- Speaker #0
Il y a un pouvoir d'influence, il y a un pouvoir de changer les choses, et il y a un pouvoir de démontrer des pratiques qui peuvent favoriser cette fameuse bascule. Il y a un chemin pour réussir à aligner les intérêts économiques et les intérêts écologiques. Ce qu'on veut, c'est que 100% des bouteilles qu'on va mettre dans nos abonnements soient toutes en réemploi. On a impulsé un mouvement et le vigneron derrière, il a presque une rentabilité supérieure parce qu'on lui a imposé un cahier des charges plus restrictif.
- Speaker #1
Bienvenue dans Cap Regen, je suis Eric Duverger, le fondateur de la CEC, une association qui existe pour rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Tout le monde en parle de cette nouvelle économie qui régénère au lieu d'extraire, mais le défi est immense. Dans cette saison 2 de Cap Regen, on va élargir les récits pour aborder de nouveaux modèles d'affaires, pour approfondir sur le social et sur la biodiversité. Bref, plus de régénération. Avec Cap Regen, nous donnons la parole à des dirigeants engagés au cœur de l'action. Bonjour Gilles. Bonjour Eric. Alors Gilles, je te propose de faire un pacte. Ce pacte, il tient en trois mots. Le mot courage, parce qu'il en faut du courage quand on est dirigeant, quand on s'embarque dans l'aventure de la nouvelle économie. Authenticité, l'authenticité de notre échange. Et puis le pragmatisme, parce qu'on essaie de rendre très concrète cette nouvelle économie. Et donc on va essayer de donner des exemples dans ton entreprise, de toute ton expérience. Alors ces trois initiales, ça fait courage, authenticité, pragmatisme, ça fait cap. Alors Gilles, cap ou pas cap ?
- Speaker #0
Je crois que je suis cap.
- Speaker #1
Alors on se lance, Gilles, tu es diplômé d'école de management, tu es aussi allé à HEC Montréal dans ton parcours, tu comptes plus de 25 ans d'expérience dans le e-commerce, la distribution, les marques. Tu as cofondé rushcollection.com, tu as occupé des postes de direction chez Kering, Wonderbox, Amazon, Just Eat France, monmarché.fr et tu as rejoint le Petit Ballon en tant que dirigeant en 2022. Tu es aussi alumni du parcours CEC dédié au secteur agri- agro. Donc merci beaucoup d'être là Gilles, merci d'apporter ton regard, ton expérience et peut-être une première question que tu peux nous parler d'un lieu dans la nature où tu arrives à bien te ressourcer.
- Speaker #0
Alors moi je suis né face au Mont Blanc, la chambre de la maternité où je suis apparu sur Terre avait une vue sur le Mont Blanc et donc du coup je... C'est un des endroits où j'aime me ressourcer, que ce soit l'été ou l'hiver, voir le Mont Blanc, c'est quelque chose qui me rend vivant. Donc ça j'ai la chance de pouvoir le faire au moins deux fois dans l'année. Et puis de manière plus quotidienne, plus proche, moi j'habite à Meudon, en région parisienne. Et à Meudon il y a une grande forêt et c'est quelque chose qui fait vraiment partie de ma vie, moi d'aller courir, marcher dans cette forêt. Et puis c'est le début au général de mes grandes escapades à vélo.
- Speaker #1
Alors Gilles, on va se mettre dans le but du sujet. Et on va parler de l'entreprise dans laquelle tu travailles actuellement, Le Petit Ballon. Est-ce que tu peux nous dire comment tu es arrivé là et finalement, qu'est-ce que vous faites au Petit Ballon ?
- Speaker #0
Le Petit Ballon, c'est une société qui a été créée il y a 15 ans par Martin Ohannessian et son collègue de promo Mathieu Lesne. C'était un peu la crise de la trentaine où ils se sont dit, on n'y connaît rien en vin et on ne sait jamais choisir. On est au supermarché devant 200 bouteilles et on n'y connaît rien. Donc, ils ont décidé... de trouver quelqu'un, et donc de trouver un sommelier spécialiste. Et ils ont trouvé Jean-Michel Deluc, ex-sommelier du Ritz, pour leur choisir leur bouteille. Et ils ont décidé d'en faire un modèle, d'envoyer deux bouteilles de vin par mois à des abonnés. Et ce modèle a extrêmement bien marché, puisqu'on est monté jusqu'à plus de 100 000 abonnés qui reçoivent ces fameuses deux bouteilles par mois et des explications pour apprendre le vin. Moi, je suis arrivé il y a trois ans dans l'entreprise, et on cherche à la développer. Et désormais... la réorienter, non seulement pour avoir du succès dans le futur, mais également parce qu'on pense qu'elle est un véhicule assez intéressant par rapport notamment à son business model d'abonnement.
- Speaker #1
Comment on devient directement directeur général d'une entreprise comme celle-là ? Qu'est-ce qui t'a amené à pouvoir prendre ce poste ? Et peut-être les deux, trois moments marquants dans ton parcours, puisque tu as eu un parcours où vraiment tu as accumulé pas mal d'expérience.
- Speaker #0
Donc effectivement, tu as dit 25 ans tout à l'heure, mais en fait c'est presque 30 ans. Donc voilà, j'ai 52 ans. aujourd'hui. Moi, j'ai eu la chance dans mon parcours notamment de créer. Et ça a été un changement assez fort. Quand on crée une société et qu'on devient un directeur général à 26 ans, forcément, ça permet de cranter un petit peu les choses. Donc ça, ça a été un point important. Et ensuite, de mixer entre des très grandes entreprises. Je suis passé par Amazon, par exemple, et des beaucoup plus petites. Et finalement, de réussir à avoir des méthodes... qui sont inspirées des grandes entreprises, et puis de l'opérationnel, des choses très concrètes qu'on fait plus dans les petites. C'est ça un petit peu mon histoire. Et sur le petit ballon, moi ce qui m'a intéressé, c'est que le petit ballon c'est avant tout une marque qui est connue d'à peu près un tiers des Français. Et moi j'aime travailler pour les marques, parce que je trouve qu'elles ont des effets de levier assez forts. On peut faire des choses parce qu'il y a une notoriété, parce qu'il y a une image. Donc c'est ça qui m'a intéressé. Et le vin, C'est une passion historique. Je n'ai jamais eu l'opportunité d'y travailler. Quand Martin Ohannessian, le fondateur, m'a dit qu'on cherchait quelqu'un, j'ai sauté sur l'occasion.
- Speaker #1
Donc maintenant, cette entreprise, tu as choisi à un moment donné de l'inscrire dans un parcours CEC, le parcours Agri-Agro. Finalement, pourquoi ce choix-là ? C'était quoi ton déclencheur ?
- Speaker #0
À l'été 2023 précisément, on était en séminaire en Provence, dans un domaine viticole avec toute l'équipe. Lorsque j'ai présenté la stratégie et que j'ai pris les questions de toute l'équipe, plus de la moitié des questions étaient sur l'environnement, l'impact, quelle est notre stratégie par rapport à ça, comment on se positionne. Et objectivement, je n'avais pas les réponses. Je n'étais pas crédible et je me suis senti inconfortable sur ces questions-là. Le séminaire est passé, c'était sympa quand même. Et au retour, un des fondateurs du Petit Ballon m'a parler de la CEC. Il m'a dit, tiens, c'était six mois après, il m'a dit il y a quelque chose qui est en train de se lancer, tu devrais regarder. Et finalement, on a regardé, on a discuté avec la CEC, avec notre actionnaire aussi, dire, voilà, est-ce qu'on a envie d'aller plus loin, plus fort dans cette transition écologique ? Est-ce qu'on pense qu'on a un rôle à jouer ? Et on s'est dit qu'on y allait. Et depuis, je ne l'ai pas regardé.
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est quoi que tu dirais sur... la nouvelle ou la stratégie revigorée sur ce sujet-là du petit ballon ? C'est quoi finalement les éléments forts que tu mettrais en avant ?
- Speaker #0
Le premier élément, c'est de dire qu'une boîte quelque part, quelle que soit sa taille, peut avoir un impact bien plus grand que sa propre activité. Et le petit ballon, c'est une société qui fait une vingtaine de millions de chiffres d'affaires, qui a une quarantaine de collaborateurs. Donc on peut se dire, finalement, on est tout petit, est-ce que la stratégie du colibri qui fait son travail, ça marche ? Oui et non, ça reste tout petit. Mais en même temps, il y a un pouvoir d'influence. Il y a un pouvoir de changer les choses. Et il y a un pouvoir de démontrer des pratiques qui peuvent favoriser cette fameuse bascule. C'est ça que j'ai compris au fil de la CEC, en regardant The Week également avec l'équipe. Et aujourd'hui, j'ai une conviction, c'est qu'on peut faire autrement. Et qu'il y a un chemin pour réussir à aligner les intérêts économiques et les intérêts écologiques. Et que ce chemin, à première vue, il est impossible. Mais quand on creuse vraiment les sujets, il y a des axes qui ne sont pas toujours évidents. Et d'ailleurs, on n'a pas toutes les solutions. C'est-à-dire qu'on a une jolie feuille de route aujourd'hui. Mais ma conviction, c'est que cette feuille de route... au fil des mois et des années, en fait, elle va évoluer parce qu'il va se présenter des nouvelles opportunités, des nouvelles choses, des nouvelles connaissances. Et finalement, c'est plus une démarche qui est presque intellectuelle et philosophique qui est de dire, voilà, j'encapsule finalement ces données et je sais qu'il va falloir adapter ça aux besoins de l'époque, en fait. Et les besoins, c'est à la fois comment créer de la demande parce qu'une entreprise, ça vit aussi parce que ça fait des... Ça fait des ventes. Donc, c'est un point important. Et puis ensuite, après, les connaissances, même scientifiques, sur la manière d'opérer, en fait.
- Speaker #1
Alors, on va plonger un peu, justement, dans la feuille de route telle qu'elle est aujourd'hui. Et on est d'accord qu'elle va sans doute pivoter, s'enrichir et s'infléchir aussi, comme tu dis, pour s'adapter aux besoins de l'époque, notamment de vos clients, mais aussi de votre filière. J'en profite pour... passer un hommage à Frédéric Lalouf, qu'on connaît bien, et le fondateur de The Week, parce que c'est vrai qu'on a un beau partenariat entre la CEC et The Week. Et donc, dans cette feuille de route, c'est quoi aujourd'hui que vous avez choisi en équipe, comme les leviers emblématiques de votre feuille de route ?
- Speaker #0
Les leviers emblématiques, le premier, c'est la contractualisation avec les vignerons. Aujourd'hui, le modèle historique du petit ballon, c'est... de choisir des vins qui sont envoyés à des abonnés, mais sous une forme plus one-shot. C'est-à-dire que je vais sélectionner un vin d'un vigneron, et même par design, parce que par exemple, on garantit à tous nos abonnés de ne jamais recevoir la même région pendant trois mois, la même appellation pendant six mois, et le même domaine pendant un an. Donc par design, forcément, c'est du one-shot. Et ça, c'est quelque chose qui ne permet pas aux vignerons de se transformer. C'est-à-dire qu'il veut l'aider à se transformer. Moi, ce que je dois lui garantir, nous, tous les vignerons nous l'ont dit. Ils disent, nous, on veut bien se transformer. Mais en fait, ce qu'on veut, c'est que nos vins, ils trouvent preneur. Et donc, un des leviers qu'on a, c'est de faire accompagner sur la durée des vignerons. Donc, par exemple, de faire évoluer notre modèle en disant, si vous voulez de la découverte, je peux toujours vous faire de la découverte. Mais en revanche, si vous voulez accompagner un domaine sur le long terme, c'est-à-dire recevoir deux bouteilles de vin tous les trois mois, six mois, peut-être, de ce domaine, pendant un an, deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans, ça, ça aide vraiment le domaine à transitionner. Parce que là, il a un revenu garanti.
- Speaker #1
Une offre de fidélisation sur le domaine, alors qu'avant, c'était juste la fidélisation du client.
- Speaker #0
Et à ce moment-là, le domaine peut s'engager dans une transformation. Le domaine, après, a encore un levier sur lequel on va pouvoir l'aider. C'est qu'aujourd'hui, un domaine viticole, ça fait du vin. Sauf que la demande baisse globalement de vin en France et dans le monde. Il y a à peu près les volumes ont été divisés quasiment par 3 en 15 ans. Les volumes de consommation, pas le marché, parce que le prix moyen de la bouteille a plutôt augmenté. Donc, ça invite toute la filière à repenser aussi l'utilisation des sols. qui est de dire, peut-être que demain... Un vigneron, il doit penser à avoir des plantes avec des essences sur lesquelles il va faire aussi du sans-alcool. Peut-être qu'il va faire de l'huile d'olive. Il y a par exemple une société qui s'appelle Lamy Raisin qui fait des gubises qui sont l'utilisation des déchets. Et ça, le petit ballon peut être un véhicule de vente de ces produits-là. Puisqu'on sait vendre du vin, mais on peut aussi vendre d'autres choses. Et nous, ce qu'on aime dans l'idée, c'est de dire que, par exemple... L'huile d'olive d'un domaine viticole, ça a une histoire à raconter, qui est autre chose que l'huile d'olive qu'on va acheter au supermarché. Donc ça, c'était intéressant. En tout cas, ça, c'est un vrai premier levier, la contractualisation et le travail, finalement, main dans la main avec les viticulteurs. Il y en a un deuxième qui me tient beaucoup à cœur, qui est vraiment la réduction des impacts, et notamment sur le verre. Le verre, c'est la moitié de l'impact carbone d'une société comme Le Petit Ballon. Pourquoi ? Parce que... contrairement à ce qu'on pense, et moi j'étais le premier à penser ça, je me disais, moi je suis parfait en tant que consommateur, je mets tout le temps ma bouteille en verre dans la bonne poubelle, et c'est le cas de la plupart des consommateurs aujourd'hui. Sauf que derrière, il faut un four à 1500°C pour refaire fondre tout ça et refaire du verre. Donc en fait, c'est loin d'être, on croit que c'est parfait, mais c'est loin d'être parfait. Et ça reste un impact sur lequel on peut faire quelque chose, puisque... on pourrait réemployer les bouteilles et réduire drastiquement cet impact-là. Donc là, typiquement, c'est quelque chose qu'on attaque assez fort, nous, au Petit Ballon. Au mois de mai de cette année, nous, tous les ans, on sort un rosé qui s'appelle Bati Bati. Et cette année, pour la première fois, ce rosé sera en bouteille réemployée et réemployable. C'est un rosé qui va être fait en Corse. C'est un rosé qui va coûter le même prix que l'an dernier, 9,50 euros TTC. Et pour autant, on a décidé de consacrer une partie de notre marge à cette innovation, en tout cas, pratique. Alors ça nous coûte à peu près 5% plus cher de faire ça, mais on estime, là pour le coup, le gain total, si j'inclus les écosystèmes et la planète, c'est pas un coût de 5%, c'est un gain qui est majeur en fait. Et on va refaire la même histoire au mois d'août de cette année. où ce qu'on veut, c'est que 100% des bouteilles qu'on va mettre dans nos abonnements soient toutes en réemploi. Donc ça, aujourd'hui, on est encore dans une logique de test, de mesurer, de savoir exactement le surcoût, pour pouvoir ensuite pousser très très fort dans la filiale. Et ensuite, il y a un troisième aspect sur lequel la CEC nous a ouvert complètement les chakras, qui est ce que vous appelez la coopétition, qui est de dire... On n'est pas tout seul dans ces histoires de réemploi de bouteilles. C'est-à-dire que si on le fait tout seul, on ne va jamais y arriver. Et donc forcément, il faut travailler avec tout le monde. Parce que si les bouteilles doivent tourner, ce n'est pas nous qui allons aller les rechercher tout seul. Parce que sinon, on va créer autant de carbone à déplacer les bouteilles. Donc, il faut que toute la filière s'y mette. Donc, typiquement, on coopère avec des gens comme Oé, qui est une marque de vin régénérative. On va essayer de regarder ensemble comment on peut tous avancer.
- Speaker #1
Donc... effectivement, c'est un peu sur le d'activateur de filière aussi que vous avez mis dans votre feuille de route. Est-ce qu'on a un marqueur fort ? Et je ne sais pas si vous l'avez aussi dans votre feuille de route, qui peut être aussi un marqueur de renoncement. Est-ce que vous en avez aussi dans votre feuille de route ?
- Speaker #0
Oui, ça, moi, j'ai annoncé assez rapidement aux équipes. Et alors, nous, on a fonctionné avec Fanny Jardin, qui était ma planète championne pendant la CEC. Elle a monté en interne ce qu'on appelle une team impact. Et cette team impact, c'est une douzaine de personnes dans l'entreprise, c'est quand même 12 sur 40, donc c'est quand même important. Et d'ailleurs, c'est assez marrant de voir que c'est les réunions sur lesquelles... il y a le plus fort taux de présence de toute la boîte. C'est-à-dire que jamais personne n'est absent à ces réunions-là. Donc ça c'est intéressant. Il faut dire que Fanny les anime super bien et ça avance.
- Speaker #1
C'est eux qui t'ont posé des questions à l'été 2023. Maintenant il faut qu'ils s'engagent aussi.
- Speaker #0
Du coup ils sont vraiment très engagés et ils poussent. Et typiquement, les renoncements, on s'est mis d'accord avec Fanny et ensuite, on les a présentés à la Team Impact. Et la Team Impact a pu les bouger un petit peu pour qu'ils soient réellement réalisables. Lesquels, par exemple ? Première chose, alors un qui nous coûtait pas trop cher, mais quand même qui est marquant, qui est de dire aucun des vins qui n'est vendu par le petit ballon ne doit avoir pris l'avion une fois dans sa vie. Aucun. Donc, c'est-à-dire que ça arrivait dans le passé avec notamment des vins argentins, chiliens, qui pouvaient. pour x ou y raison. Et ça, c'est une hérésie. Une hérésie parce qu'un vin, c'est souvent meilleur un an, deux ans, trois ans après. Donc finalement, les quelques semaines qui sont gagnées sont complètement ridicules. Deuxième renoncement, le poids des bouteilles. Tant que les bouteilles ne sont pas toutes réemployables, comme l'impact carbone, la moitié, c'est le verre. Et donc, on a joué sur le poids du verre. Donc moi, j'ai imposé à mes acheteurs de dire aucune bouteille ne doit être supérieur à 600 grammes, bouteille vide, supérieure à 600 grammes, hors cahier des charges restrictif de l'AOP. Donc l'AOP, c'est le cahier des charges, par exemple, dans le champagne, par exemple, ce n'est pas possible, en fait, parce qu'il y a la pression du bouchon. Donc, il y a quelques AOP de cahier des charges, par exemple, c'est le cas à Châteauneuf-du-Pape, par exemple, où les bouteilles sont plus lourdes. Pour l'instant, on ne peut pas se priver de cette appellation qui est majeure en France. mais par contre on va faire pression aussi sur le cahier des charges de l'AOP. Et ça, ça nous a coûté... Alors, ce qui est marrant, c'est que ça nous a obligés déjà à avoir cette donnée. Cette donnée, aujourd'hui, elle n'existait pas. Donc, la première chose qu'on a faite, c'est qu'on a mis dans la base de données le poids de la bouteille. Donc, le poids... Alors, il se trouve que dans le vin, le vin, c'est à peu près le poids de l'eau. Donc, les 75 centilitres, ça fait 750 grammes. Donc, il suffit de peser la bouteille pleine et puis on a la bouteille vide. Donc, désormais, à chaque fois qu'on fait la photo de la bouteille, on pèse la bouteille. Et donc, quel est le coût finalement de ce renoncement ? On est de manière certaine, 5% des bouteilles qui étaient supérieures à 600 grammes et 5% des bouteilles dont le poids était inconnu. Donc potentiellement entre 5 à 10% des bouteilles. Donc désormais, on va savoir à combien c'est exactement, puisque les bouteilles du passé n'étaient pas pesées. Donc désormais, on va le savoir, ça va être de l'ordre de 7 à 8%. Ce qui veut dire qu'on renonce potentiellement à 7% de notre gamme, mais sur lequel ? La communication qu'on a aux vignerons change tout. Parce qu'on dit, on n'achète plus de bouteilles à 600, mais la prochaine cuvée, vous le savez, en fait. Et donc, ce qu'on a constaté, nous, et c'est là où on a un effet d'entraînement très fort, c'est quand on dit à un vigneron, nous, le petit ballon, on ne veut pas de bouteilles de plus de 600 grammes. Qu'est-ce que va faire le vigneron ? Il ne va pas faire 3000 bouteilles pour le petit ballon à 600 grammes et après, il va continuer à 700 grammes. Il va se dire, en fait, c'est intéressant. Cette bouteille à 600 grammes coûte moins cher que celle à 700. Tout le monde y gagne. Finalement, nous, on a impulsé un mouvement. Le vigneron, derrière, a presque une rentabilité supérieure parce qu'on lui a imposé un cahier des charges plus restrictif.
- Speaker #1
C'est génial. On va creuser là-dessus, si tu veux bien, parce que de tous les épisodes de Cap Regen, c'est vraiment là où on sent le plus ce super pouvoir que vous avez d'influenceur de votre filière. Tu as commencé à parler aussi d'influencer vos clients. Parle-nous, s'il te plaît, du vin, des sols. du changement climatique. Quel est le ressenti des viticulteurs par rapport à ça ?
- Speaker #0
La première chose, c'est que, clairement, si on ne fait rien, le vin va changer profondément. C'est-à-dire que tous les terroirs viticoles qui ont des centaines d'années vont se décaler et ne vont plus produire ce produit qu'on adore. C'est une contrainte majeure et que tous les viticulteurs connaissent.
- Speaker #1
Et ça va vite, pardon. Ça va très vite.
- Speaker #0
Notamment, ça se voit, par exemple, par les attaques mildiou, les bactéries, les productions qui sont totalement irrégulières. C'est-à-dire que nous, on a un domaine, par exemple, à Morgon, dans le Beaujolais, sur lequel la production peut passer d'une année à l'autre. C'est un rapport de 1 à 5. Selon les pluies, les quelques températures, en fait c'est les excès dans un sens et dans l'autre qui créent ces aléas qui sont très très forts. Donc tout le monde dans la viticulture est parfaitement conscient qu'il y a un impact très très fort. Ensuite il y a des initiatives extraordinaires, mais vraiment extraordinaires. Il y a énormément de viticulteurs qui sont très avancés dans les pratiques agroécologiques. Il se trouve que nous, dans le groupe, on a également un autre domaine qui est en Alsace, qui s'appelle le domaine Schoenheitz à Viroval, sur la route des fromages en Alsace, sur lequel la personne qui gère ce domaine, qui s'appelle Jérôme, est très en avance sur les pratiques. C'est-à-dire qu'il y a des moutons sur le terrain, couverts végétaux, il y a zéro pesticide. Et ça... La bonne nouvelle, et nous c'est ça qui nous donne beaucoup d'espoir, c'est que les gens, les viticulteurs qui font les meilleures pratiques agricoles font les meilleurs vins. C'est ça qu'on a envie de vendre comme histoire. C'est de dire, si le consommateur veut demain des vins exceptionnels et des bons vins, il faut que les sols soient bien travaillés. Et donc le viticulteur a intérêt à ne pas scier la branche sur laquelle il est assis.
- Speaker #1
À combien tu estimerais un pourcentage de ceux qui sont éclairés, avancés, qui sont déjà en mouvement, par rapport aux viticulteurs qui n'ont pas complètement commencé à bouger ?
- Speaker #0
Vraiment les plus avancés, je dirais qu'il y a 5 à 10% à peu près des viticulteurs. Par exemple, ceux qui sont allés vers les pratiques de biodynamie relativement tôt. Biodynamie, ça veut dire que c'est le bio plus des techniques de conservation des sols. Il y a à peu près 20% du... du vignoble qui est bio en France. Donc on peut se dire que c'est la deuxième catégorie. Il y en a 5-10% qui sont très très avancés. Il y en a encore 10-15% qui sont bio, mais pas un petit peu moins avancés dans les pratiques. Et après les 80 autres pourcents, on ne peut pas dire que tout va pas mal. On va dire qu'il y en a une grande partie qui sont en train de bouger, de toute façon contraints, de manière contrainte. Une grande partie de la filière est en train de bouger. Et puis, il y a probablement 10-20% de mauvais élèves qui, finalement, se punissent.
- Speaker #1
Moi, j'aime bien dire que la transition écologique et sociale est une chance pour la France. Parce qu'en France, on a les paysages, le terroir, les savoir-faire qui peuvent s'adapter. Et qu'on a aussi intérêt à travailler plus en circulaire. à travailler plus aussi en coopétition, comme tu disais, et que ça peut être un projet national, finalement, de prendre de l'avance par rapport à ces sujets-là. Donc, ma question, c'est finalement le secteur viticole en France. Est-ce que tu penses, par rapport à d'autres pays dans le monde, justement, qu'il est plus avancé, que la transformation va plus rapidement et que, quelque part, en France, on prend un coup d'avance par rapport à ça ? Ou est-ce que, finalement, on est dans le peloton au niveau mondial ?
- Speaker #0
Non, je pense qu'effectivement, on a une chance... d'être parmi les leaders de cette transformation. Parce qu'on a les bons ingénieurs, parce qu'on a les bonnes écoles, parce qu'il y a des agronomes, parce qu'il y a de la connaissance, il y a de la culture en France. Et puis effectivement, on a quand même cette chance de paysage. On a de la mer, on a de la montagne, on a de la campagne. Et je pense que tout Français est attaché à ces paysages.
- Speaker #1
Et alors, merci au Petit Ballon de jouer le rôle de stimulateur, catalyseur sur cet enjeu de filière. Si on bascule du côté un peu aval justement par rapport aux clients, à ces 100 000 clients que vous touchez une fois par mois, si on va jusqu'au bout de ton rêve, ce serait quoi ton rêve dans 5-10 ans sur la marque Petit Ballon ? Qu'est-ce qu'elle incarne avec ses clients ?
- Speaker #0
Notre mission de marque, c'est d'amener de la joie et presque du bonheur. Le fondateur de Petit Ballon dit « moi je crée une boîte pour envoyer du bonheur » . Ça passe par le vin. Mais ça aurait pu passer par autre chose. Nous, ce qu'on veut, c'est envoyer vraiment des bonnes ondes, des bonnes vibes, aujourd'hui, dans une boîte en carton. Moi, la vision que j'ai de ça, c'est de dire, forcément, le modèle d'envoyer deux bouteilles dans une boîte en carton, ce n'est pas forcément le futur et la manière dont on voit les choses. J'ai l'impression qu'un de nos futurs, ça va être de connecter localement des vignerons avec des consommateurs qui finalement habitent souvent autour d'un domaine viticole. Des domaines viticoles, il y en a dans la plupart des régions françaises, même ça arrive en Bretagne, donc il va y en avoir dans des endroits sur lesquels il n'y en avait jamais eu. Et ça, ça nous intéresse vraiment, de dire comment on fait pour que les gens qui habitent autour d'un domaine puissent... participer à ce domaine potentiellement. On parle souvent des vendanges, mais il n'y a pas que les vendanges, il y a des tas d'autres. Moi, je rêve, par exemple, que notre communauté de clients puisse aller tenir la boutique du domaine le samedi après-midi. Et finalement, que le vigneron ait des ressources autour de lui, qu'il soit tous les gens qui peuvent l'aider. En contrepartie, les gens ont du vin de temps en temps. Je pense que le petit ballon, demain, peut être une ressource pour créer ses connexions. Donc ça, c'est quelque chose sur lequel on va... Ça peut être une vision assez long terme parce que d'abord contractualiser avec un domaine et puis ensuite après, aller encore à l'étape d'après. Et ensuite, effectivement, une boîte comme Le Petit Ballon a un vrai pouvoir d'influence parce qu'on a des clients et puis aussi parce que, par exemple, on a dans nos boxs d'abonnements, on a un petit journal de 24 pages qui s'appelle La Gazette. qui est finalement le journal de vin le plus vendu en France. Donc c'est nous qui touchons le plus de personnes pour parler du vin. Par exemple, un des engagements que j'ai demandé aux équipes, c'est de dire, on fait des accords mets-vins, donc on explique quel vin on peut choisir avec tel ou tel plat. Jusqu'à maintenant, il y avait souvent les sommeliers, ils adorent les plats avec de la viande, parce que les accords mets-vins accrochent plus en général, il y a des aspérités très très fortes. Moi, j'ai imposé aux équipes de dire, je veux que plus de 50% des recettes qui sont proposées dans notre gazette en accord mets-vins soient des recettes végétales. Pourquoi ? Pour inspirer et puis pour montrer qu'avec un curry de pois chiches, il y a un accord mets-vins fabuleux également. Et ça, c'est intéressant parce que du coup, ça force un petit peu toute l'équipe à aller chercher, à ouvrir les chakras de nos propres clients pour trouver des accords mets-vins différents de ceux qu'on connaît habituellement.
- Speaker #1
Tu parlais aussi d'autres produits. Est-ce que le petit ballon va rester Focus vin ou peut-être se diversifier, en apportant un panier peut-être un peu différencié ?
- Speaker #0
Non, clairement, nous, ce qui va nous intéresser, c'est de partir de l'exploitation viticole. Et donc, les coproduits de l'exploitation viticole ont clairement du sens pour nous. Et de toute façon, il y a une tendance, par exemple, sur le sans alcool. Donc le sans alcool, il y a quelque chose d'intéressant à faire avec les domaines. On ne voit pas l'axe du vin désalcoolisé, qui est quelque chose qui se développe un petit peu aujourd'hui, mais finalement, qui écologiquement est un peu une aberration. Finalement, on fait un vin, et ensuite on fait un procédé chimique pour le désalcooliser. Nous, ce qu'on trouve, c'est que c'est plus malin de faire des essences de produits naturels voire des jus de fruits liés à l'exploitation. On trouve que ça a plus de sens de trouver un cocktail avec du jus de raisin et de pomme d'un domaine viticole particulier, avec une histoire particulière.
- Speaker #1
Merci beaucoup sur ces leviers de feuilles de route. J'invite tout le monde à aller sur le site de la CEC, puisqu'a été publiée cette feuille de route. On verra en détail aussi, c'est très chiffré, sur les indicateurs que vous êtes donnés à Vision 10 ans. Peut-être, il y a aussi un angle... qu'on n'a pas encore abordé, tu l'as abordé juste au début de la conversation, qui est l'angle gouvernance. Tu as parlé des fondateurs, de tes actionnaires, et tu ne peux pas bouger seul, tu n'es que DG finalement, c'est un rôle de chef d'orchestre, mais tu as besoin aussi que ton écosystème veuille bouger avec toi. Qu'est-ce que tu vois sous l'angle gouvernance ? Est-ce que vous avez des choses dans la feuille de route pour aussi cranter au niveau de la gouvernance sur vos intentions ?
- Speaker #0
On n'est pas encore société à mission, donc c'est quelque chose sur lequel on va travailler. On va également, On veut également s'accompagner d'experts pour avoir un peu des garde-fous et des gens qui nous remettent systématiquement le sujet sur la table. On travaille également sur la partie rémunération. Donc, typiquement, je vais donner un exemple concret. J'ai retravaillé avec mes acheteurs le système de primes, par exemple. Pourquoi ? Aujourd'hui, on disait aux acheteurs, vous avez une enveloppe d'achat. Si vous faites des économies... une partie de cette économie va vous être reversée en bonus. C'est intéressant, sauf que ça a un effet contre-productif sur la partie écologique. C'est que forcément, un vin bio ou biodynamique coûte plus cher qu'un vin conventionnel. Donc mécaniquement, l'acheteur qui fait ce choix-là, et mes acheteurs sont hyper engagés, donc finalement ils étaient un peu en injonction contradictoire. Oui, forcément, leur prime est plus importante s'ils prennent un vin qui est moins vertueux. Et donc, typiquement, j'aurais proposé de changer le système et de dire qu'il y a un coefficient multiplicateur de l'économie qui est faite si le vin a un label bio-biodynamie ou un réemploi de la bouteille. Et donc, finalement, il y a un malus lorsque c'est une pratique qui n'est pas très vertueuse et il y a un bonus. Et ce qu'il fait ? que la surcompensation de la non-économie, elle est bien plus importante à acheter un vin vertueux.
- Speaker #1
C'est génial. Je pense que ça peut inspirer beaucoup des auditeurs de ce podcast de trouver la bonne manière, finalement, de débiaiser certains objectifs dans l'entreprise. C'est hyper important parce que ça crée des cercles vertueux. Alors peut-être, on va tranquillement vers la fin de notre conversation, sur l'expérience CEC. Donc on sait pourquoi tu t'es lancé, tu nous as parlé de cette feuille de route, qui est la matérialisation de tes ambitions, des ambitions de votre entreprise. Et là maintenant, comment, avec du recul, quels sont les déclics que tu as pu avoir dans cette expérience CEC ?
- Speaker #0
Alors cette expérience CEC, donc 6 fois 2 jours, Quand on me pose la question du temps que j'y ai passé, je ramène ça toujours au temps de l'année. Je me dis que j'ai passé 5% de mon année. C'est à la fois beaucoup et en même temps, ce n'est pas grand-chose pour un enjeu qui est assez vital. Donc ça, c'est le premier point. Cette expérience, forcément, comme raconté par tous les gens qui sont passés, c'est la première session dite du constat. Et... par tous les participants, appeler la claque à quelque chose d'assez violent en fait, où je me suis aperçu d'une chose que je craignais, mais qui est le déni dans lequel j'étais, le déni confortable, le déni agréable. J'ai toujours été quelqu'un d'hyper joyeux et heureux, mais je mettais ça vraiment de côté. Et je me souviens, ce premier soir de cette première session à Bordeaux, où il y a cette technique de la lettre au futur, où j'écris une lettre à une de mes filles, donc j'ai trois filles, plus petite à 12 ans, donc je lui écris et je suis en pleurs. Je suis en pleurs parce que je réalise que j'ai une responsabilité, et que je ne peux plus me cacher, et qu'il faut changer quelque chose. Je commence par changer mon mode de vie. Typiquement, ce soir-là, je décide d'arrêter la viande de rouge. Je décide de diminuer l'avion par deux. Je me bouge personnellement. Et puis du coup, ça m'engage pour le reste de la suite. Et la suite du parcours, je me souviens, il y a une phrase de la session 2, Arthur Keller, qui est un espèce de mantra dans ma tête depuis. pas, c'est notre civilisation est une machine à transformer la nature en déchet. Cette phrase, elle me hante. Ce qui veut dire que, par exemple, je consomme moins, j'achète moins, parce que je pense systématiquement à ça. Je pense systématiquement à la fin de vie des choses que j'achète aujourd'hui. Je cherche à réparer. Je suis un super mauvais. Je suis un super mauvais bricoleur, mais j'essaie de progresser dans ce sens-là.
- Speaker #1
Tu as dessiné petit à petit, par petites touches, tout au long de cet échange, à quoi ressemble la visée régénérative. Et en fait, tu nous parles de ta fille de 12 ans. Donc la question que j'aimerais te poser, c'est comment tu définirais la visée régénérative, cette économie à visée régénérative, justement à un enfant de 12 ans ?
- Speaker #0
Je dirais, l'économie déjà, c'est la manière dont les humains ont trouvé la manière de fonctionner, pour fabriquer, vendre, commercer entre eux. Le problème de l'économie, c'est que pour faire ça, on est allé extraire, utiliser tout ce qu'il y avait dans la terre, parce que c'est gratuit, donc c'est formidable. personne ne nous a jamais rien demandé de payer tout ce qu'on allait prendre, détruire quelque part. Et l'économie a toujours un peu fonctionné comme ça. Et le régénératif, c'est de dire qu'on peut faire de l'économie, mais en même temps, en cherchant à réparer. C'est-à-dire en cherchant à déjà ne pas tout casser, mais aussi à trouver une manière de faire en sorte que ce qu'on laisse est plus propre que ce qu'on a pris. Et c'est un chemin qui est dur. C'est difficile parce que ça nécessite de tout réinventer, de tout repenser. Mais ce n'est pas impossible. Ça nous invite en tout cas à repenser différemment. Et je trouve que quand on a des enfants, c'est une puissante motivation.
- Speaker #1
Ça oblige à se mettre à la hauteur du moment. Et peut-être aussi, tu as dit quelque chose qui m'a beaucoup marqué, qui était aller jusqu'au bout du pouvoir transformatif de ton entreprise. notamment parce que ton entreprise, Elle a sa taille, mais elle a aussi des points de contact avec la filière et des points d'influence aussi avec 100 000 clients, qui fait qu'aller jusqu'au bout, c'est aussi éduquer, montrer la voie. Et donc finalement, la visée régénérative, elle ne s'arrête pas sur transformer sa boîte. Elle essaie de voir tout ce qu'on peut faire et aussi elle envisage les frontières avec les concurrents ou l'écosystème de manière différente. Et ça, tu l'as très bien montré. Et donc, merci aussi pour ça, pour toute cette influence que vous allez avoir. Toute dernière question, pas facile, mais on ne peut pas parler quand même de ce secteur agri-agro de la viticulture sans te poser la question, et les pouvoirs publics dans tout ça, et la norme, on sait, la loi, qu'est-ce qu'elle pourrait faire pour aider finalement cette vision régénérative selon toi ?
- Speaker #0
C'est vrai que c'est un puissant levier. Moi, à titre personnel, je crois profondément au système de bonus-malus. Je crois qu'un moment, de toute façon, c'est les chiffres, c'est les revenus, les coûts qui changent la donne. C'est-à-dire que tout est économique, on est dans un monde économique. Je me souviens quand j'étais chez Amazon, il y avait une phrase qui était souvent répétée, qui est une sorte de mantra, qui est de dire « les bonnes intentions ne marchent pas » . Qu'est-ce qui marche ? C'est des mécanismes, c'est des systèmes en fait. Et je pense que si on l'applique à ça, c'est justement le système du bonus-malus. Il marche dans le sens où il l'a déjà. Par exemple, dans l'automobile, à un moment, on a mis des malus sur des véhicules, des bonus sur d'autres. Forcément, ça rééquilibre la demande. Et là, par exemple, si on prend l'exemple de l'agri-agro, ce serait quoi le bonus-malus de rêve pour moi ? Ce serait pollueur-payeur. C'est-à-dire, tu pollues, par exemple, si tu rejettes des tas d'eau dans des fleuves, des tas d'eau polluée, forcément, tu dois... payer pour ça, parce que ça a un coût écologique, et à l'inverse, celui qui capte du carbone, celui qui développe la biodiversité, celui qui économise l'eau, et bien, ça a un coût pour lui. Donc en fait, si on arrive à trouver le modèle économique pour lui payer, finalement, ce service écologique, aujourd'hui, ça coûte moins cher de polluer que de protéger. Il faut que ce soit l'inverse, en fait.
- Speaker #1
Génial. Donc, appel au pouvoir public de mettre en place ça, et puis aussi... Ce que Arthur Aubeuf avait présenté comme la banque centrale de la nature, à la Regen night, on pense que ça peut être un levier accélérateur en mettant finalement un système et comme tu dis bonus-malus, des chiffres qui vont créer ces cercles vertueux. Un peu comme tu as fait dans ton entreprise avec les systèmes de bonus. Un grand merci Gilles, je pense qu'on a tenu la promesse du courage et le courage de mettre en œuvre une feuille de route hyper ambitieuse. L'authenticité, merci de cet échange à cœur ouvert. Et puis ce pragmatisme, tu nous as donné plein d'exemples, ça fourmillait d'exemples. Donc je crois qu'on comprend mieux cette filière viticole et on l'aime encore plus. Un grand merci et puis en route pour le Cap-Régen.
- Speaker #0
Merci Eric, merci pour tout ce que tu fais pour la CEC et justement tout ce mouvement qui est mené par toi et puis tous les participants, tous les bénévoles.
- Speaker #1
J'espère que cet épisode vous a... inspiré. Si c'est le cas, vous pouvez nous aider en laissant un avis sur votre plateforme d'écoute et en partageant l'épisode autour de vous. Vous contribuerez ainsi à rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Merci.