Speaker #0Bonjour, c'est Marie Lécuyer. Bienvenue dans ce nouvel épisode d'Allô Directeur, le podcast qui répond aux questions existentielles des directeurs. Dans cet épisode, je vais répondre à une question existentielle qui, je pense, n'a pas été abordée dans votre formation, en tout cas pas dans la mienne. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais vous raconter une anecdote qui a déclenché cet épisode. Je les ai racontées dans ce podcast, ça fait 15 ans que je suis directrice d'EHPAD et j'ai travaillé dans d'autres établissements avant de diriger ceux dans lesquels je me trouve actuellement. Et dernièrement, j'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs anciens collaborateurs. L'une de ces collaboratrices a exprimé très spontanément le fait que je lui manquais. Mais c'est la suite qui m'a beaucoup surprise. Une personne présente, lorsqu'elle a dit ça, lui a demandé ce qui lui manquait particulièrement avec moi. Et alors je dois dire que je n'attendais vraiment pas sa réponse. Les pauses café. Ah, ce n'était pas forcément la réponse que j'attendais, ni même que j'aurais espéré. Quand vous êtes directeur ou directrice, vous vous dites que peut-être vos collaborateurs retiendront votre vision stratégique, votre sens de la collaboration, votre rigueur ou votre dynamisme. Mais pas votre talent ou votre goût pour les pauses café. Je ne pensais d'ailleurs pas qu'on pouvait avoir un talent particulier pour les pauses, mais à mon corps descendant, il semble que j'ai marqué au moins un esprit de cette manière. Je dois vous avouer que j'ai vécu un ascenseur émotionnel en deux deux. J'étais d'abord touchée que cette collaboratrice exprime que je lui manquais, et ma fierté est redescendue aussi vite. Ma petite voix intérieure s'est empressée de se faire écho et de me chuchoter que je renvoyais l'image d'une grosse fainéasse pas vraiment glorieuse. Cette anecdote très personnelle et inattendue m'a amenée ces derniers jours à m'interroger plus sérieusement sur cette question que j'avais envie de partager avec vous. Est-ce qu'un directeur, ça prend des pauses ? Est-ce qu'une directrice, ça a le droit de prendre des pauses ? Cette question vous paraît peut-être saugrenue ou très accessoire, mais après avoir pris le temps de y réfléchir, la réponse me paraît bien moins insignifiante qu'il n'y paraît. D'ailleurs, cette semaine, j'ai interrogé plusieurs collègues directeurs pour connaître leur pratique en la matière et ça m'a confortée dans l'idée... d'enregistrer cet épisode. J'ai fait deux constats. Le premier, c'est qu'il y a autant de pratiques que de directeurs sur ce sujet. Le deuxième, c'est que lorsqu'on lance le sujet des pauses, on part d'une simple modalité d'organisation de son temps de travail et on arrive vite sur des considérations beaucoup plus générales. Et ça m'a donné envie de creuser la question et de faire quelques recherches sur le sujet. Alors, à quoi sert la pause café ? Ce petit rituel du matin ou de l'après-midi, c'est un moment où on pose sa vapeur à as, où on s'éloigne de son écran et où on échange quelques mots avec ses collègues ou ses collaborateurs. Est-ce que c'est juste un simple plaisir, un besoin de s'arrêter ? Pas seulement. Derrière cette habitude se cachent des bienfaits insoupçonnés sur la productivité, la cohésion et même la santé mentale. Alors asseyez-vous, servez-vous un café et c'est parti ! Lorsque je discute avec des collègues qui ne prennent pas de pause café, le premier argument invoqué, c'est bien sûr le manque de temps. J'ai trop de choses à faire, franchement Marie, j'ai pas le temps de me poser 20 minutes, même 10 minutes pour boire un café et t'attasser. Je connais même un directeur qui me dit parfois qu'il n'a pas le temps d'aller aux toilettes. Alors une pause café, c'est la pure fiction. Effectivement, on vit dans un monde où tout va vite, où l'efficacité est une obsession. Résultat, on culpabilise parfois à l'idée de s'arrêter. Et en fait, cet argument du manque de temps, il peut sembler très réaliste quand on regarde la charte de travail des directeurs aujourd'hui. Et c'est valable également pour les cadres ou pour de nombreux managers. Les réunions et les rendez-vous qui s'enchaînent, la boîte mail qui déborde et la to-do liste interminable. Sur le papier, je leur donne raison. Sauf que cet argument du manque de temps est valable à partir du moment où l'on considère que l'intéressé est productif et efficace 100% de son temps de travail. Mais ça n'existe pas. Qui est productif 100% de son temps, du lundi au vendredi, de son arrivée au bureau à son départ ? Pas moi. Et certainement pas vous non plus. Un autre argument qui n'est pas toujours assumé, mais qui existe également pour ne pas prendre de temps de pause, c'est « mais je n'ai pas envie de prendre une pause avec mes collègues ou mes collaborateurs, on n'est pas payés pour se raconter nos vies » . Et puis moi, si c'est pour entendre les gens raconter les nuits compliquées du petit dernier ou leur barbecue du week-end, franchement ça va 5 minutes mais pas tous les jours. A la rigueur, si je m'arrête pour prendre un café, je préfère le faire tout seul, tranquille dans mon bureau. Ça s'entend. Effectivement, on n'est pas tenu de copiner avec nos collaborateurs, ni d'organiser des réunions de super-war pour être populaire. Ça ne doit d'ailleurs pas être un objectif selon moi. Mais je pense néanmoins qu'en tant que directeur, savoir partager des moments plus conviviaux avec ses collaborateurs de temps en temps nourrit le travail d'équipe. Dans mon exemple personnel, dans le premier établissement dans lequel j'ai pris mes fonctions de directrice, la directrice précédente avait déjà cette habitude de prendre une pause avec l'équipe administrative tous les matins. Donc, naturellement, ils m'ont invitée à continuer lorsque je suis arrivée. Et ensuite, j'ai gardé cette habitude autant que je pouvais dans tous les établissements où j'ai travaillé. Évidemment, ce n'est pas un impératif indérogeable. Certains jours, je n'ai pas le temps, mais à chaque que c'est possible, je me pose une fois dans la journée, avec mon équipe proche, en général le matin, et je dois dire que j'apprécie ce moment. L'équipe aussi, je crois. J'ai eu l'occasion d'en parler avec certains la semaine dernière suite à l'anecdote racontée en début d'épisode. Et l'équipe apprécie ce moment où on ne parle la plupart du temps pas de travail, mais où on s'intéresse les uns aux autres. On fête les anniversaires, on prend des nouvelles, on relâche la pression. Et au quotidien, c'est vrai qu'il est plus facile pour moi de partager ce temps de pause avec l'équipe administrative et d'encadrement qu'avec les soignants qui, eux, ont des temps de pause décalés. Mais j'essaye quand même de participer de temps en temps à des moments conviviaux avec les équipes des résidences que j'ai en référence pour créer davantage de liens avec elles. Et cette idée fait le lien avec le dernier argument que je perçois parfois chez certains agents, qui est lié à l'image du directeur, ou du moins la représentation qu'ils en ont. Une représentation distante, austère et bureaucrate qui ne me convient pas. Une représentation qui voudrait que le directeur serait trop occupé pour s'arrêter et faire une pause, et que s'il s'accordait ce temps, ce serait uniquement avec ses pairs, des collègues directeurs, mais surtout pas avec son équipe. Cette image me semble poussiéreuse. daté d'un autre temps et bien loin de la réalité des directeurs d'aujourd'hui qui souvent ont choisi ce métier parce qu'ils aiment le contact humain et la relation. Alors une fois qu'on a dit tout ça, et si on creuse un peu plus la question, quelles peuvent être les vertus de la pause dans le quotidien des directeurs ? Je voudrais parler d'abord des vertus de ce temps de pause pour soi. Et la principale de ces vertus, totalement contre-intuitive, c'est justement l'amélioration de la productivité. Aujourd'hui, si on regarde les travaux menés en neurosciences et en psychologie du travail, tout prouve que le travail non-stop est contre-productif. Et l'un des spécialistes du sujet, Alex Sojung-Kim-Pang, a écrit un livre intitulé « Et si on se reposait, pourquoi on en fait plus quand on travaille moins ? » Dans cet ouvrage, il explique que les pauses permettent de mieux structurer sa pensée et d'éviter la surcharge mentale. En gros, pour être performant, il faut savoir ralentir. Et c'est d'ailleurs ce que les grands esprits de l'histoire ont bien compris. Darwin, Einstein et Mingui, tous avaient des routines incluant des moments de pause et de réflexion. Et si on regarde d'un point de vue cognitif, des études très sérieuses, comme celle de Trougakos et Hidek en 2009, ont montré que les micro-pauses au cours de la journée permettaient de réduire la fatigue mentale et d'améliorer la concentration. En clair, mieux vaut faire une pause de 5 minutes que de forcer son cerveau à rester focus quand il n'en peut plus. Et il peut également être bénéfique, suivant sa personnalité ou suivant le besoin du moment, de s'accorder une pause seule. Personnellement, je ne prends pas de vraie pause l'après-midi et je ne fume pas, donc je n'ai pas de vraie raison de sortir. Mais parfois, vers 15h ou 16h, je sens que ma concentration ou mon inspiration sont en baisse, surtout si ça fait longtemps que je suis assise à mon bureau, depuis le début de l'après-midi par exemple. Dans ces cas-là, plutôt que de boire un énième café, je sors dehors, je fais le tour du jardin de l'EHPAD et je reviens. Ça me prend moins de 10 minutes, mais c'est suffisant pour réoxygéner mon cerveau et me redonner de l'inspiration. C'est donc jamais 10 minutes perdues puisque je suis plus productive après cette micro-balade. C'est beaucoup plus rentable que de persister à rester assise sur mon fauteuil et à faire illusion alors que je sens que la concentration n'est pas là. Pour ceux qui ne l'ont jamais testé, je vous invite à essayer et à me faire savoir si ça a fonctionné pour vous remettre en route. En France, et particulièrement dans les métiers à responsabilité, On continue à valoriser le présentéisme et les longues heures de travail, ce qui n'est plus un gage de productivité et d'efficacité, on le sait bien. Mais les mentalités évoluent. De plus en plus d'entreprises intègrent des espaces de détente, encouragent les pauses, car elles savent qu'un employé reposé et détendu est un employé plus performant et plus créatif. Reste cependant à admettre que ça s'applique également aux dirigeants et aux directeurs. dont le salaire n'est pas justifié principalement par le nombre d'heures passées au travail, mais aussi par leur niveau de responsabilité et les risques qu'ils assument. L'autre atout de la pause café, c'est l'échange. C'est la vertu collective du temps de pause. En ce qui me concerne, c'est vraiment dans ces moments partagés avec mon équipe que j'arrive à sentir l'ambiance, à prendre la température de l'équipe, à savoir qui va bien ou qui traverse une période difficile, qui est en retrait et qui est plein d'énergie. C'est hyper précieux pour manager l'équipe ensuite. Et je dirais même que ça va dans les deux sens. Je pense que ça leur permet aussi de savoir dans quel mood je me trouve et on s'ajuste mutuellement. De manière... plus général, tous ceux qui l'ont expérimenté ont pu le constater. Ces moments informels favorisent la coopération, la créativité et même la résolution de problèmes. Qui n'a jamais trouvé de solution en discutant à la machine à café ? C'est ce qu'on appelle parfois le café-effect et qui illustre bien cette idée. En se détendant, le cerveau se met à fonctionner différemment et plus librement. Si on regarde à l'étranger, certains pays ont compris l'importance de ces moments de respiration. Par exemple, en Suède, avec le concept de FICA. Là-bas, ce n'est pas juste une pause café. C'est un vrai rituel institutionnalisé où on prend le temps de se poser, d'échanger et de se ressourcer. Et devinez quoi ? Les Suédois sont parmi les travailleurs les plus productifs d'Europe. Coïncidence ? Peut-être pas. Quoi qu'il en soit, cher directeur, pour la pause comme pour le reste, le maître mot reste le suivant. Écoutez-vous et osez être vous-même. Point de modèle uniforme ou de dogme à appliquer ici. à chacun de trouver la formule qui lui convient et qui lui permet de préserver sa charge mentale, de maintenir sa productivité et, lorsque cela s'y prête, de créer du lien avec son équipe. Et surtout, la prochaine fois que vous culpabilisez parce que vous prenez une pause, rappelez-vous, ce n'est pas du temps perdu, c'est du temps gagné en énergie, en concentration et en relationnel. C'est la fin de cet épisode. N'hésitez pas à venir en discuter avec moi sur LinkedIn et me raconter quel est votre rapport à la pause. J'espère que ce contenu vous a plu. Si c'est le cas, merci de m'aider à faire connaître Allo Director en en parlant autour de vous, en vous abonnant et en mettant 5 étoiles sur Spotify, Deezer ou désormais également sur Apple Podcast. Prenez soin de vous et à bientôt pour un nouvel épisode d'Allo Director.