#E15 - Charlotte Marembert - Myrobolan, une teinturerie naturelle à façon [Couleur Végétale] cover
#E15 - Charlotte Marembert - Myrobolan, une teinturerie naturelle à façon [Couleur Végétale] cover
ArtEcoVert LE podcast de la couleur végétale et des plantes tinctoriales

#E15 - Charlotte Marembert - Myrobolan, une teinturerie naturelle à façon [Couleur Végétale]

#E15 - Charlotte Marembert - Myrobolan, une teinturerie naturelle à façon [Couleur Végétale]

1h13 |30/03/2023
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#E15 - Charlotte Marembert - Myrobolan, une teinturerie naturelle à façon [Couleur Végétale] cover
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ArtEcoVert LE podcast de la couleur végétale et des plantes tinctoriales

#E15 - Charlotte Marembert - Myrobolan, une teinturerie naturelle à façon [Couleur Végétale]

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1h13 |30/03/2023
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Description

⁉️ Savez vous ce qu'est une teinturière végétale à façon ?


Retrouvez Charlotte Marembert & Myrobolan sur : https://www.boutique-myrobolan.com/ 

@myrobolan_teintures_vegetales 


Dans cet épisode nous parlons, de réparation d’œuvres d'art sur la partie teinture végétale, de la réalisation de Charlotte Marembert d'un nuancier de couleur végétale de plus 600 procédés de teinture du 17ème siècle. 

Nous échangeons sur le fait de devoir repenser la consommation de nos vêtements,

d'industrialiser la teinture végétale pour répondre à la demande qui progresse, nous parlons de questions d'échelle, de coûts de production. 


Nous abordons également la méconnaissance du métier de teinturier aujourd'hui. La pluralité des teinturiers et de leurs pratiques, l'isolement de ce métier et l’absence de fédération. 

De cet apprentissage de la teinture végétale, qui malgré l'apparition de formation diplômantes récentes, reste peu accessible et nécessite beaucoup de pratique. 


L'importance de revenir à la chimie (tinctoriale) pour savoir ce qu'on fait et être plus en maitrise. 

Nous parlons des inspirations que sont Dominique Cardon et Michel Garcia dans la Teinture végétale avec leur deux approches différentes. 

Charlotte nous parle de sa passion pour la cochenille, son histoire et des possibilités qu'elle offre en couleur naturelle. 


Et bien d'autres sujets, 


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ArtEcoVert, LE podcast de la couleur végétale 🌿, de la graine à la couleur finale dans tous les domaines d'application : 

  • Alimentaire : pâtisserie, 

  • Teinture végétale : sérigraphie végétale, éco-print, bundle dye, shibori … sur fibres naturelles. La teinture végétale fait partie des teintures naturelles mais n’utilise que des plantes tinctoriales.

  • Cosmétiques : Coloration capillaire végétale, savonnerie (savons végétaux), maquillage,...  

  • Beaux arts : encres végétales, sérigraphie végétale, aquarelles végétales, peintures végétales, craies grasses végétales… 

  • Bio matériaux, bio plastiques teints végétalement, 

  • Agriculture de plantes tinctoriales et production de Colorants biosourcés (Pigments végétaux et Colorants végétaux) Garance, Indigo, Réséda, Tanins… 

En effet, on explore dans ce podcast un des nombreux pouvoirs des plantes à savoir : LA COULEUR 

L’objectif d’ArtEcoVert est de proposer la couleur végétale 🌿 comme alternative combinée à la couleur de synthèse, dérivée du pétrole et est néfaste. 

🚨 Je compte sur vous pour vous abonner à la newsletter du podcast :https://podcast.ausha.co/art-eco-vert?s=1

Pour cela 

  1. ArtEcoVert  LE PODCAST 🎧

pour démocratiser la couleur végétale. Mais c’est aussi une communauté sur le Patréon d’ArtEcoVert : https://www.patreon.com/ArtEcoVert de plus de 180 passionnés du sujet qui font bouger les choses ! 

En rejoignant le patréon d’ArtEcoVert vous soutenez le podcast ArtEcoVert (pour qu’il dure) mais vous avez de nombreux avantages : 

  • Épisodes en avance ⌛

  • Épisodes exclusifs (dont les mini séries...)

  • Rencontres avec des e-tables rondes 👥

  • Des discussions instantanées que vous pouvez choisir et dans lesquelles vous pouvez parler avec les invités qui ont rejoint Patréon (Cécilia Aguirre, Aurélia Wolff, Charlotte Marembert, Beste Bonnard, Suzy Gallo, …) 💬

  • Des informations (sorties, actualités, événements…) 📣

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  1. ArtEcoVert LE PROJET ⭐

pour catalyser la réémergence de la filière tinctoriale (construire du lien, des échanges, faire avancer, poser les bases, apporter les preuves, …) 

Pour cela, j’ai créer l’entreprise ArtEcoVert Pauline Leroux dans laquelle je propose

  • mes services :  issus des expériences antérieures (filières agricoles, RSE, Grande Distribution, Distribution Locale, ) et de ma formation d’ingénieure agronome

  • mon énergie 

  • ma passion pour les plantes

  • ma volonté de redynamiser cette filière 

Chaque mission contribuent à soutenir la pérennité du podcast ArtEcovert

Vous êtes intéressés : pauline.artecovert@gmail.com


Pauline Leroux

Transcription

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast qui vous parle d'art, d'écologie et de verdure.

  • Speaker #1

    Je suis Pauline Leroux,

  • Speaker #0

    ingénieure agronome passionnée de plantes, et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications, que ce soit dans le textile, l'ameublement, l'artisanat, la décoration et dans d'autres domaines, chaque jeudi et samedi à 7h30. Je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de valeur. Mon but, fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.

  • Speaker #1

    Alors c'est parti, bonne écoute !

  • Speaker #0

    Alors bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir ce podcast Charlotte Marambert. Bonjour Charlotte.

  • Speaker #1

    Bonjour.

  • Speaker #0

    Alors Charlotte, première question, est-ce que vous pouvez vous présenter, nous raconter votre parcours et comment vous êtes arrivée à la teinture végétale ?

  • Charlotte Marembert Myrobolan

    Oui, alors je suis donc Charlotte Marambert et j'ai un parcours... d'études au Beaux-Arts, puis d'études de design textile à la Cambre à Bruxelles, ce qui fait qu'aujourd'hui je vis toujours à Bruxelles depuis presque une vingtaine d'années. Mais je suis arrivée à la peinture végétale bien avant tout ça. J'ai commencé quand j'avais une quinzaine d'années, quand j'étais adolescente en fait, où, je ne sais plus pour quelle occasion, ma mère m'offre un livre pour fabriquer du papier végétal. Et... Je viens de la campagne, je viens d'Auvergne en France. J'ai à peu près cuit tout le jardin. Le principe de teindre, pas de teindre justement, mais bien de fabriquer du papier végétal. En gros, le principe, c'est de cuire la cellulose des plantes avec des cristaux de soude. Deux, j'avais lisé, parce qu'il s'agit d'écrire sur ce même papier. Et on est là, un peu avant les années 2000 à peu près. C'est loin d'avoir des considérations écologiques. voilà et j'ai à peu près cuit tout le jardin j'ai pressé, j'ai fait du papier etc et je me rends compte quand même qu'à l'occasion de la cuisson il y a du jus coloré et ma mère me dit avant de façon assez large on teignait les textiles avec des plantes sauf qu'on est à une époque qui aujourd'hui bien révolue c'est à dire une époque sans internet et où l'accès à l'information est beaucoup plus laborieux, je dirais, va dans une librairie commander un livre sur les couleurs végétales. Et là, il y en a deux. Il y a celui, il y a le guide des teintures naturelles, qui est le premier livre, je pense, que Dominique Cardan a édité, avec des illustrations de Gaëtan Duchatnet aux éditions de la Chaux-en-Besley, un éditeur suisse, qui est malheureusement plus édité, qu'on trouve encore aujourd'hui en occasion, mais qui... qui a été ma première bible et suis le livre de Michel Garcia, le premier livre chez Edith Hulot. Et c'est comme ça que je me rends compte que je suis entourée de plantes teintoriales. S'il n'y a pas de plantes teintoriales, eh bien, il suffit de les faire pousser. Après avoir cuit tout le jardin, je continue de recuire tout le jardin, mais pour faire les couleurs. au plaisir, sans forcément y voir d'application. Je viens d'une famille où on apprend à tricoter dès son plus jeune âge, parce que ça fait partie de la tradition familiale. Mais ce n'est pas une revendication écologique, ce n'est pas une revendication... Voilà, c'est naturel et c'est normal de savoir tricoter, de manipuler des fibres, d'avoir des connaissances botaniques, ce type de choses. j'ai vraiment été nourrie par tous ces biais-là. Et je teins, voilà. Et c'est comme ça que ça commence. Mais sans application. C'est-à-dire qu'on continuait de tricoter avec des fils qui n'étaient pas forcément extraordinaires du magasin de fil à tricoter à côté. Et puis en même temps, je teignais du fil de laine que j'achetais chez un éleveur de la région voisine. Voilà. Et puis, ça a continué comme ça, où j'ai fait des études de beaux-arts. où je teignais pour mes projets, s'il y avait besoin, et puis j'entre en design textile à la campagne. Les cours en couleur végétale sont relativement succincts et très rapides, et ce n'est pas là vraiment que j'apprends. Je me forme de mon côté, d'abord chez une personne qui avait été elle-même formée par Michel Garcia, et puis après je me forme régulièrement auprès de Michel Garcia.

  • Speaker #0

    Vous arrivez ensuite, après vos études, à la création de mirobolant.

  • Speaker #1

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Que veut dire mirobolant ? Parce que c'est important.

  • Speaker #1

    Le mirobolant ou mirobalant, c'est une ressource colorante riche en tannin qu'on utilise beaucoup dans la pratique de la teinture végétale. C'était un petit clin d'œil à l'expression du ce n'est pas mirobolant dans le sens où le mirobolant était une ressource riche et quand c'est pas mirobolant, c'est pas génial, mais quand c'est mirobolant, c'est génial, voilà donc c'était un petit clin d'œil et c'est vrai que on a souvent des, c'est pas évident de trouver un nom de marque et on est souvent autour de la Garance, de l'Indigo, voilà c'est des noms qui reviennent très souvent et je sais pas comment ça m'était venu je me souviens pas exactement mais voilà Et en effet, je créais Miro Boland dans les années 2010 à peu près, un peu avant je pense, parce que je travaillais en tant qu'étudiante dans une boutique de fil à tricoter et que je me rendais compte qu'il y avait de plus en plus de clients, clientes, qui étaient désireux d'avoir des matières qui étaient naturelles. Et puis, on commençait à parler de teinture végétale. Et à un moment donné, je me suis dit, ah, mais en fait, finalement, j'ai toutes les clés en main. J'ai une petite expérience en teinture. J'ai une connaissance du milieu des filatures, du milieu du fil à tricoter. Je suis designer textile, voilà. Et c'est comme ça que j'ai créé une marque de fil à tricoter, uniquement teint en couleur végétale. C'était encore une époque où ça commençait d'émerger, le renouveau, je dirais, de la couleur végétale. Mais c'était encore assez discret. Quand je faisais des salons, on était deux, trois à proposer ce type de produit. Aujourd'hui, c'est énorme sur les salons, la proposition de fil à tricoter en teinture végétale. Ça a complètement explosé. Mais ce n'était pas du tout le cas à l'époque.

  • Speaker #0

    Et l'activité, c'est ça ou il y a encore d'autres activités derrière ? J'ai cru comprendre qu'il y avait aussi une partie teinture. J'ai lu capacité maximale de 200 litres de teinture. En gros, vous pouvez également teindre d'autres fibres dans vos ateliers pour des... des entreprises, des gens qui veulent se lancer. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. En fait, j'ai vraiment commencé uniquement avec le fil à tricoter parce que quand il n'y a pas d'offre, il n'y a pas de demande, en fait. Et à ce moment-là, loin de moi l'idée qu'un jour je puisse... vivre de ça, en faire... C'était vraiment, je caressais le doux rêve en me disant, voilà, si un jour, je pouvais teindre toute la journée. Et en fait, je me suis un peu fait connaître, forcément, avec les fils. Puis, j'ai eu des transformateurs de laine, des éleveurs qui m'ont appelée et qui me disaient, j'aime bien votre travail, mais est-ce que vous voudriez bien teindre sur ma laine, sur mon fil, sur... mes tissus, parce que j'ai, voilà, de fil en aiguille, en fait, je me suis mise à peindre davantage pour les autres que pour la marque de fil à tricoter. Et puis, voilà, avoir une marque de fil à tricoter, ça implique d'être un comptable, enfin, mille professions que je n'étais pas, un comptable, un bon communicant, quelqu'un qui fait salon. qui sait vendre son... Voilà, ce qui n'était pas trop mon truc. Ce n'est pas de mes meilleures compétences. Et voilà, en fait, je m'amusais beaucoup plus à... C'était pour moi beaucoup plus stimulant... Enfin, c'est pour moi beaucoup plus stimulant peindre à façon, donc c'est comme ça qu'on dit. Parce qu'à chaque fois, j'ai une nouvelle matière, parce que j'ai des demandes qui sont extrêmement différentes, extrêmement variées, selon pour qui je travaille.

  • Speaker #0

    clients sont très c'est très large en fait les applications et c'est tellement plus enrichissant on va dire l'écosystème que vous avez donc vos clients viennent vous démarcher vous faites de la teinture à façon vos fournisseurs vos partenaires, votre réseau comment ça se passe ? Est-ce que c'est compliqué en Belgique de trouver des acteurs ou est-ce que vous achetez vos colorants ? Comment vous réalisez vos matières premières ?

  • Speaker #1

    On va commencer par les matières premières les fibres En général, elles viennent du client parce qu'il y a un cahier des charges, parce qu'il y a une envie de travailler sur telle ou telle matière. Après, c'est souvent en concertation parce qu'une matière doit être noble pour qu'elle puisse recevoir la couleur végétale. Ça, c'est indispensable à ce que ce soit des matières de... très qualitative en fait, naturelle évidemment, mais qualitative, pour que la couleur végétale puisse prendre au mieux, si vous voulez. Donc voilà, et puis pour les colorants, c'est varié. C'est-à-dire que j'essaye de soutenir au maximum des initiatives de type AMAP, comme il y en a deux en France. La MAP Tinctorial des Cévennes et la MAP Tinctilis Cecilia Aguirre, qui ont développé toute une production de plantes teintoriales. C'est précieux, je trouve ça extrêmement important de soutenir ces initiatives et que si nous les teinturiers n'achetons pas chez eux, ce n'est pas viable. Mais ce n'est pas forcément non plus simple d'avoir uniquement ce système-là comme fournisseur. C'est très varié en fonction des ressources. Prenons un exemple, la garance. J'ai des clients qui veulent absolument que... que leur teinture soit 100% française, alors je vais me fournir dans une garance française. Pour d'autres, ce n'est pas un sujet, et donc je vais travailler avec la garance qui vient d'Iran et qui est moins onéreuse et qui est très qualitative. C'est très varié. La cochenille, par exemple, si on veut être le plus local possible, on est au Canary, on ne peut pas faire mieux. C'est extrêmement varié, et il faut avoir des stocks aussi, parce que... parce qu'on travaille avec du vivant, ça ne faut jamais l'oublier, et qu'à un moment donné, surtout quand on travaille avec des systèmes type AMAP, eh bien, il n'y a plus de stock, il n'y a plus de stock, et il faut attendre l'année prochaine. Donc, c'est difficile pour certains clients de l'entendre. Il y a beaucoup de pédagogie à faire quand on dit, ça, je n'en ai plus. Il faut attendre l'année prochaine. Ça peut être un peu délicat. Voilà, et il y a évidemment Greening, Patrick Renac, qui produit des extraits. Voilà, il y a Michel qui a aussi fourni toute une série de ressources. Voilà, c'est très varié et il faut pas mettre ses œufs dans le même panier, évidemment.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples de réalisations que vous avez faites avec des clients qui sortent un peu, qui vous ont plu, des projets qui vous ont intéressés, que vous pourriez citer pour nous illustrer votre quotidien ?

  • Speaker #1

    Alors en fait, je dirais que je travaille… selon différents axes. Ça dépend vraiment de la clientèle. Il y a des demandes qui sont subjectives, je dirais. Je travaille notamment avec une artiste tissante qui s'appelle Nadine Marshall, qui est dans le médium et le textile, le tissage, mais qui a toujours des demandes. incongrue, je dirais. En ce moment, par exemple, je travaille pour elle sur un projet lié à un torréfacteur de chocolat, un transformateur de chocolat. Et on travaille sur des résultats avec des cosses et des fèves de cacao. Je travaille pour elle sur parfois... On atteint de la paille, du mouton retourné, de la peau. Il y a toujours des demandes incongrues et toujours très plaisantes parce qu'il y a de la recherche. On n'est pas dans les... On s'en tient battu. Et ça, c'est vraiment très chouette d'être poussée un peu dans ces retranchements et dans ces petites habitudes d'atelier. On évolue toujours. Les protocoles évoluent. On n'a pas inventé l'eau chaude, ça c'est une évidence, parce qu'on a quand même des millénaires de pratiques de la teinture végétale derrière nous, mais on ajuste en fonction de son expérience, ses résultats, on est toujours en train de peaufiner, d'améliorer probablement, je ne sais pas, en tout cas dans sa propre pratique. Ça c'est toujours très très plaisant en fait, du coup d'être poussé vers des... de nouvelles ressources, sur de nouvelles matières, pour pouvoir aller explorer d'autres raisons. C'est vraiment hyper intéressant. Sur le coup, on m'aurait dit, il faut teindre avec des fèves de cacao. Je dirais, oui, allez, encore une espèce de nouveauté qu'on croit avoir inventé quelque chose. Mais là, on est dans une autre dynamique et donc c'est vraiment très, très, très plaisant. Après je teins aussi selon des objectifs extrêmement précis de couleurs. Et là on est dans des logiques qui sont complètement différentes. Notamment pour la tapisserie contemporaine d'Aubusson, notamment avec une lissière qui s'appelle Céline Ferron de l'atelier C.C. Brindlaine. On travaille d'après des œuvres, on a travaillé d'après une série graphique de Blex Bollex. artistes, illustrateurs contemporains. Et voilà, il s'agit là, dans des moments comme ça, d'être parfaitement raccord avec l'original, on va dire. Et donc, on n'est pas dans des considérations de type de colorant. Il y a une matière donnée, évidemment. Mais voilà, on est dans une recherche extrêmement précise d'une couleur, sachant qu'il est toujours... un peu compliqué d'avoir une référence, par exemple, papier. Il y a forcément une interprétation entre une référence couleur papier et une référence couleur matière. parce que la brillance ne va pas être la même, la réflectance ne va pas être la même, la perception n'est pas la même selon les ombres, etc. Voilà, donc ça, c'est une autre façon de travailler qui est très rigoureuse. Ça appelle aussi à être possiblement reproduit, parce qu'une tapisserie peut être vendue possiblement plusieurs fois selon le contrat de départ. Et donc, parfois, quelques années après, on peut me demander de refaire exactement la même couleur. C'est compétent. Les ressources colorantes n'ont pas forcément été cueillies à la même période, à la même époque, elles n'ont pas eu la même pluviométrie, donc il ne va pas y avoir forcément le même potentiel colorant au sein de la plante, ce qui fait qu'il faut...

  • Speaker #0

    et ajuster une permanence alors il y a cette partie donc avec vos clients plutôt on va dire phase de teinture plutôt classique il y a la sortie des sentiers battus avec des demandes qui vous qui vous voilà vous plaisent aussi parce que c'est nouveau il y a la rigueur on va dire de reproduction de couleurs et j'ai eu du coup votre contact par Dominique Cardon qui m'a parlé de votre lien avec le CNRS et j'aimerais bien qu'on arrive sur ce sujet que vous nous racontiez un petit peu votre lien ce que vous y faites et

  • Speaker #1

    la partie recherche alors ça c'est le troisième volet du coup CNRS parce que là tellement on travaille sur un deuxième projet avec eux c'est c'est le labo d'archéosciences archéométrie de Bordeaux où il y a il y a Hortense de la Codre qui est une doctorante qui soutient justement sa thèse la semaine prochaine et dont le projet était sur les colorants utilisés fin XVIIe, début XVIIIe notamment sur une tapisserie conservée au musée à la Cité Internationale de la Tapisserie de Busson qui s'appelle Verdure fine au Comte de Brûle, c'est tout un programme c'est une tapisserie qui est absolument... vraiment très bien conservé. Il est fin 17e, qui est plutôt monumental. Il y a un documentaire CNRS qui a été tourné là-dessus. Je pourrais vous envoyer le lien si vous le souhaitez. Il s'agissait en fait de reproduire les protocoles, pas reproduire les couleurs, puisqu'on sait très bien que ce n'est pas possible de ne pas avoir la même matière. On n'a pas les mêmes ressources colorantes. forcément, en tout cas pas de la même qualité, évidemment, mais on est dans une reproduction de protocole, c'est-à-dire que le labo au CNRS a mis en place un outil d'analyse qui est sans contact. Donc ça, c'est vraiment extrêmement intéressant parce qu'auparavant, on avait tendance à prélever des fibres à l'arrière en général des œuvres pour pouvoir les analyser. Et là, c'est un outil qui a été mis au point par la NASA, qui est transportable, etc., et qui en fait va à une certaine distance, donc il n'y a pas de contact, venir scanner, si vous voulez, et analyser pixel par pixel. presque chaque zone de la tapisserie. Donc, ça va envoyer un spectre, une information sur la couleur et donc sur la teinture qui a été utilisée, sur la ressource colorante et les mordants, etc., qui ont été utilisés. Mais comme c'est sans contact, évidemment, il y avait besoin d'un… d'un référentiel, d'un outil qui permettait de comparer, un outil comparatif en fait. Et c'est comme ça qu'on a fait acter pour que je produise ce nuancier référentiel qui est de, je crois qu'il y a presque 600 références. Donc 600 protocoles qui ont été réalisés selon des recettes du fin 17e, début 18e. Et donc ça c'était vraiment... particulièrement fou parce qu'il y a évidemment des recettes qui sont complètement aujourd'hui hors du temps on utilise de l'étain on utilise vraiment des choses on y va quoi on ose à cette époque donc j'ai évidemment été confrontée à des choses qui ne sont pas dans ma pratique actuelle et ça c'est quand même même si on sait que c'est C'est très délicat. C'est quand même extraordinaire d'être amenée à atteindre avec les gestes, en essayant de reproduire du mieux que l'on peut les gestes et ces recettes d'un autre temps. C'est assez exceptionnel comme proposition. C'est extraordinaire.

  • Speaker #0

    Ce référentiel pourrait servir pour les industriels dans le sens où… Des gens que j'ai autour du micro, ils me disent, nous, ce qui nous manque sur la couleur végétale, ce serait un genre de pantone, un référentiel de couleur. Est-ce que ce que vous vous proposez avec type de procédé, sur fibre, matière colorante, etc., est-ce que c'est un début de piste ou en fait, ce ne serait pas du tout ça dont ils auraient besoin ?

  • Speaker #1

    Impossible. impossible pour plusieurs raisons le pantone couleur végétale on peut en faire des milliers de milliers dans le sens où j'ai beaucoup de clients qui me disent vous auriez pas un petit nuancier comme ça où on pourrait choisir et bien non parce que chaque fibre va recevoir la couleur d'une façon différente. En fait, ça fait des années que je suis en train de développer. Un jour, il sortira. C'est plutôt un outil pédagogique. Alors, sur la laine, parce que c'est quand même ma fibre de prédilection, sur une sorte de nuancier, justement, mais qui n'a pas comme finalité d'être un référentiel, mais plutôt un outil pédagogique, on va dire. Je travaille sur huit laines différentes. Donc, des laines de pays, des laines... mérinos australiens, de la laine peignée, de la laine cardée, de l'alpaga, voilà. Donc, des laines qui sont certaines très différentes, d'autres beaucoup moins, avec le même protocole, sans compétition, donc avec des casseroles qui sont séparées, etc., un échantillonnage vraiment qui est hyper rigoureux et précis et avec, voilà, le même protocole, la même ressource, les mêmes quantités, les mêmes process. Eh bien, vous avez huit résultats différents. Et j'ai même là fait dernièrement avec une autre trois types de cochenilles. Une cochenille qui vient du Pérou, une cochenille qui vient du Mexique et la cochenille qui vient des Canaries. et j'ai aussi j'ai 3 fois 8 résultats et en fait le référentiel c'est un vœu pieux, c'est n'importe quoi c'est impossible de produire un référentiel ou alors c'est quelque chose qui est possible si pour une industrielle par exemple, ils travaillent toujours sur la même matière c'est à dire si c'est une filature de lin, j'en sais rien où on se dit, on fait un référentiel sur le lin non blanchi, qui est au mouillé, qui a telle et telle caractéristique, et on se fixe sur une fibre. Mais même selon les approvisionnements de plantes, alors avec les extraits, on a l'avantage d'avoir un nivellement. C'est possible, parce que forcément, au niveau de la qualité, c'est beaucoup plus calibré, je dirais. Mais avec les plantes directes, selon les années, un réseda de 2021 et un réseda de 2022 ne vont pas donner la même... couleur à protocole égal.

  • Speaker #0

    Donc on ne peut pas cadrer le vivant, que ce soit la fibre, sa qualité, ou la ressource colorante qui, en fonction de l'hygrométrie, du soleil reçu, de la période cueillette, etc., en fait, c'est un vœu pieux, si j'entends bien.

  • Speaker #1

    Complètement. Si vous gardez la même race de moutons, le même troupeau, d'une année sur l'autre, la qualité de la laine ne sera pas la même. Et donc, la laine ne va pas recevoir la couleur de la même année. et donc ça ne modifie pas le fait qu'en couleur végétale on puisse reproduire ça aussi c'est les grandes questions de en couleur végétale on ne peut pas faire deux fois la même couleur si bien sûr que oui mais ça demande du travail, ça demande un rééchantillonnage, un réajustement du protocole, etc. Si, bien sûr que c'est possible, mais évidemment, on n'est pas dans du pot de l'estir extrudé, dans la masse, c'est aussi simple que ça, on est dans du vivant, et donc travailler avec du vivant, c'est accepter que les choses soient vivantes.

  • Speaker #0

    Le travail que vous réalisez avec le CNRS, c'est vraiment cette histoire de nuancier mais de pratiques qui datent des siècles passés.

  • Speaker #1

    des reproductions de protocoles début 18ème mais là le projet il est terminé sur la verdure au compte de brûle et là depuis un an je travaille avec une autre doctorante du même labo qui elle travaille sur la fameuse dame à la licorne dont on m'a parlé Dominique et le monde est petit là la question elle est un peu différente il s'agit de travailler et d'analyser les différentes restaurations qui ont eu lieu sur la Dame à l'Hélicorne, restaurations qui ont été plus ou moins heureuses. Il y a beaucoup de mythes autour de ces restaurations, couleur végétale, couleur synthétique, etc. Il reste encore deux ans de travail, c'est une thèse qui est sur trois ans, donc on achève la première année. Au niveau teinture, il y a pas mal de choses qui ont été faites déjà, mais il ne faut pas spoiler des choses avant qu'elles soient sûres et certaines. il va y avoir un certain retentissement parce qu'il y a beaucoup de mythes sur cette histoire mais que la science va éclairer d'une façon scientifique rigoureuse,

  • Speaker #0

    avec des preuves vous nous faites un teaser de dingue il faudra qu'on ait la suite de l'histoire alors donc Charlotte, on a vu les travaux au CNRS il me semble que vous aviez aussi des projets avec le Louvre, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

  • Speaker #1

    Oui, ça fait maintenant deux ans, je pense, que j'ai été sollicitée par une personne qui s'appelle Montaigne Brongrand, qui s'occupe d'un groupement qui est restauratrice-conservatrice. Et il y a une mission au Louvre, au Centre national de conservation du Musée du Louvre, pour le département des arts islamiques, travail de conservation de tapis. Alors c'est des tapis qui datent, on est entre le 18e et le 20e siècle, ce n'est pas forcément très très ancien, et qui ont besoin d'être stabilisés, d'être exposables on va dire, c'est-à-dire que c'est des tapis qui présentent des lacunes, des fragilités, et qui vont être consolidés pour être exposables. Et donc c'est Montaigne-Montgrand qui a fait appel à moi. Ce n'est pas le musée du Louvre en fait, c'est vraiment une volonté de cette personne que de mener ce projet à bien avec des couleurs végétales. En fait, on n'intervient plus aujourd'hui sur les œuvres en tant que telles. On intervient de façon la prudente, je dirais, et la plus réversible possible, c'est-à-dire qu'il n'y a plus d'intervention directement, mais on va venir consolider notamment avec un tissu de support, donc c'est le fameux tissu que moi, dont je m'occupe, c'est-à-dire de teindre ce tissu qui est un tissu de laine, puisque les tapissons en laine sont 100% des cas, parfois un peu de soie aussi évidemment. Et en fait, on va venir apposer le tapis sur ce tissu support de laine sur lequel il va être cousu. Et donc, ce tissu doit être le plus raccord possible, mais vraiment, vraiment, vraiment, avec le... Le fond, en général, du tapis, après, il arrive qu'on fasse des patches, si vous voulez, parce qu'il y a des lacunes dans une zone plutôt orangée-rouge, une lacune dans une zone plutôt bleue, alors que le fond du tapis est brun ou beige.

  • Speaker #0

    Quand vous dites lacune, c'est par exemple, il manque de la fibre ? Un trou. D'accord, c'est un trou. Alors, parfois,

  • Speaker #1

    c'est un trou. Non, alors parfois, il y a des vrais, vrais trous et des bons, gros trous. Et donc, on voit très, très bien mon travail. mais le but c'est qu'il soit le plus discret possible, voire qu'il soit quasiment invisible. pour améliorer et pour donner une lecture aux spectateurs la plus claire et la plus possible. Mais parfois, il manque de la trame et on ne voit que la chaîne, qui souvent est de couleur très, très claire. Et donc, quel choix on fait ? Il y a toujours tout un consensus qui doit être réalisé entre les restauratrices, la conservatrice en chef du département. Et puis, on regarde, on fait plein d'essais, évidemment, et on regarde...

  • Speaker #0

    à la lumière du jour, à la lumière de l'atelier sur place, avec l'angle qui est prévu pour l'exposition, à une lumière qui correspond à celle des salles d'exposition pour ce type d'œuvre. Donc souvent, on regarde de dessus, de côté, milieu, c'est toute une affaire avant de faire le bon choix. mais voilà l'idée est d'être le plus discret possible pour avoir une lecture de l'oeuvre la plus juste possible mais c'est passionnant parce qu'on touche à des des tapis qui ont traversé les temps. Il y a quelque chose d'assez exceptionnel d'aller travailler dans une maison comme ça. Le centre de conservation n'est pas à Paris, il est à Liévin, à côté du...

  • Speaker #1

    C'est à côté de chez moi.

  • Speaker #0

    À côté du Louvre-Lens.

  • Speaker #1

    Juste à côté,

  • Speaker #0

    qui est un bâtiment très récent qui a deux ans, trois ans, quelque chose comme ça. Et voilà, c'est... on se rend compte de la richesse exceptionnelle qui est dans les réserves du Louvre. Je ne sais pas quel est le pourcentage de ce qui est visible et invisible, mais c'est... Déjà, le musée du Louvre est un musée qui est énorme, mais alors les réserves, c'est fou. ça ne rentrait pas dans les réserves. On travaillait dans un atelier à côté. Mais c'est exceptionnel.

  • Speaker #1

    Et justement, Charlotte, est-ce que vous devez... Je suppose qu'on prépare une œuvre à l'exposition. Qu'est-ce que vous devez faire pour préparer ? Est-ce que vous pouvez nous dire, en quelques mots, comment on prépare une œuvre à être exposée au public ou à être conservée dans les arrières-salles, comme vous nous décrivez ? C'est quoi, en fait, ce à quoi il faut faire le plus attention pour ne pas abîmer l'œuvre ?

  • Speaker #0

    Alors ça c'est le travail des conservatrices, c'est pas le mien, donc ce que je vais vous rapporter c'est ce que j'observe de leur travail qui est très minutieux et très impressionnant, c'est-à-dire qu'en fait il faut en premier lieu supprimer toute restauration malheureuse qu'il y a pu y avoir ultérieurement, donc elles vont en général... Déjà dégagé toute une série de films, de pièces rapportées pour combler les lacunes justement, voilà. Et c'est surtout en fait... permettre une stabilité dimensionnelle à l'œuvre. C'est-à-dire que le tapis va être apposé sur ce tissu de support en laine, qui est une toile de laine relativement fine, dont je m'occupe, que je teins. Et puis, il va y avoir une doublure encore en dessous, avec une fenêtre. La doublure a une fenêtre, justement, pour qu'on voit la qualité du... qui se supportent et tout le tapis va être cousu pardonnerai restauratrices et restaurateurs qui m'écoutent mais je crois que ce point s'appelle le point de restauration il y a un point qui est invisible en fait qui est cousu avec un fil de soie qui est teint ou pas, ça dépend si on trouve notre bonheur dans ce qui existe déjà c'est vraiment de garantir la stabilité dimensionnelle de l'oeuvre qu'elle ne se détériore pas davantage que les lacunes soient stabilisées, c'est-à-dire qu'un trou ne s'agrandisse pas, grossièrement c'est ça, et que le textile, là en l'occurrence les tapis, soient manipulables sans les abîmer davantage.

  • Speaker #1

    et si vous avez une lacune qui est un trou assez grand et qu'il y a plusieurs nuances à cet endroit là vous devez vous teindre votre tissu de manière dégradée la plus optimale pour que ça passe inaperçu alors c'est pas arrivé encore

  • Speaker #0

    mais oui ça pourrait être une possibilité en fait on essaye de donner un résultat visuel le plus heureux mais le plus discret possible donc si il est nécessaire qu'il y ait un raccord couleur alors si on est entre un bleu et un brun ou deux couleurs qui sont très différentes je pense qu'on va plutôt teindre deux tissus et faire une couture mais pour le moment c'est arrivé Merci mais on se retrouve parfois dans les relations qui sont un peu dans le sens où il y a beaucoup de tapis où les fonds étaient tissés avec une laine brune mais naturelle en fait des moutons naturellement bruns et donc je me retrouve à devoir faire des bruns extrêmement foncés et chargés avec une couleur de tissu qui est couleur naturelle naturelle et crue Je me retrouve à devoir monter des brins et monter les brins, c'est loin d'être si simple en couleur naturelle. Ça se compose, ça se travaille et puis il n'y a rien de plus nuancé, je dirais presque que les brins et les beiges, ils sont soit un peu trop jaunâtres, un peu trop rougeâtres, un peu bleuâtres, ils ne sont jamais comme il faut, on est toujours en train de réétablir. et voilà c'est assez paradoxal finalement de se retrouver atteindre en couleur végétale une qualité qui est à l'origine d'une laine naturelle ça fait partie du jeu et les œuvres doivent être protégées aussi je suppose des

  • Speaker #1

    lumières qui pourraient être orientées dans les quand elles sont exposées est-ce que les lumières les UV artificielles entre guillemets enfin les lumières artificielles peuvent altérer ou non les tapis oui

  • Speaker #0

    Oui, bien sûr, mais dans les conditions d'exposition, il y a des normes, je ne saurais pas vous les dire, mais il y a un maximum de luxe par année. Une œuvre ne doit pas supporter un certain quota de luxe. dans un certain temps donné. Donc, il y a plein de... C'est très encadré.

  • Speaker #1

    Maintenant, j'aimerais vous poser des questions sur plutôt votre point de vue pour un retour à la teinture végétale à grande échelle. Pour vous, quels sont les freins actuels à ce retour à la grande échelle ?

  • Speaker #0

    Il y a plusieurs choses dans votre question. Il y a la question de la grande échelle tout court. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est dans une consommation… Alors, j'ai parlé d'abord plus largement. Vous l'avez déjà très bien exposé dans vos zooms précédents. Il y a une consommation et donc forcément une… création, une production excessive, ultra excessive, dans le domaine du textile. Je disais ça le mois dernier, et je n'ai pas retrouvé le papier, mais si aujourd'hui la production textile s'arrêtait... On aurait pour 80 ou 120 ans un truc exceptionnel où tout le monde pourrait… Je n'ai pas lu ça. La planète entière pourrait être habillée sans problème pendant plus d'une centaine d'années, sans avoir de manque, il ne manquerait de culotte à personne, mais on pourrait arrêter la production textile aujourd'hui, il n'y aurait aucun problème. Il y a cette question-là, dans la grande échelle, qui est démesurée. qui est, me semble-t-il, complètement à contre-courant des enjeux qui sont les nôtres aujourd'hui, d'un point de vue environnemental notamment. Teindre à grande échelle. C'est en végétal. Pour moi, ça n'a aucun sens à très grande échelle, ou en tout cas, de nourrir, de satisfaire l'appétit textile que la société a aujourd'hui en teinture végétale n'a aucun sens. Il vaudrait mieux cultiver davantage de céréales ou je ne sais quoi pour nourrir la planète que de cultiver des plantes teintoriales pour teindre les textiles de la société. Ça, je pense.

  • Speaker #1

    dans ces quantités actuelles dans les quantités dans lesquelles parce que c'est ça on est d'accord bien d'accord ça c'est certain

  • Speaker #0

    après je trouve qu'on a aujourd'hui l'avantage d'avoir de repratiquer alors je parle à l'échelle européenne attention parce qu'il y a plein de sociétés et plein d'endroits sur notre planète qui n'ont pas rompu comme nous on a rompu avec les colorants synthétiques pratiques traditionnelles de teinture végétale alors après évidemment les colorants synthétiques ont envahi la terre entière mais Mais il y a des endroits où la rupture est bien moindre que celle qu'on a vécue dans notre société occidentale. Donc c'est important que ces alternatives arrivent et c'est important de pouvoir satisfaire une certaine demande d'une production qui est autre, qui est plus propre, qui est, on pourrait dire, parfois plus écologique, même si ce mot est à prendre avec de grandes pincettes, je trouve. dans le milieu textile, parce qu'il y a tellement de paramètres que l'être écologique me fait souvent un peu doucement rire. Je trouve que la grande échelle a de l'intérêt parce qu'on fait aussi de l'économie en agrandissant les échelles. Donc ça,

  • Speaker #1

    c'est vraiment intéressant,

  • Speaker #0

    bien sûr. Et qu'il faut être habile pour mettre ça en place. Et que c'est vraiment une question qui est tout à fait pertinente et je dirais en fait, plutôt que de Je parlerais plutôt peut-être de moyenne échelle que de grande échelle. et moi c'est quelque chose que je travaille depuis des années sur l'agrandissement de ma capacité de production parce qu'aujourd'hui j'ai une capacité de production qui est quand même relativement limitée et voilà vous aviez mis 200 litres sur votre site je pense c'est ça que vous aviez mis et en termes c'est justement 200 litres pour mes deux mains Quand on travaille à la main, je ne travaille pas en barque. Les barques, c'est ces récipients de teinturerie industrielle, petits ou grandes, qui sont utilisés et qui sont souvent en partie mécanisés. notamment pour soulever les échevaux, soulever les textiles, etc. Mais voilà, moi, je n'ai pas cet équipement-là, pas actuellement, en tout cas. Il y a des projets, mais voilà, pas pour le moment. Et voilà, je pense que c'est vraiment intéressant. J'ai eu l'occasion de travailler pour des entreprises qui avaient besoin d'un travail... en couleur végétale à un peu plus grande échelle. Et donc, c'est possible. Il y a plein d'entreprises qui n'ont pas forcément les ressources en leur sein parce que les teinturiers sont des teinturiers en synthétique et que même si on fait le même métier, c'est-à-dire qu'on pose de la couleur sur une fibre, la façon de travailler et les protocoles sont complètement différents. Donc, voilà. Mais ça se fait très bien. Ça se fait très bien, en fait. Il n'y a aucun problème à… industrialiser la pratique. Je trouve que ça doit rester mesuré parce qu'on continue de travailler avec du vivant. Ça doit rester mesuré. Et cette question de l'industrialisation de la peinture végétale revient en effet tout le temps, tout le temps, tout le temps. Mais qu'est-ce que les gens attendent derrière cette question-là en fait ? J'aimerais qu'ils questionnent avant leur utilisation de leur textile en fait. Quand j'entends qu'un vêtement acheté est porté en moyenne une fois et demie, il y a un truc comme ça qui est complètement hallucinant. Et qu'ils sont parfois les mêmes personnes qui vous posent ces questions-là. ça me laisse un peu perplexe parce que commencer déjà de consommer les vêtements que vous avez aujourd'hui autrement en choisissant déjà des textiles de qualité, en en ayant beaucoup moins, en ayant des vêtements qui sont, qui durent dans le temps, qui sont métables pendant des dizaines d'années, qui sont réparables, qui sont voilà, il y a tout un il y a tout un écosystème à réfléchir. la teinture végétale en fait partie bien évidemment parce qu'on peut reteindre des vêtements même si ça peut être un peu délicat parce qu'il peut y avoir des tâches qui ressortent etc mais on peut il y a plein c'est tout un ensemble qu'il faut repenser mais ça c'est pas nouveau c'est

  • Speaker #1

    tout le système qu'il faut changer on rebat les cartes l'idée c'était pas de dire il faut tout changer l'idée c'était de me dire Bien sûr que l'essor ou le retour à la teinture végétale ne se fera pas sans une conscience du consommateur sur les quantités de textiles qu'il utilise. Ça, on est toutes les deux d'accord. On est aussi toutes les deux d'accord qu'on ne pourra pas dédier des terres arables que à la production de plantes teintoriales. C'est sûr que non, il faut combiner avec tous les besoins qu'on a. Mais ma question, c'était plutôt, moi je viens de la distribution, plutôt dans l'alimentaire, mais je me dis… Par exemple, je me mets à la place d'une petite entreprise textile qui aimerait lancer une collection capsule sur un type de produit. J'en sais rien, on va parler des culottes. Petit produit qui peut être en 100% coton, qui peut être en fibre naturelle, etc. Comment cette industrie textile, elle rencontre ? Comment le lien se fait avec les teinturières végétales qui sont pour moi ? des artisanes avec une petite capacité de production. J'ai l'impression que ces artisanes et artisans ne sont pas forcément fédérés. Et je me dis, par exemple, je veux me lancer dans des culottes avec une quantité, j'en sais rien, de 500 culottes, voilà. vers qui je m'adresse et comment l'entreprise textile trouve réponse à son souhait, si ce n'est que de passer par plusieurs teinturières ou teinturiers. C'est ça plutôt ma question, c'est de me dire est-ce que, je suis d'accord, je vais changer la question, c'est pas grande échelle, c'est moyenne échelle, et ça simplifiera la perception du coup de la question. Non mais c'est vrai, c'est important les mots parce que du coup, et en fait je voudrais voir votre avis, est-ce que est-ce que c'est fédéré ? Est-ce qu'on peut trouver, en tapant sur Internet, en Belgique, vu que c'est votre cas, teinturières végétales, capacité de production, à peu près les délais, à peu près... J'ai l'impression que cette étape-là n'est pas encore...

  • Speaker #0

    Non, l'étape avancée. Après, il n'y a aucune... C'est rare que les teinturiers aient façon directement sur... Alors, je parle en même temps synthétique, que les teintureries à façon vous disent sur leur site Internet ces temps et ces temps de délai, etc. C'est relativement rare, ça passe par des discussions, des prises de contact et des choses comme ça. Mais là, typiquement, moi, je travaille pour... Le studio Marie-Ève Nardou, qui est une tisserande qui travaille pour, qui a un champ d'action autour de l'ameublement plutôt, avec des valeurs de travailler avec de l'aide locale, des ressources les plus... échelle possible, etc. J'ai beaucoup échantillonné pour elles. Voilà, à partir de l'année prochaine, on sera sûrement sur des volumes qui seront bien plus élevés. Et dans ce cas-là, moi, je collabore avec une filature pour louer, si vous voulez, leurs barques éventuellement, pour pouvoir faire des productions qui sont plus grandes. Parce qu'aujourd'hui, dans mon atelier, ce n'est pas possible. Mais les choses, elles se font avec... en se parlant entre différents interlocuteurs et en appelant aussi différentes compétences. Parce que voilà, on n'a pas les mêmes... C'est vraiment, il faut fédérer les compétences en fait, c'est ça. C'est comme ça que ça se passe en général.

  • Speaker #1

    C'est pour ça que je vous parlais tout à l'heure de la chaîne de valeur complète et qu'en fait, il y a tous les interlocuteurs à interviewer, que ce soit même les producteurs de fibres naturelles, parce que sans fibres naturelles, il n'y a pas de couleur végétale. et sans tout le travail sur le textile, pareil, il n'y a pas de... Donc, on est complètement d'accord. Du coup, est-ce qu'il y a un manque de fédération des teinturiers on va dire des teinturiers à façon par rapport à des entreprises qui sont reconnues ? Est-ce qu'il ne manque pas quelque chose ?

  • Speaker #0

    Si, probablement, dans le sens où ça reste un... On est tous un peu des indépendants qui travaillons dans notre coin et on n'est pas fédérés aussi parce que, alors on se connaît quasiment tous ou au moins deux noms, on ne s'est pas tous rencontrés évidemment, mais ça reste un relatif petit milieu. même si on est nombreux, ça reste un relatif petit milieu. Mais on travaille un peu tous dans notre coin. Après, c'est des amitiés qui font qu'on échange plus avec les uns qu'avec les autres. C'est un métier qui n'est encore pas forcément très reconnu. Quand vous dites à quelqu'un que vous êtes teinturier, alors en tout cas, moi, les deux réponses qu'on me fait, c'est que soit on pense que je suis coiffeuse spécialiste dans les teintures de cheveux ou que je tiens un pressing. teinturier.

  • Speaker #1

    D'où l'importance de communiquer sur le sujet de la teinture végétale.

  • Speaker #0

    Bien sûr, et de la teinture même en général, je dirais, parce que le mot teinturier ne résonne plus du tout, en fait. Il y a une vraie déconnexion des métiers qui sont avant le produit que les gens ont dans leurs mains, en fait. On a oublié, on a largement rabâché que les gamins ne savaient plus que le lait venait de la vache, des choses comme ça. mais on n'est pas bien enfin c'est un peu rabattu comme idée mais on n'est pas bien loin de ça c'est à dire que qu'est-ce qui a réveillé les gens il y a quelques années par rapport au textile c'est l'effondrement du Rana Plaza voilà enfin tout d'un coup ils se sont rendus compte qu'il y avait des gens à l'autre bout du monde qui crevaient la dalle et qu'on payait qu'on payait à peine pour fabriquer les fringues un peu merdiques qu'on leur mettait sur le dos et qu'ils achetaient 3 francs 6 sous dans la rue commerçante de leur ville Mais il y a une réelle déconnexion, en fait, avec ces métiers-là. Et je reviens donc quand même au sujet, mais sur cette histoire d'être fédérée, c'est que ça viendra peut-être et ça serait bien. Mais aujourd'hui, c'est vrai qu'on est tous indépendants avec... avec des axes aussi qui sont différents. C'est-à-dire que vous avez des teinturiers qui vont avoir un profil, c'est-à-dire qu'ils vont travailler plutôt pour leurs propres produits, donc qui vont teindre uniquement pour leur production d'accessoires, de vêtements, peu importe. Vous avez des teinturiers comme moi qui sont à façon, qui ne proposent pas de produit, mais qui proposent un service uniquement. Vous avez ceux qui travaillent dans le milieu des arts vivants, vous avez ceux qui... Donc, ceux qui sont plutôt dans la formation… Dans le milieu des arts vivants,

  • Speaker #1

    vous entendez quoi ?

  • Speaker #0

    Pour le spectacle, pour le milieu du spectacle.

  • Speaker #1

    Ah d'accord, les costumes, le cinéma, d'accord.

  • Speaker #0

    Il y en a qui vont plutôt être dans la formation, finalement, qui vont… pas tant produire que ça, mais être surtout dans la formation. Il y en a qui font un petit peu tout ça aussi. Et donc, c'est très varié, en fait. Il y a des profils qui sont très variés. Et puis, il y a aujourd'hui, on en parlera peut-être plus tard, mais il n'y avait pas, parce que maintenant, ce n'est plus le cas. Je vais parler au passé, mais de formation. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les deux formations qui existent, c'est le Greta et l'Enamag qui proposent des formations qui sont certifiantes, mais à part ça. Et ça reste, je dirais… c'est-à-dire que c'est pas accessible et il y a peu de candidats, j'ai regardé et puis c'est pas dans les écoles c'est pas quelque chose qui s'enseigne après c'est pas quelque chose qui s'enseigne c'est quelque chose qui se pratique c'est-à-dire que on est teinturier avec l'expérience on n'est pas teinturier en ayant fait deux week-ends de stage à Outsy-Pleu c'est-à-dire que c'est vraiment c'est une question de pratique qui est quotidienne de travail, de recherche, etc. Et même quand j'ai travaillé dans une manufacture pour un projet en couleur végétale, avec deux teinturiers qui, eux, ont une pratique de teinture synthétique, l'un avait 30 ans de métier et l'autre, ça faisait 5 ans qu'il était là et il me disait je ne me sens pas tout à fait formée Et oui. parce que c'est c'est pas pour rien qu'il y avait des c'était un système avec des apprentis avec des gens conformes sur le très long terme sur le long terme bien sûr

  • Speaker #1

    on a eu on va avoir enfin on a eu du coup vu que l'épisode avec vous sortira après Isabelle Rodier des arts décoratifs de Paris qui est donc professeur là-bas qui expliquait qu'en fait le passage sur la formation à la teinture végétale était dès l'entrée oui mais n'était pas très long et elle exprimait son regret qui n'est pas plus de pratique mais en tout cas depuis quelques années ça devient une clé d'entrée c'est ce que je veux dire obligatoire.

  • Speaker #0

    Mais c'est super.

  • Speaker #1

    Et voilà, et c'est ce que j'allais dire, c'est super. Et l'idée là, c'est avec cette histoire de podcast finalement, c'est que ce que j'aimerais, c'est les jeunes qui écoutent, il y en a plein qui se lancent sur les réseaux sociaux, on ne voit que ça, etc. Par contre, je suis très heureuse que vous ayez rappelé les deux formations certifiantes. Je vais faire un épisode spécifique aux écoles qui abordent cette formation parce qu'en fait, je me dis... à force de le dire, à force d'en parler je pense que ça peut recréer des vocations et c'est un métier qui est hyper gratifiant que le métier de teinturier végétal parce que la relation avec la couleur complètement,

  • Speaker #0

    et souvent dans ces deux formations il y a aussi des étudiants qui sortent de cursus textiles et qui ont approché de de façon plus ou moins proche la couleur végétale, de façon plus ou moins prégnante. Moi, j'enseigne à la cambre, on donne des workshops de couleurs végétales, mais ça reste trop petit, trop court, toujours, en fait. Et il faudrait qu'il y ait... que ce soit presque qu'on aborde la couleur et pas uniquement que sous l'angle de la couleur végétale c'est une porte d'entrée mais il y en a d'autres mais d'une façon beaucoup plus régulière mais ça vient moi quand j'étais étudiante j'avais deux jours sur les 50 cursus aujourd'hui il y en a beaucoup plus, ça a été multiplié donc les choses avancent évidemment C'est évident que pour des professionnels ou des futurs professionnels qui veulent se former correctement, en tout cas avoir des bases qui sont, je dirais, justes, précises, qui ne sont pas les recettes galvaudées sur les différents blogs et comptes de réseaux sociaux, c'est la solution. Greta et les NAMAQ, bien sûr, c'est la solution. mais c'est un engagement, c'est un investissement, c'est tout ça. Mais c'est précieux surtout, parce que c'est aussi garantir une rigueur professionnelle. un savoir-faire bien sûr et que la couleur végétale c'est pas de la magie c'est pas une couleur c'est c'est un ça appelle des compétences qui sont en plus très diverses ça appelle évidemment des compétences sur la sur la connaissance de la fibre en fait parce que on doit savoir comment comment une fibre réagit voilà ça appelle des compétences et des connaissances en en chimie, parce que ça reste de la chimie, la chimie verte, mais il y a beaucoup de chimie, et si on ne comprend pas ce qu'on fait, on ne peut pas être, j'allais dire créatif, mais ce n'est pas tout à fait juste. On ne peut pas, si on ne comprend pas ce qu'on fait, si on ne comprend pas qu'est-ce qui fonctionne avec qui, pourquoi ce colorant s'accroche sur tel protocole de mordant sage, pourquoi on... Il y a un moment donné, c'est un peu la même chose que quelqu'un qui est en capacité de suivre parfaitement une recette de cuisine, mais qui ne comprend pas très bien pourquoi il faut mettre de l'ail à ce moment-là. voilà et voilà ça rend libre en fait de savoir on sait ce qu'on fait oui mais ça rend libre en fait la connaissance après ça ouvre des millions de portes c'est ça le truc c'est que plus on en sait moins on en sait c'est l'avantage d'être une pratique qui rend particulièrement humble parce qu'on n'a pas inventé le fil à couper de beurre aucun de nous aujourd'hui on est des passeurs en fait on utilise des des protocoles qui sont ancestraux. On ne réinvente rien, on réutilise des principes, en fait. Et ça doit perdurer, en fait. Et la formation est indispensable pour ça. Moi, j'accueille beaucoup de stagiaires, mais des stagiaires sur du long terme, sur plusieurs mois, parce qu'on n'apprend pas en un week-end. en quelques jours ça donne juste une porte ouverte et il n'y a pas de il n'y a pas une recette universelle même pas deux il y a des dizaines et des dizaines de façons de pratiquer en fait et de mettre en place différentes recettes, protocoles. C'est sans fin. Et donc, et plus on comprend les choses, plus ça ouvre de portes et moins on en sait. Ça rend particulièrement humble. C'est merveilleux. Ok.

  • Speaker #1

    Alors maintenant, Charlotte, je vous propose une partie plus question, on va dire plus légère. Quelles sont les personnes inspirantes qui vous ont inspiré dans votre parcours ?

  • Speaker #0

    Évidemment, on ne peut pas passer à côté des deux noms en tête d'affiche qui sont Michel Garcia et Dominique.

  • Speaker #1

    Nos deux stars ?

  • Speaker #0

    Nos deux stars internationales. qui ont une approche qui est différente, mais qui sont extrêmement riches, chacun, de ce qu'ils nous apportent et de ce qu'ils transmettent. Et voilà, évidemment, les deux têtes d'affiche. Après, j'ai des personnes qui m'ont accompagnée, qui m'ont formée aussi. et qui m'ont ouvert à certaines choses. Je pense à quelqu'un qui est moins connu, mais qui s'appelle Cornelia Blumli, qui est une Suisse qui vit en Espagne, chez qui j'ai fait un stage. Et c'est chez elle que j'ai appris à teindre en échevaux. Parce qu'on teint pas en échevaux comme on teint du métrage. Et qui a une gamme d'accessoires tricotés qu'elle teint elle-même et qui a un travail... extrêmement rigoureux sur notamment la recherche de l'unisson, sur des couleurs pleines, des couleurs qui tranchent, qui a un travail magnifique et qui a été une personne qui a fait partie de mon parcours et qui a été importante dans mon parcours. Je pense aussi à Marjorie Salle qui est une artiste plasticienne qui travaille aussi beaucoup dans le... dans le milieu du spectacle, des patines de l'ennoblissement notamment, donc teinture évidemment, et qui a un travail... d'art contemporain où elle utilise la couleur végétale et Karine, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger pas assez souvent mais voilà c'est quelqu'un qui a un peu suivi aussi mon avancée dans ce milieu et qui m'est chère et avec qui il est toujours très plaisant de converser et de changer et ça c'est précieux parce que on avance aussi en se confrontant à d'autres façons de faire et ça c'est primordial d'être confronté à d'autres pratiques, à d'autres angles de vue et de ne pas rester cloîtré dans son petit atelier et avec ses réflexes premiers qui reviennent forcément.

  • Speaker #1

    Est-ce que vous pourriez nous dire quel colorant vous seriez ? Colorant végétal de préférence ? Et pourquoi ?

  • Speaker #0

    Alors, je nourris une obsession depuis quelques années. Je ne serai pas ce colorant, mais je nourris une obsession depuis quelques années pour la cochine.

  • Speaker #1

    Ah, donc pas végétal.

  • Speaker #0

    Rien non.

  • Speaker #1

    et alors du coup la cochenille et bien non,

  • Speaker #0

    pas végétale j'aime les surprises que les couleurs peuvent offrir et en fait j'aime leur pluralité, c'est à dire que j'adore C'est vraiment un truc qui m'anime, c'est de décortiquer toutes les possibilités d'une ressource colorante en fait. Et la cochenille offre une quantité de possibilités qui est hallucinante. Et puis c'est une ressource qui a une histoire incroyable en fait. On avait le kermesse en Europe qui est tombé, qui a complètement disparu parce que le pauvre n'était pas élevable, il était forcément sauvage. Il fallait le ramasser, que les grandes découvertes des Européens… de l'Amérique centrale, du Sud, du coup, ce colorant qui est plus précieux que de l'or au niveau commercial et qui ramène ça en Europe. L'histoire se répète parce qu'on a essayé de protéger, de dire que la cochenille, ce n'était pas génial et que le kermesse, c'était vachement mieux parce que le kermesse, c'était local, en fait, et qu'il fallait aussi préserver de la... la main d'oeuvre qui était occupée à cette ressource. Mais voilà, la cochenille est arrivée, on s'est débrouillé pour l'élever après moult essais, ça a fini par fonctionner sur les Canaries, en Espagne. Au niveau historique, c'est incroyable. Et là, en plus, il y a... Il n'y a pas très longtemps, deux chercheurs, Daniel Trichaud-Dutty et Gilbert Dutty, ont écrit un ouvrage sur la cochenille, sur son histoire, l'histoire d'un insecte qui colorera le monde, et qui est un ouvrage absolument passionnant. En fait, j'aimerais travailler pendant une année complète sur la cochenille. J'aimerais… Appel à Donate. Non, je rigole. C'est un… Merci beaucoup. C'est vraiment un colorant que je trouve assez fascinant parce qu'il offre une gamme de couleurs qui n'est pas que rose ou que rouge. Et on peut le… tortillés dans plein de sens différents et c'est fascinant c'est à dire avec des protocoles différents en modifiant les mordansages évidemment selon les fibres on peut avoir du jaune de cochenille sur du coton ça semble complètement dingue c'est pas le chemin le plus malin mais on peut avoir des gris on peut avoir des violets on peut avoir des... presque noires, on peut avoir évidemment toute la gamme de roses, toute une gamme de rouges, là je l'ai travaillé dans le cadre du projet pour le CNRS avec de l'étain toute une affaire c'est histoire d'étain, bref tous les détails et tous les rebondissements mais j'ai eu des rouges que je n'avais jamais vu avant en fait avec l'étain et voilà, c'est quand même un petit insecte qui a un pouvoir dingue. Il est fascinant. J'ai une petite obsession sur la cochenille qui date d'il y a quelques années maintenant, mais qui m'accompagne régulièrement. Oui, entre l'obsession et la fascination.

  • Speaker #1

    Alors, une avant-dernière question. Quels sont vos projets et vos rêves, vous, Charlotte,

  • Speaker #0

    pour la suite ? Alors, les rêves sont d'agrandir ma capacité de production, clairement, parce que je fais face à une demande qui est croissante. Je vois ça depuis ma... Une bonne dizaine d'années que je suis professionnelle, il y a vraiment une demande qui est grandissante, ça c'est évident, et j'arrive un petit peu aux limites de mes capacités de production avec mes deux mains simplement. Donc il y a ces projets-là qui sont plutôt court terme, on va dire. Sinon, les projets, il y en a plein en fait. Il y a continué ce travail autour de la dame à la licorne avec Pauline Kess, la doctorante. Il y a un projet d'une jeune marque de vêtements pour enfants. sur Paris pour une première collection qui devrait apparaître nous sommes déjà en 2023 pour l'automne 2023 je travaille pour une personne qui fait du kimono en soie sur une soie magnifique Nadine Marshall avec son projet cacao sûrement visible peut-être au salon du chocolat prochainement à la rentrée prochaine projet avec Marie-Eve Nardou sur des plus grosses productions de son côté, de ce côté-là voilà c'est Il y a plein de projets et aujourd'hui j'ai cette incroyable chance d'avoir des gens et des projets qui viennent à moi. Parce qu'en plus c'est difficile pour moi la communication, je crois que je suis juste de la génération. qui n'ont pas grandi avec ça. Après, il y en a qui se débrouillent beaucoup mieux que moi dans mon âge. Mais voilà, j'ai cette chance. Il y a une dizaine d'années, c'était comme un doux rêve, en fait, de se dire, tiens, si ça pouvait être une activité principale. Alors, ce n'est pas tout à fait une activité principale aujourd'hui pour moi parce que j'enseigne à la classe. à côté, mais à côté en même temps, je sais pas. Mais c'est quand même une réalité aujourd'hui. Je suis teinturière, à façon. Et j'ai des matières magnifiques qui m'arrivent dans les mains à qui il faut donner une couleur, avec des plans. Il y a quelque chose quand même d'assez fou. et c'est allé très vite finalement donc j'ai un peu d'espoir pour la suite et dernière question

  • Speaker #1

    Charlotte à qui vous passez le micro

  • Speaker #0

    Vous me parliez tout à l'heure que Dominique Cardon, vous aviez fait une liste longue comme le bras. Je pourrais vous en faire aussi une liste longue comme le bras. Allez-y. Je vais reparler de Marjorie Salle, qui est une très chouette personne à écouter sur sa façon d'aborder les choses. Je pense à Magali Bontou, qui est aussi formatrice chez les Namaks, qui me dit... qui fait un travail elle est très discrète mais elle fait un travail magnifique extrêmement précis elle a une gamme de produits qu'elle fait elle-même et puis elle travaille aussi à façon et elle forme et c'est quelqu'un vraiment de très intéressant à écouter je trouve je pense à Frédéric Boyer aussi, paysan des couleurs qui est quelqu'un qui a une authenticité incroyable qui est vrai, surtout, en fait, et qui a une façon d'aborder les choses qui est extrêmement agréable à entendre, je trouve. Je pense à quelqu'un qui m'a accompagnée, pas accompagnée, mais qui était... présent aussi sur les salons quand j'ai commencé ma marque de filiatricité qui est Andy Loïc qui est à la marque Renaissance Dying qui propose du fil à broder notamment en laine en teinture végétale qui propose une gamme de tons exceptionnels et qui est et qui n'a pas qui ne fait pas partie de cette cette nouvelle génération qui se dit la teinture végétale mais ça fait 20 ans qu'elle teint et qu'elle propose ça et c'est vraiment une très chouette personne aussi et je pense aussi à ma ma comparse bruxelloise Sylvie, le chat qui a eu une pratique de teinture on va dire intermittente qui n'est pas une teinturière en tant que telle mais qui a une pratique mais qui est surtout une passionnée d'histoire de la teinture végétale et qui lit énormément et qui est passionnée et qui vient d'achever un livre qui sera peut-être jamais édité, on ne sait pas ça, mais sur l'histoire de la couleur végétale à Bruxelles, et en Belgique, pas à Bruxelles, et qui est remonté à la dernière garancière, qui date d'il n'y a pas si longtemps, je crois que c'est 1930, un peu comme ça, ou peut-être même plus récemment, où il y avait encore une manufacture, une teinturerie spécialisée en garances. Voilà, on a un... les Flandres, il y a une histoire quand même qui est très liée à la tapisserie, au drap de laine, comme dans d'autres régions, mais voilà, c'est très fort ici et qui est un peu allé à la recherche de toutes ces histoires et de cette histoire et qui croise, et c'est ça qui est intéressant, c'est que ça croise les événements économiques, les événements politiques, les dictats, les modes de certaines époques et c'est passionnant. Voilà, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger parce qu'elle a un regard toujours très éclairé, je trouve.

  • Speaker #1

    mais je pourrais vous faire des listes c'est pas possible mais Charlotte franchement n'hésitez pas à vous poser et me faire même vous avez parlé d'un truc intéressant pour moi c'est le contact d'un teinturier synthétique j'aimerais avoir quelqu'un de

  • Speaker #0

    l'autre côté oui bien sûr et Sylvie Lechotte je fais pas partie de ces personnes qui euh qui considèrent que la teinture synthétique est le contraire de la teinture végétale. Je pense qu'il faut aujourd'hui, vu la... Voilà, la production, la société dans laquelle on vit, je pense qu'il y a des solutions des deux côtés et qu'on peut faire les choses correctement et de façon raisonnée, de toute façon. Parce que l'excès n'est bon ni d'un côté ni de l'autre, de toute façon. Ça, je trouve ça très important de le souligner, qu'on ne doit pas être en opposition. Mais il y a des projets qui sont faits pour la couleur végétale, qui sont tout à fait destinés à ça, mais d'autres... qui doivent rester en teinture synthétique parce que ça n'aurait pas beaucoup de sens de le faire en végétal de par le volume de par plein de choses et je trouve que c'est vraiment important de ne pas opposer les deux donc justement moi qui ai fait un peu l'erreur peut-être j'aimerais

  • Speaker #1

    avoir du coup cet oeil côté synthétique Si vous avez un mot de la fin, quelque chose que vous n'avez pas dit, ou un message ?

  • Speaker #0

    Ce que j'aimerais ajouter, c'est de ne jamais oublier ce qui nous a précédés, et qu'il y a des textes, qu'il y a énormément de littérature, qu'aujourd'hui il y a des chercheurs qui écrivent, qui analysent, qui essayent de comprendre. On est dans une... Aujourd'hui, on a accès à de l'information, autant qu'on en veut. La couleur végétale, c'est... C'est une pratique d'expérience, mais de connaissance, et qu'il est hyper important de travailler, en fait, et de chercher à comprendre, et de lire, en fait. Parce qu'il y a quand même une littérature incroyable sur les pratiques de la couleur végétale à travers le temps, et qu'il ne faut pas s'arrêter à… à quelques expérimentations ou quelques résultats rapidement obtenus. C'est vraiment une... voilà, une pratique qui est sur du long terme et qu'on n'a pas la science infuse et qu'on apprend tous les jours en fait. Et ça, c'est assez incroyable en fait, qu'on apprend tous les jours. Bon, elle n'était pas tous les jours, au moins toutes les semaines, quand on pratique régulièrement en tout cas. Mais ça, c'est extrêmement réjouissant comme pratique parce que voilà, c'est... on est des passeurs en fait et ça je trouve que c'est hyper important de bien avoir ça en tête on est dans le suivi de quelque chose je dirais

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ArtEcoVert, A-R-T-E-C-O-V-E-R-T, pour y découvrir le nom des prochains invités. Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix. C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale. Merci à tous !

Description

⁉️ Savez vous ce qu'est une teinturière végétale à façon ?


Retrouvez Charlotte Marembert & Myrobolan sur : https://www.boutique-myrobolan.com/ 

@myrobolan_teintures_vegetales 


Dans cet épisode nous parlons, de réparation d’œuvres d'art sur la partie teinture végétale, de la réalisation de Charlotte Marembert d'un nuancier de couleur végétale de plus 600 procédés de teinture du 17ème siècle. 

Nous échangeons sur le fait de devoir repenser la consommation de nos vêtements,

d'industrialiser la teinture végétale pour répondre à la demande qui progresse, nous parlons de questions d'échelle, de coûts de production. 


Nous abordons également la méconnaissance du métier de teinturier aujourd'hui. La pluralité des teinturiers et de leurs pratiques, l'isolement de ce métier et l’absence de fédération. 

De cet apprentissage de la teinture végétale, qui malgré l'apparition de formation diplômantes récentes, reste peu accessible et nécessite beaucoup de pratique. 


L'importance de revenir à la chimie (tinctoriale) pour savoir ce qu'on fait et être plus en maitrise. 

Nous parlons des inspirations que sont Dominique Cardon et Michel Garcia dans la Teinture végétale avec leur deux approches différentes. 

Charlotte nous parle de sa passion pour la cochenille, son histoire et des possibilités qu'elle offre en couleur naturelle. 


Et bien d'autres sujets, 


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#E4 - Doriane Chagot Mansuy -

ArtEcoVert, LE podcast de la couleur végétale 🌿, de la graine à la couleur finale dans tous les domaines d'application : 

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  • Teinture végétale : sérigraphie végétale, éco-print, bundle dye, shibori … sur fibres naturelles. La teinture végétale fait partie des teintures naturelles mais n’utilise que des plantes tinctoriales.

  • Cosmétiques : Coloration capillaire végétale, savonnerie (savons végétaux), maquillage,...  

  • Beaux arts : encres végétales, sérigraphie végétale, aquarelles végétales, peintures végétales, craies grasses végétales… 

  • Bio matériaux, bio plastiques teints végétalement, 

  • Agriculture de plantes tinctoriales et production de Colorants biosourcés (Pigments végétaux et Colorants végétaux) Garance, Indigo, Réséda, Tanins… 

En effet, on explore dans ce podcast un des nombreux pouvoirs des plantes à savoir : LA COULEUR 

L’objectif d’ArtEcoVert est de proposer la couleur végétale 🌿 comme alternative combinée à la couleur de synthèse, dérivée du pétrole et est néfaste. 

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  1. ArtEcoVert LE PROJET ⭐

pour catalyser la réémergence de la filière tinctoriale (construire du lien, des échanges, faire avancer, poser les bases, apporter les preuves, …) 

Pour cela, j’ai créer l’entreprise ArtEcoVert Pauline Leroux dans laquelle je propose

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Vous êtes intéressés : pauline.artecovert@gmail.com


Pauline Leroux

Transcription

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast qui vous parle d'art, d'écologie et de verdure.

  • Speaker #1

    Je suis Pauline Leroux,

  • Speaker #0

    ingénieure agronome passionnée de plantes, et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications, que ce soit dans le textile, l'ameublement, l'artisanat, la décoration et dans d'autres domaines, chaque jeudi et samedi à 7h30. Je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de valeur. Mon but, fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.

  • Speaker #1

    Alors c'est parti, bonne écoute !

  • Speaker #0

    Alors bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir ce podcast Charlotte Marambert. Bonjour Charlotte.

  • Speaker #1

    Bonjour.

  • Speaker #0

    Alors Charlotte, première question, est-ce que vous pouvez vous présenter, nous raconter votre parcours et comment vous êtes arrivée à la teinture végétale ?

  • Charlotte Marembert Myrobolan

    Oui, alors je suis donc Charlotte Marambert et j'ai un parcours... d'études au Beaux-Arts, puis d'études de design textile à la Cambre à Bruxelles, ce qui fait qu'aujourd'hui je vis toujours à Bruxelles depuis presque une vingtaine d'années. Mais je suis arrivée à la peinture végétale bien avant tout ça. J'ai commencé quand j'avais une quinzaine d'années, quand j'étais adolescente en fait, où, je ne sais plus pour quelle occasion, ma mère m'offre un livre pour fabriquer du papier végétal. Et... Je viens de la campagne, je viens d'Auvergne en France. J'ai à peu près cuit tout le jardin. Le principe de teindre, pas de teindre justement, mais bien de fabriquer du papier végétal. En gros, le principe, c'est de cuire la cellulose des plantes avec des cristaux de soude. Deux, j'avais lisé, parce qu'il s'agit d'écrire sur ce même papier. Et on est là, un peu avant les années 2000 à peu près. C'est loin d'avoir des considérations écologiques. voilà et j'ai à peu près cuit tout le jardin j'ai pressé, j'ai fait du papier etc et je me rends compte quand même qu'à l'occasion de la cuisson il y a du jus coloré et ma mère me dit avant de façon assez large on teignait les textiles avec des plantes sauf qu'on est à une époque qui aujourd'hui bien révolue c'est à dire une époque sans internet et où l'accès à l'information est beaucoup plus laborieux, je dirais, va dans une librairie commander un livre sur les couleurs végétales. Et là, il y en a deux. Il y a celui, il y a le guide des teintures naturelles, qui est le premier livre, je pense, que Dominique Cardan a édité, avec des illustrations de Gaëtan Duchatnet aux éditions de la Chaux-en-Besley, un éditeur suisse, qui est malheureusement plus édité, qu'on trouve encore aujourd'hui en occasion, mais qui... qui a été ma première bible et suis le livre de Michel Garcia, le premier livre chez Edith Hulot. Et c'est comme ça que je me rends compte que je suis entourée de plantes teintoriales. S'il n'y a pas de plantes teintoriales, eh bien, il suffit de les faire pousser. Après avoir cuit tout le jardin, je continue de recuire tout le jardin, mais pour faire les couleurs. au plaisir, sans forcément y voir d'application. Je viens d'une famille où on apprend à tricoter dès son plus jeune âge, parce que ça fait partie de la tradition familiale. Mais ce n'est pas une revendication écologique, ce n'est pas une revendication... Voilà, c'est naturel et c'est normal de savoir tricoter, de manipuler des fibres, d'avoir des connaissances botaniques, ce type de choses. j'ai vraiment été nourrie par tous ces biais-là. Et je teins, voilà. Et c'est comme ça que ça commence. Mais sans application. C'est-à-dire qu'on continuait de tricoter avec des fils qui n'étaient pas forcément extraordinaires du magasin de fil à tricoter à côté. Et puis en même temps, je teignais du fil de laine que j'achetais chez un éleveur de la région voisine. Voilà. Et puis, ça a continué comme ça, où j'ai fait des études de beaux-arts. où je teignais pour mes projets, s'il y avait besoin, et puis j'entre en design textile à la campagne. Les cours en couleur végétale sont relativement succincts et très rapides, et ce n'est pas là vraiment que j'apprends. Je me forme de mon côté, d'abord chez une personne qui avait été elle-même formée par Michel Garcia, et puis après je me forme régulièrement auprès de Michel Garcia.

  • Speaker #0

    Vous arrivez ensuite, après vos études, à la création de mirobolant.

  • Speaker #1

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Que veut dire mirobolant ? Parce que c'est important.

  • Speaker #1

    Le mirobolant ou mirobalant, c'est une ressource colorante riche en tannin qu'on utilise beaucoup dans la pratique de la teinture végétale. C'était un petit clin d'œil à l'expression du ce n'est pas mirobolant dans le sens où le mirobolant était une ressource riche et quand c'est pas mirobolant, c'est pas génial, mais quand c'est mirobolant, c'est génial, voilà donc c'était un petit clin d'œil et c'est vrai que on a souvent des, c'est pas évident de trouver un nom de marque et on est souvent autour de la Garance, de l'Indigo, voilà c'est des noms qui reviennent très souvent et je sais pas comment ça m'était venu je me souviens pas exactement mais voilà Et en effet, je créais Miro Boland dans les années 2010 à peu près, un peu avant je pense, parce que je travaillais en tant qu'étudiante dans une boutique de fil à tricoter et que je me rendais compte qu'il y avait de plus en plus de clients, clientes, qui étaient désireux d'avoir des matières qui étaient naturelles. Et puis, on commençait à parler de teinture végétale. Et à un moment donné, je me suis dit, ah, mais en fait, finalement, j'ai toutes les clés en main. J'ai une petite expérience en teinture. J'ai une connaissance du milieu des filatures, du milieu du fil à tricoter. Je suis designer textile, voilà. Et c'est comme ça que j'ai créé une marque de fil à tricoter, uniquement teint en couleur végétale. C'était encore une époque où ça commençait d'émerger, le renouveau, je dirais, de la couleur végétale. Mais c'était encore assez discret. Quand je faisais des salons, on était deux, trois à proposer ce type de produit. Aujourd'hui, c'est énorme sur les salons, la proposition de fil à tricoter en teinture végétale. Ça a complètement explosé. Mais ce n'était pas du tout le cas à l'époque.

  • Speaker #0

    Et l'activité, c'est ça ou il y a encore d'autres activités derrière ? J'ai cru comprendre qu'il y avait aussi une partie teinture. J'ai lu capacité maximale de 200 litres de teinture. En gros, vous pouvez également teindre d'autres fibres dans vos ateliers pour des... des entreprises, des gens qui veulent se lancer. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. En fait, j'ai vraiment commencé uniquement avec le fil à tricoter parce que quand il n'y a pas d'offre, il n'y a pas de demande, en fait. Et à ce moment-là, loin de moi l'idée qu'un jour je puisse... vivre de ça, en faire... C'était vraiment, je caressais le doux rêve en me disant, voilà, si un jour, je pouvais teindre toute la journée. Et en fait, je me suis un peu fait connaître, forcément, avec les fils. Puis, j'ai eu des transformateurs de laine, des éleveurs qui m'ont appelée et qui me disaient, j'aime bien votre travail, mais est-ce que vous voudriez bien teindre sur ma laine, sur mon fil, sur... mes tissus, parce que j'ai, voilà, de fil en aiguille, en fait, je me suis mise à peindre davantage pour les autres que pour la marque de fil à tricoter. Et puis, voilà, avoir une marque de fil à tricoter, ça implique d'être un comptable, enfin, mille professions que je n'étais pas, un comptable, un bon communicant, quelqu'un qui fait salon. qui sait vendre son... Voilà, ce qui n'était pas trop mon truc. Ce n'est pas de mes meilleures compétences. Et voilà, en fait, je m'amusais beaucoup plus à... C'était pour moi beaucoup plus stimulant... Enfin, c'est pour moi beaucoup plus stimulant peindre à façon, donc c'est comme ça qu'on dit. Parce qu'à chaque fois, j'ai une nouvelle matière, parce que j'ai des demandes qui sont extrêmement différentes, extrêmement variées, selon pour qui je travaille.

  • Speaker #0

    clients sont très c'est très large en fait les applications et c'est tellement plus enrichissant on va dire l'écosystème que vous avez donc vos clients viennent vous démarcher vous faites de la teinture à façon vos fournisseurs vos partenaires, votre réseau comment ça se passe ? Est-ce que c'est compliqué en Belgique de trouver des acteurs ou est-ce que vous achetez vos colorants ? Comment vous réalisez vos matières premières ?

  • Speaker #1

    On va commencer par les matières premières les fibres En général, elles viennent du client parce qu'il y a un cahier des charges, parce qu'il y a une envie de travailler sur telle ou telle matière. Après, c'est souvent en concertation parce qu'une matière doit être noble pour qu'elle puisse recevoir la couleur végétale. Ça, c'est indispensable à ce que ce soit des matières de... très qualitative en fait, naturelle évidemment, mais qualitative, pour que la couleur végétale puisse prendre au mieux, si vous voulez. Donc voilà, et puis pour les colorants, c'est varié. C'est-à-dire que j'essaye de soutenir au maximum des initiatives de type AMAP, comme il y en a deux en France. La MAP Tinctorial des Cévennes et la MAP Tinctilis Cecilia Aguirre, qui ont développé toute une production de plantes teintoriales. C'est précieux, je trouve ça extrêmement important de soutenir ces initiatives et que si nous les teinturiers n'achetons pas chez eux, ce n'est pas viable. Mais ce n'est pas forcément non plus simple d'avoir uniquement ce système-là comme fournisseur. C'est très varié en fonction des ressources. Prenons un exemple, la garance. J'ai des clients qui veulent absolument que... que leur teinture soit 100% française, alors je vais me fournir dans une garance française. Pour d'autres, ce n'est pas un sujet, et donc je vais travailler avec la garance qui vient d'Iran et qui est moins onéreuse et qui est très qualitative. C'est très varié. La cochenille, par exemple, si on veut être le plus local possible, on est au Canary, on ne peut pas faire mieux. C'est extrêmement varié, et il faut avoir des stocks aussi, parce que... parce qu'on travaille avec du vivant, ça ne faut jamais l'oublier, et qu'à un moment donné, surtout quand on travaille avec des systèmes type AMAP, eh bien, il n'y a plus de stock, il n'y a plus de stock, et il faut attendre l'année prochaine. Donc, c'est difficile pour certains clients de l'entendre. Il y a beaucoup de pédagogie à faire quand on dit, ça, je n'en ai plus. Il faut attendre l'année prochaine. Ça peut être un peu délicat. Voilà, et il y a évidemment Greening, Patrick Renac, qui produit des extraits. Voilà, il y a Michel qui a aussi fourni toute une série de ressources. Voilà, c'est très varié et il faut pas mettre ses œufs dans le même panier, évidemment.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples de réalisations que vous avez faites avec des clients qui sortent un peu, qui vous ont plu, des projets qui vous ont intéressés, que vous pourriez citer pour nous illustrer votre quotidien ?

  • Speaker #1

    Alors en fait, je dirais que je travaille… selon différents axes. Ça dépend vraiment de la clientèle. Il y a des demandes qui sont subjectives, je dirais. Je travaille notamment avec une artiste tissante qui s'appelle Nadine Marshall, qui est dans le médium et le textile, le tissage, mais qui a toujours des demandes. incongrue, je dirais. En ce moment, par exemple, je travaille pour elle sur un projet lié à un torréfacteur de chocolat, un transformateur de chocolat. Et on travaille sur des résultats avec des cosses et des fèves de cacao. Je travaille pour elle sur parfois... On atteint de la paille, du mouton retourné, de la peau. Il y a toujours des demandes incongrues et toujours très plaisantes parce qu'il y a de la recherche. On n'est pas dans les... On s'en tient battu. Et ça, c'est vraiment très chouette d'être poussée un peu dans ces retranchements et dans ces petites habitudes d'atelier. On évolue toujours. Les protocoles évoluent. On n'a pas inventé l'eau chaude, ça c'est une évidence, parce qu'on a quand même des millénaires de pratiques de la teinture végétale derrière nous, mais on ajuste en fonction de son expérience, ses résultats, on est toujours en train de peaufiner, d'améliorer probablement, je ne sais pas, en tout cas dans sa propre pratique. Ça c'est toujours très très plaisant en fait, du coup d'être poussé vers des... de nouvelles ressources, sur de nouvelles matières, pour pouvoir aller explorer d'autres raisons. C'est vraiment hyper intéressant. Sur le coup, on m'aurait dit, il faut teindre avec des fèves de cacao. Je dirais, oui, allez, encore une espèce de nouveauté qu'on croit avoir inventé quelque chose. Mais là, on est dans une autre dynamique et donc c'est vraiment très, très, très plaisant. Après je teins aussi selon des objectifs extrêmement précis de couleurs. Et là on est dans des logiques qui sont complètement différentes. Notamment pour la tapisserie contemporaine d'Aubusson, notamment avec une lissière qui s'appelle Céline Ferron de l'atelier C.C. Brindlaine. On travaille d'après des œuvres, on a travaillé d'après une série graphique de Blex Bollex. artistes, illustrateurs contemporains. Et voilà, il s'agit là, dans des moments comme ça, d'être parfaitement raccord avec l'original, on va dire. Et donc, on n'est pas dans des considérations de type de colorant. Il y a une matière donnée, évidemment. Mais voilà, on est dans une recherche extrêmement précise d'une couleur, sachant qu'il est toujours... un peu compliqué d'avoir une référence, par exemple, papier. Il y a forcément une interprétation entre une référence couleur papier et une référence couleur matière. parce que la brillance ne va pas être la même, la réflectance ne va pas être la même, la perception n'est pas la même selon les ombres, etc. Voilà, donc ça, c'est une autre façon de travailler qui est très rigoureuse. Ça appelle aussi à être possiblement reproduit, parce qu'une tapisserie peut être vendue possiblement plusieurs fois selon le contrat de départ. Et donc, parfois, quelques années après, on peut me demander de refaire exactement la même couleur. C'est compétent. Les ressources colorantes n'ont pas forcément été cueillies à la même période, à la même époque, elles n'ont pas eu la même pluviométrie, donc il ne va pas y avoir forcément le même potentiel colorant au sein de la plante, ce qui fait qu'il faut...

  • Speaker #0

    et ajuster une permanence alors il y a cette partie donc avec vos clients plutôt on va dire phase de teinture plutôt classique il y a la sortie des sentiers battus avec des demandes qui vous qui vous voilà vous plaisent aussi parce que c'est nouveau il y a la rigueur on va dire de reproduction de couleurs et j'ai eu du coup votre contact par Dominique Cardon qui m'a parlé de votre lien avec le CNRS et j'aimerais bien qu'on arrive sur ce sujet que vous nous racontiez un petit peu votre lien ce que vous y faites et

  • Speaker #1

    la partie recherche alors ça c'est le troisième volet du coup CNRS parce que là tellement on travaille sur un deuxième projet avec eux c'est c'est le labo d'archéosciences archéométrie de Bordeaux où il y a il y a Hortense de la Codre qui est une doctorante qui soutient justement sa thèse la semaine prochaine et dont le projet était sur les colorants utilisés fin XVIIe, début XVIIIe notamment sur une tapisserie conservée au musée à la Cité Internationale de la Tapisserie de Busson qui s'appelle Verdure fine au Comte de Brûle, c'est tout un programme c'est une tapisserie qui est absolument... vraiment très bien conservé. Il est fin 17e, qui est plutôt monumental. Il y a un documentaire CNRS qui a été tourné là-dessus. Je pourrais vous envoyer le lien si vous le souhaitez. Il s'agissait en fait de reproduire les protocoles, pas reproduire les couleurs, puisqu'on sait très bien que ce n'est pas possible de ne pas avoir la même matière. On n'a pas les mêmes ressources colorantes. forcément, en tout cas pas de la même qualité, évidemment, mais on est dans une reproduction de protocole, c'est-à-dire que le labo au CNRS a mis en place un outil d'analyse qui est sans contact. Donc ça, c'est vraiment extrêmement intéressant parce qu'auparavant, on avait tendance à prélever des fibres à l'arrière en général des œuvres pour pouvoir les analyser. Et là, c'est un outil qui a été mis au point par la NASA, qui est transportable, etc., et qui en fait va à une certaine distance, donc il n'y a pas de contact, venir scanner, si vous voulez, et analyser pixel par pixel. presque chaque zone de la tapisserie. Donc, ça va envoyer un spectre, une information sur la couleur et donc sur la teinture qui a été utilisée, sur la ressource colorante et les mordants, etc., qui ont été utilisés. Mais comme c'est sans contact, évidemment, il y avait besoin d'un… d'un référentiel, d'un outil qui permettait de comparer, un outil comparatif en fait. Et c'est comme ça qu'on a fait acter pour que je produise ce nuancier référentiel qui est de, je crois qu'il y a presque 600 références. Donc 600 protocoles qui ont été réalisés selon des recettes du fin 17e, début 18e. Et donc ça c'était vraiment... particulièrement fou parce qu'il y a évidemment des recettes qui sont complètement aujourd'hui hors du temps on utilise de l'étain on utilise vraiment des choses on y va quoi on ose à cette époque donc j'ai évidemment été confrontée à des choses qui ne sont pas dans ma pratique actuelle et ça c'est quand même même si on sait que c'est C'est très délicat. C'est quand même extraordinaire d'être amenée à atteindre avec les gestes, en essayant de reproduire du mieux que l'on peut les gestes et ces recettes d'un autre temps. C'est assez exceptionnel comme proposition. C'est extraordinaire.

  • Speaker #0

    Ce référentiel pourrait servir pour les industriels dans le sens où… Des gens que j'ai autour du micro, ils me disent, nous, ce qui nous manque sur la couleur végétale, ce serait un genre de pantone, un référentiel de couleur. Est-ce que ce que vous vous proposez avec type de procédé, sur fibre, matière colorante, etc., est-ce que c'est un début de piste ou en fait, ce ne serait pas du tout ça dont ils auraient besoin ?

  • Speaker #1

    Impossible. impossible pour plusieurs raisons le pantone couleur végétale on peut en faire des milliers de milliers dans le sens où j'ai beaucoup de clients qui me disent vous auriez pas un petit nuancier comme ça où on pourrait choisir et bien non parce que chaque fibre va recevoir la couleur d'une façon différente. En fait, ça fait des années que je suis en train de développer. Un jour, il sortira. C'est plutôt un outil pédagogique. Alors, sur la laine, parce que c'est quand même ma fibre de prédilection, sur une sorte de nuancier, justement, mais qui n'a pas comme finalité d'être un référentiel, mais plutôt un outil pédagogique, on va dire. Je travaille sur huit laines différentes. Donc, des laines de pays, des laines... mérinos australiens, de la laine peignée, de la laine cardée, de l'alpaga, voilà. Donc, des laines qui sont certaines très différentes, d'autres beaucoup moins, avec le même protocole, sans compétition, donc avec des casseroles qui sont séparées, etc., un échantillonnage vraiment qui est hyper rigoureux et précis et avec, voilà, le même protocole, la même ressource, les mêmes quantités, les mêmes process. Eh bien, vous avez huit résultats différents. Et j'ai même là fait dernièrement avec une autre trois types de cochenilles. Une cochenille qui vient du Pérou, une cochenille qui vient du Mexique et la cochenille qui vient des Canaries. et j'ai aussi j'ai 3 fois 8 résultats et en fait le référentiel c'est un vœu pieux, c'est n'importe quoi c'est impossible de produire un référentiel ou alors c'est quelque chose qui est possible si pour une industrielle par exemple, ils travaillent toujours sur la même matière c'est à dire si c'est une filature de lin, j'en sais rien où on se dit, on fait un référentiel sur le lin non blanchi, qui est au mouillé, qui a telle et telle caractéristique, et on se fixe sur une fibre. Mais même selon les approvisionnements de plantes, alors avec les extraits, on a l'avantage d'avoir un nivellement. C'est possible, parce que forcément, au niveau de la qualité, c'est beaucoup plus calibré, je dirais. Mais avec les plantes directes, selon les années, un réseda de 2021 et un réseda de 2022 ne vont pas donner la même... couleur à protocole égal.

  • Speaker #0

    Donc on ne peut pas cadrer le vivant, que ce soit la fibre, sa qualité, ou la ressource colorante qui, en fonction de l'hygrométrie, du soleil reçu, de la période cueillette, etc., en fait, c'est un vœu pieux, si j'entends bien.

  • Speaker #1

    Complètement. Si vous gardez la même race de moutons, le même troupeau, d'une année sur l'autre, la qualité de la laine ne sera pas la même. Et donc, la laine ne va pas recevoir la couleur de la même année. et donc ça ne modifie pas le fait qu'en couleur végétale on puisse reproduire ça aussi c'est les grandes questions de en couleur végétale on ne peut pas faire deux fois la même couleur si bien sûr que oui mais ça demande du travail, ça demande un rééchantillonnage, un réajustement du protocole, etc. Si, bien sûr que c'est possible, mais évidemment, on n'est pas dans du pot de l'estir extrudé, dans la masse, c'est aussi simple que ça, on est dans du vivant, et donc travailler avec du vivant, c'est accepter que les choses soient vivantes.

  • Speaker #0

    Le travail que vous réalisez avec le CNRS, c'est vraiment cette histoire de nuancier mais de pratiques qui datent des siècles passés.

  • Speaker #1

    des reproductions de protocoles début 18ème mais là le projet il est terminé sur la verdure au compte de brûle et là depuis un an je travaille avec une autre doctorante du même labo qui elle travaille sur la fameuse dame à la licorne dont on m'a parlé Dominique et le monde est petit là la question elle est un peu différente il s'agit de travailler et d'analyser les différentes restaurations qui ont eu lieu sur la Dame à l'Hélicorne, restaurations qui ont été plus ou moins heureuses. Il y a beaucoup de mythes autour de ces restaurations, couleur végétale, couleur synthétique, etc. Il reste encore deux ans de travail, c'est une thèse qui est sur trois ans, donc on achève la première année. Au niveau teinture, il y a pas mal de choses qui ont été faites déjà, mais il ne faut pas spoiler des choses avant qu'elles soient sûres et certaines. il va y avoir un certain retentissement parce qu'il y a beaucoup de mythes sur cette histoire mais que la science va éclairer d'une façon scientifique rigoureuse,

  • Speaker #0

    avec des preuves vous nous faites un teaser de dingue il faudra qu'on ait la suite de l'histoire alors donc Charlotte, on a vu les travaux au CNRS il me semble que vous aviez aussi des projets avec le Louvre, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

  • Speaker #1

    Oui, ça fait maintenant deux ans, je pense, que j'ai été sollicitée par une personne qui s'appelle Montaigne Brongrand, qui s'occupe d'un groupement qui est restauratrice-conservatrice. Et il y a une mission au Louvre, au Centre national de conservation du Musée du Louvre, pour le département des arts islamiques, travail de conservation de tapis. Alors c'est des tapis qui datent, on est entre le 18e et le 20e siècle, ce n'est pas forcément très très ancien, et qui ont besoin d'être stabilisés, d'être exposables on va dire, c'est-à-dire que c'est des tapis qui présentent des lacunes, des fragilités, et qui vont être consolidés pour être exposables. Et donc c'est Montaigne-Montgrand qui a fait appel à moi. Ce n'est pas le musée du Louvre en fait, c'est vraiment une volonté de cette personne que de mener ce projet à bien avec des couleurs végétales. En fait, on n'intervient plus aujourd'hui sur les œuvres en tant que telles. On intervient de façon la prudente, je dirais, et la plus réversible possible, c'est-à-dire qu'il n'y a plus d'intervention directement, mais on va venir consolider notamment avec un tissu de support, donc c'est le fameux tissu que moi, dont je m'occupe, c'est-à-dire de teindre ce tissu qui est un tissu de laine, puisque les tapissons en laine sont 100% des cas, parfois un peu de soie aussi évidemment. Et en fait, on va venir apposer le tapis sur ce tissu support de laine sur lequel il va être cousu. Et donc, ce tissu doit être le plus raccord possible, mais vraiment, vraiment, vraiment, avec le... Le fond, en général, du tapis, après, il arrive qu'on fasse des patches, si vous voulez, parce qu'il y a des lacunes dans une zone plutôt orangée-rouge, une lacune dans une zone plutôt bleue, alors que le fond du tapis est brun ou beige.

  • Speaker #0

    Quand vous dites lacune, c'est par exemple, il manque de la fibre ? Un trou. D'accord, c'est un trou. Alors, parfois,

  • Speaker #1

    c'est un trou. Non, alors parfois, il y a des vrais, vrais trous et des bons, gros trous. Et donc, on voit très, très bien mon travail. mais le but c'est qu'il soit le plus discret possible, voire qu'il soit quasiment invisible. pour améliorer et pour donner une lecture aux spectateurs la plus claire et la plus possible. Mais parfois, il manque de la trame et on ne voit que la chaîne, qui souvent est de couleur très, très claire. Et donc, quel choix on fait ? Il y a toujours tout un consensus qui doit être réalisé entre les restauratrices, la conservatrice en chef du département. Et puis, on regarde, on fait plein d'essais, évidemment, et on regarde...

  • Speaker #0

    à la lumière du jour, à la lumière de l'atelier sur place, avec l'angle qui est prévu pour l'exposition, à une lumière qui correspond à celle des salles d'exposition pour ce type d'œuvre. Donc souvent, on regarde de dessus, de côté, milieu, c'est toute une affaire avant de faire le bon choix. mais voilà l'idée est d'être le plus discret possible pour avoir une lecture de l'oeuvre la plus juste possible mais c'est passionnant parce qu'on touche à des des tapis qui ont traversé les temps. Il y a quelque chose d'assez exceptionnel d'aller travailler dans une maison comme ça. Le centre de conservation n'est pas à Paris, il est à Liévin, à côté du...

  • Speaker #1

    C'est à côté de chez moi.

  • Speaker #0

    À côté du Louvre-Lens.

  • Speaker #1

    Juste à côté,

  • Speaker #0

    qui est un bâtiment très récent qui a deux ans, trois ans, quelque chose comme ça. Et voilà, c'est... on se rend compte de la richesse exceptionnelle qui est dans les réserves du Louvre. Je ne sais pas quel est le pourcentage de ce qui est visible et invisible, mais c'est... Déjà, le musée du Louvre est un musée qui est énorme, mais alors les réserves, c'est fou. ça ne rentrait pas dans les réserves. On travaillait dans un atelier à côté. Mais c'est exceptionnel.

  • Speaker #1

    Et justement, Charlotte, est-ce que vous devez... Je suppose qu'on prépare une œuvre à l'exposition. Qu'est-ce que vous devez faire pour préparer ? Est-ce que vous pouvez nous dire, en quelques mots, comment on prépare une œuvre à être exposée au public ou à être conservée dans les arrières-salles, comme vous nous décrivez ? C'est quoi, en fait, ce à quoi il faut faire le plus attention pour ne pas abîmer l'œuvre ?

  • Speaker #0

    Alors ça c'est le travail des conservatrices, c'est pas le mien, donc ce que je vais vous rapporter c'est ce que j'observe de leur travail qui est très minutieux et très impressionnant, c'est-à-dire qu'en fait il faut en premier lieu supprimer toute restauration malheureuse qu'il y a pu y avoir ultérieurement, donc elles vont en général... Déjà dégagé toute une série de films, de pièces rapportées pour combler les lacunes justement, voilà. Et c'est surtout en fait... permettre une stabilité dimensionnelle à l'œuvre. C'est-à-dire que le tapis va être apposé sur ce tissu de support en laine, qui est une toile de laine relativement fine, dont je m'occupe, que je teins. Et puis, il va y avoir une doublure encore en dessous, avec une fenêtre. La doublure a une fenêtre, justement, pour qu'on voit la qualité du... qui se supportent et tout le tapis va être cousu pardonnerai restauratrices et restaurateurs qui m'écoutent mais je crois que ce point s'appelle le point de restauration il y a un point qui est invisible en fait qui est cousu avec un fil de soie qui est teint ou pas, ça dépend si on trouve notre bonheur dans ce qui existe déjà c'est vraiment de garantir la stabilité dimensionnelle de l'oeuvre qu'elle ne se détériore pas davantage que les lacunes soient stabilisées, c'est-à-dire qu'un trou ne s'agrandisse pas, grossièrement c'est ça, et que le textile, là en l'occurrence les tapis, soient manipulables sans les abîmer davantage.

  • Speaker #1

    et si vous avez une lacune qui est un trou assez grand et qu'il y a plusieurs nuances à cet endroit là vous devez vous teindre votre tissu de manière dégradée la plus optimale pour que ça passe inaperçu alors c'est pas arrivé encore

  • Speaker #0

    mais oui ça pourrait être une possibilité en fait on essaye de donner un résultat visuel le plus heureux mais le plus discret possible donc si il est nécessaire qu'il y ait un raccord couleur alors si on est entre un bleu et un brun ou deux couleurs qui sont très différentes je pense qu'on va plutôt teindre deux tissus et faire une couture mais pour le moment c'est arrivé Merci mais on se retrouve parfois dans les relations qui sont un peu dans le sens où il y a beaucoup de tapis où les fonds étaient tissés avec une laine brune mais naturelle en fait des moutons naturellement bruns et donc je me retrouve à devoir faire des bruns extrêmement foncés et chargés avec une couleur de tissu qui est couleur naturelle naturelle et crue Je me retrouve à devoir monter des brins et monter les brins, c'est loin d'être si simple en couleur naturelle. Ça se compose, ça se travaille et puis il n'y a rien de plus nuancé, je dirais presque que les brins et les beiges, ils sont soit un peu trop jaunâtres, un peu trop rougeâtres, un peu bleuâtres, ils ne sont jamais comme il faut, on est toujours en train de réétablir. et voilà c'est assez paradoxal finalement de se retrouver atteindre en couleur végétale une qualité qui est à l'origine d'une laine naturelle ça fait partie du jeu et les œuvres doivent être protégées aussi je suppose des

  • Speaker #1

    lumières qui pourraient être orientées dans les quand elles sont exposées est-ce que les lumières les UV artificielles entre guillemets enfin les lumières artificielles peuvent altérer ou non les tapis oui

  • Speaker #0

    Oui, bien sûr, mais dans les conditions d'exposition, il y a des normes, je ne saurais pas vous les dire, mais il y a un maximum de luxe par année. Une œuvre ne doit pas supporter un certain quota de luxe. dans un certain temps donné. Donc, il y a plein de... C'est très encadré.

  • Speaker #1

    Maintenant, j'aimerais vous poser des questions sur plutôt votre point de vue pour un retour à la teinture végétale à grande échelle. Pour vous, quels sont les freins actuels à ce retour à la grande échelle ?

  • Speaker #0

    Il y a plusieurs choses dans votre question. Il y a la question de la grande échelle tout court. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est dans une consommation… Alors, j'ai parlé d'abord plus largement. Vous l'avez déjà très bien exposé dans vos zooms précédents. Il y a une consommation et donc forcément une… création, une production excessive, ultra excessive, dans le domaine du textile. Je disais ça le mois dernier, et je n'ai pas retrouvé le papier, mais si aujourd'hui la production textile s'arrêtait... On aurait pour 80 ou 120 ans un truc exceptionnel où tout le monde pourrait… Je n'ai pas lu ça. La planète entière pourrait être habillée sans problème pendant plus d'une centaine d'années, sans avoir de manque, il ne manquerait de culotte à personne, mais on pourrait arrêter la production textile aujourd'hui, il n'y aurait aucun problème. Il y a cette question-là, dans la grande échelle, qui est démesurée. qui est, me semble-t-il, complètement à contre-courant des enjeux qui sont les nôtres aujourd'hui, d'un point de vue environnemental notamment. Teindre à grande échelle. C'est en végétal. Pour moi, ça n'a aucun sens à très grande échelle, ou en tout cas, de nourrir, de satisfaire l'appétit textile que la société a aujourd'hui en teinture végétale n'a aucun sens. Il vaudrait mieux cultiver davantage de céréales ou je ne sais quoi pour nourrir la planète que de cultiver des plantes teintoriales pour teindre les textiles de la société. Ça, je pense.

  • Speaker #1

    dans ces quantités actuelles dans les quantités dans lesquelles parce que c'est ça on est d'accord bien d'accord ça c'est certain

  • Speaker #0

    après je trouve qu'on a aujourd'hui l'avantage d'avoir de repratiquer alors je parle à l'échelle européenne attention parce qu'il y a plein de sociétés et plein d'endroits sur notre planète qui n'ont pas rompu comme nous on a rompu avec les colorants synthétiques pratiques traditionnelles de teinture végétale alors après évidemment les colorants synthétiques ont envahi la terre entière mais Mais il y a des endroits où la rupture est bien moindre que celle qu'on a vécue dans notre société occidentale. Donc c'est important que ces alternatives arrivent et c'est important de pouvoir satisfaire une certaine demande d'une production qui est autre, qui est plus propre, qui est, on pourrait dire, parfois plus écologique, même si ce mot est à prendre avec de grandes pincettes, je trouve. dans le milieu textile, parce qu'il y a tellement de paramètres que l'être écologique me fait souvent un peu doucement rire. Je trouve que la grande échelle a de l'intérêt parce qu'on fait aussi de l'économie en agrandissant les échelles. Donc ça,

  • Speaker #1

    c'est vraiment intéressant,

  • Speaker #0

    bien sûr. Et qu'il faut être habile pour mettre ça en place. Et que c'est vraiment une question qui est tout à fait pertinente et je dirais en fait, plutôt que de Je parlerais plutôt peut-être de moyenne échelle que de grande échelle. et moi c'est quelque chose que je travaille depuis des années sur l'agrandissement de ma capacité de production parce qu'aujourd'hui j'ai une capacité de production qui est quand même relativement limitée et voilà vous aviez mis 200 litres sur votre site je pense c'est ça que vous aviez mis et en termes c'est justement 200 litres pour mes deux mains Quand on travaille à la main, je ne travaille pas en barque. Les barques, c'est ces récipients de teinturerie industrielle, petits ou grandes, qui sont utilisés et qui sont souvent en partie mécanisés. notamment pour soulever les échevaux, soulever les textiles, etc. Mais voilà, moi, je n'ai pas cet équipement-là, pas actuellement, en tout cas. Il y a des projets, mais voilà, pas pour le moment. Et voilà, je pense que c'est vraiment intéressant. J'ai eu l'occasion de travailler pour des entreprises qui avaient besoin d'un travail... en couleur végétale à un peu plus grande échelle. Et donc, c'est possible. Il y a plein d'entreprises qui n'ont pas forcément les ressources en leur sein parce que les teinturiers sont des teinturiers en synthétique et que même si on fait le même métier, c'est-à-dire qu'on pose de la couleur sur une fibre, la façon de travailler et les protocoles sont complètement différents. Donc, voilà. Mais ça se fait très bien. Ça se fait très bien, en fait. Il n'y a aucun problème à… industrialiser la pratique. Je trouve que ça doit rester mesuré parce qu'on continue de travailler avec du vivant. Ça doit rester mesuré. Et cette question de l'industrialisation de la peinture végétale revient en effet tout le temps, tout le temps, tout le temps. Mais qu'est-ce que les gens attendent derrière cette question-là en fait ? J'aimerais qu'ils questionnent avant leur utilisation de leur textile en fait. Quand j'entends qu'un vêtement acheté est porté en moyenne une fois et demie, il y a un truc comme ça qui est complètement hallucinant. Et qu'ils sont parfois les mêmes personnes qui vous posent ces questions-là. ça me laisse un peu perplexe parce que commencer déjà de consommer les vêtements que vous avez aujourd'hui autrement en choisissant déjà des textiles de qualité, en en ayant beaucoup moins, en ayant des vêtements qui sont, qui durent dans le temps, qui sont métables pendant des dizaines d'années, qui sont réparables, qui sont voilà, il y a tout un il y a tout un écosystème à réfléchir. la teinture végétale en fait partie bien évidemment parce qu'on peut reteindre des vêtements même si ça peut être un peu délicat parce qu'il peut y avoir des tâches qui ressortent etc mais on peut il y a plein c'est tout un ensemble qu'il faut repenser mais ça c'est pas nouveau c'est

  • Speaker #1

    tout le système qu'il faut changer on rebat les cartes l'idée c'était pas de dire il faut tout changer l'idée c'était de me dire Bien sûr que l'essor ou le retour à la teinture végétale ne se fera pas sans une conscience du consommateur sur les quantités de textiles qu'il utilise. Ça, on est toutes les deux d'accord. On est aussi toutes les deux d'accord qu'on ne pourra pas dédier des terres arables que à la production de plantes teintoriales. C'est sûr que non, il faut combiner avec tous les besoins qu'on a. Mais ma question, c'était plutôt, moi je viens de la distribution, plutôt dans l'alimentaire, mais je me dis… Par exemple, je me mets à la place d'une petite entreprise textile qui aimerait lancer une collection capsule sur un type de produit. J'en sais rien, on va parler des culottes. Petit produit qui peut être en 100% coton, qui peut être en fibre naturelle, etc. Comment cette industrie textile, elle rencontre ? Comment le lien se fait avec les teinturières végétales qui sont pour moi ? des artisanes avec une petite capacité de production. J'ai l'impression que ces artisanes et artisans ne sont pas forcément fédérés. Et je me dis, par exemple, je veux me lancer dans des culottes avec une quantité, j'en sais rien, de 500 culottes, voilà. vers qui je m'adresse et comment l'entreprise textile trouve réponse à son souhait, si ce n'est que de passer par plusieurs teinturières ou teinturiers. C'est ça plutôt ma question, c'est de me dire est-ce que, je suis d'accord, je vais changer la question, c'est pas grande échelle, c'est moyenne échelle, et ça simplifiera la perception du coup de la question. Non mais c'est vrai, c'est important les mots parce que du coup, et en fait je voudrais voir votre avis, est-ce que est-ce que c'est fédéré ? Est-ce qu'on peut trouver, en tapant sur Internet, en Belgique, vu que c'est votre cas, teinturières végétales, capacité de production, à peu près les délais, à peu près... J'ai l'impression que cette étape-là n'est pas encore...

  • Speaker #0

    Non, l'étape avancée. Après, il n'y a aucune... C'est rare que les teinturiers aient façon directement sur... Alors, je parle en même temps synthétique, que les teintureries à façon vous disent sur leur site Internet ces temps et ces temps de délai, etc. C'est relativement rare, ça passe par des discussions, des prises de contact et des choses comme ça. Mais là, typiquement, moi, je travaille pour... Le studio Marie-Ève Nardou, qui est une tisserande qui travaille pour, qui a un champ d'action autour de l'ameublement plutôt, avec des valeurs de travailler avec de l'aide locale, des ressources les plus... échelle possible, etc. J'ai beaucoup échantillonné pour elles. Voilà, à partir de l'année prochaine, on sera sûrement sur des volumes qui seront bien plus élevés. Et dans ce cas-là, moi, je collabore avec une filature pour louer, si vous voulez, leurs barques éventuellement, pour pouvoir faire des productions qui sont plus grandes. Parce qu'aujourd'hui, dans mon atelier, ce n'est pas possible. Mais les choses, elles se font avec... en se parlant entre différents interlocuteurs et en appelant aussi différentes compétences. Parce que voilà, on n'a pas les mêmes... C'est vraiment, il faut fédérer les compétences en fait, c'est ça. C'est comme ça que ça se passe en général.

  • Speaker #1

    C'est pour ça que je vous parlais tout à l'heure de la chaîne de valeur complète et qu'en fait, il y a tous les interlocuteurs à interviewer, que ce soit même les producteurs de fibres naturelles, parce que sans fibres naturelles, il n'y a pas de couleur végétale. et sans tout le travail sur le textile, pareil, il n'y a pas de... Donc, on est complètement d'accord. Du coup, est-ce qu'il y a un manque de fédération des teinturiers on va dire des teinturiers à façon par rapport à des entreprises qui sont reconnues ? Est-ce qu'il ne manque pas quelque chose ?

  • Speaker #0

    Si, probablement, dans le sens où ça reste un... On est tous un peu des indépendants qui travaillons dans notre coin et on n'est pas fédérés aussi parce que, alors on se connaît quasiment tous ou au moins deux noms, on ne s'est pas tous rencontrés évidemment, mais ça reste un relatif petit milieu. même si on est nombreux, ça reste un relatif petit milieu. Mais on travaille un peu tous dans notre coin. Après, c'est des amitiés qui font qu'on échange plus avec les uns qu'avec les autres. C'est un métier qui n'est encore pas forcément très reconnu. Quand vous dites à quelqu'un que vous êtes teinturier, alors en tout cas, moi, les deux réponses qu'on me fait, c'est que soit on pense que je suis coiffeuse spécialiste dans les teintures de cheveux ou que je tiens un pressing. teinturier.

  • Speaker #1

    D'où l'importance de communiquer sur le sujet de la teinture végétale.

  • Speaker #0

    Bien sûr, et de la teinture même en général, je dirais, parce que le mot teinturier ne résonne plus du tout, en fait. Il y a une vraie déconnexion des métiers qui sont avant le produit que les gens ont dans leurs mains, en fait. On a oublié, on a largement rabâché que les gamins ne savaient plus que le lait venait de la vache, des choses comme ça. mais on n'est pas bien enfin c'est un peu rabattu comme idée mais on n'est pas bien loin de ça c'est à dire que qu'est-ce qui a réveillé les gens il y a quelques années par rapport au textile c'est l'effondrement du Rana Plaza voilà enfin tout d'un coup ils se sont rendus compte qu'il y avait des gens à l'autre bout du monde qui crevaient la dalle et qu'on payait qu'on payait à peine pour fabriquer les fringues un peu merdiques qu'on leur mettait sur le dos et qu'ils achetaient 3 francs 6 sous dans la rue commerçante de leur ville Mais il y a une réelle déconnexion, en fait, avec ces métiers-là. Et je reviens donc quand même au sujet, mais sur cette histoire d'être fédérée, c'est que ça viendra peut-être et ça serait bien. Mais aujourd'hui, c'est vrai qu'on est tous indépendants avec... avec des axes aussi qui sont différents. C'est-à-dire que vous avez des teinturiers qui vont avoir un profil, c'est-à-dire qu'ils vont travailler plutôt pour leurs propres produits, donc qui vont teindre uniquement pour leur production d'accessoires, de vêtements, peu importe. Vous avez des teinturiers comme moi qui sont à façon, qui ne proposent pas de produit, mais qui proposent un service uniquement. Vous avez ceux qui travaillent dans le milieu des arts vivants, vous avez ceux qui... Donc, ceux qui sont plutôt dans la formation… Dans le milieu des arts vivants,

  • Speaker #1

    vous entendez quoi ?

  • Speaker #0

    Pour le spectacle, pour le milieu du spectacle.

  • Speaker #1

    Ah d'accord, les costumes, le cinéma, d'accord.

  • Speaker #0

    Il y en a qui vont plutôt être dans la formation, finalement, qui vont… pas tant produire que ça, mais être surtout dans la formation. Il y en a qui font un petit peu tout ça aussi. Et donc, c'est très varié, en fait. Il y a des profils qui sont très variés. Et puis, il y a aujourd'hui, on en parlera peut-être plus tard, mais il n'y avait pas, parce que maintenant, ce n'est plus le cas. Je vais parler au passé, mais de formation. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les deux formations qui existent, c'est le Greta et l'Enamag qui proposent des formations qui sont certifiantes, mais à part ça. Et ça reste, je dirais… c'est-à-dire que c'est pas accessible et il y a peu de candidats, j'ai regardé et puis c'est pas dans les écoles c'est pas quelque chose qui s'enseigne après c'est pas quelque chose qui s'enseigne c'est quelque chose qui se pratique c'est-à-dire que on est teinturier avec l'expérience on n'est pas teinturier en ayant fait deux week-ends de stage à Outsy-Pleu c'est-à-dire que c'est vraiment c'est une question de pratique qui est quotidienne de travail, de recherche, etc. Et même quand j'ai travaillé dans une manufacture pour un projet en couleur végétale, avec deux teinturiers qui, eux, ont une pratique de teinture synthétique, l'un avait 30 ans de métier et l'autre, ça faisait 5 ans qu'il était là et il me disait je ne me sens pas tout à fait formée Et oui. parce que c'est c'est pas pour rien qu'il y avait des c'était un système avec des apprentis avec des gens conformes sur le très long terme sur le long terme bien sûr

  • Speaker #1

    on a eu on va avoir enfin on a eu du coup vu que l'épisode avec vous sortira après Isabelle Rodier des arts décoratifs de Paris qui est donc professeur là-bas qui expliquait qu'en fait le passage sur la formation à la teinture végétale était dès l'entrée oui mais n'était pas très long et elle exprimait son regret qui n'est pas plus de pratique mais en tout cas depuis quelques années ça devient une clé d'entrée c'est ce que je veux dire obligatoire.

  • Speaker #0

    Mais c'est super.

  • Speaker #1

    Et voilà, et c'est ce que j'allais dire, c'est super. Et l'idée là, c'est avec cette histoire de podcast finalement, c'est que ce que j'aimerais, c'est les jeunes qui écoutent, il y en a plein qui se lancent sur les réseaux sociaux, on ne voit que ça, etc. Par contre, je suis très heureuse que vous ayez rappelé les deux formations certifiantes. Je vais faire un épisode spécifique aux écoles qui abordent cette formation parce qu'en fait, je me dis... à force de le dire, à force d'en parler je pense que ça peut recréer des vocations et c'est un métier qui est hyper gratifiant que le métier de teinturier végétal parce que la relation avec la couleur complètement,

  • Speaker #0

    et souvent dans ces deux formations il y a aussi des étudiants qui sortent de cursus textiles et qui ont approché de de façon plus ou moins proche la couleur végétale, de façon plus ou moins prégnante. Moi, j'enseigne à la cambre, on donne des workshops de couleurs végétales, mais ça reste trop petit, trop court, toujours, en fait. Et il faudrait qu'il y ait... que ce soit presque qu'on aborde la couleur et pas uniquement que sous l'angle de la couleur végétale c'est une porte d'entrée mais il y en a d'autres mais d'une façon beaucoup plus régulière mais ça vient moi quand j'étais étudiante j'avais deux jours sur les 50 cursus aujourd'hui il y en a beaucoup plus, ça a été multiplié donc les choses avancent évidemment C'est évident que pour des professionnels ou des futurs professionnels qui veulent se former correctement, en tout cas avoir des bases qui sont, je dirais, justes, précises, qui ne sont pas les recettes galvaudées sur les différents blogs et comptes de réseaux sociaux, c'est la solution. Greta et les NAMAQ, bien sûr, c'est la solution. mais c'est un engagement, c'est un investissement, c'est tout ça. Mais c'est précieux surtout, parce que c'est aussi garantir une rigueur professionnelle. un savoir-faire bien sûr et que la couleur végétale c'est pas de la magie c'est pas une couleur c'est c'est un ça appelle des compétences qui sont en plus très diverses ça appelle évidemment des compétences sur la sur la connaissance de la fibre en fait parce que on doit savoir comment comment une fibre réagit voilà ça appelle des compétences et des connaissances en en chimie, parce que ça reste de la chimie, la chimie verte, mais il y a beaucoup de chimie, et si on ne comprend pas ce qu'on fait, on ne peut pas être, j'allais dire créatif, mais ce n'est pas tout à fait juste. On ne peut pas, si on ne comprend pas ce qu'on fait, si on ne comprend pas qu'est-ce qui fonctionne avec qui, pourquoi ce colorant s'accroche sur tel protocole de mordant sage, pourquoi on... Il y a un moment donné, c'est un peu la même chose que quelqu'un qui est en capacité de suivre parfaitement une recette de cuisine, mais qui ne comprend pas très bien pourquoi il faut mettre de l'ail à ce moment-là. voilà et voilà ça rend libre en fait de savoir on sait ce qu'on fait oui mais ça rend libre en fait la connaissance après ça ouvre des millions de portes c'est ça le truc c'est que plus on en sait moins on en sait c'est l'avantage d'être une pratique qui rend particulièrement humble parce qu'on n'a pas inventé le fil à couper de beurre aucun de nous aujourd'hui on est des passeurs en fait on utilise des des protocoles qui sont ancestraux. On ne réinvente rien, on réutilise des principes, en fait. Et ça doit perdurer, en fait. Et la formation est indispensable pour ça. Moi, j'accueille beaucoup de stagiaires, mais des stagiaires sur du long terme, sur plusieurs mois, parce qu'on n'apprend pas en un week-end. en quelques jours ça donne juste une porte ouverte et il n'y a pas de il n'y a pas une recette universelle même pas deux il y a des dizaines et des dizaines de façons de pratiquer en fait et de mettre en place différentes recettes, protocoles. C'est sans fin. Et donc, et plus on comprend les choses, plus ça ouvre de portes et moins on en sait. Ça rend particulièrement humble. C'est merveilleux. Ok.

  • Speaker #1

    Alors maintenant, Charlotte, je vous propose une partie plus question, on va dire plus légère. Quelles sont les personnes inspirantes qui vous ont inspiré dans votre parcours ?

  • Speaker #0

    Évidemment, on ne peut pas passer à côté des deux noms en tête d'affiche qui sont Michel Garcia et Dominique.

  • Speaker #1

    Nos deux stars ?

  • Speaker #0

    Nos deux stars internationales. qui ont une approche qui est différente, mais qui sont extrêmement riches, chacun, de ce qu'ils nous apportent et de ce qu'ils transmettent. Et voilà, évidemment, les deux têtes d'affiche. Après, j'ai des personnes qui m'ont accompagnée, qui m'ont formée aussi. et qui m'ont ouvert à certaines choses. Je pense à quelqu'un qui est moins connu, mais qui s'appelle Cornelia Blumli, qui est une Suisse qui vit en Espagne, chez qui j'ai fait un stage. Et c'est chez elle que j'ai appris à teindre en échevaux. Parce qu'on teint pas en échevaux comme on teint du métrage. Et qui a une gamme d'accessoires tricotés qu'elle teint elle-même et qui a un travail... extrêmement rigoureux sur notamment la recherche de l'unisson, sur des couleurs pleines, des couleurs qui tranchent, qui a un travail magnifique et qui a été une personne qui a fait partie de mon parcours et qui a été importante dans mon parcours. Je pense aussi à Marjorie Salle qui est une artiste plasticienne qui travaille aussi beaucoup dans le... dans le milieu du spectacle, des patines de l'ennoblissement notamment, donc teinture évidemment, et qui a un travail... d'art contemporain où elle utilise la couleur végétale et Karine, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger pas assez souvent mais voilà c'est quelqu'un qui a un peu suivi aussi mon avancée dans ce milieu et qui m'est chère et avec qui il est toujours très plaisant de converser et de changer et ça c'est précieux parce que on avance aussi en se confrontant à d'autres façons de faire et ça c'est primordial d'être confronté à d'autres pratiques, à d'autres angles de vue et de ne pas rester cloîtré dans son petit atelier et avec ses réflexes premiers qui reviennent forcément.

  • Speaker #1

    Est-ce que vous pourriez nous dire quel colorant vous seriez ? Colorant végétal de préférence ? Et pourquoi ?

  • Speaker #0

    Alors, je nourris une obsession depuis quelques années. Je ne serai pas ce colorant, mais je nourris une obsession depuis quelques années pour la cochine.

  • Speaker #1

    Ah, donc pas végétal.

  • Speaker #0

    Rien non.

  • Speaker #1

    et alors du coup la cochenille et bien non,

  • Speaker #0

    pas végétale j'aime les surprises que les couleurs peuvent offrir et en fait j'aime leur pluralité, c'est à dire que j'adore C'est vraiment un truc qui m'anime, c'est de décortiquer toutes les possibilités d'une ressource colorante en fait. Et la cochenille offre une quantité de possibilités qui est hallucinante. Et puis c'est une ressource qui a une histoire incroyable en fait. On avait le kermesse en Europe qui est tombé, qui a complètement disparu parce que le pauvre n'était pas élevable, il était forcément sauvage. Il fallait le ramasser, que les grandes découvertes des Européens… de l'Amérique centrale, du Sud, du coup, ce colorant qui est plus précieux que de l'or au niveau commercial et qui ramène ça en Europe. L'histoire se répète parce qu'on a essayé de protéger, de dire que la cochenille, ce n'était pas génial et que le kermesse, c'était vachement mieux parce que le kermesse, c'était local, en fait, et qu'il fallait aussi préserver de la... la main d'oeuvre qui était occupée à cette ressource. Mais voilà, la cochenille est arrivée, on s'est débrouillé pour l'élever après moult essais, ça a fini par fonctionner sur les Canaries, en Espagne. Au niveau historique, c'est incroyable. Et là, en plus, il y a... Il n'y a pas très longtemps, deux chercheurs, Daniel Trichaud-Dutty et Gilbert Dutty, ont écrit un ouvrage sur la cochenille, sur son histoire, l'histoire d'un insecte qui colorera le monde, et qui est un ouvrage absolument passionnant. En fait, j'aimerais travailler pendant une année complète sur la cochenille. J'aimerais… Appel à Donate. Non, je rigole. C'est un… Merci beaucoup. C'est vraiment un colorant que je trouve assez fascinant parce qu'il offre une gamme de couleurs qui n'est pas que rose ou que rouge. Et on peut le… tortillés dans plein de sens différents et c'est fascinant c'est à dire avec des protocoles différents en modifiant les mordansages évidemment selon les fibres on peut avoir du jaune de cochenille sur du coton ça semble complètement dingue c'est pas le chemin le plus malin mais on peut avoir des gris on peut avoir des violets on peut avoir des... presque noires, on peut avoir évidemment toute la gamme de roses, toute une gamme de rouges, là je l'ai travaillé dans le cadre du projet pour le CNRS avec de l'étain toute une affaire c'est histoire d'étain, bref tous les détails et tous les rebondissements mais j'ai eu des rouges que je n'avais jamais vu avant en fait avec l'étain et voilà, c'est quand même un petit insecte qui a un pouvoir dingue. Il est fascinant. J'ai une petite obsession sur la cochenille qui date d'il y a quelques années maintenant, mais qui m'accompagne régulièrement. Oui, entre l'obsession et la fascination.

  • Speaker #1

    Alors, une avant-dernière question. Quels sont vos projets et vos rêves, vous, Charlotte,

  • Speaker #0

    pour la suite ? Alors, les rêves sont d'agrandir ma capacité de production, clairement, parce que je fais face à une demande qui est croissante. Je vois ça depuis ma... Une bonne dizaine d'années que je suis professionnelle, il y a vraiment une demande qui est grandissante, ça c'est évident, et j'arrive un petit peu aux limites de mes capacités de production avec mes deux mains simplement. Donc il y a ces projets-là qui sont plutôt court terme, on va dire. Sinon, les projets, il y en a plein en fait. Il y a continué ce travail autour de la dame à la licorne avec Pauline Kess, la doctorante. Il y a un projet d'une jeune marque de vêtements pour enfants. sur Paris pour une première collection qui devrait apparaître nous sommes déjà en 2023 pour l'automne 2023 je travaille pour une personne qui fait du kimono en soie sur une soie magnifique Nadine Marshall avec son projet cacao sûrement visible peut-être au salon du chocolat prochainement à la rentrée prochaine projet avec Marie-Eve Nardou sur des plus grosses productions de son côté, de ce côté-là voilà c'est Il y a plein de projets et aujourd'hui j'ai cette incroyable chance d'avoir des gens et des projets qui viennent à moi. Parce qu'en plus c'est difficile pour moi la communication, je crois que je suis juste de la génération. qui n'ont pas grandi avec ça. Après, il y en a qui se débrouillent beaucoup mieux que moi dans mon âge. Mais voilà, j'ai cette chance. Il y a une dizaine d'années, c'était comme un doux rêve, en fait, de se dire, tiens, si ça pouvait être une activité principale. Alors, ce n'est pas tout à fait une activité principale aujourd'hui pour moi parce que j'enseigne à la classe. à côté, mais à côté en même temps, je sais pas. Mais c'est quand même une réalité aujourd'hui. Je suis teinturière, à façon. Et j'ai des matières magnifiques qui m'arrivent dans les mains à qui il faut donner une couleur, avec des plans. Il y a quelque chose quand même d'assez fou. et c'est allé très vite finalement donc j'ai un peu d'espoir pour la suite et dernière question

  • Speaker #1

    Charlotte à qui vous passez le micro

  • Speaker #0

    Vous me parliez tout à l'heure que Dominique Cardon, vous aviez fait une liste longue comme le bras. Je pourrais vous en faire aussi une liste longue comme le bras. Allez-y. Je vais reparler de Marjorie Salle, qui est une très chouette personne à écouter sur sa façon d'aborder les choses. Je pense à Magali Bontou, qui est aussi formatrice chez les Namaks, qui me dit... qui fait un travail elle est très discrète mais elle fait un travail magnifique extrêmement précis elle a une gamme de produits qu'elle fait elle-même et puis elle travaille aussi à façon et elle forme et c'est quelqu'un vraiment de très intéressant à écouter je trouve je pense à Frédéric Boyer aussi, paysan des couleurs qui est quelqu'un qui a une authenticité incroyable qui est vrai, surtout, en fait, et qui a une façon d'aborder les choses qui est extrêmement agréable à entendre, je trouve. Je pense à quelqu'un qui m'a accompagnée, pas accompagnée, mais qui était... présent aussi sur les salons quand j'ai commencé ma marque de filiatricité qui est Andy Loïc qui est à la marque Renaissance Dying qui propose du fil à broder notamment en laine en teinture végétale qui propose une gamme de tons exceptionnels et qui est et qui n'a pas qui ne fait pas partie de cette cette nouvelle génération qui se dit la teinture végétale mais ça fait 20 ans qu'elle teint et qu'elle propose ça et c'est vraiment une très chouette personne aussi et je pense aussi à ma ma comparse bruxelloise Sylvie, le chat qui a eu une pratique de teinture on va dire intermittente qui n'est pas une teinturière en tant que telle mais qui a une pratique mais qui est surtout une passionnée d'histoire de la teinture végétale et qui lit énormément et qui est passionnée et qui vient d'achever un livre qui sera peut-être jamais édité, on ne sait pas ça, mais sur l'histoire de la couleur végétale à Bruxelles, et en Belgique, pas à Bruxelles, et qui est remonté à la dernière garancière, qui date d'il n'y a pas si longtemps, je crois que c'est 1930, un peu comme ça, ou peut-être même plus récemment, où il y avait encore une manufacture, une teinturerie spécialisée en garances. Voilà, on a un... les Flandres, il y a une histoire quand même qui est très liée à la tapisserie, au drap de laine, comme dans d'autres régions, mais voilà, c'est très fort ici et qui est un peu allé à la recherche de toutes ces histoires et de cette histoire et qui croise, et c'est ça qui est intéressant, c'est que ça croise les événements économiques, les événements politiques, les dictats, les modes de certaines époques et c'est passionnant. Voilà, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger parce qu'elle a un regard toujours très éclairé, je trouve.

  • Speaker #1

    mais je pourrais vous faire des listes c'est pas possible mais Charlotte franchement n'hésitez pas à vous poser et me faire même vous avez parlé d'un truc intéressant pour moi c'est le contact d'un teinturier synthétique j'aimerais avoir quelqu'un de

  • Speaker #0

    l'autre côté oui bien sûr et Sylvie Lechotte je fais pas partie de ces personnes qui euh qui considèrent que la teinture synthétique est le contraire de la teinture végétale. Je pense qu'il faut aujourd'hui, vu la... Voilà, la production, la société dans laquelle on vit, je pense qu'il y a des solutions des deux côtés et qu'on peut faire les choses correctement et de façon raisonnée, de toute façon. Parce que l'excès n'est bon ni d'un côté ni de l'autre, de toute façon. Ça, je trouve ça très important de le souligner, qu'on ne doit pas être en opposition. Mais il y a des projets qui sont faits pour la couleur végétale, qui sont tout à fait destinés à ça, mais d'autres... qui doivent rester en teinture synthétique parce que ça n'aurait pas beaucoup de sens de le faire en végétal de par le volume de par plein de choses et je trouve que c'est vraiment important de ne pas opposer les deux donc justement moi qui ai fait un peu l'erreur peut-être j'aimerais

  • Speaker #1

    avoir du coup cet oeil côté synthétique Si vous avez un mot de la fin, quelque chose que vous n'avez pas dit, ou un message ?

  • Speaker #0

    Ce que j'aimerais ajouter, c'est de ne jamais oublier ce qui nous a précédés, et qu'il y a des textes, qu'il y a énormément de littérature, qu'aujourd'hui il y a des chercheurs qui écrivent, qui analysent, qui essayent de comprendre. On est dans une... Aujourd'hui, on a accès à de l'information, autant qu'on en veut. La couleur végétale, c'est... C'est une pratique d'expérience, mais de connaissance, et qu'il est hyper important de travailler, en fait, et de chercher à comprendre, et de lire, en fait. Parce qu'il y a quand même une littérature incroyable sur les pratiques de la couleur végétale à travers le temps, et qu'il ne faut pas s'arrêter à… à quelques expérimentations ou quelques résultats rapidement obtenus. C'est vraiment une... voilà, une pratique qui est sur du long terme et qu'on n'a pas la science infuse et qu'on apprend tous les jours en fait. Et ça, c'est assez incroyable en fait, qu'on apprend tous les jours. Bon, elle n'était pas tous les jours, au moins toutes les semaines, quand on pratique régulièrement en tout cas. Mais ça, c'est extrêmement réjouissant comme pratique parce que voilà, c'est... on est des passeurs en fait et ça je trouve que c'est hyper important de bien avoir ça en tête on est dans le suivi de quelque chose je dirais

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ArtEcoVert, A-R-T-E-C-O-V-E-R-T, pour y découvrir le nom des prochains invités. Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix. C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale. Merci à tous !

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Description

⁉️ Savez vous ce qu'est une teinturière végétale à façon ?


Retrouvez Charlotte Marembert & Myrobolan sur : https://www.boutique-myrobolan.com/ 

@myrobolan_teintures_vegetales 


Dans cet épisode nous parlons, de réparation d’œuvres d'art sur la partie teinture végétale, de la réalisation de Charlotte Marembert d'un nuancier de couleur végétale de plus 600 procédés de teinture du 17ème siècle. 

Nous échangeons sur le fait de devoir repenser la consommation de nos vêtements,

d'industrialiser la teinture végétale pour répondre à la demande qui progresse, nous parlons de questions d'échelle, de coûts de production. 


Nous abordons également la méconnaissance du métier de teinturier aujourd'hui. La pluralité des teinturiers et de leurs pratiques, l'isolement de ce métier et l’absence de fédération. 

De cet apprentissage de la teinture végétale, qui malgré l'apparition de formation diplômantes récentes, reste peu accessible et nécessite beaucoup de pratique. 


L'importance de revenir à la chimie (tinctoriale) pour savoir ce qu'on fait et être plus en maitrise. 

Nous parlons des inspirations que sont Dominique Cardon et Michel Garcia dans la Teinture végétale avec leur deux approches différentes. 

Charlotte nous parle de sa passion pour la cochenille, son histoire et des possibilités qu'elle offre en couleur naturelle. 


Et bien d'autres sujets, 


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#E4 - Doriane Chagot Mansuy -

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  • Teinture végétale : sérigraphie végétale, éco-print, bundle dye, shibori … sur fibres naturelles. La teinture végétale fait partie des teintures naturelles mais n’utilise que des plantes tinctoriales.

  • Cosmétiques : Coloration capillaire végétale, savonnerie (savons végétaux), maquillage,...  

  • Beaux arts : encres végétales, sérigraphie végétale, aquarelles végétales, peintures végétales, craies grasses végétales… 

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En effet, on explore dans ce podcast un des nombreux pouvoirs des plantes à savoir : LA COULEUR 

L’objectif d’ArtEcoVert est de proposer la couleur végétale 🌿 comme alternative combinée à la couleur de synthèse, dérivée du pétrole et est néfaste. 

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  1. ArtEcoVert LE PROJET ⭐

pour catalyser la réémergence de la filière tinctoriale (construire du lien, des échanges, faire avancer, poser les bases, apporter les preuves, …) 

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Chaque mission contribuent à soutenir la pérennité du podcast ArtEcovert

Vous êtes intéressés : pauline.artecovert@gmail.com


Pauline Leroux

Transcription

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast qui vous parle d'art, d'écologie et de verdure.

  • Speaker #1

    Je suis Pauline Leroux,

  • Speaker #0

    ingénieure agronome passionnée de plantes, et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications, que ce soit dans le textile, l'ameublement, l'artisanat, la décoration et dans d'autres domaines, chaque jeudi et samedi à 7h30. Je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de valeur. Mon but, fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.

  • Speaker #1

    Alors c'est parti, bonne écoute !

  • Speaker #0

    Alors bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir ce podcast Charlotte Marambert. Bonjour Charlotte.

  • Speaker #1

    Bonjour.

  • Speaker #0

    Alors Charlotte, première question, est-ce que vous pouvez vous présenter, nous raconter votre parcours et comment vous êtes arrivée à la teinture végétale ?

  • Charlotte Marembert Myrobolan

    Oui, alors je suis donc Charlotte Marambert et j'ai un parcours... d'études au Beaux-Arts, puis d'études de design textile à la Cambre à Bruxelles, ce qui fait qu'aujourd'hui je vis toujours à Bruxelles depuis presque une vingtaine d'années. Mais je suis arrivée à la peinture végétale bien avant tout ça. J'ai commencé quand j'avais une quinzaine d'années, quand j'étais adolescente en fait, où, je ne sais plus pour quelle occasion, ma mère m'offre un livre pour fabriquer du papier végétal. Et... Je viens de la campagne, je viens d'Auvergne en France. J'ai à peu près cuit tout le jardin. Le principe de teindre, pas de teindre justement, mais bien de fabriquer du papier végétal. En gros, le principe, c'est de cuire la cellulose des plantes avec des cristaux de soude. Deux, j'avais lisé, parce qu'il s'agit d'écrire sur ce même papier. Et on est là, un peu avant les années 2000 à peu près. C'est loin d'avoir des considérations écologiques. voilà et j'ai à peu près cuit tout le jardin j'ai pressé, j'ai fait du papier etc et je me rends compte quand même qu'à l'occasion de la cuisson il y a du jus coloré et ma mère me dit avant de façon assez large on teignait les textiles avec des plantes sauf qu'on est à une époque qui aujourd'hui bien révolue c'est à dire une époque sans internet et où l'accès à l'information est beaucoup plus laborieux, je dirais, va dans une librairie commander un livre sur les couleurs végétales. Et là, il y en a deux. Il y a celui, il y a le guide des teintures naturelles, qui est le premier livre, je pense, que Dominique Cardan a édité, avec des illustrations de Gaëtan Duchatnet aux éditions de la Chaux-en-Besley, un éditeur suisse, qui est malheureusement plus édité, qu'on trouve encore aujourd'hui en occasion, mais qui... qui a été ma première bible et suis le livre de Michel Garcia, le premier livre chez Edith Hulot. Et c'est comme ça que je me rends compte que je suis entourée de plantes teintoriales. S'il n'y a pas de plantes teintoriales, eh bien, il suffit de les faire pousser. Après avoir cuit tout le jardin, je continue de recuire tout le jardin, mais pour faire les couleurs. au plaisir, sans forcément y voir d'application. Je viens d'une famille où on apprend à tricoter dès son plus jeune âge, parce que ça fait partie de la tradition familiale. Mais ce n'est pas une revendication écologique, ce n'est pas une revendication... Voilà, c'est naturel et c'est normal de savoir tricoter, de manipuler des fibres, d'avoir des connaissances botaniques, ce type de choses. j'ai vraiment été nourrie par tous ces biais-là. Et je teins, voilà. Et c'est comme ça que ça commence. Mais sans application. C'est-à-dire qu'on continuait de tricoter avec des fils qui n'étaient pas forcément extraordinaires du magasin de fil à tricoter à côté. Et puis en même temps, je teignais du fil de laine que j'achetais chez un éleveur de la région voisine. Voilà. Et puis, ça a continué comme ça, où j'ai fait des études de beaux-arts. où je teignais pour mes projets, s'il y avait besoin, et puis j'entre en design textile à la campagne. Les cours en couleur végétale sont relativement succincts et très rapides, et ce n'est pas là vraiment que j'apprends. Je me forme de mon côté, d'abord chez une personne qui avait été elle-même formée par Michel Garcia, et puis après je me forme régulièrement auprès de Michel Garcia.

  • Speaker #0

    Vous arrivez ensuite, après vos études, à la création de mirobolant.

  • Speaker #1

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Que veut dire mirobolant ? Parce que c'est important.

  • Speaker #1

    Le mirobolant ou mirobalant, c'est une ressource colorante riche en tannin qu'on utilise beaucoup dans la pratique de la teinture végétale. C'était un petit clin d'œil à l'expression du ce n'est pas mirobolant dans le sens où le mirobolant était une ressource riche et quand c'est pas mirobolant, c'est pas génial, mais quand c'est mirobolant, c'est génial, voilà donc c'était un petit clin d'œil et c'est vrai que on a souvent des, c'est pas évident de trouver un nom de marque et on est souvent autour de la Garance, de l'Indigo, voilà c'est des noms qui reviennent très souvent et je sais pas comment ça m'était venu je me souviens pas exactement mais voilà Et en effet, je créais Miro Boland dans les années 2010 à peu près, un peu avant je pense, parce que je travaillais en tant qu'étudiante dans une boutique de fil à tricoter et que je me rendais compte qu'il y avait de plus en plus de clients, clientes, qui étaient désireux d'avoir des matières qui étaient naturelles. Et puis, on commençait à parler de teinture végétale. Et à un moment donné, je me suis dit, ah, mais en fait, finalement, j'ai toutes les clés en main. J'ai une petite expérience en teinture. J'ai une connaissance du milieu des filatures, du milieu du fil à tricoter. Je suis designer textile, voilà. Et c'est comme ça que j'ai créé une marque de fil à tricoter, uniquement teint en couleur végétale. C'était encore une époque où ça commençait d'émerger, le renouveau, je dirais, de la couleur végétale. Mais c'était encore assez discret. Quand je faisais des salons, on était deux, trois à proposer ce type de produit. Aujourd'hui, c'est énorme sur les salons, la proposition de fil à tricoter en teinture végétale. Ça a complètement explosé. Mais ce n'était pas du tout le cas à l'époque.

  • Speaker #0

    Et l'activité, c'est ça ou il y a encore d'autres activités derrière ? J'ai cru comprendre qu'il y avait aussi une partie teinture. J'ai lu capacité maximale de 200 litres de teinture. En gros, vous pouvez également teindre d'autres fibres dans vos ateliers pour des... des entreprises, des gens qui veulent se lancer. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. En fait, j'ai vraiment commencé uniquement avec le fil à tricoter parce que quand il n'y a pas d'offre, il n'y a pas de demande, en fait. Et à ce moment-là, loin de moi l'idée qu'un jour je puisse... vivre de ça, en faire... C'était vraiment, je caressais le doux rêve en me disant, voilà, si un jour, je pouvais teindre toute la journée. Et en fait, je me suis un peu fait connaître, forcément, avec les fils. Puis, j'ai eu des transformateurs de laine, des éleveurs qui m'ont appelée et qui me disaient, j'aime bien votre travail, mais est-ce que vous voudriez bien teindre sur ma laine, sur mon fil, sur... mes tissus, parce que j'ai, voilà, de fil en aiguille, en fait, je me suis mise à peindre davantage pour les autres que pour la marque de fil à tricoter. Et puis, voilà, avoir une marque de fil à tricoter, ça implique d'être un comptable, enfin, mille professions que je n'étais pas, un comptable, un bon communicant, quelqu'un qui fait salon. qui sait vendre son... Voilà, ce qui n'était pas trop mon truc. Ce n'est pas de mes meilleures compétences. Et voilà, en fait, je m'amusais beaucoup plus à... C'était pour moi beaucoup plus stimulant... Enfin, c'est pour moi beaucoup plus stimulant peindre à façon, donc c'est comme ça qu'on dit. Parce qu'à chaque fois, j'ai une nouvelle matière, parce que j'ai des demandes qui sont extrêmement différentes, extrêmement variées, selon pour qui je travaille.

  • Speaker #0

    clients sont très c'est très large en fait les applications et c'est tellement plus enrichissant on va dire l'écosystème que vous avez donc vos clients viennent vous démarcher vous faites de la teinture à façon vos fournisseurs vos partenaires, votre réseau comment ça se passe ? Est-ce que c'est compliqué en Belgique de trouver des acteurs ou est-ce que vous achetez vos colorants ? Comment vous réalisez vos matières premières ?

  • Speaker #1

    On va commencer par les matières premières les fibres En général, elles viennent du client parce qu'il y a un cahier des charges, parce qu'il y a une envie de travailler sur telle ou telle matière. Après, c'est souvent en concertation parce qu'une matière doit être noble pour qu'elle puisse recevoir la couleur végétale. Ça, c'est indispensable à ce que ce soit des matières de... très qualitative en fait, naturelle évidemment, mais qualitative, pour que la couleur végétale puisse prendre au mieux, si vous voulez. Donc voilà, et puis pour les colorants, c'est varié. C'est-à-dire que j'essaye de soutenir au maximum des initiatives de type AMAP, comme il y en a deux en France. La MAP Tinctorial des Cévennes et la MAP Tinctilis Cecilia Aguirre, qui ont développé toute une production de plantes teintoriales. C'est précieux, je trouve ça extrêmement important de soutenir ces initiatives et que si nous les teinturiers n'achetons pas chez eux, ce n'est pas viable. Mais ce n'est pas forcément non plus simple d'avoir uniquement ce système-là comme fournisseur. C'est très varié en fonction des ressources. Prenons un exemple, la garance. J'ai des clients qui veulent absolument que... que leur teinture soit 100% française, alors je vais me fournir dans une garance française. Pour d'autres, ce n'est pas un sujet, et donc je vais travailler avec la garance qui vient d'Iran et qui est moins onéreuse et qui est très qualitative. C'est très varié. La cochenille, par exemple, si on veut être le plus local possible, on est au Canary, on ne peut pas faire mieux. C'est extrêmement varié, et il faut avoir des stocks aussi, parce que... parce qu'on travaille avec du vivant, ça ne faut jamais l'oublier, et qu'à un moment donné, surtout quand on travaille avec des systèmes type AMAP, eh bien, il n'y a plus de stock, il n'y a plus de stock, et il faut attendre l'année prochaine. Donc, c'est difficile pour certains clients de l'entendre. Il y a beaucoup de pédagogie à faire quand on dit, ça, je n'en ai plus. Il faut attendre l'année prochaine. Ça peut être un peu délicat. Voilà, et il y a évidemment Greening, Patrick Renac, qui produit des extraits. Voilà, il y a Michel qui a aussi fourni toute une série de ressources. Voilà, c'est très varié et il faut pas mettre ses œufs dans le même panier, évidemment.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples de réalisations que vous avez faites avec des clients qui sortent un peu, qui vous ont plu, des projets qui vous ont intéressés, que vous pourriez citer pour nous illustrer votre quotidien ?

  • Speaker #1

    Alors en fait, je dirais que je travaille… selon différents axes. Ça dépend vraiment de la clientèle. Il y a des demandes qui sont subjectives, je dirais. Je travaille notamment avec une artiste tissante qui s'appelle Nadine Marshall, qui est dans le médium et le textile, le tissage, mais qui a toujours des demandes. incongrue, je dirais. En ce moment, par exemple, je travaille pour elle sur un projet lié à un torréfacteur de chocolat, un transformateur de chocolat. Et on travaille sur des résultats avec des cosses et des fèves de cacao. Je travaille pour elle sur parfois... On atteint de la paille, du mouton retourné, de la peau. Il y a toujours des demandes incongrues et toujours très plaisantes parce qu'il y a de la recherche. On n'est pas dans les... On s'en tient battu. Et ça, c'est vraiment très chouette d'être poussée un peu dans ces retranchements et dans ces petites habitudes d'atelier. On évolue toujours. Les protocoles évoluent. On n'a pas inventé l'eau chaude, ça c'est une évidence, parce qu'on a quand même des millénaires de pratiques de la teinture végétale derrière nous, mais on ajuste en fonction de son expérience, ses résultats, on est toujours en train de peaufiner, d'améliorer probablement, je ne sais pas, en tout cas dans sa propre pratique. Ça c'est toujours très très plaisant en fait, du coup d'être poussé vers des... de nouvelles ressources, sur de nouvelles matières, pour pouvoir aller explorer d'autres raisons. C'est vraiment hyper intéressant. Sur le coup, on m'aurait dit, il faut teindre avec des fèves de cacao. Je dirais, oui, allez, encore une espèce de nouveauté qu'on croit avoir inventé quelque chose. Mais là, on est dans une autre dynamique et donc c'est vraiment très, très, très plaisant. Après je teins aussi selon des objectifs extrêmement précis de couleurs. Et là on est dans des logiques qui sont complètement différentes. Notamment pour la tapisserie contemporaine d'Aubusson, notamment avec une lissière qui s'appelle Céline Ferron de l'atelier C.C. Brindlaine. On travaille d'après des œuvres, on a travaillé d'après une série graphique de Blex Bollex. artistes, illustrateurs contemporains. Et voilà, il s'agit là, dans des moments comme ça, d'être parfaitement raccord avec l'original, on va dire. Et donc, on n'est pas dans des considérations de type de colorant. Il y a une matière donnée, évidemment. Mais voilà, on est dans une recherche extrêmement précise d'une couleur, sachant qu'il est toujours... un peu compliqué d'avoir une référence, par exemple, papier. Il y a forcément une interprétation entre une référence couleur papier et une référence couleur matière. parce que la brillance ne va pas être la même, la réflectance ne va pas être la même, la perception n'est pas la même selon les ombres, etc. Voilà, donc ça, c'est une autre façon de travailler qui est très rigoureuse. Ça appelle aussi à être possiblement reproduit, parce qu'une tapisserie peut être vendue possiblement plusieurs fois selon le contrat de départ. Et donc, parfois, quelques années après, on peut me demander de refaire exactement la même couleur. C'est compétent. Les ressources colorantes n'ont pas forcément été cueillies à la même période, à la même époque, elles n'ont pas eu la même pluviométrie, donc il ne va pas y avoir forcément le même potentiel colorant au sein de la plante, ce qui fait qu'il faut...

  • Speaker #0

    et ajuster une permanence alors il y a cette partie donc avec vos clients plutôt on va dire phase de teinture plutôt classique il y a la sortie des sentiers battus avec des demandes qui vous qui vous voilà vous plaisent aussi parce que c'est nouveau il y a la rigueur on va dire de reproduction de couleurs et j'ai eu du coup votre contact par Dominique Cardon qui m'a parlé de votre lien avec le CNRS et j'aimerais bien qu'on arrive sur ce sujet que vous nous racontiez un petit peu votre lien ce que vous y faites et

  • Speaker #1

    la partie recherche alors ça c'est le troisième volet du coup CNRS parce que là tellement on travaille sur un deuxième projet avec eux c'est c'est le labo d'archéosciences archéométrie de Bordeaux où il y a il y a Hortense de la Codre qui est une doctorante qui soutient justement sa thèse la semaine prochaine et dont le projet était sur les colorants utilisés fin XVIIe, début XVIIIe notamment sur une tapisserie conservée au musée à la Cité Internationale de la Tapisserie de Busson qui s'appelle Verdure fine au Comte de Brûle, c'est tout un programme c'est une tapisserie qui est absolument... vraiment très bien conservé. Il est fin 17e, qui est plutôt monumental. Il y a un documentaire CNRS qui a été tourné là-dessus. Je pourrais vous envoyer le lien si vous le souhaitez. Il s'agissait en fait de reproduire les protocoles, pas reproduire les couleurs, puisqu'on sait très bien que ce n'est pas possible de ne pas avoir la même matière. On n'a pas les mêmes ressources colorantes. forcément, en tout cas pas de la même qualité, évidemment, mais on est dans une reproduction de protocole, c'est-à-dire que le labo au CNRS a mis en place un outil d'analyse qui est sans contact. Donc ça, c'est vraiment extrêmement intéressant parce qu'auparavant, on avait tendance à prélever des fibres à l'arrière en général des œuvres pour pouvoir les analyser. Et là, c'est un outil qui a été mis au point par la NASA, qui est transportable, etc., et qui en fait va à une certaine distance, donc il n'y a pas de contact, venir scanner, si vous voulez, et analyser pixel par pixel. presque chaque zone de la tapisserie. Donc, ça va envoyer un spectre, une information sur la couleur et donc sur la teinture qui a été utilisée, sur la ressource colorante et les mordants, etc., qui ont été utilisés. Mais comme c'est sans contact, évidemment, il y avait besoin d'un… d'un référentiel, d'un outil qui permettait de comparer, un outil comparatif en fait. Et c'est comme ça qu'on a fait acter pour que je produise ce nuancier référentiel qui est de, je crois qu'il y a presque 600 références. Donc 600 protocoles qui ont été réalisés selon des recettes du fin 17e, début 18e. Et donc ça c'était vraiment... particulièrement fou parce qu'il y a évidemment des recettes qui sont complètement aujourd'hui hors du temps on utilise de l'étain on utilise vraiment des choses on y va quoi on ose à cette époque donc j'ai évidemment été confrontée à des choses qui ne sont pas dans ma pratique actuelle et ça c'est quand même même si on sait que c'est C'est très délicat. C'est quand même extraordinaire d'être amenée à atteindre avec les gestes, en essayant de reproduire du mieux que l'on peut les gestes et ces recettes d'un autre temps. C'est assez exceptionnel comme proposition. C'est extraordinaire.

  • Speaker #0

    Ce référentiel pourrait servir pour les industriels dans le sens où… Des gens que j'ai autour du micro, ils me disent, nous, ce qui nous manque sur la couleur végétale, ce serait un genre de pantone, un référentiel de couleur. Est-ce que ce que vous vous proposez avec type de procédé, sur fibre, matière colorante, etc., est-ce que c'est un début de piste ou en fait, ce ne serait pas du tout ça dont ils auraient besoin ?

  • Speaker #1

    Impossible. impossible pour plusieurs raisons le pantone couleur végétale on peut en faire des milliers de milliers dans le sens où j'ai beaucoup de clients qui me disent vous auriez pas un petit nuancier comme ça où on pourrait choisir et bien non parce que chaque fibre va recevoir la couleur d'une façon différente. En fait, ça fait des années que je suis en train de développer. Un jour, il sortira. C'est plutôt un outil pédagogique. Alors, sur la laine, parce que c'est quand même ma fibre de prédilection, sur une sorte de nuancier, justement, mais qui n'a pas comme finalité d'être un référentiel, mais plutôt un outil pédagogique, on va dire. Je travaille sur huit laines différentes. Donc, des laines de pays, des laines... mérinos australiens, de la laine peignée, de la laine cardée, de l'alpaga, voilà. Donc, des laines qui sont certaines très différentes, d'autres beaucoup moins, avec le même protocole, sans compétition, donc avec des casseroles qui sont séparées, etc., un échantillonnage vraiment qui est hyper rigoureux et précis et avec, voilà, le même protocole, la même ressource, les mêmes quantités, les mêmes process. Eh bien, vous avez huit résultats différents. Et j'ai même là fait dernièrement avec une autre trois types de cochenilles. Une cochenille qui vient du Pérou, une cochenille qui vient du Mexique et la cochenille qui vient des Canaries. et j'ai aussi j'ai 3 fois 8 résultats et en fait le référentiel c'est un vœu pieux, c'est n'importe quoi c'est impossible de produire un référentiel ou alors c'est quelque chose qui est possible si pour une industrielle par exemple, ils travaillent toujours sur la même matière c'est à dire si c'est une filature de lin, j'en sais rien où on se dit, on fait un référentiel sur le lin non blanchi, qui est au mouillé, qui a telle et telle caractéristique, et on se fixe sur une fibre. Mais même selon les approvisionnements de plantes, alors avec les extraits, on a l'avantage d'avoir un nivellement. C'est possible, parce que forcément, au niveau de la qualité, c'est beaucoup plus calibré, je dirais. Mais avec les plantes directes, selon les années, un réseda de 2021 et un réseda de 2022 ne vont pas donner la même... couleur à protocole égal.

  • Speaker #0

    Donc on ne peut pas cadrer le vivant, que ce soit la fibre, sa qualité, ou la ressource colorante qui, en fonction de l'hygrométrie, du soleil reçu, de la période cueillette, etc., en fait, c'est un vœu pieux, si j'entends bien.

  • Speaker #1

    Complètement. Si vous gardez la même race de moutons, le même troupeau, d'une année sur l'autre, la qualité de la laine ne sera pas la même. Et donc, la laine ne va pas recevoir la couleur de la même année. et donc ça ne modifie pas le fait qu'en couleur végétale on puisse reproduire ça aussi c'est les grandes questions de en couleur végétale on ne peut pas faire deux fois la même couleur si bien sûr que oui mais ça demande du travail, ça demande un rééchantillonnage, un réajustement du protocole, etc. Si, bien sûr que c'est possible, mais évidemment, on n'est pas dans du pot de l'estir extrudé, dans la masse, c'est aussi simple que ça, on est dans du vivant, et donc travailler avec du vivant, c'est accepter que les choses soient vivantes.

  • Speaker #0

    Le travail que vous réalisez avec le CNRS, c'est vraiment cette histoire de nuancier mais de pratiques qui datent des siècles passés.

  • Speaker #1

    des reproductions de protocoles début 18ème mais là le projet il est terminé sur la verdure au compte de brûle et là depuis un an je travaille avec une autre doctorante du même labo qui elle travaille sur la fameuse dame à la licorne dont on m'a parlé Dominique et le monde est petit là la question elle est un peu différente il s'agit de travailler et d'analyser les différentes restaurations qui ont eu lieu sur la Dame à l'Hélicorne, restaurations qui ont été plus ou moins heureuses. Il y a beaucoup de mythes autour de ces restaurations, couleur végétale, couleur synthétique, etc. Il reste encore deux ans de travail, c'est une thèse qui est sur trois ans, donc on achève la première année. Au niveau teinture, il y a pas mal de choses qui ont été faites déjà, mais il ne faut pas spoiler des choses avant qu'elles soient sûres et certaines. il va y avoir un certain retentissement parce qu'il y a beaucoup de mythes sur cette histoire mais que la science va éclairer d'une façon scientifique rigoureuse,

  • Speaker #0

    avec des preuves vous nous faites un teaser de dingue il faudra qu'on ait la suite de l'histoire alors donc Charlotte, on a vu les travaux au CNRS il me semble que vous aviez aussi des projets avec le Louvre, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

  • Speaker #1

    Oui, ça fait maintenant deux ans, je pense, que j'ai été sollicitée par une personne qui s'appelle Montaigne Brongrand, qui s'occupe d'un groupement qui est restauratrice-conservatrice. Et il y a une mission au Louvre, au Centre national de conservation du Musée du Louvre, pour le département des arts islamiques, travail de conservation de tapis. Alors c'est des tapis qui datent, on est entre le 18e et le 20e siècle, ce n'est pas forcément très très ancien, et qui ont besoin d'être stabilisés, d'être exposables on va dire, c'est-à-dire que c'est des tapis qui présentent des lacunes, des fragilités, et qui vont être consolidés pour être exposables. Et donc c'est Montaigne-Montgrand qui a fait appel à moi. Ce n'est pas le musée du Louvre en fait, c'est vraiment une volonté de cette personne que de mener ce projet à bien avec des couleurs végétales. En fait, on n'intervient plus aujourd'hui sur les œuvres en tant que telles. On intervient de façon la prudente, je dirais, et la plus réversible possible, c'est-à-dire qu'il n'y a plus d'intervention directement, mais on va venir consolider notamment avec un tissu de support, donc c'est le fameux tissu que moi, dont je m'occupe, c'est-à-dire de teindre ce tissu qui est un tissu de laine, puisque les tapissons en laine sont 100% des cas, parfois un peu de soie aussi évidemment. Et en fait, on va venir apposer le tapis sur ce tissu support de laine sur lequel il va être cousu. Et donc, ce tissu doit être le plus raccord possible, mais vraiment, vraiment, vraiment, avec le... Le fond, en général, du tapis, après, il arrive qu'on fasse des patches, si vous voulez, parce qu'il y a des lacunes dans une zone plutôt orangée-rouge, une lacune dans une zone plutôt bleue, alors que le fond du tapis est brun ou beige.

  • Speaker #0

    Quand vous dites lacune, c'est par exemple, il manque de la fibre ? Un trou. D'accord, c'est un trou. Alors, parfois,

  • Speaker #1

    c'est un trou. Non, alors parfois, il y a des vrais, vrais trous et des bons, gros trous. Et donc, on voit très, très bien mon travail. mais le but c'est qu'il soit le plus discret possible, voire qu'il soit quasiment invisible. pour améliorer et pour donner une lecture aux spectateurs la plus claire et la plus possible. Mais parfois, il manque de la trame et on ne voit que la chaîne, qui souvent est de couleur très, très claire. Et donc, quel choix on fait ? Il y a toujours tout un consensus qui doit être réalisé entre les restauratrices, la conservatrice en chef du département. Et puis, on regarde, on fait plein d'essais, évidemment, et on regarde...

  • Speaker #0

    à la lumière du jour, à la lumière de l'atelier sur place, avec l'angle qui est prévu pour l'exposition, à une lumière qui correspond à celle des salles d'exposition pour ce type d'œuvre. Donc souvent, on regarde de dessus, de côté, milieu, c'est toute une affaire avant de faire le bon choix. mais voilà l'idée est d'être le plus discret possible pour avoir une lecture de l'oeuvre la plus juste possible mais c'est passionnant parce qu'on touche à des des tapis qui ont traversé les temps. Il y a quelque chose d'assez exceptionnel d'aller travailler dans une maison comme ça. Le centre de conservation n'est pas à Paris, il est à Liévin, à côté du...

  • Speaker #1

    C'est à côté de chez moi.

  • Speaker #0

    À côté du Louvre-Lens.

  • Speaker #1

    Juste à côté,

  • Speaker #0

    qui est un bâtiment très récent qui a deux ans, trois ans, quelque chose comme ça. Et voilà, c'est... on se rend compte de la richesse exceptionnelle qui est dans les réserves du Louvre. Je ne sais pas quel est le pourcentage de ce qui est visible et invisible, mais c'est... Déjà, le musée du Louvre est un musée qui est énorme, mais alors les réserves, c'est fou. ça ne rentrait pas dans les réserves. On travaillait dans un atelier à côté. Mais c'est exceptionnel.

  • Speaker #1

    Et justement, Charlotte, est-ce que vous devez... Je suppose qu'on prépare une œuvre à l'exposition. Qu'est-ce que vous devez faire pour préparer ? Est-ce que vous pouvez nous dire, en quelques mots, comment on prépare une œuvre à être exposée au public ou à être conservée dans les arrières-salles, comme vous nous décrivez ? C'est quoi, en fait, ce à quoi il faut faire le plus attention pour ne pas abîmer l'œuvre ?

  • Speaker #0

    Alors ça c'est le travail des conservatrices, c'est pas le mien, donc ce que je vais vous rapporter c'est ce que j'observe de leur travail qui est très minutieux et très impressionnant, c'est-à-dire qu'en fait il faut en premier lieu supprimer toute restauration malheureuse qu'il y a pu y avoir ultérieurement, donc elles vont en général... Déjà dégagé toute une série de films, de pièces rapportées pour combler les lacunes justement, voilà. Et c'est surtout en fait... permettre une stabilité dimensionnelle à l'œuvre. C'est-à-dire que le tapis va être apposé sur ce tissu de support en laine, qui est une toile de laine relativement fine, dont je m'occupe, que je teins. Et puis, il va y avoir une doublure encore en dessous, avec une fenêtre. La doublure a une fenêtre, justement, pour qu'on voit la qualité du... qui se supportent et tout le tapis va être cousu pardonnerai restauratrices et restaurateurs qui m'écoutent mais je crois que ce point s'appelle le point de restauration il y a un point qui est invisible en fait qui est cousu avec un fil de soie qui est teint ou pas, ça dépend si on trouve notre bonheur dans ce qui existe déjà c'est vraiment de garantir la stabilité dimensionnelle de l'oeuvre qu'elle ne se détériore pas davantage que les lacunes soient stabilisées, c'est-à-dire qu'un trou ne s'agrandisse pas, grossièrement c'est ça, et que le textile, là en l'occurrence les tapis, soient manipulables sans les abîmer davantage.

  • Speaker #1

    et si vous avez une lacune qui est un trou assez grand et qu'il y a plusieurs nuances à cet endroit là vous devez vous teindre votre tissu de manière dégradée la plus optimale pour que ça passe inaperçu alors c'est pas arrivé encore

  • Speaker #0

    mais oui ça pourrait être une possibilité en fait on essaye de donner un résultat visuel le plus heureux mais le plus discret possible donc si il est nécessaire qu'il y ait un raccord couleur alors si on est entre un bleu et un brun ou deux couleurs qui sont très différentes je pense qu'on va plutôt teindre deux tissus et faire une couture mais pour le moment c'est arrivé Merci mais on se retrouve parfois dans les relations qui sont un peu dans le sens où il y a beaucoup de tapis où les fonds étaient tissés avec une laine brune mais naturelle en fait des moutons naturellement bruns et donc je me retrouve à devoir faire des bruns extrêmement foncés et chargés avec une couleur de tissu qui est couleur naturelle naturelle et crue Je me retrouve à devoir monter des brins et monter les brins, c'est loin d'être si simple en couleur naturelle. Ça se compose, ça se travaille et puis il n'y a rien de plus nuancé, je dirais presque que les brins et les beiges, ils sont soit un peu trop jaunâtres, un peu trop rougeâtres, un peu bleuâtres, ils ne sont jamais comme il faut, on est toujours en train de réétablir. et voilà c'est assez paradoxal finalement de se retrouver atteindre en couleur végétale une qualité qui est à l'origine d'une laine naturelle ça fait partie du jeu et les œuvres doivent être protégées aussi je suppose des

  • Speaker #1

    lumières qui pourraient être orientées dans les quand elles sont exposées est-ce que les lumières les UV artificielles entre guillemets enfin les lumières artificielles peuvent altérer ou non les tapis oui

  • Speaker #0

    Oui, bien sûr, mais dans les conditions d'exposition, il y a des normes, je ne saurais pas vous les dire, mais il y a un maximum de luxe par année. Une œuvre ne doit pas supporter un certain quota de luxe. dans un certain temps donné. Donc, il y a plein de... C'est très encadré.

  • Speaker #1

    Maintenant, j'aimerais vous poser des questions sur plutôt votre point de vue pour un retour à la teinture végétale à grande échelle. Pour vous, quels sont les freins actuels à ce retour à la grande échelle ?

  • Speaker #0

    Il y a plusieurs choses dans votre question. Il y a la question de la grande échelle tout court. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est dans une consommation… Alors, j'ai parlé d'abord plus largement. Vous l'avez déjà très bien exposé dans vos zooms précédents. Il y a une consommation et donc forcément une… création, une production excessive, ultra excessive, dans le domaine du textile. Je disais ça le mois dernier, et je n'ai pas retrouvé le papier, mais si aujourd'hui la production textile s'arrêtait... On aurait pour 80 ou 120 ans un truc exceptionnel où tout le monde pourrait… Je n'ai pas lu ça. La planète entière pourrait être habillée sans problème pendant plus d'une centaine d'années, sans avoir de manque, il ne manquerait de culotte à personne, mais on pourrait arrêter la production textile aujourd'hui, il n'y aurait aucun problème. Il y a cette question-là, dans la grande échelle, qui est démesurée. qui est, me semble-t-il, complètement à contre-courant des enjeux qui sont les nôtres aujourd'hui, d'un point de vue environnemental notamment. Teindre à grande échelle. C'est en végétal. Pour moi, ça n'a aucun sens à très grande échelle, ou en tout cas, de nourrir, de satisfaire l'appétit textile que la société a aujourd'hui en teinture végétale n'a aucun sens. Il vaudrait mieux cultiver davantage de céréales ou je ne sais quoi pour nourrir la planète que de cultiver des plantes teintoriales pour teindre les textiles de la société. Ça, je pense.

  • Speaker #1

    dans ces quantités actuelles dans les quantités dans lesquelles parce que c'est ça on est d'accord bien d'accord ça c'est certain

  • Speaker #0

    après je trouve qu'on a aujourd'hui l'avantage d'avoir de repratiquer alors je parle à l'échelle européenne attention parce qu'il y a plein de sociétés et plein d'endroits sur notre planète qui n'ont pas rompu comme nous on a rompu avec les colorants synthétiques pratiques traditionnelles de teinture végétale alors après évidemment les colorants synthétiques ont envahi la terre entière mais Mais il y a des endroits où la rupture est bien moindre que celle qu'on a vécue dans notre société occidentale. Donc c'est important que ces alternatives arrivent et c'est important de pouvoir satisfaire une certaine demande d'une production qui est autre, qui est plus propre, qui est, on pourrait dire, parfois plus écologique, même si ce mot est à prendre avec de grandes pincettes, je trouve. dans le milieu textile, parce qu'il y a tellement de paramètres que l'être écologique me fait souvent un peu doucement rire. Je trouve que la grande échelle a de l'intérêt parce qu'on fait aussi de l'économie en agrandissant les échelles. Donc ça,

  • Speaker #1

    c'est vraiment intéressant,

  • Speaker #0

    bien sûr. Et qu'il faut être habile pour mettre ça en place. Et que c'est vraiment une question qui est tout à fait pertinente et je dirais en fait, plutôt que de Je parlerais plutôt peut-être de moyenne échelle que de grande échelle. et moi c'est quelque chose que je travaille depuis des années sur l'agrandissement de ma capacité de production parce qu'aujourd'hui j'ai une capacité de production qui est quand même relativement limitée et voilà vous aviez mis 200 litres sur votre site je pense c'est ça que vous aviez mis et en termes c'est justement 200 litres pour mes deux mains Quand on travaille à la main, je ne travaille pas en barque. Les barques, c'est ces récipients de teinturerie industrielle, petits ou grandes, qui sont utilisés et qui sont souvent en partie mécanisés. notamment pour soulever les échevaux, soulever les textiles, etc. Mais voilà, moi, je n'ai pas cet équipement-là, pas actuellement, en tout cas. Il y a des projets, mais voilà, pas pour le moment. Et voilà, je pense que c'est vraiment intéressant. J'ai eu l'occasion de travailler pour des entreprises qui avaient besoin d'un travail... en couleur végétale à un peu plus grande échelle. Et donc, c'est possible. Il y a plein d'entreprises qui n'ont pas forcément les ressources en leur sein parce que les teinturiers sont des teinturiers en synthétique et que même si on fait le même métier, c'est-à-dire qu'on pose de la couleur sur une fibre, la façon de travailler et les protocoles sont complètement différents. Donc, voilà. Mais ça se fait très bien. Ça se fait très bien, en fait. Il n'y a aucun problème à… industrialiser la pratique. Je trouve que ça doit rester mesuré parce qu'on continue de travailler avec du vivant. Ça doit rester mesuré. Et cette question de l'industrialisation de la peinture végétale revient en effet tout le temps, tout le temps, tout le temps. Mais qu'est-ce que les gens attendent derrière cette question-là en fait ? J'aimerais qu'ils questionnent avant leur utilisation de leur textile en fait. Quand j'entends qu'un vêtement acheté est porté en moyenne une fois et demie, il y a un truc comme ça qui est complètement hallucinant. Et qu'ils sont parfois les mêmes personnes qui vous posent ces questions-là. ça me laisse un peu perplexe parce que commencer déjà de consommer les vêtements que vous avez aujourd'hui autrement en choisissant déjà des textiles de qualité, en en ayant beaucoup moins, en ayant des vêtements qui sont, qui durent dans le temps, qui sont métables pendant des dizaines d'années, qui sont réparables, qui sont voilà, il y a tout un il y a tout un écosystème à réfléchir. la teinture végétale en fait partie bien évidemment parce qu'on peut reteindre des vêtements même si ça peut être un peu délicat parce qu'il peut y avoir des tâches qui ressortent etc mais on peut il y a plein c'est tout un ensemble qu'il faut repenser mais ça c'est pas nouveau c'est

  • Speaker #1

    tout le système qu'il faut changer on rebat les cartes l'idée c'était pas de dire il faut tout changer l'idée c'était de me dire Bien sûr que l'essor ou le retour à la teinture végétale ne se fera pas sans une conscience du consommateur sur les quantités de textiles qu'il utilise. Ça, on est toutes les deux d'accord. On est aussi toutes les deux d'accord qu'on ne pourra pas dédier des terres arables que à la production de plantes teintoriales. C'est sûr que non, il faut combiner avec tous les besoins qu'on a. Mais ma question, c'était plutôt, moi je viens de la distribution, plutôt dans l'alimentaire, mais je me dis… Par exemple, je me mets à la place d'une petite entreprise textile qui aimerait lancer une collection capsule sur un type de produit. J'en sais rien, on va parler des culottes. Petit produit qui peut être en 100% coton, qui peut être en fibre naturelle, etc. Comment cette industrie textile, elle rencontre ? Comment le lien se fait avec les teinturières végétales qui sont pour moi ? des artisanes avec une petite capacité de production. J'ai l'impression que ces artisanes et artisans ne sont pas forcément fédérés. Et je me dis, par exemple, je veux me lancer dans des culottes avec une quantité, j'en sais rien, de 500 culottes, voilà. vers qui je m'adresse et comment l'entreprise textile trouve réponse à son souhait, si ce n'est que de passer par plusieurs teinturières ou teinturiers. C'est ça plutôt ma question, c'est de me dire est-ce que, je suis d'accord, je vais changer la question, c'est pas grande échelle, c'est moyenne échelle, et ça simplifiera la perception du coup de la question. Non mais c'est vrai, c'est important les mots parce que du coup, et en fait je voudrais voir votre avis, est-ce que est-ce que c'est fédéré ? Est-ce qu'on peut trouver, en tapant sur Internet, en Belgique, vu que c'est votre cas, teinturières végétales, capacité de production, à peu près les délais, à peu près... J'ai l'impression que cette étape-là n'est pas encore...

  • Speaker #0

    Non, l'étape avancée. Après, il n'y a aucune... C'est rare que les teinturiers aient façon directement sur... Alors, je parle en même temps synthétique, que les teintureries à façon vous disent sur leur site Internet ces temps et ces temps de délai, etc. C'est relativement rare, ça passe par des discussions, des prises de contact et des choses comme ça. Mais là, typiquement, moi, je travaille pour... Le studio Marie-Ève Nardou, qui est une tisserande qui travaille pour, qui a un champ d'action autour de l'ameublement plutôt, avec des valeurs de travailler avec de l'aide locale, des ressources les plus... échelle possible, etc. J'ai beaucoup échantillonné pour elles. Voilà, à partir de l'année prochaine, on sera sûrement sur des volumes qui seront bien plus élevés. Et dans ce cas-là, moi, je collabore avec une filature pour louer, si vous voulez, leurs barques éventuellement, pour pouvoir faire des productions qui sont plus grandes. Parce qu'aujourd'hui, dans mon atelier, ce n'est pas possible. Mais les choses, elles se font avec... en se parlant entre différents interlocuteurs et en appelant aussi différentes compétences. Parce que voilà, on n'a pas les mêmes... C'est vraiment, il faut fédérer les compétences en fait, c'est ça. C'est comme ça que ça se passe en général.

  • Speaker #1

    C'est pour ça que je vous parlais tout à l'heure de la chaîne de valeur complète et qu'en fait, il y a tous les interlocuteurs à interviewer, que ce soit même les producteurs de fibres naturelles, parce que sans fibres naturelles, il n'y a pas de couleur végétale. et sans tout le travail sur le textile, pareil, il n'y a pas de... Donc, on est complètement d'accord. Du coup, est-ce qu'il y a un manque de fédération des teinturiers on va dire des teinturiers à façon par rapport à des entreprises qui sont reconnues ? Est-ce qu'il ne manque pas quelque chose ?

  • Speaker #0

    Si, probablement, dans le sens où ça reste un... On est tous un peu des indépendants qui travaillons dans notre coin et on n'est pas fédérés aussi parce que, alors on se connaît quasiment tous ou au moins deux noms, on ne s'est pas tous rencontrés évidemment, mais ça reste un relatif petit milieu. même si on est nombreux, ça reste un relatif petit milieu. Mais on travaille un peu tous dans notre coin. Après, c'est des amitiés qui font qu'on échange plus avec les uns qu'avec les autres. C'est un métier qui n'est encore pas forcément très reconnu. Quand vous dites à quelqu'un que vous êtes teinturier, alors en tout cas, moi, les deux réponses qu'on me fait, c'est que soit on pense que je suis coiffeuse spécialiste dans les teintures de cheveux ou que je tiens un pressing. teinturier.

  • Speaker #1

    D'où l'importance de communiquer sur le sujet de la teinture végétale.

  • Speaker #0

    Bien sûr, et de la teinture même en général, je dirais, parce que le mot teinturier ne résonne plus du tout, en fait. Il y a une vraie déconnexion des métiers qui sont avant le produit que les gens ont dans leurs mains, en fait. On a oublié, on a largement rabâché que les gamins ne savaient plus que le lait venait de la vache, des choses comme ça. mais on n'est pas bien enfin c'est un peu rabattu comme idée mais on n'est pas bien loin de ça c'est à dire que qu'est-ce qui a réveillé les gens il y a quelques années par rapport au textile c'est l'effondrement du Rana Plaza voilà enfin tout d'un coup ils se sont rendus compte qu'il y avait des gens à l'autre bout du monde qui crevaient la dalle et qu'on payait qu'on payait à peine pour fabriquer les fringues un peu merdiques qu'on leur mettait sur le dos et qu'ils achetaient 3 francs 6 sous dans la rue commerçante de leur ville Mais il y a une réelle déconnexion, en fait, avec ces métiers-là. Et je reviens donc quand même au sujet, mais sur cette histoire d'être fédérée, c'est que ça viendra peut-être et ça serait bien. Mais aujourd'hui, c'est vrai qu'on est tous indépendants avec... avec des axes aussi qui sont différents. C'est-à-dire que vous avez des teinturiers qui vont avoir un profil, c'est-à-dire qu'ils vont travailler plutôt pour leurs propres produits, donc qui vont teindre uniquement pour leur production d'accessoires, de vêtements, peu importe. Vous avez des teinturiers comme moi qui sont à façon, qui ne proposent pas de produit, mais qui proposent un service uniquement. Vous avez ceux qui travaillent dans le milieu des arts vivants, vous avez ceux qui... Donc, ceux qui sont plutôt dans la formation… Dans le milieu des arts vivants,

  • Speaker #1

    vous entendez quoi ?

  • Speaker #0

    Pour le spectacle, pour le milieu du spectacle.

  • Speaker #1

    Ah d'accord, les costumes, le cinéma, d'accord.

  • Speaker #0

    Il y en a qui vont plutôt être dans la formation, finalement, qui vont… pas tant produire que ça, mais être surtout dans la formation. Il y en a qui font un petit peu tout ça aussi. Et donc, c'est très varié, en fait. Il y a des profils qui sont très variés. Et puis, il y a aujourd'hui, on en parlera peut-être plus tard, mais il n'y avait pas, parce que maintenant, ce n'est plus le cas. Je vais parler au passé, mais de formation. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les deux formations qui existent, c'est le Greta et l'Enamag qui proposent des formations qui sont certifiantes, mais à part ça. Et ça reste, je dirais… c'est-à-dire que c'est pas accessible et il y a peu de candidats, j'ai regardé et puis c'est pas dans les écoles c'est pas quelque chose qui s'enseigne après c'est pas quelque chose qui s'enseigne c'est quelque chose qui se pratique c'est-à-dire que on est teinturier avec l'expérience on n'est pas teinturier en ayant fait deux week-ends de stage à Outsy-Pleu c'est-à-dire que c'est vraiment c'est une question de pratique qui est quotidienne de travail, de recherche, etc. Et même quand j'ai travaillé dans une manufacture pour un projet en couleur végétale, avec deux teinturiers qui, eux, ont une pratique de teinture synthétique, l'un avait 30 ans de métier et l'autre, ça faisait 5 ans qu'il était là et il me disait je ne me sens pas tout à fait formée Et oui. parce que c'est c'est pas pour rien qu'il y avait des c'était un système avec des apprentis avec des gens conformes sur le très long terme sur le long terme bien sûr

  • Speaker #1

    on a eu on va avoir enfin on a eu du coup vu que l'épisode avec vous sortira après Isabelle Rodier des arts décoratifs de Paris qui est donc professeur là-bas qui expliquait qu'en fait le passage sur la formation à la teinture végétale était dès l'entrée oui mais n'était pas très long et elle exprimait son regret qui n'est pas plus de pratique mais en tout cas depuis quelques années ça devient une clé d'entrée c'est ce que je veux dire obligatoire.

  • Speaker #0

    Mais c'est super.

  • Speaker #1

    Et voilà, et c'est ce que j'allais dire, c'est super. Et l'idée là, c'est avec cette histoire de podcast finalement, c'est que ce que j'aimerais, c'est les jeunes qui écoutent, il y en a plein qui se lancent sur les réseaux sociaux, on ne voit que ça, etc. Par contre, je suis très heureuse que vous ayez rappelé les deux formations certifiantes. Je vais faire un épisode spécifique aux écoles qui abordent cette formation parce qu'en fait, je me dis... à force de le dire, à force d'en parler je pense que ça peut recréer des vocations et c'est un métier qui est hyper gratifiant que le métier de teinturier végétal parce que la relation avec la couleur complètement,

  • Speaker #0

    et souvent dans ces deux formations il y a aussi des étudiants qui sortent de cursus textiles et qui ont approché de de façon plus ou moins proche la couleur végétale, de façon plus ou moins prégnante. Moi, j'enseigne à la cambre, on donne des workshops de couleurs végétales, mais ça reste trop petit, trop court, toujours, en fait. Et il faudrait qu'il y ait... que ce soit presque qu'on aborde la couleur et pas uniquement que sous l'angle de la couleur végétale c'est une porte d'entrée mais il y en a d'autres mais d'une façon beaucoup plus régulière mais ça vient moi quand j'étais étudiante j'avais deux jours sur les 50 cursus aujourd'hui il y en a beaucoup plus, ça a été multiplié donc les choses avancent évidemment C'est évident que pour des professionnels ou des futurs professionnels qui veulent se former correctement, en tout cas avoir des bases qui sont, je dirais, justes, précises, qui ne sont pas les recettes galvaudées sur les différents blogs et comptes de réseaux sociaux, c'est la solution. Greta et les NAMAQ, bien sûr, c'est la solution. mais c'est un engagement, c'est un investissement, c'est tout ça. Mais c'est précieux surtout, parce que c'est aussi garantir une rigueur professionnelle. un savoir-faire bien sûr et que la couleur végétale c'est pas de la magie c'est pas une couleur c'est c'est un ça appelle des compétences qui sont en plus très diverses ça appelle évidemment des compétences sur la sur la connaissance de la fibre en fait parce que on doit savoir comment comment une fibre réagit voilà ça appelle des compétences et des connaissances en en chimie, parce que ça reste de la chimie, la chimie verte, mais il y a beaucoup de chimie, et si on ne comprend pas ce qu'on fait, on ne peut pas être, j'allais dire créatif, mais ce n'est pas tout à fait juste. On ne peut pas, si on ne comprend pas ce qu'on fait, si on ne comprend pas qu'est-ce qui fonctionne avec qui, pourquoi ce colorant s'accroche sur tel protocole de mordant sage, pourquoi on... Il y a un moment donné, c'est un peu la même chose que quelqu'un qui est en capacité de suivre parfaitement une recette de cuisine, mais qui ne comprend pas très bien pourquoi il faut mettre de l'ail à ce moment-là. voilà et voilà ça rend libre en fait de savoir on sait ce qu'on fait oui mais ça rend libre en fait la connaissance après ça ouvre des millions de portes c'est ça le truc c'est que plus on en sait moins on en sait c'est l'avantage d'être une pratique qui rend particulièrement humble parce qu'on n'a pas inventé le fil à couper de beurre aucun de nous aujourd'hui on est des passeurs en fait on utilise des des protocoles qui sont ancestraux. On ne réinvente rien, on réutilise des principes, en fait. Et ça doit perdurer, en fait. Et la formation est indispensable pour ça. Moi, j'accueille beaucoup de stagiaires, mais des stagiaires sur du long terme, sur plusieurs mois, parce qu'on n'apprend pas en un week-end. en quelques jours ça donne juste une porte ouverte et il n'y a pas de il n'y a pas une recette universelle même pas deux il y a des dizaines et des dizaines de façons de pratiquer en fait et de mettre en place différentes recettes, protocoles. C'est sans fin. Et donc, et plus on comprend les choses, plus ça ouvre de portes et moins on en sait. Ça rend particulièrement humble. C'est merveilleux. Ok.

  • Speaker #1

    Alors maintenant, Charlotte, je vous propose une partie plus question, on va dire plus légère. Quelles sont les personnes inspirantes qui vous ont inspiré dans votre parcours ?

  • Speaker #0

    Évidemment, on ne peut pas passer à côté des deux noms en tête d'affiche qui sont Michel Garcia et Dominique.

  • Speaker #1

    Nos deux stars ?

  • Speaker #0

    Nos deux stars internationales. qui ont une approche qui est différente, mais qui sont extrêmement riches, chacun, de ce qu'ils nous apportent et de ce qu'ils transmettent. Et voilà, évidemment, les deux têtes d'affiche. Après, j'ai des personnes qui m'ont accompagnée, qui m'ont formée aussi. et qui m'ont ouvert à certaines choses. Je pense à quelqu'un qui est moins connu, mais qui s'appelle Cornelia Blumli, qui est une Suisse qui vit en Espagne, chez qui j'ai fait un stage. Et c'est chez elle que j'ai appris à teindre en échevaux. Parce qu'on teint pas en échevaux comme on teint du métrage. Et qui a une gamme d'accessoires tricotés qu'elle teint elle-même et qui a un travail... extrêmement rigoureux sur notamment la recherche de l'unisson, sur des couleurs pleines, des couleurs qui tranchent, qui a un travail magnifique et qui a été une personne qui a fait partie de mon parcours et qui a été importante dans mon parcours. Je pense aussi à Marjorie Salle qui est une artiste plasticienne qui travaille aussi beaucoup dans le... dans le milieu du spectacle, des patines de l'ennoblissement notamment, donc teinture évidemment, et qui a un travail... d'art contemporain où elle utilise la couleur végétale et Karine, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger pas assez souvent mais voilà c'est quelqu'un qui a un peu suivi aussi mon avancée dans ce milieu et qui m'est chère et avec qui il est toujours très plaisant de converser et de changer et ça c'est précieux parce que on avance aussi en se confrontant à d'autres façons de faire et ça c'est primordial d'être confronté à d'autres pratiques, à d'autres angles de vue et de ne pas rester cloîtré dans son petit atelier et avec ses réflexes premiers qui reviennent forcément.

  • Speaker #1

    Est-ce que vous pourriez nous dire quel colorant vous seriez ? Colorant végétal de préférence ? Et pourquoi ?

  • Speaker #0

    Alors, je nourris une obsession depuis quelques années. Je ne serai pas ce colorant, mais je nourris une obsession depuis quelques années pour la cochine.

  • Speaker #1

    Ah, donc pas végétal.

  • Speaker #0

    Rien non.

  • Speaker #1

    et alors du coup la cochenille et bien non,

  • Speaker #0

    pas végétale j'aime les surprises que les couleurs peuvent offrir et en fait j'aime leur pluralité, c'est à dire que j'adore C'est vraiment un truc qui m'anime, c'est de décortiquer toutes les possibilités d'une ressource colorante en fait. Et la cochenille offre une quantité de possibilités qui est hallucinante. Et puis c'est une ressource qui a une histoire incroyable en fait. On avait le kermesse en Europe qui est tombé, qui a complètement disparu parce que le pauvre n'était pas élevable, il était forcément sauvage. Il fallait le ramasser, que les grandes découvertes des Européens… de l'Amérique centrale, du Sud, du coup, ce colorant qui est plus précieux que de l'or au niveau commercial et qui ramène ça en Europe. L'histoire se répète parce qu'on a essayé de protéger, de dire que la cochenille, ce n'était pas génial et que le kermesse, c'était vachement mieux parce que le kermesse, c'était local, en fait, et qu'il fallait aussi préserver de la... la main d'oeuvre qui était occupée à cette ressource. Mais voilà, la cochenille est arrivée, on s'est débrouillé pour l'élever après moult essais, ça a fini par fonctionner sur les Canaries, en Espagne. Au niveau historique, c'est incroyable. Et là, en plus, il y a... Il n'y a pas très longtemps, deux chercheurs, Daniel Trichaud-Dutty et Gilbert Dutty, ont écrit un ouvrage sur la cochenille, sur son histoire, l'histoire d'un insecte qui colorera le monde, et qui est un ouvrage absolument passionnant. En fait, j'aimerais travailler pendant une année complète sur la cochenille. J'aimerais… Appel à Donate. Non, je rigole. C'est un… Merci beaucoup. C'est vraiment un colorant que je trouve assez fascinant parce qu'il offre une gamme de couleurs qui n'est pas que rose ou que rouge. Et on peut le… tortillés dans plein de sens différents et c'est fascinant c'est à dire avec des protocoles différents en modifiant les mordansages évidemment selon les fibres on peut avoir du jaune de cochenille sur du coton ça semble complètement dingue c'est pas le chemin le plus malin mais on peut avoir des gris on peut avoir des violets on peut avoir des... presque noires, on peut avoir évidemment toute la gamme de roses, toute une gamme de rouges, là je l'ai travaillé dans le cadre du projet pour le CNRS avec de l'étain toute une affaire c'est histoire d'étain, bref tous les détails et tous les rebondissements mais j'ai eu des rouges que je n'avais jamais vu avant en fait avec l'étain et voilà, c'est quand même un petit insecte qui a un pouvoir dingue. Il est fascinant. J'ai une petite obsession sur la cochenille qui date d'il y a quelques années maintenant, mais qui m'accompagne régulièrement. Oui, entre l'obsession et la fascination.

  • Speaker #1

    Alors, une avant-dernière question. Quels sont vos projets et vos rêves, vous, Charlotte,

  • Speaker #0

    pour la suite ? Alors, les rêves sont d'agrandir ma capacité de production, clairement, parce que je fais face à une demande qui est croissante. Je vois ça depuis ma... Une bonne dizaine d'années que je suis professionnelle, il y a vraiment une demande qui est grandissante, ça c'est évident, et j'arrive un petit peu aux limites de mes capacités de production avec mes deux mains simplement. Donc il y a ces projets-là qui sont plutôt court terme, on va dire. Sinon, les projets, il y en a plein en fait. Il y a continué ce travail autour de la dame à la licorne avec Pauline Kess, la doctorante. Il y a un projet d'une jeune marque de vêtements pour enfants. sur Paris pour une première collection qui devrait apparaître nous sommes déjà en 2023 pour l'automne 2023 je travaille pour une personne qui fait du kimono en soie sur une soie magnifique Nadine Marshall avec son projet cacao sûrement visible peut-être au salon du chocolat prochainement à la rentrée prochaine projet avec Marie-Eve Nardou sur des plus grosses productions de son côté, de ce côté-là voilà c'est Il y a plein de projets et aujourd'hui j'ai cette incroyable chance d'avoir des gens et des projets qui viennent à moi. Parce qu'en plus c'est difficile pour moi la communication, je crois que je suis juste de la génération. qui n'ont pas grandi avec ça. Après, il y en a qui se débrouillent beaucoup mieux que moi dans mon âge. Mais voilà, j'ai cette chance. Il y a une dizaine d'années, c'était comme un doux rêve, en fait, de se dire, tiens, si ça pouvait être une activité principale. Alors, ce n'est pas tout à fait une activité principale aujourd'hui pour moi parce que j'enseigne à la classe. à côté, mais à côté en même temps, je sais pas. Mais c'est quand même une réalité aujourd'hui. Je suis teinturière, à façon. Et j'ai des matières magnifiques qui m'arrivent dans les mains à qui il faut donner une couleur, avec des plans. Il y a quelque chose quand même d'assez fou. et c'est allé très vite finalement donc j'ai un peu d'espoir pour la suite et dernière question

  • Speaker #1

    Charlotte à qui vous passez le micro

  • Speaker #0

    Vous me parliez tout à l'heure que Dominique Cardon, vous aviez fait une liste longue comme le bras. Je pourrais vous en faire aussi une liste longue comme le bras. Allez-y. Je vais reparler de Marjorie Salle, qui est une très chouette personne à écouter sur sa façon d'aborder les choses. Je pense à Magali Bontou, qui est aussi formatrice chez les Namaks, qui me dit... qui fait un travail elle est très discrète mais elle fait un travail magnifique extrêmement précis elle a une gamme de produits qu'elle fait elle-même et puis elle travaille aussi à façon et elle forme et c'est quelqu'un vraiment de très intéressant à écouter je trouve je pense à Frédéric Boyer aussi, paysan des couleurs qui est quelqu'un qui a une authenticité incroyable qui est vrai, surtout, en fait, et qui a une façon d'aborder les choses qui est extrêmement agréable à entendre, je trouve. Je pense à quelqu'un qui m'a accompagnée, pas accompagnée, mais qui était... présent aussi sur les salons quand j'ai commencé ma marque de filiatricité qui est Andy Loïc qui est à la marque Renaissance Dying qui propose du fil à broder notamment en laine en teinture végétale qui propose une gamme de tons exceptionnels et qui est et qui n'a pas qui ne fait pas partie de cette cette nouvelle génération qui se dit la teinture végétale mais ça fait 20 ans qu'elle teint et qu'elle propose ça et c'est vraiment une très chouette personne aussi et je pense aussi à ma ma comparse bruxelloise Sylvie, le chat qui a eu une pratique de teinture on va dire intermittente qui n'est pas une teinturière en tant que telle mais qui a une pratique mais qui est surtout une passionnée d'histoire de la teinture végétale et qui lit énormément et qui est passionnée et qui vient d'achever un livre qui sera peut-être jamais édité, on ne sait pas ça, mais sur l'histoire de la couleur végétale à Bruxelles, et en Belgique, pas à Bruxelles, et qui est remonté à la dernière garancière, qui date d'il n'y a pas si longtemps, je crois que c'est 1930, un peu comme ça, ou peut-être même plus récemment, où il y avait encore une manufacture, une teinturerie spécialisée en garances. Voilà, on a un... les Flandres, il y a une histoire quand même qui est très liée à la tapisserie, au drap de laine, comme dans d'autres régions, mais voilà, c'est très fort ici et qui est un peu allé à la recherche de toutes ces histoires et de cette histoire et qui croise, et c'est ça qui est intéressant, c'est que ça croise les événements économiques, les événements politiques, les dictats, les modes de certaines époques et c'est passionnant. Voilà, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger parce qu'elle a un regard toujours très éclairé, je trouve.

  • Speaker #1

    mais je pourrais vous faire des listes c'est pas possible mais Charlotte franchement n'hésitez pas à vous poser et me faire même vous avez parlé d'un truc intéressant pour moi c'est le contact d'un teinturier synthétique j'aimerais avoir quelqu'un de

  • Speaker #0

    l'autre côté oui bien sûr et Sylvie Lechotte je fais pas partie de ces personnes qui euh qui considèrent que la teinture synthétique est le contraire de la teinture végétale. Je pense qu'il faut aujourd'hui, vu la... Voilà, la production, la société dans laquelle on vit, je pense qu'il y a des solutions des deux côtés et qu'on peut faire les choses correctement et de façon raisonnée, de toute façon. Parce que l'excès n'est bon ni d'un côté ni de l'autre, de toute façon. Ça, je trouve ça très important de le souligner, qu'on ne doit pas être en opposition. Mais il y a des projets qui sont faits pour la couleur végétale, qui sont tout à fait destinés à ça, mais d'autres... qui doivent rester en teinture synthétique parce que ça n'aurait pas beaucoup de sens de le faire en végétal de par le volume de par plein de choses et je trouve que c'est vraiment important de ne pas opposer les deux donc justement moi qui ai fait un peu l'erreur peut-être j'aimerais

  • Speaker #1

    avoir du coup cet oeil côté synthétique Si vous avez un mot de la fin, quelque chose que vous n'avez pas dit, ou un message ?

  • Speaker #0

    Ce que j'aimerais ajouter, c'est de ne jamais oublier ce qui nous a précédés, et qu'il y a des textes, qu'il y a énormément de littérature, qu'aujourd'hui il y a des chercheurs qui écrivent, qui analysent, qui essayent de comprendre. On est dans une... Aujourd'hui, on a accès à de l'information, autant qu'on en veut. La couleur végétale, c'est... C'est une pratique d'expérience, mais de connaissance, et qu'il est hyper important de travailler, en fait, et de chercher à comprendre, et de lire, en fait. Parce qu'il y a quand même une littérature incroyable sur les pratiques de la couleur végétale à travers le temps, et qu'il ne faut pas s'arrêter à… à quelques expérimentations ou quelques résultats rapidement obtenus. C'est vraiment une... voilà, une pratique qui est sur du long terme et qu'on n'a pas la science infuse et qu'on apprend tous les jours en fait. Et ça, c'est assez incroyable en fait, qu'on apprend tous les jours. Bon, elle n'était pas tous les jours, au moins toutes les semaines, quand on pratique régulièrement en tout cas. Mais ça, c'est extrêmement réjouissant comme pratique parce que voilà, c'est... on est des passeurs en fait et ça je trouve que c'est hyper important de bien avoir ça en tête on est dans le suivi de quelque chose je dirais

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ArtEcoVert, A-R-T-E-C-O-V-E-R-T, pour y découvrir le nom des prochains invités. Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix. C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale. Merci à tous !

Description

⁉️ Savez vous ce qu'est une teinturière végétale à façon ?


Retrouvez Charlotte Marembert & Myrobolan sur : https://www.boutique-myrobolan.com/ 

@myrobolan_teintures_vegetales 


Dans cet épisode nous parlons, de réparation d’œuvres d'art sur la partie teinture végétale, de la réalisation de Charlotte Marembert d'un nuancier de couleur végétale de plus 600 procédés de teinture du 17ème siècle. 

Nous échangeons sur le fait de devoir repenser la consommation de nos vêtements,

d'industrialiser la teinture végétale pour répondre à la demande qui progresse, nous parlons de questions d'échelle, de coûts de production. 


Nous abordons également la méconnaissance du métier de teinturier aujourd'hui. La pluralité des teinturiers et de leurs pratiques, l'isolement de ce métier et l’absence de fédération. 

De cet apprentissage de la teinture végétale, qui malgré l'apparition de formation diplômantes récentes, reste peu accessible et nécessite beaucoup de pratique. 


L'importance de revenir à la chimie (tinctoriale) pour savoir ce qu'on fait et être plus en maitrise. 

Nous parlons des inspirations que sont Dominique Cardon et Michel Garcia dans la Teinture végétale avec leur deux approches différentes. 

Charlotte nous parle de sa passion pour la cochenille, son histoire et des possibilités qu'elle offre en couleur naturelle. 


Et bien d'autres sujets, 


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#E4 - Doriane Chagot Mansuy -

ArtEcoVert, LE podcast de la couleur végétale 🌿, de la graine à la couleur finale dans tous les domaines d'application : 

  • Alimentaire : pâtisserie, 

  • Teinture végétale : sérigraphie végétale, éco-print, bundle dye, shibori … sur fibres naturelles. La teinture végétale fait partie des teintures naturelles mais n’utilise que des plantes tinctoriales.

  • Cosmétiques : Coloration capillaire végétale, savonnerie (savons végétaux), maquillage,...  

  • Beaux arts : encres végétales, sérigraphie végétale, aquarelles végétales, peintures végétales, craies grasses végétales… 

  • Bio matériaux, bio plastiques teints végétalement, 

  • Agriculture de plantes tinctoriales et production de Colorants biosourcés (Pigments végétaux et Colorants végétaux) Garance, Indigo, Réséda, Tanins… 

En effet, on explore dans ce podcast un des nombreux pouvoirs des plantes à savoir : LA COULEUR 

L’objectif d’ArtEcoVert est de proposer la couleur végétale 🌿 comme alternative combinée à la couleur de synthèse, dérivée du pétrole et est néfaste. 

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  1. ArtEcoVert LE PROJET ⭐

pour catalyser la réémergence de la filière tinctoriale (construire du lien, des échanges, faire avancer, poser les bases, apporter les preuves, …) 

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  • ma volonté de redynamiser cette filière 

Chaque mission contribuent à soutenir la pérennité du podcast ArtEcovert

Vous êtes intéressés : pauline.artecovert@gmail.com


Pauline Leroux

Transcription

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert, le podcast qui vous parle d'art, d'écologie et de verdure.

  • Speaker #1

    Je suis Pauline Leroux,

  • Speaker #0

    ingénieure agronome passionnée de plantes, et je vous emmène à la découverte de la couleur végétale et de toutes ses applications, que ce soit dans le textile, l'ameublement, l'artisanat, la décoration et dans d'autres domaines, chaque jeudi et samedi à 7h30. Je vous propose des épisodes riches avec des invités passionnants pour approfondir le sujet de la couleur végétale sur toute la chaîne de valeur. Mon but, fédérer et démocratiser la couleur végétale dans le monde.

  • Speaker #1

    Alors c'est parti, bonne écoute !

  • Speaker #0

    Alors bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir ce podcast Charlotte Marambert. Bonjour Charlotte.

  • Speaker #1

    Bonjour.

  • Speaker #0

    Alors Charlotte, première question, est-ce que vous pouvez vous présenter, nous raconter votre parcours et comment vous êtes arrivée à la teinture végétale ?

  • Charlotte Marembert Myrobolan

    Oui, alors je suis donc Charlotte Marambert et j'ai un parcours... d'études au Beaux-Arts, puis d'études de design textile à la Cambre à Bruxelles, ce qui fait qu'aujourd'hui je vis toujours à Bruxelles depuis presque une vingtaine d'années. Mais je suis arrivée à la peinture végétale bien avant tout ça. J'ai commencé quand j'avais une quinzaine d'années, quand j'étais adolescente en fait, où, je ne sais plus pour quelle occasion, ma mère m'offre un livre pour fabriquer du papier végétal. Et... Je viens de la campagne, je viens d'Auvergne en France. J'ai à peu près cuit tout le jardin. Le principe de teindre, pas de teindre justement, mais bien de fabriquer du papier végétal. En gros, le principe, c'est de cuire la cellulose des plantes avec des cristaux de soude. Deux, j'avais lisé, parce qu'il s'agit d'écrire sur ce même papier. Et on est là, un peu avant les années 2000 à peu près. C'est loin d'avoir des considérations écologiques. voilà et j'ai à peu près cuit tout le jardin j'ai pressé, j'ai fait du papier etc et je me rends compte quand même qu'à l'occasion de la cuisson il y a du jus coloré et ma mère me dit avant de façon assez large on teignait les textiles avec des plantes sauf qu'on est à une époque qui aujourd'hui bien révolue c'est à dire une époque sans internet et où l'accès à l'information est beaucoup plus laborieux, je dirais, va dans une librairie commander un livre sur les couleurs végétales. Et là, il y en a deux. Il y a celui, il y a le guide des teintures naturelles, qui est le premier livre, je pense, que Dominique Cardan a édité, avec des illustrations de Gaëtan Duchatnet aux éditions de la Chaux-en-Besley, un éditeur suisse, qui est malheureusement plus édité, qu'on trouve encore aujourd'hui en occasion, mais qui... qui a été ma première bible et suis le livre de Michel Garcia, le premier livre chez Edith Hulot. Et c'est comme ça que je me rends compte que je suis entourée de plantes teintoriales. S'il n'y a pas de plantes teintoriales, eh bien, il suffit de les faire pousser. Après avoir cuit tout le jardin, je continue de recuire tout le jardin, mais pour faire les couleurs. au plaisir, sans forcément y voir d'application. Je viens d'une famille où on apprend à tricoter dès son plus jeune âge, parce que ça fait partie de la tradition familiale. Mais ce n'est pas une revendication écologique, ce n'est pas une revendication... Voilà, c'est naturel et c'est normal de savoir tricoter, de manipuler des fibres, d'avoir des connaissances botaniques, ce type de choses. j'ai vraiment été nourrie par tous ces biais-là. Et je teins, voilà. Et c'est comme ça que ça commence. Mais sans application. C'est-à-dire qu'on continuait de tricoter avec des fils qui n'étaient pas forcément extraordinaires du magasin de fil à tricoter à côté. Et puis en même temps, je teignais du fil de laine que j'achetais chez un éleveur de la région voisine. Voilà. Et puis, ça a continué comme ça, où j'ai fait des études de beaux-arts. où je teignais pour mes projets, s'il y avait besoin, et puis j'entre en design textile à la campagne. Les cours en couleur végétale sont relativement succincts et très rapides, et ce n'est pas là vraiment que j'apprends. Je me forme de mon côté, d'abord chez une personne qui avait été elle-même formée par Michel Garcia, et puis après je me forme régulièrement auprès de Michel Garcia.

  • Speaker #0

    Vous arrivez ensuite, après vos études, à la création de mirobolant.

  • Speaker #1

    Tout à fait.

  • Speaker #0

    Que veut dire mirobolant ? Parce que c'est important.

  • Speaker #1

    Le mirobolant ou mirobalant, c'est une ressource colorante riche en tannin qu'on utilise beaucoup dans la pratique de la teinture végétale. C'était un petit clin d'œil à l'expression du ce n'est pas mirobolant dans le sens où le mirobolant était une ressource riche et quand c'est pas mirobolant, c'est pas génial, mais quand c'est mirobolant, c'est génial, voilà donc c'était un petit clin d'œil et c'est vrai que on a souvent des, c'est pas évident de trouver un nom de marque et on est souvent autour de la Garance, de l'Indigo, voilà c'est des noms qui reviennent très souvent et je sais pas comment ça m'était venu je me souviens pas exactement mais voilà Et en effet, je créais Miro Boland dans les années 2010 à peu près, un peu avant je pense, parce que je travaillais en tant qu'étudiante dans une boutique de fil à tricoter et que je me rendais compte qu'il y avait de plus en plus de clients, clientes, qui étaient désireux d'avoir des matières qui étaient naturelles. Et puis, on commençait à parler de teinture végétale. Et à un moment donné, je me suis dit, ah, mais en fait, finalement, j'ai toutes les clés en main. J'ai une petite expérience en teinture. J'ai une connaissance du milieu des filatures, du milieu du fil à tricoter. Je suis designer textile, voilà. Et c'est comme ça que j'ai créé une marque de fil à tricoter, uniquement teint en couleur végétale. C'était encore une époque où ça commençait d'émerger, le renouveau, je dirais, de la couleur végétale. Mais c'était encore assez discret. Quand je faisais des salons, on était deux, trois à proposer ce type de produit. Aujourd'hui, c'est énorme sur les salons, la proposition de fil à tricoter en teinture végétale. Ça a complètement explosé. Mais ce n'était pas du tout le cas à l'époque.

  • Speaker #0

    Et l'activité, c'est ça ou il y a encore d'autres activités derrière ? J'ai cru comprendre qu'il y avait aussi une partie teinture. J'ai lu capacité maximale de 200 litres de teinture. En gros, vous pouvez également teindre d'autres fibres dans vos ateliers pour des... des entreprises, des gens qui veulent se lancer. Oui,

  • Speaker #1

    c'est ça. En fait, j'ai vraiment commencé uniquement avec le fil à tricoter parce que quand il n'y a pas d'offre, il n'y a pas de demande, en fait. Et à ce moment-là, loin de moi l'idée qu'un jour je puisse... vivre de ça, en faire... C'était vraiment, je caressais le doux rêve en me disant, voilà, si un jour, je pouvais teindre toute la journée. Et en fait, je me suis un peu fait connaître, forcément, avec les fils. Puis, j'ai eu des transformateurs de laine, des éleveurs qui m'ont appelée et qui me disaient, j'aime bien votre travail, mais est-ce que vous voudriez bien teindre sur ma laine, sur mon fil, sur... mes tissus, parce que j'ai, voilà, de fil en aiguille, en fait, je me suis mise à peindre davantage pour les autres que pour la marque de fil à tricoter. Et puis, voilà, avoir une marque de fil à tricoter, ça implique d'être un comptable, enfin, mille professions que je n'étais pas, un comptable, un bon communicant, quelqu'un qui fait salon. qui sait vendre son... Voilà, ce qui n'était pas trop mon truc. Ce n'est pas de mes meilleures compétences. Et voilà, en fait, je m'amusais beaucoup plus à... C'était pour moi beaucoup plus stimulant... Enfin, c'est pour moi beaucoup plus stimulant peindre à façon, donc c'est comme ça qu'on dit. Parce qu'à chaque fois, j'ai une nouvelle matière, parce que j'ai des demandes qui sont extrêmement différentes, extrêmement variées, selon pour qui je travaille.

  • Speaker #0

    clients sont très c'est très large en fait les applications et c'est tellement plus enrichissant on va dire l'écosystème que vous avez donc vos clients viennent vous démarcher vous faites de la teinture à façon vos fournisseurs vos partenaires, votre réseau comment ça se passe ? Est-ce que c'est compliqué en Belgique de trouver des acteurs ou est-ce que vous achetez vos colorants ? Comment vous réalisez vos matières premières ?

  • Speaker #1

    On va commencer par les matières premières les fibres En général, elles viennent du client parce qu'il y a un cahier des charges, parce qu'il y a une envie de travailler sur telle ou telle matière. Après, c'est souvent en concertation parce qu'une matière doit être noble pour qu'elle puisse recevoir la couleur végétale. Ça, c'est indispensable à ce que ce soit des matières de... très qualitative en fait, naturelle évidemment, mais qualitative, pour que la couleur végétale puisse prendre au mieux, si vous voulez. Donc voilà, et puis pour les colorants, c'est varié. C'est-à-dire que j'essaye de soutenir au maximum des initiatives de type AMAP, comme il y en a deux en France. La MAP Tinctorial des Cévennes et la MAP Tinctilis Cecilia Aguirre, qui ont développé toute une production de plantes teintoriales. C'est précieux, je trouve ça extrêmement important de soutenir ces initiatives et que si nous les teinturiers n'achetons pas chez eux, ce n'est pas viable. Mais ce n'est pas forcément non plus simple d'avoir uniquement ce système-là comme fournisseur. C'est très varié en fonction des ressources. Prenons un exemple, la garance. J'ai des clients qui veulent absolument que... que leur teinture soit 100% française, alors je vais me fournir dans une garance française. Pour d'autres, ce n'est pas un sujet, et donc je vais travailler avec la garance qui vient d'Iran et qui est moins onéreuse et qui est très qualitative. C'est très varié. La cochenille, par exemple, si on veut être le plus local possible, on est au Canary, on ne peut pas faire mieux. C'est extrêmement varié, et il faut avoir des stocks aussi, parce que... parce qu'on travaille avec du vivant, ça ne faut jamais l'oublier, et qu'à un moment donné, surtout quand on travaille avec des systèmes type AMAP, eh bien, il n'y a plus de stock, il n'y a plus de stock, et il faut attendre l'année prochaine. Donc, c'est difficile pour certains clients de l'entendre. Il y a beaucoup de pédagogie à faire quand on dit, ça, je n'en ai plus. Il faut attendre l'année prochaine. Ça peut être un peu délicat. Voilà, et il y a évidemment Greening, Patrick Renac, qui produit des extraits. Voilà, il y a Michel qui a aussi fourni toute une série de ressources. Voilà, c'est très varié et il faut pas mettre ses œufs dans le même panier, évidemment.

  • Speaker #0

    Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples de réalisations que vous avez faites avec des clients qui sortent un peu, qui vous ont plu, des projets qui vous ont intéressés, que vous pourriez citer pour nous illustrer votre quotidien ?

  • Speaker #1

    Alors en fait, je dirais que je travaille… selon différents axes. Ça dépend vraiment de la clientèle. Il y a des demandes qui sont subjectives, je dirais. Je travaille notamment avec une artiste tissante qui s'appelle Nadine Marshall, qui est dans le médium et le textile, le tissage, mais qui a toujours des demandes. incongrue, je dirais. En ce moment, par exemple, je travaille pour elle sur un projet lié à un torréfacteur de chocolat, un transformateur de chocolat. Et on travaille sur des résultats avec des cosses et des fèves de cacao. Je travaille pour elle sur parfois... On atteint de la paille, du mouton retourné, de la peau. Il y a toujours des demandes incongrues et toujours très plaisantes parce qu'il y a de la recherche. On n'est pas dans les... On s'en tient battu. Et ça, c'est vraiment très chouette d'être poussée un peu dans ces retranchements et dans ces petites habitudes d'atelier. On évolue toujours. Les protocoles évoluent. On n'a pas inventé l'eau chaude, ça c'est une évidence, parce qu'on a quand même des millénaires de pratiques de la teinture végétale derrière nous, mais on ajuste en fonction de son expérience, ses résultats, on est toujours en train de peaufiner, d'améliorer probablement, je ne sais pas, en tout cas dans sa propre pratique. Ça c'est toujours très très plaisant en fait, du coup d'être poussé vers des... de nouvelles ressources, sur de nouvelles matières, pour pouvoir aller explorer d'autres raisons. C'est vraiment hyper intéressant. Sur le coup, on m'aurait dit, il faut teindre avec des fèves de cacao. Je dirais, oui, allez, encore une espèce de nouveauté qu'on croit avoir inventé quelque chose. Mais là, on est dans une autre dynamique et donc c'est vraiment très, très, très plaisant. Après je teins aussi selon des objectifs extrêmement précis de couleurs. Et là on est dans des logiques qui sont complètement différentes. Notamment pour la tapisserie contemporaine d'Aubusson, notamment avec une lissière qui s'appelle Céline Ferron de l'atelier C.C. Brindlaine. On travaille d'après des œuvres, on a travaillé d'après une série graphique de Blex Bollex. artistes, illustrateurs contemporains. Et voilà, il s'agit là, dans des moments comme ça, d'être parfaitement raccord avec l'original, on va dire. Et donc, on n'est pas dans des considérations de type de colorant. Il y a une matière donnée, évidemment. Mais voilà, on est dans une recherche extrêmement précise d'une couleur, sachant qu'il est toujours... un peu compliqué d'avoir une référence, par exemple, papier. Il y a forcément une interprétation entre une référence couleur papier et une référence couleur matière. parce que la brillance ne va pas être la même, la réflectance ne va pas être la même, la perception n'est pas la même selon les ombres, etc. Voilà, donc ça, c'est une autre façon de travailler qui est très rigoureuse. Ça appelle aussi à être possiblement reproduit, parce qu'une tapisserie peut être vendue possiblement plusieurs fois selon le contrat de départ. Et donc, parfois, quelques années après, on peut me demander de refaire exactement la même couleur. C'est compétent. Les ressources colorantes n'ont pas forcément été cueillies à la même période, à la même époque, elles n'ont pas eu la même pluviométrie, donc il ne va pas y avoir forcément le même potentiel colorant au sein de la plante, ce qui fait qu'il faut...

  • Speaker #0

    et ajuster une permanence alors il y a cette partie donc avec vos clients plutôt on va dire phase de teinture plutôt classique il y a la sortie des sentiers battus avec des demandes qui vous qui vous voilà vous plaisent aussi parce que c'est nouveau il y a la rigueur on va dire de reproduction de couleurs et j'ai eu du coup votre contact par Dominique Cardon qui m'a parlé de votre lien avec le CNRS et j'aimerais bien qu'on arrive sur ce sujet que vous nous racontiez un petit peu votre lien ce que vous y faites et

  • Speaker #1

    la partie recherche alors ça c'est le troisième volet du coup CNRS parce que là tellement on travaille sur un deuxième projet avec eux c'est c'est le labo d'archéosciences archéométrie de Bordeaux où il y a il y a Hortense de la Codre qui est une doctorante qui soutient justement sa thèse la semaine prochaine et dont le projet était sur les colorants utilisés fin XVIIe, début XVIIIe notamment sur une tapisserie conservée au musée à la Cité Internationale de la Tapisserie de Busson qui s'appelle Verdure fine au Comte de Brûle, c'est tout un programme c'est une tapisserie qui est absolument... vraiment très bien conservé. Il est fin 17e, qui est plutôt monumental. Il y a un documentaire CNRS qui a été tourné là-dessus. Je pourrais vous envoyer le lien si vous le souhaitez. Il s'agissait en fait de reproduire les protocoles, pas reproduire les couleurs, puisqu'on sait très bien que ce n'est pas possible de ne pas avoir la même matière. On n'a pas les mêmes ressources colorantes. forcément, en tout cas pas de la même qualité, évidemment, mais on est dans une reproduction de protocole, c'est-à-dire que le labo au CNRS a mis en place un outil d'analyse qui est sans contact. Donc ça, c'est vraiment extrêmement intéressant parce qu'auparavant, on avait tendance à prélever des fibres à l'arrière en général des œuvres pour pouvoir les analyser. Et là, c'est un outil qui a été mis au point par la NASA, qui est transportable, etc., et qui en fait va à une certaine distance, donc il n'y a pas de contact, venir scanner, si vous voulez, et analyser pixel par pixel. presque chaque zone de la tapisserie. Donc, ça va envoyer un spectre, une information sur la couleur et donc sur la teinture qui a été utilisée, sur la ressource colorante et les mordants, etc., qui ont été utilisés. Mais comme c'est sans contact, évidemment, il y avait besoin d'un… d'un référentiel, d'un outil qui permettait de comparer, un outil comparatif en fait. Et c'est comme ça qu'on a fait acter pour que je produise ce nuancier référentiel qui est de, je crois qu'il y a presque 600 références. Donc 600 protocoles qui ont été réalisés selon des recettes du fin 17e, début 18e. Et donc ça c'était vraiment... particulièrement fou parce qu'il y a évidemment des recettes qui sont complètement aujourd'hui hors du temps on utilise de l'étain on utilise vraiment des choses on y va quoi on ose à cette époque donc j'ai évidemment été confrontée à des choses qui ne sont pas dans ma pratique actuelle et ça c'est quand même même si on sait que c'est C'est très délicat. C'est quand même extraordinaire d'être amenée à atteindre avec les gestes, en essayant de reproduire du mieux que l'on peut les gestes et ces recettes d'un autre temps. C'est assez exceptionnel comme proposition. C'est extraordinaire.

  • Speaker #0

    Ce référentiel pourrait servir pour les industriels dans le sens où… Des gens que j'ai autour du micro, ils me disent, nous, ce qui nous manque sur la couleur végétale, ce serait un genre de pantone, un référentiel de couleur. Est-ce que ce que vous vous proposez avec type de procédé, sur fibre, matière colorante, etc., est-ce que c'est un début de piste ou en fait, ce ne serait pas du tout ça dont ils auraient besoin ?

  • Speaker #1

    Impossible. impossible pour plusieurs raisons le pantone couleur végétale on peut en faire des milliers de milliers dans le sens où j'ai beaucoup de clients qui me disent vous auriez pas un petit nuancier comme ça où on pourrait choisir et bien non parce que chaque fibre va recevoir la couleur d'une façon différente. En fait, ça fait des années que je suis en train de développer. Un jour, il sortira. C'est plutôt un outil pédagogique. Alors, sur la laine, parce que c'est quand même ma fibre de prédilection, sur une sorte de nuancier, justement, mais qui n'a pas comme finalité d'être un référentiel, mais plutôt un outil pédagogique, on va dire. Je travaille sur huit laines différentes. Donc, des laines de pays, des laines... mérinos australiens, de la laine peignée, de la laine cardée, de l'alpaga, voilà. Donc, des laines qui sont certaines très différentes, d'autres beaucoup moins, avec le même protocole, sans compétition, donc avec des casseroles qui sont séparées, etc., un échantillonnage vraiment qui est hyper rigoureux et précis et avec, voilà, le même protocole, la même ressource, les mêmes quantités, les mêmes process. Eh bien, vous avez huit résultats différents. Et j'ai même là fait dernièrement avec une autre trois types de cochenilles. Une cochenille qui vient du Pérou, une cochenille qui vient du Mexique et la cochenille qui vient des Canaries. et j'ai aussi j'ai 3 fois 8 résultats et en fait le référentiel c'est un vœu pieux, c'est n'importe quoi c'est impossible de produire un référentiel ou alors c'est quelque chose qui est possible si pour une industrielle par exemple, ils travaillent toujours sur la même matière c'est à dire si c'est une filature de lin, j'en sais rien où on se dit, on fait un référentiel sur le lin non blanchi, qui est au mouillé, qui a telle et telle caractéristique, et on se fixe sur une fibre. Mais même selon les approvisionnements de plantes, alors avec les extraits, on a l'avantage d'avoir un nivellement. C'est possible, parce que forcément, au niveau de la qualité, c'est beaucoup plus calibré, je dirais. Mais avec les plantes directes, selon les années, un réseda de 2021 et un réseda de 2022 ne vont pas donner la même... couleur à protocole égal.

  • Speaker #0

    Donc on ne peut pas cadrer le vivant, que ce soit la fibre, sa qualité, ou la ressource colorante qui, en fonction de l'hygrométrie, du soleil reçu, de la période cueillette, etc., en fait, c'est un vœu pieux, si j'entends bien.

  • Speaker #1

    Complètement. Si vous gardez la même race de moutons, le même troupeau, d'une année sur l'autre, la qualité de la laine ne sera pas la même. Et donc, la laine ne va pas recevoir la couleur de la même année. et donc ça ne modifie pas le fait qu'en couleur végétale on puisse reproduire ça aussi c'est les grandes questions de en couleur végétale on ne peut pas faire deux fois la même couleur si bien sûr que oui mais ça demande du travail, ça demande un rééchantillonnage, un réajustement du protocole, etc. Si, bien sûr que c'est possible, mais évidemment, on n'est pas dans du pot de l'estir extrudé, dans la masse, c'est aussi simple que ça, on est dans du vivant, et donc travailler avec du vivant, c'est accepter que les choses soient vivantes.

  • Speaker #0

    Le travail que vous réalisez avec le CNRS, c'est vraiment cette histoire de nuancier mais de pratiques qui datent des siècles passés.

  • Speaker #1

    des reproductions de protocoles début 18ème mais là le projet il est terminé sur la verdure au compte de brûle et là depuis un an je travaille avec une autre doctorante du même labo qui elle travaille sur la fameuse dame à la licorne dont on m'a parlé Dominique et le monde est petit là la question elle est un peu différente il s'agit de travailler et d'analyser les différentes restaurations qui ont eu lieu sur la Dame à l'Hélicorne, restaurations qui ont été plus ou moins heureuses. Il y a beaucoup de mythes autour de ces restaurations, couleur végétale, couleur synthétique, etc. Il reste encore deux ans de travail, c'est une thèse qui est sur trois ans, donc on achève la première année. Au niveau teinture, il y a pas mal de choses qui ont été faites déjà, mais il ne faut pas spoiler des choses avant qu'elles soient sûres et certaines. il va y avoir un certain retentissement parce qu'il y a beaucoup de mythes sur cette histoire mais que la science va éclairer d'une façon scientifique rigoureuse,

  • Speaker #0

    avec des preuves vous nous faites un teaser de dingue il faudra qu'on ait la suite de l'histoire alors donc Charlotte, on a vu les travaux au CNRS il me semble que vous aviez aussi des projets avec le Louvre, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

  • Speaker #1

    Oui, ça fait maintenant deux ans, je pense, que j'ai été sollicitée par une personne qui s'appelle Montaigne Brongrand, qui s'occupe d'un groupement qui est restauratrice-conservatrice. Et il y a une mission au Louvre, au Centre national de conservation du Musée du Louvre, pour le département des arts islamiques, travail de conservation de tapis. Alors c'est des tapis qui datent, on est entre le 18e et le 20e siècle, ce n'est pas forcément très très ancien, et qui ont besoin d'être stabilisés, d'être exposables on va dire, c'est-à-dire que c'est des tapis qui présentent des lacunes, des fragilités, et qui vont être consolidés pour être exposables. Et donc c'est Montaigne-Montgrand qui a fait appel à moi. Ce n'est pas le musée du Louvre en fait, c'est vraiment une volonté de cette personne que de mener ce projet à bien avec des couleurs végétales. En fait, on n'intervient plus aujourd'hui sur les œuvres en tant que telles. On intervient de façon la prudente, je dirais, et la plus réversible possible, c'est-à-dire qu'il n'y a plus d'intervention directement, mais on va venir consolider notamment avec un tissu de support, donc c'est le fameux tissu que moi, dont je m'occupe, c'est-à-dire de teindre ce tissu qui est un tissu de laine, puisque les tapissons en laine sont 100% des cas, parfois un peu de soie aussi évidemment. Et en fait, on va venir apposer le tapis sur ce tissu support de laine sur lequel il va être cousu. Et donc, ce tissu doit être le plus raccord possible, mais vraiment, vraiment, vraiment, avec le... Le fond, en général, du tapis, après, il arrive qu'on fasse des patches, si vous voulez, parce qu'il y a des lacunes dans une zone plutôt orangée-rouge, une lacune dans une zone plutôt bleue, alors que le fond du tapis est brun ou beige.

  • Speaker #0

    Quand vous dites lacune, c'est par exemple, il manque de la fibre ? Un trou. D'accord, c'est un trou. Alors, parfois,

  • Speaker #1

    c'est un trou. Non, alors parfois, il y a des vrais, vrais trous et des bons, gros trous. Et donc, on voit très, très bien mon travail. mais le but c'est qu'il soit le plus discret possible, voire qu'il soit quasiment invisible. pour améliorer et pour donner une lecture aux spectateurs la plus claire et la plus possible. Mais parfois, il manque de la trame et on ne voit que la chaîne, qui souvent est de couleur très, très claire. Et donc, quel choix on fait ? Il y a toujours tout un consensus qui doit être réalisé entre les restauratrices, la conservatrice en chef du département. Et puis, on regarde, on fait plein d'essais, évidemment, et on regarde...

  • Speaker #0

    à la lumière du jour, à la lumière de l'atelier sur place, avec l'angle qui est prévu pour l'exposition, à une lumière qui correspond à celle des salles d'exposition pour ce type d'œuvre. Donc souvent, on regarde de dessus, de côté, milieu, c'est toute une affaire avant de faire le bon choix. mais voilà l'idée est d'être le plus discret possible pour avoir une lecture de l'oeuvre la plus juste possible mais c'est passionnant parce qu'on touche à des des tapis qui ont traversé les temps. Il y a quelque chose d'assez exceptionnel d'aller travailler dans une maison comme ça. Le centre de conservation n'est pas à Paris, il est à Liévin, à côté du...

  • Speaker #1

    C'est à côté de chez moi.

  • Speaker #0

    À côté du Louvre-Lens.

  • Speaker #1

    Juste à côté,

  • Speaker #0

    qui est un bâtiment très récent qui a deux ans, trois ans, quelque chose comme ça. Et voilà, c'est... on se rend compte de la richesse exceptionnelle qui est dans les réserves du Louvre. Je ne sais pas quel est le pourcentage de ce qui est visible et invisible, mais c'est... Déjà, le musée du Louvre est un musée qui est énorme, mais alors les réserves, c'est fou. ça ne rentrait pas dans les réserves. On travaillait dans un atelier à côté. Mais c'est exceptionnel.

  • Speaker #1

    Et justement, Charlotte, est-ce que vous devez... Je suppose qu'on prépare une œuvre à l'exposition. Qu'est-ce que vous devez faire pour préparer ? Est-ce que vous pouvez nous dire, en quelques mots, comment on prépare une œuvre à être exposée au public ou à être conservée dans les arrières-salles, comme vous nous décrivez ? C'est quoi, en fait, ce à quoi il faut faire le plus attention pour ne pas abîmer l'œuvre ?

  • Speaker #0

    Alors ça c'est le travail des conservatrices, c'est pas le mien, donc ce que je vais vous rapporter c'est ce que j'observe de leur travail qui est très minutieux et très impressionnant, c'est-à-dire qu'en fait il faut en premier lieu supprimer toute restauration malheureuse qu'il y a pu y avoir ultérieurement, donc elles vont en général... Déjà dégagé toute une série de films, de pièces rapportées pour combler les lacunes justement, voilà. Et c'est surtout en fait... permettre une stabilité dimensionnelle à l'œuvre. C'est-à-dire que le tapis va être apposé sur ce tissu de support en laine, qui est une toile de laine relativement fine, dont je m'occupe, que je teins. Et puis, il va y avoir une doublure encore en dessous, avec une fenêtre. La doublure a une fenêtre, justement, pour qu'on voit la qualité du... qui se supportent et tout le tapis va être cousu pardonnerai restauratrices et restaurateurs qui m'écoutent mais je crois que ce point s'appelle le point de restauration il y a un point qui est invisible en fait qui est cousu avec un fil de soie qui est teint ou pas, ça dépend si on trouve notre bonheur dans ce qui existe déjà c'est vraiment de garantir la stabilité dimensionnelle de l'oeuvre qu'elle ne se détériore pas davantage que les lacunes soient stabilisées, c'est-à-dire qu'un trou ne s'agrandisse pas, grossièrement c'est ça, et que le textile, là en l'occurrence les tapis, soient manipulables sans les abîmer davantage.

  • Speaker #1

    et si vous avez une lacune qui est un trou assez grand et qu'il y a plusieurs nuances à cet endroit là vous devez vous teindre votre tissu de manière dégradée la plus optimale pour que ça passe inaperçu alors c'est pas arrivé encore

  • Speaker #0

    mais oui ça pourrait être une possibilité en fait on essaye de donner un résultat visuel le plus heureux mais le plus discret possible donc si il est nécessaire qu'il y ait un raccord couleur alors si on est entre un bleu et un brun ou deux couleurs qui sont très différentes je pense qu'on va plutôt teindre deux tissus et faire une couture mais pour le moment c'est arrivé Merci mais on se retrouve parfois dans les relations qui sont un peu dans le sens où il y a beaucoup de tapis où les fonds étaient tissés avec une laine brune mais naturelle en fait des moutons naturellement bruns et donc je me retrouve à devoir faire des bruns extrêmement foncés et chargés avec une couleur de tissu qui est couleur naturelle naturelle et crue Je me retrouve à devoir monter des brins et monter les brins, c'est loin d'être si simple en couleur naturelle. Ça se compose, ça se travaille et puis il n'y a rien de plus nuancé, je dirais presque que les brins et les beiges, ils sont soit un peu trop jaunâtres, un peu trop rougeâtres, un peu bleuâtres, ils ne sont jamais comme il faut, on est toujours en train de réétablir. et voilà c'est assez paradoxal finalement de se retrouver atteindre en couleur végétale une qualité qui est à l'origine d'une laine naturelle ça fait partie du jeu et les œuvres doivent être protégées aussi je suppose des

  • Speaker #1

    lumières qui pourraient être orientées dans les quand elles sont exposées est-ce que les lumières les UV artificielles entre guillemets enfin les lumières artificielles peuvent altérer ou non les tapis oui

  • Speaker #0

    Oui, bien sûr, mais dans les conditions d'exposition, il y a des normes, je ne saurais pas vous les dire, mais il y a un maximum de luxe par année. Une œuvre ne doit pas supporter un certain quota de luxe. dans un certain temps donné. Donc, il y a plein de... C'est très encadré.

  • Speaker #1

    Maintenant, j'aimerais vous poser des questions sur plutôt votre point de vue pour un retour à la teinture végétale à grande échelle. Pour vous, quels sont les freins actuels à ce retour à la grande échelle ?

  • Speaker #0

    Il y a plusieurs choses dans votre question. Il y a la question de la grande échelle tout court. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est dans une consommation… Alors, j'ai parlé d'abord plus largement. Vous l'avez déjà très bien exposé dans vos zooms précédents. Il y a une consommation et donc forcément une… création, une production excessive, ultra excessive, dans le domaine du textile. Je disais ça le mois dernier, et je n'ai pas retrouvé le papier, mais si aujourd'hui la production textile s'arrêtait... On aurait pour 80 ou 120 ans un truc exceptionnel où tout le monde pourrait… Je n'ai pas lu ça. La planète entière pourrait être habillée sans problème pendant plus d'une centaine d'années, sans avoir de manque, il ne manquerait de culotte à personne, mais on pourrait arrêter la production textile aujourd'hui, il n'y aurait aucun problème. Il y a cette question-là, dans la grande échelle, qui est démesurée. qui est, me semble-t-il, complètement à contre-courant des enjeux qui sont les nôtres aujourd'hui, d'un point de vue environnemental notamment. Teindre à grande échelle. C'est en végétal. Pour moi, ça n'a aucun sens à très grande échelle, ou en tout cas, de nourrir, de satisfaire l'appétit textile que la société a aujourd'hui en teinture végétale n'a aucun sens. Il vaudrait mieux cultiver davantage de céréales ou je ne sais quoi pour nourrir la planète que de cultiver des plantes teintoriales pour teindre les textiles de la société. Ça, je pense.

  • Speaker #1

    dans ces quantités actuelles dans les quantités dans lesquelles parce que c'est ça on est d'accord bien d'accord ça c'est certain

  • Speaker #0

    après je trouve qu'on a aujourd'hui l'avantage d'avoir de repratiquer alors je parle à l'échelle européenne attention parce qu'il y a plein de sociétés et plein d'endroits sur notre planète qui n'ont pas rompu comme nous on a rompu avec les colorants synthétiques pratiques traditionnelles de teinture végétale alors après évidemment les colorants synthétiques ont envahi la terre entière mais Mais il y a des endroits où la rupture est bien moindre que celle qu'on a vécue dans notre société occidentale. Donc c'est important que ces alternatives arrivent et c'est important de pouvoir satisfaire une certaine demande d'une production qui est autre, qui est plus propre, qui est, on pourrait dire, parfois plus écologique, même si ce mot est à prendre avec de grandes pincettes, je trouve. dans le milieu textile, parce qu'il y a tellement de paramètres que l'être écologique me fait souvent un peu doucement rire. Je trouve que la grande échelle a de l'intérêt parce qu'on fait aussi de l'économie en agrandissant les échelles. Donc ça,

  • Speaker #1

    c'est vraiment intéressant,

  • Speaker #0

    bien sûr. Et qu'il faut être habile pour mettre ça en place. Et que c'est vraiment une question qui est tout à fait pertinente et je dirais en fait, plutôt que de Je parlerais plutôt peut-être de moyenne échelle que de grande échelle. et moi c'est quelque chose que je travaille depuis des années sur l'agrandissement de ma capacité de production parce qu'aujourd'hui j'ai une capacité de production qui est quand même relativement limitée et voilà vous aviez mis 200 litres sur votre site je pense c'est ça que vous aviez mis et en termes c'est justement 200 litres pour mes deux mains Quand on travaille à la main, je ne travaille pas en barque. Les barques, c'est ces récipients de teinturerie industrielle, petits ou grandes, qui sont utilisés et qui sont souvent en partie mécanisés. notamment pour soulever les échevaux, soulever les textiles, etc. Mais voilà, moi, je n'ai pas cet équipement-là, pas actuellement, en tout cas. Il y a des projets, mais voilà, pas pour le moment. Et voilà, je pense que c'est vraiment intéressant. J'ai eu l'occasion de travailler pour des entreprises qui avaient besoin d'un travail... en couleur végétale à un peu plus grande échelle. Et donc, c'est possible. Il y a plein d'entreprises qui n'ont pas forcément les ressources en leur sein parce que les teinturiers sont des teinturiers en synthétique et que même si on fait le même métier, c'est-à-dire qu'on pose de la couleur sur une fibre, la façon de travailler et les protocoles sont complètement différents. Donc, voilà. Mais ça se fait très bien. Ça se fait très bien, en fait. Il n'y a aucun problème à… industrialiser la pratique. Je trouve que ça doit rester mesuré parce qu'on continue de travailler avec du vivant. Ça doit rester mesuré. Et cette question de l'industrialisation de la peinture végétale revient en effet tout le temps, tout le temps, tout le temps. Mais qu'est-ce que les gens attendent derrière cette question-là en fait ? J'aimerais qu'ils questionnent avant leur utilisation de leur textile en fait. Quand j'entends qu'un vêtement acheté est porté en moyenne une fois et demie, il y a un truc comme ça qui est complètement hallucinant. Et qu'ils sont parfois les mêmes personnes qui vous posent ces questions-là. ça me laisse un peu perplexe parce que commencer déjà de consommer les vêtements que vous avez aujourd'hui autrement en choisissant déjà des textiles de qualité, en en ayant beaucoup moins, en ayant des vêtements qui sont, qui durent dans le temps, qui sont métables pendant des dizaines d'années, qui sont réparables, qui sont voilà, il y a tout un il y a tout un écosystème à réfléchir. la teinture végétale en fait partie bien évidemment parce qu'on peut reteindre des vêtements même si ça peut être un peu délicat parce qu'il peut y avoir des tâches qui ressortent etc mais on peut il y a plein c'est tout un ensemble qu'il faut repenser mais ça c'est pas nouveau c'est

  • Speaker #1

    tout le système qu'il faut changer on rebat les cartes l'idée c'était pas de dire il faut tout changer l'idée c'était de me dire Bien sûr que l'essor ou le retour à la teinture végétale ne se fera pas sans une conscience du consommateur sur les quantités de textiles qu'il utilise. Ça, on est toutes les deux d'accord. On est aussi toutes les deux d'accord qu'on ne pourra pas dédier des terres arables que à la production de plantes teintoriales. C'est sûr que non, il faut combiner avec tous les besoins qu'on a. Mais ma question, c'était plutôt, moi je viens de la distribution, plutôt dans l'alimentaire, mais je me dis… Par exemple, je me mets à la place d'une petite entreprise textile qui aimerait lancer une collection capsule sur un type de produit. J'en sais rien, on va parler des culottes. Petit produit qui peut être en 100% coton, qui peut être en fibre naturelle, etc. Comment cette industrie textile, elle rencontre ? Comment le lien se fait avec les teinturières végétales qui sont pour moi ? des artisanes avec une petite capacité de production. J'ai l'impression que ces artisanes et artisans ne sont pas forcément fédérés. Et je me dis, par exemple, je veux me lancer dans des culottes avec une quantité, j'en sais rien, de 500 culottes, voilà. vers qui je m'adresse et comment l'entreprise textile trouve réponse à son souhait, si ce n'est que de passer par plusieurs teinturières ou teinturiers. C'est ça plutôt ma question, c'est de me dire est-ce que, je suis d'accord, je vais changer la question, c'est pas grande échelle, c'est moyenne échelle, et ça simplifiera la perception du coup de la question. Non mais c'est vrai, c'est important les mots parce que du coup, et en fait je voudrais voir votre avis, est-ce que est-ce que c'est fédéré ? Est-ce qu'on peut trouver, en tapant sur Internet, en Belgique, vu que c'est votre cas, teinturières végétales, capacité de production, à peu près les délais, à peu près... J'ai l'impression que cette étape-là n'est pas encore...

  • Speaker #0

    Non, l'étape avancée. Après, il n'y a aucune... C'est rare que les teinturiers aient façon directement sur... Alors, je parle en même temps synthétique, que les teintureries à façon vous disent sur leur site Internet ces temps et ces temps de délai, etc. C'est relativement rare, ça passe par des discussions, des prises de contact et des choses comme ça. Mais là, typiquement, moi, je travaille pour... Le studio Marie-Ève Nardou, qui est une tisserande qui travaille pour, qui a un champ d'action autour de l'ameublement plutôt, avec des valeurs de travailler avec de l'aide locale, des ressources les plus... échelle possible, etc. J'ai beaucoup échantillonné pour elles. Voilà, à partir de l'année prochaine, on sera sûrement sur des volumes qui seront bien plus élevés. Et dans ce cas-là, moi, je collabore avec une filature pour louer, si vous voulez, leurs barques éventuellement, pour pouvoir faire des productions qui sont plus grandes. Parce qu'aujourd'hui, dans mon atelier, ce n'est pas possible. Mais les choses, elles se font avec... en se parlant entre différents interlocuteurs et en appelant aussi différentes compétences. Parce que voilà, on n'a pas les mêmes... C'est vraiment, il faut fédérer les compétences en fait, c'est ça. C'est comme ça que ça se passe en général.

  • Speaker #1

    C'est pour ça que je vous parlais tout à l'heure de la chaîne de valeur complète et qu'en fait, il y a tous les interlocuteurs à interviewer, que ce soit même les producteurs de fibres naturelles, parce que sans fibres naturelles, il n'y a pas de couleur végétale. et sans tout le travail sur le textile, pareil, il n'y a pas de... Donc, on est complètement d'accord. Du coup, est-ce qu'il y a un manque de fédération des teinturiers on va dire des teinturiers à façon par rapport à des entreprises qui sont reconnues ? Est-ce qu'il ne manque pas quelque chose ?

  • Speaker #0

    Si, probablement, dans le sens où ça reste un... On est tous un peu des indépendants qui travaillons dans notre coin et on n'est pas fédérés aussi parce que, alors on se connaît quasiment tous ou au moins deux noms, on ne s'est pas tous rencontrés évidemment, mais ça reste un relatif petit milieu. même si on est nombreux, ça reste un relatif petit milieu. Mais on travaille un peu tous dans notre coin. Après, c'est des amitiés qui font qu'on échange plus avec les uns qu'avec les autres. C'est un métier qui n'est encore pas forcément très reconnu. Quand vous dites à quelqu'un que vous êtes teinturier, alors en tout cas, moi, les deux réponses qu'on me fait, c'est que soit on pense que je suis coiffeuse spécialiste dans les teintures de cheveux ou que je tiens un pressing. teinturier.

  • Speaker #1

    D'où l'importance de communiquer sur le sujet de la teinture végétale.

  • Speaker #0

    Bien sûr, et de la teinture même en général, je dirais, parce que le mot teinturier ne résonne plus du tout, en fait. Il y a une vraie déconnexion des métiers qui sont avant le produit que les gens ont dans leurs mains, en fait. On a oublié, on a largement rabâché que les gamins ne savaient plus que le lait venait de la vache, des choses comme ça. mais on n'est pas bien enfin c'est un peu rabattu comme idée mais on n'est pas bien loin de ça c'est à dire que qu'est-ce qui a réveillé les gens il y a quelques années par rapport au textile c'est l'effondrement du Rana Plaza voilà enfin tout d'un coup ils se sont rendus compte qu'il y avait des gens à l'autre bout du monde qui crevaient la dalle et qu'on payait qu'on payait à peine pour fabriquer les fringues un peu merdiques qu'on leur mettait sur le dos et qu'ils achetaient 3 francs 6 sous dans la rue commerçante de leur ville Mais il y a une réelle déconnexion, en fait, avec ces métiers-là. Et je reviens donc quand même au sujet, mais sur cette histoire d'être fédérée, c'est que ça viendra peut-être et ça serait bien. Mais aujourd'hui, c'est vrai qu'on est tous indépendants avec... avec des axes aussi qui sont différents. C'est-à-dire que vous avez des teinturiers qui vont avoir un profil, c'est-à-dire qu'ils vont travailler plutôt pour leurs propres produits, donc qui vont teindre uniquement pour leur production d'accessoires, de vêtements, peu importe. Vous avez des teinturiers comme moi qui sont à façon, qui ne proposent pas de produit, mais qui proposent un service uniquement. Vous avez ceux qui travaillent dans le milieu des arts vivants, vous avez ceux qui... Donc, ceux qui sont plutôt dans la formation… Dans le milieu des arts vivants,

  • Speaker #1

    vous entendez quoi ?

  • Speaker #0

    Pour le spectacle, pour le milieu du spectacle.

  • Speaker #1

    Ah d'accord, les costumes, le cinéma, d'accord.

  • Speaker #0

    Il y en a qui vont plutôt être dans la formation, finalement, qui vont… pas tant produire que ça, mais être surtout dans la formation. Il y en a qui font un petit peu tout ça aussi. Et donc, c'est très varié, en fait. Il y a des profils qui sont très variés. Et puis, il y a aujourd'hui, on en parlera peut-être plus tard, mais il n'y avait pas, parce que maintenant, ce n'est plus le cas. Je vais parler au passé, mais de formation. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les deux formations qui existent, c'est le Greta et l'Enamag qui proposent des formations qui sont certifiantes, mais à part ça. Et ça reste, je dirais… c'est-à-dire que c'est pas accessible et il y a peu de candidats, j'ai regardé et puis c'est pas dans les écoles c'est pas quelque chose qui s'enseigne après c'est pas quelque chose qui s'enseigne c'est quelque chose qui se pratique c'est-à-dire que on est teinturier avec l'expérience on n'est pas teinturier en ayant fait deux week-ends de stage à Outsy-Pleu c'est-à-dire que c'est vraiment c'est une question de pratique qui est quotidienne de travail, de recherche, etc. Et même quand j'ai travaillé dans une manufacture pour un projet en couleur végétale, avec deux teinturiers qui, eux, ont une pratique de teinture synthétique, l'un avait 30 ans de métier et l'autre, ça faisait 5 ans qu'il était là et il me disait je ne me sens pas tout à fait formée Et oui. parce que c'est c'est pas pour rien qu'il y avait des c'était un système avec des apprentis avec des gens conformes sur le très long terme sur le long terme bien sûr

  • Speaker #1

    on a eu on va avoir enfin on a eu du coup vu que l'épisode avec vous sortira après Isabelle Rodier des arts décoratifs de Paris qui est donc professeur là-bas qui expliquait qu'en fait le passage sur la formation à la teinture végétale était dès l'entrée oui mais n'était pas très long et elle exprimait son regret qui n'est pas plus de pratique mais en tout cas depuis quelques années ça devient une clé d'entrée c'est ce que je veux dire obligatoire.

  • Speaker #0

    Mais c'est super.

  • Speaker #1

    Et voilà, et c'est ce que j'allais dire, c'est super. Et l'idée là, c'est avec cette histoire de podcast finalement, c'est que ce que j'aimerais, c'est les jeunes qui écoutent, il y en a plein qui se lancent sur les réseaux sociaux, on ne voit que ça, etc. Par contre, je suis très heureuse que vous ayez rappelé les deux formations certifiantes. Je vais faire un épisode spécifique aux écoles qui abordent cette formation parce qu'en fait, je me dis... à force de le dire, à force d'en parler je pense que ça peut recréer des vocations et c'est un métier qui est hyper gratifiant que le métier de teinturier végétal parce que la relation avec la couleur complètement,

  • Speaker #0

    et souvent dans ces deux formations il y a aussi des étudiants qui sortent de cursus textiles et qui ont approché de de façon plus ou moins proche la couleur végétale, de façon plus ou moins prégnante. Moi, j'enseigne à la cambre, on donne des workshops de couleurs végétales, mais ça reste trop petit, trop court, toujours, en fait. Et il faudrait qu'il y ait... que ce soit presque qu'on aborde la couleur et pas uniquement que sous l'angle de la couleur végétale c'est une porte d'entrée mais il y en a d'autres mais d'une façon beaucoup plus régulière mais ça vient moi quand j'étais étudiante j'avais deux jours sur les 50 cursus aujourd'hui il y en a beaucoup plus, ça a été multiplié donc les choses avancent évidemment C'est évident que pour des professionnels ou des futurs professionnels qui veulent se former correctement, en tout cas avoir des bases qui sont, je dirais, justes, précises, qui ne sont pas les recettes galvaudées sur les différents blogs et comptes de réseaux sociaux, c'est la solution. Greta et les NAMAQ, bien sûr, c'est la solution. mais c'est un engagement, c'est un investissement, c'est tout ça. Mais c'est précieux surtout, parce que c'est aussi garantir une rigueur professionnelle. un savoir-faire bien sûr et que la couleur végétale c'est pas de la magie c'est pas une couleur c'est c'est un ça appelle des compétences qui sont en plus très diverses ça appelle évidemment des compétences sur la sur la connaissance de la fibre en fait parce que on doit savoir comment comment une fibre réagit voilà ça appelle des compétences et des connaissances en en chimie, parce que ça reste de la chimie, la chimie verte, mais il y a beaucoup de chimie, et si on ne comprend pas ce qu'on fait, on ne peut pas être, j'allais dire créatif, mais ce n'est pas tout à fait juste. On ne peut pas, si on ne comprend pas ce qu'on fait, si on ne comprend pas qu'est-ce qui fonctionne avec qui, pourquoi ce colorant s'accroche sur tel protocole de mordant sage, pourquoi on... Il y a un moment donné, c'est un peu la même chose que quelqu'un qui est en capacité de suivre parfaitement une recette de cuisine, mais qui ne comprend pas très bien pourquoi il faut mettre de l'ail à ce moment-là. voilà et voilà ça rend libre en fait de savoir on sait ce qu'on fait oui mais ça rend libre en fait la connaissance après ça ouvre des millions de portes c'est ça le truc c'est que plus on en sait moins on en sait c'est l'avantage d'être une pratique qui rend particulièrement humble parce qu'on n'a pas inventé le fil à couper de beurre aucun de nous aujourd'hui on est des passeurs en fait on utilise des des protocoles qui sont ancestraux. On ne réinvente rien, on réutilise des principes, en fait. Et ça doit perdurer, en fait. Et la formation est indispensable pour ça. Moi, j'accueille beaucoup de stagiaires, mais des stagiaires sur du long terme, sur plusieurs mois, parce qu'on n'apprend pas en un week-end. en quelques jours ça donne juste une porte ouverte et il n'y a pas de il n'y a pas une recette universelle même pas deux il y a des dizaines et des dizaines de façons de pratiquer en fait et de mettre en place différentes recettes, protocoles. C'est sans fin. Et donc, et plus on comprend les choses, plus ça ouvre de portes et moins on en sait. Ça rend particulièrement humble. C'est merveilleux. Ok.

  • Speaker #1

    Alors maintenant, Charlotte, je vous propose une partie plus question, on va dire plus légère. Quelles sont les personnes inspirantes qui vous ont inspiré dans votre parcours ?

  • Speaker #0

    Évidemment, on ne peut pas passer à côté des deux noms en tête d'affiche qui sont Michel Garcia et Dominique.

  • Speaker #1

    Nos deux stars ?

  • Speaker #0

    Nos deux stars internationales. qui ont une approche qui est différente, mais qui sont extrêmement riches, chacun, de ce qu'ils nous apportent et de ce qu'ils transmettent. Et voilà, évidemment, les deux têtes d'affiche. Après, j'ai des personnes qui m'ont accompagnée, qui m'ont formée aussi. et qui m'ont ouvert à certaines choses. Je pense à quelqu'un qui est moins connu, mais qui s'appelle Cornelia Blumli, qui est une Suisse qui vit en Espagne, chez qui j'ai fait un stage. Et c'est chez elle que j'ai appris à teindre en échevaux. Parce qu'on teint pas en échevaux comme on teint du métrage. Et qui a une gamme d'accessoires tricotés qu'elle teint elle-même et qui a un travail... extrêmement rigoureux sur notamment la recherche de l'unisson, sur des couleurs pleines, des couleurs qui tranchent, qui a un travail magnifique et qui a été une personne qui a fait partie de mon parcours et qui a été importante dans mon parcours. Je pense aussi à Marjorie Salle qui est une artiste plasticienne qui travaille aussi beaucoup dans le... dans le milieu du spectacle, des patines de l'ennoblissement notamment, donc teinture évidemment, et qui a un travail... d'art contemporain où elle utilise la couleur végétale et Karine, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger pas assez souvent mais voilà c'est quelqu'un qui a un peu suivi aussi mon avancée dans ce milieu et qui m'est chère et avec qui il est toujours très plaisant de converser et de changer et ça c'est précieux parce que on avance aussi en se confrontant à d'autres façons de faire et ça c'est primordial d'être confronté à d'autres pratiques, à d'autres angles de vue et de ne pas rester cloîtré dans son petit atelier et avec ses réflexes premiers qui reviennent forcément.

  • Speaker #1

    Est-ce que vous pourriez nous dire quel colorant vous seriez ? Colorant végétal de préférence ? Et pourquoi ?

  • Speaker #0

    Alors, je nourris une obsession depuis quelques années. Je ne serai pas ce colorant, mais je nourris une obsession depuis quelques années pour la cochine.

  • Speaker #1

    Ah, donc pas végétal.

  • Speaker #0

    Rien non.

  • Speaker #1

    et alors du coup la cochenille et bien non,

  • Speaker #0

    pas végétale j'aime les surprises que les couleurs peuvent offrir et en fait j'aime leur pluralité, c'est à dire que j'adore C'est vraiment un truc qui m'anime, c'est de décortiquer toutes les possibilités d'une ressource colorante en fait. Et la cochenille offre une quantité de possibilités qui est hallucinante. Et puis c'est une ressource qui a une histoire incroyable en fait. On avait le kermesse en Europe qui est tombé, qui a complètement disparu parce que le pauvre n'était pas élevable, il était forcément sauvage. Il fallait le ramasser, que les grandes découvertes des Européens… de l'Amérique centrale, du Sud, du coup, ce colorant qui est plus précieux que de l'or au niveau commercial et qui ramène ça en Europe. L'histoire se répète parce qu'on a essayé de protéger, de dire que la cochenille, ce n'était pas génial et que le kermesse, c'était vachement mieux parce que le kermesse, c'était local, en fait, et qu'il fallait aussi préserver de la... la main d'oeuvre qui était occupée à cette ressource. Mais voilà, la cochenille est arrivée, on s'est débrouillé pour l'élever après moult essais, ça a fini par fonctionner sur les Canaries, en Espagne. Au niveau historique, c'est incroyable. Et là, en plus, il y a... Il n'y a pas très longtemps, deux chercheurs, Daniel Trichaud-Dutty et Gilbert Dutty, ont écrit un ouvrage sur la cochenille, sur son histoire, l'histoire d'un insecte qui colorera le monde, et qui est un ouvrage absolument passionnant. En fait, j'aimerais travailler pendant une année complète sur la cochenille. J'aimerais… Appel à Donate. Non, je rigole. C'est un… Merci beaucoup. C'est vraiment un colorant que je trouve assez fascinant parce qu'il offre une gamme de couleurs qui n'est pas que rose ou que rouge. Et on peut le… tortillés dans plein de sens différents et c'est fascinant c'est à dire avec des protocoles différents en modifiant les mordansages évidemment selon les fibres on peut avoir du jaune de cochenille sur du coton ça semble complètement dingue c'est pas le chemin le plus malin mais on peut avoir des gris on peut avoir des violets on peut avoir des... presque noires, on peut avoir évidemment toute la gamme de roses, toute une gamme de rouges, là je l'ai travaillé dans le cadre du projet pour le CNRS avec de l'étain toute une affaire c'est histoire d'étain, bref tous les détails et tous les rebondissements mais j'ai eu des rouges que je n'avais jamais vu avant en fait avec l'étain et voilà, c'est quand même un petit insecte qui a un pouvoir dingue. Il est fascinant. J'ai une petite obsession sur la cochenille qui date d'il y a quelques années maintenant, mais qui m'accompagne régulièrement. Oui, entre l'obsession et la fascination.

  • Speaker #1

    Alors, une avant-dernière question. Quels sont vos projets et vos rêves, vous, Charlotte,

  • Speaker #0

    pour la suite ? Alors, les rêves sont d'agrandir ma capacité de production, clairement, parce que je fais face à une demande qui est croissante. Je vois ça depuis ma... Une bonne dizaine d'années que je suis professionnelle, il y a vraiment une demande qui est grandissante, ça c'est évident, et j'arrive un petit peu aux limites de mes capacités de production avec mes deux mains simplement. Donc il y a ces projets-là qui sont plutôt court terme, on va dire. Sinon, les projets, il y en a plein en fait. Il y a continué ce travail autour de la dame à la licorne avec Pauline Kess, la doctorante. Il y a un projet d'une jeune marque de vêtements pour enfants. sur Paris pour une première collection qui devrait apparaître nous sommes déjà en 2023 pour l'automne 2023 je travaille pour une personne qui fait du kimono en soie sur une soie magnifique Nadine Marshall avec son projet cacao sûrement visible peut-être au salon du chocolat prochainement à la rentrée prochaine projet avec Marie-Eve Nardou sur des plus grosses productions de son côté, de ce côté-là voilà c'est Il y a plein de projets et aujourd'hui j'ai cette incroyable chance d'avoir des gens et des projets qui viennent à moi. Parce qu'en plus c'est difficile pour moi la communication, je crois que je suis juste de la génération. qui n'ont pas grandi avec ça. Après, il y en a qui se débrouillent beaucoup mieux que moi dans mon âge. Mais voilà, j'ai cette chance. Il y a une dizaine d'années, c'était comme un doux rêve, en fait, de se dire, tiens, si ça pouvait être une activité principale. Alors, ce n'est pas tout à fait une activité principale aujourd'hui pour moi parce que j'enseigne à la classe. à côté, mais à côté en même temps, je sais pas. Mais c'est quand même une réalité aujourd'hui. Je suis teinturière, à façon. Et j'ai des matières magnifiques qui m'arrivent dans les mains à qui il faut donner une couleur, avec des plans. Il y a quelque chose quand même d'assez fou. et c'est allé très vite finalement donc j'ai un peu d'espoir pour la suite et dernière question

  • Speaker #1

    Charlotte à qui vous passez le micro

  • Speaker #0

    Vous me parliez tout à l'heure que Dominique Cardon, vous aviez fait une liste longue comme le bras. Je pourrais vous en faire aussi une liste longue comme le bras. Allez-y. Je vais reparler de Marjorie Salle, qui est une très chouette personne à écouter sur sa façon d'aborder les choses. Je pense à Magali Bontou, qui est aussi formatrice chez les Namaks, qui me dit... qui fait un travail elle est très discrète mais elle fait un travail magnifique extrêmement précis elle a une gamme de produits qu'elle fait elle-même et puis elle travaille aussi à façon et elle forme et c'est quelqu'un vraiment de très intéressant à écouter je trouve je pense à Frédéric Boyer aussi, paysan des couleurs qui est quelqu'un qui a une authenticité incroyable qui est vrai, surtout, en fait, et qui a une façon d'aborder les choses qui est extrêmement agréable à entendre, je trouve. Je pense à quelqu'un qui m'a accompagnée, pas accompagnée, mais qui était... présent aussi sur les salons quand j'ai commencé ma marque de filiatricité qui est Andy Loïc qui est à la marque Renaissance Dying qui propose du fil à broder notamment en laine en teinture végétale qui propose une gamme de tons exceptionnels et qui est et qui n'a pas qui ne fait pas partie de cette cette nouvelle génération qui se dit la teinture végétale mais ça fait 20 ans qu'elle teint et qu'elle propose ça et c'est vraiment une très chouette personne aussi et je pense aussi à ma ma comparse bruxelloise Sylvie, le chat qui a eu une pratique de teinture on va dire intermittente qui n'est pas une teinturière en tant que telle mais qui a une pratique mais qui est surtout une passionnée d'histoire de la teinture végétale et qui lit énormément et qui est passionnée et qui vient d'achever un livre qui sera peut-être jamais édité, on ne sait pas ça, mais sur l'histoire de la couleur végétale à Bruxelles, et en Belgique, pas à Bruxelles, et qui est remonté à la dernière garancière, qui date d'il n'y a pas si longtemps, je crois que c'est 1930, un peu comme ça, ou peut-être même plus récemment, où il y avait encore une manufacture, une teinturerie spécialisée en garances. Voilà, on a un... les Flandres, il y a une histoire quand même qui est très liée à la tapisserie, au drap de laine, comme dans d'autres régions, mais voilà, c'est très fort ici et qui est un peu allé à la recherche de toutes ces histoires et de cette histoire et qui croise, et c'est ça qui est intéressant, c'est que ça croise les événements économiques, les événements politiques, les dictats, les modes de certaines époques et c'est passionnant. Voilà, c'est quelqu'un avec qui j'aime beaucoup échanger parce qu'elle a un regard toujours très éclairé, je trouve.

  • Speaker #1

    mais je pourrais vous faire des listes c'est pas possible mais Charlotte franchement n'hésitez pas à vous poser et me faire même vous avez parlé d'un truc intéressant pour moi c'est le contact d'un teinturier synthétique j'aimerais avoir quelqu'un de

  • Speaker #0

    l'autre côté oui bien sûr et Sylvie Lechotte je fais pas partie de ces personnes qui euh qui considèrent que la teinture synthétique est le contraire de la teinture végétale. Je pense qu'il faut aujourd'hui, vu la... Voilà, la production, la société dans laquelle on vit, je pense qu'il y a des solutions des deux côtés et qu'on peut faire les choses correctement et de façon raisonnée, de toute façon. Parce que l'excès n'est bon ni d'un côté ni de l'autre, de toute façon. Ça, je trouve ça très important de le souligner, qu'on ne doit pas être en opposition. Mais il y a des projets qui sont faits pour la couleur végétale, qui sont tout à fait destinés à ça, mais d'autres... qui doivent rester en teinture synthétique parce que ça n'aurait pas beaucoup de sens de le faire en végétal de par le volume de par plein de choses et je trouve que c'est vraiment important de ne pas opposer les deux donc justement moi qui ai fait un peu l'erreur peut-être j'aimerais

  • Speaker #1

    avoir du coup cet oeil côté synthétique Si vous avez un mot de la fin, quelque chose que vous n'avez pas dit, ou un message ?

  • Speaker #0

    Ce que j'aimerais ajouter, c'est de ne jamais oublier ce qui nous a précédés, et qu'il y a des textes, qu'il y a énormément de littérature, qu'aujourd'hui il y a des chercheurs qui écrivent, qui analysent, qui essayent de comprendre. On est dans une... Aujourd'hui, on a accès à de l'information, autant qu'on en veut. La couleur végétale, c'est... C'est une pratique d'expérience, mais de connaissance, et qu'il est hyper important de travailler, en fait, et de chercher à comprendre, et de lire, en fait. Parce qu'il y a quand même une littérature incroyable sur les pratiques de la couleur végétale à travers le temps, et qu'il ne faut pas s'arrêter à… à quelques expérimentations ou quelques résultats rapidement obtenus. C'est vraiment une... voilà, une pratique qui est sur du long terme et qu'on n'a pas la science infuse et qu'on apprend tous les jours en fait. Et ça, c'est assez incroyable en fait, qu'on apprend tous les jours. Bon, elle n'était pas tous les jours, au moins toutes les semaines, quand on pratique régulièrement en tout cas. Mais ça, c'est extrêmement réjouissant comme pratique parce que voilà, c'est... on est des passeurs en fait et ça je trouve que c'est hyper important de bien avoir ça en tête on est dans le suivi de quelque chose je dirais

  • Pauline Leroux ArtEcoVert

    Je vous invite à me rejoindre sur ma page Instagram ArtEcoVert, A-R-T-E-C-O-V-E-R-T, pour y découvrir le nom des prochains invités. Je me permets de vous rappeler que la seule manière de soutenir ce podcast est de le noter et le commenter sur la plateforme d'écoute de votre choix. C'est ainsi qu'on arrivera à faire porter la voix de ces passionnés de la couleur végétale. Merci à tous !

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