- Caroline
deEt si on prenait le temps d'explorer des récits de bascule collective, de raconter comment des organisations d'un même secteur ou d'un même territoire ont décidé de s'allier, de coopérer, de dépasser la logique du monde de la concurrence pour réussir ensemble une mission plus grande qu'eux et utile pour le monde ? Bienvenue dans Cap Regen, le podcast qui concrétise l'économie régénérative à travers des histoires de coopération nées au sein de la CEC, la Convention des entreprises pour le climat. Je suis Caroline Mahert, co-déléguée générale de la CEC. Et si je suis convaincue des pratiques et postures de coopération, je suis curieuse d'écouter les témoignages de mes invités sur leur expérience concrète de coopération et sur les effets de bascule collective, produit ou attendu. Dans ce deuxième épisode, nous allons parler du conseil, comment les activités de conseil peuvent collectivement accélérer la transformation des entreprises vers des modèles d'affaires à visée régénérative. Alors pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir deux dirigeants de sociétés de conseil et membres de Conseil Regen. Bonjour Valérie Ader. Bonjour. Tu es la fondatrice du Columbus Consulting, un cabinet de conseil qui est spécialisé dans la transformation responsable des organisations. Columbus Consulting est lauréat de Great Test Tour depuis de nombreuses années, B Corp, entreprise à mission et tu diriges ce cabinet depuis 25 ans. Et Valérie, si tu devais te présenter personnellement en trois mots, tu dirais quoi ?
- Valérie
Je dirais sens, ensemble et joie. Et pour l'illustrer peut-être par rapport à l'introduction que tu as faite, alors j'ai dirigé Columbus pendant 25 ans, j'ai transmis et maintenant je suis toujours chez Columbus et je me focalise sur le ensemble, c'est-à-dire que j'ai décidé que mon dernier acte, entre guillemets, serait d'essayer d'emmener la profession vers une économie à visée régénérative.
- Caroline
Merci beaucoup Valérie. Bonjour, Max Hervé dujardin. Tu es associé fondateur de Bartol, créée en 2005. Bartol est un cabinet de conseil en management indépendant, B corp, depuis 2019, et spécialisé dans l'accompagnement des dirigeants pour mener à bien leurs projets de transfo. Il a été conçu comme un laboratoire d'idées, et Bartol mobilise aujourd'hui à peu près 300 consultants sur des sujets de vision et de conduite de projet. Donc la même question pour Valérie, si tu devais te présenter personnellement en trois mots, lesquels ?
- Max
Les trois mots que j'ai choisis, c'est enthousiasme. J'espère que ça va se ressentir dans ce podcast, la curiosité et le collectif. Et le terme coopération que tu as utilisé, Caroline, a aussi beaucoup d'écho pour moi.
- Caroline
Merci beaucoup à tous les deux. Donc, vous avez embarqué tous les deux dans l'aventure du parcours de la CEC Consulting en 2023. D'où est née cette initiative de communauté appelée Conseil Regen ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Conseil Regen, son intention, ses membres ? Et peut-être que je peux te poser la question à toi, Valérie.
- Valérie
Pour reprendre tes termes, la profession du conseil c'est bien un accélérateur de la transformation des entreprises, on les accompagne, ce n'est pas nous qui faisons, c'est bien les entreprises. Et donc on a un rôle important à jouer dans cette bascule de l'économie vers une économie à visée régénérative qui est quand même un mur devant cette économie et devant les entreprises. Et au sein du syndicat professionnel, qui regroupe les professionnels du conseil, qui s'appelle SYNTECH Conseil, Nous avons donc décidé de lancer un parcours CEC, mais dédié aux acteurs du Conseil. L'objectif était qu'ensemble, nous prenions conscience de notre rôle et que nous travaillions pour opérer notre propre bascule et pour reprendre le terme de Max collectivement. Donc Conseil Regen, c'est la suite de cette initiative. Nous sommes 30 cabinets pionniers qui avons décidé d'investir ensemble, de cheminer ensemble dans la durée vers cette économie à visée régénérative. Et évidemment, avec un double objectif qui est aussi d'entraîner avec nous l'ensemble de la profession. Et simplement un chiffre, nous représentons ces cabinets-là, ces 30 cabinets, à peu près 10% des cabinets de conseil de la place.
- Caroline
Donc on s'approche du tipping point, selon certaines études. Donc selon vous, quel peut être le rôle d'une société de conseil dans la bascule vers cette économie régénérative ? Et quelle est la place pour les initiatives collectives ? Peut-être Max ?
- Max
Je prends un peu de recul parce qu'on parle beaucoup de l'avenir du conseil aujourd'hui. On a ces sujets évidemment environnementaux, il y a le sujet de l'IA aussi qui questionne tout ça. On a la conviction chez Barthol, que le sens et la responsabilité de notre métier n'ont jamais été aussi prégnants. Globalement, le dérèglement climatique, l'effondrement du vivant remettent en cause nos cadres de pensée et nos modes d'existence. Dans le contexte de polycrise que nous connaissons, on peut y ajouter la révolution de l'IA, la géopolitique, etc. Les sujets sont nombreux. Les entreprises et organisations expriment le besoin d'explorer de nouvelles voies, de nouveaux modèles. dont la meilleure compréhension des leviers vers le régénératif qui s'appuie sur de nombreuses pratiques existantes. En fait, le régénératif, il y a eu, et on en a beaucoup parlé, il y a un effet de mode qui est maintenant un peu derrière nous, parce qu'on a le backlash, etc. Les principes, les objectifs restent les mêmes et toujours aussi nécessaires. Et c'est celui de la réduction de l'externalité négative, de trajectoire carbone, d'économie de la fonctionnalité, de circularité, tous ces sujets. Il faut poursuivre, les entreprises n'ont pas trop le choix. Donc nous, conseil, on est prescripteur. Donc on a la chance d'avoir l'oreille des dirigeants. Donc c'est un grand pouvoir, mais c'est aussi une grande responsabilité. Et on a la responsabilité collectivement d'avoir ce rôle d'amplificateur. Et c'est vrai que si on présente 10% de la profession, c'est plus facile. Il y a un rôle de clarification aussi sur ce qu'est le régénératif, parce qu'on a dit beaucoup de choses, et il faut réussir à revenir à des choses simples qui permettent à nos clients de se projeter sur quelque chose qui est atteignable, et en avançant par petits pas. Et nos clients, globalement, ils ont ce besoin d'être accompagnés pour gérer cette incertitude, repérer les opportunités, parce que c'est aussi des opportunités qui s'offrent à eux, trouver des lignes de force par rapport à ces nouveaux défis, et nous on a les enjeux aussi de former, d'embarquer leurs équipes, leurs collaborateurs sur des projets cohérents. Après, ce que je disais tout à l'heure, l'ambition de basculer vers le régénératif, elle est moins clairement verbalisée aujourd'hui. On a encore pour des clients très matures cet envie-là. On a un bel exemple avec Bonduelle qui était certifié B corp au niveau du groupe et qui pousse une accélération aujourd'hui. Ils visent 80% de producteurs en tout cas qui sont sur les démarches d'agriculteurs régénératifs. Ils en sont déjà proches de 60%. Donc on a des acteurs qui sont déjà enclenchés là-dessus. Après, on a des missions où on nous demande d'adresser une partie du régénératif. En tout cas, c'est un de ces leviers. Et après, je crois qu'on a une responsabilité aussi de faire un peu de l'entrisme. On nous demande un sujet qui n'est pas nécessairement en lien direct avec le régénératif, avec les sujets sociétaux, environnementaux. Mais nous, on peut y chercher des choses, on peut y chercher des leviers. Je prends un exemple tout bête. On a fait une mission il y a deux ans sur un secteur que je ne connaissais pas, qui est le monde de la dialise, qui était réflexion stratégique. Donc, il n'y a aucune orientation du client sur une composante impact, régénérative ou autre. Par contre, on s'est rendu compte, en fait, en menant la mission, qu'il y avait une consommation extrêmement importante d'eau dans le cadre des centres de dialyse et qu'il y avait des techniques, des technologies qui permettaient de réduire ces externalités négatives de manière très importante. Donc, on était assez clair sur l'expérience patient, on va dire. Et c'est ce sujet-là, c'est le sujet qu'on a pu adresser, en tout cas, qu'on a porté dans les chantiers. Et ce n'est pas une demande. Et je crois que c'est à nous aussi de twister, en fait, aussi les demandes de nos clients pour les faire intégrer. Et ça, c'est par du questionnement, plutôt une posture basse, à mon avis. et pas une posture de donneur de leçons, mais en tout cas être très clair sur les leviers du régénératif et être capable de les embarquer dès que c'est possible. Aujourd'hui, on a un contexte où les entreprises sont en recherche, sont très focalisées. Souvent, il y a ce combat court terme, long terme, et le court terme est assez prégnant aujourd'hui parce qu'il y a une course à la marche qui est importante. Donc, on peut d'un revers de main se dire « Oula, les sujets d'impact, de régénératif, ça c'est pour demain. » Quand déjà on arrivera à se projeter de manière plus sereine au niveau économique, nous, notre enjeu, c'est quand même réussir à les convaincre que ces deux leviers, que le régénératif, il est aussi porteur de contributions économiques. Donc c'est la contribution sociale, environnementale et économique. Il ne faut pas les opposer. Je parlais de Bonduel, aujourd'hui il y a des zones géographiques qu'on connaît sur lesquelles il n'y a plus de rendement sur les terres agricoles. Donc le régénératif s'impose quelque part aux agriculteurs. Et que ce soit la seconde vie du textile, la transformation de déchets en coproduits, on a beaucoup de leviers et je crois que collectivement nous cabinets de conseil. On est face à ce sujet de transformation où on doit éviter d'opposer fin de mois et fin du monde et on doit créer ces bascules. Pour une économie qui soit véritablement au service du vivant et consciente de la finitude du monde, et on voit bien qu'on en parle pas mal en ce moment du capitalisme de la prédation, en tout cas de la finitude, on se rend compte que les capacités, on fait lien avec les limites planétaires, sont limitées sur la planète. et donc on a des des tensions qui vont à contrario du coopératif. Je suis convaincu que le combat qu'on souhaite prendre là-dessus va nécessiter beaucoup de persévérance et de mignocité. Et on a tout intérêt à être nombreux et jouer collectif pour réussir à cranter cette grande bascule.
- Caroline
Justement, tu parles de nous, les cabinets de conseil, tu parles de collectif. Or, on sait que le monde du conseil est soumis à une forte concurrence. Qu'est-ce qui vous a motivé à vouloir faire ensemble ?
- Valérie
Je pense qu'il y a un préambule. à avoir en tête, c'est qu'il s'agit d'une révolution et non d'une évolution. Nous devons donc changer notre regard sur les acteurs économiques et aussi aider nos clients à faire de même, comme le disait Max, et c'est là très rapidement, c'est-à-dire qu'avec une posture basse, etc. Mais c'est notre rôle de les aider aussi à prendre conscience de cette situation. Seul ? Chaque cabinet, nous ne représenterions qu'une infime, déjà des jours hommes pour aller les aider, mais aussi des compétences nécessaires pour ces transformations. L'exemple de Max sur l'agriculture, c'était un premier sujet, mais vous avez la même chose. dans tous les secteurs et donc ça demande des compétences très importantes, circularité et autres. Donc pour avoir un effet d'entraînement pour nos clients, c'est ensemble qu'on peut y arriver. Et j'aime bien reprendre un principe du vivant que j'ai appris d'ailleurs grâce à la CEC. Lors des périodes de pénurie et de crise, c'est la solidarité qui permet de survivre et non la compétition.
- Max
C'est un beau défi en fait, ce qu'a réussi Valérie, le Syntec, la CEC. Moi, je me rappelle, il y a quelques temps maintenant qu'on s'est retrouvés tous, et là, je suis un concurrent en fait à HEC, en se regardant un peu en chien de faïence. Le process et la dynamique qui a été enclenchée a permis de créer des vrais actifs de transformation et de coopération. Et chapeau pour ça, parce que ce n'est pas toujours évident, même si on se respecte toujours dans la profession. On a un modèle qui est hyper... porté par nos clients dans l'hyper compétition. On est dans des process commerciaux de manière permanente et qu'on n'aime pas perdre en général quand on fait ce métier-là. Donc c'est une bascule culturelle qu'il fallait opérer.
- Caroline
Quand vous avez fait ce parcours CEC, quand à la fin du parcours vous avez décidé de continuer l'aventure en créant cette communauté, comment vous avez fait concrètement pour aller vers un projet qui fédère et qui fonctionne ? Et comment ça s'est passé dans votre coopération ? Comment s'est passé vos premiers travaux en commun ?
- Max
Déjà dans le process, dans le cadre de la CEC, il y avait des groupes de travail qui avaient été enclenchés. Donc on avait eu une période en tout cas dans le process sur laquelle on avait plus la main et sur laquelle on était entre guillemets sans facilitateur et à se concentrer sur les sujets qui avaient le plus de valeur pour nous. Donc ça c'est le premier enclenchement. Le deuxième qui a fait la bascule, je crois qu'on s'est tous rendu compte que seul on n'y arrivera pas, que ce serait très difficile en revenant juste dans nos cabinets. C'est déjà de convaincre en interne, c'est déjà un challenge. On a eu le sentiment que pour réussir à faire bouger les lignes aussi en interne, on avait besoin et on a fait témoigner beaucoup de nos confrères dans ces périodes, ces phases d'évangélisation, et ça a été nécessaire. Derrière, après CGT, on a eu le sentiment qu'on avait besoin de choses un peu plus grandes que ce qu'était capable de faire individuellement chacun des cabinets. Et ce plus grand, c'est d'abord factualiser, faire baliser à travers la charte, la charte d'engagement, qui était quand même un moment qui était en jointure entre les deux, mais qui nous a permis de... d'avoir une boussole vraiment commune et sur lequel le niveau d'ambition, d'exigence a pu être porté au bon niveau. Et il fallait qu'il soit en équilibre parce qu'on avait des niveaux de maturité assez différents, des structures plus ou moins grandes. Donc voilà, il y a eu cette période-là. Et après, on a décidé de retravailler sur les sujets qui semblaient avoir le plus de valeur pour les cabinets, avec double, triple objectif. Le premier, c'est mettre en commun l'énergie qui était la nôtre, les forces vives, pour garder un élan. Ce qui est important, on fait beaucoup d'accompagnement de transformation chez nos clients. C'est le risque qu'on peut avoir après un momentum aussi fort que celui de la CEC. Et derrière, il faut maintenir un cap, une vitalité. Donc pour pouvoir, entre nous, cabinets de conseil, porter ce chemin-là. Le deuxième, c'était le partage des pratiques qui étaient déjà existantes. On doit permettre un ruissellement entre les cabinets experts, les plus généralistes, les grands, les petits, dans les deux sens d'ailleurs. Mais il y avait ce besoin-là. Et après, c'est faire émerger, et là il y avait un peu de recherche-développement, de faire émerger les outils, les communs, qui puissent être utilisés par l'ensemble des cabinets de conseil Regen plutôt que chacun reconstruire de son côté. Et on a un enjeu, je crois aussi, qui est important, c'était de clarification du discours. Il est important que nous nous exprimions de manière relativement homogène et cohérente sur le marché pour éviter aussi une cacophonie autour du régénératif, ce qui était vital pour nous pour faciliter l'appréhension par nos clients. Donc voilà, je l'ai dit, on a parlé sur les groupes de travail, il y a une gouvernance globale avec un COPIL, COPIL rapproché, voilà, je dirais une gouvernance assez classique par rapport à ça. Et après, l'enjeu pour chacun des cabinets, je pense, était de faire le lien entre ce qui se faisait au niveau de Conseil Regen et la capacité à animer ça au niveau des cabinets, donc dans les deux sens. Et après, les groupes de travail, chacun trouvait leur rythme, avec des points de force, des chantiers, peut-être prendre moi ceux sur lesquels on a pu contribuer plus directement. Barthold, il y a un sujet sur la CSRD. On s'est dit, comment s'applique la CSRD au sein des cabinets, donc pas pour nos clients, mais nous, quelles sont les pratiques, comment on peut gagner du temps, homogénéiser les pratiques sur la mesure de la CSRD. Et après, il y avait un sujet sur la mesure d'impact. Et on s'est rendu compte que c'était un point clé. Et c'est marrant qu'il y a fait un cheminement. Au départ, ça n'intéressait pas grand monde. Et progressivement, on s'est rendu compte que pouvoir factualiser l'impact des missions avait beaucoup de vertu. Et donc, on a travaillé sur des éléments de définition, de la mesure d'impact direct, indirect, et comment on en faisait un élément de langage et de rituel dans nos interactions avec nos clients.
- Caroline
Je comprends que ce projet a vécu aussi au rythme de vos apprentissages et de la vitalité. Moi, j'aimerais bien aussi en savoir un petit peu plus sur cette communauté et sur ces projets qui ont été passés ou qui sont à venir.
- Valérie
Je voudrais reprendre l'exemple de Max parce que, pour moi, c'est assez concret et je pense que c'est important pour nos auditeurs de parler de résultats concrets et de mise en œuvre concrète. C'est sur la mesure d'impact de nos interventions, qui est un vrai sujet. On veut se préoccuper de cette transformation de l'économie, mais avons-nous un impact positif ? Et sinon, comment peut-on améliorer ça ? Et lors des groupes de travail, dont celui sur la mesure d'impact, plusieurs cabinets ont mis en commun, ce que disait Max, leurs propres idées sur le sujet, parce que plusieurs avaient travaillé, donc Colombus, Barthol et bien d'autres, et on a essayé d'élaborer une démarche, une méthodologie. ensemble. Et puis depuis, plusieurs d'entre eux, dont Barthol et Columbus, on a testé sur le terrain ces méthodes. Si je prends l'exemple de Columbus, en plus qu'on pilote dans le cadre de la société à mission, ce qui permet d'être sur le temps long, ce qui est très très important, on a formé l'ensemble de nos collaborateurs, on a sensibilisé, on a outillé une démarche qui s'appelle une démarche mission à impact. Ça signifie quoi ? Ça signifie que dans tous les moments de relation client, il y a une intention d'évoquer ce sujet-là, de l'introduire dans le pilotage d'une mission, si on est à ce niveau-là, ou dans la proposition commerciale, et de travailler systématiquement cet axe. Alors, pas quelle que soit la réception du client, mais... Un petit peu quand même malgré le client, c'est-à-dire qu'il y a des clients qui vont tout de suite acheter, qui vont dire « Ah mais heureusement que vous en parlez » . Et puis d'autres qui vont dire « Mais ce n'est pas du tout le moment, moi je suis sur la performance, je vais me faire évaluer par mon comité de direction, etc. » . Mais nous, de toute manière, on abordera le sujet, on le réabordera, toujours en position basse, pour reprendre l'exemple de Max. Et nous-mêmes, on l'introduira dans nos éléments de pilotage de notre propre intervention. Et ce qu'on mesure, en fait, ça n'est pas si la mission, elle est... nativement à Impact, évidemment, on en a sur le recyclage, sur l'énergie renouvelable, parce que nous, on est beaucoup sur ces sujets-là, mais plutôt, quelle marche on a fait monter à nos clients, grâce à notre vision spécifique, à notre angle de vue sur l'intervention. Ce qui motive en fait l'ensemble des consultants, parce qu'on n'est pas tous sur des missions, je parle d'énergie renouvelable, on n'est pas tous là-dessus. Parfois, on est sur le déploiement d'une nouvelle organisation. Eh bien, ça permet à chaque consultant de se préoccuper de en quoi on peut amener cette mission à avoir un impact positif au sens environnement, social et sociétal.
- Caroline
Si j'étais une société de conseil à l'écoute de ce podcast aujourd'hui, j'aimerais savoir comment je peux vous rejoindre ? Comment on fait pour rejoindre cette communauté de conseil Regen ? Pour l'instant,
- Valérie
nous avons une page au sein du Syntec Conseil, mais à la fin du mois, nous aurons un site, donc Conseil Regen. avec les mots conseil Regen et en plus Syntec, vous trouverez forcément. Nous avons aussi une adresse mail et beaucoup de cabinets d'ailleurs nous ont consultés comme ça, ont pris contact comme ça pour savoir où ça en était, comment on faisait, etc. On a à peu près une dizaine de cabinets qui sont en cours de nous rejoindre parce que la charte, comme le disait Max, elle est assez exigeante. Donc c'est aussi l'explicité, pourquoi on a fait ça, etc. Donc des cabinets qui qui... qui ont fait ou pas une CEC. On a carrément des gens dédiés à ça, à expliciter, à intégrer les parties prenantes. Et sachant qu'il y a même différents niveaux, c'est-à-dire qu'un cabinet qui ne se sentirait pas capable de signer la charte, il est le bienvenu dans nos groupes de travail, dans nos réflexions, parce que c'est ensemble qu'on trouvera des portes ouvertes.
- Caroline
On approche à la fin de ce podcast, et j'aimerais qu'on prenne un peu de hauteur sur votre expérience de coopération. pour que ça puisse intéresser ceux et celles qui nous écoutent. Je vous propose de vous entendre sur trois retours d'expérience. Un frein que vous avez levé, une difficulté qui est encore présente peut-être aujourd'hui et une pépite que vous voulez garder. Je veux bien commencer par toi Valérie.
- Valérie
Le frein majeur, je pense qu'on est tous d'accord là-dessus, c'est le temps et l'énergie qu'on y consacre à ce travail collectif dans un environnement chahuté. Et ce qu'on a trouvé comme manière... De se redonner, de se réengager, c'est que lors de la dernière Assemblée Générale en décembre dernier, on s'est redit l'énergie qu'on allait y mettre, le temps qu'on allait y mettre. Mais c'est comme le lait sur le feu, il faut le surveiller tout le temps. On est tous, entre guillemets, bénévoles là-dessus, bénévoles dans le bon sens du terme. Et donc, on a un engagement, mais ce n'est pas très simple à conserver.
- Caroline
D'accord. Je vais demander à Max de nous répondre aussi sur ce frein.
- Max
Le frein, il est assez proche. On a une injonction aujourd'hui. Le secteur du conseil a bien vécu pendant plusieurs années. Aujourd'hui, le marché est plus compliqué. Donc, c'est de trouver le bon équilibre. C'est exactement le même problème que nos clients, en fait. C'est convaincre aussi nos équipes commerciales, en tout cas nos associés, de porter autant de soins à ces sujets d'évangélisation, de compréhension de ces mécaniques-là et d'oser aussi, d'oser échanger avec ces clients pour qui on n'a pas nécessairement toujours le sentiment que le sujet de régénératif est prioritaire.
- Caroline
Sur la difficulté qui est encore présente peut-être pour vous ?
- Valérie
Alors la difficulté, je vous avais donné deux enjeux, donc deux objectifs en tout cas pour notre communauté, c'est travailler ensemble et avancer ensemble, mais aussi c'est convaincre, emmener l'ensemble de la profession. Et là-dessus, c'est très dur en fait. Alors peut-être, je pense qu'il y a plusieurs raisons. La première, c'est évidemment le contexte. Et puis je dirais que les pionniers, c'est ceux qui avaient aussi cette sensibilité. On était plus de 40 cabinets, plus, et il y en a bien d'autres qui n'étaient pas dans la CEC, mais qui ont cette sensibilité et d'ailleurs on s'est reconnus assez vite. Même si nous étions des cabinets pour la plupart, que ce soit recrutement, que ce soit études ou que ce soit conseil en stratégie, on était des cabinets plutôt généralistes, donc qui ne faisaient pas. que des missions spécifiques RSE. Mais en tout cas, emmener les autres, c'est très très long, les convaincre, parce qu'il faut des preuves, et en ce moment, dire qu'on a des performances meilleures, par exemple, en chiffre d'affaires, ça n'est pas vrai. Dire qu'on a des missions, qu'on est en train de changer complètement notre portefeuille de missions, ça n'est pas vrai non plus. Donc nous, on est persuadés qu'à moyen terme, si on ne le fait pas, Les consultants ne serviront plus à rien parce qu'ils travailleront sur un mauvais enjeu. Mais de là à convaincre, c'est moins simple.
- Max
Je reviens peut-être sur un des éléments que j'ai mis en avant, c'est le backlash qu'il y a actuellement. Il faut continuer à s'autoriser à prendre la parole auprès de nos clients sur ces sujets-là, même si ce n'est pas la demande initiale. On a développé la mesure d'impact et un bon moyen aussi d'outiller des consultants pour se... J'aimerais peut-être sur les pépites, mais pour s'autoriser à... Parce que je crois que, quelle que soit la mission, ce que disait Valérie, il y a beaucoup d'angles qui nous permettent, soit issus de gouvernance, sociétaux, environnementaux, évidemment. Mais quelle que soit la nature de mission, si on est curieux, si on a envie d'aller pousser le bouchon un peu plus loin que la demande initiale du client, en général, beaucoup de missions s'y prêtent quand même très bien.
- Caroline
Donc, tu as commencé à aborder les pépites. On va se terminer là-dessus.
- Max
Oui, un truc très basique. Il n'y a qu'un mesure d'impact, mais on s'est rendu compte dans le groupe de travail qu'on avait besoin d'un référentiel qui soit... communs à nos clients. On s'est rendu compte que la CSRD, même si on a eu un peu un retour là-dessus, mais globalement la CSRD est un référentiel sur lequel nos grands clients ont besoin aussi de documentation, de valoriser ce qu'ils ont fait, etc. Et les ESRS, sur lesquels on trompe les différentes catégories d'éléments à la CSRD, on va retrouver des sujets comme l'eau, on va retrouver des sujets comme le carbone. C'est une super boussole, en fait. Prendre un exemple, un projet de refonte de process commerciaux, d'outils de relation client, etc. Et pouvoir se dire, l'environnement... En fait, c'est une bonne grille d'analyse pour passer au crible ce projet qui n'est pas by nature, by design, impactant à impact. Et se dire, effectivement, l'arrivée, la façon dont le cloud se fait sur l'outil, est-ce que c'est green ou pas, c'est un sujet. Et après, se dire, je prends souvent cet exemple, mais si on se rend compte qu'il y a 15% de la population des commerciaux qui a plus de 55 ans ou plus de 50 ans, On peut avoir dans la politique de compte du changement un accompagnement spécifique pour qu'on accompagne de manière encore plus affirmée, plus précautionneuse cette population-là pour qu'elle soit capable de travailler sereinement et d'utiliser sereinement ces nouveaux outils.
- Valérie
Merci. Valérie ? Alors la pépite, je la relierai à un des trois mots qui me qualifiaient, c'est le « ensemble » . Moi j'étais impressionnée, déjà je suis impressionnée par le fait que cette communauté, elle a bientôt deux ans, on a commencé il y a trois ans à peu près à travailler sur la CEC. Déjà, ça, c'est un exploit qui se cristallise, je trouve, au salon Produrable annuel, où nous avons systématiquement fait des ateliers en commun. Et les deux dernières années, j'ai trouvé ça extrêmement impressionnant. Le premier, c'était à peu près 30 consultants dans la salle qui animaient auprès de directeurs RSE, de membres de services RSE de nos clients, une démarche pour... toucher du doigt ce que voulait dire prendre un projet sous l'angle visée régénérative, donc économie à visée régénérative. Donc ça, c'était passionnant. Et là, l'an dernier, il y avait peut-être 15 cabinets sur l'estrade où on témoignait de ce qu'on faisait, des livrables qu'on avait, de ce qu'on pouvait proposer et surtout des exemples concrets sur la mesure d'impact, etc. Pareil, collectivement. Et ça, je trouve ça fabuleux par rapport à tous les autres ateliers où c'est, à la rigueur, le cabinet X qui présente sa nouvelle méthodologie, etc.
- Caroline
Et ça a dû rendre le message encore plus fort. Lors du précédent podcast, j'avais reçu nos invités sur l'Alliance du monde financier pour le vivant et je leur avais demandé une question qu'ils souhaitaient transmettre aux prochains invités. La question qu'ils vous posent, c'est quelles sont les idées que vous avez pour que les projets coopératifs durent ?
- Valérie
D'abord, une ambition long terme, parce qu'il n'y a rien de pire. Donc la notion de projet, en tout cas si je parle en tant que consultante, on adore, mais parce que les projets, ça a une fin. Alors que là, très honnêtement, la fin, je ne sais pas si moi-même je la verrais, mais donc il faut vraiment une ambition qui donne une orientation dans la durée et qui ne se focalise pas que sur le court terme, mais qui permet aussi de donner des preuves rapidement. parce qu'il faut gérer la motivation sur la durée justement. Et donc, sans prendre de termes de consultant, mais il faut vraiment avoir des éléments à démontrer, qui sont démontrés régulièrement. Et puis, une gouvernance avec une structure pérenne, c'est-à-dire se dire, ce n'est pas un projet, c'est comme quand on monte une association, c'est comme quand on monte une entreprise. On a une structure qui va durer. Et nous, on a eu la chance. parce que le Syntec Conseil nous a aidés dès le début. Et donc, nous sommes rattachés au Saint-Ex-Conseil, qui est une association à durée indéterminée, et qui nous permet d'avoir une ossature, en fait, et une gouvernance long terme.
- Max
Peut-être un petit complément. Il ne faut pas chercher non plus à trop embrasser, parce qu'on est parti avec beaucoup d'enthousiasme, beaucoup de sujets, beaucoup de projets, la volonté de faire rallier beaucoup de monde. Et en fait, il faut qu'on arrive aussi à ouvrir et à clôturer à des projets avant de lancer d'autres. construire l'épreuve dont tu parlais, associer le cap long terme et la politique de petits pas, cet équilibre-là. Et après, ce qui est toujours difficile quand les temps sont un peu tendus, c'est prendre le temps de nourrir le lien. On a créé un lien, maintenant il faut le nourrir. Il y a des gens qui vont partir, d'autres qui vont arriver. C'est comment nourrir le lien, comment créer des moments de partage et de fraternité entre les acteurs et comment on valorise les comportements, moi je prends le terme de Pablo Servigne, de super coopérateurs en fait, qu'on arrive à valoriser ces comportements-là et en interne aussi. Parce que parfois, ça peut paraître étrange en attendant. Ah oui, mais tu as partagé le document du cabinet, etc. Voilà, c'est comment on valorise ça plutôt et comment on est ces success stories, évidemment, qu'on partage entre nous.
- Caroline
C'est le temps pour vous de poser la question signature aux prochains invités. Quelles questions auriez-vous envie de poser ?
- Max
Alors, la question que j'aimerais poser, c'est quel est le meilleur des arguments que vous pourriez utiliser pour convaincre un client qu'il peut concilier exigence économique et besoin de bascule valeur régénérative ?
- Caroline
Merci pour cette question, qui j'espère sera inspirante pour nos prochains invités. Merci beaucoup Valérie et Max pour cette conversation. Je vais tenter de conclure avec les mots-clés que vous aviez partagés au début de cet échange. Vous aviez parlé de sens, de curiosité, de joie, d'enthousiasme, d'être ensemble et de faire collectif. Merci pour le temps passé à nous partager ce projet Conseil Regen, plein de bon sens, qui a éveillé ma curiosité d'en savoir plus. J'ai ressenti à vos côtés de la joie et de l'enthousiasme dans vos propos et je vous souhaite que ce projet, qui a été construit ensemble, à plusieurs, devienne un collectif encore plus grand de professionnels du Conseil engagé. Merci à tous les deux. J'espère que cet épisode vous a inspiré. Si c'est le cas, vous pouvez nous aider en laissant un avis sur votre plateforme d'écoute et en partageant l'épisode autour de vous. Vous contribuerez ainsi à rendre irrésistible le bascule vers l'économie régénérative. Merci.