- Speaker #0
Ce que j'appréhendais le plus, c'était de ne pas tout connaître. En fait, je pense que je me mettais énormément de pression et que je me disais, il faut que j'ai réponse à tout parce qu'on est le directeur d'EHPAD et au-dessus de nous, en fait, il n'y a personne ou presque et il faut que je connaisse tout. Et moi, je mettais une pression immense. C'est ce que j'appréhendais beaucoup. Et en fait, il suffit d'avoir les bonnes ressources et c'est normal qu'on ne connaisse pas tout, surtout quand on a 24 ans et qu'on commence. Moi, je me mettais beaucoup, beaucoup de pression par rapport à ça.
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Allô, directeur, le podcast qui répond aux questions existentielles des directeurs. Dans cet épisode, on va parler d'un sujet d'actualité pour un certain nombre de collègues directeurs en ce mois de janvier, à savoir la prise de poste. C'est un sujet dont j'échange beaucoup avec les élèves directeurs qui sont encore en formation et qui est l'objet de nombreuses projections, craintes, représentations, parfois fondées, parfois pas du tout. C'est un moment très particulier dans la carrière d'un directeur ou d'une directrice et dont on se souvient toutes seules. En ce qui me concerne... Plus de 15 ans après, je me souviens encore très bien de mes premières journées en tant que directrice et de ma fébrilité à ce moment. Aussi, j'ai eu envie de donner la parole à deux jeunes collègues qui ont vécu ce moment il y a peu de temps, mais néanmoins suffisamment pour pouvoir en faire un premier bilan. J'ai donc le plaisir d'accueillir aujourd'hui Angèle Perky.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Angèle. Je suis ravie de t'accueillir pour cet épisode et je te remercie d'avoir répondu à mon appel. Alors d'abord, est-ce que tu peux te présenter en deux minutes, s'il te plaît ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Je m'appelle Angèle, j'ai 25 ans, je suis jeune diplômée et jeune directrice d'EHPAD. J'ai eu un parcours, j'ai obtenu mon bac. En parallèle, j'ai passé mes concours d'infirmière, que j'ai loupé de peu, mais c'était le destin finalement, je pense, qui a voulu ça. J'ai fait une prépa infirmière par la suite pendant un an et j'ai travaillé en EHPAD en tant que faisant fonction. aide-soignante pendant plusieurs mois après cette prépa. Ça m'a permis quand même de découvrir pas mal de milieux, cette prépa, la personne âgée, le handicap, etc. Et de savoir un petit peu plus ce que je voulais faire. J'ai fait une licence en santé sociale ensuite à l'Université Bretagne-Sud à Lorient, en me disant que peut-être c'était que temporaire et qu'ensuite je retournerais vers l'école d'infirmière. Et finalement, j'ai adoré en licence toucher un petit peu à tout, autant le côté RH que la contact. Donc, j'ai continué ma licence et je me suis ensuite dirigée vers un master Management des établissements et services d'irontologie que j'ai obtenu en faisant ma dernière année de master, donc en apprentissage en direction d'EHPAD. Et puis, je me suis lancée après ces cinq, voire même six années d'études. sur le poste de directrice.
- Speaker #1
Merci Angèle pour ce petit résumé de ton parcours aujourd'hui. Alors comme je le disais dans l'introduction, aujourd'hui on va parler vraiment spécifiquement de la prise de poste et je voulais commencer par te demander si tu devais résumer ta prise de poste à quelqu'un qui s'apprête à arriver demain, qu'est-ce que tu dirais ?
- Speaker #0
L'avantage pour moi, je dirais, c'est que j'ai pris mon poste dans un endroit que je connaissais vu que j'avais fait ma dernière année. de master en apprentissage dans ce même établissement. Mais quand même, si je devais résumer mes premiers mois, mes premières semaines, je dirais chaotique. Parce que moi, j'ai pris mon poste un 1er juillet. Donc, en plein dans l'été, en plein dans les remplacements, c'était très compliqué. La directrice était absente depuis déjà plusieurs mois. Donc, ça n'avait pas pu être correctement anticipé. Donc, je pense que chaotique, c'est pas mal.
- Speaker #1
J'imagine que, avant d'arriver, tu avais dû penser à ce moment, comme la plupart des futurs directeurs qui sont en formation et qui, s'ils ont choisi ce métier, ont quand même un peu d'appréhension avant d'y aller. Est-ce que tu peux me dire, avant d'arriver, qu'est-ce que tu appréhendais le plus ?
- Speaker #0
Ce que j'appréhendais le plus, c'était de ne pas tout connaître. En fait, je pense que je me mettais énormément de pression et que je me disais, il faut que j'ai réponse à tout. Parce qu'on est le directeur d'EHPAD et au-dessus de nous, en fait, il n'y a personne ou presque. Et il faut que je connaisse tout. Et moi, mettre une pression immense, c'est ce que j'appréhendais beaucoup. Et en fait, il suffit d'avoir les bonnes ressources. Et c'est normal qu'on ne connaisse pas tout, surtout quand on a 24 ans et qu'on commence. Mais moi, je me mettais beaucoup, beaucoup de pression par rapport à ça.
- Speaker #1
Mais ce que tu dis, ça rejoint tellement ce que j'entends régulièrement quand je discute avec des élèves directeurs ou avec des futurs directeurs ou directrices qui se mettent la pression sur les sujets techniques et qui se font une montagne. Sauf que c'est juste impossible avec l'étendue de nos champs d'application. Comme on le disait juste avant, il n'y a pas de façon d'avoir tout préparé, tout anticipé, parce que notre quotidien, il est souvent plein d'imprévus. Et là où c'est très pertinent, ce que tu remontes, c'est finalement, c'est ton état d'esprit que tu as travaillé. Et ça, c'est vraiment précieux comme conseil, je pense, pour les futurs directeurs et directrices qui nous écoutent.
- Speaker #0
Oui, il faut vraiment apprendre à se faire confiance, se dire, aussi si j'ai été choisie pour ce poste, c'est que quelqu'un croit en moi. Et moi, c'était un petit peu ce qui me manquait, la confiance en moi. Et je me suis dit, si on m'a donné ma chance, c'est qu'on pense que je peux y arriver. Donc si on pense ça, c'est OK, c'est que je vais y arriver. Mais ça a été franchement un gros travail psychologique. Et encore aujourd'hui, de se dire, ouais, je vais y arriver. Oui,
- Speaker #1
c'est un travail de longue haleine. Je te rejoins complètement sur le fait de travailler notre état d'esprit avant tout. Est-ce que tu te souviens de ta première journée ? Et si c'est le cas, je veux bien que tu me la racontes un petit peu.
- Speaker #0
Ma première journée, comme je disais tout à l'heure, c'est vrai que j'étais dans un établissement que je connaissais déjà. Je connaissais déjà le fonctionnement, je connaissais mes collègues. Donc finalement, elle n'a pas été si spéciale que ça, à tel point que je ne m'en souviens même pas trop. C'était mon quotidien depuis déjà plusieurs mois, étant donné qu'en plus, il n'y avait plus de directrice. Donc j'étais apprentie, mais je reprenais un peu les rênes en même temps. C'était chaotique, comme je disais mon mot tout à l'heure. Ma première journée, je pense que c'est mes journées encore aujourd'hui. C'est que le matin, on se dit « bon, je vais faire ça, ça, ça aujourd'hui » . Et finalement, notre journée, elle ne ressemble jamais à ce qu'on se dit. Et puis, il y a plein d'imprévus et puis du monde qui passe dans le bureau. Finalement, ma collègue n'a pas eu le temps de distribuer le courrier aux résidents. C'est moi qui vais y aller comme ça. Je vais prendre un moment pour discuter avec eux. C'est ma première journée et toutes mes journées ont ce point commun, c'est qu'elles sont vannées, ce que je l'imagine.
- Speaker #1
Ce que j'entends dans ce que tu dis aussi, c'est qu'au vu de ton parcours et du fait que tu connaissais déjà l'établissement, par contre, sur l'environnement, sur la connaissance des lieux, pour toi, ça a été un peu confortable, même si le contenu de ta journée ne l'était pas. Mais tu n'avais pas cet inconfort de ne pas savoir où aller chercher les choses ou trouver qui. Voilà, tu étais déjà en terrain connu. Ça, c'est peut-être quelque chose, par contre, de facilitant.
- Speaker #0
Moi, ça a clairement été une force de connaître déjà le fonctionnement, l'organisation, les collègues, les résidents. Parce que du coup, les collègues, je savais où chercher l'info, la connaissance des lieux, de ne pas avoir à faire une nouvelle première impression, entre guillemets, parce que je pense que c'est quelque chose qui joue beaucoup aussi quand on arrive dans un nouvel établissement. Là, je n'avais pas toute cette pression-là et c'est vrai que ça a été un petit peu plus cool quand même pour moi.
- Speaker #1
Alors, j'allais te demander ensuite... Qu'est-ce qui s'est passé comme tu ne l'avais pas imaginé ? Mais tu as commencé à y répondre un peu en disant qu'en fait, rien ne se passe jamais comme on l'a imaginé dans nos journées et que tu te fais un programme, toi, et puis finalement, c'est jamais ça que tu fais.
- Speaker #0
Oui, ça, c'est mon quotidien finalement. Et je pense que c'est le quotidien de tous les directeurs ou en tout cas de beaucoup. C'est qu'on a un programme et puis tellement de choses qui arrivent qu'on n'arrive pas toujours à faire ce qu'on veut. Et ça, ça a été difficile aussi à accepter. De se dire, mince, j'avais prévu de faire ça, ça, ça aujourd'hui. Mais bon, là, il est quand même l'heure de partir. Et tant pis, je laisse pour le lendemain. Et c'est ce qu'on disait avec un collègue l'autre jour, c'est on priorise les priorités. C'est de se dire, là, je fais au plus urgent. Et tant pis, on verra le reste demain. Et je ne peux pas passer toute ma vie à l'EHPAD. Parce que je sais que je resterai 24 heures sur 24, j'aurai de quoi faire. Mais un moment, savoir dire stop aussi. Et quelque chose que je n'avais pas anticipé. ou que je n'avais pas imaginé, en tout cas qui serait aussi dur pour moi, c'était sur le côté vraiment RH, de pouvoir dire à quelqu'un, par exemple, « Ben non, là, ça ne convient pas dans ton travail, etc. » Ça, ça a été quelque chose de vraiment difficile pour moi, de dire à quelqu'un aussi, « Ben là, je ne renouvelle pas ton contrat de travail, par exemple. » Moi, pour moi, c'est encore aujourd'hui quelque chose sur lequel je travaille parce qu'un an et demi après, c'est toujours aussi dur. Même si j'apprends à le faire un petit peu, dire les choses, ça a été quelque chose de très compliqué. Autant quand c'est positif, je le fais tous les jours et ça va très bien. Dans l'autre sens, c'est un petit peu plus compliqué.
- Speaker #1
Ce que tu ressens, c'est assez légitime. Et j'ai envie de te dire qu'avec les années, ça se travaille quand même. On n'est jamais heureux de devoir faire ça. Mais avec le temps, on gagne quand même en sérénité, à force. ça devient un petit peu moins difficile, je trouve.
- Speaker #0
C'est vraiment un travail. Moi, c'était très compliqué. Je m'en souviens encore la première fois où j'ai dû annoncer à quelqu'un, par exemple, que je ne renouvelais pas son CDD. J'avais l'impression d'être plus mal que la personne à qui je l'annonçais. J'avais les mains qui tremblaient et je me suis dit « Oh là là, par quel bout je vais m'y prendre ? » Et j'étais soulagée une fois que c'était fait. Mais ça a été très compliqué de devoir recadrer et vraiment avoir ce côté-là. Je félicitais les personnes dans ce qu'elles pouvaient faire au quotidien auprès des résidents, etc. Tout ce qu'elles avaient pu apprendre en formation et mettre en pratique, ça, il n'y avait pas de souci. Mais alors, autant sur le côté inverse, ça a été assez laborieux pour moi.
- Speaker #1
Je pense que c'est dans ces moments-là qu'on mesure notre responsabilité. Et on se dit, voilà, aussi, moi, mon rôle, c'est de faire les choses difficiles que personne n'a envie de faire, en fait. C'est de prendre ma responsabilité et d'assumer ça. Et je te rejoins, c'est jamais facile. À l'inverse, du coup, est-ce qu'il y a des choses qui t'ont agréablement surprise ?
- Speaker #0
Quand j'ai pris mon poste, j'avais tout juste 24 ans et je me suis dit « waouh, les plus anciennes, elles ne vont jamais vouloir « qu'il y ait une petite jeune qui les dirige » . Elles ne vont jamais accepter ce que je vais dire, elles ne vont jamais accepter mon point de vue. Et je me mettais pas mal de pression par rapport à ça en me disant « mais comment se faire respecter en fait quand on est très jeune et qu'on arrive sur un poste avec autant de responsabilités ? »
- Speaker #1
Parfois des soignants qui pourraient être tes parents en fait.
- Speaker #0
Mais c'est ça, complètement. même plus âgées que mes parents des fois. Et en fait, j'ai été surprise parce que finalement, je m'attendais à avoir ça, parce qu'on ne m'écoute pas. Et finalement, j'ai été plutôt très vite écoutée. Moi, ce qui m'a facilité, c'est que j'avais fait pas mal de soins. En fait, j'avais fait faisant fonction aide-soignante pendant plusieurs années parce que je l'ai fait pendant toutes mes études, de ma prépa à ma dernière année de master. Je continuais de faire des week-ends à l'EPAD et mes vacances scolaires. Et finalement, du coup, là, j'ai pris beaucoup de légitimité par rapport à ça. Et on me l'a dit, on m'a dit, mais en fait, en fait, tu l'as fait notre travail, donc tu nous comprends. Et ce que tu dis, c'est complètement pertinent et tu ne vas pas nous pondre des trucs de quelqu'un qui ne saurait mettre son bureau. Et ça, c'est vrai qu'à la fois, ça a été valorisant, du coup, et ça m'a confortée aussi dans ce que je disais tout à l'heure, dans la prise de poste où on ne se sent pas forcément légitime, on n'a pas forcément confiance en soi. Et ça, c'est quelque chose qui m'a vraiment aidée, du coup, d'avoir... fait du soin avant d'avoir fait leur boulot en fait. Je m'attendais à ne pas être respectée sur ces choses-là et ça a été tout l'inverse. Peu importe l'âge finalement.
- Speaker #1
Est-ce que le fait d'avoir été avant en alternance dans l'établissement mais sans être directrice à ce moment-là, c'est quelque chose qui t'a servi ou t'as l'impression qu'il t'a desservi ? Est-ce qu'il y a des gens, par exemple, des fois si t'as eu un statut de stagiaire ou d'alternant ? les gens peuvent avoir eu une relation avec toi un peu plus proche, voilà, elle est jeune, c'est une stagiaire, elle est sympa, et puis d'un coup, tu deviens quand même la directrice, et certains qui pouvaient être un peu familiers avec toi, qui d'un coup, soit veulent continuer à être aussi familiers, et toi, tu as besoin de se repositionner, soit à l'inverse, tout d'un coup, ils mettent une distance. Est-ce que tu as ressenti des choses comme ça sur le positionnement des gens par rapport à toi ou pas du tout ?
- Speaker #0
Oui, complètement. Je dirais que l'alternance, Ça m'a servi dans plein de choses. Après, sur le côté positionnement, c'est vrai que j'étais un peu la stagiaire. C'est en veille, on la tutoie, on discute de plein de choses avec elle, etc. Il n'y a pas tellement de distance. Surtout qu'au début, moi, j'ai pris mon alternance. Je ne savais pas que j'allais devenir la future directrice. Donc, je n'ai pas mis de limites spécialement, en fait. Donc, c'est vrai que finalement, je vivais une vie de stagiaire classique, qu'on tutoie, qu'on appelle par son prénom, à qui on raconte sa vie. Et pour certains, ça a été difficile, du coup, de se dire, mince, la stagiaire, elle n'est plus stagiaire, elle passe directrice. Après, moi, je n'ai pas voulu non plus dire, hier, vous étiez en train de me tutoyer. Et là, du coup, vous allez m'appeler par mon nom de famille. Vous voyez, moi, je ne voulais pas cette cassure-là non plus. Donc, aujourd'hui, on continue de me tutoyer. On m'appelle toujours en réel. Voilà, il n'y a pas de souci. Il y a quand même une distance qui s'est mise. Moi, j'ai su dire des stops aussi à certains moments à des personnes qui me prenaient un petit peu parfois comme leur copine parce qu'on était pratiquement du même âge. Avant, on se racontait un petit peu nos vies. Il a fallu aussi dire, non, là, écoute, mon positionnement n'est plus le même. Mon statut n'est plus le même. Je ne peux pas écouter tout ce que tu me racontes ou ces choses-là. Mais c'est vrai que c'est la seule chose peut-être... de l'alternance en tout cas qui a été un petit peu compliquée après ce positionnement. Mais il faut savoir le dire, jamais personne ne l'a mal pris par rapport à ça.
- Speaker #1
Mais au final, dans ce que tu dis, je trouve que tu as trouvé le bon équilibre en fait.
- Speaker #0
Ouais, c'est ça. C'était trouver un équilibre. Et puis, je pense aussi que le fait qu'il n'y avait plus de directrice pendant un certain temps, moi, j'étais l'alternante, donc je prenais les règles, mais pas trop. C'était une période un peu bizarre. J'étais la directrice, mais sans l'aide. Ça avait été annoncé plus ou moins que j'allais reprendre la suite, mais pas complètement. C'était un petit peu compliqué aussi pour moi en termes de positionnement, mais pour les autres aussi. Et finalement, ils avaient appris aussi à prendre des décisions sans consulter la direction. Donc il a fallu aussi remettre parfois du cadre par rapport à ça en disant non mais là je ne suis plus la stagiaire, je suis passé à la directrice donc consultez-moi et vous ne pouvez pas prendre ce genre de décision sans un accord. Ça fait partie des côtés pas cool mais voilà, il faut trouver un équilibre entre les deux quoi.
- Speaker #1
Est-ce que tu te souviens à partir de quand ? Tu as commencé à relâcher un peu la pression et à te sentir plus à l'aise dans ta fonction de direction.
- Speaker #0
Pour moi, ce qui a été un vrai marqueur, c'est que j'ai pris mon poste le 1er juillet. J'ai pris mes premières vacances fin septembre. J'avais de la chance parce qu'on travaille en fait avec un établissement voisin. Donc, j'avais un collègue directeur qui me remplaçait pour les grosses urgences. Et je suis partie en vacances 15 jours. J'ai vraiment essayé de me déconnecter de l'EHPAD. Ça a été... très compliqué. Et mon retour, je me suis en fait pris une grosse vague là de pression justement, parce que finalement, pendant ces 15 jours-là, ça avait été le bazar complètement. J'étais de retour, j'avais trois démissions sur mon bureau. C'était vraiment très compliqué. Et là, finalement, mon retour de vacances, tout ce que j'avais gagné comme bénéfice en 15 jours, je l'avais perdu en une semaine parce que je m'étais mise une pression de fou. Et j'avais l'impression que je devais être magicienne et que tout dépendait un petit peu de moi. C'est-à-dire que s'il y avait eu des démissions pendant mes vacances, il fallait que je trouve une solution là tout de suite, du jour au lendemain, au pied levé. Et je me suis mise une pression de fou. Et en discutant justement avec mon collègue directeur, qui m'a dit « t'as pas de maguette magique et t'as pas de remplaçant dans ton sac à dos à pouvoir sortir à la moindre occasion » . Et il me dit « il faut que t'apprennes qu'on fut pas... » toujours comme on a envie et comme on voudrait que ça soit. Et ça, ça a été assez difficile à accepter aussi comme le fait de pas toujours faire ce qu'on a envie ou ce qu'on aurait voulu. Le fait de se dire c'est ma responsabilité, finalement, je peux pas, je suis pas magicienne. Je me suis pris vraiment une grosse vague là au bout de trois mois quoi. Et finalement, je pense que c'est un mal pour un bien parce que c'est là que j'ai appris à aussi relâcher un petit peu la pression, à me dire, ben, tu peux pas tout contrôler à 100%. Donc, je pense que c'est vraiment à partir de trois mois où j'ai commencé un petit peu à relâcher la pression tranquillement, même si on en a toujours un petit peu. Là, je dirais que, ouais, ça fait... Les six premiers mois ont été vraiment sportifs. Et là, depuis un an, je commence à apprendre aussi à mieux gérer la pression, je pense.
- Speaker #1
Et pendant ces six mois de découvertes, est-ce qu'il y a des choses qui t'ont plus aidé à traverser cette période ?
- Speaker #0
Je dirais qu'un facteur clé, c'est à la fois son environnement personnel et son entourage. Moi, j'ai un conjoint qui est infirmier. Du coup, il connaît aussi le milieu. Donc, ça m'a beaucoup aidé des fois d'en discuter avec lui parce qu'il a cette capacité de m'écouter et de connaître finalement mon milieu. Donc, il comprenait ce que je lui racontais. Ça, ça a été vraiment un point positif pour moi et quelque chose qui m'a aidée. Ce qui m'a aidée aussi, c'est, comme je disais, on travaille en commun avec un établissement voisin. Et d'avoir un autre directeur sur qui m'appuyer et un peu, entre guillemets, des fois raconter mes misères, mais ça a vraiment été une soupape. Et des fois, je l'ai appelé en lui disant, là, j'ai besoin de vider mon sac. Il faut qu'on en discute parce que je sens que je vais exploser et que je ne vais pas tenir. Et ça, ça a vraiment été quelque chose de bénéfique pour moi parce que j'ai vraiment pu m'appuyer sur lui.
- Speaker #1
Je te rejoins complètement là-dessus pour partager un tout petit peu aussi mon expérience. Moi, quand j'ai commencé, je suis arrivée dans un territoire que je ne connaissais pas du tout, mais où j'ai eu une chance énorme d'être hyper bien entourée par des directeurs sur place qui m'ont pris un peu sous leur aile en me disant « On sait que tu vas gérer, il n'y a pas de problème, mais quand ça ne va pas ou quand tu as un truc que tu n'arrives pas à résoudre toute seule, On est là, tu nous appelles et on sera en dispo. Et en particulier dans ce groupe, il y avait deux directeurs qui avaient pris leur poste, l'une un an avant moi et l'autre trois ans avant, et qui ont vraiment fait des points réguliers avec moi, que je pouvais appeler à tout moment. Et moi, j'avais trouvé que ça m'avait vraiment facilité. Mon démarrage, et pour avoir échangé avec des collègues de promo qui n'avaient pas cette chance, qui se retrouvaient un peu isolés, j'ai pu vraiment mesurer à quel point ça faisait la différence.
- Speaker #0
Ouais, complètement. Vraiment de pouvoir décharger auprès d'une personne qui nous comprend, qui a le même quotidien que nous, et qui aussi a un petit peu plus de recul. Moi, c'est une personne qui est carrément plus âgée que moi, qui pourrait être mon père, mais qui avait un petit peu plus d'expérience en tant que directeur d'EHPAD, et qui savait me dire « mais ça c'est rien, et te prends pas la tête » . Cache une dire aussi, Angèle, tu n'es pas magicienne et tu ne pourras pas faire plus que tu le fais déjà. Et c'est vrai qu'à la fois sur la confiance en moi, ça m'a beaucoup aidée, mais sur le fait de pouvoir relâcher la pression, ça a vraiment été un appui indispensable, je pense.
- Speaker #1
Ça, c'est intéressant, je pense, pour les futurs directeurs ou directrices qui nous écoutent. Vraiment un conseil précieux, c'est de savoir s'entourer et trouver des collègues ressources autour. surtout au démarrage, pour pouvoir se sentir épaulée et comme tu le dis de temps en temps aussi, vider son sac parce qu'on en a besoin. Avec le recul, est-ce qu'il y a des choses que tu ferais différemment aujourd'hui dans cette période de prise de poste, de découverte ?
- Speaker #0
Surtout, je pense que ça vient beaucoup de tout le travail que j'ai fait sur moi. Je pense que ça a été vraiment une grosse partie de mon évolution, en tout cas en tant que directrice, d'apprendre à dire les choses, qu'elles soient positives ou négatives, mais surtout les négatives. d'apprendre à relâcher la pression, à ne pas pouvoir tout contrôler, à ne pas pouvoir être magicienne. C'est vraiment un travail sur moi, des choses que je ferais différemment, je ne sais pas, parce que ça s'est quand même relativement bien passé. En tout cas, je pense avoir fait le maximum de ce que j'ai pu. C'est important, je pense, de s'en rendre compte aussi. Mais voilà, j'essaierai de moins me prendre la tête et moins avoir de pression. Mais voilà, c'est un travail sur soi et c'est l'évolution. en tout cas de directeur.
- Speaker #1
Ta réponse, elle est vraiment pleine de sagesse parce que dans notre métier, on attend de nous qu'on décide, qu'on décide souvent vite, même si c'est de manière imparfaite, mais qu'on soit en capacité de décider. Mais par contre, ce qui fait la différence, je pense, c'est exactement ce que tu décris. C'est pour ça que je trouve ça hyper sage et que pour une jeune directrice, t'as déjà une grande maturité. C'est justement cette capacité qu'on a soi-même à évoluer, à se pousser dans ses propres retranchements pour devenir un meilleur directeur, une meilleure directrice.
- Speaker #0
C'est ça, en fait. Moi, je me suis dit, on m'a tellement mis un sac à dos de responsabilité directement sur le dos du jour au lendemain que finalement, en fait, je n'avais peut-être pas tout ce recul-là et tout cet apprentissage finalement que j'ai eu en un an et demi de direction. C'est vraiment apprendre à travailler sur soi. On est tellement dans l'adaptabilité tous les jours. On disait tout à l'heure, notre agenda du matin, ce qu'on a prévu de faire et ce qu'on fait réellement, ça le reflète bien, c'est qu'on doit toujours s'adapter à mille et une situations. Et finalement, c'est le quotidien de notre métier. Et retravailler toutes ces choses-là, ça en fait partie. C'est un apprentissage finalement tous les jours.
- Speaker #1
On va retenir ça. Et c'est hyper intéressant de ta part d'avoir ce retour-là déjà. Avec le recul, quel bilan tu ferais de cette première prise de poste ?
- Speaker #0
Pour moi, dans tous les cas, un bilan positif. Parce que, comme je disais, il y a des moments chaotiques. Mais je pense qu'il faut passer par là pour pouvoir aussi avoir tous les apprentissages qu'on peut avoir derrière. Parce que si on ne passe pas par les bas, on ne sait pas ce que c'est réellement, en fait.
- Speaker #1
Si tu devais donner un conseil à un jeune directeur ou à une jeune directrice qui prend sa première chefferie d'établissement, ce serait quoi ?
- Speaker #0
De se faire confiance. Pour moi, ce serait la première chose. Parce qu'il ne faut pas qu'il oublie qu'il a été formé pour ça. Que s'il prend un poste et que quelqu'un lui a fait confiance pour qu'il prenne ce poste. Donc vraiment, de se faire confiance, de suivre son instinct. Parce que moi, ça m'a sauvé de plein de situations, de suivre mon instinct. Et je pense que c'est important. Et de ne pas se mettre trop de pression. Parce qu'il n'est pas magique. Il ne va pas pouvoir tout contrôler à 100%. Il y a tellement de facteurs qui interviennent. partout, ce serait les trois choses. Se faire confiance, pas trop de pression, puis c'est son instinct et il n'est pas magicien.
- Speaker #1
Je ne peux qu'aller dans le sens de ce que tu dis et j'espère qu'il y a beaucoup de futurs directeurs et directrices qui nous écouteront et qui suivront tes conseils. La dernière question que je voudrais te poser et que je pose à mes invités désormais et qui dépassent le champ de la prise de poste, c'est aujourd'hui, qu'est-ce qui te semble essentiel pour durer dans tes fonctions de direction ? On le sait bien, étant parlé un peu en filigrane, c'est un métier qui est quand même exigeant, qui peut être énergivore. Pour autant, t'en parles avec enthousiasme, avec dynamisme. Et aujourd'hui... Quoi pour toi qui te fait durer dans tes fonctions ? Ou qu'est-ce que tu mets en place pour pouvoir durer ?
- Speaker #0
Moi, ce que j'essaie de mettre en place, c'est de savoir dire stop. C'est ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est que je pourrais rester 24 heures sur 24 à l'EHPAD, que j'aurais toujours du travail. Je crois que ma liste, elle serait toujours aussi longue. C'est vraiment savoir dire stop parce que mon métier, il est passionnant, il est génial. J'adore être auprès des résidents. J'ai aussi ma vie perso et il ne faut pas l'oublier. Pourtant, je n'ai pas d'enfant. C'est important aussi de savoir lâcher prise. Pour moi, le sport, ça a vraiment été quelque chose d'important dans ma prise de poste parce que de se vider la tête et de penser à soi, garder ses moments pour soi. Moi, je pense que c'est quelque chose qui me fait durer. Je suis fatiguée à la fin de ma journée, mais je vais au sport pour me vider la tête et garder mes moments pour moi. Et il y a un moment, quand je vois l'heure, je me dis non, mais là, stop. Il fera jour demain, je rentre. Et je pense que c'est hyper important. Et c'est très compliqué de savoir dire stop dans ce métier de directeur où on a toujours notre téléphone pro avec nous et on peut être appelé à tout moment et on a les astreintes le week-end. Vraiment, on a l'impression que des fois, tout repose sur nous. Et pourtant, ils doivent être en capacité de se débrouiller sans moi, en fait. Prendre une décision, même s'ils veulent juste mon accord. Mais voilà, je ne suis pas indispensable au fonctionnement de l'EHPAD. Il faut qu'il y ait une organisation qui permette que tout ne dépend pas de moi.
- Speaker #1
Finalement, ce que tu dis, c'est que rechercher tes batteries, savoir poser une limite aussi à ton exercice professionnel pour pouvoir avoir une vie à côté, c'est ça qui te permet d'être une bonne directrice au quotidien. Et je trouve que c'est vraiment précieux. Et aussi ce que tu évoques sur le fait qu'on n'est pas indispensable. Je cautionne à 100% tout ce que tu viens de dire et j'espère que beaucoup de collègues directeurs, jeunes ou moins jeunes, t'écouteront parce que je pense aussi que c'est un des secrets pour durer dans cette fonction exigeante.
- Speaker #0
Pour moi, c'est vraiment quelque chose qui est indispensable. On parle beaucoup des burn-out, des directeurs d'EHPAD, etc., ou même les cadres. On a une fonction qui est tellement à la fois complexe, mais aussi tellement passionnante que finalement, voilà. Même si c'est une passion et qu'on adore ce qu'on fait, il faut savoir aussi se préserver. Peut-être que ça peut servir à certains jeunes directeurs, mais moi, il y a des jours aussi où je me dis, là, je ne suis pas en capacité d'écouter mes collègues aides-soignants. Et des fois, c'est très rare, mais ça arrive. Et je fais en la porte de mon bureau parce qu'il me faut un peu de temps pour être seule, pour souffler et faire mon travail sans être dérangée ou sans avoir toutes ces personnes qui viennent nous voir sans arrêt pour... X ou Y raison et c'est très rare mais quand je le fais c'est qu'il y en a besoin et mine de rien souffler 5 minutes ça peut faire du bien tu te préserves en fait pour pouvoir ensuite continuer à répondre à leurs sollicitations pour que je sois à 100% ou en tout cas pour que je donne il faut que je puisse recevoir mais dans une certaine limite en fait c'est que vraiment il faut se préserver de certaines choses et comme je disais se faire confiance et Merci. et suivre son instinct, c'est-à-dire que moi, il y a des jours où je ne suis pas à 100% pour écouter les personnes parce qu'on a aussi nos vies perso, etc., et on n'est pas juste directeur d'établissement. Et il y a des jours où je m'enferme et je fais les choses dans mon coin et je me préserve parce que j'ai besoin d'être à 100% dans mes fonctions et pouvoir donner, en tout cas, à 100%. Merci,
- Speaker #1
Angèle. Merci beaucoup pour ton... ton témoignage sur cette prise de poste mais au-delà sur le métier de directeur j'ai énormément apprécié cet échange où tu t'es livré de manière authentique et où finalement tu nous as expliqué que ta prise de poste elle s'était faite, bah oui de manière chaotique mais aussi très enthousiasmante et que c'est un peu à l'image de ce métier et d'aujourd'hui la façon dont tu le vis j'ai trouvé que t'avais des propos plein de sagesse et de maturité sur Au revoir. finalement l'importance du travail sur toi-même, de ta posture, de comment tu vis ton métier, plus que sur la technique en tant que telle. Et c'est vraiment des conseils qui sont précieux. Donc je te remercie pour cet échange et j'espère qu'il parlera, j'en suis sûre, à beaucoup de personnes. Et au vu de tout ce que tu nous as dit, je ne doute pas que tu continues à faire ce métier avec enthousiasme pendant longtemps. Merci à toi.
- Speaker #0
Merci, ça a été un plaisir.
- Speaker #1
Et c'est la fin de cet épisode. N'hésitez pas à m'envoyer vos commentaires ou vos questions sur LinkedIn. Vous pouvez également aider à faire connaître ce podcast en lui mettant 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute, à savoir Apple Podcasts, Spotify ou Deezer. Merci et à très vite pour un nouvel épisode.