- Carine
On est vraiment sur une entreprise au cœur des enjeux de demain, au cœur des enjeux sociaux et très ancrée dans les territoires. Ça m'a permis de me dire, finance et RSE, il faut absolument qu'on parle le même langage. Je pense que c'est important qu'on ne parle pas que des enjeux de limites physiques, mais qu'on parle aussi de comment on refait société sur quelque chose qui est assez spécifique au secteur énergétique, parce que c'est celui qui doit se décarboner en premier pour aider les autres secteurs.
- Eric
Bienvenue dans Cap Regen, je suis Eric Duverger, le fondateur de la CEC, une association qui existe pour rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Tout le monde en parle de cette nouvelle économie, qui régénère au lieu d'extraire, mais le défi est immense. Dans cette saison 2 de Cap Regen, on va élargir les récits pour aborder de nouveaux modèles d'affaires, pour approfondir sur le social et sur la biodiversité. Bref, plus de régénération. Avec Cap Regen... Nous donnons la parole à des dirigeants engagés au cœur de l'action. Bonjour Carine. Carine, je te propose de faire un pacte. Ce pacte, il tient en trois mots. Courage, il en faut de courage pour lancer ces grandes transformations. Authenticité, on va être les plus authentiques possibles dans cet échange. Et le pragmatisme, on va essayer d'être les plus concrets possibles pour décrire à quoi ressemble cette nouvelle économie qu'on appelle de nos voeux. Alors ces trois initiales, ça fait courage. Authenticité et pragmatisme, ça fait CAP. Est-ce que tu es CAP ou pas CAP ?
- Carine
CAP !
- Eric
Alors on se lance, tu es diplômé de l'ESCP Business School, tu as fait tes premières armes dans une banque d'affaires, Morgan Stanley, à Londres, et tu as rejoint EDF, le groupe EDF en 2010, dont tu es maintenant la directrice Impact au niveau groupe. Et tu es aussi allumni de la CEC du monde financier, qui s'est déroulée en 2023. On va commencer par notre question traditionnelle qui est autour de quel serait l'endroit ou les endroits dans la nature où tu aimes aller pour te reconnecter ?
- Carine
Alors l'endroit où je me reconnecte, c'est chez mes beaux-parents. C'est un petit village dans le Luberon et en fait, c'est en regardant les oiseaux. En fait, c'est les oiseaux qui vraiment m'apaisent et j'adore être juste sur un transat à lire. C'est ma passion en fait, lire. Et regarder les oiseaux, voilà. Donc, plus je les vois et plus je me dis que ça va mieux. Et moins j'en vois et plus je suis éco-anxieuse. Donc, c'est le challenge à chaque fois que je descends chez mes beaux-parents, c'est de compter les oiseaux, comme la LPO nous demande de le faire régulièrement.
- Eric
Merci. Alors, ce qu'on va faire, c'est qu'on va d'abord parler un petit peu de l'entreprise, d'EDF, de ce contexte que tu as. Et ensuite, on va parler de la transformation. On s'interrogera sur toi, quelle est ta théorie du changement pour faire bouger ce grand groupe ? Donc pour commencer, est-ce que cette entreprise-là, EDF, qu'on pense connaître, comment tu la présenterais toi en quelques mots ?
- Carine
C'est l'entreprise bâtisseur du système électrique, vraiment. On a fêté nos 80 ans la semaine dernière. Donc c'est vraiment extraordinaire d'être là à ce moment de l'histoire de l'entreprise parce que ça nous permet, sans nostalgie aucune, mais de regarder le chemin parcouru. Donc 1946. On reconstruit la France. On commence par l'hydraulique. Et puis après, au moment de la crise pétrolière, et ça nous parle en ce moment, les crises liées au pétrole, on prend la décision du parc nucléaire. Et donc, c'est l'entreprise qui est aussi une entreprise très ancrée dans les territoires. Et c'est une entreprise où tu n'es jamais retraité. C'est-à-dire que quand il y a une crise, on t'appelle et tu viens. Et donc, c'est une entreprise où les gens sont hypra engagés. Et ça, moi, c'est ce qui m'a énormément marqué quand je suis arrivée en 2010. Et donc là, on arrive à ce moment où on se projette sur les, j'espère, 80 prochaines années. On doit reconstruire un système électrique différent puisqu'il y a les renouvelables qui arrivent de plus en plus sur le système. Il y a l'adaptation au changement climatique. On le constate tous les jours. On connaît tous ces noms de tempêtes incroyables. Goretti, Nils, Pedro, Ciaran, etc. Et ça, ça nous affecte en premier lieu, en fait. Et puis, l'eau, on en parlera, mais... 90% de notre électricité dépend de l'eau. Donc l'eau, c'est une ressource critique et c'est un commun. Et donc je pense que c'est ça aussi qui définit EDF, c'est qu'on est une entreprise qui est sur un service essentiel, qu'on doit partager et qui est systémique. Sans eau, pas d'électricité. Sans forêt, sans nature, pas d'eau. Sans électricité, pas d'IA. Donc en fait, on peut vraiment faire des liens avec énormément de choses dont on parle tous les jours. Des choses qui peuvent paraître dématérialisées et qui ne le sont pas du tout. Et puis, c'est un enjeu social. Et je finirai là-dessus. En fait, on ne peut pas pousser l'électrification si les gens n'ont pas les moyens de payer leur facture d'électricité. Je me rappelle de cette Marie-Georges Buffet. Donc, bon, ça n'oura je n'y parle. Mais je me rappelle avoir lu un article où elle parlait de son enfance. Et elle disait que le plus grand traumatisme qu'elle avait eu dans son enfance, ça avait été une coupure d'électricité. Et moi, ça m'avait vachement marquée. Elle était d'un milieu modeste. Nous, on a pris cette décision. Il y a un peu plus de deux ans, on a eu la décision de ne plus couper les clients même s'ils ne nous payent pas. En disant qu'on ne peut pas laisser les gens sans électricité. Alors évidemment, ce n'est pas confortable d'un point de vue financier. Et puis, on fait des réductions de puissance. Donc, ce n'est pas confortable pour les gens non plus. Ils ont l'électricité, mais ils ne peuvent pas faire beaucoup de choses. Et l'enjeu, bien sûr, c'est de les sortir de cette situation. Donc, on est vraiment sur une entreprise au cœur des enjeux de demain, au cœur des enjeux sociaux et très ancrée dans les territoires.
- Eric
Alors, juste peut-être deux questions complémentaires. La première, c'est en quelques chiffres, de chiffres d'affaires, de nombre d'employés pour qu'on prenne conscience de ça. Et puis la deuxième, un peu un rebond sur ce que tu viens de présenter. On a l'impression que c'est une entreprise qui a des soucis de rentabilité, d'équilibre financier, d'investissement aussi. Et quand même, on sent un service public. Peut-être, comment tu pourrais nous décrire cette ligne de crête entre les deux ?
- Carine
Tout à fait. donc c'est Une grande entreprise, donc plus de 192 000 salariés, plus de 110 milliards de chiffre d'affaires, présents dans de nombreux pays, mais c'est vrai avec un ancrage quand même très européen, puisque c'est plus de 85% de notre résultat opérationnel qui est en Europe, sur quatre pays, la France, l'Angleterre, l'Italie et la Belgique. Alors cette ligne de crête, elle est vraiment intéressante, parce qu'en fait on est une entreprise qui est très hybride. je dirais dans le sens où on a été coté. Et à l'époque, pour ceux qui s'en souviennent, c'était 2005, on avait reproché au ministre des Finances, c'était Thierry Breton, d'avoir vendu les bijoux de famille. On vendait EDF, Gaz de France. Donc ça avait été quand même quelque chose de très, très difficile. Et quand je suis arrivée, pour m'occuper d'ailleurs du cours de bourse et des investisseurs, je me souviens que les organisations syndicales, qui étaient mon plus gros actionnaire, en fait les salariés étaient le plus gros actionnaire, après l'État. Et donc, les relations syndicales étaient représentées en tant qu'actionnaires salariés. Et elles votaient contre le dividende. C'est assez inhabituel des actionnaires qui votent contre le dividende. Et donc, on était déjà dans des discussions qui frottaient sur le partage de la valeur et sur le rôle d'EDF, parce qu'on avait déjà des enjeux d'investissement importants. Et en fait, ce que je trouve assez intéressant, finalement, grâce à la prise de conscience qu'on a autour des enjeux de décarbonation en particulier, C'est que finalement, ce qui nous arrive aujourd'hui, on parle de souveraineté, on parle de résilience, on parle d'innovation. En fait, ça devrait faire d'EDF l'entreprise la plus rentable. Parce qu'en fait, on est la solution. On a 95% de notre électricité qui est décarbonée. On en a en abondance, on est le plus grand producteur au monde d'électricité sans émission directe de CO2. Au monde ! Donc c'est un truc de dingue, c'est une fierté évidemment. Et en fait, c'est pas le cas. C'est-à-dire que l'économie du vice se rapporte plus que l'économie de la vertu. Et donc c'est bien ça l'enjeu, c'est de dire, bien sûr nous on doit travailler sur notre efficacité, il n'y a aucun doute. Donc on a besoin d'être plus efficace, de choisir et de faire peut-être des renoncements aussi sur certains aspects. Mais on a un enjeu qui est aussi que les externalités ne sont pas comptabilisées correctement. Et donc vendre de l'électricité décarbonée ou investir dans l'adaptation au changement climatique. Aujourd'hui, ce n'est pas le marché électricité qui me rémunère pour ça. Donc, ça amène à travailler sur les règles du jeu, toutes les règles du jeu. Et donc, ça, je considère que c'est aussi mon job d'aller à Bruxelles pour parler de ça. Et puis, je suis par exemple à l'autorité des normes comptables au titre de la durabilité. Parce que la comptabilité, c'est des choix. En fait, compter ce qui compte vraiment, c'est un peu ce qu'on dit toujours à la CEC. Et donc, voilà, moi, je crois à ça aussi. C'est comment on change les règles du jeu. pour faire en sorte que EDF devienne l'entreprise la plus rentable. Dans le sens du partage de la valeur aussi, bien sûr, et d'en compter ce qui compte. Il y a le capital humain, et je pense que notre capital social, je le disais, les retraités, ils ne sont jamais retraités. Quand on voit tout ce qui se passe au moment des tempêtes, l'engagement des salariés, nous, on a fait une étude, nos salariés, en moyenne, ils sont deux fois plus engagés dans la société civile que la moyenne française. Ils sont présidents du club de foot, ils sont pompiers volontaires. Et donc, ça nous a amené d'ailleurs cette année à lancer une association pour structurer l'engagement de nos salariés. Ça s'appelle EDF Généraction. Et l'intérêt, c'est quoi ? C'est aussi d'aider les salariés à valoriser ces compétences qu'ils ont en dehors de l'entreprise. Je te donne un exemple. Quelqu'un qui travaille à la communication, mais qui est trésorier de son asso, s'il a envie de faire de la finance, si on regarde que ce qu'il a fait dans sa trajectoire, on n'y pensera peut-être pas. S'il nous dit qu'il est trésorier de son asso depuis déjà dix ans, ça veut dire qu'il a quand même... forcément des compétences intéressantes pour la filière finance. Donc c'est typiquement ce genre de choses qu'on veut faire. Moi, je crois beaucoup à ça, au capital social, évidemment le capital naturel, et donc compter ce qui compte vraiment.
- Eric
C'est un peu ce qu'on essaie de faire à la CEC, avoir des entreprises citoyennes qui voient l'ensemble de leurs impacts. On va bifurquer un peu sur toi, ton parcours, pour comprendre comment tu en es arrivé là. Et peut-être justement, tu disais que tu avais commencé dans la banque d'affaires, on comprend qu'à un moment donné tu as basculé de l'autre côté, c'est quand même un peu à l'opposé du spectre. Est-ce qu'il y a eu un moment de prise de conscience et de manière générale tu es considéré, tu as une personnalité du monde de la transition, tu es considéré comme une personne très engagée. Est-ce que ça t'est devenu un peu d'un coup ou est-ce que ça a été progressif cette envie d'engagement ?
- Carine
Je pense qu'on ne peut pas oublier d'où on vient, effectivement, d'un point de vue familial aussi. Moi, je suis la fille d'une enseignante élevée que par ma maman, famille monoparentale. Je suis née à Sarcelles, j'ai étudié à Villers-le-Bel. Et j'ai eu la chance d'avoir une maman qui m'a toujours dit que rien n'était impossible. Alors qu'honnêtement, ce n'était pas gagné d'avance quand même d'ouvrir les chakras pour aller dans des endroits qui étaient très loin de moi. Donc il y a un mot autour de mon parcours, on appelle ça des transclasses. Et c'est comme ça que j'ai ressenti vraiment une grande partie de ma vie, d'aller là où on ne m'attendait pas. Donc je suis allée en prépa, je suis allée en école de commerce, je suis allée à Londres. Quand je suis rentrée à l'ESCP, j'étais dans un cours qui s'appelait « Peu pas suivre » en anglais. Et donc je suis allée à Londres. La finance honnêtement, ce n'était pas spécialement mon truc au départ. Et puis en fait, chez Morgan Stanley, je faisais de la recherche. Et donc j'écrivais sur des entreprises. qui étaient les plus ennuyeuses de l'époque, puisqu'on parlait d'électricité gaz et eau. À l'époque où j'y étais, la seule chose qui intéressait les jeunes, c'était les télécoms, médias, internet. Et moi, j'ai choisi d'aller sur électricité gaz et eau. Et pourquoi j'ai fait ce choix ? Parce qu'en fait, j'ai toujours adoré le secteur énergétique, en considérant que c'était un secteur qui était dans le quotidien, et qui était un secteur stratégique d'un point de vue géopolitique. Et moi, j'ai toujours été passionnée par ça, par les enjeux géopolitiques. Et l'autre chose qui a fait que j'ai choisi ce secteur, c'était parce que justement, c'était un secteur à l'époque qui n'était pas du tout sexy. J'ai été exposée très tôt à des PDG. Je me souviens, ma première semaine, j'avais 21-22 ans, je pense. Ma première semaine, j'étais avec le PDG à l'époque de Suez, Gérard Mestralet. Voilà, ça, c'était la possibilité que te donne la banque d'affaires américaine. Et ça, ça a été vraiment quelque chose qui m'a portée. Je n'aurais jamais eu la carrière que j'ai. Si je n'avais pas commencé comme ça, j'aurais eu un parcours différent. Donc ça a été une opportunité, mais que j'ai aussi cherché à sortir des cases et aller toujours là où on ne m'attendait pas, clairement. Mais avec cette passion du service public du côté de l'énergie. Et donc je suis restée toujours sur ce secteur. Et donc voilà, au moment où il y a eu l'opportunité pour moi de rentrer chez EDF, en fait c'était une façon de me dire, là tu vas faire. Parce que c'est sympa de donner des conseils aux entreprises, mais en plus quand t'es jeune, en face de gens qui sont beaucoup plus expérimentés que toi, des fois t'as quand même un gros syndrome de l'imposteur. Mais je me suis dit, maintenant c'est à moi de prouver comment ça se passe à l'intérieur. Et c'était la plus belle boîte du secteur, et c'est toujours la plus belle boîte du secteur. Donc ce fil rouge, il est lié à ça, l'envie de faire vraiment, avoir de l'impact dans une entreprise qui elle-même a beaucoup d'impact. Morgan Stanley avait beaucoup d'impact dans la banque d'affaires, EDF a beaucoup d'impact, donc j'ai deux entreprises seulement. J'ai fait 11 ans chez Morgan Stanley et là je suis à ma 16ème année chez EDF. J'ai fait 3 postes chez EDF. Pour revenir à ta question du déclic, j'ai eu 2 déclics autour des enjeux RSE. Enfin même 3 d'ailleurs. Le premier, c'est drôle, première semaine chez EDF, août 2010. On n'était pas beaucoup à travailler dans les locaux, je peux te dire, en août. J'ai reçu un courrier du Fonds Souverain Norvégien, Norges. Ils ont 1,5% de toutes les entreprises cotées au monde. Et donc, ils envoyaient un questionnaire à toutes les entreprises du portefeuille, dont EDF. C'était un très gros actionnaire d'EDF à l'époque. Et il y avait 20 pages de questionnaire qui n'avaient rien à voir avec les sujets financiers. Et en fait, le Parlement norvégien avait décidé qu'il fallait trier le portefeuille au prisme de la biodiversité, la sous-traitance dans le nucléaire, des sujets que je ne maîtrisais absolument pas. Et donc, j'ai demandé, mais qui s'occupe de ça dans l'entreprise ? Parce que, autant te dire que si un de mes gros actionnaires avait vendu parce que je n'avais pas été capable de répondre correctement, j'étais en période d'essai de six mois, je pense que je ne serais pas restée très longtemps. Donc, j'avais un petit stress quand même de réussir. Et c'est comme ça que j'ai rencontré la directrice du développement durable de l'époque. On a répondu au questionnaire et moi, j'ai découvert un univers, mais vraiment, qui était tellement loin de moi. autour de tout ce qu'on faisait et notamment autour de l'eau et la biodiversité déjà à l'époque. Et voilà, donc la petite graine a été semée à ce moment-là et puis après je suis avec elle, en fait on a lancé les premières obligations vertes d'EDF. Donc c'était 2013, trois ans après mon arrivée. En fait on a été convaincues qu'on avait une place à prendre pour dire aux investisseurs dette qui d'habitude ne regardent rien sur tes fondamentaux, ils regardent juste si tu rembourses la dette ou pas, donc ils regardent ta notation financière. Ils ne savent pas finalement sur le fond, est-ce que tel projet, il est vraiment bien ou pas. Et là, on s'est dit, en fait, il faut absolument qu'on change ce prisme de lecture. Et donc, on va lever de la dette qui va financer que des projets verts. Et à l'époque, c'était que du renouvelable. Et on va leur expliquer que ce n'est pas parce que c'est renouvelable que c'est durable par ailleurs. Parce que tu peux faire du renouvelable contre la nature et contre les gens. Et ça, c'est un discours qu'ils n'avaient jamais entendu. On était en 2013 et on a fait... ce qu'on appelle un roadshow, c'est-à-dire qu'on s'est baladé pour rencontrer les investisseurs en Angleterre, aux Etats-Unis, en Scandinavie. Et ça a été incroyable de richesse, c'est-à-dire qu'on leur expliquait concrètement chaque projet, ce qui se passait derrière, les populations autochtones dans tel pays, les pales de nos éoliennes qui devaient faire attention par rapport au radar de l'armée, des choses, mais vraiment le boulon de quatre. Et c'était génial. Et donc, ça, c'était 1,4 milliard. Aujourd'hui, on en a 19 milliards. Donc ça, ça a été aussi une façon pour moi de rentrer vraiment dans le concret avec les investisseurs. Et après, mon autre déclic, celui-là plus douloureux. Quand je suis passée à l'international, on devait financer un projet de gaz, de centrale gaz au Chili, au moment où le Chili était en train de se développer de façon incroyable dans le solaire et l'éolien. Et ils avaient besoin d'avoir des backups et donc il fallait du gaz. Et notre projet, c'était une centrale gaz. Et puis, il y avait un tuyau qui passait sous une plage. Et puis après, il y avait un terminal flottant, LNG. En fait, les Chiliens avaient très mal vécu le fait que les Argentins leur coupent le gaz. Et donc, ils voulaient vraiment créer cette indépendance. On avait levé 800 millions sur un projet à 1,1 milliard. Donc, c'était vraiment un très beau projet d'un point de vue financier. Et puis, d'un seul coup, il y a des populations mapuchées qui disent que la plage, elle est sacrée, en fait, et qui ne veulent pas qu'on fasse ce projet. Et la perception qui a été la nôtre à l'époque, c'était que ça allait bien se passer. C'était des zadistes, on allait pouvoir trouver un terrain d'entente. Et puis en fait, le projet, il ne s'est pas fait. Et là, je me suis dit, waouh, quand même, il y a un truc qu'on a raté. Et ça m'a vraiment bouleversée de me dire que la technologie, on l'avait, le financement, on l'avait, et en fait, le projet, il ne s'est pas fait. Donc voilà, ça a été ces petites graines qui ont émergé au fur et à mesure. Et puis en fait, ça m'a permis de me dire, Finance et RSE, en fait, il faut absolument qu'on parle le même langage. Parce que sinon, en fait, nous qui sommes une entreprise du temps long, notre plus gros risque, c'est d'avoir des actifs échoués. C'est des actifs qui n'ont pas de valeur dans un monde qui se réchauffe ou qui perd sa biodiversité, etc. Et donc, il faut absolument que tout ce qu'on fait en RSE, ça soit ancré dans les décisions d'investissement. Et c'est comme ça, en fait, que je suis arrivée à cette direction qui maintenant s'appelle Impact. A l'époque, elle s'appelait Développement Durable. Et je suis maintenant dans la même direction que la finance. Et j'ai élargi mon périmètre depuis deux ans. J'ai les relations investisseurs et les assurances. Donc c'est marrant parce que la boucle se referme. On n'est plus coté en actions, mais on est toujours coté en dettes. Et donc j'ai toujours ce dialogue avec ces mêmes investisseurs qui ont besoin de penser le temps long, un peu plus long en tout cas que les investisseurs actions, pas encore assez long à mon goût, mais qui du coup ont besoin d'appréhender le risque que je ne les rembourse pas. Et assez vite dans le risque... arrive le sujet du changement climatique ou de la perte de biodiversité. Et les assurances, c'est pareil. Les assurances, en fait, ils voient en premier lieu leur modèle qui est complètement mis à mal. Parce qu'il n'y a pas de foisonnement, en fait. Maintenant, il y a des événements partout, tout le temps extrêmes. Donc, pour eux, c'est aussi un sujet majeur de savoir que nos projets sont résilients. Sinon, ils ne vont pas les assurer. Donc, en fait, ça devient quelque chose de très opérationnel. Et on revient sur le langage commun pour pouvoir compter ce qui compte vraiment à nouveau.
- Eric
On sent cette envie de contribuer à un endroit à effet de levier pour l'intérêt général, pour la société. Est-ce que tu pourrais nous brosser les enjeux géopolitiques d'une entreprise comme EDF ? Notamment, puisque là, au cœur de l'actualité, il y a ces enjeux de souveraineté, ce qui se passe sur les énergies fossiles. Pour la France, c'est quoi qui se joue ? Et finalement, la question qu'on se pose, c'est est-ce qu'on est bien placé ? Et avec EDF, finalement, on a une assurance tout risque. Comment tu vois les choses vraiment de manière très, très méta ?
- Carine
Alors, Alors déjà, les chiffres, évidemment on ne va pas prendre en ce moment parce que c'est pire, mais on est sur 60 milliards d'argent dépensé dans les fossiles qui plombent notre balance commerciale. Ça c'est la réalité pour la France. Et nous, EDF, rien que nous, on a rapporté 5 milliards avec l'export de notre électricité l'année dernière. Donc c'est typiquement ça la différence. L'électricité, ça rapporte, les fossiles, ça nous coûte. Et d'ailleurs, j'adore les Anglais qui ont eux-mêmes un plan d'électrification important. Ils disent « Plug in, pay less » . Et je pense qu'on ne résoudra pas notre problème si, effectivement, on n'arrive pas à montrer que se décarboner, sortir des fossiles, c'est du pouvoir d'achat. Ce n'est pas la moraline de sauver la planète, c'est le pouvoir d'achat. C'est important évidemment parce que sinon c'est un frein à la transformation. Et donc pour EDF, ce qui a été très difficile pour moi au moment de cette crise de confiance qu'on a eue, et en même temps ça a été une opportunité incroyable, en 2012, je ne sais pas si les auditeurs se souviennent, il y a cet accord PS-Vert en France qui dit on va fermer des centrales nucléaires. Ça c'est un bouleversement majeur pour l'entreprise parce qu'il y avait toujours eu un consensus autour du nucléaire en France, qu'on soit de gauche ou de droite. C'était considéré comme un acquis. Et là, on remet en cause ce consensus. Donc nous, on a vécu une crise de confiance majeure dans l'entreprise. Et là, je dois dire, un moment aussi, je crois que tu le dis aussi dans le podcast, ne jamais laisser, c'est Churchill, une bonne crise. Il faut profiter de la crise pour avoir une opportunité derrière.
- Eric
Ne jamais laisser passer une bonne crise.
- Carine
Exactement. Et en fait, c'est ça qui s'est passé. Donc l'entreprise a créé une direction de l'intelligence collective. Elle a nommé 11 sponsors COMEX. dont moi, donc en dessous de COMEX N-1, pour faire du dialogue avec tous nos salariés, pour essayer de reprendre en main finalement notre destin. Et donc ça s'appelle Parlons Énergie, et donc on a rencontré 40 000 collaborateurs, tous les collaborateurs en termes de niveau, d'expérience, de métier. Et en fait on a fait des agora, où on a parlé de la stratégie avec eux, et puis après on a fait des ateliers où ils proposaient des défis au COMEX. Et le COMEX a été pour la première fois filmé en live et devait dire ce qu'il prenait et ce qu'il ne prenait pas. Dans les défis des salariés, il y avait 21 défis à la fin. Et s'il ne les prenait pas, il fallait qu'il justifie pourquoi. Ça, c'est incroyable, honnêtement. Et ça nous a permis d'accélérer sur plein de sujets, notamment la mobilité électrique, l'hydrogène à l'époque, le solaire en autoconsommation, etc. Et ça, j'ai trouvé que c'était quelque chose qui m'a beaucoup marquée sur la capacité à faire du changement dans l'entreprise. à faire du dialogue, vraiment, du partage du savoir, du vouloir. Ça, j'ai trouvé que c'était un moment incroyable pour moi. Donc, j'ai eu cette chance de participer à ça et c'est resté. Cette direction, elle existe et elle continue à abreuver, en fait, toutes les entités qui veulent justement prendre un sujet difficile et ont besoin de spécialistes, d'une certaine manière, de la maïotique, c'est-à-dire comment tu fais accoucher les gens pour pouvoir avoir les leviers pour changer. Et donc, d'un point de vue méta, si tu veux l'entreprise aujourd'hui, Elle est dans un moment qui est évidemment très favorable parce qu'on a compris enfin que la solution pour sortir des fossiles, c'est l'électrification. En revanche, on est très très en retard. On a perdu 10 ans au moins, puisque là je te parle de 2012. Et en fait, on a passé notre vie à opposer nucléaire et renouvelable. Alors que ça, c'est une petite partie du sujet en fait, parce que 60% de la consommation finale, c'est les fossiles. Et donc, au lieu de s'occuper de ça, on s'est occupé de la guerre nucléaire renouvelable. En revanche, maintenant, tant mieux, on a compris, je pense, le gouvernement vient d'annoncer son plan d'électrification. Nous-mêmes, on est en train de booster un maximum les usages d'électricité avec le bâtiment, l'industrie, les transports. On est vraiment mobilisés dans un écosystème très large qui va bien au-delà de nous, bien sûr, parce que ce n'est pas EDF tout seul qui va résoudre l'ensemble des sujets. Et donc, pour moi, ce triptyque souveraineté, résilience, innovation... C'est le cœur du projet stratégique du groupe. Parce que souveraineté, on n'est jamais souverain, évidemment, sur tout. Mais en revanche, quand tu prends le nucléaire et l'hydraulique, une majorité de la chaîne de valeur est européenne. Ça, c'est une réalité. Donc ça, c'est une force. Et en particulier en France. On a une chance incroyable là-dessus. On a plus de 220 000 jobs qui sont liés au nucléaire, par exemple. Et on recrute. On recrute 100 000 personnes sur les 10 prochaines années. Donc voilà, c'est ça aussi. C'est comment on va chercher les compétences, comment on donne envie aux jeunes d'aller dans l'industrie et en particulier aux femmes. Donc c'est comment aussi on transforme l'attractivité de la filière. Exactement. Et l'industrie au sens large. Et ça, je pense que c'est vraiment un maillon fort d'EDF aussi. C'est nous, on est l'industrie de l'industrie. C'est-à-dire que pour que le reste de l'industrie se développe, ils ont besoin que l'électricité soit abondante, décarbonée, avec des prix compétitifs. Et c'est ça, pour moi, notre enjeu. C'est ça qui fera qu'on réindustrialise, c'est ça qui fera qu'on aura plus de souveraineté. Évidemment, derrière, il y a de l'innovation. Il y a de l'innovation qui n'est pas que technologique, d'ailleurs. Innovation sur solutions fondées sur la nature. Donc voilà, on n'est pas que sur le high-tech. Il y a de la low-tech, il y a des solutions naturelles. C'est l'ensemble de l'écosystème aujourd'hui autour de l'électricité. Les batteries, chimiques, hydrauliques, tout ce qui est flexibilité du système électrique. On parle notamment des batteries dans les voitures qui... sont utilisées par le réseau quand elles ne sont pas utilisées dans la conduite. Il y a tellement de choses incroyables qui peuvent se développer. Et donc ça, c'est vraiment enjaillant.
- Eric
Pour aller un tout petit peu plus loin sur le mix énergétique, est-ce que toi tu penses qu'on arrive à reboucler, trouver vraiment décarboné et avoir un mix énergétique suffisant entre le renouvelable, entre le nucléaire, pour garder un niveau d'économie, aussi un niveau de vie, de confort pour les Français, ou il faut se préparer quand même à rabaisser nos exigences sur les niveaux de confort ?
- Carine
En fait, je pense que pour y arriver, il va falloir quand même que... tous se mettent autour de la table pour se rappeler quels sont les besoins essentiels. Parce que c'est quand même ça pour moi l'enjeu aujourd'hui, c'est quoi le contrat social demain dans une économie qui va se décarboner. Parce qu'on le voit bien notamment avec les data centers qui explosent partout et qui notamment aux Etats-Unis, ils commencent à poser des questions très fortes d'usage de l'eau notamment et bien sûr du foncier, mais le foncier est moins un sujet.
- Eric
Il faut quand même avoir de l'eau à boire avant d'avoir des data centers.
- Carine
Et l'agriculture, etc. Je pense qu'on peut, si on se met d'accord déjà, sur remplir, c'est un peu le donut de Kate Rewards, le plancher social, le plafond écologique. En tout cas, on a déjà de la matière pour faire de la sobriété, quand même. On sait en faire. Et quand on est dans des moments difficiles, on en fait. Donc en 2022, quand on a eu la combinaison de la guerre en Ukraine et Et des problèmes sur les centrales nucléaires. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais on avait eu des problèmes de corrosion dans les centrales. On avait arrêté beaucoup de centrales par principe de précaution. Et donc, on s'est retrouvé à dire, attention, peut-être que l'hiver va être compliqué. Et là, énormément de choses se sont déclenchées, en fait. Et donc, c'est pour ça que, pour moi, oui, on peut. Dès l'instant, on remet au centre, déjà, les usages essentiels, la sobriété. Et après, on a beaucoup de leviers. effectivement, d'amélioration. Parce que quand tu passes un usage fossile à un usage électrique, en fait, tu fais de l'efficacité. Tu diminues ta consommation d'énergie primaire. Donc, c'est ça qui est génial. C'est beaucoup plus efficace, en fait, l'électrique. Tu perds moins de ressources. Donc, le véhicule, c'est évident. La pompe à chaleur aussi. Donc, en fait, c'est bien comme ça qu'on envisage ces trajectoires. C'est à la fois de la sobriété, de l'efficacité et de l'électrification. Donc, je pense que... L'exemple, moi, qui m'avait marqué aussi, c'était la mine de lithium d'Iméris. Quand il y avait eu le débat public, il y avait eu des gens qui disaient « Ok, c'est bien de faire cette mine si on ne veut pas dépendre de pays qui, du jour au lendemain, peuvent nous dire « Non, le lithium, je ne te l'envoie plus. » Peut-être qu'on le fait mieux aussi d'un point de vue environnemental et social. En revanche, si c'est pour faire des batteries de 2 tonnes, pour des SUV de 2 tonnes, bof quoi ! Donc, c'est quoi l'usage final ? C'est là, quand je parle du contrat social aussi, c'est ça. C'est pour faire quoi, en fait ? Et donc, il faut qu'on se mette d'accord, ce qui n'est pas facile. Tu parlais de polarisation, on est en cœur du sujet. Mais c'est pour ça que nous, on travaille beaucoup avec l'IDRI, notamment, qui est le think tank du développement durable, qui travaille beaucoup aujourd'hui sur ces enjeux du contrat social. Je pense que c'est important qu'on ne parle pas que des enjeux de limites physiques. Mais qu'on parle aussi de comment on refait société, sur quoi on refait société. Et l'électricité, elle est effectivement un socle qui permet de penser le développement demain.
- Eric
J'aimerais t'interroger sur, on va aller sur un autre enjeu, les enjeux autour de biodiversité eau. Puisqu'en fait, il y a une empreinte, une empreinte écologique de toute cette production. 190 000 personnes, 110 milliards, ça ne se fait pas sans empreinte. Et donc sur ces enjeux-là, peut-être, c'est quoi les grands progrès qui ont été faits ? Est-ce qu'il reste à faire pour une entreprise de la taille d'EDF ? Comment on touche la biodiversité ? Comment on aborde ce sujet-là ? Et je mettrais l'eau aussi un peu dans le même champ.
- Carine
En fait, quand on a défini notre architecture RSE, elle a trois piliers. Le premier, c'est ce qu'on appelle bâtir le système électrique. Et dedans, on est vraiment sur la décarbonation et l'électrification. Le deuxième, c'est respecter les limites planétaires. Et dedans, on met effectivement l'eau. et la nature. Et puis le troisième, c'est agir pour une transition juste, et on pourra en parler aussi parce que c'est, pour moi, un pilier essentiel. Et donc, en fait, ce qui est assez difficile, je trouve, sur la biodiversité, c'est que, en fait, c'est souvent un impensé, il faut le reconnaître, parce que, d'une certaine manière, et c'est l'enjeu aussi de la pensée complexe, et notamment pour les chefs de projet qui développent, c'est qu'on a une électricité décarbonée, On contribue à la décarbonation de l'économie. Et donc, rapidement, on peut se dire, on fait le job. Et en fait, je me souviens, j'avais été très marquée par une discussion avec Laurent Tillon, qui travaille à l'ONF et qui est un spécialiste des chauves-souris. Et il disait, en fait, il y a des éoliennes dans ce territoire, je ne sais plus, je crois que c'était dans la Beauce. Il disait, en fait, elles tuent la chauve-souris noctule. Et cette chauve-souris noctule, c'est le prédateur du hanneton, qui, comme il y a plein de hannetons, du coup, parce qu'il n'y a plus la chauve-souris noctule, il n'y a plus de chaîne. Et donc, en fait, c'est un jeu à somme nulle. C'est-à-dire que les émissions évitées par les éoliennes, en fait, sont compensées par l'absence de carbone capturé par les arbres. Mais ce n'est pas du tout ni les mêmes personnes, ni les mêmes lieux, etc. Donc, c'est difficile, je trouve, pour beaucoup de gens, d'appréhender cet aspect systémique, en fait. Et donc, c'est vrai que la biodiversité, c'est pour moi, d'ailleurs, c'est le réveil le plus important que les dirigeants qui ont fait la CEC. Parce qu'on a oublié de dire, mais EDF, c'est 10 parcours CEC. Et en fait, c'est ça qui ressort dans les feuilles de route, en premier lieu, je trouve. Et moi, ça a été mon étonnement et j'ai trouvé ça important aussi pour moi de me rendre compte à quel point la biodiversité était un impensé pour beaucoup de nos dirigeants. Alors même que c'est sûrement la chose sur laquelle, en local, tu peux voir les fruits et les bénéfices quand tu investis dessus assez vite.
- Eric
Oui, on y reviendra, mais c'est vrai qu'il est super l'exemple que tu nous donnes sur la chauve-souris Noctule. C'est que, moi aussi, il y a quelques années, j'aurais dit, bon, on s'en fout un peu de la chauve-souris. Mais en fait, c'est dans un écosystème qui est elle prédatrice. Et en fait, souvent, on sait sur l'agriculture, cette vision systémique de l'ensemble de la chaîne du vivant, c'est un impensé. Et en même temps, avec l'OFB, avec justement les parcours CEC, on s'aperçoit que dans 5-6 ans, en France, chez beaucoup de responsables, on est passé d'une vision climat. Sur le climat, quand même, c'est un sujet qui est maintenant bien compris avec la fresque du climat et autres. Et sur cet enjeu biodiversité, on est en train de monter en compétence. Et donc, c'est aussi rassurant. Mais tant qu'on n'avait pas bien compris ça, c'est sûr qu'on faisait plein de bêtises.
- Carine
Exactement. Non, mais tu as tout à fait raison. Cette conscience, je pense, elle monte. Il y a eu aussi beaucoup de, je pense, vraiment de discernement des directeurs et des directrices RSE là-dessus, de dire on a peut-être trop parlé climat, alors que l'éléphant au milieu de la pièce, c'est la biodiversité. Et que... On peut faire des choses qui ont des co-bénéfices, des solutions fondées sur la nature, qui sont bonnes pour le climat. Et donc, c'est vrai que nous, typiquement, l'eau, c'est le nexus pour nous entre climat et biodiversité. En fait, tout ce qu'on fait de positif, et je parle des forêts, les forêts, c'est le cycle de l'eau. Donc, nous, on investit dans les forêts, près de nos actifs, parce que si ça régule mieux le cycle de l'eau, ça nous permet aussi de mieux utiliser l'eau pour refroidir, par exemple, les centrales nucléaires. Donc en fait... Ça a des co-bénéfices incroyables. Donc, c'est vrai que pour nous, c'est vraiment un enjeu très important. Alors, je te dis ça et en même temps, c'est le plus gros programme de R&D d'EDF, notamment sur le sujet de la continuité piscicole. Du fait de l'hydraulique, je vous rappelle, c'était notre actif historique, c'est les barrages. Donc, les barrages chez EDF, ils ont 78 ans. Et donc, on a eu évidemment à comprendre l'impact sur la continuité piscicole. Et puis, pour les centrales nucléaires aussi, en fait, on est un très gros prélèveur d'eau. Mais 97% de l'eau est rendue, mais elle est réchauffée. Et donc, évidemment, ça a des impacts. Et donc, ça fait qu'on les suit, ces impacts. Et donc, on a des capteurs partout pour essayer de suivre. Et ça, je pense à un point, d'ailleurs, que j'ai oublié de dire au tout début, quand tu m'as dit, c'est quoi EDF ? C'est aussi une entreprise qui défend la science. On a oublié de le dire, mais on a absolument besoin d'être là pour défendre la science en ce moment. La science est attaquée de partout. Et donc, ça, c'est important pour nous aussi. On doit défendre la science. Et donc ça... demande de partager les données. On fait, par exemple, des jumeaux numériques, des bassins autour de nos centrales, et on partage ces données avec les laboratoires pour justement être sûr qu'on parle de la même chose, en fait. Et ça, c'est essentiel. Donc, la biodiversité, d'une certaine manière, on a une vision scientifique, technique, très élaborée, mais après, il y a le pas à faire au moment où tu développes un projet et que tu as des impacts. Comment tu arrives à prioriser les impacts et comment tu arrives à considérer que, à la fin, ne plus avoir cette chauve-souris, comme on le disait, ça dit quelque chose de plus grave, finalement, sur l'écosystème au sens large. Et alors après, il y a un tout petit sujet qui commence à devenir compliqué pour les entreprises, il ne faut pas se le cacher, c'est les contentieux. Le juridique est en train de monter en puissance, on l'a vu en ce moment, ce qui s'est passé avec lafarge en Syrie. Il y a eu la loi devoir de vigilance, on a des entreprises qui sont condamnées aujourd'hui. Et sur la biodiversité, c'est un peu cette ligne de crête aussi, c'est-à-dire que des fois, tu as des gens qui utilisent la biodiversité pour empêcher des projets de se développer, alors qu'ils n'ont pas spécialement d'intérêt pour la biodiversité aussi. Tu vois, donc, il faut trouver un terrain de compromis sans compromission. Et là, on en revient aussi à la difficulté. Comment on se parle ? Comment on est capable de se parler à nouveau sur les sujets sans être hyper polarisé ? Nous, on a réussi, je pense, à trouver des compromis sans compromission pour faire en sorte qu'on puisse développer des actifs, tout en étant conscient et aidant pour mesurer et compenser et recréer de la richesse de biodiversité.
- Eric
Merci Carine de nous partager tout ça. On ne va pas se lancer dans un débat sur le nucléaire, mais j'aimerais qu'on parle un tout petit peu plus, justement pour aller un peu plus loin, sur l'éolien et l'éolien en mer. parce qu'on s'aperçoit, on analyse le cycle de vie, qu'il faut des ressources pour arriver à faire, qu'il y a des impacts. Toi, ta perspective, évidemment, on cherche la moins pire des électricités, finalement, des sources d'énergie. Comment tu placerais éolien et éolien en mer dans ce contexte-là ? Est-ce que c'est vraiment, il faut aller à fond sur le sujet, ou attention aussi, il y a des endroits où ce n'est peut-être pas la meilleure solution ?
- Carine
Alors... Déjà, il faut, comme tu disais, objectiver les données. Et donc, on a là aussi cette chance d'avoir des gens qui font des analyses de cycle de vie depuis très longtemps. Parce que notamment du fait du nucléaire, on a été beaucoup challengé sur les analyses de cycle de vie. Donc, on fait des analyses qui ont des comités de relecture, qui sont publiques, etc. Et donc, on fait des analyses de cycle de vie sur tous nos types de technologies. Évidemment, l'offshore en fait partie. En fait, pour moi, il y a plusieurs façons de regarder le sujet. Le premier, c'est bien sûr déjà, chaque pays part de ses ressources propres, déjà. Et c'est bien ce qui fait la difficulté. On ne part pas tous du même endroit. Voilà, Pologne avec le charbon, évidemment, ce n'est pas pareil que la France. Le Danemark avec l'éolien. Exactement, quand tu as plein d'éolien ou plein d'hydraulique, comme en certains pays en Scandinavie. Donc, d'où tu pars, c'est potentiellement des atouts qu'il faut que tu utilises au maximum. Nous, nos atouts en France ? C'est le nucléaire et l'hydraulique, il n'y a aucun doute. On a les compétences, on a 78 ans de barrage, 40 ans de central nucléaire. Et donc, notre première ambition, c'est déjà d'étendre la durée de vie des actifs existants le plus longtemps possible. Et donc, si je te prends l'exemple de l'hydraulique, on a monté des ateliers de réparation. On a des ateliers de réparation pour tous nos actifs, pour faire tout seul, pour réparer tout le temps. Pour étendre la durée de vie. Donc ça, c'est quand même la première façon, déjà, de ne pas utiliser des nouvelles ressources, en fait. Donc ça, c'est le premier point. Ensuite, on sait et on espère qu'en sortant les fossiles, on a de l'électrification, il y a quand même des besoins nouveaux. Et puis, par ailleurs, à un moment, les actifs, ils ont quand même une fin de vie. Et puis, on n'est pas à l'abri d'avoir des enjeux qui font qu'on peut fermer des centrales, notamment nucléaires, avant. Donc, il faut rester, évidemment, manœuvrant. La fameuse robustesse d'Olivier Hamant. On met du jeu dans les rouages. Et donc, il faut quand même... avoir des scénarios où on doit avoir du développement. Et là, pour moi, le prisme de lecture, c'est quand même le sujet de l'industrie et des compétences. Et l'offshore répond à ça pour moi. On est capable d'avoir une industrie française et européenne dans l'offshore. Donc, nous, on est partie prenante de ce développement de l'offshore. En revanche, il faut être évidemment très clair sur le fait que ça nécessite de la planification. Et on peut aussi travailler sur... typiquement le recyclage des pales. Il y a plein de choses qui peuvent se faire pour améliorer l'empreinte de ces outils de production. Parce que comme tu l'as dit, chacun a un impact. Il n'y a aucun doute, toute activité humaine a des impacts. Mais on peut travailler pour réduire cet impact. Donc ça, je pense que c'est quelque chose sur lequel, pendant peut-être le développement au début, on n'y pensait pas comme ça. Le béton, l'acier, etc. Aujourd'hui, on comprend, je pense, de plus en plus. Ne serait-ce que pour les enjeux géopolitiques dont on parlait. On a découvert qu'il y avait de l'hélium pour les semi-conducteurs maintenant avec le détroit d'Ormuz. Donc voilà. En fait, toutes ces dépendances, elles font que la circularité, le réemploi, la réutilisation, ça, ça va nous aider à baisser l'empreinte des actifs. Donc voilà. Moi, je pense qu'il ne faut pas avoir tous ses œufs dans le même panier. Il faut quand même travailler ses atouts en priorité. Là où on a les compétences, on a la chaîne de valeur, etc. Et après, dans cette « merit order » , comme on dit, L'offshore, pour moi, est plutôt bien placé.
- Eric
Il y a un sujet qui te tient à cœur, qui me tient aussi à cœur, et là, on est vraiment dans un bon cas d'école pour en parler, c'est la transition juste. Un client EDF, ce n'est pas un client comme les autres. Ce produit-là, l'électricité, pour une maison, pour une famille, ce n'est pas un produit comme les autres. Quel est l'angle que vous prenez pour préserver aussi la pérennité économique et les investissements qui doivent être faits par EDF ?
- Carine
Déjà, dire que la transition juste, c'est quand même quelque chose qui est très liées au secteur énergétique. Parce qu'en fait... On a fait peut-être l'erreur au début, pas EDF spécifiquement, mais beaucoup de parties prenantes de dire c'est sympa, sur un fichier Excel, on ferme les centrales thermiques, on est décarboné, tout va bien. Il y a les technos, elles sont là, etc. Mais on n'a pas tellement toujours regardé le fait que les jobs qui sont détruits ne sont pas créés forcément au même endroit. Et que par ailleurs, dans les économies carbonées, et je pense notamment à des économies où il y a du charbon, des fois, il y a des économies un peu grises, si je puis dire. Et ça fait vivre plein de gens aussi, en fait. Et donc, du backlash, le fameux backlash, on l'a eu aussi à ce moment-là, et notamment avec les organisations syndicales, internationales. Moi, je me rappelle à la COP à Glasgow. Ça a été la première COP qui a vraiment pris ce sujet de la transition juste, en disant, mais attendez, nous, on veut des jobs qualifiés et on veut des jobs. c'est-à-dire que ça ne peut pas être La fermeture, c'est très important et ça je pense que c'est quelque chose qui est assez spécifique au secteur énergétique parce que c'est celui qui doit se décarboner en premier pour aider les autres secteurs. Et donc voilà, ça a été quelque chose qui a été, je trouve pour moi, une forme la plus réussie que j'ai eue pour l'instant de dialogue multipartie prenante en fait. Parce qu'en parlant de ce sujet, j'ai eu autour de la table les financiers les organisations syndicales et bien sûr les dirigeants. Parce que tu vois, tu prends l'exemple, par exemple, des critères de rémunération pour les dirigeants. Si tu mets des critères de rémunération qui sont juste sur la baisse des émissions, sachant que nous, on est à 95% décarbonés, ça veut dire qu'en fait, tu rémunères que ceux qui vont fermer leurs actifs. C'est pas super enjaillant et motivant quand même. Il faut aussi penser ça, tu vois, si tu veux aligner tout le monde pour aller vers une feuille de route. Et donc, en fait, s'attaquer à ça, c'est-à-dire s'attaquer au fait que On doit penser l'impact du changement de modèle avec les communautés où on est et s'assurer que le territoire a de la vitalité. D'ailleurs, on l'a mis, c'est un de nos engagements RSE, c'est la vitalité des territoires. En fait, on existe et on est pérenne que si on peut se développer dans le territoire. Et ça vaut d'ailleurs pour l'adaptation au changement climatique. Si on n'est pas résilient, en fait, le territoire n'est pas résilient. Donc voilà, c'est vraiment très, très important de penser cette systémie. Et la transition juste, elle nous a permis vraiment de penser multipartie prenante. Et ça, j'ai trouvé que c'était vraiment intéressant. Donc nous, on a publié notre premier rapport sur la transition juste au moment de la COP à Glasgow. Et donc, ça veut dire concrètement qu'on a pu le faire aussi parce qu'on avait ce socle porté aussi avec les organisations syndicales dans le monde entier. On a la chance d'avoir un accord mondial RSE depuis 20 ans. Depuis 20 ans qu'on renouvelle tous les 5 ans avec... 20 organisations syndicales. En Chine, au Brésil, partout. Et ça, c'est un socle essentiel. Parce que sinon, ça ne fonctionne pas. Et par ailleurs, eux, ils peuvent nous remonter ce qui ne fonctionne pas non plus. Donc ça, c'est génial et ça nous porte beaucoup dans les moments, justement, de transformation. Et donc, ça veut dire qu'on doit anticiper au maximum quand on ferme des centrales. EDF a fermé, de mémoire, l'équivalent de la capacité de la Finlande en activité thermique, depuis 20 ans ou 30 ans. On l'a fait, mais parce qu'on a anticipé, parce qu'on a pensé à comment les emplois allaient être requalifiés ailleurs. Qu'est-ce qu'on avait dans les territoires ? En plus, on est passé d'un monde où c'était que l'homme qui travaillait à un monde où le couple travaille. Donc, ça veut dire qu'il faut trouver deux jobs potentiellement quand tu fais déplacer des salariés qui doivent se reconvertir. Donc, évidemment, c'est des engagements qui sont très, très importants. Donc, ça, c'est la partie liée aux salariés et aux territoires. et puis après il y a La précarité énergétique, ça c'est une autre facette de la transition juste. Et là, je le disais un petit peu, c'est un service essentiel. On ne peut pas ne pas donner accès à ce service essentiel, mais on est aussi une entreprise, on n'est pas une ONG. Donc on ne peut pas non plus laisser des impayés. Donc ça veut dire qu'on a investi depuis 30 ans dans des conseillers solidarité dans le territoire. On en a 230 et eux, ils sont en lien avec tout l'écosystème. Et là, par exemple, on a trois expériences extraordinaires avec des fellowsachoka, comme tu l'es toi aussi. Réseau Ecohabitat, qui travaille sur la précarité, la rénovation thermique des ménages modestes propriétaires. On a, et c'est eux qu'on vise en ce moment beaucoup avec l'électrification, avec les pompes à chaleur. On a Mon Voisin Malin, pour aller voir dans les quartiers populaires, comment on parle des enjeux énergétiques et de sobriété énergétique. Parce que ce n'est pas parce qu'on est dans un ménage modeste qu'on n'a pas la capacité de faire des économies d'énergie quand même. Et puis, on a Crésus. Et Crésus, c'est le surendettement. Parce qu'en fait, la précarité énergétique, c'est une des formes de précarité, mais il y en a déjà d'autres, en fait. Et donc, si on travaille à la racine sur les problématiques de surendettement, on peut aussi potentiellement travailler le sujet de la précarité énergétique. Donc, en fait, c'est bien cette idée d'hybridation, de faire en sorte, bien sûr, d'être le plus compétitif possible, mais aussi d'être sûr qu'on a des solutions pour tout type de difficultés que peuvent avoir nos clients. En revanche, on ne peut pas se substituer, évidemment, à l'État. donc c'est C'est un écosystème global aujourd'hui qui doit être accompagnant sur les enjeux de précarité. Et donc, ça veut dire aussi qu'il faut aider les associations. Les associations, elles ont besoin d'être financées et d'être là et d'être valorisées pour tout ce qu'elles font aujourd'hui pour aider les gens à faire face à ces enjeux de précarité.
- Eric
On s'aperçoit en t'écoutant que sur chacun des enjeux, déjà, tu as beaucoup d'énergie et qu'il se passe... plein de choses. Peut-être une question prise de hauteur. Tu es arrivé en 2010. Finalement, je te demandais de donner deux notes, de 1 à 10, sur ton évaluation de la réussite de la transition d'EDF, une transition juste, et puis des décarbonations, et de la trajectoire qui est prise. Donc 1, c'est vous êtes au point mort, et pas de remise en question. Et 10, c'est vous êtes à l'endroit où tu veux placer EDF, donc full speed. pour arriver à réussir la transition. Donc, où est-ce que c'était cette note quand tu es arrivé et où est-ce qu'elle est aujourd'hui ?
- Carine
Je dirais que quand je suis arrivée, c'était septembre 2019, moi je nous voyais comme un 6 sur 10 à l'époque, parce qu'on n'avait pas pris d'engagement de neutralité carbone en 2019. On parlait du scope 1, 80% de notre bilan est dans le scope 3, et on n'en parlait pas encore. Il y a vraiment une accélération en 2019 de cette prise de conscience que j'ai eue, forcée aussi, parce que j'ai reçu le questionnaire du collectif pour un réveil écologique. J'ai eu des salariés qui m'ont bien challengée, hyper engagée, qui ont formé d'ailleurs un réseau interne qui s'appelle le RISOM depuis. Donc, 6 sur 10.
- Eric
Et donc aujourd'hui ?
- Carine
Et aujourd'hui, je dirais qu'on est à 7,5-8. Parce qu'on a vraiment aujourd'hui, je pense, pris le sujet dans cette vision systémique. On a une gouvernance qui est très mobilisée. On a à la fois notre actionnaire, l'État. qui a monté notamment un cercle RSE du tout le portefeuille de l'État et qui nous anime et qui nous challenge et qui nous aide. Donc vraiment, ça, c'est extraordinaire, je trouve, d'avoir ça, un actionnaire qui veut ça. Et c'est notre actionnaire unique, donc en plus, c'est important. On a un référent climat au conseil d'administration, on a un référent climat au comité exécutif, on a un conseil de partie prenante dans lequel on a Christophe Cassou, Valérie Masson-Delmotte, une spécialiste des droits humains, une spécialiste de la biodiversité, etc. Et puis, ce collectif de salariés. 91 000 salariés qui ont fait la fresque, quand même. Et puis, une filière RSE qui est vraiment en train de se professionnaliser aujourd'hui. Donc voilà, ça pour moi, c'est une très forte évolution. Là où c'est plus dur, c'est ce qu'on disait, c'est cette capacité à vraiment mieux intégrer la biodiversité au plus haut niveau. Et puis, tout ce qui est circularité, réemploi, il y a encore du chemin là-dessus. Ça, c'est clair. parce que je pense qu'on a tendance à s'auto-censurer un petit peu en se disant ça va être trop compliqué. Et je prends l'exemple des vêtements de travail. Tu vois, je me rappelle dans ce cercle RSE de notre actionnaire, la SNCF évoquait le fait qu'ils voulaient relancer une filière du lin en France. Et moi, je me suis dit mais c'est incroyable. Et au début, honnêtement, chez moi, il y avait vraiment du scepticisme en disant c'est impossible. Et puis maintenant, on travaille avec la SNCF. Et on va y arriver. Et donc, en fait, il faut des fois, ça peut être nous qui peuvent être précurseurs ou on peut être followers, mais on a besoin d'un collectif. C'est ça aussi la force pour moi de la CEC. C'est quand tu as tendance tout seul à te mettre des barrières parce que le changement, c'est inconfortable. En fait, tu as besoin d'avoir un collectif qui t'aide et qui te dit tu vas y arriver. En fait, on va y arriver ensemble. Donc moi, c'est ça que je recherche. C'est vraiment ces collectifs. Donc, je l'ai. Avec la CEC, les alumis de la CEC, je l'ai avec le cercle RSE de mon actionnaire, je l'ai avec évidemment tout l'écosystème qui est hyper riche en France, le C3D, l'observatoire de la RSE, etc. Donc on a la chance, profitons-en, utilisons ces collectifs pour nous enlever nos barrières qui sont des fois que des barrières qu'on se met en fait.
- Eric
Alors on a cette même vision Carine, de justement jouer collectif, de miser aussi sur... cet écosystème de la transition en France et avec plein d'engagés du monde économique qu'on nous envie quand même partout dans le monde. Donc, peut-être, on arrive tout doucement vers la fin de cette conversation. Mais une question de plus sur, justement, comment toi, tu as utilisé la CEC en interne pour avoir des ambassadeurs et puis mobiliser aussi certaines directions. Raconte-nous ça.
- Carine
Oui, alors, en fait, moi, j'ai été très impressionnée par la Convention citoyenne pour le climat. à l'époque, et la puissance que ça pouvait avoir de rassembler des personnes aussi différentes qui, en intelligence collective encore une fois, arrivaient à prendre des décisions qui semblaient impossibles au début. Et donc, quand tu as lancé la première CEC, j'avais été très frustrée qu'on ne puisse pas rejoindre l'aventure. Et du coup, le fait que ça ait continué... en format territorial et sectoriel. Pour moi, là, je me suis dit, c'est maintenant, il faut y aller. En fait, je ne regrette pas du tout, évidemment, parce que le faire à une maille plus petite avec des dirigeants et le faire avec plein de dirigeants, je pense que ça a encore plus d'impact que si on n'en avait fait qu'une avec un membre du COMEX. Et donc, je pense que finalement, c'était un mal pour un bien d'avoir raté la première marche de la CEC. Et donc aujourd'hui, comme je le disais, on est à 10 parcours. Et en fait... Ça s'est fait assez intéressant, c'est-à-dire sans moi et avec moi au début. C'est-à-dire que j'ai découvert qu'une de mes filiales s'était inscrite pour la CEC Ouest. La première CEC EDF, c'est une de mes filiales, Enedis, qui est entreprise à mission et qui l'a fait. Et donc, je me dis, waouh, non mais ils y sont allés sans moi. C'est quoi ce truc ? C'est toujours intéressant quand tu es directrice RSE, à la fois tu as le côté un peu, tu veux tout contrôler, puis en même temps, il faut lâcher prise. Et se dire, c'est génial en fait que ce n'est pas ton sujet, c'est le sujet de tout le monde. Et donc, ils ont adoré. Donc évidemment, ça, ça crée déjà du goodwill. Quand tu as un couple de dirigeants, un binôme de dirigeants, pardon, qui y va et qui adore, évidemment, ça crée déjà une ambiance. qui te permet après de pouvoir en parler. Et en fait, la deuxième, ça a été celle de PACA, enfin Provence-Corse. Et là, j'avais repéré un dirigeant qui était en charge de la Corse et avec qui j'avais vraiment des atomes crochus. On avait plein de discussions intéressantes, mais bon, il était en Corse, donc je ne le voyais pas très souvent. Et donc, je me suis dit, allez, je tente. Et donc, il est rentré. Il est rentré en retard. Il a raté la première séance, la S1. et c'est devenu notre meilleur ambassadeur. Et il est devenu tellement un ambassadeur qu'il a voulu montrer sa CEC Corse tout seul, quasiment. Et en fait, pourquoi c'était génial d'avoir quelqu'un comme lui en deuxième ? C'est qu'il a un petit EDF en Corse. Il a la production, il a les réseaux, il a les clients, il a les événements climatiques, les enjeux biodiversité énormes et, si j'osais, des populations autochtones. Voilà, donc du coup... C'était génial d'avoir un dirigeant comme lui, en fait, qui puisse tester finalement ce que c'est la CEC. Et moi, ce qui m'a vraiment marquée, c'est quand il m'a dit, quand j'ai présenté ma feuille de route à mon codire, ils m'ont dit que j'avais été petit joueur, alors qu'ils s'attendaient à beaucoup d'appréhension. Et c'est pour ça que je te dis les barrières qu'on se met. Et voilà, donc ça a été un deuxième super ambassadeur. Et après, je me suis dit, mais si je veux continuer, il faut que je le fasse moi. Parce qu'à un moment donné, quand même, c'est quoi la crédibilité que j'ai à engager des dirigeants en leur disant, viens, viens, viens, si moi-même, je ne teste pas. Et là, ça a été génial, parce qu'au même moment, il y avait la CEC du monde financier. Et moi, je suis quand même à la base une financière. Et donc, j'ai envoyé un message à mon directeur financier. Donc, à l'époque, déjà, j'étais dans le comité de direction de la finance. Et donc, il y avait tous les directeurs financiers de tout le groupe. Et j'ai fait un... Je lui ai demandé l'autorisation, bien sûr. J'ai fait un appel à manifestation d'intérêt. Et donc, j'ai dit, voilà. Il y a la CEC du monde financier. Quel est le directeur financier qui veut binommer avec moi pour y aller ? Et donc, il y a cette directrice financière du business qu'on appelle Insulaire chez nous qui a levé la main et je ne la connaissais pas. C'était un pari quand même de se dire, on va être ensemble. Et en fait, ça a été génial. Enfin, vraiment une rencontre évidemment humaine. Bon, ça, tu le sais très bien, c'est aussi ça la force de la CEC. Mais ça a été extraordinaire. Depuis, elle a changé. Elle est directrice financière d'une de nos plus grosses filiales nucléaires, Framatome. Et voilà, on en parle encore, évidemment. On ne se voit pas forcément beaucoup, mais ça crée des liens importants. Et elle-même, elle sème des graines. Là, elle m'invite dans une de ses usines avec le régulateur. Et je ne sais pas si tu te souviens, le régulateur, c'était un des sujets qu'on avait mis sur la table. La CEC du monde financier. Dire, les régulateurs, il faut qu'eux-mêmes, ils prennent en compte ces sujets. Donc nous, c'est des régulateurs de l'énergie, mais c'est comme les régulateurs financiers. Ils ont les clés. pour faire que ça se passe ou ça ne se passe pas. Et elle fait ça maintenant, alors que ce n'est plus totalement son cœur de métier. Mais elle continue à œuvrer parce que c'est notre feuille de route, on la porte même après. Et puis voilà, de fil en aiguille, il y a plein de filiales qui sont rentrées en région, sur l'industrie, même dialogue social. Et donc, l'année dernière, je me suis dit, j'ai un camp de base, on fait des alumnis de la CEC. Et donc, on a fait deux rendez-vous des alumnis, où tu nous as fait le plaisir de venir à chaque fois. Et Vincent, typiquement, en sortie de la dernière séance qu'on a eue au mois de mars, il m'a dit ça m'a fait tellement de bien. Voilà, c'est un collectif de dirigeants qui ont des leviers et qui ont besoin de partager sur leurs difficultés et sur leurs réussites. Donc, moi, je le vois comme les points de bascule. On cherche les points de bascule. Et bien, les points de bascule, il faut aller chercher tous les dirigeants. qui ont chacun des leviers à leur niveau, et puis dans leur vie aussi, en dehors de l'entreprise. Alors, on ne va pas chercher ceux qui sont vraiment très très loin, bien sûr, il faut quand même qu'il y ait un terreau, mais pas forcément ceux qui sont déjà à fond. Donc voilà, c'est trouver le bon niveau de dirigeant qui est à un endroit où il se passe des choses. Donc par exemple, on a un trio dans une des CEC, c'est la première fois qu'on fait ça, bâtiment, IMO, parce que l'adaptation au changement climatique, ça passe par ça pour nous aussi. Ça passe par l'immobilier. l'immobilier tertiaire et l'immobilier dans les centrales. Et donc, ils se sont mis en trio. Donc, il y a une personne de l'immobilier et puis des gens qui sont dans les métiers sur lesquels des salariés sont exposés aux changements climatiques dans leurs bâtiments. Voilà, je trouve ça génial aussi, le fait d'avoir en plus élargi, en fonction des enjeux finalement, qui on veut voir dans ces CEC.
- Eric
Merci pour ton énergie. En fait, tu as été exposé à certains moments à ce qu'on appelle l'économie à visée régénérative. Comment, à une personne, une enfant de 10 ans, 10-12 ans, tu décrirais cette économie-là ?
- Carine
En fait, moi, je le vois vraiment comme comment je me décentre en tant qu'humain dans mon écosystème. C'est-à-dire, je compte pas plus que la fourmi, l'herbe, la chauve-souris noctule, en fait. Je fais partie d'un écosystème, je suis un élément de l'écosystème, mais on réussit que si tous ensemble, on est mieux après qu'avant. Et donc c'est vraiment cette espèce de décentrage. et pas de « je regarde de haut et je trouve des solutions pour faire moins mal » . Et ça, vraiment, c'est un changement de boussole et de lunettes qui est quand même... On ne nous a pas trop appris ça à l'école, quand même. Donc moi, c'est comme ça que je vois. C'est quand je développe et quand on parle des projets, on est un élément, mais on n'est pas le centre du jeu. On change notre lunette, on met les chaises en cercle et puis on se met à la place de l'autre. Et on se met à la place de la nature. Donc moi, je regarde avec beaucoup d'intérêt, évidemment, ce qui se passe autour des droits de la nature. Se dire qu'on doit absolument penser le mieux tous ensemble et pas un qui est compensé par l'autre. Et ça, c'est dur. C'est très, très dur. Donc, on n'en est pas encore là. On a du chemin. Mais heureusement, sinon, je n'aurais plus rien à faire.
- Eric
C'est le moment de te remercier pour tout ce que tu fais. Tout ce que tu fais chez EDF, mais aussi ce que tu fais pour soutenir le monde de la transition. Il y a plein d'assos qui sont soutenus par EDF à plein d'endroits. Tu as parlé de Voisins Malins qui est venu aussi dans ce podcast. Donc, merci pour tout ça. Merci pour ton courage. Parce que quand même, tu ne t'attaques pas à un petit écosystème à transformer.
- Carine
L'authenticité,
- Eric
merci de nous avoir parlé aussi d'où tu viens, même de ton enfance. Et puis ce pragmatisme, tu nous as donné plein d'exemples à chaque fois. Tu avais ce réflexe de nous donner un exemple. On pense aux chauves-souris noctules. On a appris quelque chose sur ce cycle-là. Donc voilà, en route ensemble pour le Cap Regen.
- Carine
Merci Eric.
- Eric
J'espère que cet épisode vous a inspiré. Si c'est le cas, vous pouvez nous aider en laissant un avis sur votre plateforme d'écoute et en partageant l'épisode autour de vous. Vous contribuerez ainsi à rendre irrésistible la bascule vers l'économie régénérative. Merci.