- Marie-Cécile Zinsou
Pour illustrer ça, je trouve qu'il y a une chose qui est assez forte, parce que moi j'avoue, j'étais un peu épuisée par le discours systématiquement misérabiliste qui est tenu dans les médias européens sur les différents pays d'Afrique, sur les différentes situations où rarement on célèbre les jeunes entrepreneurs qui font des choses innovantes, mais où plus souvent on parle des grands mots qui s'abattent sur nous. Et je trouve qu'il y a une chose à regarder, parce qu'à mon avis elle sera enseignée à un moment, La façon dont le Bénin a changé de position, mais la façon dont on a changé sur nous-mêmes, c'est-à-dire le président a décidé de mettre en place du nation branding. Au départ, on a tous été un peu pris par surprise. Il nous a transformé le pays de manière un peu, enfin, très intagrammable, on va dire, mais un peu surprenante quand les 26 oeuvres que la France a restituées sont arrivées. j'ai retrouvé Tout le pays était aux couleurs des œuvres. Alors ça se manifeste comment ? À l'aéroport, tous les objets étaient imprimés partout sur les murs. Il y avait des drapeaux sur tous les lampadaires du pays qui célébraient le retour. Les camions qui sont allés de l'aéroport jusqu'à la présidence étaient brandés. Avec les trônes, les statues des rois.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa, éthiques et performants. Je suis Lameth Alialo, je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes, je suis également consultante en marketing et communication. J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn. En 2017, J'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique. Au-delà de la mode, je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Marie-Cécile Zinsou. Elle est historienne d'art d'origine bérouoise. Elle a ouvert le musée d'art contemporain de Ouida. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours et de ses différentes initiatives. Bienvenue Marie-Cécile, comment vas-tu ?
- Marie-Cécile Zinsou
Très bien, merci beaucoup de me recevoir.
- Speaker
Écoute, c'est un plaisir pour moi de t'avoir pour le podcast Africa for a Young Tour. Moi, ça fait un moment que je te suis, que je suis ton travail. Et ça faisait un moment que je souhaitais organiser cette interview avec toi. Donc, je suis contente qu'on ait pu trouver un moment pour le faire. On va commencer cette interview comme je le fais toujours. Je vais te demander de te présenter.
- Marie-Cécile Zinsou
Je m'appelle Marie-Cécile, j'ai 43 ans. J'ai créé il y a 21 ans une fondation d'art contemporain au Bénin, ce qui a donné lieu à la création d'un des premiers musées d'art contemporain du continent africain. Je défends des artistes, je travaille avec eux, je crée des expositions. avec mon équipe, on accueille tous les publics. Voilà, ça, c'est ce que je fais professionnellement. Et par ailleurs, j'ai eu la grande chance d'être nommée à la présidence du conseil d'administration de la Villa Médicis, donc à Rome, ce qui me donne aussi l'occasion de faire quelque chose qui est à la fois proche, à la fois différent et très intéressant, puisque c'est la résidence d'artistes la plus ancienne à du monde puisqu'elle date de 1666. Et c'est un grand honneur d'être la première femme à la présider. Et par ailleurs, je suis aussi la maman de deux jeunes enfants de 5 et 7 ans, ce qui m'occupe aussi beaucoup.
- Speaker
Donc j'imagine que tu as un planning très chargé, finalement, entre Rome, le Bénin et Tenergie de famille.
- Marie-Cécile Zinsou
Oui, je ne m'ennuie pas beaucoup et pas souvent.
- Speaker
Je m'imagine. Écoute, moi, ce que je te propose, c'est de remonter un petit peu dans le temps, que tu nous racontes un petit peu tes études, ton parcours scolaire et comment tu en es venue en fait à t'intéresser à l'art et à aller jusqu'à l'ouverture d'un musée à Ouida. Est-ce que c'était finalement quelque chose que tu avais toujours rêvé de faire ? Mais avant, on a... à l'ouverture du musée, je veux bien que tu nous dises un peu comment est-ce que tu as commencé.
- Ramata
Alors,
- Marie-Cécile Zinsou
est-ce que j'ai toujours rêvé d'ouvrir un musée à Ouida ? La réponse est non, en partie parce que quand je suis née, je ne pouvais même pas aller à Ouida. En réalité, moi je viens d'une famille béninoise assez importante, qui a joué son rôle dans l'histoire et qui avait comme particularité d'avoir tous ces hommes mis à mort par contumace. au moment de l'arrivée du régime marxiste-léniniste. Donc du coup, quand je suis née, mon grand-père, mon grand-oncle, mes grands-oncles en fait, et la plupart des hommes de la famille étaient dans cette situation assez incroyable d'être mis à mort par contre humains. Donc évidemment que le Bénin est un pays qui nous était totalement interdit. Et comme la plupart de nos amis béninois, nous étions une famille en exil. Donc moi je suis née à Paris, à ce moment-là mon grand-père habitait à Dakar. Puis à Libreville, mes grands-oncles étaient à Abidjan ou aux Etats-Unis. Tout le monde était dans un pays un peu différent. Mais donc non, je ne rêvais pas d'ouvrir un musée à Ouida parce que ce n'était même pas envisageable, imaginable à un instant. Donc voilà, moi ça commence comme ça. Ça commence en vivant à Paris pendant les premières années. Et puis avec la chance d'avoir une maman qui était professeure. professeur de français, professeur de lettres modernes, et deux parents absolument passionnés d'art et de musée. Et donc, comme toute famille de professeurs, on passait notre vie au musée, à aller voir les expositions, mais pas de manière frénétique, juste pour cocher les cases, de manière vraiment engagée, c'est-à-dire que ma mère nous allait au musée, elle faisait une prévisite. Elle organisait la visite pour nous, pour nos amis qui venaient avec nous. Elle nous trouvait des histoires incroyables par rapport à chaque œuvre. Enfin, elle a fait un travail de médiation qui est totalement inouï et qui, je pense, n'est pas très loin de mon inspiration pour créer un musée puisqu'on a passé toute notre enfance à découvrir des histoires extraordinaires dans tous les musées, que ce soit devant les antiquités grecques et romaines du Louvre, au musée d'Aper avec les collections inouïes de masques et de sculptures, notamment du Gabon, mais aussi de toute l'Afrique. Ça, c'était à Paris, dans le 16e arrondissement. C'était les différentes... Je ne sais pas, toutes les expositions qui passaient, l'exposition sur Champollion, qui avait été une exposition incroyable. On apprenait à déchiffrer la pierre de Rosette. Enfin, voilà, toutes ces expositions, toutes ces œuvres d'art m'ont nourri énormément. Et ça a été vraiment un des éléments clés de mon enfance, qui, je pense, m'ont donné après envie de développer cette méthode, mais à l'échelle de plusieurs centaines de milliers d'enfants.
- Speaker
Donc voilà comment ça a commencé. Très bien, très intéressant de voir comment finalement la petite graine qu'on plante dans l'enfance, elle peut avoir un impact sur une carrière. Donc toi, ce que tu évoques effectivement, c'est un intéressant pour l'art, dès l'enfance, qui a mené vers les études d'histoire de l'art contemporain.
- Marie-Cécile Zinsou
L'histoire de l'art classique, et en fait, c'est après une année de césure que tout à coup, je me suis dit, OK, il faut que je retourne au Bénin cette fois-ci. On ne pouvait revenir au Bénin depuis la Conférence nationale, donc depuis les années 90, mais on avait joué de malchance. À chaque fois qu'on devait y aller, il y avait eu des problèmes assez graves qui nous avaient obligés à annuler. Et puis, il y avait une certaine peur d'y retourner parce que c'était toujours la même personne qui était au pouvoir. C'était toujours le général qui récoute.
- Speaker
Donc,
- Marie-Cécile Zinsou
il y avait quand même des choses. Et tout à coup, je ne sais pas, à 19 ans, 20 ans, une envie irrépressible de rentrer chez soi, le besoin de rentrer chez soi. Et donc, j'étais au milieu de mon parcours universitaire. Et puis, en fait, j'ai fait une année de césure. Et l'année s'est prolongée, puisque là, maintenant, j'en suis à 22 ou 23 ans de césure. Du coup, j'ai monté mon projet et je ne suis pas rentrée en France, en fait. Je suis restée au Bénin et j'ai d'abord enseigné pendant un an en faisant du bénévolat au village estouaste à Bomec à la Vie. Et puis après, on a fait des cours d'histoire de l'art avec des étudiants du collège. qui était très motivée. Et puis, en fait, la fondation s'est créée très, très vite dans la foulée. Voilà, donc un parcours entre une maman qui vous emmène au musée, des études assez classiques et puis tout à coup le grand départ.
- Speaker
Très bien, mais un départ qui est un peu un retour aux sources.
- Marie-Cécile Zinsou
Exactement, c'est-à-dire que c'est très étrange de rentrer chez toi sans jamais avoir été chez toi. Mais quand la vie en pause, vous rentrez enfin chez vous. C'est un sentiment... assez difficile à décrire et que peu de gens, finalement, heureusement, connaîtront. Mais voilà, c'est très particulier comme départ, retour. On peut appeler ça comme on veut. Mais en tout cas, c'est ça qui a été assez fondateur chez moi.
- Speaker
Très bien. Et du coup, dans cette notion d'art, d'art contemporain, d'art classique, la position, la situation de l'art contemporain africain, C'est toujours un peu particulier. Il y a un discours qui est à la restitution d'un certain nombre d'œuvres africaines qui aujourd'hui ne sont pas sur le plan africain. Donc, toi, est-ce que l'ouverture du musée, il y avait cette notion déjà, tu avais déjà en tête cette restitution ?
- Marie-Cécile Zinsou
Alors, en fait, quand on a ouvert le musée, On était clairement là pour montrer... En fait, toute mon idée au départ, c'était que j'avais des élèves et qu'on parlait d'histoire de l'art, qu'eux étaient dans une école d'art appliquée, donc ils s'engageaient dans une voie artistique. Et je me disais, mais comment leur donner des éléments de background ? Le monde n'est pas né avec eux, il faut qu'ils sachent quand même ce qui s'est passé avant eux, ce qui se passe autour d'eux. Et en fait, ce qui s'est passé avant eux, d'abord, j'avais qu'une manière. très occidentale de leur montrer parce que dans les livres d'histoire, l'Afrique est toujours un peu mise de côté, elle est mal étudiée, mal montrée. Donc ça, c'était quand même une des complexités.
- Speaker
Et puis montrer l'art autour d'eux, il n'y avait en fait aucun lieu pour voir ça.
- Marie-Cécile Zinsou
Donc voilà, c'est comme ça que la fondation est née. C'est de ce constat d'abord de dire OK, il faut montrer le talent des artistes, il n'y a pas de raison. que les artistes importants de notre continent soient montrés à Paris, à New York et à Londres et qu'on ne les voit jamais à Douala, à Cotonou et à Dakar. Donc, c'est comme ça que ça a commencé. Et puis après, au bout d'un an et demi, on a ouvert la fondation avec une grande exposition de Romuald Azoumé, l'artiste béninois qui est devenu une grande star depuis. Et très, très vite, au bout d'un an et demi, Le Quai Branly a ouvert en juin 2005, le musée du Quai Branly a ouvert en juin 2006, et c'est à ce moment-là que le président Chirac a dit, bon, il faut que le Quai Branly explose aussi en Afrique, parce que l'idée du Quai Branly, la phrase qui sous-titre le Quai Branly, c'est là où dialoguent les cultures, et le président Chirac tenait à ce qu'un dialogue se fasse à deux et pas uniquement... de la France vers le reste du monde. Et du coup, le président Chirac a dit « Ok, on fait une expo en Afrique où la première du Quai Branly doit avoir lieu l'année d'ouverture. » Et c'est à ce moment-là que ça a été un peu complexe pour les conservateurs du Quai Branly. Et c'est à ce moment-là qu'ils m'ont approché pour savoir si j'accepterais de faire une exposition des regalia du Dahomey, c'est-à-dire des objets de cour qui avaient été pillés en 1892 et qui revenaient pour la première fois en Afrique. Donc, j'ai fait cette exposition qui s'appelait « Béanzin, roi d'Abomey » . Et c'est à ce moment-là que la question de la restitution a surgi dans ma vie, parce que jusque-là, elle n'était pas tellement... Ce n'était pas mon sujet. On avait des musées qui avaient été créés pendant la colonisation, qui étaient un peu hors d'âge et tout, un peu plus féroces. Mais voilà, techniquement, on savait très bien que le patrimoine français était inaliénable, que les objets, on ne les récupérerait pas. Donc, il n'y avait pas énormément d'espoir de ce côté-là. Et donc, voilà, l'idée, c'était au contraire d'essayer de valoriser ce qu'on avait au maximum et de faire des choses importantes avec les créateurs contemporains parce qu'on ne pensait pas forcément que l'accès à l'histoire se débloquerait un jour. Et puis, voilà, on a fait cette exposition. Et au bout de trois mois et 275 000 visiteurs plus tard, donc c'est quand même énormément de gens qui sont venus voir. ces 34 objets qui avaient fait le voyage et de retour. il a fallu rendre les objets. Et c'est vrai que les gens disaient, mais pourquoi est-ce qu'il n'y a que nous qui les verrions et pourquoi est-ce que nos enfants ne les verront pas ? Pourquoi ils se repartent en France ? Et c'est vrai qu'à ce moment-là, c'est difficile de justifier l'injustifiable. De dire, écoutez, il se trouve que les Béninois ont perdu une guerre injuste il y a 140 ans, donc vous comprenez bien que c'est normal qu'après, toutes les générations futures soient privées de leur patrimoine. Ce n'est quand même pas très facile à dire aux gens. C'est un propos qui n'a pas de sens. Et donc, la restitution,
- Speaker
elle rentre comme ça dans ma vie,
- Marie-Cécile Zinsou
avec cette réflexion autour de comment fait-on pour récupérer notre patrimoine. Et à partir de là, on essaye de récupérer tout ce qu'on peut récupérer qui attrape notre histoire. Donc, nous, l'engagement de ma famille, ça va être de tuer toutes les ventes aux enchères. pour essayer de trouver ces objets qui ont échappé au musée, qui sont sur le marché et qu'on peut rapporter. Mon combat, à moi, ça a été de créer des archives. Parce qu'à un moment, il faut qu'on documente notre histoire, il faut qu'on sache d'où on vient. Donc, il faut arriver à créer une archive. Et en mettant des petites méthodes en place faciles et simples, on a réussi à collecter la plus grande archive du Daomé aujourd'hui. Donc voilà, c'est un peu comme ça que la restitution rentre dans ma vie. C'est en se posant la question aussi de quel est notre rôle en tant que citoyen ? Comment peut-on faire, nous, à titre personnel, pour restituer l'histoire ?
- Speaker
Très bien, on sent que dès le départ, dans ton initiative, il y a quelque chose qui est de l'ordre de l'engagement, une mission qui va presque au-delà de juste un projet personnel.
- Ramata
Oui, après, je viens d'une famille très engagée. De toute façon, je pense que là,
- Marie-Cécile Zinsou
je suis juste une héritière classique du système familial. Tout le monde a des engagements assez forts. On connaît bien les engagements politiques de mon grand-oncle, qui a été président de la République et ministre et plein de choses. Mais ma mère a eu des engagements dans l'enseignement tout à fait importants. Mon père a eu des engagements humanitaires aussi tout à fait forts. Donc en fait, ma grand-mère avait des engagements. En fait, on a été élevés dans une famille de gens extrêmement engagés, qui laissent rien passer et qui se donnent et qui pensent que si chacun fait quelque chose, le monde change. Donc là, je pense que j'aimerais bien me dire que je me suis réveillée un matin avec cette idée de faire les choses. Mais je crois que non, je crois que je suis juste l'héritière classique de ma famille et d'une famille qui pense qu'il faut... qu'il faut faire des choses.
- Speaker
Très bien. C'est important de souligner en tout cas qu'effectivement, je reviens sur cette notion de graines plantées qui finalement... Parce que tu peux aussi être dans un environnement ou dans une famille dans laquelle tout le monde est très engagé, mais toi, ne pas forcément prendre ce temps, ne pas forcément suivre ça. Moi, par rapport au... Quand on parle d'art, il y a différents mouvements, il y a différentes techniques technique, dans la manière dont tu as pu construire ton musée, est-ce qu'il y a eu une volonté d'avoir plusieurs sections, plusieurs salles qui vont représenter différents artistes, différentes disciplines ?
- Marie-Cécile Zinsou
Non, alors pour le coup, l'idée de ce musée, c'était l'idée d'être un endroit, voilà, qui au tout début, c'était vraiment focus sur le public. Comment est-ce qu'on donne au public la chance de comprendre cette langue qu'est l'art ? comment on accompagne avec notre équipe de médiateurs, avec notre équipe incroyable de médiation qui accompagne les gens dans un monde dont on n'a pas forcément les codes spontanément et où il faut arriver à trouver des clés pour comprendre ce monde-là. Donc, il y avait ça qui était vraiment essentiel au départ, la médiation, comment on fait découvrir la création en accompagnant les gens pour que ce soit un langage qui leur... et qu'ils ressentent les émotions et qu'ils se plongent dans cette création hors du commun. Et puis la deuxième chose, c'est d'être un lieu d'accueil un peu exceptionnel pour les artistes. On leur laisse absolument toute liberté de faire ce qu'ils veulent, d'expérimenter des choses nouvelles, de travailler complètement librement. Donc, nous, notre idée, c'est vraiment de les accompagner à travers notre système de résidence, dans nos expositions, en faisant de la production d'œuvres, parce que ça, c'était un des sujets aussi. Les artistes, on a souvent tendance à leur demander beaucoup et à ne pas leur donner grand-chose. C'est-à-dire que On entend ça un peu quand même, mais les artistes payés en visibilité, les artistes qui ont dit « donne-moi tes œuvres, je te ferai une expo et puis ça te fera de l'image » . Il y avait quand même tout un sujet d'accompagnement au départ et de production parce que les artistes ne produisent pas des œuvres avec juste des sourires. Et à un moment, il faut avoir le matériel. Donc, il fallait produire, c'était très très important. sur le continent africain, il n'y avait pas beaucoup de structures qui produisaient.
- Speaker
Donc,
- Marie-Cécile Zinsou
nous, on a produit très rapidement. Et donc, nous, il n'y a pas eu de salle de musée consacrée à des courants spécifiques ou à des médiums particuliers. L'idée, c'était vraiment d'essayer de représenter l'époque dans laquelle on vit et de donner à voir le regard des artistes sur le monde qui nous entoure comme un... Comme un vrai accompagnement de l'éducation pour les enfants et comme un vrai outil de développement en réalité.
- Speaker
C'est super intéressant comme démarche. On sent qu'il y a une démarche effectivement, je dirais, je crois, pédagogique, mais aussi de créer un écosystème culturel pour les artistes et pas de cette dynamique de cet artiste dont le succès est réconnu bien à 30 ans. Et donc, du coup... C'est une succès posture, mais qui ne rapporte rien à l'artiste de son mouvement. C'est une image que nous devons avoir.
- Marie-Cécile Zinsou
Non, il ne faut pas oublier qu'il y a 20 ans, les conditions ne sont toujours pas faciles. De toute façon, être artiste n'est pas une condition très aisée. Étrangement, quand on a fait un peu de recherche quand même sur le Daomei, être artiste au 18e siècle au Bénin, ce qui s'appelait le royaume du Daomei à l'époque, alors là, c'était une condition assez favorable. Parce que, en fait, dans notre tradition culturelle, le roi finançait les artistes et leur donnait des maisons, enfin une maison, des épouses, de l'argent, pour qu'ils soient au mieux pour créer à la gloire du roi. Donc, en réalité, c'est drôle, mais de se dire que finalement, la condition d'artiste a été une des conditions les plus confortables il y a 200 ou 300 ans. au Dahomey, mais malheureusement, la condition d'artiste a rejoint celle du reste du monde aujourd'hui. Et du coup, aujourd'hui, c'est difficile.
- Speaker
Mais il y a 20 ans, c'était vraiment très, très dur. Il y a 20 ans,
- Marie-Cécile Zinsou
il n'y avait pas de lieu d'exposition sur le continent. Il y avait les instituts français. Tout le monde doit se souvenir des centres culturels français, des CTF, de Bamako, de Dakar, de Cotonou, qui étaient un peu... Les seuls endroits où exploser, donc c'était compliqué. Et puis voilà, il n'y avait pas d'aide des gouvernements, il y en a toujours assez peu, mais certains gouvernements maintenant m'apportent un peu de soutien, mais pas tous. Il n'y avait pas d'acheteurs, il n'y avait pas... Enfin, tout ça était quand même très très complexe. C'était vraiment une condition très très dure. Il fallait espérer percer sur la scène internationale. Et ce qui est obligé aussi à partir, à se délocaliser, à se déraciner. Enfin, voilà, la condition d'artiste est quand même un sujet qu'il faudra à un moment raconter sur le début des années 2000, sur le début du XXIe siècle, parce que ce n'était pas très simple. Ça reste compliqué, mais c'était encore plus difficile il y a 20 ans.
- Speaker
Effectivement, je comprends tout à fait ton point pour avoir aucun sens de... faire des interviews d'artistes contemporains africains avec nos pièces, avec la fonction de jour, ça reste vraiment l'inquiétude de développer l'art et de l'autre, d'arriver à trouver une business qui te permet de gagner ta vie, c'est vraiment des sujets qui sont assez difficiles à faire cohabiter. Moi, j'entends beaucoup dans la visibilité de l'art contemporain africain l'avènement d'un... Internet, des réseaux sociaux, a énormément contribué à vulgariser, à promouvoir, à donner, à découvrir. Toi, quel est ton avis sur, effectivement, l'impact d'Internet sur la promotion et la visibilité de la rencontre ?
- Marie-Cécile Zinsou
Ça a évidemment joué un rôle absolument majeur, c'est-à-dire qu'Instagram, c'est une vitrine inouïe. On l'a remarqué aussi beaucoup pendant le confinement, parce que pendant le confinement, quand on était tous tout à coup un peu à l'arrêt, désœuvrés et tout ça, par Instagram, on a découvert plein d'artistes. Moi, je sais que j'ai découvert vraiment beaucoup plus en profondeur certaines scènes qui m'échappaient complètement. et Instagram pour ça est assez prispice parce que On ne découvre pas beaucoup d'artistes sur Twitter et sur Snapchat. Instagram, c'est vraiment la vitrine qui permet de découvrir des artistes. Donc, c'est sûr que ça, c'est un moyen de visibilité important. Mais ce n'est pas forcément évident. C'est-à-dire qu'on demande toujours aux artistes d'être à la fois le créateur, génial, qui propose quelque chose qu'on n'a jamais vu. Et puis après, d'être aussi son propre promoteur, parfois son propre vendeur. Vous voyez, c'est compliqué. On demande aux artistes d'être tout à la fois. Il y a peu de professions avec qui on demande de faire tout soi-même. Et je voudrais revenir sur une chose. On dit art contemporain africain, art contemporain africain, mais c'est bizarre parce qu'on ne parle pas de l'art contemporain européen. On va parler de l'art contemporain en France, on va parler de la scène italienne contemporaine. Voilà, nous on a fait attention, on est un musée africain d'art contemporain. On n'est pas un musée d'art contemporain africain. Vous voyez la nuance ?
- Speaker
Je la vois bien et je suis fautive d'utiliser ce terme que je vois.
- Marie-Cécile Zinsou
Non, mais non, personne n'est fautive, heureusement on n'est pas dans un français. Mais on est sur ces nuances auxquelles il faut qu'on fasse attention. Il faut qu'on fasse attention à ça parce que si le regard extérieur, de temps en temps, nous projette l'image de vous-être un tout, ça ne concerne que les gens extérieurs qui n'y connaissent rien. Il faut qu'on fasse attention à ne pas reprendre nous-mêmes ces stéréotypes et ces codes. C'est aussi une chose sur laquelle on se bat beaucoup à la Fondation et avec mon équipe, c'est ne pas accepter le regard extérieur qui nous impose des choses idiotes. Je dois dire que parler d'art contemporain africain, c'est mettre trop de... C'est comme d'essayer d'expliquer qu'il y aurait un grand courant comme ça, on serait le seul continent où il y aurait un seul courant artistique, où il y aurait un monde de l'art contemporain. Mais en fait, c'est juste parce qu'à l'étranger, les gens n'ont pas la connaissance pour distinguer des courants différents sur le continent et pour voir ce qui se passe. aujourd'hui autour de la ville de Ouida, ou ce qui se passe sur un courant qui n'a rien à voir avec l'école de Potopoto, ou ce qui se passe en photographie en Afrique du Sud, qui n'est absolument pas comparable à la peinture sénégalaise ou dakaroise. En fait, on résume beaucoup trop vite, parce que souvent, on a tendance à résumer l'Afrique. Si les gens à l'extérieur le font et imposent leur vision, parce que c'est eux qui écrivent des papiers dans les journaux qu'on lit, c'est eux qui imposent leur vision, parce que l'histoire de l'art a toujours été occidentale et une sorte de trousse des occidentaux. Autant avant, on était un peu prisonniers de ces codes, aujourd'hui, on n'en est plus prisonniers. Et donc, il faut faire attention à ce qu'on ne se résume pas au cliché des autres. C'est pour ça que j'en parle et que je me permets de faire une digression. Mais parce que c'est important qu'on ne se laisse pas enfermer dans cette identité africaine qui aujourd'hui ne permet pas de raconter le travail de deux artistes très différents qui viennent de pays différents, qui pratiquent leur art complètement opposé ou qui ont des médiums qui ne sont pas les mêmes. On ne peut pas les mettre dans le grand sac de l'art contemporain africain. On peut faire ça quand on est une maison de vente aux enchères à Londres. Mais nous, on ne peut pas se faire ça à nous-mêmes.
- Speaker
Voilà, pardon, c'était mon petit plaidoyer. Alors, ne t'excuses pas, et ce n'est pas du tout une digression. Moi, je pense que c'est un sujet super important. Et j'ai envie de faire le parallèle avec moi à l'origine, quand je fais ce podcast. La question que je me pose, c'est quoi la définition d'Africaine ? Puisque ça veut dire que dans le fond et tout derrière, les expressions en mode africaine, alors qu'on est en train de parler de ce qui se passe dans 54 pays d'Afrique et que chacun a sa spécificité et qu'à l'intérieur même de chaque pays, il va y avoir des régions qui vont avoir des tissus, des techniques de teinture qui sont très spécifiques. Donc, j'entends tout à fait qu'il y a des raccourcis qui ne sont pas forcément utilisés par nous, qui sont pratiques, mais qui viennent... de quelque part invisibiliser aussi toute la diversité des arts, des créatifs.
- Marie-Cécile Zinsou
Voilà, c'est important et c'est vrai que c'est important d'arriver à changer le storytelling, c'est une des choses, mais c'est pour ça que je vais rebondir là-dessus après la question sur les réseaux sociaux, parce que les réseaux sociaux nous donnent aussi cette possibilité-là de faire nos propres médias en fait, et d'être les éditeurs. de notre pensée et de la façon dont on veut la diffuser massivement parce que c'est aussi des canaux qui permettent de toucher énormément de gens. Et ces réseaux nous permettent de raconter une autre façon de voir l'histoire. Et à un moment, je pense que le jour où on se raconte plus pareil, les autres ne peuvent pas vous imposer leur regard. Ils peuvent vous l'imposer que si vous ne savez pas où vous vous situez, en fait.
- Speaker
Oui, et puis clairement, comme tu le dis, effectivement,
- Marie-Cécile Zinsou
Le fait d'avoir ses propres médias contre le diffusion, quelque part, tu reprends ton contrôle et tu déconstruis ça. Et donc, à côté des artistes, il y a besoin aussi d'avoir des médias, en fait, puissants qui prennent la parole. Parce que ce qui est compliqué aussi, c'est que quand c'est quelqu'un d'autre qui raconte ton histoire, forcément, il y a un regard qui est différent, une perspective qui est différente. Et quand cette personne-là, elle a plus d'audience, Elle a des médias qui sont plus forts. C'est son discours qui domine, en fait, et peu importe ce que tu vas raconter, ça n'aura jamais autant de force et de visibilité. Donc, il y a un sujet de prendre la parole et aussi d'avoir des cadeaux qui soient suffisamment puissants pour que cette parole soit vue et entendue et qu'on puisse finalement créer du débat.
- Ramata
Et alors, pour illustrer ça, je trouve qu'il y a une chose qui est assez forte parce que moi, j'avoue, j'étais un peu épuisée par le discours. thématiquement misérabiliste qui est tenue dans les médias européens sur les différents pays d'Afrique, sur les différentes situations où rarement on célèbre les jeunes entrepreneurs qui font des choses innovantes, mais où plus souvent on parle des grands mots qui s'abattent sur nous. Et je trouve qu'il y a une chose à regarder, parce qu'à mon avis, elle sera enseignée à un moment, la façon dont le Bénin a changé de position. Mais ça se présente, on a changé sur nous-mêmes. C'est-à-dire, le président a décidé de mettre en place du nation branding. Au départ, on a tous été un peu pris par surprise. Qui nous a transformé le pays de manière un peu, très instagrammable, on va dire, mais un peu surprenante quand les 26 œuvres que la France a restituées sont arrivées. Je veux dire, tout le pays était aux couleurs des œuvres. Alors ça se manifeste comment ? À l'aéroport, tous les objets étaient imprimés partout sur les murs, il y avait des drapeaux sur tous les lampadaires du pays qui célébraient le retour, les camions qui sont allés de l'aéroport jusqu'à la présidence étaient brandés, avec les trônes, les statues des rois. Et en fait, au début on s'est dit, mais pourquoi faire tout ça ? C'est très étrange. Et en fait, on a bien vu que la presse qui arrive... au Bénin, voient la façon dont on se célèbre nous-mêmes sur place. Et du coup, après,
- Marie-Cécile Zinsou
ils sont dans l'incapacité totale d'écrire les bêtises qu'ils écrivent habituellement.
- Ramata
Tout à coup, on n'est plus là en train de parler que des choses qui vont mal, que des statistiques qu'on est mauvais. Tout à coup, en fait, le regard a changé sur nous, parce que nous-mêmes, on avait changé de regard sur nous. Et parce qu'en fait, on s'est valorisés, on s'est mis en avant, alors de façon qui peut... aurait pu paraître excessive, mais en fait, c'était juste la réponse à ce qui avait été fait pendant longtemps. Et si vous regardez la revue de presse du Bénin ces dernières années, c'est impressionnant. Il y a un moment, je ne sais plus si c'était Vanity Fair ou Harper's Bazaar, qui me demande ma liste des 10 hot spots de Cotonou. C'est-à-dire qu'il y a un magazine américain qui vous appelle pour vous demander quelle est la liste des endroits les plus branchés de votre ville, comme vous habitez à Cotonou.
- Marie-Cécile Zinsou
C'est quelque chose de rare, en fait. Et ça, c'est hyper intéressant, la façon dont un pays change son image et transforme complètement toute la communication.
- Ramata
Et là, en ce moment, à chaque fois que les gens me parlent du Bénin, c'est pour me dire, on a vu que vous faisiez des choses incroyables, que vous étiez le premier producteur de coton, que vous aviez un festival du vaudou extraordinaire. À chaque fois, il y a des reportages partout, des papiers, et c'est intéressant. Parce que je trouve que ça prouve quand même un tout petit peu ce que je disais. C'est à un moment, si nous-mêmes, on change notre discours sur nous-mêmes, si nous-mêmes, on accepte de célébrer aussi nos forces et pas constamment nos faiblesses, à un moment, ça force le regard de l'autre, en fait. Et c'est nous qui dirigeons le regard de l'autre. Donc, il faut arriver à changer ça, à passer du statut de victime du regard de l'autre à... à une espèce de fierté de soi-même ou à une capacité à reconnaître ses propres accomplissements.
- Marie-Cécile Zinsou
C'est super intéressant que tu précises ce point parce qu'effectivement, on le voit au Bénin, on avait pu le voir au Ghana, il y a la Guinée qui s'engouffre aussi dans cette volonté de... En fait, on va avoir presque une équipe de VRP qui va travailler à promouvoir... parler d'une nation différemment et puis on va mettre en place quelque part une véritable stratégie marketing de communication pour reprendre l'apparence. Je trouve que c'est vraiment le terme branding qui est énormément utilisé, mais c'est vrai que c'est ça. En fait, c'est l'épuisisme des marques et désormais, on veut contrôler le message et on veut vraiment pouvoir Voilà. Ça, c'est ce qui va être dit sur nous, en fait. Et ne pas le stupir, mais... mettre des termes bien spécifiques et faire en sorte que, finalement, transmettent des communiqués de presse aux journalistes de manière à ce qu'ils aient de la... qu'ils soient influencés par ce qu'ils vont raconter.
- Ramata
Oui, oui, mais surtout, c'est s'autoriser à reconnaître ses efforts. Alors que longtemps, on a été... on a été écrasés dans nos soi-disant faiblesses et on nous fournissait la liste des faiblesses et la façon dont on s'y... dont on les avait embarqués avec nous. Mais en réalité, là, c'est aussi un moment où on repense. Alors totalement, mais c'est rigolo parce que c'est du coup, c'est très anglais comme terme. Mais après le branding, oui, on a le packaging. Nous, on a l'impression qu'il y a une entreprise, vous savez, qui fait des boîtes pour les parfums. Les boîtes pour les parfums, c'est souvent assez incroyable. C'est des choses très techniques, très belles. Enfin, les emballages du parfum, c'est un truc toujours assez sidérant. On a l'impression que c'est quelqu'un qui a travaillé sur le Bénin comme sur un emballage de parfum. C'est-à-dire que tout à coup, tout est valorisé, tout est mis en valeur. Mais même à nos propres yeux, c'est-à-dire que les événements qui sont organisés maintenant, les concerts géants, les choses comme ça, maintenant, la différence d'avant, c'est que c'est très bien fait. Je ne suis pas sûre qu'on les fasse vraiment mieux ailleurs dans le monde. Notre festival... notre festival de musique du mois de décembre, We Love Ea. Au-delà du fait qu'il y a toutes les plus grandes stars internationales qui précipitent, c'est surtout remarquable. C'est 50 000 personnes par jour, pendant, je ne sais pas, deux jours, trois jours. Il n'y a pas un incident de sécurité. Tout est bien fait,
- Marie-Cécile Zinsou
tout est bien préparé. Voilà, en fait,
- Ramata
on a vraiment trouvé nos forces. Et on les a mises en valeur, mais pour nous-mêmes d'abord. Et ça, c'est très important parce que ce n'est pas assez bien de changer aussi l'image que les gens peuvent avoir à l'extérieur. Mais je pense que l'image ne change que quand, sur place, les gens se sentent valorisés dans leur culture.
- Marie-Cécile Zinsou
Effectivement, pour changer le regard de l'autre, après, ça fait un petit peu développement personnel, comment dire, les citations un peu clichés qu'on peut voir sur les réseaux, mais c'est pour avoir l'amour légitime. l'une de l'autre, il faut commencer par s'aimer soi-même, il faut commencer par avoir un discours sur soi finalement qui soit positif, et après on regarde l'autre change, et effectivement, ta comparaison avec le parfum, je la comprends tout à fait, il y a eu un vrai travail de marketing, en fait, de se dire ok, comment on fait pour faire la promotion d'un pays, en fait, on va avoir des événements forts, on va créer, on va vraiment On va avoir un discours qui va être propagé, donc avec des écrits qui vont être propagés. C'est nous qui allons être à l'initiative de ces écrits. Et puis aussi, on va produire de la vidéo, on va produire des photos et on va montrer les choses. Et finalement, qui ?
- Ramata
Surtout, il y a aussi cette première démarche qui est qu'est-ce qu'on a à offrir aux gens que personne d'autre n'a ? Et nous, dans notre cas, par exemple, ça a été cette question sur le vaudou. quelque chose qui n'était pas particulièrement mis en valeur, qui existe, qui est tout à fait traditionnel, mais qui n'était pas valorisé ou célébré d'aucune manière que ce soit. Et tout à coup, c'est devenu un des piliers de la nouvelle image de ce pays et avec une valorisation maximum et avec surtout le fait d'assumer que le vaudou est né chez nous. Et c'est ce qu'on a apporté à l'histoire du monde. En fait, ça nous relie aux autres aussi. Ça nous relie à la Caraïbe, ça nous relie à l'Amérique. Mais c'est aussi ça que nous, on a apporté. Et c'est ça qu'il va falloir comprendre pour nous comprendre. Et donc, c'est intéressant parce qu'avant même le packaging, il y a aussi l'idée de dire, mais en fait, qui sommes-nous ? Qu'avons-nous apporté ? Est-ce qu'on a apporté quelque chose à l'humanité ? Eh bien, surprise, en fait, oui. C'est ça aussi qui est un peu nouveau dans la démarche. En plus, après, elle vient l'emballer.
- Marie-Cécile Zinsou
Voilà, c'est ça. Mais c'est super intéressant que tu l'analyses comme ça parce que ça fait vraiment stratégie de marque où tu vas réfléchir à ton ADN, à ce qui fait ta différence. Et une fois que tu as bien défini ça, l'idée, c'est de pouvoir aller mettre en avant. Et ce qui va faire que les gens vont retenir, c'est quand tu reviens au cœur, à ton identité, et que tu n'essayes pas finalement de copier quelque chose qui ne te ressemblerait pas.
- Ramata
Exactement.
- Marie-Cécile Zinsou
Donc, il y a vraiment une réappropriation aussi et une valorisation de de culture, d'histoire. Et puis, il y a un vocabulaire qui n'est pas... Je te rejoins sur... Il y avait tout un storytelling négatif. Il y avait aussi des adjectifs qui étaient associés à l'Afrique qui allaient être primitifs, qui allaient être aussi des adjectifs qui n'étaient pas forcément ceux que nous, on allait utiliser. et qui était toujours un peu en comparaison à l'Occident.
- Ramata
Mais bien sûr. J'en reviens à l'idée de comment on donne des cours d'histoire de l'art en 2004, 2003, 2004, à des jeunes enfants béninois. En fait, tous les livres d'histoire de l'art, vous avez l'art premier, ou les arts primitifs, les arts tribaux. Vous avez vraiment ces trois appellations. Ça, c'est toute l'histoire de l'art de tout le continent africain. Après, vous avez des centaines de millions de courants pour tout ce qui est peinture occidentale. C'est une façon de se présenter au monde aussi. Il va falloir faire tout ce travail, toute cette réflexion sur comment on documente tout ce qui s'est passé dans l'art africain. Parce que l'art primitif, ça va être quand même difficile de nous caser là-dedans. Je crois que l'appellation est illégale aux États-Unis. Et je pense que c'est important. Quand il y a eu l'exposition sur Picasso au musée du Quai Branly, qui s'appelait Picasso Primitif, ça n'a choqué personne en France, ce titre d'exposition. Aux États-Unis, évidemment, ce n'est pas passé. Il a fallu transformer des Picasso et l'art africain. Picasso Primitif, qu'est-ce que ça veut dire ? Comment est-ce qu'on ne peut pas attaquer aujourd'hui une exposition ? s'appelle comme ça, comment accepter d'aller visiter une exposition qui s'appelle Picasso Primitif. Pour moi, ça, c'est vraiment un truc où aujourd'hui, il faut vraiment se battre sur ces choses-là, il faut rien laisser passer. Parce qu'on ne peut pas éduquer des enfants dans un monde où on va considérer que leur culture est primitive.
- Marie-Cécile Zinsou
C'est un terme qui est trop connoté négativement et qui ne veut rien dire et qui met tout le monde dans le même sac.
- Ramata
On en revient exactement à l'histoire de tout à l'heure, mais sur l'histoire de l'art, C'est vraiment très impressionnant. Art primitif, c'est vraiment tous les pays sur toutes les époques. Moi, je n'ai jamais vu, quand on voit Rembrandt, quand on voit une peinture de Rembrandt ou une sculpture de qui ? Une sculpture de Brancusi, je ne mettrais pas les deux dans un sac qui s'appellerait Art primitif européen. Ça ne me paraîtrait pas très bien, très adapté.
- Marie-Cécile Zinsou
Non, mais après, on en revient à ce qu'on disait, c'est qu'eux, ils ont fait leur branding et leur marketing et ils ont défini leur code à eux pour que l'on parle de leur art, mais ils ont aussi défini des codes pour parler de ce qui n'est pas, ce qui peut être considéré comme l'art occidental. C'est qu'eux, ils ont fini un lexique à leur avantage dans leur branding et après, nous, on doit faire le travail de définir notre propre lexique et de déconstruire tout ce qu'il y a. installés pendant des années.
- Ramata
Voilà, exactement. Il faut déconstruire les termes aussi, il ne faut pas les utiliser, il faut y penser, même si c'est un effort parce que ça oblige à changer une habitude. Mais en réalité, il faut le faire parce que les enjeux, c'est la génération suivante, c'est le fait de ne pas élever ces enfants dans un monde où on ne fait pas attention au vocabulaire et où on leur donne implicitement une idée d'infériorité. Moi, je travaille beaucoup là-dessus avec mes enfants, avec la question de... C'est forcément, quand on est... C'est la question du métissage qui est une question importante. Comment on se rattache à un pays ou à l'autre ? Comment on se sent à l'aise dans les deux ? Comment... Bon, voilà, moi, en étant maman, je pense que c'est une question qui est hyper importante. Comment mes enfants se sentent français ? Comment ils se sentent béninois ? C'est... C'est vraiment un sujet, avec leur père, c'est un sujet qui est quand même un peu constant dans notre réflexion sur comment on ne les éduque pas dans l'idée qu'il y a une culture supérieure à l'autre. Ce qui n'est pas simple, en vrai, parce qu'il y a un de leurs deux pays qui met tellement en scène son histoire, son patrimoine, ses artistes, sa culture, ses écrivains, et l'autre tellement pas ! Et donc, du coup, dans un cas, toute l'information est disponible, accessible, la plupart du temps gratuite et tout ça. Et dans l'autre cas, il faut lutter pied à pied pour retrouver l'information. Et on se disait, c'est incroyable, sur les cours d'histoire, ils savent un nombre de choses sur l'histoire de France, ce qui est complètement délirant par rapport à ce qu'ils vont savoir des histoires du Dahomey,
- Marie-Cécile Zinsou
parce qu'en plus, du Bénin,
- Ramata
parce qu'il y a tellement de royaumes, tellement d'histoires, et le travail qu'il faut faire. pour leur donner des savoirs équivalents et pour leur donner des informations à leur échelle équivalente, c'est un travail totalement énorme.
- Marie-Cécile Zinsou
Effectivement, c'est très intéressant ton point sur l'éducation et sur sa difficulté d'avoir accès à l'information, parce que finalement, c'est le vrai enjeu aujourd'hui. Il y a effectivement énormément d'informations disponibles. L'information n'a jamais été aussi accessible. Mais en même temps, c'est une information qui est très orientée. Donc, comment on fait pour participer en fait on a au discours commun et faire entendre sa voix. Et il y a effectivement tous les enjeux de texte généré avec l'IA. Il faut être sûr aussi qu'on ne pâche pas et qu'on ne reste pas dans un discours occidental de finance. C'est un vrai sujet. En termes d'actualité aujourd'hui, de la saison au niveau du musée de Ouida ou ce qui se passe au niveau de... On commence sur des activités à Rome. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton actualité sur 2026 ?
- Ramata
Alors, moi, mon actualité, en fait, elle est assez liée à tout ce qu'on vient de raconter parce qu'on a deux projets. Donc là, on vient d'ouvrir l'exposition Yeroué Vodoun qui parle de sacré, évidemment, de spiritualité, du monde visible et du monde invisible, à travers les œuvres de la collection, à travers les différentes démarches d'artistes. on revient dans le berceau on est comme le musée dans le berceau du Vaudoune ça avait du sens aujourd'hui de faire une exposition autour de cette question du sacré et de l'inspiration et on attaque deux projets qui représentent je pense assez bien ce que fait la fondation et sa vocation le premier projet ça va être une grande exposition monographique du peintre Nobel Coty qui est un artiste tout à fait exceptionnel du Bénin C'est un des plus grands peintres de notre pays et à mon avis, c'est un peintre important de sa génération. Donc on prépare une grande exposition avec lui à la fin de l'année au musée de Ouida. Et entre-temps, on va ouvrir un projet qui pense à nous-mêmes. C'est un projet du Bénin pour le Bénin. C'est un projet qui est important parce qu'en fait, cette année, on est en 2026. Et le 10 septembre 2026, enfin le 11 septembre 2026, c'est une date que personne ne connaît au Bénin, parce qu'à priori, elle n'a aucun intérêt, alors qu'en réalité, elle est tout à fait essentielle pour nous. Le 11 septembre 2026, on aura passé autant de jours à être indépendants que de jours à être colonisés. C'est-à-dire qu'en 2026, ce sera le 66e anniversaire de l'indépendance et on a été colonisés 66 ans. Et si on prend au jour pour jour, le 11 septembre, on aura été plus indépendants que colonisés. Et ça va donner lieu à une exposition, notamment autour des archives, évidemment, et de l'histoire, mais aussi autour de l'avenir avec des créations contemporaines et avec une vraie réflexion sur qu'est-ce qu'on peut faire. quel est notre histoire aujourd'hui, où est-ce qu'on la trouve, qui nous la raconte, et comment on peut revenir sur les traces de notre histoire. Et je pense que c'est un peu un tournant cette année, c'est un moment important, symbolique, pour dire écoutez, 66 ans finalement, c'est très très court, on ne va pas passer notre vie à se définir autour de la colonisation, il faut qu'on passe à autre chose, mais pour passer à autre chose, il faut qu'on comprenne exactement ce qui s'est passé, Oui, il faut qu'on... Il faut qu'on mette ça derrière nous. Mais on ne peut pas mettre ça derrière nous tant qu'on n'a pas compris de quoi il s'agissait exactement et comment ça s'était passé, comment cette vie quotidienne s'est faite sous la colonisation. C'est une exposition qui va revenir un peu sur des choses importantes au moment où on s'apprête à tourner un peu définitivement cette page.
- Marie-Cécile Zinsou
Très bien, effectivement, ça va être un beau moment, une belle exposition en perspective avec ce côté historique très ancré qui est important de l'engraper, et qui fait complètement partie de l'histoire des pays africains. Moi, je te demanderais de me mettre sur toutes les lancers, afin que je puisse les mettre en page d'épisode et découvrir les articles. Pour l'audience, rappelez les dates du sédiment au grand temps qui arrive, puisqu'il y a toujours eu dans le média Africa Fashion Tour une rubrique art, avec une volonté de s'intéresser de plus en plus aux industries culturelles et créatives africaines au sens large, et de pouvoir intégrer la dimension art à cette initiative. Toi, aujourd'hui... il y a eu des collaborations avec le musée de Grand-Ri est-ce que tu imagines des expositions un peu différentes qui viendraient peut-être ouvrir d'autres musées finalement faire bouger une exposition depuis ton musée vers d'autres musées ? Est-ce que ça, c'est des choses que tu as en tête pour accompagner finalement d'autres pays aussi à travailler sur la mise en avant, la préservation, la valorisation de l'art ?
- Ramata
Oui, évidemment. Évidemment, c'est un sujet depuis le début de la fondation. On prête beaucoup d'œuvres, parce que c'est ça aussi, en fait, faire la promotion des artistes, ce n'est pas faire la promotion des artistes au Bénin, c'est aussi prêter des œuvres. Là, par exemple, en ce moment, on prête des œuvres à un musée sud-africain qui lui-même prête une exposition avec nos œuvres à Stockholm. Donc voilà, on fait beaucoup de prêts, on a prêté des expositions. Alors, sur des grands, grands formats, on prête 150-200 œuvres. C'est plutôt des musées européens qui nous les ont... qui nous les ont demandés. Donc, on a fait une grande exposition au Moco il y a cinq ans et au Cobra Museum il y a quatre ans, trois ans. On est en discussion avec d'autres musées qui souhaitent raconter l'Afrique un peu autrement et qui ont envie de parler avec nous et qu'on raconte un peu l'histoire de la création sur les 20 dernières années. Donc, du coup, on est en discussion. Après, on a des œuvres qui voyagent beaucoup. On parle avec les différents directeurs de musées. On a pas mal de collaborations et de discussions avec d'autres institutions du continent. Moi, je suis aussi beaucoup dans les réseaux de directeurs de musées. J'ai beaucoup de collègues un peu partout en Afrique avec lesquels on échange sur les sujets. Parce qu'évidemment, on a des sujets communs de conservation, des sujets communs d'exposition de médiation. Donc, on essaie d'être assez attentifs à tout ce qui se passe et à la façon dont on peut avancer ensemble.
- Marie-Cécile Zinsou
Super. Écoute, hâte de voir. Je sais qu'à Paris, il y a une initiative que je trouve super intéressante. C'est une exposition qui avait démarré, qui s'appelle Africa Fashion Week, qui se veut vraiment une exploration de la mode africaine avec le regard d'une chercheuse. Oui, oui. Du coup, il y a vraiment un panorama de la créativité africaine avec cet angle mode qui revient sur l'histoire, mais qui revient aussi sur... C'est une volonté d'être assez... Même si ça suffit de l'être, mais c'est plutôt assez bien fait. Et en fait, elle a démarré à Londres, elle a voyagé aux États-Unis, elle arrive cette année. Et je trouve ça intéressant d'avoir réussi à faire en sorte que cette exposition, elle ne reste pas que à Londres. et le moment fort, ce sera aussi qu'elle puisse arriver jusqu'au continent. Jusqu'en Afrique, ça sera vraiment presque un beau circuit pour un itinéraire d'exposition. Oui,
- Ramata
c'est tout l'enjeu. C'est toujours évidemment la circulation. Ce qui a des enjeux financiers et écologiques qui sont tout à fait importants, effectivement. Mais c'est un des grands enjeux du continent aujourd'hui.
- Marie-Cécile Zinsou
Très bien, on arrive à la fin de cette interview. Moi, j'ai été ravie d'avoir pu en savoir plus sur ton profil et sur ton engagement. Et sur cette, je pense, ça a été en tout cas un épisode, un masterclass sur la manière dont on parle d'art, la manière dont on parle des artistes qui évoluent sur le continent et la manière dont on va apprendre nous-mêmes à corriger notre vocabulaire pour être le plus authentique possible et pour ne pas finalement emprunter des mots qui ne sont pas les nôtres. Donc, pour ça, je te remercie de tout ce que tu nous as partagé.
- Ramata
Merci beaucoup pour cet accueil et pour ce moment d'échange sincère.
- Marie-Cécile Zinsou
Merci à toi et je te dis à très vite en Afrique ou ailleurs.
- Ramata
À bientôt.
- Marie-Cécile Zinsou
Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast. Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis. Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify. Je vous invite également à cliquer sur les 5 étoiles pour donner de la force. Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.