Speaker #0Bonjour, c'est Marie Lécuyer, bienvenue dans ce nouvel épisode d'Allô Directeur. Aujourd'hui, je voudrais vous parler de quelque chose de très personnel et en même temps très professionnel, mon intuition. Il y a des moments où je sais. Je ne sais pas encore pourquoi, je ne sais pas comment, mais je sais. Et pendant longtemps, j'ai cru que pour être une bonne directrice, il fallait laisser ce genre de choses à la porte du bureau. Être rationnelle, sérieuse, carrée. Sauf qu'en réalité, je prenais déjà mes décisions autrement. Et c'est là que j'ai commencé à m'interroger sur quelque chose que je n'avais jamais vraiment nommé avant, mon intuition. Pour moi, l'intuition, c'est une sensation à l'intérieur de moi. C'est quelque chose qui me pousse à aller vers quelque chose ou quelqu'un, ou au contraire, à vouloir le faire. Parfois, c'est une idée soudaine qui semble venir de nulle part. mais qui me met immédiatement en mouvement. Une idée qui me réjouit, qui va me donner de l'énergie, presque de l'excitation. Et je le vis comme une sorte de guide interne. Quelque chose qui ressent avant moi, un vibrato, une flamme. Je suis profondément intuitive. Je crois que je l'ai toujours été. J'ai toujours été assez connectée à mes ressentis, à mes sensations, à cette petite voix intérieure. Et avec le recul, j'ai le sentiment que dans ma vie, ça m'a plutôt bien guidée. Ça m'a aidée à faire des choix importants, à aller vers certaines personnes, à prendre des directions qui, même si elles n'étaient pas toujours évidentes sur le moment, se sont révélées justes pour moi. Et je crois qu'on a tous une intuition. La différence, ce n'est pas de l'avoir ou non, la différence, c'est d'oser l'écouter. Dit comme ça, ça peut paraître évident, mais en fait, dans mon métier, ça ne l'a jamais été. J'ai longtemps eu le syndrome de l'imposteur, parce que je savais que j'étais une directrice qui utilisait son intuition au travail, et en même temps, j'avais une représentation très précise de ce que devait être un directeur ou une directrice. Quelqu'un de rationnel, sérieux, factuel. Quelqu'un qui décide sur la base d'arguments, de chiffres, de cadres, pas sur du ressenti. C'est ce que je voyais majoritairement autour de moi. Et c'est aussi ce que j'avais l'impression qu'on mentionnait en formation. Être une bonne gestionnaire. Une bonne administrative, rationnelle, pas intuitive. Du coup, pendant longtemps, j'ai eu le sentiment que je devais cacher cet aspect de moi au travail. Même si dans les faits, je m'en servais tous les jours. Pendant longtemps, j'ai cru qu'il fallait choisir entre être rationnelle ou intuitive. Et en réalité, j'ai compris que je fonctionnais autrement. Aujourd'hui, j'utilise quotidiennement mon intuition pour prendre des décisions, pour faire des choix, pour lancer des projets, piloter. Mais ça ne veut pas dire que je fais tout uniquement au feeling. Mon intuition est un outil. C'est un outil qui vient compléter l'analyse des faits, des chiffres, des situations. C'est un supplément en fait. Souvent, j'écoute d'abord ce que dit la petite voix intérieure, puis je réfléchis, j'analyse de manière rationnelle, et ensuite je confronte les deux. Et parfois, il se passe autre chose. parfois l'intuition arrive d'un coup. C'est ce que j'appelle moi des fulgurances. C'est des idées qui sortent de nulle part, qui arrivent comme un flash et qui me semblent immédiatement évidentes. C'est des idées qui me boostent, qui me donnent de l'énergie, qui m'enthousiasment et que j'ai envie de mettre en œuvre sans tarder. Je les appelle des fulgurances parce que ça apparaît d'un coup, sans prévenir. Souvent ça sort des sentiers battus, mais sur le moment, Ça me semble être la meilleure voie à emprunter. Par exemple, il faut qu'on fasse ce que dire à l'extérieur à cet endroit précis. Ou il faut qu'on organise ce changement maintenant. Bon, évidemment, si je vous disais que ça marche à tous les coups, je mentirais. Je me suis trompée sur certains recrutements, sur des missions confiées à des collaborateurs. J'avais fait une mauvaise analyse de leur personnalité. Et je trouve que c'est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit des personnes. L'intuition relationnelle, c'est vraiment la plus délicate. Mais en même temps, c'est rassurant. Parce que ça veut dire qu'il y a une part de mystère. Être intuitif, ça ne veut pas dire être médium ou omniscient. C'est un guide, pas une science exacte. Je pense aussi à une décision que j'ai prise en suivant mon intuition. Stopper une collaboration entre mon établissement et un autre. Il y avait des conditions qui ne me convenaient plus et sur le moment, j'étais persuadée que c'était la bonne décision, que j'allais conventionner ensuite avec une autre entité. Je me suis trompée et j'ai galéré ensuite. Mais j'ai assumé. Encore une fois, ce n'est pas une aide infaillible. Parfois, l'intuition est brouillée par d'autres facteurs. Mes émotions, la peur notamment, ou encore les avis d'autres collaborateurs qui finissent par me convaincre. Et puis il y a toutes ces fois où ma spontanéité prend le dessus sur mon intuition. Ces moments où j'ai envie de dire quelque chose à quelqu'un et où ma petite voix intérieure me souffle. Peut-être pas Marie, c'est pas le bon moment, pas le bon contexte. Et je ne l'écoute pas. Et quelques temps plus tard, parfois très vite, je me dis j'aurais dû écouter mon intuition et me taire. Parce que tout directeur ou manager qu'on soit, on reste humain. On se trompe, on fait des erreurs. Mais à nos postes, l'essentiel, c'est pas de ne jamais se tromper. C'est d'assumer, de ne pas se cacher. Et ces erreurs m'ont aussi fait réfléchir à quelque chose de plus large. À la place qu'on laisse ou pas à l'intuition dans nos métiers de direction. J'ai pas vraiment l'impression que l'intuition soit une qualité très valorisée dans nos métiers en France, quel que soit le secteur. On a une culture... très cartésienne, très rationnelle, qui valorise l'analyse des faits, la science, la réglementation, pas l'intuition, pas le ressenti. On n'est pas censé y aller au feeling. Et c'est particulièrement vrai dans le secteur de la santé. Et pourtant, quand j'ai observé mon maître de stage à l'époque, un directeur brillant, respecté, très expérimenté, j'ai bien vu que toutes ces décisions n'étaient pas basées uniquement sur le raisonnement et l'analyse factuelle. Il utilisait aussi beaucoup son intuition. Les faits et le contexte venaient ensuite consolider ses décisions. Et puis, plus tard, j'ai eu une autre forme de déclic. En écoutant des interviews de dirigeants de personnalités politiques, je me souviens avoir été surprise et même enthousiasmée d'entendre Christine Lagarde dire à des étudiants « Prenez des risques, ne suranalysez pas, faites confiance à vos instincts. » Et elle disait encore « Chaque jour, il faut faire ses preuves et convaincre, avancer, se challenger et douter tout le temps. » Et bien ça, ça m'a décomplexée. Parce qu'on peut dire ce qu'on veut, mais Christine Lagarde n'est pas une fantaisiste. Elle a exercé des fonctions avec d'énormes responsabilités dans des contextes extrêmement sérieux et complexes. Quand on pense à la direction du FMI, on imagine des décisions ultra stratégiques basées sur une analyse très fine des faits. Et pourtant, elle a su mettre à profit son intuition dans ses missions. Je trouve ça hyper puissant et très inspirant. Tout ça, c'est très bien. Mais concrètement, comment on fait ? La plupart du temps... L'intuition vient sans que je l'aie vraiment cherchée. Je ressens une intuition qui s'invite par une sensation physique ou une petite voix intérieure qui dit d'aller dans un sens ou dans l'autre. Mais parfois, ça arrive que j'ai une décision à prendre sur laquelle j'hésite avec les éléments dont je dispose et pour laquelle je n'ai aucune intuition spontanée. Dans ces cas-là, j'essaie d'aller la chercher. J'ai deux possibilités. La première, la plus simple. c'est de me mettre au calme, là où je suis, de me poser, de fermer les yeux si possible. Là, je pense au sujet sur lequel je dois décider, et sans réanalyser les données du problème, car je l'ai déjà fait et ça n'a pas marché, je me demande si, au fond de moi, ça dit oui ou ça dit non. Est-ce que ça s'ouvre ou ça se ferme ? Est-ce que j'ai envie ou peur ? C'est une approche que j'ai travaillée notamment en coaching et qui peut m'aider à entendre mon intuition. Y compris lorsque j'ai envie de me lancer dans quelque chose mais que j'ai peur. Si je sens qu'au fond de moi ça dit oui, que l'énergie s'ouvre, je vais y aller. Et je vais trouver des solutions pour y arriver. Mais je dois avouer que pour que cette technique fonctionne, il faut que je fasse vraiment le vide et que je me détache de la peur, du stress et de mes propres freins. C'est pas toujours évident au quotidien. J'ai une seconde méthode. qui fonctionne plutôt bien pour faire s'exprimer mon intuition, c'est le sport ou le mouvement. Parfois, marcher peut suffire, mais pour les sujets qui me donnent du fil à retordre, aller courir ou nager, ça, ça fonctionne super bien. Une fois que le corps est en mouvement, qu'il est dans l'effort, qu'il a pu libérer l'énergie négative, le stress, évacuer les tensions, il y a un moment où la clarté mentale apparaît progressivement. et apporte des réponses qui paraissent d'un coup évidentes. Pendant quelques années, sur mon poste précédent, il y avait une piscine à 5 minutes de mon bureau. J'y allais un midi par semaine pour nager, et c'était assez calme. Je nageais sans pression, sans grosse performance. Je ne sais pas vraiment l'expliquer, mais quand je me retrouvais sous l'eau, seule, au bout d'un moment, les choses devenaient claires. Et je finissais par dire que j'arrivais à la piscine stressée ou avec des soucis. et que juste en nageant, je ressortais avec des solutions. C'était libérateur et puissant. Aujourd'hui, je vais plus spontanément courir, mais ça fonctionne également. Au départ, je suis dans l'effort physique, et une fois la douleur dépassée, l'énergie arrive et les solutions avec. Je suis sûre que tous ceux qui font du sport comprennent ce que j'explique. Si on en revient au sujet de l'intuition, ça veut dire que lorsqu'on a besoin de savoir ce qu'elle a à nous dire, on n'est pas obligé d'attendre qu'elle nous tombe dessus. On peut la stimuler en se mettant en mouvement. En plus, ça évacue le cortisol, l'hormone du stress, donc c'est tout bénef. Si on ajoute à ça le contact avec les éléments, que ce soit l'eau ou la nature dans mes exemples, je pense que ça favorise un retour à soi qui aide à être à l'écoute et à trouver des réponses qui résonnent juste. Donc, mon intuition ne fait pas de moi une meilleure directrice que les autres, mais elle fait de moi une directrice plus alignée avec ce que je suis. Et avec le temps, j'ai compris une chose, quand je m'écoute vraiment, je décide mieux. Pas forcément plus vite, mais plus juste. Et j'en ai fini pour aujourd'hui. N'hésitez pas à m'envoyer vos commentaires ou vos questions sur LinkedIn. Vous pouvez également aider à faire connaître ce podcast en lui mettant 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute. Merci et à très vite pour un nouvel épisode.