- Speaker #0
Je suis Audrey Chemouli, avocate et entrepreneuse, fondatrice du cabinet Chemouli Profession Libérale, qui accompagne les avocats dans leur restructuration.
- Speaker #1
Je suis Manuel Meneghini, avocat et donc entrepreneur, engagé pour une profession plus riche et enrichissante.
- Speaker #0
Vous écoutez le podcast Avocats Génération Entrepreneur. La mission de notre podcast, vous donner les clés pour entamer votre propre transformation. Notre promesse ? Des interviews sans filtre, d'avocats innovants, créatifs et libres. qui ont cassé les codes et réinventé le business model pour s'adapter au nouveau marché du droit. Des contenus inspirants, des conseils et des techniques concrètes pour vous aider à devenir un véritable avocat entrepreneur. Nous avons le plaisir de recevoir aujourd'hui une invitée très spéciale pour une nouvelle série d'épisodes très spéciaux. Oui, chers auditeurs, nous avons décidé avec Manuel d'égrainer au fil du temps des interviews un peu à part d'avocats devenus des légendes Parce qu'ils ont profondément transformé leur secteur. Oui, légende. Notre invitée est parmi celles que l'on cite en exemple parce qu'elle a révolutionné le droit de la famille. Elle est à l'origine de la création d'un cabinet de référence dans le secteur parce qu'il est le seul à revendiquer, je cite, de proposer un accompagnement alliant la plus grande rigueur des cabinets d'affaires à la juste compréhension des enjeux, crises et solutions spécifiques à la famille. Pas banal pour un cabinet en droit de la famille. Nous avons donc le plaisir d'accueillir dans ce nouvel épisode de Légende d'Avocats Génération Entrepreneurs Béatrice Weiss Gout, fondatrice du cabinet BWG. Bonjour Béatrice.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Et on dédie cet épisode à Linda parce que c'est grâce à elle qu'on a pensé. Linda, on t'embrasse. Bon, Béatrice, on termine aussi, mais on commence surtout tous nos épisodes de la même façon. Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ? C'est un peu difficile de répondre.
- Speaker #2
J'ai pas le temps d'être taxée de légende. Légende est un grand mot. Je suis juste une avocate qui a eu plusieurs vies professionnelles. Et ces vies professionnelles m'ont amenée à un moment absolument idyllique de 16 années, de la création d'un cabinet de droit de la famille. Ensuite, je me suis arrêtée, j'ai transmis ce cabinet et il s'est développé de manière absolument formidable après mon départ. Je tiens à le dire parce que c'est C'est aussi une de mes très grandes fiertés. Et puis, j'avais arrêté pour des raisons familiales. Mon mari est décédé. Et là, je suis revenue dans le droit de la famille. Non pas en exerçant. Je suis avocat honoraire, donc je n'exerce plus la profession. Mais je me suis réinvestie dans des groupes de travail, des associations. Et je me régale aujourd'hui, vraiment, aller dans des colloques. Et je dois dire que cet exercice d'aujourd'hui, c'est peut-être un des plus difficiles. Parce que tous les autres, c'est vraiment du plaisir. Mais aujourd'hui, c'est... C'est un petit peu spécial. Merci de m'avoir conduit.
- Speaker #1
Ça sera du plaisir, j'en suis sûr aussi.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. Vous nous racontez un peu votre parcours ?
- Speaker #2
Oui, alors le parcours...
- Speaker #0
Parce que c'est un parcours qui n'est quand même pas...
- Speaker #2
Il est accidenté en réalité. Oui,
- Speaker #0
en tous les cas, il n'est pas banal.
- Speaker #2
Alors, en fait, tout a commencé avec la conférence du stage. Et ça, vraiment, j'insiste parce que finalement, si on est une légende, il faut essayer de donner un peu des pistes aussi. Et donc, la conférence du stage, ça m'a ouvert toutes les portes. Moi, je venais de province, je ne connaissais absolument personne. Et je suis recrutée. Alors, je suis virée du cabinet dans lequel j'étais, qui était un cabinet hyper classique que j'avais trouvé un peu par hasard. Et là, je suis un petit peu perdue. Et là, je suis recrutée par un cabinet d'anciens bâtonniers, Francis Mollet-Viéville, parce que je suis secrétaire de la conférence. Et là je passe quelques années absolument magnifiques parce que je fais la conférence du stage, je rentre à l'union des jeunes avocats dont je deviens présidente. Ah vous êtes une UJA ? Oui absolument, je vais à la FNUJA, enfin je vis le rêve et je reste collaboratrice parce que j'ai pas aucune ambition à ce moment de créer quelque chose. Vous avez quel âge ? J'ai pris du serment à 23 ans donc là j'ai 28 ans à peu près. Et quand je suis secrétaire de la conférence je dois avoir 25-26 ans.
- Speaker #1
Et juste sur la conférence ?
- Speaker #2
Alors sur la conférence, je voudrais quand même dire quelque chose juste à propos du pénal. Parce que la conférence, c'est quand même faire du pénal. Et c'est vrai que quand on prête serment, on a envie de faire du pénal. C'est ça l'image de l'avocat. C'est ça, c'est la première image. Et je dois dire que j'ai aimé ça. J'ai trouvé que c'était extraordinaire. Mais en même temps, ça a changé mon regard sur la société complètement. Je dis toujours avec un peu de pompeusement, je suis rentrée en prison et je suis sortie différente. je pense qu'il n'y a que de la misère dans la prison et du coup on regarde la société franchement très très différemment et puis à un moment donné j'ai abandonné tout à fait le pénal parce que là je ne m'y retrouvais pas j'ai quand même un certain âge donc mon époque était vraiment différente de l'époque d'aujourd'hui et objectivement le pénal pour une femme c'était assez compliqué d'ailleurs il y avait très peu de secrétaires de la conférence femmes et donc j'abandonne le pénal parce que aussi Oui. À un moment donné, je ne me sens plus très bien. La différence entre le bien et le mal, je ne sais plus, je suis vraiment perdue. Alors, je pense que c'est une éducation assez classique, confrontée à toute cette réalité. Je ne me sens pas les épaules, finalement, pour aborder cette défense. Et du coup, je suis dans ce cabinet généraliste de Francis Mollet-Viéville, et là, je me régale dans les dossiers d'affaires, l'arbitrage. Tout ça est formidable. Je suis juste collaboratrice sans aucun espoir d'association parce que ça n'avait aucun sens. Ce n'était pas le sujet. Et donc, à un moment donné quand même, je me dis, il faut que tu t'empares de ta carrière. Et là, je me dis, à quel endroit est-ce que je peux être utile et intéressante pour quelqu'un ? Et je me dis, un cabinet d'affaires. Parce que dans un cabinet d'affaires, j'ai quand même une petite notoriété au palais de justice. Les cabinets d'affaires, à l'époque, étaient quand même un peu éloignés du palais de justice. Et puis, je suis une spécialiste du contentieux. C'est l'avocat de la crise. Et donc, là, j'ai une chance inouïe, je rentre dans un très très très joli cabinet. Je vais taire le nom parce que je vais dire un petit chose pas très... Non, je vais dire d'abord du bien, parce que c'était un très joli cabinet international. Franchement, il était... Il n'y en avait pas d'étonnement. Mais il était vraiment formidable. Il m'avait d'ailleurs demandé à l'époque, quand ils m'ont recruté, si j'étais bilingue, ce qui n'était pas du tout le cas. Et je leur ai dit que j'étais la seule à ne pas être bilingue de tout le cabinet. Il faut être très clair. Et donc, je dis du bien parce que j'ai appris la rigueur. Vraiment la rigueur dans le traitement du contentieux, etc. C'était vraiment très, très important. La vie aussi collective. de ces cabinets-là, puis un certain nombre de choses dont je dirais un mot, parce qu'ils ont inspiré le cabinet que j'ai créé ensuite, bien plus tard.
- Speaker #1
Vous étiez combien dans ce cabinet ?
- Speaker #2
On était une quarantaine d'avocats à peu près.
- Speaker #1
Et le premier, c'était quoi ? Plus une dizaine ou plus petit ?
- Speaker #2
Mollet-Viéville, oui, on était six ou sept. Et du coup, pourquoi je dis du mal ? C'est que l'idée, c'était quand même de faire un peu un parcours associatif. Alors, cabinet d'hommes, évidemment, tous les associés étaient des hommes. Et puis, un jour, on me dit, finalement, Béatrice, dans le parcours associatif, ce serait formidable si vous présentiez au Conseil de l'Ordre. Et là, ça a fait un espèce de choc, parce que ça n'était pas du tout compatible avec mes projets personnels. Et d'ailleurs, dans la vie des femmes, il faut bien reconnaître qu'il y a ce choc toujours, vie personnelle, vie professionnelle, beaucoup plus que pour les hommes. Et surtout, à cette époque, moi, je ne voulais pas faire les deux en même temps, on avait envie de faire des enfants avec mon mari. Donc, dans le rendez-vous... Je suis face à mon associé, je lui dis, non Dominique, je ne pourrai pas.
- Speaker #0
Pas là maintenant, mais plus tard. C'est ça ce que vous lui dites. Exactement. Pas là maintenant, mais plus tard.
- Speaker #2
Et là, je vois dans ses yeux, mais vraiment à l'instant où je prononce ces mots, je vois dans ses yeux disparaître mon ami d'associé. Alors ça n'a pas été si dur en fait, parce qu'à l'époque, ce n'était pas si dur que ça. C'était des choix qu'on faisait. Et en fait, je me rends compte qu'aujourd'hui, je ne ferais pas du tout le même choix si j'étais une jeune femme. je ferai les deux, sans problème donc là il y a quand même eu un grand changement aussi donc voilà je quitte évidemment ce cabinet puisqu'il n'y a plus de parcours associatif et là je suis un peu en déshérence et je retrouve Guy Danet que je connaissais très bien qui était aussi un ancien bâtonnier dans son bureau il a été à l'origine de plein de carrières d'avocat Guy Danet en fait je le connaissais très bien parce que j'avais fait sa campagne et puis j'étais très amie avec mon mari qui avait été membre de conseil sous son bâtonnat Merci. Et du coup, je lui explique ma situation. Et puis, il se lève, il fait le tour de son bureau, il se rassemble. Il dit, tu es exactement la personne dont j'ai besoin. Évidemment, il sortait de son bâtonnard. Il avait des dossiers absolument magnifiques. Il avait des collaborateurs très traditionnels. Et donc, moi, avec l'expérience que j'avais dans le cabinet d'affaires, j'étais... Et là, franchement, ça a été assez formidable. Je suis deabord commencée comme collaboratrice quelques années. Et puis ensuite, je suis devenue associée. Et ça a été formidable aussi. Pour différentes raisons, parce que c'est là que naît le droit de la famille pour moi. D'abord parce que chez Danet, il y avait des très jolis dossiers de droit de la famille, des dossiers internationaux, des dossiers patrimoniaux, enfin, très très jolis dossiers. Et puis surtout, il y avait un associé, avec lequel je ne travaillais pas du tout, mais qui faisait du droit de la famille, qui était méprisé. Mal traité, alors que c'était un savant extraordinaire, qui avait une incompétence totale en matière d'honoraires. Bref, le contre-modèle, finalement, quelque part, à part sa science, le contre-modèle de ce que j'ai fait ensuite. Donc à un moment donné, l'association, il y a eu des petites difficultés. Et là, je me dis, c'est le moment. Mais là, j'ai quand même 45 ans.
- Speaker #0
C'est fou ça, c'est fou, c'est fou. Et j'ai 45 ans et... Donc vous avez repris la matière, juste un truc, vous avez repris la matière parce que vous ne faisiez pas à l'origine, donc vous sortez du cabinet de droit des affaires.
- Speaker #2
Alors Mollet-Viéville je fais un peu de droit de la famille parce que c'est un cabinet traditionnel, généraliste. Je ne fais plus que du droit des affaires ensuite, mais... Quand même, il y a des compétences que j'acquierte qui m'ont été ensuite très utiles sur ce qu'est une entreprise. Oui, bien sûr, c'est certain. Et surtout la relation au client, j'en parlerai après.
- Speaker #0
Combien de temps vous avez été associée du cabinet
- Speaker #2
Danet ? Huit ans.
- Speaker #0
D'accord, donc pendant huit ans, vous refaites la matière.
- Speaker #2
Je suis généraliste, vraiment généraliste. Je travaille dans des arbitrages, je travaille dans du pénal. Le pénal des affaires, c'était la grande époque. le tout début du grand pénal des affaires. Et puis, il y a des très jolis dossiers de succession, des très jolis dossiers de droit international privé. Et finalement, je me dis, j'adore cette matière. Et du coup, dans ce cabinet, je commence à construire un peu une clientèle famille. Parce qu'en réalité, ce qui s'est passé pour moi, j'ai toujours eu un peu de gêne à chercher des clients dans le domaine des affaires. C'est pour ça d'ailleurs que j'avais choisi un cabinet d'affaires. en disant finalement je deviens associée mais ce n'est pas moi qui vais chercher les clients. Il y avait cette espèce de difficulté. Vous savez c'est toujours ce qu'on dit pour les femmes. Oui mais c'est de ça dont on parle. C'est de ça dont on parle en réalité. Cette idée qu'on n'est pas légitime. Vous ne vous sentiez pas légitime. Je ne me sentais pas légitime. Donc ça c'était un peu compliqué pour moi. Et là tout d'un coup quand je dis je vais faire du droit de la famille, alors là ça a disparu totalement cette absence de légitimité. tout d'un coup. Je me suis dit, non mais évidemment, il n'y a aucun problème. Tu vas véritablement être... Tu vas dans un dîner, tu ressors avec trois dossiers. Ça paraît très simple de trouver des clients en droit de la famille. Et je le dis d'ailleurs à tous les jeunes avocats qui font le droit de la famille, on a des clients sans le moindre problème.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui, selon vous, peut-être à l'époque et aujourd'hui, peut-être les deux, fait ce manque de... La sensation de légitimité, aller chercher autre chose que du droit de la famille, qui apparaît plus facile quand on est une femme, ou quand on, pour qu'il y ait raison, ne se paraît pas aussi légitime qu'un homme qui a l'habitude d'aller voir des clients, des gros clients, ou des gens un peu plus installés.
- Speaker #2
Je pense déjà que c'est le paysage. C'est pour ça que le fait que le paysage bouge aujourd'hui va redonner de la légitimité à toutes ces femmes. Mais à mon époque, franchement, les femmes associées dans les cabinets d'affaires, on les comptait sur les doigts d'une main. C'était très très peu. Donc il n'y avait pas de modèle. Donc à partir de ce moment-là, il fallait vraiment être aventureuse, parce que finalement, je suis peut-être une légende, mais je ne suis pas une très grande aventurière. C'est-à-dire que je me suis un peu égarée, j'ai fait un peu d'aventure, je dirais, dans le droit des affaires, mais je n'ai pas assumé complètement cette idée d'être la femme. Il y a eu des femmes beaucoup plus courageuses que moi dans cette matière, comme Geneviève Ausha, par exemple, bien plus âgée que moi, et qui a vraiment fait cette carrière. Mais moi, je n'avais quand même pas forcément envie d'être cette femme unique. Donc, j'avais un petit peu de mal. Et je me voyais très, très bien traiter les dossiers. La relation avec les clients, ce n'était aucun problème. C'était d'aller chercher le client, c'est-à-dire de me présenter. J'avais vraiment besoin pour moi d'une espèce de solidité derrière, d'un cabinet en matière d'affaires. Alors qu'en matière de famille, seule, ça n'avait... J'étais complètement légitime. Alors j'étais aussi plus âgée, parce que l'attardivité de mon investissement n'est pas hasard en réalité. Je pense que j'avais vraiment besoin de toute cette expérience pour finalement faire exactement ce que j'avais envie de faire.
- Speaker #1
Et le jour où je m'installe,
- Speaker #2
vraiment là je n'ai aucune angoisse. Et ce qui est absolument incroyable, parce que quand j'y réfléchis, j'avais d'autres dossiers, je n'avais pas que des dossiers de droits de la famille, j'ai abandonné tous les autres dossiers. Je quitte mes associés. Je m'installe, je vais voir tous mes clients qui ne sont pas des clients famille, et je leur dis, je ne suis plus votre avocat. Et notamment, je me souviens toujours de cette scène extraordinaire d'une société du CAC 40, avec laquelle j'avais des rapports absolument formidables, parce qu'il faut toujours un peu de chance dans les dossiers, j'avais eu une chance formidable dans un dossier, et du coup j'étais devenue une référence. Et je lui dis, on ne va plus s'occuper de vous. Et il me dit, non mais ça c'est pas possible. Personne ne lui avait jamais rendu ses dossiers, pour s'imaginer. Et je lui explique, je lui dis, mais je ne vais plus avoir la compétence, puisque je ne vais plus me consacrer qu'aux droits de la famille. Et il me dit, ah oui, oui, réfléchis. Et puis, la grande victoire, c'est 15 ans plus tard, il est venu me voir pour une affaire de famille.
- Speaker #0
Et là,
- Speaker #2
je me suis dit que j'avais fait le bon choix.
- Speaker #0
Ah oui, je comprends. Mais, donc ça veut dire, oui, parce que nous, ce qu'on explore, Pas mal dans ce podcast, c'est comment est-ce qu'on constitue sa clientèle, comment on fait au démarrage, etc. Et c'est vrai que ce qui revient souvent, c'est à partir du moment où je dis que je ne fais plus qu'une matière ou que je ne sers plus qu'une typologie de client, parce qu'aujourd'hui peut-être ne faire qu'une matière, c'est beaucoup plus commun qu'à l'époque, probablement parce que les cabinets étaient généralistes et donc des cabinets spécialistes, c'était plutôt... plutôt pas commun, alors que ça serait probablement l'inverse, qui aujourd'hui serait quelqu'un qui se dit généraliste, il y en a quand même de moins en moins.
- Speaker #2
À Paris.
- Speaker #0
Oui, à Paris, bien sûr. Oui, tout à fait à Paris. À Paris, c'est très juste. Dans le paysage que l'on a, nous, de notre fenêtre. Et donc, ce qu'on explore ici, c'est de dire, bon, il faut spécialiser et il faut vraiment afficher une singularité.
- Speaker #2
très forte.
- Speaker #0
Et donc vous, vous dites la même chose.
- Speaker #2
Non seulement je dis la même chose, mais je dis que pour moi c'est majeur. La première question, c'est le positionnement. Et c'est vrai que pour le coup, je trouve très confortable le cabinet de niche. Je pense qu'il y a deux types de cabinets. Il y a les très grands cabinets qui font effectivement à ce moment-là la totalité de toutes les matières, notamment d'affaires. Mais là, c'est parce qu'ils sont une addition de spécialistes. Et sinon... le salut, c'est dans la niche. Et pourquoi le saluer dans la niche ? D'abord parce que c'est très simple dans le discours. Et ensuite, si on est dans une niche, il y a une espèce de présomption de compétence.
- Speaker #0
Il y a une présomption de compétence, oui.
- Speaker #2
Et ensuite, surtout, c'est qu'on a les prescripteurs. Parce que les prescripteurs, si vous êtes dans une niche, déjà, ils n'auront aucune gêne à vous adresser un dossier, et un client surtout, dont ils savent qu'ils vont le récupérer. Et ensuite, Merci. ils vous identifient très facilement. Donc moi, en réalité, les clients, il y a eu des bouches à oreilles, mais l'essentiel de mes clients m'est venu par des prescripteurs et notamment par des cabinets d'affaires. Et d'ailleurs...
- Speaker #0
Et ça continue chez vous.
- Speaker #2
Et ça continue chez vous.
- Speaker #0
Parce que justement,
- Speaker #2
on a aussi une manière de travailler. Moi, je me souviens très bien d'une associée d'un grand cabinet d'affaires qui m'a dit, vous comprenez, venir chez vous, c'est sympa parce que je peux dire à mes clients qu'ils vont être traités comme chez moi. Donc, c'est intéressant. Alors, cela dit, quand même, moi, je m'étais donné un an en me disant, en un an quand même, maintenant, je déclare à tout le monde, dans ce monde que je connais, qui me connaît, que je fais du droit de la famille, les dossiers vont pleuvoir. Ils n'ont pas appris la première fois. Parce qu'en fait, c'est très intéressant.
- Speaker #0
Les gens, ils savaient. Enfin, je veux dire, ce n'est pas bizarre vis-à-vis de votre discours, parce que les gens, ils vont fréquenter tous les jours. Ils savent que... Vous avez fait du droit des affaires. Ensuite, vous êtes dans un cabinet qui est un peu plus généraliste. Mais vous traitez quand même des dossiers de droit des affaires. On vous connaît parce que vous faites du droit des affaires. Et du jour au lendemain, vous dites, non, finalement, je fais autre chose.
- Speaker #2
Alors, j'avais un beau discours derrière. J'expliquais quand même que j'en avais fait, que j'avais découvert, que je considérais qu'il y avait une autre manière de le traiter, etc. J'avais un vrai discours. Mais ça a mis à peu près deux ans, en fait. Deux ans ? Deux ans.
- Speaker #0
Ah, c'est intéressant.
- Speaker #2
Deux ans à peu près.
- Speaker #0
Donc, 48 ans, en fait.
- Speaker #2
Oui. Je m'installe, j'ai quelques clients quand même. Ce que je veux te dire, c'est que le succès pour que ça décolle, ça c'est une chose très importante pour moi aussi, c'est quand même l'investissement dans la matière. C'est-à-dire faire des formations, délivrer des formations. C'est-à-dire, il y a des gens méchants qui m'ont dit qu'elle a fait sa carrière sur les états généraux du droit de la famille. Alors effectivement, j'étais au Conseil National des Barreaux. Au même moment ? Au même moment Un an après mon installation L'UJA me propose d'aller au Conseil National des Barreaux J'avais toujours refusé d'aller au Conseil de l'Ordre Et du coup je vais au Conseil National des Barreaux Vous avez été élue UJA à 46 ans ? Oui c'est ça
- Speaker #0
Ils ont changé les statuts depuis
- Speaker #2
C'est vrai qu'on peut être sur la liste UJA Oui bien sûr Et donc je suis élue Et là je me dis Le droit de la famille est méprisé Je l'avais vu dans le cabinet où j'étais avant, etc. Puis je le vois bien quand même, parce que je vois bien mes copains à droit des affaires qui me regardent en disant qu'est-ce qu'elle va faire dans cette galère. Et je me dis, il faut un événement qui soit prestigieux. Et je vais voir le président du CNB de l'époque et je lui dis, voilà, il faut faire les états généraux du droit de la famille. Et il a eu vraiment, instantanément, il a compris, c'était un président de province. Et il a compris tout l'intérêt du truc. Et c'est vrai que j'ai eu la chance formidable de faire ça avec la chargée d'événementiel du CNB à l'époque, Caroline Pétillon, qui a été formidable. Elle en a fait d'ailleurs une validation des acquis de cette aventure. Et elle m'a dit, Béatrice, votre idée, elle est géniale. On va faire un tabac, justement. Il faut prendre la maison de la chimie. C'est elle qui m'a forcé à prendre la maison de la chimie. C'est énorme la maison de la chimie. C'est énorme pour remplir. Pour remplir un truc qui n'avait jamais eu lieu.
- Speaker #0
Après, sur une matière qui a... C'est vrai que c'est un parent pauvre du droit, ça c'est très juste, mais en région, il y a beaucoup de gens qui font du droit de la famille.
- Speaker #2
Et il y a très peu de choses qu'on fait pour eux.
- Speaker #0
Et il y a très peu de choses qu'on fait pour eux. Ils sont tous tout seuls, parce que le modèle quand même c'est le cabinet individuel,
- Speaker #2
donc ils ont besoin de se rencontrer.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est très juste.
- Speaker #2
C'était le bon moment, parce que c'était le début de la formation continue obligatoire. Parce que vous savez, il faut que les planètes s'alignent à un moment donné. Et alors ensuite, il y avait aussi, c'était toutes les réformes, il y avait une réforme du divorce, j'avais participé à la commission de la réforme sur le divorce. et j'avais fait venir Marc Guillaume, dont on sait aujourd'hui qu'il est maintenant vice-président du Conseil d'État, qui était directeur des affaires civiles, et il avait accepté de venir et d'amener tous les gens de sa direction pour présenter toutes les nouvelles réformes. Et là, moi je pensais qu'on aurait 300 personnes, 900 personnes. Premier événement, 900 personnes sur une journée. toute ma vie. Je le dis parce que c'est quelque chose qui m'émeut à chaque fois. Je me souviendrai de ce moment à la fin. Il y a une avocate, je disais autrefois, assez âgée, en fait, elle devait avoir l'âge que j'ai aujourd'hui, et elle me dit « Madame, je ne vous connais pas. Je ne vous connaissais pas. Vous ne me connaissez pas. Mais je voulais vraiment vous remercier. Vous nous avez rendu notre dignité. » Là, je me suis dit « C'est formidable. » 20 ans plus tard, les États généraux de droit de la famille, c'est 2000 avocats tous les ans.
- Speaker #0
c'est un truc formidable sur deux jours sur deux jours malade parce qu'ils l'ont demandé bah Audrey vous êtes intervenue non mais je suis intervenue attends moi je suis intervenue on me dit ça serait bien que tu fasses un quart d'heure en plénière 20 minutes pas de problème j'arrive mais en fait moi j'avais parce que donc moi je fais que du droit des affaires je suis donc très très éloignée de ce milieu là j'arrive à la maison de la chimie et je me dis mais ils n'ont pas pris je m'attendais au petit amphi tu vois et là j'arrive et non seulement c'est le grand amphi mais en plus il y a un étage un étage c'est rempli. C'est rempli ! Et donc je passe après le professeur Mekki, qui termine son discours en chantant la bohème, avec une belle voix et en laissant son micro. Tout le monde en délire et moi j'arrive pour parler des structures d'exercice et là j'ai regardé Charlotte, je regardais Charlotte Robbe, je me suis dit mais, enfin je veux dire, c'est des filles, et Elodie Mulon, je me suis dit mais je comprends pas, il c'est passé quoi là ? Donc c'était super,
- Speaker #2
mais oui j'ai trouvé qu'il y avait une énergie incroyable, pour moi c'est un truc dont je suis tellement contente. Et ça a créé le barreau de famille. Ça a créé le barreau de famille. Parce que maintenant, on en parle. Voilà. Aujourd'hui, c'est une... communauté.
- Speaker #0
Clairement.
- Speaker #1
D'ailleurs, il y a eu un dîner la semaine dernière, je crois, j'ai vu passer avec beaucoup de monde. Oui, l'Institut de la Famille du Patrimoine.
- Speaker #2
C'est pareil, un jour, je déjeunais avec... Moi aussi ! Un jour, je déjeunais avec mon amie Elisabeth Deflers, et je lui dis, franchement, il faut arrêter de laisser les théoriciens penser, il faut que les praticiens pensent. Donc, moi, j'ai envie de créer un institut. Enfin, bon, c'était une envie, quoi, j'avais pas non plus. Et elle, elle est très, très efficace. Elle me dit, mais c'est une idée formidable, on y va. et du coup on a créé ça, on a introduit le processus collaboratif quand même c'est notre premier colloque c'était sur le processus collaboratif, on a fait venir des américaines, des canadiennes et ensuite on a quand même formé un certain nombre de gens et il y a maintenant une association qui s'est créée, la FPDC qui forme au processus collaboratif On a un peu de mal à s'installer en France, mais c'est une aventure. Et l'IDFP, l'Institut de droit de la famille et du patrimoine, c'est un peu ça cette idée. C'est que c'est des praticiens qui pensent, mais qui sont aussi dans la prospective et dans la formation de qualité. C'est tout ça ce qui a été l'idée de hausser le niveau général en mutualisant les compétences et les envies. Je pense que ça a coïncidé aussi avec un phénomène de société, la complexification du droit de la famille, la complexification des couples. Aujourd'hui, on n'est plus juste sur le divorce, parce que c'était ça les avocats de la famille d'il y a 50 ans, c'était juste qu'on faisait du divorce. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué. Et puis aussi, moi j'ai toujours eu cette idée que si on a une très bonne boulangerie, et qu'une très très bonne boulangerie s'installe à côté de la première, ça va bénéficier aux deux. Et moi, je pense vraiment qu'en haussant le niveau du droit de la famille, ça bénéficie absolument à tout le monde. Aujourd'hui, dans la situation du bureau de famille, on n'est pas concurrent. On doit hausser tous notre niveau et on doit tous travailler à l'image, à la plus-value qu'on apporte, à la manière dont on facture les honoraires, etc. Parce que je pense que ça va bénéficier à tout le monde. Parce qu'il y a suffisamment de dossiers pour tout le monde.
- Speaker #0
C'est ça mon ressenti. Oui, je comprends. Et donc du coup, si on revient à votre parcours, vous avez 46 ans, vous vous installez. En même temps, vous vous donnez un an où on se dit, je ne sais pas, je vais voir. Et puis parallèlement à ça...
- Speaker #2
Je pars avec une collaboratrice quand même, Isabelle. Ma première associée, c'est Isabelle Rein Lecastereyres, qui a été collaboratrice chez Danet. Alors elle aussi, elle fait un choix quand même à ce moment-là, parce que Je discute avec elle. C'est vrai que c'était moi qui travaillais avec elle. Isabelle,
- Speaker #0
c'est votre frère, la maîtresse. Je ne savais pas du tout.
- Speaker #2
En fait, elle était chez Danet et c'était moi qui l'avais recrutée. C'était amusant parce qu'elle a dit, moi, j'avais choisi votre cabinet parce qu'il y avait une femme associée. Donc, c'était intéressant. En fait, c'est vrai que j'ai beaucoup travaillé avec elle. Guy Danet, moi. Et au moment où je m'en vais, Guy Danet lui dit, qu'est-ce que vous faites ? Et elle dit, moi, je pars avec Béatrice. Et elle me dit, franchement, votre histoire, c'est génial. Moi, je trouve que vous avez une idée formidable. Alors, c'était d'autant plus étonnant qu'elle a fait HEC. Donc elle n'était pas vraiment non plus faite pour le droit de la famille, par contre elle était bilingue, elle, donc tout le DIP, d'ailleurs aujourd'hui elle est au département DIP du cabinet. Et donc elle me dit, Béatrice, moi je pars avec vous, c'est une belle aventure, j'adore travailler avec vous, on y va. Donc elle est restée collaboratrice 3-4 ans, et puis ensuite elle est devenue ma première associée.
- Speaker #1
Et à l'époque, le paysage, le cabinet droit de la famille ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Parce que vous partez avec l'idée, et on va y revenir je pense, de créer quelque chose avec une équipe, etc. Ah oui, ça absolument. Et le paysage, c'était quoi ? Est-ce qu'il y avait plus de femmes associées ou pas en droit de la famille, ou à l'époque c'était encore tenu par des hommes ?
- Speaker #2
Non, il n'y a jamais eu vraiment beaucoup d'hommes. Alors si, il y a 50 ans, parce qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes dans la profession, mais dès qu'il a commencé à y avoir des femmes dans la profession, elles ont envahi le droit de la famille, ça c'est clair. Alors parce que sans doute c'était plus simple aussi, parce que c'est une matière qu'on peut exercer, je pense, à mi-temps. dans une période où on a des maternités et autres. Alors cela dit, c'est quand même très compliqué aussi justement parce qu'elles sont en général dans des cabinets individuels, voire avec une collaboratrice. Alors quand la collaboratrice est... Elles sont toutes les deux en... C'est très compliqué. C'est un des sujets d'ailleurs aujourd'hui du barreau de famille. Mais donc oui, le paysage c'est ça. Et non seulement le paysage est ça, mais c'est que moi on me dit parce que j'ai vraiment pas mal d'amis quand même dans ce monde. Et je leur explique un peu ce que je veux faire. Et là, elles me disent, non mais Béatrice, tu n'y es pas. Moi, mes clients ne veulent que moi. Et là, je leur dis, ben non, moi, je ne pense pas. Moi, je pense que les clients, ils veulent une réponse. Et donc, il y a des réponses que je peux leur donner rapidement. Il y a des réponses que je ne peux pas leur donner rapidement. Et je pense qu'ils préféreront avoir la collaboratrice qui les rappelle dans la journée que moi dans trois jours. Et franchement, alors là, pour le coup, ce pari-là, il a été 100% gagné. Parce que dès le départ, l'idée, c'est qu'on était deux, absolument deux, pour chaque dossier. Il n'y a pas un seul dossier que j'ai pris toute seule.
- Speaker #0
Et vous laissiez, et vous aviez le stress de c'est mon client ou ma collaboratrice va peut-être partir avec.
- Speaker #2
Alors ça, j'ai refusé totalement de l'envisager, c'est-à-dire de me poser la question par rapport à ça. C'est-à-dire qu'en fait, moi, j'étais dans l'idée. D'abord, je considère dans la vie, dans ma vie, si je la regarde, je pense que j'aurais été beaucoup plus dupe si j'avais été méfiante que confiante. C'est-à-dire que je pense que j'ai été plutôt confiante dans la vie et à chaque fois, j'ai été récompensée.
- Speaker #0
Je pense que la méfiance fait faire de plus mauvais choix que la confiance.
- Speaker #1
Et ça, vous pensez que c'est culturel ? C'est un choix que vous avez fait depuis le départ ? C'est personnel, je pense, depuis longtemps. Vous êtes surpris, juste comme ça ?
- Speaker #0
C'est inhérent, voilà. C'est pas à un moment donné où vous vous êtes dit, bon, je vais arrêter ? Je me sens confortable avec ça, vraiment. Et alors, je ne suis pas naïve non plus. Non, je comprends très bien. Mais je trouve, je choisis. Donc Isabelle, par exemple, je l'avais déjà une première fois choisie, je la rechoisis une deuxième fois. Je vais lui faire confiance. On est parti pour une aventure. Et d'ailleurs, alors là, pour le coup, le cabinet, c'est la preuve. C'est-à-dire que, quand même, ce n'est que de la croissance interne.
- Speaker #2
Ce n'est que de la croissance interne. Et puis, surtout, c'est des gens qui sont là depuis longtemps. C'est très fidèle. En tous les cas, votre partenaire, je sais qu'il est...
- Speaker #0
Et alors, même ceux qui sont partis... Alors, il y a un épisode un peu douloureux. Et d'ailleurs, je pense que cet épisode, il a été fondateur du cabinet. Mais globalement, tous les gens qui sont partis, on continue à les voir. Et je me souviens toujours, mon mari m'avait dit, un jour, dans un cocktail, il y a une ancienne collaboratrice qui vient me voir et qui dit à Michel, « Ah, mais vous savez, franchement, avoir été chez BWG, c'est super et tout. » et on est rentré et là il m'a fait un très très joli compliment il m'a dit là je pense que là tu as réussi parce que tu as créé une diaspora et récemment j'ai vu sur LinkedIn il y avait un dîner de 5 ou 6 anciennes collaboratrices qui dînaient ensemble et elles ont mis on est des anciennes de BWG bon franchement ça peut pas être un meilleur truc donc moi je trouve que si vous voulez le problème aussi ce qui est vrai c'est que dans le droit de la famille vous perdez un client c'est pas grave Parce que votre cabinet ne dépend pas d'un client. Donc, ce n'est pas du tout comme quand vous avez une société qui vous envoie ses 100 contentieux par an. Là, vous perdez le client. Oui, là, c'est peut-être un peu difficile. Donc, je pense que c'est plus facile de faire confiance quand on est en droit de la famille. Et en tout cas, je pense qu'il faut le faire. Il faut absolument le faire. Parce que si vous ne faites pas confiance, vous n'aurez jamais les collaboratrices de qualité qui pourraient éventuellement un jour devenir des associés. Parce que alors... C'est pareil sur les collaboratrices, c'est très simple. On a toujours été très strict sur l'écrit. C'est-à-dire que, notamment au début, on relie absolument tous les écrits. Les associés relisent tous les écrits des collaboratrices, y compris les courriers. Parce qu'en droit de la famille, les mails, c'est très important. Mais par contre, la chose qu'on ne peut pas du tout gérer, c'est la relation client-oral. Donc téléphone, éventuellement rendez-vous et tout. Et là, on les jette dans la bataille. Et avec quelques conseils, mais on les jette dans la bataille. Et franchement, ceux qui n'y résistent pas, tant pis. Et ça, je pense que c'est vraiment très très important. Et là, il faut évidemment faire confiance. Si je me dis... Mais c'était vraiment... En tout cas, je pense que ça fait partie d'une des clés de la réussite.
- Speaker #1
J'ai entendu, vous avez dit, systématiquement collaboratrice. Vous n'allez jamais travailler avec des hommes ?
- Speaker #0
Alors, ça c'est une situation que je regrette. En fait, on est un cabinet... que de femmes. Alors, ça a quelques avantages parce que, je dirais, dans notre cabinet, il y a, d'ailleurs, on nous l'a, dans les services extérieurs qu'on a fait venir de temps en temps, on nous a dit, non, non, mais là, ça va pas du tout, vous avez trop d'affects, etc. Alors, moi, j'appelle ça plutôt de l'affectio societatis, mais c'est vrai qu'on a de l'affect. Mais je pense d'ailleurs que ça nous a permis de surmonter un certain nombre de choses. Mais c'est vrai que cet affect, il est plus facile entre femmes, parce qu'il y a une espèce de forme de sororité. Non mais je ne regarde pas comme ça, c'est vrai que c'est horrible. Je ne veux pas savoir. En fait,
- Speaker #2
il y a quand même une forme de sororité, de choses qui sont quand même... Puis alors,
- Speaker #0
on se raconte des trucs, je veux dire, que jamais on se raconterait si on était avec des hommes. Et du coup, ça crée des solidités de relations. Donc, effectivement, je pense qu'il y a une partie de la réussite du cabinet qui est liée à ça. En même temps, ça n'a jamais été une volonté. On a toujours accueilli volontiers les CV d'hommes. Alors, la seule chose que je vais dire, quand même, à ce stade, il y a des hommes formidables. Mais nous, nos experts en matière de droits de la famille, il y a vraiment des avocats de qualité. Et moi, j'encourage toujours, parce que c'est tapis rouge, ils sont tellement peu nombreux qu'évidemment, il y a beaucoup de dossiers qui vont leur arriver. Mais nous, ceux qu'on a eu éventuellement à recruter, ils n'arrivaient pas à cumuler les deux qualités dont on a besoin. C'est-à-dire une compétence technique vraiment forte et une compétence inter-humaine. Et puis un intérêt pour les petites choses. Savoir si un enfant doit rentrer le vendredi soir ou le dimanche soir. Moi, je pense que ça fait partie de notre job. Et alors, c'est vraiment des choses qui peuvent ne pas intéresser. Et nous, on dit qu'il faut qu'on s'intéresse aux deux. C'est-à-dire qu'on ait cette compétence technique et cette compétence humaine. Il faut ajouter aussi la compétence stratégique. Les garçons que nous, on a eu à rencontrer, ils étaient soit l'un, soit l'autre. Soit ils avaient une compétence technique, et notamment, il y en a un, franchement, qui était formidable. Je pense qu'il aurait pu avoir un parcours associatif chez nous, mais il est devenu notaire. Ça lui cassait les pieds, quand même, tous ces trucs un peu du quotidien. Soit ils sont très intéressés par le quotidien, et alors là, franchement, c'est les pires, parce que là, c'est one again, c'est super, le droit de la famille, c'est cool. Bah non, c'est pas cool. Donc on n'a pas eu de chance. Après, le problème, c'est que maintenant, il y a quand même 8 associés, il doit y avoir une quinzaine, un peu plus de 15, un peu plus de femmes. Mais ça qui est ouf. Mais là tu rentres.
- Speaker #2
Tu te poses la question en tous les cas.
- Speaker #1
C'est une question que je me poserai en me disant s'il n'y a que des femmes, est-ce que je peux rentrer déjà ?
- Speaker #0
Exactement, c'est ça que je te dis. Du coup, ça devient autoréalisateur. Alors excusez-moi, ces femmes, elles sont... puissantes, elles sont formidables. Franchement, moi je les trouve exceptionnelles. Et du coup, là, elles font un peu peur. Donc je crois que... C'est comme si tu rentrais aujourd'hui,
- Speaker #2
moi, je rentrais dans un cabinet 100% masculin. Je n'aurais pas du tout envie de rentrer dans un cabinet 100% masculin.
- Speaker #0
Oui, alors ça, pour nous, à l'époque, pour ma génération...
- Speaker #2
Il n'y a pas de choix. Il n'y a pas de choix. Alors là, c'était super. Ma génération aujourd'hui, si tu rentres dans un cabinet 100% masculin, je n'aurais pas envie. Donc, je comprendrais très bien que ça soit autoréalisateur, que du coup, il se soit un cabinet de femmes. Pour revenir un peu au positionnement, parce que moi, ça m'a interpellé que vous fassiez le choix de dire je ne fais que du droit de la famille. Et du coup, parce que ça nous arrive à tous de dire je ne fais que du XYZ. Mais parfois, tu conserves quand même certains dossiers parce que tu te dis que c'est ton... C'est ton alimentaire, il faut quand même assurer les charges du quotidien de la famille. Et je comprends que ce n'est pas le choix que vous avez fait. Et l'autre question que je voulais vous poser, je pense que ça devait être révolutionnaire à l'époque de dire je fais un cabinet de droit de la famille avec la même rigueur que le droit des affaires. Mais aujourd'hui, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je me demande ce que ça veut dire dans l'esprit un cabinet. Avec la même rigueur que le droit des affaires, ça veut dire quoi ?
- Speaker #0
Alors, il y a pas mal de choses, de pratiques vertueuses, si je puis dire, que j'ai installées dans le cabinet et qui viennent vraiment de mon expérience cabinet d'affaires. D'abord, c'est la relation avec le client. Parce que dans les cabinets traditionnels droit de la famille, la relation avec le client, l'avocat reste encore un peu le notable, il est là pour... pour aider, mais il y a une espèce de petite distance, et d'ailleurs il considère qu'il doit avoir la distance parce qu'il ne faut pas être dans l'émotionnel. Alors après il y a quelques cabinets où au contraire ils sont dans l'émotionnel, mais que dans l'émotionnel. Donc il n'y a pas la distance à ce moment-là. Donc le sujet c'est d'essayer d'avoir ce même rapport que les cabinets d'affaires ont avec leurs clients, c'est-à-dire de considérer que le client est un alter ego.
- Speaker #1
Un partenaire. Un partenaire.
- Speaker #0
Et qu'il doit absolument comprendre tout. tout ce qu'on se dit, tout ce qui va se passer, et qu'on fasse avec lui, qu'on détermine la stratégie ensemble. Donc ça, pour moi, c'est majeur. Et ça va également avec les honoraires. C'est-à-dire que l'idée, le problème des avocats de droit de la famille, ils ont un rapport souvent à l'argent vraiment difficile, avec une espèce de gêne à demander des honoraires, etc. Et d'ailleurs... Les clients eux-mêmes incitent à ça, parce que moi je me souviens d'un client qui m'avait dit « mais finalement ce que vous me dites c'est que vous faites de l'argent sur le malheur des autres » . Et je lui avais répondu « ben non, je ne fais pas l'argent sur le malheur des autres, je gagne ma vie en voulant justement aider les gens à sortir de la situation de crise dans laquelle ils sont » . Et donc là vraiment, ce que j'ai tiré du cabinet d'affaires, c'est la détente par rapport à l'honoraire. C'est-à-dire que le premier rendez-vous, on parle des honoraires. on explique pourquoi la collaborateur... Alors, c'était que du temps, l'honoraire au temps passé. Aujourd'hui, il faut réfléchir à d'autres modes. Mais moi, au moment de la création du cabinet, et même tout au long de mon exercice, ça a été l'honoraire au temps passé. Et ça ne posait pas de problème, parce qu'en fait, presque plus de 50% du temps que je facturais, il était passé avec le client.
- Speaker #2
Oui. Donc,
- Speaker #0
il comprenait... Donc, il comprenait très bien. Et comme on lui explique aussi tout ce qu'on fait. Donc il y a véritablement ça. Donc premier rendez-vous, vraiment une détente avec l'argent. Et surtout le client comprend que finalement c'est la contrepartie. Et donc si l'argent ne vient pas, il se passera qu'on lui rendra son dossier tout simplement. Je pense qu'il se crée du coup un rapport qui est équilibré entre le client et l'avocat. Donc ça moi je l'ai retiré du cabinet d'affaires. D'ailleurs le parallèle c'est aussi la gestion, la structure de gestion. C'est-à-dire le suivi de la facturation, c'est-à-dire les relances. Alors tout ça, dans beaucoup de cabinets de famille, on est encore au Moyen-Âge.
- Speaker #2
Oui, c'est ça en fait. Le barreau de famille, il est quand même particulier. Je pense qu'aujourd'hui, c'est en train d'évoluer. Évidemment,
- Speaker #0
toute cette communauté qu'on a créée participe de cette évolution.
- Speaker #1
Je pense que c'est le barreau de famille juste, mais il y a plein de gens encore comme ça. Moi, je me souviens, j'ai commencé maintenant il y a un moment. Mais quand j'ai fait mon stage final, je me rappelle, l'avocat de chez qui j'étais, qui était exceptionnel. C'est moi qui lui demandais, mais pourquoi est-ce qu'on ne relance pas le client pour qu'il paye ? Et pourquoi est-ce qu'on ne facture pas ça ? Alors parce qu'on l'a fait. Ah oui, peut-être, je vais regarder. C'est une espèce de gêne avec l'argent. C'est exactement ça. C'est le rapport à l'argent. Je pense que c'est peut-être une question de génération, peut-être, aussi, d'associer.
- Speaker #0
Je pense que c'est une question de matière aussi. Parce que c'est vrai que c'est plus... Il faut quand même surmonter l'idée qu'on va demander de l'argent à des gens qui sont dans une situation de détresse.
- Speaker #1
En pénal, par exemple. Ils n'ont pas de problème avec ça.
- Speaker #0
Oui, exactement, ça c'est très vrai.
- Speaker #1
Et la situation de détresse, parfois, elle est encore pire. Ils n'ont aucun problème avec ça.
- Speaker #2
Je ne sais pas s'ils n'ont aucun problème avec ça.
- Speaker #1
Tout ce que je dis, peut-être que je ne les croise pas, mais tout ce que j'ai vu...
- Speaker #0
En tout cas, ils en ont moins que les avocats de la famille. Alors peut-être parce que ce sont des hommes et que...
- Speaker #1
Non, il y a des femmes, il y en a des hommes. J'ai en tête une femme notamment qui me dit que, même pour une garde à vue et que le client ne peut pas payer, débrouillez-vous pour trouver quelqu'un qui paye, et une fois que ce sera payé, je viens. Et il y a quelqu'un qui arrive, qui paye, et là, elle se déplace.
- Speaker #2
Après je pense que t'as une forme de je sais pas le ressort psychologique je pense que t'as quand même une forme à force de remuer les tripes des gens dans des choses qui sont vraiment très compliquées peut-être que tu crées une forme de distance et que la barrière de l'honoraire est ce qui te permet d'avancer en pénal mais
- Speaker #0
Non mais moi je pense que c'est vraiment que c'est notre pays aussi qui est comme ça c'est qu'on a un problème avec l'argent Et franchement, le jour où je n'ai plus ce problème avec l'argent, ça a simplifié complètement la relation avec le client. Parce qu'on ne le vole pas, on est rémunéré pour l'effort qu'on fait. Alors l'idée, c'est effectivement, on fait tous les efforts. Alors là, par contre, c'est ça le sujet en fait. C'est un cercle vraiment vicieux. C'est qu'on ne demande pas à être payé, mais du coup, on ne rend plus le service. Parce que quelque part, à un moment donné quand même, travailler sans être payé, ce n'est pas acceptable. Donc finalement, on est dans un mécontentement mutuel. Le client n'est pas satisfait parce qu'il n'a pas le service et l'avocat n'est pas satisfait. Et il dit de toute façon, c'est normal qu'il n'ait pas le service puisqu'il ne me paye pas. Donc finalement, l'argent est le seul moyen de rationaliser la relation avec le client sur le service. Et simplement, pour moi, avant l'honoraire, il faut expliquer ce qu'on va faire. Et c'est pour ça que pour moi, le premier rendez-vous, il est absolument majeur. Le premier rendez-vous chez nous, à l'époque, il était gratuit, maintenant il ne l'est plus parce qu'ils ont trop de premiers rendez-vous. Mais c'était un premier rendez-vous qui durait minimum deux heures, dans lequel on faisait vraiment le tour des choses. Et toujours, je pense qu'elles font pareil. On faisait vraiment le tour des choses, on expliquait quelles étaient les stratégies possibles. Et puis au bout du chemin, on disait, ben voilà, si on fait telle chose...
- Speaker #2
C'est marrant que vous disiez que le premier rendez-vous est gratuit. Maintenant, payant chez BWG, ou en tous les cas, peut-être pas systématiquement, mais il doit y avoir une majorité, j'ai fait une autre conférence aux États généraux cette année, où les femmes me disaient que c'est impossible de faire payer ce premier rendez-vous.
- Speaker #0
Il y en a beaucoup, mais c'est toujours le problème avec l'argent. Là, franchement, elles n'ont aucun mal à faire payer le premier rendez-vous. Alors, pour le coup, je suis dans pas mal d'associations d'avocats de la famille, et notamment de régions, eh bien, il y a pas mal de cabinets d'avocats qui font payer vraiment le premier rendez-vous. Moi, je trouve que pas assez. Mais je comprends. En tout cas, il faut le faire payer. Je pense que c'est qu'on a l'impression que ces gens sont malheureux. ne fait pas la distance entre leur situation et le fait que nous, on va les aider. Et alors en plus, ce que je pense aussi, c'est qu'on ne fait pas assez ressortir la plus-value de notre service, on ne fait pas suffisamment ressortir que c'est un investissement, en réalité, cet honoraire. C'est tout ça, et je pense qu'il faut absolument qu'on aborde cette question, parce que c'est une question de survie. En droit de la famille, il y a quand même une autre problématique, c'est l'aide juridictionnelle. Parce que le problème, c'est qu'il y a quand même, je ne sais pas, le pourcentage est assez considérable de dossiers d'aide juridictionnelle. Là, les gens ne sont pas payés. Mais alors, on travaille là-dessus dans une des associations, et c'est intéressant d'être avec une avocate qui ne fait que du droit de l'aide juridictionnelle. Donc elle, c'est pareil, elle est dans une cible. Mais alors du coup, elle est extrêmement organisée. Et du coup, d'ailleurs, elle intervient en amont de la désignation. C'est extrêmement intéressant de voir comment, dès qu'on se positionne et qu'on met son service en rapport avec son positionnement, finalement, on arrive à des situations de rentabilité et du coup, de satisfaction du client. C'est surtout ça, derrière. Parce qu'un cabinet qui n'est pas rentable ne peut pas satisfaire ses clients. C'est ça, le sujet.
- Speaker #2
Oui, on est tous d'accord.
- Speaker #1
Et cette culture-là, je ne sais pas, peut-être que je suppose qu'il y a des gens qui sont venus chez vous et qui avaient commencé ailleurs ? et donc qui avait été formé par d'autres personnes et donc pas avec cette culture, comment vous arrivez à l'insuffler ? Est-ce que c'est comme ça et ce n'est pas autrement ? Ou vous arrivez quand même à accompagner vers le changement et de se dire que l'argent c'est juste normal et à la fin du mois il faut manger ?
- Speaker #0
Là je pense que tous les gens qui sont passés, toutes les femmes qui sont passées à notre cabinet, elles vous diront que parmi les choses qu'elles ont gardées, c'est ce rapport à l'argent. Enfin plus exactement ce rapport au client. Alors la deuxième chose dans le rapport au client aussi, c'est la distance. Est-ce que... Ça, c'est quelque chose que vous apprenez aussi dans les cabinets d'affaires. Quand un directeur juridique a tout à fait les compétences dans une entreprise sur un sujet, pourquoi est-ce qu'on fait appel à un cabinet d'avocats ? Pour avoir quelqu'un d'extérieur. Et finalement, c'est cette notion que je trouve qu'on n'utilise pas suffisamment d'indépendance. Et y compris dans le domaine de la famille. Cette même notion existe. C'est-à-dire qu'on est... indépendant de notre client, ce qui fait qu'on a la lucidité nécessaire, ce qui fait que... Et ça, on l'explique aussi au client. Et c'est ce qui fait d'ailleurs, à mon avis, le rôle de l'avocat de la famille dans la cité. C'est cette indépendance qui va influer sur l'attitude des gens qu'on accompagne, et qui, je l'espère, va un peu faire évoluer les situations de crise, plutôt dans le bon sens. Alors, il y a des situations de crise qui sont des situations de crise, et qu'il faut... Là où il ne faut que défendre... où on est vraiment dans des situations de bataille. Et je pense qu'il faut aussi accepter cette idée que l'avocat de la famille peut être un avocat de guerre, de combat. Mais c'est vrai que quand même, je pense qu'on a un rôle important à assumer, qui est d'amener, justement, par cette indépendance qui est la nôtre, par cette expérience qu'on a des situations, d'amener les gens à des sorties de crise plus apaisées.
- Speaker #2
J'ai une question dans les minutes qui nous restent. J'aurais bien aimé que vous nous décriviez, parce que moi, c'est vraiment une question que j'ai dans mon exercice, c'est comment est-ce qu'on fédère des équipes ? Parce que votre cabinet, il est quand même assez important, il y a quand même pas mal de monde aujourd'hui. Il y a peut-être un peu de turnover sur les collaboratrices juniors. On ne veut pas tous les associer. Je comprends, mais dans l'association, il y a eu une crise, vous en avez parlé, mais sinon, objectivement, il n'y a pas eu de perte. Et donc, vous, ça veut dire qu'à un moment donné, comment est-ce qu'on fait cette famille ? Comment est-ce qu'on fait que ça devienne... Alors,
- Speaker #0
je vais vous dire. Une première chose, c'est vraiment cette crise. Je peux dire un mot parce que c'était une collaboratrice. qu'on avait envisagé d'associer parce qu'elle avait une compétence vraiment très précise qui nous convenait, qui était importante. Et puis donc on commence à discuter, etc.
- Speaker #2
Vous avez combien d'associés à ce moment-là ?
- Speaker #0
À ce moment-là, on est quatre.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #0
Et donc on commence à discuter, on envisage les conditions, etc. Et puis on part en vacances. Et je reviens et on a une réunion avec mes associés. Et je leur dis, écoutez les filles, franchement, j'ai réfléchi. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. Parce qu'on n'a pas les mêmes valeurs. Et là, j'ai senti mes insoulagements extrêmes. Ah oui, franchement, c'était formidable. Et elle avait la compétence, mais elle n'avait pas les qualités entre guillemets humaines que nous, on considérait minimum. Alors, on n'est pas parfaites, mais il y avait des valeurs essentielles, notamment, alors, celle absolument très très forte, il n'y a pas de concurrence interne. Ça n'existe pas. On a tout un avenir dans le cabinet. Et notamment les collaborateurs. On a tout un avenir. Et ce n'est pas en mangeant sur l'avenir de l'autre qu'on va construire le sien. C'est fou d'être... fondateur chez nous. Et alors évidemment ça s'est assez mal passé. Et ce jour-là, je pense qu'on a créé le cabinet. C'est-à-dire qu'on a décidé ce jour-là qu'on ne choisirait pas des gens pour leurs compétences, mais on les choisirait pour les compétences et les valeurs. Et donc on a un esprit de firme. Il faut quand même être très très clair. Ça moi je l'avais vraiment ressenti quand j'ai créé le cabinet. Pour moi c'était fondamental aussi. Pendant des années on n'avait aucun outil pour mesurer les chiffres d'affaires respectifs.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #0
Pour que, évidemment, les dossiers aillent à l'associée la plus compétente pour les traiter, ou celle qui avait le plus de temps à un moment ou à un autre pour le faire. C'est-à-dire que l'idée, c'était que tout le monde faisait son meilleur, et qu'en fait, on nourrissait l'ensemble, on nourrissait la collectivité. Et c'est vrai que ça a quand même un peu écrasé les égaux. Un peu. Majestueux.
- Speaker #2
Moi je veux ça, franchement je pense après avoir fait je pense 2000 clauses de REM dans ma vie de pacte d'associés, de cabinet d'avocats, je pense que le seul truc qui marche, c'est que tout le monde est en commun.
- Speaker #1
Enfin, perso, moi ça marche. Mais du coup, la question c'est que vous avez dit que vous ne l'aviez pas fait pendant très longtemps, mais vous l'avez mis en place récemment ? Ce suivi des chiffres d'affaires par associés ?
- Speaker #0
Je ne sais pas ce qu'elles font. Non, mais c'est pas ça. Moi, si vous voulez, ce qui est très clair... à 63 ans, donc je les laisse, parce que c'est quand même important, la transmission. Parce que ça, on l'a préparé. On l'a vraiment préparé. Et là, elles étaient très inquiètes. Mais moi, j'avais zéro inquiétude. Je savais qu'elles avaient toute la capacité, la compétence, l'envie, qu'elles étaient formidables. Et d'ailleurs, on n'a pas perdu un seul client. Mais vous savez, c'était très simple. Quand les gens appelaient pour prendre un rendez-vous avec moi, on les faisait rappeler par une des associées qui disait « Bah oui, Béatrice pourrait peut-être vous recevoir, mais moi, je peux vous recevoir demain. » Elles les recevaient demain, elles avaient emballé le client. Franchement, c'était sans problème. On a transféré tout ça sans la moindre difficulté. Et je ne sais plus pourquoi d'ailleurs je vous dis ça sur la transmission. Non, mais moi,
- Speaker #2
c'était une des choses que je voulais aborder avec vous.
- Speaker #1
Sur le fait que vous les laissiez faire, parce que je posais la question de savoir s'ils avaient mis en place un outil de suivi.
- Speaker #0
Donc c'est ça. Donc à 63 ans, je laisse. Et là, franchement, je les laisse et je ne suis plus... Alors, je continue à les voir. J'ai des relations filiales avec elles. Vraiment, je les adore. Mais l'idée, je ne veux plus trop mettre mon nez dans leur cabinet. C'est devenu leur cabinet. Elles se sont débrouillées pour vraiment le développer de manière formidable. Je ne veux pas être celle, vous voyez, qui met son grain de sel et qui dit...
- Speaker #1
Et ça a toujours été BWG ou est-ce qu'à un moment donné c'était votre nom ? Non,
- Speaker #0
au départ, alors ça c'est amusant aussi. Parce que quand on crée le cabinet avec Isabelle, puisque donc moi je m'installe, c'est Béatrice Weiss Gout, ok ? Ensuite on s'associe avec Isabelle et là je mets... On décide toutes les deux, BWG et associé avec un S. Et là, du coup, l'ordre nous dit, ah mais non, vous n'avez qu'une associée. Et du coup, on supprime. Et ça s'appelle BW associé. Et je trouve que c'est beaucoup plus chic. Et donc, BWG associé avec un S. Et puis alors, ce qui est très drôle, c'est que quand j'ai cédé le cabinet, on a une agence de com, etc. On a quand même toujours fait appel à des prestataires extérieurs. Et l'agence de com dit, mais pourquoi vous laissez associé ? BWG. Et en fait, le jour où je parle, ça devient juste mes initiés.
- Speaker #2
C'est marrant. C'est drôle. Et donc, la transmission... Pour faire la famille, en fait, c'est ce jour-là où on se dit, on a besoin de l'ADN BWG. C'est-à-dire que être chez BWG, ça veut dire quelque chose. Mais ce que je comprends de notre discussion, c'est que ce que vous dites, c'est que ça passe quand même par l'argent, c'est-à-dire que Si on partage tout, si on met tout en commun, c'est quand même plus facile de créer des interdépendances. Et s'il y a de la bienveillance par ailleurs, des gens qu'on a choisis qui avaient les mêmes valeurs que les siennes, etc. En fait, c'est plus facile.
- Speaker #0
Il n'y a pas de raison que ça ne marche pas.
- Speaker #2
La prochaine fois que j'ai un client qui vient me voir, je lui dis ça, je vais me faire jeter. Non,
- Speaker #0
tu prends juste l'extrait et tu lui fais écouter. Cela dit, il y a un confrère dont je tairais le nom, qui me dit, mais comment ça marche votre histoire ? Alors je lui explique et je lui dis, tu vois par exemple, on fait tous les ans un séminaire où on réunit absolument tout le monde, tous les associés, les secrétaires, les collaborateurs, et puis on parle du chiffre d'affaires, on parle des charges, on parle des rémunérations, etc. Il me regarde, ah non mais alors ça... Ça, ce n'est pas possible. Jamais je ne dirai combien je gagne mes associés. Après, il faut quand même savoir qu'il y a des cultures très différentes dans les cabinets d'avocats.
- Speaker #2
Et puis, la question que moi, je n'ai pas complètement... C'est-à-dire que je suis persuadée que quand tout le monde fait la même matière, c'est plus facile. Quand j'en ai un qui fait du droit à la construction, un qui fait du droit social, un autre qui fait du droit à les affaires, c'est plus compliqué.
- Speaker #0
Au moment où j'ai créé le cabinet, j'avais pensé à un moment donné faire un département, aller voir des cabinets d'affaires et leur proposer un département droit de la famille. J'ai eu cette idée. Et là, je me suis dit non, c'est juste pas possible parce que je vais être maltraitée. Parce que, évidemment, le droit de la famille ne génère pas les mêmes chiffres d'affaires. Il faut quand même être très clair, on gagne très bien notre vie. Mais ça n'a rien à voir avec les chiffres d'affaires générés par les grands cabinets d'affaires. Donc, il y a des cabinets qui acceptent d'avoir des départements qui amènent beaucoup moins de chiffres d'affaires et qui les rémunèrent quand même bien, parce que ça fait partie du service général qu'ils offrent. Mais ils ne sont pas très nombreux ces gens-là.
- Speaker #1
Non mais d'ailleurs, on a tendance à voir des départements coupés.
- Speaker #0
Donc je suis d'accord pour dire que c'est plus facile quand on exerce dans la même matière.
- Speaker #1
Après même dans la même matière, en revanche, typiquement le droit de la famille, il y a mille et une choses. Il y a des choses qui sont beaucoup plus rémunératrices que d'autres.
- Speaker #0
Oui, absolument. Et d'ailleurs, on est dans cette situation-là aujourd'hui. C'est-à-dire que tous les sujets d'enfants, évidemment, génèrent des honoraires moins importants.
- Speaker #2
Oui, et puis alors après, ce que j'ai remarqué dans les cabinets que j'ai accompagnés qui font du droit de la famille, c'est qu'en fait, tu as aussi un truc, c'est que tu peux avoir des départements, des matières qui sont dans le droit de la famille, qui sont plus ou moins rémunératrices, mais tu peux avoir aussi des matières qui sont également rémunératrices, mais qui en... en charge mentale, ne sont pas du tout les mêmes. Tu vois, je veux dire, ce que ça puise chez toi n'est pas du tout la même chose.
- Speaker #1
Tu as peut-être aussi une notion, ça je ne sais pas, mais tu as une notion de dossier peut-être plus ou moins récurrent qui va arriver tout au long de l'année avec une rémunération qui va être fixe. Alors apparemment,
- Speaker #2
ça c'est quand même le problème du droit de la famille, c'est-à-dire que tu n'as pas de récurrent. Non,
- Speaker #0
alors, c'est pas du tout récurrent, mais là, on est vraiment en train de réfléchir à l'avocat-conseil. Moi, je travaille beaucoup là-dessus, parce que l'idée, c'est qu'effectivement, l'avocat de la famille est un avocat de départ, l'avocat de la crise. mais en réalité aujourd'hui la situation des familles est tellement complexe qu'ils ont besoin d'être accompagnés pour les transmissions, l'expatriation, il y a énormément de situations dans lesquelles on a vraiment besoin d'un avocat et donc on travaille beaucoup là-dessus.
- Speaker #2
Dernier mot sur la transmission, comment vous avez fait pour que ça marche ?
- Speaker #0
Déjà je les ai prévenus très à l'avance, alors j'ai capitalisé quand même.
- Speaker #2
Parce que moi, ça, c'est vraiment l'angle mort de mon activité.
- Speaker #0
On a fait un petit... Tout d'un coup, je ne retrouve plus le mot. Un petit tableau Excel ? Non, un petit holding. Elles ont fait remonter les dernières années, elles ont fait remonter leurs bénéfices dans la holding et elles ont racheté avec les bénéfices qu'elles avaient mis de côté.
- Speaker #2
Oui, non, je comprends, mais... Dans le processus, vous dites ça longtemps à l'avance ?
- Speaker #0
À elle, je le dis très longtemps à l'avance. Au client,
- Speaker #2
beaucoup moins. Non, mais à elle, ça veut dire quoi ? Trois ans. Trois ans, donc. Oui, donc très longtemps. Oui. Et vous annoncez à ce moment-là le prix ?
- Speaker #0
Non. À ce moment-là, on a une valeur du cabinet qui a en plus évolué dans les trois ans qui ont suivi.
- Speaker #2
D'accord. Et après, vous dites...
- Speaker #0
On a fait évaluer. enfin on avait dit alors on avait dit On a été très rigoureux. Moi, j'étais dans un cabinet avant où c'était pas très rigoureux. Donc, on a vraiment installé des règles et on avait des fonds propres. Oui, bien sûr. Il y avait vraiment...
- Speaker #2
Ah oui, parce qu'une autre particularité des cabinets de femmes, c'est qu'il y a toujours une énorme cabine. Alors ça par contre je peux te dire C'est qu'il y a toujours du cash Dans les cabinets d'hommes il n'y a jamais de cash C'est complètement...
- Speaker #0
Les hommes ils visent sur les couleurs Statistiquement
- Speaker #2
Je pensais qu'on était les seuls Les cabinets de femmes systématiquement Elles sont... Et même des petits cabinets C'est même pas une question de taille Donc après c'est proportionnel Et donc quand c'est des... Plus les cabinets sont gros Plus le montant est important En valeur mais proportionnellement Il est moins important Les cabinets de femmes solo ou à deux, elles sont assises sur des billets. C'est pareil, c'est culturel,
- Speaker #1
je pense que c'est la gestion du risque aussi. Risque adverse,
- Speaker #2
c'est sûr. Elles préfèrent se payer 3000 balles et avoir le compte en banque.
- Speaker #0
Sauf quand même que, par exemple, moi ce que j'ai toujours dit, c'est qu'il faut engager des collaborateurs. Pour moi, il faut les engager à l'avance. Alors surtout dans les cabinets de famille, on n'a que des femmes, parce qu'il y a des maternités, etc. Donc il faut... presque toujours avoir au moins une collaboratrice en plus. Et c'est un investissement. Moi,
- Speaker #2
c'est l'énorme stress. C'est pas un stress,
- Speaker #0
parce qu'on a une chance quand même hallucinante. Je rappelle quand même qu'on n'est pas du tout soumis aux règles du salariat. Je veux dire quand même qu'on peut se séparer d'un collaborateur. C'est quand même incroyable. Et donc, pourquoi est-ce qu'on hésite à engager quelqu'un ?
- Speaker #2
Non, mais franchement,
- Speaker #0
ça c'est un truc que moi, je n'ai vraiment pas compris. Et d'ailleurs, Alors... finalement, on ne l'a pas toujours fait. Mais par exemple, Stéphanie Travade, qui est notre deuxième associée, qui a été la deuxième associée, moi, franchement, quand je l'ai engagée, c'était donc la deuxième collaboratrice. Et franchement, je n'en avais pas tant besoin que ça. D'ailleurs, elle dit que ça a été des moments formidables parce que j'avais beaucoup de temps à lui consacrer. Mais c'était un investissement. Ça m'a permis aussi de faire des tas de choses que je n'aurais pas faites. Non, non, mais franchement, moi, je pense que il faut vraiment revoir la relation collaborant-collaborateur. de rétablir la confiance entre eux, et puis encourager. Moi, j'ai vraiment, là aussi, des collaboratrices qui ont quitté le cabinet, qui se sont installées, et qui m'ont dit, moi, j'ai suivi ce que vous m'avez dit, et là, j'ai pris une collaboratrice alors que j'hésitais un peu. Et c'était formidable. Donc, alors après, c'est le choix des gens, évidemment.
- Speaker #1
C'est la logique, comme vous le disiez tout à l'heure, avec la trésorerie. C'est qu'il y a des gens qui préfèrent être sûrs d'avoir de quoi payer le collaborateur pendant six mois avant de l'embaucher. Je sais, alors d'ailleurs,
- Speaker #0
moi j'ai participé à une formation dans laquelle, justement, il y avait une femme qui intervenait et qui expliquait que pour engager une collaboratrice, il fallait avoir tous les fonds. Bon, moi, je pense que c'est...
- Speaker #1
Non, mais c'est une logique d'entrepreneuriat. C'était pas mal logique,
- Speaker #0
en tout cas, voilà. Après, chacun fait ce qu'il veut. Et puis, il y a ce truc de dire,
- Speaker #1
je vais l'embaucher, et parce que je l'embauche et que je veux aussi avoir cette dette un petit peu morale, je vais aller faire des desserts pour aller chercher plus de clients, pour pouvoir faire en sorte que ça marche. Mais franchement,
- Speaker #0
si vous engagez une bonne collaboratrice, votre chiffre d'affaires, il va augmenter, obligatoirement. Non mais c'est ça que je... Encore une fois, dans le droit de la famille, parce que, pour moi, le droit de la famille n'est pas un sujet de clientèle. Les clients, ils existent. Le problème, c'est de les bien traiter. Mais les clients voulaient... C'est très facile d'avoir des clients au droit de la famille. Vous allez vous mettre au droit de la famille, j'ai sensé.
- Speaker #2
En tous les cas, ce qui est marrant, c'est que... Moi, j'ai adoré plaider à un moment donné, mais après, ça me prenait trop de bandes passantes dans mon esprit. Mais par contre, il s'est trouvé que dans ce podcast, on a reçu... que des filles en droit... En fait, on a reçu beaucoup de femmes en droit de la famille, beaucoup d'associés de cabinet, et je dois dire que c'est probablement parce que c'était une matière que je connaissais pas du tout, et j'ai trouvé que c'était que des femmes hyper inspirantes, très... hyper inspirantes, très dévouées à leur activité, mais en même temps très entrepreneurs parce qu'elles avaient pas non plus le choix, parce que c'est une matière qui est quand même... compliqué parfois sur le plan des honoraires. J'ai trouvé ça super. Je ne sais pas si je me mettrais au droit de la faire.
- Speaker #0
C'est un métier absolument magnifique. Vous apprenez sur la vie des choses. Nos collaboratrices qui ont 30 ans, elles en savent plus que tellement d'autres personnes qui ont 70 ans sur ce que c'est que la vie. Ce que c'est que la vie, quoi. C'est formidable.
- Speaker #2
Béatrice, on arrive au terme de cet entretien.
- Speaker #0
C'est dommage.
- Speaker #2
On aurait pu continuer. Merci infiniment en tous les cas de ce partage.
- Speaker #0
Merci à vous.
- Speaker #1
A bientôt. T'as aimé cet épisode ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Partage-le, note-nous 5 étoiles, parle-en autour de toi ou viens nous en parler directement sur nos réseaux.
- Speaker #2
Parce qu'on construit une communauté d'avocats qui osent, qui bougent, qui refusent de statu quo, abonne-toi sur ta plateforme d'écoute préférée et on se retrouve très vite pour un nouvel épisode. A bientôt. Musique Musique Musique Musique