. Il y a vraiment un sujet à ce que ce soit des femmes et des hommes noirs qui prêtent ces sujets-là et qui aient pour ambition de créer des séries avec des femmes et des hommes noirs qui ne soient pas forcément célèbres comme toi tu l'as fait. Est-ce que tu penses que ça va ouvrir la porte pour que d'autres réalisateurs vidéastes comme toi aillent proposer des choses ? Est-ce que tu penses que demain, on pourrait avoir un catalogue de... plusieurs séries différentes sur plusieurs thématiques différentes. Tu crois qu'on est à une ère où on pourrait avoir ce genre de choses en France ?
- Rachel
Ouais, franchement, j'espère déjà. Franchement, j'espère vraiment que là, ça va ouvrir la voie, que même TV Saint-Monde, ils peuvent être, je dirais pas les pionniers, mais il n'y a pas beaucoup de chaînes qui laissent ce genre de sujet exister sur leur plateforme. Il n'y en a pas beaucoup. Et non, j'espère que... En fait, ça veut dire que là, il y a eu quelque chose, donc il y a eu Cheveux Afro, et il y a eu d'autres personnes qui ont fait des documentaires. Ça veut dire qu'il faut continuer et vraiment pas lâcher, pas s'endormir, en fait, je dirais. Parce que comme ça, on ne leur laisse pas le choix. Et comme ça, ça existe, ça existe, c'est toujours là. Et là, je pense qu'au moins là, on sera dans quelque chose de constant, voilà. D'avoir de la constance et de ne pas lâcher. Et je pense que c'est comme ça que, ouais, on peut vraiment avoir... nos sujets, des sujets différents sur des plateformes. Il faut vraiment proposer, même si il y a des fois où on part un peu, on n'est pas sûr que la chaîne va accepter, mais proposer, essayer, et parfois même créer, juste créer des mini-séries, des aperçus qui ne sont pas forcément longs, mais en tout cas de créer quelque chose, de montrer que le sujet intéresse.
- Ramata
Pour simplifier, je dirais qu'il y a deux... La question qui me vient, c'est qu'il y a une politique qui voudrait que... On va essayer de travailler avec des chaînes installées nationales, françaises, comme des TV5 Monde Plus ou autres, et essayer de voir s'ils peuvent nous faire une place dans leur catalogue qui est très large. Et puis, il y a d'autres, en termes de politique, qui vont se dire, on va créer notre propre média, et puis c'est à travers notre propre média qu'on va finalement... parler de nos sujets. Et donc, il y a des médias aujourd'hui qui ont une audience, qui proposent des contenus et qui sont vraiment ciblés pour la communauté afro-caribéenne. Toi, par rapport à ça, qu'est-ce que tu en penses de ce côté ? Comme les médias nous ont dit non plusieurs fois, certains médias, on va dire traditionnels, classiques, ont créé notre propre voix. Toi, par rapport à ça, si tu commences, sachant que pour le coup, toi, tu as eu une réponse positive d'un média national.
- Rachel
Bien sûr. En fait, c'est quelque chose, au départ, moi, quand j'ai fait Cheveux Afro, en fait, déjà, ça m'avait pris beaucoup de temps pour le documentaire sur le wax, enfin, sur mes recherches, l'écriture. Enfin, vraiment, j'avais pris énormément de temps pour, au final, ne pas avoir un documentaire, en tout cas, aujourd'hui. Et après, quand j'ai eu l'idée de Cheveux Afro, je me suis dit, franchement, j'ai pas envie... En fait, j'avais l'impression d'avoir mis beaucoup d'énergie dans quelque chose. qui n'avait pas été finalement rémunéré entre guillemets et je savais que et je savais que j'aurais pu faire chez le veintreau entre guillemets tout seul ça veut dire tout seul ça veut dire filmé monté mais déjà je monte mais je suis pas une honteuse c'est pas mon métier métier et franchement je voulais pas faire quelque chose de grand en étant tout seul et je me suis dit mais en fait chacun a des talents, a des dons. Donc, ce serait bien de pouvoir les mettre à profit pour mon film. Et comme ça, chacun peut participer à ce projet. Et puis, voilà, on a une chaîne. Une chaîne aussi, ça donne du cachet. TV5Monde, c'est quand même une chaîne nationale connue en France. Moi aussi, ça me donne de la visibilité. Ça me donne de la visibilité. Donc, je réfléchissais à tout ça, en fait. Je me suis dit déjà, j'avais pas envie de... De mettre mon énergie, d'être déçue à la fin. En plus, je prends sur mon temps. J'avais tout ça. Avoir la visibilité. Avoir quelqu'un, je sais, qui va financer mon projet. Et d'avoir des gens qui participent. Je comprends qu'on puisse vouloir faire les choses soi-même. Mais après, quelle direction on veut prendre ? Est-ce qu'on a les moyens de le faire ? Est-ce qu'on a le temps pour le faire ? Est-ce qu'on a l'énergie pour le faire ? Après, c'est plusieurs questions, je pense qu'il faut se poser. Qu'est-ce qu'on veut ? Qu'est-ce qu'on veut ? Est-ce qu'on a le temps et l'énergie pour le faire seul, sans argent parfois ?
- Ramata
Ok. En tout cas, c'est intéressant. Je pense que les deux pistes sont possibles. Mais c'est vrai que d'arriver à finalement, quelque part, faire en sorte que... Si on veut toucher un maximum des médias nationaux et faire en sorte qu'on ait une portée plus grande et qu'on ne soit pas quelque part un peu ghettoïsé, il y a une vraie réflexion à mener. Je pense que c'est important d'avoir des médias qui parlent de ces sujets-là, mais c'est important aussi d'être visible sur des médias plus importants à portée nationale, même si c'est parfois des combats qui sont compliqués, puisque comme tu l'as dit... Tu as pu rencontrer des producteurs ou des maisons de prod qui t'ont dit ce sujet-là, qui vont orienter la manière dont le sujet devrait être présenté. Et du coup, il y a une forme de déception quand on regarde certains contenus parce qu'on trouve que la manière dont c'est abordé, la manière dont c'est traité, ça ne cible peut-être pas le client que l'on voudrait. le client ou l'audience que l'on voudrait cibler. Parfois, on a l'impression que on cantonne les sujets qui vont traiter de la population afro-caribéenne à des choses d'entertainment et que finalement, ça cible peut-être plus un public caucasien qu'un public africain.
- Rachel
Oui, c'est ça. Je pense que ce qui est un peu malheureux parfois, c'est qu'il y a des sociétés de production ou des chaînes qui pensent à la place de leurs audiences. Ça veut dire qu'ils se disent forcément « non, ça, ça ne va pas passer » ou « c'est mieux si tu fais comme ça » ou « c'est mieux si tu dis ça comme ça » . Et en fait, je pense que, sincèrement, je pense que l'audience, parfois, ne pense même pas. L'audience, parfois, attend juste autre chose que ce qu'on leur propose. Et au final, on le voit avec la télévision française. Quand j'allume la télé, moi, ça ne me parle même plus. Je passe beaucoup moins de temps à regarder les chaînes que je regardais avant. Mais parce que je pense qu'il n'y a rien de jeune, en fait, dans les chaînes, en tout cas classiques françaises. Parce qu'ils se disent que, de toute manière, la personne qui regarde, c'est telle ou telle personne, que les gens vont aimer ça, qu'ils préfèrent ça. Et en fait, je pense que des fois aussi, les gens... Ils aimeraient qu'on leur propose tout simplement autre chose. Et ouais, je pense qu'il y a beaucoup de sociétés et de chaînes qui pensent à la place de l'audience. Et ça, ça peut être compliqué. Ça peut nous donner envie, comme tu disais tout à l'heure, de vouloir faire les choses soi-même, sans qu'on ait quelqu'un derrière qui va toujours remettre en question nos choix, nos mots. Enfin, voilà, d'être libre. La liberté. Très bien, super intéressant que tu évoques tout ça.
- Ramata
Donc moi, il faut savoir que le podcast s'appelle Africa Fashion Tour. Et moi, ma volonté au départ, c'était vraiment de donner de la visibilité avec un cœur de sujet mode à des designers qui sont basés sur le continent africain pour pouvoir vraiment donner une image de la mode africaine qui ne soit pas enfermée dans le wax, le boubou, la djellaba, mais qu'on puisse aller découvrir d'autres distorsions. d'autres tissus, d'autres portées, d'autres façons de faire qui existent mais qui ne sont pas visibles. Donc du coup, c'est plus par ignorance qu'on va se faire une idée de ce que peut être la mode africaine que parce qu'on sait, parce qu'on connaît, parce que quand on commence à découvrir, on se dit que la vision qu'on en avait est complètement déconnectée de la réalité qui peut se passer sur le continent. Et ce qui m'intéresse souvent, c'est d'interroger des gens qui sont basés sur place. Et de plus en plus, en termes de lignes éditos, Je vais aller sur des sujets qui sont liés à l'art contemporain, à la musique, pourquoi pas à la gastronomie. Et ça m'intéressait aussi de te donner l'opportunité de t'exprimer, parce que je pense qu'on est sur ces sujets de représentation, de visibilité. À un moment donné, il faut aussi prendre la parole pour pouvoir parler des sujets en mettant en avant. Effectivement, on est en partie pris fort comme le tien, qui était de mettre en avant une vingtaine de femmes noires qui vont parler. elle-même du sujet du cheveu et aussi de faire intervenir une experte du sujet et qui soit elle-même une femme noire, en fait, afro-caribéenne. Et ça, ça rejoint complètement, en fait, moi, les sujets qui m'intéressent avec ce côté. On va aller rentrer dans le détail de comment l'histoire, elle s'est construite et pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, quand on dit mode, on parle de wax ou quand on pense à cheveux, à un moment donné, on a un raccourci qui est un beau cheveu, un cheveu lisse, en fait. Et c'est intéressant de comprendre comment l'identité noire, elle a pu souffrir comme ça de stéréotypes et on a besoin de travail comme le tien pour déconstruire en fait ces idées qui, finalement, quand on le réfléchit, elles nous ont plutôt fait du mal en termes de la définition de l'identité noire afro-caribéenne. Toi, ce message-là, tu penses que tu vas continuer à le porter à travers... les différentes initiatives que tu vas prendre ou est-ce que tu te dis après, tu as envie d'aborder des sujets peut-être plus légers et de ne pas être finalement politisé ?
- Rachel
Je pense comme je suis vigneuse à côté et que je filme pour des marques de mode et tout, à côté j'ai des cheveux afro et j'aimerais faire d'autres documentaires. Ça me permet d'avoir un équilibre en fait, de ne pas être tout le temps dans le sérieux, enfin je ne dirais pas sérieux mais voilà. de ne pas être tout le temps dans la réflexion, réflexion politique, sociologique et tout. Et comme ça, d'avoir ce travail-là à côté où je filme, genre juste parfois je filme pour des marques, pour moi, ça me permet d'avoir un équilibre et de me permettre en même temps de faire des sujets qui partagent des messages. Donc moi, j'aimerais quand même continuer à... Voilà, j'ai commencé, je me dis que, comme je te disais, il y a encore beaucoup de choses à dire, de continuer à dire des choses, de faire passer des messages, de mettre en lumière nos histoires, de... Voilà, de simplement parfois partager, de prendre du recul en fait aussi sur des pratiques, comme je te disais, qui ne sont pas anodines. Et ouais, j'aimerais quand même continuer, mais voilà, j'ai quand même un équilibre. Ok, très bien. C'est intéressant que tu précises ça, parce que c'est vrai que parfois, quand on est dans finalement des sujets comme ça, sensibles, forts, il peut y avoir parfois, quand on est un peu dans une forme de combat pour la représentation, ça peut être... usant à un moment donné d'être sur ces sujets-là. Du coup, je voulais finir par évoquer le fait qu'aujourd'hui, ton film a été diffusé à l'Assemblée nationale. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de cette expérience-là et de l'impact que tu penses avoir eu auprès des députés ? Bien sûr. C'est vrai que quand Cheveux Afro est sorti, moi, je savais que Cheveux Afro, en fait, ça allait… Voilà, ça allait, comment dire, un peu faire parler, entre guillemets, dans le sens où on parlait de cheveux. Et c'est une femme noire, voilà, ses cheveux, c'est ses cheveux. Et donc, je savais que voilà, ça allait plaire, enfin, que ça pouvait plaire, que voilà, ça parlait de cheveux. Et un mois, ouais, un mois, donc c'est sorti le 24 avril. Et ouais, quelques semaines après, donc il y a Olivier Servat. qui est le député Lyotte, qui nous contacte, en fait. Et on les avait déjà invités à la vingt-première, donc une partie de son équipe, mais il n'était pas présent. Et il nous contacte pour qu'on projette Cheveux Afro à l'Assemblée nationale. Donc là, je me disais, mais waouh, c'est vraiment quelque chose d'inattendu, vraiment. Il y a des choses à laquelle j'avais pensé. Moi, je me dis, bon, les médias vont en parler, des médias comme Marie-Claire et tout. Mais l'Assemblée nationale, c'est pas quelque chose qu'on pense, en fait. Et comme, lui, la loi sur la discrimination capillaire avait été acceptée à l'Assemblée nationale, du coup, ça s'emboîtait bien, parce que la loi a été acceptée, adoptée le 28 mars, et mon film est sorti le 24 avril. Donc, en fait, il y a un mois d'écart entre les deux, et c'était pas du tout prévu. Enfin, vraiment, il n'y avait pas de... concertation, et donc c'était fou qu'en même temps, il y ait deux choses différentes, donc une loi et un film sortent quasiment au même moment et parlent de cheveux. Donc on s'est réunis à l'Assemblée nationale, le 3 juin, pour la projection de cheveux à trop, et ensuite on a eu un échange, donc il y a eu beaucoup beaucoup d'échanges, de la part du public, de la part d'Olivier Servat, de J.S. Laporte, la producrice, il y avait Aline Tacite aussi et moi-même. Et franchement, c'était une très très belle expérience. C'était fort aussi d'être à l'Assemblée nationale, d'avoir ce film diffusé, d'avoir mes parents. Pour moi, c'était vraiment quelque chose de très fort. Et ouais, franchement, je remercie encore Olivier Servat pour l'invitation parce que s'il ne m'avait pas proposé, ça n'aurait pas été possible parce que ce n'est pas quelque chose qu'on s'imagine. Donc voilà. Super, super belle expérience et super beau concours de circonstances. Parfois, on a les étoiles qui sont alignées. En fait, il y a finalement tout qui s'enchaîne de manière naturelle et extrêmement positive. Ça a été le cas pour toi. Mais après, je dirais, c'est intéressant de rappeler que pendant plusieurs années, tu as eu des noms, tu es allé d'échec en échec, tu es resté déterminé. Et puis après, quand tu as eu le oui que tu attendais, ça s'est enchaîné de manière naturelle et rapide. C'est ça. Mais vraiment, parce que je me dis, le documentaire, j'étais tellement pressée de le faire et tout. 2019, ça veut dire en 2000... Ouais, j'aurais pu le faire en 2021, par exemple. En 2021, en 2022, il aurait pu sortir, mais ça n'aurait pas été la même chose. Et là, en 2024, il y a la loi sur la discrimination capillaire, il y a le film. Ce n'est pas du tout prévu, en sachant que la loi aux États-Unis, elle est sortie en 2019. Donc, il y a quand même cinq ans. qui séparent les deux mêmes lois, entre guillemets, sur deux pays différents. Donc non, franchement, comme tu dis, c'est un juste retour des choses. Mais voilà, c'était beaucoup de foi, beaucoup de prière aussi. Mais au final... Voilà, ça n'a été que bénéfique. Bon, très bien. Écoute, ce sera la note de la fin, en fait. On va attendre avec impatience la suite. Et bien sûr, je partagerai dans les notes de l'épisode le lien pour aller voir la série, pour ceux qui ne l'auraient pas vue sur TV5 Monde Plus. Et puis, on va te suivre. Je partagerai aussi les liens vers tes réseaux sociaux pour te suivre et savoir... Quelles sont les prochaines actualités de Rachel en termes de production de contenu ? Puisque de ce que tu nous as dit, on reste dans cette lignée-là. Donc, on attend finalement des contenus où il va y avoir de la représentation. On va mettre de la lumière de manière pédagogique et subtile sur des sujets qui sont peu visibles. Donc, merci à toi. Merci beaucoup, Amatel. Vraiment, j'ai vraiment apprécié cet échange. Donc, merci encore pour l'invitation. Je t'en prie, je te dis à très vite en Afrique ou ailleurs. Merci, à bientôt.
- Ramata
Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast. Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis. Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify. Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force. Je vous dis à très vite, en Afrique ou ailleurs !