- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Be-Life talk, le podcast qui met la santé des femmes en action. Je suis Perrine Raz et comme tous les mois, j'ai le plaisir d'animer ce podcast. Aujourd'hui, nous vous proposons un épisode un peu différent. Habituellement dans Be-Life Talk, nous recevons des professionnels de santé pour décrypter une thématique, partager leur expertise et apporter des clés de compréhension. Cette fois, nous vous proposons un hors-série placé sous le signe du témoignage. Notre invité du jour est bien connu du public belge, animateur, auteur et ambassadeur de l'association TDAH Belgique. Adrien Devyver a découvert tardivement qu'il était lui-même touché par le TDAH. Dans cet épisode, nous allons parler de TDAH bien sûr, mais surtout du parcours qui mène au diagnostic, du soulagement que cela peut apporter, des difficultés invisibles du quotidien, des idées reçues qui ont la vie dure et de ce que l'on découvre lorsqu'on comprend enfin son propre fonctionnement. Adrien Devyver, bonjour et merci d'être avec nous.
- Speaker #1
Bonjour Périne, je suis ravi d'être là, vraiment merci de m'accueillir dans ce podcast. Je suis un hors-série, ça me convient bien, ça me va bien. C'est parfait. C'est l'histoire de ma vie, ça, hors-série.
- Speaker #0
Alors je vous propose d'entrer dans le vif du sujet avec notre premier axe, le jour où tout a pris sens. Alors Adrien, vous êtes l'auteur du livre « On m'appelle la tornade » , dans lequel vous plongez le lecteur au cœur du quotidien et du fonctionnement d'une personne TDAH. Pourquoi était-il important pour vous d'écrire ce livre ? Qu'aviez-vous envie que les lecteurs comprennent et retiennent de votre expérience ?
- Speaker #1
Avant toute chose, Perrine, j'ai un petit deal à te demander. Est-ce que tu veux qu'on se tutoie ? Ce sera plus chouette.
- Speaker #0
Alors on peut, Adrien. Avec grand plaisir.
- Speaker #1
C'est pas interdit par le podcast ? C'est pas interdit,
- Speaker #0
je vais essayer d'y arriver. On essaye,
- Speaker #1
on essaye. Pourquoi c'était important pour moi de communiquer sur le TDAH ? En fait, je trouve que depuis de nombreuses années maintenant, même si ça va un petit peu mieux, Le TDAH reste un trouble très peu connu, très peu compris aussi par l'essentiel des personnes qui n'ont jamais entendu parler. Et donc, il était important pour moi d'écrire un livre. C'est la question que tu m'as posée, parce que tu sais, moi, parfois, je perds un peu le fil. C'est tout à fait la question que je t'ai posée. Il était important pour moi d'écrire un livre parce que je trouvais que c'était le meilleur moyen de communiquer sur cette problématique et sur cette thématique. Ça s'est fait un peu par hasard, entre guillemets, c'est-à-dire qu'en fait... un peu avant le confinement, le premier confinement qu'on a eu quand le Covid est arrivé. Cette fameuse période. Cette fameuse période, oui, qui a été sympa pour certaines personnes et moins sympa pour d'autres. En tout cas, on m'avait contacté quelques mois avant en me disant « Est-ce que tu as pas envie d'écrire un livre sur le TDAH ? » Moi, j'avais répondu « Mais comment est-ce possible qu'un gars qui a le TDAH, qui ne sait pas structurer, puisse écrire un livre ? » En même temps, j'avais quand même une formation de journaliste, donc je me suis dit « Bon, ça me chipotait un peu. » Et puis, quand le confinement a commencé et que je me suis rendu compte que je n'avais plus rien à faire de ma vie, si ce n'est... m'occuper, et c'est déjà un job à temps plein, mais de mon premier enfant à ce moment-là, je me suis dit j'ai peut-être du temps pour me pencher un peu là-dessus, pour réfléchir un peu à cette proposition. Et donc du coup, ça répondait justement à cette volonté que j'avais de sensibiliser le public, de mieux expliquer comment ça fonctionne, en tout cas dans mon cerveau, peut-être que ça fonctionne différemment dans les autres. Mais je trouvais que c'était important de communiquer la parole. Et surtout dans ce livre, je trouvais que c'était important aussi de donner la parole aux gens qui m'entendent. entoure, mais ça je suppose qu'on y reviendra dans le podcast, mais d'expliquer que le trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité, c'est un problème qui concerne notamment la personne qui en est atteinte, mais aussi tout l'entourage.
- Speaker #0
Absolument. Alors dans ton livre, tu racontes qu'enfant, tu avais le sentiment d'être différent sans jamais vraiment comprendre pourquoi. Et puis un jour, tu as une vingtaine d'années et tu découvres le TDAH grâce à Internet. Et voilà, on commence à mettre des mots sur ce qu'on vit finalement depuis des années. Qu'est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ? Et surtout, qu'est-ce que cette découverte a changé pour toi ?
- Speaker #1
Donc en gros, c'est vrai que quand j'étais enfant, mes souvenirs remontent plus ou moins à l'âge de 6-7 ans. Quand j'étais à l'école et tout, je me souviens que j'étais toujours un peu hors série. C'est pour ça que je rigole quand tu disais que ton podcast était hors série aujourd'hui. C'est que j'avais toujours l'impression d'être un peu dans la marge, tu vois. J'avais toujours l'impression d'arriver un peu trop tôt, un peu trop... tard d'être un peu trop à gauche ou trop à droite. C'est toujours un petit peu en décalage, exactement. Et en décalage émotionnel aussi. Il y avait des trucs que je ressentais beaucoup plus fort que les autres, d'autres que je ne ressentais pas, alors que visiblement il fallait ressentir quelque chose. Donc, il y avait quelque chose qui... qui semblait bizarre, mais en même temps, tu vois, comme on parlait de rien. Enfin, tu vois, ce n'était pas les sujets de conversation qu'on avait ni avec les instituteurs, ni avec mes parents, ni au PMS. Ben voilà, je me disais c'est comme ça et je me ferai un chemin. Et puis, à l'adolescence, ça a commencé à bouillonner fortement. C'est une période critique aussi. C'est une période critique. Moi, j'étais dans une famille, et je le suis toujours d'ailleurs, mais qui est assez rigide dans l'éducation. il n'y avait pas vraiment la... place pour les émotions, pour discuter un peu de tout ce qu'on fait maintenant en termes de parentalité positive, ça n'existait pas. Moi je suis né dans les années 80, donc on était dans des situations qui étaient parfois un petit peu plus complexes pour les enfants. Et donc, adolescence a pété, beaucoup de disputes avec les parents, carnage au niveau scolaire, et puis effectivement, vers l'âge de 20 ans, quand j'ai pu commencer à me renseigner un peu, c'est Internet effectivement, mais aussi dans mon entourage, des enfants qui commençaient à être diagnostiqués hyper kinétiques, c'est comme ça qu'on appelait ça à l'époque.
- Speaker #0
Au départ.
- Speaker #1
Et du coup, là, je me suis dit, mais tiens, en fait, ces diagnostics et ces symptômes, ils ressemblent quand même fortement à ce que moi, je ressens. Et donc, petit à petit, je me suis créé, en fait, une sorte de littérature, une sorte de bibliothèque dans ma tête en me disant, ben voilà, là, il fait comme ça pour aller mieux. Lui, il fait ceci. Elle, elle va plutôt lire des livres pour se sentir plus apaisée. Et donc, en gros, j'ai commencé à faire mon marché. Ma boîte à outils. Voilà, exactement. J'ai commencé à me créer ma boîte à outils. Je l'avais déjà créée tout seul. Mais là, comme j'avais... Plus ou moins compris que c'était ça, même si je ne suis pas médecin et que je n'ai pas m'auto-diagnostiqué. Mais bon, ça ressemblait quand même vraiment fort à tous les symptômes que je voyais. Et donc, c'est comme ça, en fait, que petit à petit, je me suis rendu compte que j'étais sans doute hyper kinétique et que j'allais pouvoir vivre avec, même si ça n'allait pas toujours être facile. J'en ai beaucoup parlé à mes parents à ce moment-là, mais il y avait toujours cette rupture qui existait parce que j'étais foiré aux études, parce que je n'étais pas le mec le plus... Le meilleur exemple qui soit en termes d'enfant, mais j'ai fait beaucoup de conneries. Et du coup, mes parents n'étaient pas hyper ouverts à la conversation, ce que je comprends tout à fait. Et donc, au fur et à mesure, j'ai fait mon chemin tout seul. Et puis, voilà.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, tu es ambassadeur de l'association TDAH Belgique. Et si je ne me trompe pas, c'est toi qui as pris l'initiative de contacter l'association. Et non inverse, qu'est-ce qui t'a poussé à t'engager de cette manière ?
- Speaker #1
Alors ça, c'est né d'une anecdote, d'une petite histoire qui s'est passée sur un plateau de télé. Donc en gros, j'avais sur mes réseaux sociaux...
- Speaker #0
Et tu fréquentais beaucoup.
- Speaker #1
Oui, toujours encore. D'ailleurs, je touche du bois. Mais donc, il y avait une maman qui m'avait contacté sur mes réseaux sociaux pour m'expliquer que son fils avait été interdit de visite de la RTBF par le directeur de l'école parce qu'il était TDAH. Donc, tu vois, il bougeait dans tous les sens. C'est violent ? Oui, c'est très violent. En fait. Il était soi-disant perturbateur, etc. Et donc, elle m'avait dit qu'il était hyper triste, forcément, parce qu'il ne pouvait pas aller avec ses copains de classe visiter la RTBF. Et donc, en fait, j'ai répondu. Je lui ai dit, tu sais quoi, viens, on parasite tout ce qui est mis en place par l'école. Venez avec... Vous voyez, à l'époque, maintenant, on se connaît, nous, je la tutoie, mais... Donc venez avec moi, avec Nathan, il avait 9 ans je pense, et je vais vous faire découvrir le plateau d'un gars, un chef, c'est une émission culinaire que j'ai enregistrée avec Gérald Lettler à l'époque. Il y a beaucoup de gens qui s'en souviennent. Et je m'en souviens très bien ! Et qui nous demandent d'ailleurs de remettre le couvert, parce qu'ils s'amusaient beaucoup en regardant l'émission.
- Speaker #0
Et mon ami Julien Québec aussi, à qui je fais un petit coucou. Oui, Julien,
- Speaker #1
exactement, qui nous a beaucoup fait rire aussi, et qui circule beaucoup sur TikTok dans une séquence qui a été enregistrée dans un gars, un chef. Bref ! Nathan arrive, il court partout, il pose plein de questions, il ne s'arrête jamais, il va dans tous les sens. Et là, je me dis, lui, c'est moi en minus. Il faut maintenant que je fasse quelque chose. Et donc, en gros, sur le chemin du retour, j'ai appelé l'association TDAH Bidjic, que je ne connaissais même pas. Je ne m'étais même pas vraiment intéressé à cette association avant. Et j'ai donc eu Pascal Decoster, la directrice de l'association. Et je lui ai dit, je m'appelle Adrien Devyver, je fais de la télé, je suis un peu connu. Est-ce que ça t'intéresserait que je devienne ambassadeur de l'association pour pouvoir apporter mon image publique ? au profit de l'Asos et d'essayer de sensibiliser un peu au TDAH parce que je me rends compte qu'on n'y connaît rien. Tout le monde est dans le flou. Le directeur de l'école refuse que l'enfant vienne visiter l'RTBF. C'est sans doute parce qu'il y a un manque de connaissances, un manque de sensibilisation aussi. Et donc forcément, elle a sauté à pieds joints. Elle m'a dit « Oui, voyons-nous » . On s'est vus et à ce moment-là, on s'est dit que pour rendre mon parrainage, le fait d'être ambassadeur légitime, c'était important que je me fasse diagnostiquer parce qu'en fait, je m'étais auto-diagnostiqué. J'avais créé mes chemins de traverse. Mais il fallait quand même qu'il y ait une sorte de certificat TDAH, entre guillemets. Et du coup, j'ai fait tout un parcours avec un psychiatre spécialisé en la matière. On a fait tout un travail d'introspection. On a eu beaucoup de séances. Et puis, à un moment donné, on a fait des tests. J'ai aussi fait des tests avec mes parents, sur mon enfance notamment. Et puis voilà, le diagnostic, sans surprise, est tombé, évidemment. Et donc, TDAH. Et du coup, ça donnait un crédit encore supplémentaire à mon investissement au sein de l'association. Et puis voilà, c'est parti. Ça fait une dizaine d'années maintenant et je suis à fond dedans.
- Speaker #0
Et indépendamment de cette confirmation pour l'association, j'imagine que c'est aussi une confirmation. Et qu'est-ce qu'on ressent finalement quand on a le papier noir sur blanc écrit TDAH ?
- Speaker #1
Alors, je n'ai jamais eu ce papier, mais clairement, il y a ce diagnostic qui tombe. Et donc, il y a quelque chose qui fait que maintenant, c'est fait. Je suis diagnostiqué TDAH. Donc là, on entre dans une schizophrénie. C'est-à-dire que d'un côté, on est hyper soulagé parce qu'on se dit, c'est bon, effectivement, c'est exactement ce que je pensais. Et ça confirme les différentes problématiques que je rencontre au quotidien. Et puis de l'autre côté, on est quand même un peu découragé aussi parce que... Il y a cette étiquette, elle est là maintenant. Et comme j'ai décidé de communiquer dessus, forcément, je vais aussi avoir cette étiquette-là qui peut parfois être stigmatisante, qui peut parfois être dénigrante aussi. Et donc, en gros, il faut jongler avec les deux. Donc voilà, à partir de mes 35 ans, ma vie a fameusement changé. J'ai été diagnostiqué et c'est à ce moment-là qu'avec ce diagnostic aussi, on se sent parfois un peu obligé aussi de prendre les choses en main de manière plus rigoureuse. Parce qu'il y a ce diagnostic qui est là. Il y a une mission, en fait, quelque part. Voilà, il y a une mission, c'est de gérer ce TDAH. Et donc, il y a un peu cette naïveté qui s'enfuit, quoi. Et de se dire, c'est peut-être le TDAH qui fait que je suis comme ça, mais voilà, ça reste un peu nébuleux. Ici, maintenant, on le sait. Et donc, ça veut dire qu'il faut parfois prendre les choses un peu plus en main aussi, quoi.
- Speaker #0
Alors, je te propose maintenant, Adrien, de passer à l'axe 2 de notre podcast. Vivre avec un TDAH sans le savoir. Alors, on parle beaucoup plus, évidemment, du TDAH aujourd'hui qu'il y a 30 ou 40 ans, on disait. Les écoles sont plus attentives, les parents sont mieux informés et les diagnostics sont heureusement plus fréquents chez les enfants. Si tu avais été un enfant de 2026 plutôt qu'un enfant des années 80, penses-tu que quelqu'un aurait tiré la sonnette d'alarme ?
- Speaker #1
Oui, je crois. Je crois clairement. Surtout que maintenant, en fait, on est un peu arrivé à l'extrême inverse, c'est-à-dire qu'on tire la sonnette d'alarme pour tout et n'importe quoi et on autodiagnostique très régulièrement des enfants qui ne sont pas TDAH mais qui ont un autre problème. Et donc, ça crée non seulement... une problématique de reconnaissance du TDDH en tant que telle, mais aussi des erreurs de diagnostic, des erreurs médicaux et thérapeutiques pour certains autres enfants. Donc en gros, je crois qu'on aurait tiré la sonnette d'alarme. Ce qu'il y a, c'est que moi, quand j'avais 8-10 ans à l'époque, je passais pour un élève impertinent, impoli, irrespectueux aussi auprès de mes camarades de classe, mais aussi auprès des profs. Ici, maintenant, effectivement, je pense qu'on aurait plus alerté mes parents en disant, voilà, il y a un problème, il n'est pas très concentré. Il n'est jamais là, il est tout le temps ailleurs, sa tête est tout le temps ailleurs, il a tout le temps besoin d'aller courir dehors, faire des tours de cours pour pouvoir se décharger de son énergie. Donc oui, je crois que clairement, en tout cas, on aurait suspecté et je pense qu'on aurait déjà mis des mots, même si le diagnostic n'avait pas encore été fait, mais ce qui aurait permis justement à mes parents de prendre les dispositions nécessaires pour que je puisse être pris en charge. Ce qu'ils auraient voulu faire quand j'étais petit, mais ils n'ont pas eu les outils pour le faire parce qu'on ne les a pas vraiment alertés.
- Speaker #0
Aujourd'hui, c'est vrai que les difficultés scolaires... l'agitation, le manque de concentration, c'est vraiment les premiers signaux qui amènent à évoquer ce TDAH. Mais ça signifie aussi que certains enfants passent complètement sous le radar, parce que quand ils parviennent à obtenir des bons résultats ou des résultats corrects, parfois au prix d'efforts considérables, on peut l'imaginer. Est-ce que c'était ton cas ?
- Speaker #1
Oui, alors moi, c'était pas les efforts considérables, parce que je n'ai jamais été un grand bosseur sur l'éternel à l'école. Mais en revanche, effectivement, jusqu'à l'âge de mes 10-11 ans, j'avais des résultats scolaires qui étaient brillants, Parce qu'en fait... Il suffisait simplement que ça rentre une fois dans mon oreille pour que je puisse l'emmagasiner et le pouvoir le ressortir. Donc en fait, il y avait vraiment cette espèce de dichotomie, cette espèce d'antagonisme entre le fait que j'étais tout le temps absent vraiment au niveau du regard, du présentiel, mais qu'en même temps, il suffisait que je sois dans la classe pour pouvoir emmagasiner les informations. C'est à partir du moment où il a commencé à devoir travailler seul, à devoir préparer des choses, que là, c'est devenu plus compliqué. parce qu'à ce moment-là, la concentration entrait vraiment en... pleine conscience et donc là, je n'y arrivais plus. Mais donc, c'est hyper intéressant comme point parce que c'est vraiment la problématique, je dirais, de l'éducation et de l'enseignement encore aujourd'hui. C'est qu'on se focalise beaucoup sur les notes et qu'on ne laisse pas vraiment l'attention sur ce qui se passe autour de cela, sur l'effort qui est présenté aussi par l'enfant et donc sur l'évolution. Moi, c'est vrai que souvent avec mes enfants, je leur dis moi, je n'ai pas spécialement besoin que vous ayez des beaux points. J'ai besoin de voir que vous avez eu envie. de comprendre et d'arriver à vos fins sur un devoir ou sur un travail qu'on vous donne. Et d'intégrer plus que viser la dot. Voilà, c'est ça, de l'intégrer et de montrer qu'il y a un effort qui est fait. Donc ça, c'est clairement aussi une prise en charge qui doit être mise en place. Mais je trouve qu'avec tous les outils qui existent maintenant et avec toutes les informations qu'on peut trouver un peu partout, c'est important de se dire qu'on ne peut pas passer à côté de ce genre d'informations.
- Speaker #0
Et avant de savoir que tu étais TDAH, j'imagine que tu avais mis en place des astuces ou des habitudes pour essayer de fonctionner. comme les autres, entre guillemets, sans peut-être t'en rendre compte.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, c'est un peu le principe de l'enfance. C'est-à-dire qu'à un moment donné, on essaye d'aller vers des choses qui nous font du bien, où on se sent bien. En gros, je me rendais compte que plus j'étais dans la nature, plus j'étais sur mon vélo, mieux je me sentais à la fin de la journée. Moins mes angoisses apparaissaient quand j'allais dormir, plus j'étais entouré socialement, mieux je me sentais. Et donc, en fait, je me créais petit à petit des chemins comme ça qui me permettaient de pouvoir me sentir un peu mieux. À l'école, je savais que la seule possibilité de pouvoir aller courir à l'extérieur alors que les autres étaient en train de suivre ce que la prof disait, c'était d'être un peu turbulent et un peu agité pour pouvoir justement montrer à quel point j'avais besoin d'être à l'extérieur. donc en fait je crée des situations qui étaient parfois un peu tendues, mais qui me permettaient justement de pouvoir me sentir bien une fois qu'on m'envoyait à l'extérieur pour aller courir. Donc, c'était vraiment des chemins que je me créais pour pouvoir me sentir mieux. Et puis, quand je revenais dans la classe, je me sentais de nouveau capable d'écouter, de me concentrer pendant un petit temps. Un certain temps. Oui, c'est ça, exactement.
- Speaker #0
Et malgré ce TDAH non diagnostiqué, tu as fait des études universitaires tout de même.
- Speaker #1
J'ai eu du temps, mais j'y suis arrivé, oui.
- Speaker #0
Alors, tu as développé, j'imagine, des stratégies particulières pour compenser les difficultés. Parce que l'UNIF, c'est de la concentration, c'est de la bloc. C'est sérieux.
- Speaker #1
Alors, mes stratégies, j'ai commencé à les développer quand j'étais dans le secondaire. Donc, au moment où je commençais à me rendre compte que les points ne suivaient plus, que je n'arrivais plus à me concentrer pour étudier, des grosses matières, des gros cahiers, etc. où il ne suffisait pas juste d'écouter en classe pour pouvoir réussir, où il fallait mettre en place tout un cheminement de concentration et d'attention. À ce moment-là... Petit à petit, le chemin que j'ai trouvé, c'était le chemin de la tchatche. J'ai commencé un peu à... Intéressant. Ah ouais, ouais. Et donc, en fait, je me suis un peu mis en challenge et en danger plutôt au sein du rôle que je pouvais jouer dans l'école en tant qu'élève. Et donc, en gros, pour bypasser un peu tout ce système scolaire très ex cathédra, avec un système scolaire très rigoureux, j'ai commencé à m'impliquer un peu dans la vie sociale des élèves, dans l'échange qui pouvait exister entre les élèves et les profs, dans la création d'événements au sein de l'école. J'ai défendu pendant des années un fumoir parce que j'étais un fumeur invétéré. C'est horrible de dire ça. C'est tout régit. J'ai arrêté de fumer depuis 10 ans et j'en suis super fier. Mais à l'époque, je fumais des cigarettes et donc j'avais défendu la possibilité de créer un fumoir dans l'école. Et donc, en fait, je suis devenu un peu le porte-parole des élèves. Et c'est ce chemin-là qui m'a permis de rester en connexion avec les profs. Et donc, en gros, les profs savaient très bien que ça n'allait pas au niveau études, au niveau rigueur de travail, au niveau de toutes les branches qui m'énervaient. J'adorais la géo, j'adorais j'adorais certaines parties des sciences. Donc ça, c'était OK. Je me focalisais là-dessus et j'adorais. Mais tout le reste, j'en voyais péter. Mais donc, du coup, le contact restait grâce à la charge, grâce au fait de m'investir dans quelque chose d'un peu différent que juste les cours qui nous étaient enseignés pendant huit heures par jour, assis sur une chaise. Et en fait, ce système-là, j'ai continué à le mettre en place dans plein de secteurs différents, au niveau scolaire, bien sûr, mais aussi au niveau privé et puis au niveau aussi sociétal et de mon investissement dans plein de causes. Et donc, en fait, quand je suis arrivé à la fin de mes études secondaires, j'ai fait des études médicales. J'ai fait un an d'infirmier et puis j'ai fait deux ans de kiné. Donc, mes deux premières candidats en kiné. Et en fait, cette tchatche que j'avais développée et tout, elle ne me servait pas assez. Ça ne fonctionnait pas assez. Oui,
- Speaker #0
finalement, à l'UNIF, la tchatche, ça peut servir. Mais à un moment donné, il faut quand même bloquer.
- Speaker #1
Oui, il faut bloquer. Mais donc, en fait, à un moment donné, je me suis aussi rendu compte que j'étais dans un truc que j'aimais beaucoup. Le sport, la médecine, la santé, c'est des trucs qui m'intéressent à fond. Il y avait quelque chose qui manquait et cette chatte-chatte, je ne savais pas vraiment la développer dans ces études-là. Et donc, en fait, à 23 ans, je suis parti vers le journalisme universitaire à Louvain-la-Neuve. Et là, mes parents étaient désespérés. Ils me disent mais ce n'est pas possible. Mais oui, parce que j'avais 23 ans, je n'avais rien. Rien, rien, rien. Et on peut comprendre qu'ils étaient arrêtés. Les gens de mon âge commençaient à travailler. Ils avaient leur voiture. Ils sortaient, ils payaient leur resto. Moi, je n'étais nulle part. Ta voiture commençait à zéro finalement. Oui, je faisais des jobs d'étudiant dans l'horeca. Et en fait, là, j'ai eu une illumination. J'ai commencé à faire des études que j'adorais. C'était hyper intéressant pour moi. Et surtout, en fait, ma tchatche me servait. Parce qu'en études de journalisme, j'avais des examens en raw. J'avais plein d'exercices pratiques à faire en radio, en télé. Et en fait, là, tout s'est mis en place. J'ai commencé à me créer un vrai réseau aussi avec les profs et tout. Et du coup, j'ai trouvé ma vocation. Ça n'a pas été évident. Mes parents étaient patients. Moi aussi. Alors que je ne sais pas du tout ma marque de fabrique numéro une. Mais j'ai eu un... petit peu de chance aussi, il m'a fallu un peu de chance pour pouvoir passer chaque année des examens avec une question qui était la seule que je connaissais. Il y a eu, à un moment donné, toutes les planètes se sont alignées. Les planètes se sont alignées, j'ai eu beaucoup de chance. Ce n'est pas le cas de tout le monde et j'ai beaucoup de messages de détresse d'ailleurs de parents qui ne s'en sortent pas avec leur enfant au niveau scolaire. Et donc ça, je le reconnais vraiment. J'ai eu un petit coup de pouce des planètes. Et puis, je me suis retrouvé journaliste avec tout ce système de fonctionnement un peu marginal qui a été mis en place.
- Speaker #0
Et avec le recul, Marcule, si tu dois mettre le doigt sur les mécanismes de compensation que tu as développés pour finalement avancer comme tout le monde. Donc ça, la tchatche, c'est vraiment une qualité que tu as pu finalement développer et qui t'a servi dans tes études de journalisme. Est-ce qu'il y a d'autres mécanismes de compensation ? Est-ce que tu peux en citer un ou deux ?
- Speaker #1
En tout cas, le sport. Donc ça, c'est sûr. Moi, je fais énormément de sport. Et donc ça, c'est vraiment un mécanisme que j'ai mis en place pour compenser. l'abus d'énergie mais aussi le manque d'énergie il y a plein de moments où on a souvent tendance à dire que les TDAH c'est des gens qui sont bourrés d'énergie en fait il y a plein de moments où ils sont bourrés d'énergie mais d'énergie négative donc c'est des énergies qui insufflent du pessimisme qui insufflent de la flemme, des idées noires, des angoisses et donc en fait le sport autant pour recharger les ions positifs de l'énergie que pour décharger justement l'énergie négative, c'est vraiment hyper idéal ça c'est vraiment ce que je mets en place moi mon TDAH j'en ai toujours beaucoup rigolé J'aime beaucoup pratiquer l'autodérision. Dans mon livre, je me moque beaucoup de moi-même. Je trouve que c'est important de le faire parce que c'est vrai qu'on a un caractère assez atypique. Et le fait de s'en moquer, de prendre ça avec légèreté, permet de mieux aborder les choses avec nos entourages. Et puis, j'ai aussi... Ça, je ne le mets pas vraiment en application pour le moment. Depuis que je ne suis pas papa, c'est plus compliqué. Mais le sommeil, c'est vraiment quelque chose d'hyper important. Et ça... Ça passe par une hygiène de vie quand même assez efficace, par le fait de manger sainement, de faire attention à ce qu'on prend aussi en termes de consommation de drogue ou d'alcool. Donc, moi, j'ai arrêté de boire aussi parce que je savais que c'était quelque chose qui me posait des problèmes au quotidien et qui pouvait aussi faire changer mon tempérament et de pouvoir et de parfois augmenter justement tous les symptômes, la symptomatologie du TDAH. il y a un... aussi ce potentiel addictif qu'il faut essayer d'évacuer le plus possible parce qu'il est très présent dans les cerveaux des TDAH vu qu'il y a un système de régulation de dopamine et la dopamine forcément elle est libérée quand on a du plaisir et donc notamment quand on c'est le remont de la récompense et donc quand on prend des drogues ou quand on prend des choses addictogènes on est très souvent sujet à
- Speaker #0
basculer et c'est l'interrupteur finalement qu'il ne faut pas enclencher Merci Adrien, en route pour le 3ème axe de notre podcast Apprivoiser son TDAH Alors aujourd'hui, tu connais ton mode de fonctionnement, tu as appris à vivre avec ce trouble. C'est quoi tes habitudes ou tes outils qui t'aident vraiment au quotidien ? Tu nous disais que tu étais papa, enfin que tu es papa, pardon. Voilà, j'imagine qu'il y a des petits... Ta boîte à outils s'est étoffée, évidemment. Oui, évidemment.
- Speaker #1
Alors elle s'étoffe et puis parfois elle disparaît pendant des semaines. Et puis tout d'un coup, elle revient. Puis c'est ça aussi la problématique du TDAH, c'est que... On n'arrive jamais sur un point qui est certain et qui est terminé, c'est défini, on a réussi à mettre quelque chose en place et on va le mettre en application durant toute notre vie. Le plus gros problème, c'est qu'il y a plein de choses qui fonctionnent très bien, puis tout d'un coup, en fait, on s'en lasse, c'est la routine. Et ça aussi, du coup, il n'y a plus vraiment de décharge de dopamine, et donc on a besoin d'aller rechercher, besoin de se remettre en danger. Donc on oublie la superbe to-do list qu'on avait réussi à mettre en place et qu'on avait mis en application et qui nous permettait d'être hyper organisés, parce qu'à un moment donné, on aime... bien être désorganisé, c'est important. Être désorganisé, ça nous donne des choses, ça nous met de l'adrénaline et donc on est content. Et puis finalement, on se retrouve dans un truc tellement désorganisé qu'on pète une casse qu'on est désorganisé. Donc en fait, c'est toujours des cycles qui se remettent en place. Alors donc, to-do list, forcément. Moi, je bascule, je varie un peu. Je fais parfois des to-do list plutôt au papier, dans des cahiers que je prends avec moi partout, etc. Un peu en mode j'écris et donc je retiens déjà un peu. Pour le moment, je suis plutôt en numérique. Donc, j'ai des to-do list par thématique, ce qui est complètement débile. Donc, j'ai des thématiques RTB, thématiques boulot, thématiques TDAH, thématiques pièces de théâtre. Mais en fait, il y a plein de trucs qui se recroisent.
- Speaker #0
Forcément.
- Speaker #1
Et donc, c'est super compliqué à mettre en place. Je n'ai toujours pas réglé mon problème d'agenda parce que j'ai plusieurs agendas. Je suis papa solo, donc j'ai mes enfants une semaine sur deux. J'ai mon boulot à l'RTB, j'ai mon boulot TDAH, j'ai mon boulot... de campagne de sensibilisation aussi comme ici. Ça, c'est encore un peu compliqué. Donc ça, il faut que je mette encore en place. Je pratique la cohérence cardiaque. Alors ça, c'est génial. Très rapidement, je ne suis pas médecin, mais on a un double système nerveux. Il y a un système nerveux autonome et un système nerveux qu'on met en activation nous-mêmes. Donc si je veux lever ma main en l'air, je dois commander pour mettre ma main en l'air. Par contre, respirer ou mon cœur qui bat, c'est le système nerveux autonome. On ne doit pas y penser, heureusement. Heureusement. Et du coup, en fait, la cohérence cardiaque, elle permet de rééquilibrer un petit peu les choses et de dire OK. Souvent, quand on est TDAH, quand on est en recherche de dopamine, d'adrénaline constante, on a le système nerveux volontaire qui est très souvent suractivé. Donc, les doses sont trop fortes et donc on a tendance à faire des mouvements intempestifs. On a tendance à être un peu hyperactif. On parle trop vite comme moi. On est impulsif dans la parole. On dit des choses qu'on ne doit pas dire, etc. En gros, la cohérence cardiaque permet simplement de rééquilibrer un peu les flux et de dire OK, on est toujours là, je suis toujours en mouvement, je peux toujours faire ce que je veux. Mais en même temps, je réaugmente un peu aussi l'énergie de mon système nerveux autonome pour que ma respiration se calme un peu, que je ne sois pas, que je ne me sente pas obligé de tout le temps être à fond de balle, pour que mon cœur s'apaise un peu aussi, que mon cerveau se relaxe un peu. Donc ça, le matin, petit exercice de cohérence cardiaque. Je l'ai fait juste avant d'arriver ici d'ailleurs. Je prends cinq minutes. C'est une petite application qui s'appelle Respirelax. C'est gratuit. Et ça permet simplement de travailler sa respiration. Le soir, rebelote, mais il y a moyen de prendre un programme qui s'appelle APZ. Et donc là, on va augmenter l'énergie du système nerveux autonome. Donc on va vraiment dire au système nerveux volontaire. Calme-toi un maximum, mais par contre, la respiration, on va lui donner toutes les chances d'être au top. Le cœur aussi, de s'apaiser, que la musculature et que notre système nerveux puissent être vraiment le plus relax possible. Donc ça, c'est vraiment quelque chose qui est hyper efficace. Il y a même moyen de renforcer, donc il y a même moyen d'augmenter son système nerveux volontaire. Donc ça, c'est en cas de pratique sportive ou en cas d'examen, par exemple, où on doit être à fond. C'est le principe d'augmenter vraiment à fond le système nerveux, de fight et de ralentir celui de l'autonomie. pour qu'on soit vraiment au taquet, pour mener un combat, pour mener un match, etc. Donc ça, c'est super. L'autodérision, j'en ai un peu parlé, c'est vraiment important. Moi, je parle beaucoup. Ce que je dis aussi régulièrement à tous les gens que je rencontre, que ce soit dans la sphère privée ou dans la sphère professionnelle, directement, je balise en disant, voilà, moi, j'ai un euro à typisme, je ne suis pas très attentif, je ne suis pas très concentré. Rester enfermé dans une salle pendant une heure, c'est très difficile pour moi. Si la réunion, vous la prévoyez à 8h, est-ce qu'il est possible de la prévoir à 9h pour que je puisse aller courir avant de venir à la réunion ? C'est plus simple. Même chose pour les tournages. Donc ça, c'est vraiment le fait de discuter, de dialoguer avec les différents interlocuteurs que je vais avoir sur la journée. Ça me permet de mieux baliser les choses et de mieux gérer.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des situations qui restent compliquées, malgré le diagnostic, malgré évidemment toute la connaissance de toi-même que tu as acquise ? Est-ce qu'il y a vraiment des situations où en fait là, c'est panique ? Oui, complètement. C'est compliqué.
- Speaker #1
Je suis papa, donc mon premier job, c'est papa. Et je suis en famille recomposée, donc il y a deux autres enfants, ceux de ma compagne aussi. Donc là, ça fait deux plus deux, quatre enfants, donc ressenti dix. Et donc, en gros, une semaine sur deux, c'est organisation absolue. Évidemment, ça doit être millimétré. Oui, ça doit être millimétré. Et donc, en gros, ça, c'est quand même vraiment des situations qui sont encore parfois compliquées, tant dans l'anticipation de certaines choses que dans le... Le fait de devoir gérer une urgence, même si c'est quelque chose qui m'excite beaucoup, moi à la base je voulais être médecin urgentiste, quand même le fait de devoir gérer une urgence, ça crée un stress, ça crée quelque chose qui pose parfois des problèmes. Donc ça c'est, en termes d'organisationnel, c'est problématique. Mon impulsivité, elle ne partira jamais, c'est-à-dire que moi je parle beaucoup trop vite et je dis beaucoup trop de choses que je ne devrais pas dire. Notre cerveau pense à plein de choses, à plein de moments différents dans la journée, que ce soit au niveau professionnel ou privé. Et il y a des choses qu'il ne vaut mieux pas dire parce que c'est normé. Et tu n'as pas le filtre,
- Speaker #0
évidemment, sur le moment.
- Speaker #1
Exactement, aucun filtre sur le moment. Et donc, on a beau dire aux gens, c'est parce que je suis TDAH, il y a quand même des choses qui peuvent parfois être blessantes, qui peuvent parfois être intrusives aussi. Moi, je pose parfois des questions à des gens, je rentre dans leur vie privée en trois questions, alors que ce n'est pas du tout le moment, ce n'est pas du tout l'instant de le faire. Et donc, ça peut poser beaucoup de problèmes à impulsivité en termes de... de vie privée ou vie professionnelle, j'ai divorcé. Et je pense que mon TDAH fait partie des causes de mon divorce. Oui, tout à fait. Et donc, voilà, je m'en rends bien compte aussi. D'autres difficultés, c'est notamment le fait que je suis un peu sans limite. Donc, en gros, quand je pratique du sport ou quand je fais des activités un peu dangereuses, je n'ai pas vraiment le filtre qui m'envoie un petit red flag. Et donc, j'ai plutôt tendance à pousser fort plutôt que de rester au calme. et ça c'est un peu dans tout c'est un peu l'extrême que j'ai eu notamment avec la cigarette que j'ai eu avec l'alcool que j'ai eu un peu aussi avec le cannabis donc c'est des choses qui ont forcément été difficiles à gérer et maintenant c'est chouette parce que ça j'ai vraiment pu dompter tout ça mais oui clairement ça c'est des difficultés que j'ai rencontré il y a aussi le fait que je coupe tout le temps la parole donc ça aussi c'est vraiment un symptôme très particulier du TDAH c'est à dire qu'en fait par exemple toi tu vas me parler de l'activité que tu as faite hier, c'est-à-dire une randonnée en VTT de 80 km, sous la chaleur. Oh là là ! Mais c'est exactement ce que j'ai fait avant-hier. Et en gros, comme toi, tu vas m'en parler, je vais te dire, j'ai fait la même chose avant-hier, c'est génial, j'ai crevé, il fait super chaud. Et donc, en gros, pourquoi je te coupe, ce n'est pas par impolitesse, ce n'est pas parce que je veux parler de moi, c'est parce que j'ai peur de perdre le fil une fois que tu auras fini ta phrase. Et donc, en gros, c'est vraiment un manque de filtre qui me permet de pouvoir réagir. Du coup, si jamais je ne t'interromps pas, j'aurais perdu le fil et je serais déjà passé sur autre chose. Ce qui va aussi être un peu une impolité, parce que ça veut dire que je ne réagis pas à ce que tu me dis. Donc ça aussi, c'est encore un truc que je n'arrive pas à gérer maintenant.
- Speaker #0
Et tu décris ton cerveau comme étant bouillonnant, en constante effervescence, et avec des idées qui s'enchaînent à toute vitesse. Alors, il y a des situations, j'imagine, dans lesquelles c'est une force.
- Speaker #1
Ah, bien sûr. Ah non, mais avoir plein d'idées, c'est génial. Le problème, c'est qu'il y en a très peu qui sont bonnes. Mais donc, en gros, il faut juste réussir à pouvoir avoir... un regard objectif sur tout ce qui sort de la tête et de se dire ok ça c'est une bonne idée ça ça l'est moins se challenger aussi auprès des gens tu vois parfois quand je pense à un truc je demande à ma compagne tiens est-ce que tu penses que c'est une bonne idée de faire ça ou d'aller à tel truc tu demandes le miroir en fait ouais ouais c'est ça mais en fait ça aussi parce que tu sais parfois je je vois quelque chose de chouette dans une proposition qu'on me fait et donc je dis bah oui ok c'est bon et puis après il y a quelqu'un qui vient me dire mais attends mais t'as pensé à ça t'as pensé à ça et puis je dis bah non et j'ai déjà répondu donc c'est trop tard mais donc voilà parfois j'essaye de vraiment faire attention à prendre parfois un peu plus de recul dans les réponses que je donne à certaines personnes pour m'obliger à réfléchir sur certains points avant d'aller trop vite dans la signature d'un truc quoi
- Speaker #0
Et sur le côté positif, tu le disais, c'est ce côté créatif, j'imagine.
- Speaker #1
Oui, évidemment. Tu vois, en gros, quand on a des réunions, quand on crée des émissions, quand on est sur des débuts de projet, je fais beaucoup de vidéos aussi sur les réseaux sociaux parce que je suis créateur de contenu. Et donc, c'est chouette parce que j'ai beaucoup de brainstorm avec l'agence. Et donc, on réfléchit beaucoup à certaines campagnes qu'on peut faire et de donner des impulsions un peu sympas et dynamiques, drôles, dans les contenus qu'on fait. Et donc là, clairement, c'est hyper chouette. C'est ta zone de confort, évidemment. C'est la zone de confort, ça va dans tous les sens. Après, il y a quelqu'un qui fait bon, ça en prend, ça en prend pas. Mais en attendant, c'est assez confortable, effectivement.
- Speaker #0
Alors, on l'a évoqué rapidement tout à l'heure. Le TDAH, ça ne concerne pas uniquement la personne qui en est atteinte. Comment ça fonctionne au niveau de l'influence sur ta vie de couple, sur ta vie familiale, sur ta relation finalement aux autres ? J'imagine que... Écoute,
- Speaker #1
ici, on est en studio. Là, il y a quelques personnes autour de la table. Je peux te dire que quand la conversation sera finie, elles seront très contentes d'aller prendre un peu l'air. parce que Il y a un gars qui parle super vite dans le studio. Il faut se concentrer pour en comprendre tout ce qu'il dit. Donc moi, c'est ça. Mon premier problème, c'est ça. C'est que je parle beaucoup trop vite. Je vais trop rapidement. J'exprime trop rapidement mes idées. Je suis trop impulsif. Donc clairement, les personnes doivent s'accrocher pour écouter, comprendre et se concentrer sur ce que je dis. Deux, accepter que parfois, il y a des paroles en l'air qui partent et qui sont complètement inappropriées dans la situation dans laquelle on est. Donc ça, c'est une première chose. La deuxième chose, c'est que clairement, moi, je suis un bordélique sans nom. Donc, en gros, le matin, je pars avec deux paires de lunettes. Elles sont là sur la table. Ce soir, elles ne sont plus là. Je ne sais pas où elles sont. Donc, je les aurais perdues, c'est sûr. Mes clés de voiture, c'est la même chose. Mon casque de vélo, si je pars faire du vélo. Je suis... absolument désorganisé dans tout ce qui est matériel. Ça, c'est vraiment une problématique absolue. Je laisse tout traîner partout. Je perds la clé de ma bagnole dans une plaine de jeux. Tu sais,
- Speaker #0
ça arrive aussi aux gens qui trouvent...
- Speaker #1
Oui, mais ça, c'est sûr et certain. Le problème, c'est que moi, c'est quatre fois par jour. Donc ça, c'est toujours problématique. Donc ça, c'est un autre volet. Et donc, il faut effectivement que la personne avec qui je vis ou en tout cas les collègues avec qui je travaille soient OK avec ça. Impossible de me concentrer durant des réunions. Donc là, maintenant, moi, les réunions, je ne suis quasiment plus jamais convoqué. Et c'est tout à fait OK parce qu'en fait, en gros... tout le monde sait très bien que je vais mettre le bazar pendant toute la réunion je vais faire des blagues, je vais me lever je vais aller chercher à boire, je vais faire des blagues à l'imprimante je vais aller faire des blagues au bureau d'à côté et en fait c'est productif pour personne, ni pour moi ni pour mes collègues, du coup le confinement a bien fait les choses parce qu'on a commencé à faire des réunions en distanciel et donc ça te convient mieux ? Ouais ça me convient mieux, après c'est dommage pour tout ce qui est relations sociales mais ça me convient mieux parce que ça me permet de faire d'autres choses en fait et c'est un peu triste à dire mais souvent quand je suis en réunion je fais d'autres choses, j'écoute ce qui se passe à la réunion, c'est exactement ce que je faisais quand j'étais à l'école aussi Merci. Mais en même temps, ça me permet de travailler sur d'autres trucs. Et donc, c'est pas mal. Mais donc, en présentiel, ça, les gens ont oublié. Le bureau collectif, baqué aussi. Tout le monde a oublié. Adrien, on laisse tomber. Et donc, moi, en fait, on me propose d'arriver en début de processus pour un peu brainstormer sur les idées, sur un peu les impulsions qu'on peut avoir en termes de lanceur d'idées. Et puis, en fin de processus, on se refait une petite réunion ou l'autre. Et donc, on dit, ton job, il sera là, tu feras ça. Et donc, maintenant, à toi de te mettre en place pour qu'à la fin de la chaîne, ça fonctionne bien. Donc ça, c'est clairement au niveau professionnel. Donc j'ai parlé d'impulsivité. Oui, j'ai parlé de la...
- Speaker #0
Tu disais que ton premier métier, c'était d'être papa. Oui, oui. J'imagine que dans ton rôle de papa, c'est aussi à gérer.
- Speaker #1
Les pauvres. Mais non, mais en fait, en gros, le matin, par exemple... Les enfants adorent le chaos. Oui, oui, ils adorent le chaos. Mais moi, quand je dois aller déposer à 8h45 à l'école, qu'il est 8h47, que je suis sur le chemin et que je leur dis « J'ai oublié le sac de piscine » . ça c'est un peu leur quotidien mais mon aîné il est venu voir ma pièce et en fait ça a complètement tout changé dans sa perception dans le livre que j'ai adapté et il a complètement switché en fait avec beaucoup de bienveillance et d'empathie et donc ça c'est très chouette parce que ça veut dire que mon job de sensibilisation fonctionne fonctionne aussi sur tes enfants mais donc en gros il a capté un peu le truc et Et du coup, avec mes enfants, c'est compliqué. Après, d'un autre côté, on n'est jamais en train de s'ennuyer. Ils savent que quand ils sont chez moi, on fait plein de trucs, on parle dans tous les sens, on prend du temps aussi pour se poser, bien sûr, parce que c'est important. Je suis un peu un chef de scout. Il y a plein de trucs qui vont un peu dans tous les sens. Ils s'habituent à ça. Ils ont une maman qui est hyper structurée, complètement structurée. Ils vivent dans les deux moules et c'est très bien aussi. C'est très bien.
- Speaker #0
Alors, on parlait de ton métier, on parlait de jongler avec plein de projets, des tournages, des rencontres, des imprévus, on en parlait. Est-ce que ton TDAH peut t'aider parfois dans cet environnement ? Donc, on a bien compris, ça peut poser pas mal de soucis, mais est-ce qu'en fait, ça t'aide ?
- Speaker #1
Oui, oui, ça m'aide complètement. Donc, tout ce qui est imprévu, tout ce qui est... gestion de choses un peu, parfois, un aléa du direct, comme on appelle ça, ou plein d'autres trucs.
- Speaker #0
Mais t'improvises, en fait.
- Speaker #1
J'improvise. Donc ça, c'est super, vraiment. Ça me permet d'être... Moi, c'est ce que je préfère par-dessus tout, c'est les directs. Donc c'est vraiment d'être en direct à l'antenne et il y a quelqu'un dans mon direct qui me dit « Oh là, on n'a pas le magnéto, il faut faire autre chose. » Ça, c'est vraiment, pour moi, c'est royal. J'adore ça. Là, je suis en danger absolu et ça, c'est mon kiff total, quoi. Après... il y a des moments comme ça. Donc là, quand c'est balisé, que je sais que j'ai une heure pour jouer, entre guillemets, en direct, et que je peux vraiment faire mon show et tout, c'est super. Par contre, quand je suis dans un truc où j'ai mis tout en sorte pour être organisé, par exemple, imaginons la production d'une capsule de contenu pour mes réseaux sociaux, où je sais que j'ai mon tournage à tel moment, et qu'on attend la validation du contenu, et que le lendemain, je dois le poster, etc. Si tout mon chemin a été bien fait, bien construit, et que je sais que... là, tiens. Là, s'il y a le moindre petit grain de sable, je suis en stress total. Je panique complètement. Je me dis non, ce n'est pas possible. J'arrête, ça m'emmerde. Et donc, en gros, là, c'est vraiment... Ça dépend vraiment du terrain de jeu et du contexte et du cadre dans lequel je suis. Si je sais que je vais jouer du direct, c'est super. Si tout doit être bien planifié et qu'il y a un petit grain de sable qui vient enrouer, ça, c'est vachement plus compliqué. Et c'est un peu la même chose avec mes enfants aussi. Qu'est-ce que tu veux dire ? En gros, quand on est dans un moment, genre avec plein de potes, plein de jeux, Euh... Et qu'il y a un truc qui se passe, je vais direct intervenir, pas de problème, ce genre de truc et tout. Mais par contre, comme je les ai une semaine sur deux, toujours le vendredi, avant de les récupérer, j'anticipe un peu tous les trucs que je vais faire pendant la semaine pour essayer d'être bien aligné et tout, pour profiter un maximum de travail avec eux et tout. Et dès qu'il y a un petit truc qui se met dedans, je suis là, c'est frustrant. Ouais, ça me frustre, j'ai l'impression de ne pas y arriver, de ne pas pouvoir gérer cette situation et tout. Donc, c'est un peu antinomique, pardon, c'est le mot que je cherchais. Parce que ça paraît bizarre, je peux gérer plein d'urgences, mais d'un autre côté, dès qu'il y a un petit truc qui se met et qui n'est vraiment pas grave, mais sur une planification de long terme, là, j'ai un peu plus de mal.
- Speaker #0
C'est des situations qui sont bien différentes. Et donc, on a parlé des aspects positifs, des aspects négatifs. Si on résume, si tu devais citer trois atouts que ton TDAH t'a apporté dans ta vie, qu'elle soit personnelle ou professionnelle, ce serait quoi ? Vraiment, ça, c'est les trois points positifs où je me dis, OK, dans toutes ces emmerdes, en fait, il y a quand même ça qui me drive positivement.
- Speaker #1
Je crois que le premier mot, c'est l'authenticité. Parce qu'en fait, c'est justement le fait de ne pas avoir de filtre. Alors, ça peut poser énormément de problèmes, évidemment, mais ça peut aussi être vraiment très efficace parce que, au moins, les gens savent qu'on n'est pas en train de calculer, qu'on n'est pas en train de réfléchir stratégiquement à la phrase qu'on va sortir. Ce qui sort, c'est ce que je pense. C'est vrai, en fait. Voilà, exactement. Donc, l'authenticité, ça, c'est vraiment le premier point. Le deuxième point, je pense que c'est la créativité. Parce que, clairement, comme le cerveau va dans tous les sens, et qui fait des liens avec plein de choses avec lesquelles il ne devrait pas faire de lien dans la normalité mais j'aime pas utiliser ce terme là mais voilà forcément on parvient à avoir de la créativité et du coup c'est assez efficace tant dans la vie privée que dans la vie professionnelle et puis il y aurait aussi le côté, le mot sociable parce qu'en fait il y a une telle volonté de comprendre tout ce qui se passe même si c'est pas de nouveau j'essaye vraiment de faire des gaffes parce que souvent les gens ils font un peu l'amalgame entre Quand je dis que mon cerveau va dans tous les sens et qu'il pense à plein de trucs, les gens parfois me disent « Ouais, mais tu te prends pour un mec hyper intelligent. » Mais ça n'a rien à voir. Donc en gros, ce n'est pas parce que tout va vite et tout bouillonne que c'est bien.
- Speaker #0
Que c'est du bon, dans tous les cas. Voilà, exactement.
- Speaker #1
C'est juste que du coup, comme il y a plein de liens qui se font, qui ne devraient pas spécialement se faire et plein de questions qui se posent, ça me pousse très souvent à aller vers les gens pour demander, poser une question, comprendre pourquoi il y a ça, pourquoi il y a ça. Et du coup, ça crée vraiment une... Un effet très sociable qui me permet de créer plein de réseaux, plein de connexions aussi. Donc, c'est chouette.
- Speaker #0
Merci Adrien pour cette petite touche positive qui fait du bien. Alors, je te propose maintenant d'aborder le dernier axe de notre podcast, faire évoluer le regard sur le TDAH. Alors aujourd'hui encore, beaucoup de personnes associent le TDAH à un enfant qui bouge beaucoup, qui ne tient pas en place, on l'a déjà dit. Pourtant, la réalité est souvent bien plus complexe. C'est quoi le TDAH ?
- Speaker #1
le ou les clichés mais qui t'agacent au plus haut point tu l'as dit qui bouge un peu dans tous les sens moi c'était la phrase qu'on me disait toujours quand j'étais petit c'est rester un peu tranquille c'est vraiment un truc que j'entendais 100, 200 fois par jour ça venait de partout et j'entendais tout le temps ça alors qu'en fait la seule chose que ça provoquait chez moi c'était de bouger encore plus tellement ça me rendait dingue qu'on me dise ce genre de phrase donc il y a clairement ce cliché sur le fait d'être tout le temps en mouvement d'être tout le temps speedé L'autre cliché, mais ça j'en ai un tout petit peu parlé juste avant, c'est qu'on a souvent tendance à confondre le TDAH avec le haut potentiel. Il y a souvent des gens qui font un peu la confusion entre les deux et qui disent « Ah mais non, mais ces gens, ils sont diagnostiqués TDAH, tout ça parce qu'ils ont envie qu'on leur dise qu'ils sont intelligents. » Mais ce n'est pas du tout le cas et donc on n'est pas du tout là-dedans. Ça, ça t'agace. Oui, ça m'agace et c'est plus pour les adultes. Ce n'est pas spécialement pour les enfants, ce genre de rapprochement. Forcément, il y a aussi toute la sphère. sur le fait qu'on dise que les enfants qui sont TDAH sont mal éduqués, parce que comme ils ont une impulsivité, notamment en termes de parole, ils vont clairement dire des choses qu'ils ne doivent pas dire. Et donc, de nouveau, sans filtre, ça va donner l'impression que c'est un enfant qui est mal poli, mal éduqué, qui parle mal à son entourage, soit à sa famille, soit à ses profs ou à ses camarades de classe.
- Speaker #0
Alors que les parents font ce qu'ils peuvent,
- Speaker #1
en fait. Oui, de toute façon, je crois que les parents font tout ce qu'ils peuvent. Mais donc, c'est clairement un cliché qui est souvent véhiculé et donc ça nécessite quand même qu'on puisse... qu'on puisse le prendre en compte. Colérique aussi, parce que tout ce qui se passe dans le cerveau, là, ça va vite. C'est un cerveau qui est parfois pas encore à maturité. Et donc, des connexions qui vont trop vite, ça provoque parfois aussi des sentiments d'insécurité. Le sentiment d'insécurité va créer une colère aussi. Et donc, cette impulsivité va être aussi reprochée à un enfant. Et on va souvent coller une étiquette de colérique, alors qu'en fait, il y a une prise en charge qui doit être faite et qui permet à l'enfant de se sentir mieux, je pense.
- Speaker #0
C'est injuste, évidemment. Alors, le regard. porte sur le TDAH influence aussi le regard qu'on porte sur soi-même. Avant ton diagnostic, On en a parlé, on le considère comme désorganisé, trop émotif, sans filtre, etc. Mais j'imagine que c'est difficile à un moment de construction de soi, toutes ces étiquettes qu'on vient poser. En fait, comment... Comment on se construit en fait ?
- Speaker #1
En fait c'est compliqué parce que t'as raison, il y a tellement d'étiquettes comme ça qu'à un moment donné on y croit à ces étiquettes. Tu vois, moi quand on a commencé à me dire que j'étais mal poli, mal éduqué, que j'étais un sale gosse, que j'arriverais à rien. C'est dur ça, t'arriverais à rien,
- Speaker #0
c'est quand même dur. Ouais,
- Speaker #1
je l'ai entendu, quand j'étais en secondaire, c'était déjà arrivé. Mes bulletins, quand je les relis maintenant, je me dis mais comment est-ce possible qu'il y ait encore des... Enfin à ce moment-là qu'il y ait des profs qui écrivent ce genre de choses.
- Speaker #0
Les vilains commentaires.
- Speaker #1
Des commentaires incroyablement... dur et incroyablement dénigrant, vraiment. Et du coup, à un moment donné, on y croit. On se dit, j'y arriverai à rien. Bien sûr, je suis mal éduqué. Et pourtant, on commence à entrer dans cette sphère-là. C'est vraiment du renforcement négatif. C'est-à-dire qu'au lieu de se dire c'est peut-être pas ça le problème, on va essayer de trouver une solution, c'est plutôt on m'a dit que c'était ça, donc je vais continuer à faire ça. C'est un cercle vicieux. À l'école, on me disait que j'étais mal éduqué. Quand je rentrais à l'école, ma mère me disait « Je t'ai jamais éduqué comme ça. » On m'a dit que je l'étais, donc je suis mal éduqué. Je continue à parler mal. Les profs et les parents se parlent. C'est parti dans un truc qui ne s'arrête pas.
- Speaker #0
Il faut beaucoup de force de caractère pour se détacher de ça et avancer.
- Speaker #1
Après, c'est des rencontres, des planètes qui s'alignent. J'ai fait les mouvements de jeunesse. Ça m'a permis de bien m'aider aussi, à me décharger, à pouvoir... prendre des responsabilités, à avoir un regard différent aussi. On n'était pas dans de la performance. Et donc, on était plutôt dans un collectif avec une volonté de se mettre tous ensemble pour arriver vers quelque chose. Des choses qui ne sont pas spécialement toujours enseignées à l'école. Et donc, en gros, c'est un chemin que j'ai pris et qui m'a beaucoup aidé. Ça m'a permis de trouver beaucoup d'anticipation aussi par rapport à l'autorité parentale que je refusais absolument et catégoriquement. parce que j'étais ado, mais aussi parce que mon système de fonctionnement n'était pas celui-là. Et donc, je ne comprenais pas pourquoi il y avait une telle autorité qui était exercée par mes parents, même si elle était tout à fait légitime et normale. Mais c'est juste que moi, je n'y adhérais pas. Et donc, du coup, oui, c'est ça. Il faut parvenir à trouver des personnes ressources, de références, parce que j'ai beaucoup parlé de profs qui n'ont pas été cool avec moi, mais il y en a beaucoup qui ont été très cool avec moi, qui ont vraiment balisé les choses, qui m'ont pris par la main, qui ont compris que moi, ce n'était pas... J'allais pas faire un 20 sur 20 à une interrogation d'anglais, mais que j'allais plutôt créer un spectacle ou faire une vidéo qui était créative. Et donc, voilà, je pense que c'est un peu un petit devoir civique, je dirais, de la part de tout le monde. C'est de se dire, ben ouais, ça y est, maintenant, je pense qu'on communique tellement sur l'altérité, sur le fait qu'on a tous des particularités. Et ces particularités-là, quand on les met ensemble, elles peuvent être tellement vertueuses que c'est important que ça se passe comme ça. Et moi, c'est comme ça que j'ai un peu fonctionné. J'ai toujours dit, moi, je suis différent, je ne fonctionne pas comme les autres. Si ça ne vous plaît pas, je suis désolé. Si ça vous plaît, on essaie de travailler main dans la main et on verra ce que ça donne. Et j'ai plein de gens que je ne vois plus dans ma vie, que ce soit dans ma vie amicale ou dans ma vie professionnelle. Il y a plein de gens à qui je ne sais plus travailler. Et ce n'est pas grave, en fait. Je veux dire, c'est OK.
- Speaker #0
Alors, Adrien, tu consacres aujourd'hui une grande partie de ton énergie à sensibiliser le grand public au TDAH. Si, voilà, là, comme ça, entre nous, je te donne une baguette magique avec la possibilité de changer une chose dans la manière dont la société perçoit. se « trouble » ,
- Speaker #1
tu changerais quoi ? En fait, ça fait partie des maladies invisibles, le TDAH. On ne voit pas tout de suite que quelqu'un a un TDAH quand on le croise dans la rue. Quoique, moi, parfois, peut-être que les gens peuvent quand même se le dire. Mais donc, je me dis que moi, je crois vraiment que ça doit venir d'au-dessus et je pense que c'est vraiment les autorités publiques qui doivent se dire que maintenant, là, on est quand même sur quelque chose qui est de plus en plus prégnant, qui est de plus en plus prégnant. mieux en mieux diagnostiquée, qui est de mieux en mieux prise en charge, mais qui n'est pas encore assez connue et surtout qui n'est pas encore assez financée en termes d'aide au niveau des associations, au niveau des prises en charge thérapeutiques. En fait, la problématique la plus importante, je crois, c'est vraiment de se dire qu'on a besoin de pouvoir baliser ça pour pouvoir mieux le prendre en charge. Il faut savoir aussi que le TDAH, il y a une partie génétique, bien sûr, mais on est en train de plus en plus de parler aussi de parties environnementales et contextuelles, c'est-à-dire que nos consommations des réseaux sociaux, le fait qu'on a envie de tout savoir tout de suite, le fait qu'on swipe, le fait qu'on passe sa vie à aller regarder à gauche, à droite, et d'avoir des multitudes d'informations qui ne sont pas toujours correctes d'ailleurs, et ça c'est le plus grand drame sans doute des prochaines années, ça ne permet pas à l'enfant qui a déjà un cerveau qui dysfonctionne entre guillemets en termes de neurotransmetteur, on garde bien les mots puisque je ne suis pas médecin, ça ne va pas l'aider non plus. Donc en gros, je pense que ce qui est vraiment important, c'est que les pouvoirs publics prennent en main cette problématique. renforce l'aide qu'on peut apporter, les subsides qu'on peut apporter aux différentes associations de sensibilisation qui permettent de faire comprendre et de mieux comprendre cette pathologie qui existe. Et en découleront donc toute une série de cheminements auprès des personnes qui sont concernées ou qui ne le sont pas pour mieux comprendre ce trouble-là. Je crois qu'il y a vraiment un vrai travail de sensibilisation, de campagne à faire pour que les gens puissent être mieux informés et du coup moins stigmatisants par rapport au TDAH.
- Speaker #0
Et bien pourvu qu'ils t'entendent.
- Speaker #1
J'espère, j'ai déjà fait beaucoup de travail là-dessus mais c'est pas évident
- Speaker #0
Alors Adrien, recevoir un diagnostic à 40 ou 60 ans, ça peut évidemment susciter beaucoup d'émotions de soulagement on l'a évoqué tout à l'heure mais peut-être aussi parfois des regrets Quel message tu voudrais adresser à ces personnes qui finalement se découvrent sur le tard en se disant, bah merde en fait ça fait 50 ans que je vis avec ce trouble
- Speaker #1
Si elles sont arrivées jusque là c'est qu'elles ont réussi à tenir Et donc ça, c'est le premier point positif, c'est de se dire, OK, même si vous avez 60 ans et que vous vous dites, oh flûte, si je m'étais fait diagnostiquer avant, j'aurais mieux vécu. Moi, je n'en suis pas sûr, en fait, parce que justement, le diagnostic, ça peut parfois être problématique parce que ça met une étiquette, ça stigmatise. Et du coup, on se sent peut-être dans une case et ça ne nous permet pas de voler de nos propres ailes parfois. Donc, on peut se retrouver dans une sorte de... camisole diagnostique. Et du coup, ne pas laisser court à l'imagination et à des choses un peu plus naïves sans avoir ce diagnostic.
- Speaker #0
Avoir des pensées limitantes peut-être. Oui, mais à cause de mon TDAH, je ne vais peut-être pas ceci, cela. Alors qu'en fait,
- Speaker #1
quand on ne le sait pas, on avance, on se dit il y a peut-être ça ou il y a peut-être ça, mais en tout cas, on avance et on n'y pense pas trop. Donc c'est ça qu'il faut se dire, je crois. Il faut se dire OK, le diagnostic, il est là maintenant. Moi, je crois beaucoup aux choses qui arrivent au bon moment, au bon endroit. droit. Si vous avez été diagnostiqué maintenant, c'est qu'il fallait que ce soit fait. Si vous ne l'avez pas fait avant, c'est que ce n'était pas le moment. Et surtout, maintenant que vous l'avez, ça vous permet de mieux vous renseigner, de mieux vous prendre en charge et de lire de la littérature qui existe. Il y a un excellent livre qui s'appelle On m'appelle la tornade, écrit par un super mec qui s'appelle...
- Speaker #0
Ça me dit quelque chose !
- Speaker #1
Maintenant, il y a tellement d'outils et tellement de possibilités de pouvoir trouver la manière de se prendre en charge. Tant passer spécialement par un apport médicamenteux. Oui, de la médicalisation. Oui, c'est ça, la médicalisation. Et donc, en gros, franchement, je crois vraiment, il faut se dire, OK, il y a une vie avant, il y a une vie après. Moi, c'est comme ça que j'ai toujours fonctionné.
- Speaker #0
Merci, Adrien. Je rappelle à nos auditrices qu'il y a un fantastique livre qui s'appelle On m'appelle la Tordade.
- Speaker #1
J'allais en parler.
- Speaker #0
Paru aux éditions Keynes dans lequel tu reviens sur ton parcours, sur ta découverte tardive, on en parlait du TDAH. Cette aventure, elle se poursuit aujourd'hui. sur la scène avec La Tornade. Ça ne s'invente pas. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce spectacle et surtout, où et quand le public peut venir te voir ?
- Speaker #1
La Tornade, c'est né d'une réflexion de plusieurs années. Quand j'ai écrit mon livre, je me suis rendu compte que je l'écrivais de manière très parlée. C'était beaucoup de dialogues, beaucoup de phrases courtes. Un truc déjà vivant, en fait. Quand je l'écrivais, quand je le mettais sur papier, ça vivait déjà. J'avais toujours eu dans un coin de ma tête l'envie de... décliner cette formule-là, la formule du livre, pour pouvoir aussi offrir aux personnes qui ont du mal à se concentrer et lire un livre, c'est ça qui est assez paradoxal, la possibilité de pouvoir s'informer et de mieux comprendre le TDAH ou parfois de s'identifier aussi à ce que moi j'ai vécu. Et donc, ça a processé pendant plusieurs années, j'ai eu des enfants, donc forcément j'ai pas toujours eu cette priorité-là non plus en termes de sensibilisation du TDAH. Et puis quand mes enfants sont devenus un peu plus grands et que j'arrivais à un tournant de ma vie qui est assez important au niveau privé, je me suis dit bah là c'est peut-être le bon moment de me mettre bien en danger et de... Là, pour le coup, un petit peu de confort. Et de prendre ma responsabilité et de me dire « Ok, maintenant, je me lance. » J'avais hésité. J'hésitais entre un format plutôt audiovisuel, parce que ça, c'est un peu mon dada, parce que je travaille là-dedans. Et puis, cette prestation scénique où là, je ne touchais rien du tout. Je n'ai jamais fait de théâtre de ma vie. Je n'étais complètement nulle part. Et donc, forcément, quand on est EDH, on a très envie d'aller vers le truc le plus dangereux. Et donc, je l'ai fait. Et en fait, c'était hyper chouette, parce que j'ai adapté ça avec Achille Ridolfi. Donc, au TTO, c'est eux qui m'ont produit. Et ça m'a permis vraiment de pouvoir exprimer tout ce que j'ai ressenti d'une autre manière. J'ai dû faire un travail de malade pour me concentrer, pour retenir les textes, les étudier une heure et quart sur scène. Après,
- Speaker #0
tu improvises peut-être un peu aussi.
- Speaker #1
Un tout petit peu, mais c'est quand même vraiment... Ça reste très théâtral dans le code. Donc, il faut quand même que ça reste un truc un peu avec un fil rouge. Bien sûr. Les gens qui viennent ont déjà parfois du mal à avoir un fil rouge. Donc, il faut quand même que moi, je puisse le respecter un peu. Mais donc, ça a été un super boulot. Très chouette. Deuxième saison maintenant. Je crois que... commence le 11 septembre au TTO pendant 4 semaines et puis je vais faire une tournée un peu partout en Belgique et je vais vraiment aller dans les 4 coins de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour pouvoir aller à la rencontre de toutes les personnes qui ont envie de s'informer sur le TDAH donc je suis vraiment hyper content de pouvoir relancer cette pièce
- Speaker #0
Et donc, si ça vous touche de près ou de loin, c'est l'occasion d'aller de manière ludique s'informer sur le sujet. Oui,
- Speaker #1
on s'amuse bien. Ça ne dure pas très longtemps. Je rassure les gens qui ont du mal à tenir en place comme moi. C'est 1h10 de spectacle. Il y a de la musique, il y a des vidéos, il y a des blagues qui ne sont pas toujours bonnes parce que je ne suis pas toujours un super champion des blagues. Mais voilà, je sais que les gens qui sont venus, j'ai toujours eu des chouettes feedbacks et des gens qui me disent on a bien appris, on ne s'est pas trop embêtés et ce n'était pas trop long.
- Speaker #0
Donc septembre. C'est réussi. Théâtre de la Toison d'Or et dans les mois qui suivent.
- Speaker #1
Je vais les mettre sur mes réseaux sociaux et vous pouvez vous renseigner là. Il y a moyen de prendre des places via les réseaux. Donc ça, c'est cool.
- Speaker #0
Super. Merci Adrien. Merci à toi Perrine,
- Speaker #1
c'était très chouette.
- Speaker #0
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